VII – Brouillard ou comment Sam en est arrivée là

Je pris mon petit-déjeuner avec les autres, entendant à peine leur conversation. J'avais beau me forcer à leur prêter attention, tout cela ne fut bientôt qu'un bourdonnement diffus qui me donna mal au crâne.

Les cours se déroulèrent de la même manière : je tentais désespérément d'écouter, mais les images de la nuit dernière me hantaient littéralement et m'empêchaient de réfléchir correctement. Harry, Hermione et Ron ne semblèrent s'apercevoir de rien : ils devaient sans doute trouver normal qu'une nouvelle élève ait du mal à trouver ses marques.

Arriva enfin le dernier cours : Potions. Quelle manière excitante de finir la journée ! J'émis un soupir à fendre l'âme en entrant dans le cachot à la suite de mes camarades… Je ne prêtais même pas attention aux paroles condescendantes de mon frère à l'égard des Gryffondors.

Je plaçais mécaniquement les ingrédients dans mon chaudron, aux moments où ils devaient y être mis. Tout était calme, silencieux ; seul le frémissement des potions créait un bruit de fond. Je soupirai à nouveau, de soulagement, cette fois : enfin, je pouvais calmement rassembler mes idées et relativiser ce qui m'était arrivé la nuit précédente et qui, selon toute vraisemblance, n'était pas comparable aux autres rêves que j'avais faits. Non, ceux-là étaient moins réalistes…

J'en étais à ce point de mes réflexions quand Severus dit de sa voix traînante :

« Vous devriez avoir terminé. Je veux un échantillon sur mon bureau.

Nous nous exécutâmes et j'allais sortir avec les autres lorsqu'il me retint :

- Miss Graymes, restez quelques instants, dit-il.

J'attendis que le dernier élève soit sorti pour m'approcher de son bureau et hausser un sourcil interrogateur. D'un geste désinvolte, il exécuta une passe pour fermer la porte à clefs, puis il se retourna vers moi, l'air de demander : « Tu n'as rien à me dire ? ». Agacée, je pris la parole :

- Oui ?

- C'est au sujet de la nuit dernière, fit-il d'une voix froide.

Je m'étranglai à moitié de surprise :

- Que… comment ?

Il me jeta un bref regard condescendant.

- Oh : légilimencie, je suppose…, dis-je.

Il hocha la tête :

- Je n'aurai jamais cru te demander ça, mais : qu'est-ce que tu fais de tes nuits ? Est-ce que c'est toujours ainsi ?

- Non, répondis-je à contre-cœur. Tu te souviens, quand je suis venue te trouver pour te parler de ces rêves, je n'ai évoqué que de brefs souvenirs. C'est la première fois que j'entends Sa voix… s'il s'agit bien de cela… ?

Il alla s'asseoir avant de répondre :

- Oui. Que comptes-tu faire ?

- Je n'en ai pas la moindre idée, avouai-je. Est-ce qu'il est capable de me localiser ?

- Si c'était le cas, tu serais déjà enterrée dans le caveau familial depuis des lustres !

- Oh, merci ! C'est vraiment très rassurant , rétorquai-je. Mais ça ne me dit pas pourquoi il tient tellement à me tuer !

Severus soupira et posa sa tête sur son poing fermé :

- Tu n'as toujours pas compris, n'est-ce pas ?

Je hochai la tête en signe de dénégation, un peu déboussolée.

- Il y a une prophétie…, dit-il.

- … Oui, je suis au courant, l'interrompis-je, mais elle concerne Harry. Non ?

- Si tu me laissais parler, peut-être qu'on pourrait envisager d'écourter cette conversation avant demain matin , s'exclama-t-il. Il s'agit d'une autre prophétie, qui complète la première. Je voulais t'en parler plus tôt, mais le vieux fou m'en a empêché.

- Dumbledore ?

- Oui. Bon, pour aller à l'essentiel, elle parle d'une Louve qui viendra en aide au Griffon pour détruire le Serpent. Mais elle ne le peut qu'en présence de son frère de sang. La prophétie évoque aussi la date de naissance de ce « frère de sang » et il se trouve que c'est la mienne, expliqua mon frère.

Je le regardai dans les yeux comme pour m'assurer qu'il me disait la vérité. Puis je me laissai tomber sur un banc et tentai de digérer ce que je venais d'apprendre.

- Alors, ça veut dire que… la « louve », c'est moi, soufflai-je. Et ma soi-disant destinée est d'aider Harry à détruire Voldy !

- Notre destinée, corrigea-t-il.

- Tu te fiches de moi, n'est-ce pas ? Pitié, ne me dis pas que tu crois à toutes ces stupidités !

- Lui les croit, répondit Severus. Et Il a décidé d'éliminer tous ceux qui pourraient représenter un obstacle.

- Et quand bien même tout cela aurait un fond de vérité, je ne vois vraiment pas pourquoi je suis censée être une « Louve »… Sev, je n'y comprends rien !

- Ecoute, reprit-il, je n'en sais pas plus que toi, mais apparemment nous avons les moyens de détruire le Seigneur des Ténèbres. Ce serait stupide de ne pas essayer !

- Tu as raison, soupirai-je, après tout, c'était notre objectif initial.

- Alors on ne change rien, dit Severus. Je t'attendrai à dix heures ce soir pour t'entraîner.

Il attrapa ensuite un morceau de parchemin, griffonna quelques mots dessus et me le tendis en disant :

- C'est une autorisation pour travailler sur les livres de la Réserve. Jettes-y un œil. Peut-être que tu trouveras quelque chose sur la symbolique de la Prophétie : ça fait des années que je cherche, mais je n'ai encore rien trouvé de concluant.

Je hochai la tête et sortis pour rejoindre les autres à la bibliothèque. Ils étaient installés à la table du fond : Hermione travaillait tandis que les garçons jouaient aux échecs. En me voyant arriver, Harry demanda :

- Alors, qu'est-ce qu'il voulait ?

- Hhm, réfléchis-je, il m'a demandé de faire une recherche pour lui.

Les trois Gryffondors me regardèrent avec des yeux ronds.

- Quoi ? Il n'a apparemment pas le temps de le faire lui-même, c'est tout, justifiai-je.

- Peut-être, dit Hermione, mais il ne fait pas ça d'habitude.

Je haussai les épaules et allai montrer mon parchemin à Mme Pince qui m'autorisa, visiblement à contre-cœur, à pénétrer dans la Réserve. Cet endroit était un véritable rêve : des livres partout, du sol au plafond, de diverses tailles. Il y avait une odeur de vieux livres qui me rappelait la bibliothèque de mon père et des échelles pour accéder aux livres des rayonnages supérieurs. J'émis une petite exclamation de joie et me dirigeai d'un pas énergique vers le rayon des animaux.

Après environ deux heures de recherche, je finis par trouver un ouvrage qui ne me sembla pas avoir sa place ici. Il s'agissait simplement d'un commentaire succinct sur les symboliques animales. Cet article attira mon attention :

« Argenté ou non, le loup est un enseignant et un guerrier. Il représente aussi la loyauté et la fidélité car il vit en meute et il reste fidèle à sa compagne toute sa vie.

Porteur de force et de mystère, le loup est un animal de pouvoir. Une complexité ambiguë le relie à l'homme qui, tout en le redoutant, l'observe avec émerveillement. Car à la férocité du loup correspond la violence propre à tout être humain.

Le loup est féroce mais n'agresse pas. Il se contente d'observer. Il analyse et intègre le côté sombre humain. Cette intégration est indispensable et le loup est le symbole de l'Eveil individuel. Le loup n'intervient que quand la situation est sans issue (en apparence). »

OK, là je m'y retrouvais à peu près : en général, on ne fait appel à moi que si la situation semble désespérée et ma tactique habituelle consiste avant tout à observer avec attention pour pouvoir m'adapter. Sur ces points, j'étais bien une Louve.

Dans ce même ouvrage, je trouvai un article sur le griffon :

"Le griffon symbolise force, puissance, chasteté, volupté ou modération, un obstacle à surmonter, une difficulté à vaincre. "

Il était également clair que le griffon représentait Harry. Je m'autorisai un petit sourire satisfait avant de retourner dans la salle principale de la bibliothèque.

Elle était entièrement vide. Je regardai l'heure et jurai intérieurement : 20h 30. J'avais manqué le dîner… Bien, aucune raison de s'énerver : je regagnai ma chambre et fis mes devoirs tout en pestant contre les grognements intempestifs de mon estomac.

L'heure de mon rendez-vous avec Severus arriva rapidement et j'utilisai la connection par cheminées entre nos apparentements pour le rejoindre. Je sortis avec précautions de sa cheminée et regardai autour de moi. En face de l'âtre se trouvait un canapé d'un rouge profond et les murs étaient, comme dans son bureau, couverts d'étagères, mais celles-ci contenaient des centaines de livres… « Wow , m'exclamai-je.

- Content de voir que ça te plait , dit soudain mon frère qui venait d'apparaître derrière moi avec une discrétion féline.

Je retins une exclamation de surprise et rétorquai :

- Oui, c'est vraiment… magnifique ! Est-ce que…

- … évidemment, m'interrompit-il, cette bibliothèque est à ton entière disposition. Tant que tu respectes mon système de rangement.

- Euh, merci, dis-je, prise de court.

- Et, au fait, j'ai remarqué que tu n'étais pas venue dîner, alors je t'ai fait préparer un plateau-repas.

- Ok, hum, toussotai-je. Qui êtes-vous et qu'avez-vous fait de mon frère ?

Severus leva vers moi ses yeux noirs, comme un gamin pris en faute et avoua :

- Bon, c'est une expérience : j'ai décidé de me comporter avec toi comme j'aurais dû le faire depuis le début, c'est-à-dire de façon sociable. Qu'en penses-tu ?

- Je pense que je meurs de faim et qu'on pourrait remettre cette conversation à quand j'aurai rempli mon estomac, répondis-je.

Il hocha la tête et me conduisit dans la pièce attenante. Une table d'une taille assez imposante se trouvait au centre. Sur celle-ci se trouvait un plateau avec une portion de chaque plat qui avait été servi le soir même. Je m'installai et Severus me regarda manger en me racontant sa journée. Quand j'eus terminé, je m'étirai et me laissai aller en m'appuyant contre le dossier de ma chaise.

« Alors, que penses-tu de ma bonne résolution , demanda mon frère.

- Et bien, on verra si tu la tiens , répondis-je avec un petit sourire moqueur. Alors, on commence par quoi ?

- Tu as ta baguette magique ?

- Evidemment, répondis-je.

- Parfait, on va commencer par quelque chose de simple : le sortilège de Lévitation.

Je sortis ma baguette et demandai :

- Sur quoi ?

- Essaie cette plume, dit mon frère en en déposant une devant moi, c'est ce qu'on propose habituellement aux élèves de première année.

- Bien, hum, toussotai-je. Wingardium leviosa.

La plume s'éleva gracieusement, flotta jusqu'au chandelier puis redescendit et se posa sur la table.

- OK, ça tu sais le faire, nota Severus. On va tenter le sortilège de Désarmement.

Il se leva et se plaça à l'autre bout de la pièce, tenant lui aussi sa baguette à la main cette fois. Je le regardai d'un air dubitatif avant de me lever également et de lancer le sort :

- Expelliarmus , m'exclamai-je.

Je sentis que la magie n'avait pas opéré. J'étais tellement habituée désormais à me défendre sans baguette que celle-ci ne représentait plus pour moi qu'un canalisateur artificiel. Severus abaissa la sienne :

- Sam, dit-il, il faut que tu te dises que c'est toi qui contrôles tes pouvoirs. C'est toi qui décides. Si tu veux que ta magie traverse ta baguette, elle doit le faire ! Force-là !

Je hochai la tête et il dirigea de nouveau vers moi la longue tige de bois d'olivier. Je fis exactement comme il me l'avait conseillé : je concentrai toute ma volonté et m'écriai :

- Expelliarmus !

La magie traversa brutalement tout mon corps, puis la baguette pour aller désarmer le pauvre Severus qui se retrouva complètement assommé. En effet, il avait été projeté d'environ six mètres vers l'arrière et s'était violemment cogné contre le mur.

Je fronçai les sourcils et allai l'aider à se relever, examinant en passant sa tête qui commençait à saigner.

- Est-ce que ça va , m'inquiétai-je.

- Tu t'es incontestablement améliorée, murmura-t-il.

- Non, sérieusement. Regarde-moi, ordonnai-je.

Il leva ses yeux sombres vers moi en grognant :

- Je vais très bien, merci.

Puis il se dégagea d'un geste brusque et fit quelques pas. Au bout de deux, il tressaillit et tituba légèrement. Je me précipitai pour l'empêcher de tomber et le conduisis jusqu'au fauteuil le plus proche, disant :

- Je te crois, mais ce serait mieux si tu t'asseyais un peu. Je suis vraiment désolée, j'ai l'impression que je ne contrôle pas encore ma puissance…

- On peut dire ça comme ça, dit mon frère d'une voix qui avait perdu son sarcasme habituel.

Cela m'inquiéta et je l'examinai avec attention avant de faire un saut à ma chambre et de revenir avec une trousse de secours. Je nettoyai la plaie à l'arrière de sa tête avec précaution, puis je lui fis quelques points de suture. Il devait vraiment être sonné car il ne se plaignit pas une seule fois. Quand j'eus terminé, il me regarda droit dans les yeux et dit :

- Merci Sam.

- C'est le moins que je puisse faire, répondis-je, après tout, je suis responsable de ton état… Encore désolée.

- Bon, je crois qu'il serait raisonnable de déclarer la leçon de ce soir terminée, dit-il en soupirant. Rendez-vous demain. Même heure.

- Merci Severus, et repose-toi, dis-je avant de retourner dans mes appartements par la cheminée.

Chapitre suivant :

"Souvenirs ou comment Samantha perd son temps à ruminer au lieu de dormir"