Tous les chemins mènent à Hidekaz Himaruya.


Roman allait se moquer. Lui dire qu'il n'était qu'une fillette, qu'un bébé, et qu'il devrait plutôt laisser faire les grands. Aleks protesterait peut-être, mais il était plus probable qu'il écrase le pied du roumain ou le tire par l'oreille, en gardant les lèvres closes. Lui, il ne réussirait pas à rester posé, il se fâcherait, et ça donnerait un motif de plus à Roman pour le provoquer et rire de lui. Alors il l'insulterait le plus fort possible, et l'autre répondrait, et il avait plus de vocabulaire, alors forcément, et ensuite… Ensuite ils finiraient assommés par le livre du norvégien, qui leur dirait qu'ils étaient ennuyants. Et ça ne serait pas sa faute à lui!

Il reste nébuleux de savoir si c'est la crainte de la honte que lui infligerait le roumain, ou la douleur que lui causerait forcément le norvégien (pas besoin de lire l'avenir pour deviner ce genre de chose) qui lui donna le courage de continuer. Peut-être aussi que la fée qu'il sentait nichée contre son cou, douce chaleureuse et apaisante y était pour quelque chose. Respirer, se calmer. Eduard lui avait dit que de toute façon, il n'avait pas à s'inquiéter. Personne ne lui ferait de mal, parce qu'il était un des angelots fétiches. Ça ne faisait pas grand sens, mais bon. Tout est bon pour se rassurer. Aleks et Roman n'en était pas à leur première fois, eux. Ça l'avait frustré quand on le lui avait dit, mais maintenant… Il aurait bien voulu voir Roman trembler dans ce couloir. Si tu as un problème, dis leur que tu cherchais les toilettes. Ça marche à chaque fois. Mais si ça se trouve, c'était impossible. Parce que Roman entrait dans la catégorie des gens assez con pour sauter depuis la fenêtre du deuxième étage. Ou assez courageux?

Il faudrait qu'il pense à contacter ses parents, d'ailleurs. Ça faisait longtemps. Très longtemps. Aleks le regarderait avec mépris et lui ferait remarquer que l'invention de Skype commençait à dater suffisamment pour qu'il s'en serve.

Alors avec un soupir en prévision de ces futurs emmerdements, Arthur s'aventura dans le couloir. Dire qu'on cherchait les toilettes si on était remarqué. Et Roman se foutrait de lui. … Ce qui était hors de question… Ce ne devrait pas être trop dur de réussir, alors… Juste un petit paquet cadeau à poser sur un bureau, en se faisait ignorer des caméras. C'était simple, non? Rappeler à quelqu'un notre existence. Votre existence. Et puis partir en toute discrétion.

Il frissonna quand un vent froid passa sur sa nuque. Le temps de pester contre le courant d'air, il réalisa que celui-ci était étrangement déplacé. Il faisait chaud, on était en été, aucune porte ni fenêtre n'était ouverte. Et pourtant il l'avait senti.

- … Aleks?

Le murmure lui avait semblé à peine audible. Et pourtant, il le percevait. La présence répandue un peu partout autour de lui, comme un invisible voile de brume. C'était étrange comme le norvégien – mais peut-t-on encore parler de norvégien quand ça n'est plus un corps mais une âme? Qu'est-ce qui porte réellement la nationalité? – pouvait être physiquement glacial, mais psychiquement agréable. Un fantôme dans un corps, disait Roman. Arthur aurait préféré le comparer à Viviane. Parce qu'il y avait quelque chose de limpide et de fascinant, qui se reflétait tant dans son âme que dans ses yeux, et que la phrase il n'est pire eau que l'eau qui dort prenait tout son sens… supposait Arthur. Après tout, peut-être que cette crainte qu'il avait d'un remous inattendu ou d'une profondeur insoupçonné n'était pas avérée. Peut-être que tout n'était qu'un vague fantasme d'enfant effrayé de nature.

Tu bouges? Il attend. Ack. Roman l'avait fait sursauter. Il faut dire que son habitude à pénétrer – violer – les esprits sans demander à leurs propriétaires ni leurs accords ni leurs avis était terriblement désagréable. Il aurait voulu le lui transmettre en mot, mais les sentiments qu'il lui partagea devaient être suffisamment violent pour le lui faire comprendre. Mais c'est vrai qu'il n'avait pas toute la soirée (et qu'Aleks apprécierait probablement de regagner son corps sous peu). Alors il s'avança dans ce couloir, fruit de tant de réflexion. Il se savait entouré de cet halo bleuté, toujours aussi fascinant qu'à l'ordinaire. Les caméras de surveillances se virent proprement tournées dans d'autres angles de vue que ceux d'ordinaire, et Arthur s'amusa du fait que ce fantôme était tout de même vachement consistant (si on effectuait un comparatif entre ceux avec qui il communiquait d'ordinaire, alors celui-là était tout particulier. Déjà, il se taisait.).

Peu de temps après, il avait achevé sa petite mission, et c'était étrangement rassurant. De savoir que comme tous, il en était capable. Et que Roman n'aurait pas de motif à se moquer de lui.

Quand il retrouva les autres, dans le grand salon remplis à ras-bords de gens dont il ne pouvait même pas espérer retenir le nom, Aleks dormait toujours sur le sofa. Roman faisait la conversation à une jeune femme qui avait tout l'air de le trouver adorable, mais n'était pas le moins du monde séduite par ses treize ans. Courage, un jour il serait grand. La soirée s'acheva aussi normalement que possible (c'est-à-dire probablement plus étrangement que vous ne finirez jamais aucune de vos soirées. Mais bon. Vous n'appartenez pas à une organisation frauduleuse dirigée par un russe omnipotent et ne conversez pas avec des êtres invisibles pour passer le temps.) et c'est dans les alentours de minuit qu'un adulte compatissant remarqua que même Roman retenait difficilement un bâillement. Arthur se frottai les yeux occasionnellement, et Aleks avait réglé la question en s'endormant sur son épaule – parce qu'il s'était tout de même réveillé entre temps.

Ils se retrouvèrent donc en moins de deux dans une de ces somptueuses limousines que vous ne pourrez jamais que rêver avoir. Toris était chauffeur, parce que de toute façon sa peur total de perdre le contrôle en faisait un coincé qui ne buvait jamais d'alcool. Aleks s'étira – dans ce genre de voiture, on a l'espace pour le faire – et s'allongea à moitié sur les deux autres.

- T'as assuré, Arthur.

Roman avait cet espèce de sourire trop semblable à ceux d'Allistor, qui ne pouvait pas laisser intact le cœur de l'anglais. Il se senti rougir – mais de plaisir.

- … oui.

Fatigué ou non, la voix du nordique avait la même lassitude.

- … mais prends plus confiance.

Si cette courbe légère de sa bouche est un sourire, alors il pouvait se sentir fier d'avoir au moins accompli un exploit ce soir.

Si tu avais confiance en toi, tu commanderais aux êtres comme moi…

Quand ils arrivèrent à destination, les trois enfants s'étaient endormis, recroquevillé en un même petit tas enchevêtré. Il fut relativement – totalement – impossible de les réveiller avant le retour du soleil.


- … J'ai un frère.

Roman lui jeta un coup d'œil surpris, se détournant quelques secondes du petit Valeri qui s'était jeté sur lui, et se pendait à son coup comme une chauve-souris.

- Ah? C'était pas déjà le cas?

Il devait avoir bien de la force dans les bras, le petit moldave, pour tenir comme ça. Il babillait toute sorte de chose dans sa langue, et l'ainé, multitâche, écoutait répondait riait au besoin. Tout en écoutant à moitié ce qui pouvait être dit ailleurs (en même temps, écouter à moitié les autres n'était pas un gros pari, Aleks fermant sa gueule sauf en cas de catastrophe nucléaire et Arthur venant à peine d'arriver.)

- Un petit frère.

Précision utile. Roman lâcha un regard sur Valeri – pouvait-t-il considérer comme un frère ce gamin adorable qu'il avait pris sous son aile ? – avant de revenir à Arthur.

- Il vient de naître?

L'anglais avait l'air en état de choc. Pauvre petit. On avait pas pensé à le prévenir que sa mère était en cloque et il avait reçu le faire-part comme un coup de poing? Papa et maman continuent de batifoler malgré l'absence de leur petit poussin?

- … Non. Il a trois ans. Il est né il y a trois ans.

… On parle du retard du courrier, mais là, ça semblait exagérer. Même la poste roumaine était plus efficace. Dans ses souvenirs.

- J'ai un petit frère de trois ans.

Les chocs finissent par passer.

- Ma mère a donné naissance à un enfant. De trois ans.

Pas à sa naissance, tout de même?

- Un frère… Moi… Un petit… J'ai…

Courage. Bientôt, il se rappellerait que c'était Sujet-Verbe-Complément.

- Je…

- … bruyant.

Roman sursauta, et Valeri eut à enfoncer ses ongles dans son coup pour ne pas lâcher prise (ce qui évidemment s'acheva sur une exclamation de douleur de la part du roumain.) Il laissa échapper un mot que seul le petit moldave compris.

- Natalya, depuis quand tu es là?

Cette phrase est débarrassée de tout propos injurieux pour le bonheur des yeux des lecteurs.

La biélorusse jeta un même silence méprisant sur le roumain que celui que s'appliquait à entretenir le norvégien. Arthur ne digérait pas encore sa nouvelle et déclinait de toute les façons possible et imaginable l'information, à la manière d'amour marquise vos beaux yeux mourir me font. Valeri babillait toute sorte de chose sur Iryna qui était gentille et lui avait souri et avait tapoté sa tête et était venu et il était content et il aimait grand frère Roman et est-ce qu'il voudrait bien lui raconter une histoire et comment c'était le monde et. J'ai un frère. Et j'ai eu droit à un bonbon et. Un. ensuite Sofia elle a partagé son yaourt et. frère.

- … ne disent-t-ils pas qu'on est tous frère et sœur, ici?

Encore une fois, les interruptions imprévues provoquèrent de long silence de réflexion. Cette fois, c'était Aleks qui avait brisé son silence religieux, l'air de ne s'adresser à personne. N'empêche, tout le monde du le prendre personnel. Roman songea à son petit moldave, celui-ci resserra son étreinte pour la rapprocher d'avantage du câlin affectueux que de la posture du bébé koala, et Arthur se tut pour réfléchir (ou répéter mentalement ce qu'il venait d'apprendre). Même l'ordinairement stoïque Natalya ne put se retenir de répondre.

- J'espère bien que non. Ou ils il ne voudront jamais que j'épouse grand frère Ivan.

x


Quand elle dit hebdomadaire, on ne peut même pas se permettre de suggérer bimensuel ou elle va passer à l'annuel. Anyway. Je vais faire des efforts. Arrêter de dormir en cours pour écrire à la place.(mais faut tout de même que je continue à dessiner ! D'ailleurs, je suis fière de mon dernier né : Chibi!Yao et sa maman-dragon 8D … je me permets de perdre du temps à vous raconter ma vie. Je me demandais qui avait bien pu l'élever. So, Kiku l'interroge à ce sujet. Yao répond que comme tout le monde, c'est sa mère. Mais préfère ne pas lui dire qu'elle faisait plusieurs mètres de long. V'alà. Maintenant faut que j'habille Feliks avec les fringues de Belarus – et l'inverse. – )

Comme toujours depuis le dernier chapitre, en fin de chapitre, les noms de nos nouvelles apparitions : Valeri, c'est Moldovia, et Sofia, c'est Nyo!Bulgaria. Je me disais que je manquais de fille (et ça nous donne au moins UN hétéro – à tendance bisexuelle – dans Hetalia, ce que vous pouvez reconnaître comme un sacré exploit. Par contre, /intrusion de veille de post/, Valeri, c'est un garçon, tchup ! … Parce qu'on m'a posé la question, oui, si il dit frère, c'est qu'il n'a pas d'ovaire. )

Décision d'impact, j'ai décidé de perdre le temps dont je manque à répondre à vos reviews, parce qu'elles sont adorables et que ça fait terriblement plaisir d'en voir. J'ai eu, comment dire… La flemme ? (a) Mais changeons les choses, parce qu'une histoire n'est rien sans ses lecteurs et que ça me fait trop plaisir de voir le mail « Honeyz, a new review has been posted to your story. »

(oh, sinon, j'ai une déformation d'auteur québécoise : chaque fois que je voulais marquer caméras, j'ai écrit canada à la place. Why? WTF rédactionnel.)