Résumé: Sirius vient de rentrer chez lui pour les vacances de Noël.
Merci à: Isoletta, lilie-potter, Deedum, maraudeur-love. Ce sont vos reviews, même juste pour dire que vous avez aimé, qui m'encouragent à continuer cette histoire!
Chapitre 6 :
Familles, je vous hais.
Ils n'ont pas l'air très contents de me voir … Je me demande pourquoi. La demande d'autorisation parentale pour rentrer au Mouvement Pour un Monde Plus égalitaire et Moins Discriminatoire Envers Ceux Qui ne Sont Pas Nés de Parents Sorciers (MPMPEMDECQSPNPS) (4 adhérents, un poisson rouge)?
La lettre de Mc Go les avertissant que j'ai fait une connerie tellement grosse, que je suis collé jusqu'à la fin de l'année, tous les samedis après midi ?
L'attitude très étudiée, subtilement mélangée d'insolence, de pro-molduisme, de culture française, pays honni (« La guerre de Cent Francs, demande au portrait d'oncle Adolphus ce qu'il en a pensé !) et de rejet de toute autorité, notamment parentale ? (Ok. Quelqu'un d'extérieur verrait juste un ado débraillé, habillé en moldu, décoiffé, et avec écrit sur son T-shirt Familles, je vous hais. C'est vrai, c'est assez immédiat. Mais les Blacks n'ont jamais fait dans la dentelle. )
Bref, mes parents ont quelques raisons d'être mécontents. Mais pas trop. Ils attendent le dîner en famille pour se lancer. Ah, le dîner en famille. Une véritable institution, chez moi.
Une longue, interminable table rectangulaire. Le père d'un côté, la mère de l'autre, les deux fils vers le milieu. On n'entend que le bruit de la fourchette qui racle le fond de l'assiette. Soudain, une voix retentit dans la salle ancestrale :
« Passe-moi le sel, Regulus, je te prie.
« Oui, mère. »
Lourde signification. En effet, le pot de sel était plus près de moi que de Regulus. Si ma mère ne me l'a pas demandé, c'est bien pour marquer sa désapprobation. Quoique… Ca n'a rien de vraiment nouveau.
Ayant ainsi marqué le terrain, mes parents laissent quelques secondes (minutes ? heures ?) s'écouler.
Bruit de ma fourchette qui racle le fond de l'assiette à soupe.
Bruit de Regulus qui a renversé le pot de sel dans son assiette.
Bruit de Kreacher qui dessert la soupe.
Bruit de Kreacher qui sert le plat.
Bruit de Regulus qui lâche son gigot d'agneau et la sauce qui va avec sur la nappe en soie du XVIIIème siècle.
Bruit de désapprobation de ma mère.
Bruit de Kreacher qui nettoie.
Mon père se lance enfin :
« Sirius… Nous avons reçu une lettre de votre directrice de maison, que, comme vous le savez, nous désapprouvons depuis toujours. Il semblerait qu'elle vous désapprouve aussi… Madame votre mère et moi avons cru comprendre que, cependant, vous aviez adopté une attitude plus digne de vos ancêtres et professé les mêmes idéaux que des générations de Black avant vous. Nous avons donc pensé vous proposer un compromis. »
Je commence à me poser des questions…
« Et quel est-il ?
« C'est un tel honneur que nous préfèrerions vérifier votre adhérence à nos valeurs avant même le mentionner. »
Ca, c'est mon père. Faut pas faire attention. Il parle toujours comme dans un bouquin du XVIIIème, c'est exaspérant.
Il commence à me poser la série de questions traditionnelle, pas trop engageantes.
« J'espère que vous avez obtenu des notes satisfaisantes, du moins.
A quoi ça rime ? Ca fait 5 ans que je suis dans les trois premiers de la division et il le sait parfaitement ! Je suis surdoué, c'est tout, qu'est-ce qu'il cherche ?
« Naturellement, monsieur.
« Que vous vous employez à ne pas salir le nom des Black, porté par bien plus noble que vous, plus avant par un comportement déshonorant à la fois pour votre famille et votre personne…
« Non, monsieur.
« Et que vous bannirez ce relent d'insolence qui dégrade votre attitude. »
Coup bas… Celle-là, je ne m'y attendais pas. Mes parents, c'est simple : dès qu'ils ne sont pas là, je prépare des grands discours, je veux leur dire que je ne suis pas d'accord avec eux, je veux les détester, mais dès que je les vois, je veux juste qu'ils m'aiment… Pathétique. Là, par exemple, j'avais bien préparé les fringues qui les exaspéreraient le plus, bien moldues, bien ado, et je me suis mis en costume pour le dîner. J'ai passé une demi-heure à refaire mon nœud de cravate pour éviter les remarques !
Du coup, pendant le dîner, je me suis tenu droit comme un i, mais ma mère s'est quand même redressée bien visiblement quand elle a vu que je la regardais. Parce qu'ils ne sont pas stupides, mes parents, ils ont très bien compris ce qui se passe dans ma tête. Je crois même qu'ils voudraient bien m'aimer, eux aussi. Qu'ils se demandent comment je peux exister, moi, Black des pieds à la tête et pourtant tellement différent. Je voudrais tellement être comme il faut… Et je sais que dès que je ne les verrai plus je me remettrai à penser mal.
Je fais bonne figure à sa remarque. Je réponds comme je le dois. Il continue les vieilles questions auquel il sait parfaitement que je ne répondrai pas sincèrement, que je n'aspire qu'à leur plaire et que je n'y parviendrai jamais.
Et il me dit enfin à quoi il a pensé. Depuis que je me suis presque rangé, que j'ai arrêté de parler à des gens infréquentables, que j'ai parlé correctement aux Serpentards (la solitude… pour qu'on me réponde, j'aurais parlé à n'importe qui, même Voldemort.) et que j'ai répondu par des excuses à leur Beuglante trimestrielle, ils se sont dit que ma crise d'adolescence était peut-être enfin passée. Et que donc, peut-être, ils pourraient faire appel à un privilège ancestral des Black à Poudlard. Le conseil d'administration de l'école serait d'accord si je décidais d'en faire usage. Il n'en a été fait usage que quelques fois dans l'histoire. Je vois probablement à quoi il fait allusion ? Oui, je vois très bien.je connais l'histoire de la famille. Et comment elle gère les rebelles qui veulent rentrer dans le rang. Parce que je ne suis pas le premier. Ni, probablement, le dernier. De temps en temps, il y a un mouton noir, mais la famille sait manier la teinture.
Le dîner est terminé. J'obtiens la permission et je monte dans ma chambre. Je remballe ma valise que j'avais naïvement déballée, je jette un dernier regard à ma chambre, un monument de provocation, avec des filles à poil dans tous les coins, une immense bannière de Gryffondor et un édredon rouge et or. Le ménage n'a pas été fait depuis cet été, mes parents ont interdit à Kreacher de la nettoyer. J'ouvre le vasistas du fond et je sors mon balai. J'ai laissé un mot à mes parents expliquant que je vais chez quelqu'un de fréquentable, il n'y a pas à s'en faire, mais je voudrais repenser à leur proposition, à tête reposée, je les remercie de cet honneur qu'ils me font.
Je ne refuse pas, je ne suis pas en train de fuguer, je n'ai pas encore atteint le point de non-retour. Je veux pouvoir croire que j'ai une maison, des parents qui m'aiment une famille, des attaches en ce bas-monde. Je m'extirpe péniblement de la fenêtre, je fais voler mes affaires derrière moi et je me jette un sort Caméléon.
Au-dessus de Londres et des Moldus, je me pose LA question que j'ai refusé d'envisager depuis la fin du dîner : je vais où, maintenant ?
