Ah … C'est flou. C'est blanc. C'est aveuglant. Où suis-je. Que … Des tuyaux ? Ah … De la lumière. J'ai mal … ma tête ? Ah !

Doucement, mes paupières s'accoutumèrent à la clarté de la pièce. J'essayai de bouger, je suppose, mais je ne sentais plus mes membres. Je paniquai, et une douleur lancinante traversa ma colonne vertébrale. Puis peu à peu, je ressentis mes membres. Je fis bouger mes doigts, comme si je redécouvrais la faculté de bouger. Je n'accordai de l'importance qu'à faire bouger mon corps. Puis je scrutais la pièce. Ça ressemblait à une des chambres du manoir … Mais ce n'était pas ça, c'était plus petit … Le manoir. Et brusquement, un flot d'images, de sons et d'émotions m'envahir. Le manoir ! Le feu ! Tout cela fut soudainement interrompu par la porte qui s'ouvrit à la volée. Lara - oui, c'était elle- déboula dans la pièce, suivi de Zip. Elle se pencha vers moi.

- Lauren ! Lauren ? Tu ... tu es réveillé, hein, tu m'entends ?

- Lara … murmurai-je, la bouche pâteuse.

- Oh, Dieu soit loué, tu te souviens de moi ! s'écria t-elle dans un immense sourire de soulagement.

Je lui souris en retour, et tournait mon regard vers Zip.

- Yo ! dit-il en levant la main.

- Zip !

- Héhé, alors c'est bon, tu te souviens aussi de moi !

Je souris. Oui, je me souvenais de tout. Je tournais la tête pour entrevoir Winston, derrière la porte, qui me regarda, s'assurant que j'allais bien. Je lui fit un signe de tête, et lui sourit. Je scrutai alors derrière Winston. Je Le cherchais.

- Alister ? Où est-il ? demandai-je à Lara, ne le voyant ni dans la pièce, ni dans le couloir.

Lara et Zip échangèrent un regard gêné.

- Hé ! C'est à toi qu'elle a demandé ! bougonna Zip, en reculant et en s'asseyant sur un siège au fond la pièce.

Mon cœur se serra. Pourquoi tant de malaise ? Lara me regarda, gravement.

- Tu te souviens de ce qu'il s'est passé au manoir ?

- Oui ! Maintenant, dis moi pourquoi vous ne me dites pas où est Alister ! Il est gravement blessé ? C'est ça ? C'est cette fausse Lara qui …

- Tu as eu à faire à elle, n'est-ce pas ? C'est elle qui t'as …

- Qui m'as quoi ? Et Alister ! Lara ! criai-je soudain, exaspérée par cette attente.

- Lauren ! Calme-toi ! Tu as été dans le coma pendant cinq semaines ! On a eu si peur ... Que tu ne te réveilles pas !

- Le médecin disait que ton coma pouvait durer une semaine comme un an ou plus. Et que, même si tu te réveillais, tu aurais pu perdre la mémoire, ajouta Zip, du fond de son fauteuil.

- Fort heureusement, ce n'est pas le cas, se rassura Lara. Cette « Lara », c'est un double que Natla a fait de moi, mais, je t'expliquerai plus tard.

- Oui, plus tard, je veux savoir, mais...

- Elle a failli te tuer, me coupa Lara. Et tu es tombé dans un profond coma. Le manoir brulait, et Alister à certainement accouru pour te sauver. Te voyant blessée, mais en vie, il t'a pris sur ses épaules. J'étais dans la salle d'informatique, face à mon double, quant Alister est arrivé. Il toussait, ses poumons atteints par la fumée, et il boitait. Il s'est foulé la cheville en te portant je suppose.

- Non, lors de l'explosion, en trébuchant. C'est de l'Alister tout craché ça. D'ailleurs je me demande comment il a réussi à me porter ! m'exclamai-je. Mais ça ne me dit pas où il est !

- Laisse-moi finir, Lauren, me répondit froidement Lara.

Je décelai dans son regard une pointe de ... tristesse ? Mon cœur se serra un peu plus. J'avais peur.

- Il est arrivé derrière mon double, toi sur le dos, mal en point. Elle s'est retournée. Elle a tiré.

Mon cœur se fissura.

- Elle a tiré sur Alister ? demandai-je, la voix cassante.

- Oui. En pleine poitrine. Je suis … désolé.

Je ne réalisais pas. Il avait reçu une balle en pleine poitrine. Il était … Non. Il devait être dans le coma lui aussi. Je me retournai, une dernière lueur d'espoir dans les yeux. Lara le vit, avec chagrin, et secoua la tête. Non ? Non ? Il était … mort ? Mes mains se plaquèrent contre mes yeux.

- Non … Ce n'est pas vrai. Non … murmurai-je, la voix brisée.

Les larmes ruisselaient. J'avais du mal à respirer. Mon rythme respiratoire du s'accélérer, car j'entendis Zip se levait d'un bon.

- Hé ! Lara, elle fait quoi là ? Y a un ….

Mais il n'eut pas de temps de finir, car je me mis à hurler. Hurler de tout mon corps. La douleur physique, peu m'importait maintenant. Ce qui me faisait le plus mal, c'était mon cœur. Comme si on venait de me l'arracher, ça me brulait, là, dans ma poitrine. Et il fallait que je hurle cette douleur. Pourtant il me semblait que plus je hurlai, plus ma gorge se nouait, et plus j'avais mal. Les sanglots prirent le dessus, et j'avalais mes larmes, m'étouffant. Lara me souleva la tête.

- Lauren ! Ça suffit !

Mes larmes coulaient, à n'en plus finir, et mon cri se perdit au fond de ma gorge. Je respirai un grand coup, perdu.

- Ah … Ah …

Zip s'approcha, et prit une de mes mains. Il tapota gentiment. Il voulait me rassurer. Mais je ne ressentais plus le réconfort dans cet océan de souffrance. Je ne distinguais plus rien. Et me remit à pleurer. Encore et encore. Je ne sais combien de temps je restai ainsi, mais je fus reconnaissante envers mes deux compagnons, qui étaient resté avec moi, jusqu'à ce que le calme s'empare de moi. Un silence mortifiant s'abattit en moi. Je reposai ma tête contre l'oreiller. Lara se posa sur un fauteuil, à mes côtés, et Zip rapprocha le sien. Je tournai la tête vers eux.

- Et maintenant ? demandai-je à Lara, prostrée.

- Comment ça ?

- Tu as trouvé ce que tu cherchais ?

Elle hocha la tête.

- On va dire ça. Il se trouve qu'Helheim et Avalon ne font qu'un. J'ai retrouvé le marteau de Thor ainsi que les gants et la ceinture. Mais tout ça se trouve sous l'Arctique maintenant. Après un combat contre Natla, j'ai du fuir par un de ces portails, comme en Bolivie. C'est une sorte de « réseaux de transports ». C'est fini maintenant.

- Et ta mère ?

Elle serra les dents.

- Il était idyllique de croire qu'après toutes ces années elle serait encore en vie. Elle est morte en Avalon, et … C'est ainsi.

Je hochai la tête. Étrangement, je ne ressentais rien. Puis je tournai mes yeux vers une grande fenêtre qui prenant tout un pan de mur. Le regard vide, la tête vide, je me figeai dans ma torpeur silencieuse. Lara et Zip se levèrent, et partir, comprenant qu'il ne servait à rien de rester ici, et que j'avais maintenant besoin d'être seule. Une fois la pièce vide, je tendis la main vers la lumière. La bague qu'il m'avait offerte était encore là … Abimée, mais toujours aussi magnifique. Alister. Mon Alister. Cette grande tête de mule ingénieuse ! Mon rat de bibliothèque préféré … Une larme roula sur ma joue. Et silencieusement, je laissai mon chagrin coulait sur mes joues devenues pales.

Une semaine plus tard, j'avais récupéré toutes mes facultés. Grâce à une rééducation intense par les soins d'un médecin et de Lara, je pus de nouveau grimper, sauter, rouler, et me servir de mes armes comme avant. Dans notre nouveau manoir, la salle de sport était moins dangereuse, mais tout aussi pratique. Car oui, le père de Lara lui avait légué trois manoirs, et nous habitions maintenant dans l'un deux, le manoir préféré de Lara étant à présent en cendres. Bien vite, je m'accoutumais à cette nouvelle « maison ». Mais je repensais souvent que, deux fois dans une vie de 28 ans, voir son foyer bruler, c'était d'une malchance ! Et puis … sans parler de mes parents et … Alister. Je n'avais toujours pas fait mon deuil, et je m'en sentais incapable. Surtout depuis que j'avais assisté à quelques conférences que Lara avait tenue sur Avalon. A en croire ce que je connaissais, ce que j'avais lu des missions de Lara et ce qu'elle exposait devant tous ces historiens … des noms différents étaient utilisés pour décrire le même mythe. Donc, Helheim était l'équivalent d'Avalon. Ou presque. Et donc, si la mère de Lara avait était envoyé là-bas, peut être que les morts aussi. Dans ce cas, Alister y serait peut être … en Avalon.

Soudain, la voix de Lara me sortit de mes pensées. J'étais assise sur une chaise en métal, au fond de l'immense auditorium. Au loin, Lara, sur l'estrade, tenait une conférence. Mon regard s'attarda sur les images qu'elle montrait.

- Et nous pouvons donc conclure que sous les océans et les terres de certaines régions du pays, se trouvent les vestiges d'un autre monde.

Je m'étais assise au dernier rang, loin du monde. Je n'avais pas voulu participer à la conférence, encore une fois. Sans Alister, ce n'était pas possible. Mon regard se décrocha de l'écran et je regardais autour de moi. Tous ces vieux scientifiques cupides qui voulaient s'emparer du savoir. Tsss.

- C'est n'importe quoi … siffla doucement une voix à côté de moi.

Je tournais la tête. Une femme, du même âge que Lara, fronçait les sourcils, comme exaspérée. Des cheveux blonds platine tirés en arrière lui donnaient un air faussement sérieux. Je scrutais son visage. Ses yeux bleus cernés de noir, derrière de grandes lunettes … Oui. C'était bien elle. Amanda !

- Je me casse de cette conférence idiote ! murmura t-elle en se levant et en passa la porte de sortie.

Interloquée, je me levais, et la suivis. Une petite idée venait de germer dans mon esprit. Amanda en savait beaucoup sur les passages pour se rendre en Avalon. Il fallait que je sache. Il fallait qu'elle me dise où les morts allaient. Je courus après elle dans l'immense hall.

- Amanda !

Elle se figea, et se retourna, surprise d'entendre son nom.

- Tiens donc ! s'exclama t-elle, stupéfaite. La mini Lara ! Que me veux-tu ?

Je m'arrêtais à quelques pas d'elle.

- Je veux savoir. Si ce que raconte Lara n'est pas entièrement juste … Où vont les morts ? A Helheim ?

Elle ricana.

- A peine sortie du coma que tu veux courir dans les tréfonds de la planète.

- Comment sais-tu que j'étais dans le coma ? demandai-je, méfiante.

- Oh ! Lara, lorsque nous ne sommes revues après le feu de joie que j'ai provoqué, m'as gentiment fait remarquer mes méfaits. A savoir, bruler sa maison, te plonger dans le coma … Ah ! Et tuer un de ses assistants, Alister.

Mon visage se crispa.

- C'est donc toi qui as lancé ce sosie de Lara. Donc c'est ta faute si Alister EST MORT ! hurlai-je, les larmes aux yeux.

Ma respiration s'accéléra. Et Amanda remarqua bien vite combien la mort d'Alister m'affecter.

- Alors c'est donc pour ça que tu veux savoir où vont les morts ! Tu cherches cet Alister. Ton petit ami peut être ? demanda t-elle en riant.

- Ce n'est pas drôle ! Tu sais ce que cela fait, Amanda ! Tu as perdu James, rappelle toi !

Elle devint soudain grave. Je me rapprochais.

- Dis-moi ! Connais-tu d'autres endroits, comme en Bolivie ou au Népal, où je pourrais atteindre Helheim par la voie de ces « portails » ?

- Non. Si je savais, cela fait longtemps que je serai allait chercher James. Mais peut être qu'avec un peu de chance, tu en trouveras un autre ! Celui du Népal est fichu.

Elle se retourna, et dos à moi, repartit. Une rage profonde grondait en moi. Il fallait que quelqu'un paie. Et soudain, je levai le bras et assena un coup puissant dans la nuque d'Amanda, qui s'écroula sur le sol.

- Sale garce !

Je me frottais le bras. Alors il ne me restait que la Bolivie. Si je récupérais Excalibur, je pourrais peut être atteindre Helheim, et y chercher Alister. C'était ma seul chance. Et peu importe si je devais en mourir. Au moins, je rejoindrais mon bien-aimé. Je me dirigeais vers la sortie. Maintenant, c'était direction « British Museum », pour reprendre Excalibur.