Voici le chapitre qui porte sur la nuit de noces et sur ce qui arrive après ce moment décisif. Âmes sensibles s'abstenir... Alfred est loin d'être un enfant de cœur et son intelligence fait de lui un ennemi redoutable. Pour ce qui est du reste et bien... vous savez bien que j'aime les histoires complexes et longues, alors mesdames, armez-vous de patience et soyez indulgentes avec moi. Vos commentaires sont un pur moment de bonheur pour moi: Gridaille, Marie-Paule, Laurence, Laura, Libra10. Alors je vous en prie... continuez... Miriamme.
Septième partie
Incapable de regarder à nouveau en direction Sorel, Élisabeth regagna la chambre que lui avait fait préparer Alfred et entreprit de passer la robe qu'elle avait choisie de porter pour le banquet avec l'aide de sa domestique. Cette soirée qu'elle envisageait déjà comme étant la dernière soirée de sa vie et vraiment pas comme la première d'une nouvelle vie, ce qui eut été le cas si elle avait eu la possibilité de se marier avec un être moins vil que ce monstre d'Alfred.
«C'est lui ou moi, un seul de nous deux survivra à cette nuit…» jura-t-elle en serrant la mâchoire.
Donnant congé à sa domestique, elle attendit d'être totalement seule pour installer sa dague sous sa tunique de corps, bien coincée sous une sangle de cuir qu'elle avait enroulée autour de sa taille.
«Il n'y a qu'en la portant là que j'arriverai de la déloger assez rapidement, lorsque le moment serait venu», comprit-elle après avoir essayé de différentes manières. Revenant ensuite vers le sac de toile dans lequel elle avait rangé ses bijoux, Élisabeth ramassa le collier en or qui lui venait de sa mère et plongea à nouveau sa main à l'intérieur afin de trouver le bracelet qui complétait cet ensemble. Après avoir poussé un dernier soupir en songeant au banquet qui allait suivre et pendant lequel elle allait devoir afficher un air heureux et même énamourée, elle se promit de profiter de chaque seconde passée avec le Général Darcy lorsque pour se conformer au protocole il viendrait l'inviter à danser.
«Il me faut au moins un souvenir agréable auquel je pourrai me raccrocher juste avant de passer à l'action» décida-t-elle en s'approchant de la fenêtre pour jeter un œil à l'extérieur.
Une trentaine de minutes plus tard, Alfred vint la chercher, mais profita tout d'abord de ce qu'ils furent seuls pour s'imposer à elle en l'embrassant avec fougue. Puis, jugeant qu'elle ne participait pas suffisamment, Alfred la mit en garde une dernière fois avant de se rendre avec elle dans la salle où les attendait déjà presque tous les nobles du royaume. Guidée par son époux avec qui elle effectua un tour complet de la salle, Élisabeth fut la première à prendre la parole se conformant ainsi à la tradition locale qu'Alfred avait pris le soin de lui expliquer au préalable. Elle mentionna tout d'abord qu'elle était très heureuse d'avoir l'occasion de servir un peuple pour lequel son affection ne cessait de croître. Elle prit le temps de parler de chaque village et nomma stratégiquement le nom de plusieurs nobles qu'elle savait plus influents ou tout simplement plus près de son époux. Lorsqu'elle se tut enfin, plus d'un invité avait utilisé son mouchoir pour s'éponger les yeux. Alfred lui-même lui serra la main et la remercia à voix basse pour le bel hommage qu'elle venait de lui rendre avant de tout gâcher en ajoutant d'un ton sarcastique, bravo, tu avais presque l'air sincère…
S'abstenant de répliquer, Élisabeth garda le silence et écouta attentivement ce qu'Alfred avait à dire de son côté sachant très bien qu'il n'avait rien préparé et ne faisait que broder autour de son propre discours. Le banquet débuta sur une salve d'applaudissement et chacun des plats fut présentés à la manière d'un compliment qu'on adressait au couple royal. Lorsque les esprits furent suffisamment échauffés et que le repas fut enfin terminé, Élisabeth se réjouit d'entendre les premières mesures de musique.
En coulisse de cet événement, le Général William Darcy veillait à tout et affichait le même air indifférent que lorsqu'il avait appris que la princesse et son roi s'était mariés. Quittant temporairement la salle du banquet pour aller s'assurer que la relève de la garde se déroulait comme convenu, il fut très surpris de découvrir Adès caché dans un coin sombre de la cour.
-Enfin, te voilà, chuchota le géant en se dépliant, viens, rendons-nous dans un coin tranquille, il faut à tout prix que je te parle en privé.
Sans plus attendre, William entraîna son ami (qu'il aurait d'ailleurs été bien embêté de cacher à cause de sa taille) jusque dans une remise utilisée par les marchands durant la journée.
-Il n'est rien arrivé à Georgianna j'espère? S'inquiéta le Général sans perdre une seconde.
-Non… enfin c'est effectivement d'elle qu'il s'agit… mais ce n'est pas ce que tu crois… bredouilla Adès en allant se placer dos à la porte.
-Je t'écoute, s'impatienta William.
-C'est à propos du mariage d'Élisabeth et du roi. Georgianna est presque certaine que la princesse s'est sacrifiée…
-Elle est bien trop satisfaite de son sort pour ça, lui opposa William.
-Georgianna affirme qu'après avoir entendu Alfred ordonner à Silas de la tuer… Elle est presque certaine d'avoir entendu Élisabeth affirmer qu'elle acceptait d'épouser Alfred en autant qu'il vous laissait tranquille ta sœur et toi.
-Elle a dû mal comprendre, proposa William en fronçant les sourcils, après tout, elle avait perdu connaissance non?
-Elle n'avait plus le contrôle de son corps, mais elle insiste pour dire qu'elle entendait tout ce qui se disait autour d'elle.
-Sans doute un effet de son imagination…
-En tout cas, moi, comme je l'ai dit à Sorel un peu plus tôt, je n'ai rien vu, ni rien entendu. Alors voilà ce que j'avais à te communiquer… De toute façon tu connais ta sœur William, il fallait que je vienne autrement elle aurait été capable de le faire elle-même.
-Tu as bien fait… quoique je doute sincèrement qu'on puisse se fier à sa mémoire. Après tout, ne venait-elle pas de recevoir un coup à la tête?
-Non, ça c'est moi… rétorqua son ami en désignant le bandeau qu'il portait encore sur la tempe. Alors comme ça c'est vrai, Élisabeth et Alfred se sont mariés?
-Oui. La reine m'a affirmé que leur union a été bénie par le Frère Silas…
-Dire qu'il est avec nous depuis le début, pesta Adès, on va devoir changer de code et de lieux de rassemblements…
-On va devoir changer de roi surtout et vite… s'emporta violemment William en allant rejoindre son ami devant la porte.
-William, le prévint Adès, ne fait rien pour l'instant. Tu es seul et Alfred se méfie de toi depuis bien plus longtemps que nous le pensons. D'ailleurs, si tu n'es pas déjà mort, c'est uniquement parce que d'une manière ou d'une autre tu dois lui être utile… reste à savoir utile à quoi?
-Il m'utilise déjà pour couvrir ses crimes, se renfrogna William. Bien, soupira-t-il ensuite, désolé Adès, mais je vais devoir retourner à la fête…
-Très bien… je te laisse aussi. Je pars rejoindre ta sœur et te ferai parvenir un message si j'apprends autre chose.
-Merci Adès… Merci de prendre soins de Georgianna à ma place.
En revenant dans la salle de bal où la fête battait son plein, William chercha Sorel des yeux et, le découvrant à l'autre bout de l'immense salle, entreprit de se déplacer lentement pour aller le rejoindre, saluant les uns et souriant aux autres. Lorsqu'il eut parcouru près de la moitié de la distance, William se retrouva tout près du couple royal et salua Alfred en inclinant légèrement la tête. Arrivant enfin près de Sorel, William comprit que celui-ci suivait également les nouveaux mariés des yeux.
-La reine est tellement belle, s'extasia l'aide de camp.
-Oui, en effet, admit William en s'autorisant à jeter un œil sur elle pour la première fois de la soirée. Exhalant un profond soupir, il se pencha vers Sorel pour lui souffler à l'oreille, ma sœur croit qu'elle se serait sacrifiée pour nous sauver…
-Je n'en doute pas une seule seconde, affirma l'aide de camp.
-Pourquoi?
-Pour quelle autre raison une femme planifierait-elle de poignarder son époux? Chuchota-t-il.
-Mais de quoi me parles-tu? Non, attend, pas ici, le coupa le Général le tirant plutôt par le bras pour l'entraîner sur la terrasse.
-Elle a l'intention de tuer Alfred ce soir, lui apprit Sorel aussitôt qu'ils furent seuls.
-Comment?
-Je lui ai remis un de mes couteaux avant la fête… À SA DEMANDE, se défendit-il en voyant l'expression horrifiée du Général.
Quittant son aide de camp sans perdre une seconde, William revint dans la salle au moment où la musique venait tout juste de s'arrêter. Il attendit qu'Élisabeth et Alfred se soient séparés et que le roi se soit suffisamment éloigné pour marcher jusqu'à celle-ci.
-Majesté? Pouvez-vous m'accorder la prochaine danse? S'enquit-il d'une voix incertaine.
-Avec plaisir Général Darcy, lui répondit-elle en posant sa main gantée sur le bras qu'il lui tendait.
«Voici le moment que j'attendais depuis le début de cette soirée. Le moment qui me donnera la force de passer à l'acte». Se répéta-t-elle tout en marchant à ses côtés pour aller se placer parmi les autres danseurs.
-Ma sœur Georgianna vous envoie ses salutations… Lui souffla William en tournant autour d'elle pour la première fois.
-Comment se porte-t-elle?
-Elle va bien… grâce à vous, la testa-t-il sans la quitter des yeux.
-Grâce à moi? Ce serait bien surprenant… Si elle a été malmenée… c'est uniquement parce qu'elle a pensé– comme tout le monde – que j'avais été enlevée… improvisa-t-elle.
-C'est donc faux ce qu'on raconte dans les coulisses du pouvoir? S'informa-t-il ensuite au moment où elle passait sous son bras.
-Tout dépend de ce qu'on y dit...
-On y affirme que vous vous seriez sacrifiée pour que je ne sois pas arrêté et que ma sœur puisse vivre, lui souffla-t-il en allant se placer à sa gauche pour effectuer un tour de la piste en posant sa main vers le milieu de son dos.
-Faux, affirma-t-elle en bloquant son regard dans le sien. Je n'ai pas autant de pouvoir entre mes modestes mains…
-Et bien sûr, la coupa-t-il, ce n'est pas une dague que je sens sous mes doigts dans votre dos.
-On voit bien que vous n'y connaissez rien en mode féminine Général, improvisa-t-elle en prenant bien soin de laisser échapper un petit rire moqueur à la fin de son affirmation.
-Iriez-vous alors jusqu'à affirmer que vous vous êtes mariée de votre plein gré? La provoqua-t-il en la poussant dans ses retranchements.
-Non, puisque je me suis mariée par intérêt. Que voulez-vous William, vous permettez que je vous appelle William?
-Vous êtes la reine, vous faites ce que bon vous semble…
-William, ce qu'il y a c'est que j'ai beau ne pas aimer le pouvoir, j'ai toutefois beaucoup d'affection pour le peuple des montagnes. Et maintenant que je suis mariée avec Alfred, j'aurai enfin l'occasion de faire la différence.
-Joli discours, convint-il avant d'ajouter d'un ton froid et impersonnel, puisse la réalité être à la hauteur de vos espérances. Je vous souhaite bonne chance Majesté.
-Je vous remercie.
Tout en réalisant le dernier motif de cette danse traditionnelle, Élisabeth garda le silence, uniquement préoccupée par le bonheur qu'elle éprouvait malgré tout à danser avec l'homme dont elle était éperdument amoureuse et pour qui elle s'était sacrifiée, pleinement satisfaite de savoir qu'il allait rester en vie, peu importait le dénouement de sa nuit de noces. Quittant celui-ci dès que la musique cessa, Élisabeth revint docilement vers son époux devinant qu'il les avait suivi des yeux pendant toute leur danse.
-Très bien ma charmante épouse. Tu apprends-vite.
La mort dans l'âme, mais somme toute résignée, Élisabeth plaqua un sourire de convenance sur son visage et le conserva jusqu'à ce qu'Alfred lui fasse comprendre qu'il était temps de se retirer. Jetant un dernier regard en direction de Sorel avant de traverser la salle au bras de son époux, Élisabeth le salua d'un léger signe de tête. William à qui cet échange silencieux n'avait pas échappé suivi le couple des yeux tant et aussi longtemps qu'il n'eut pas franchi la porte de sortie.
N'ayant échangé aucune parole tout le temps que dura leur déplacement jusqu'au donjon, Alfred s'arrêta juste devant la porte de sa chambre et jeta un regard méprisant sur son épouse.
-Pour cette nuit uniquement, j'accepte que tu dormes dans ma chambre… si tu es sage et fait tout ce que je te demande… alors il se pourrait bien que je réinvite demain soir…
Sur ces belles paroles, Alfred ouvrit la porte, laissa passer la jeune femme, la saisit par le bras puis la fit pivoter vers lui. Capturant violemment sa bouche, il la poussa en direction du lit en soufflant bruyamment.
-Je te préviens ma belle, tu vas devoir travailler pour ton plaisir. Et j'exige que tu participes activement à ta nuit de noces…
-Que dois-je faire? S'inquiéta-t-elle.
-Déshabille-moi… lentement…
Les doigts tremblants, Élisabeth dénoua les lacets de la tunique de son époux. Les pupilles maintenant assombries par le désir, Alfred se commença à défaire les liens qui retenaient sa robe de noces. Sur ses gardes, Élisabeth accéléra le rythme afin de s'assurer qu'il ne puisse pas atteindre la dague qui était nouée sous sa tunique de corps.
-Tu es bien pressée, commenta Alfred en continuant son ouvrage.
Après avoir ordonné à la jeune femme de monter ses bras dans les airs, Alfred fit passer sa robe par le haut ne lui laissant plus que sa tunique de corps pour la couvrir.
-Si tu savais quel cadeau tu me fais : être le premier, ça ne m'est pas arrivé aussi souvent que tu le crois. Tu vas avoir mal, c'est bien certain, se délecta-t-il. Mais ce sera bref…
Posant les deux mains sur ses seins, toujours cachés par la tunique, Alfred se mit à gémir d'anticipation, s'impatienta puis entreprit de retirer lui-même le reste de ses vêtements. Lorsqu'il se retrouva aussi nu qu'un vers devant elle, Élisabeth retint son souffle et resta figée devant le spectacle de l'imposant membre dressé que ses vêtements ne laissaient pas deviner.
-Prends-le dans ta main… lui ordonna-t-il tout en saisissant sa main et la guidant vers son entre-jambe.
Élisabeth savait qu'elle devait à tout prix continuer à jouer son rôle de femme soumise, mais éprouvait une peur proportionnelle à la haine qu'Alfred lui inspirait. Serrant les lèvres, Élisabeth entoura le membre de sa main sursautant légèrement à cause de sa chaleur et commença à le caresser maladroitement.
-Déplace te main de haut en bas. Oui, c'est ça... l'approuva-t-il en gémissant. Oh, n'arrête pas Élisabeth…
Tout en grognant et gémissant à chaque fois que sa main se déplaçait, Alfred laissa ses deux mains saisir les hanches de son épouse.
-Attends, arrête-toi maintenant, autrement, il n'en restera plus pour toi… et je devrai attendre avant de te prendre…
Délaissant le membre frémissant qui était maintenant encore plus rigide, Élisabeth se tint droite devant son époux, attendant autant qu'il lui donnât de nouvelles instructions que se présentât l'occasion idéale de passer à l'acte.
-Allonge-toi sur le dos et écarte tes jambes. Tu vas voir comment je peux satisfaire une femme…
Obéissant sans tarder s'obligeant à lui sourire, Élisabeth faillit vomir lorsqu'elle sentit l'organe tout gonflé d'orgueil venir se loger entre ses jambes. Profitant de ce qu'Alfred se positionnait en soufflant bruyamment, Élisabeth fit doucement glisser son arme hors des plis de sa tunique, leva son bras, pris son élan et le frappa dans le dos.
Son mouvement fut immédiatement arrêté par la poigne solide de son mari qui ayant prévu le coup, la désarma avec une aisance surprenante. Une seconde plus tard, il jetait la dague au loin et se ruait sur elle.
-Je ne suis pas naïf comme mon imbécile de frère, hurla-t-il. Et toi, tu es ma femme que tu le veuilles ou non… enfin, tu le seras dans quelques secondes…
-NON! Hurla-t-elle cessant tout simulacre.
Se débattant comme elle ne l'avait jamais fait, Élisabeth réussit à s'extraire du lit et à se diriger vers la porte. La rattrapant avant qu'elle n'atteigne celle-ci, Alfred l'agrippa par les cheveux et la ramena vers le lit. Comme elle criait encore et qu'il voulait à tout prix éviter qu'elle attire l'attention des autres résidents du donjon, Alfred couvrit sa bouche de sa main et jeta sur elle un œil furibond.
-Tu sais quoi? Tu ne mérites même pas que je te prenne comme une femme. Tu n'en seras jamais une. Je vais te prendre comme je prends les paysannes… par derrière! Lui apprit-il avant de la retourner face contre le lit.
L'instant d'après, Alfred plaqua son membre dur contre les fesses de la jeune femme, déterminé à l'humilier.
Élisabeth avait dépassé le stade de la peur, elle se résigna dignement et s'attendait à tout moment à ressentir cette douleur mentionnée par Alfred sa raccrochant à la promesse qu'elle s'était faite de se donner la mort aussitôt qu'il en aurait fini avec elle. Écrasée par son poids et maintenue de force la tête dans l'épaisse couverture, Élisabeth serra les dents s'attendant à tout instant à subir sa colère. Pourtant, au bout de quelques secondes, non seulement la douleur tant attendue ne vint pas, mais elle se transforma plutôt en libération totale. La main d'Alfred relâcha son cou à peu près en même temps qu'elle fut libérée de son poids.
Lorsqu'elle se retourna, craignant plus que tout que son époux ait inventé je ne sais quelle nouvelle torture, elle réalisa alors qu'un homme de haute stature était penché par la fenêtre. Se redressant en rabaissant pudiquement sa tunique, Élisabeth reconnut la silhouette de William Darcy avant même qu'il ne se revînt vers elle.
Se décomposant devant lui, elle sentit ses joues s'humidifier et ses lèvres se mettre à trembler. Le Général n'eut qu'à ouvrir les bras pour qu'elle s'y précipite.
-Je n'ai pas réussi à le tuer, répétait-elle inlassablement avant de redresser la tête pour ajouter, Alfred avait deviné que j'allais tenter quelque chose… Oh William, merci d'être venu…
-Majesté, nous ne pouvons parler maintenant. Pour l'instant, il ne faut penser qu'à votre époux…vous allez devoir raconter ce qui s'est passé… ici dans cette chambre…
-Vous l'avez jeté par la fenêtre… Lâcha-t-elle d'une voix monocorde.
-Non, protesta-t-il en l'éloignant de lui afin de s'assurer non seulement qu'elle allait l'écouter attentivement, mais également qu'elle comprendrait, ce n'est pas ainsi que les choses se sont passées… La tirant légèrement vers la fenêtre, il l'obligea à regarder là où gisait le corps Alfred, alors que celui-ci était encore camouflé par la pénombre. Écoutez-moi attentivement Élisabeth, affirma-t-il en la ramenant directement devant lui, vous étiez avec Alfred au bord de la fenêtre. Vous vous embrassiez. Il était heureux. Il avait trop bu. Il vous a tiré vers lui, mais a perdu l'équilibre. Vous avez tenté de le retenir, mais il est tombé… vous n'avez rien pu faire…
-Il est tombé, répéta Élisabeth en acquiesçant pour montrer qu'elle comprenait la situation.
-Très bien. C'était un accident n'est-ce pas? Un accident stupide… Élisabeth, écoutez-moi. Votre calvaire n'est pas encore fini malheureusement. Vous allez devoir crier pour ameuter la garde. Vous devrez avoir l'air catastrophé. Sorel arrivera parmi les premiers et constatera que le roi est mort…
-Sorel, arrivera le premier. Bien, j'ai compris William, déclara-t-elle se voulant rassurante même si des tremblements agitaient son corps tout entier.
-Élisabeth, mon amour, vous allez être courageuse, je le sais. Tout va bien aller, l'encouragea-t-il, faites-moi confiance…
-J'ai confiance en vous, William, bredouilla-t-elle tout en saisissant sa main pour l'embrasser.
-Élisabeth, je reviendrai vous voir plus tard, déglutit-il en la pressant contre lui. Quand la mort du roi sera annoncée et que tous retourneront se coucher…
-Je vous attendrai, lui promit-elle en levant la tête vers lui, jurez-moi que vous reviendrez vers moi? Jurez que vous viendrez même s'il est très tard? Le pria-t-elle sans le quitter des yeux.
Posant tendrement ses lèvres sur celles de la jeune femme, William dut se faire violence pour la repousser et s'obliger à quitter la pièce lentement, non sans lui avoir rappelé qu'elle devait réagir comme si l'accident venait tout juste d'arriver et qu'elle était sous le choc.
Pendant tout le temps que dura la tempête engendrée par l'annonce de la mort du roi, Élisabeth dut faire un effort considérable pour afficher un air triste et atterré alors qu'en réalité, la joie de se savoir aimée et l'anticipation du bonheur qui l'attendait auprès de William se disputaient en elle.
Lorsque tout le château fut prévenu du drame et qu'Élisabeth eut raconté pour la énième fois ce qu'elle avait vu, on la laissa enfin aller se reposer. Il fut convenu qu'à son réveil, le corps du roi serait exposé et que des funérailles seraient organisées.
Une fois allongée dans le lit de la chambre où on avait emmené l'ensemble de ses affaires depuis son mariage, Élisabeth pria pour qu'il ne fût pas trop tard et que William puisse tenir sa promesse de venir la voir. Lorsqu'un petit coup fut frappé sur la porte de sa chambre, Élisabeth referma les pans de sa tunique et se précipita pour ouvrir à son visiteur nocturne, le cœur battant la chamade.
-Majesté… puis-je entrer? Lui demanda timidement l'aide de camp du Général, un sourire gêné sur le visage.
-Mais bien entendu Sorel. Dès qu'elle eut refermée la porte derrière lui, elle s'empressa de l'interroger: William n'est pas avec toi?
-Non. Il ne peut pas venir… pas encore…
-Mais il va venir me voir n'est-ce pas? Le pressa-t-elle.
-Oui, mais s'il est en retard, c'est parce qu'il a été obligé d'aller rencontrer les révolutionnaires. Il devait leur expliquer la situation, vous comprenez.
Oui, oui. Je comprends, répondit-elle, incapable de cacher sa déception.
Voyant que Sorel sortait l'arme blanche qu'il lui avait prêtée, la princesse rougit violemment et rétorqua, il vaut mieux que tu la gardes.
-Mais non… je vous l'avais offert…
-Merci Sorel. Si je ne vous avais pas eus, William et toi … je ne sais pas ce que je serais devenue…
-Vous seriez sans doute dans un autre royaume… où vous auriez rencontré votre prince charmant…
-Si les princes existent, et bien malheureusement, ils sont loin d'être charmants.
-Mettez-vous donc au lit… princesse… Demain sera une rude journée avec les obsèques et tout le reste… Sans compter que le Général pourrait bien en avoir pour la nuit avec ses amis.
Lorsque le soleil laissa filtrer ses premiers rayons Élisabeth ouvrit les yeux et mit un certain temps avant de réaliser qu'il faisait jour. Retrouvant ses esprits beaucoup plus rapidement que d'habitude, elle se redressa et se précipita jusqu'à la fenêtre. Au lieu de l'éternel va-et-vient des marchands et des commerçants, la place centrale était déserte.
L'étendard du royaume étant recouvert d'un drapeau noir, Élisabeth comprit que tous les habitants du château devaient déjà porter le deuil. Tout en cherchant dans ses tenues la seule tunique noire qu'elle possédait, Élisabeth se demandait ce qui avait pu retenir William assez longtemps pour qu'il ne puisse pas lui venir la retrouver comme convenu.
Déposant sa robe sur le lit, Élisabeth frissonna de dégoût en découvrant la tunique qu'elle portait la veille que sa domestique avait dû venir porter sur sa chaise durant la nuit. Des images de son expérience de la veille remontèrent dans son esprit, l'obligeant à se couvrir le visage de ses deux mains et pousser un cri d'exaspération. Cet instant de panique passé, la reine releva dignement la tête, ramassa sa robe de noces et la jeta en boule au fin fond de son armoire. Une fois la porte refermée, Élisabeth alla frapper sur la porte de la pièce où dormait sa femme de chambre afin de lui demander de l'aider à passer la tunique noire qu'elle venait de sortir.
-Je peux demander qu'on vous fournisse d'autres robes noires si vous voulez… J'ai vu que vous n'en avez qu'une…
-Oui… c'est une bonne idée… combien de temps portez-vous le deuil dans le royaume des montagnes?
-Jamais moins de six mois… c'est la tradition.
-Alors, fais-moi faire autant de robes que vous tu le jugeras nécessaire…
-Bien entendu…
-Comment as-tu appris la nouvelle? Lui demanda Élisabeth curieuse de savoir ce que racontaient les domestiques entre eux.
-Sorel nous a tous réunis… vers minuit… Il nous a annoncé pour la chute tragique de votre époux… Nous avons tous versé quelques larmes…
-Alfred aurait apprécié… rétorqua Élisabeth.
-Oh, mais ce n'est pas pour lui que nous avons pleuré, mais pour vous… Nous avons été tristes d'apprendre que vous n'ayez même pas eu droit à une vraie nuit de noces…
-C'est vraiment gentils à vous, d'avoir pensé à moi. Et ce matin, que disent les gens?
-Je préfère ne pas répondre à cela…
-Je veux savoir…
-Certains disent que la mort d'Alfred est ce qui pouvait arriver de mieux au royaume… que sous votre gouverne… nous serons plus heureux…
-J'ai bien vu que mon mari n'était pas aimé de tout le monde hors des mûrs de la cité… mais je croyais que, ici… entre les mûrs du château, tous l'appréciaient?
-Oh, non. Loin de là! Votre époux nous faisait peur en réalité, mais depuis que vous étiez auprès de lui, il était très différent. Nous avions bon espoir qu'il devienne un bon roi, mais le sort en a décidé autrement.
-En tout cas, sache que je vais faire de mon mieux pour diriger ce royaume…
-Je n'en doute aucunement, majesté.
-Merci, oh, en passant, peux-tu aller vérifier si le Général est disponible?
-Euh, bien, ce sera difficile puisque j'ai entendu dire qu'il n'était pas rentré cette nuit…
-Il n'est pas rentré? S'inquiéta Élisabeth.
-On dit qu'il est allé rejoindre des révolutionnaires… Il parait qu'ils voulaient renverser le roi depuis longtemps… J'imagine que le Général a fêté avec eux toute la nuit.
-Oui, c'est sûrement ça, tu as raison.
-Voulez-vous que je vous envoie Sorel?
-Non, je vais me rendre dans la salle du trône. Il est temps que je m'occupe de la préparation du corps de mon mari.
-Très bien… à plus tard votre majesté.
Lorsque Sorel lui confirma que le général n'était pas rentré, Élisabeth espéra que sa femme de chambre ait eu raison et qu'une fête l'eut retenu. Sorel quant à lui, était convaincu que son retard n'avait rien à voir avec une fête, il croyait plutôt que les révolutionnaires s'étaient avérés beaucoup plus long à convaincre et qu'il s'était avéré nécessaire que William reste avec eux pour tenter de les contenir.
Vers la fin de l'avant-midi, le corps du roi fut déposé sur un lit de branches et le chariot sur lequel le tout était juché se mit en marche vers 14h00 en direction de la mer. Élisabeth ouvrait la procession en marchant tout juste derrière le chariot et n'avait même pas à feindre d'être triste, puisque son inquiétude pour William nourrissait sa peine et donnait à ses larmes une raison de couler sur ses joues. Élisabeth devinait également que le peuple était avec elle et que ce deuil allait s'avérer payant politiquement parlant.
Arrivé sur les rives de l'océan, six gardes vêtus conformément aux couleurs du royaume, transportèrent la structure jusque dans la barque qui avait été préparée pour l'occasion. Une chanson traditionnelle accompagna le mouvement des vagues tandis qu'elles repoussaient lentement la barque vers le large. Le chant cessa dès que les archers libérèrent leurs flèches enflammées afin que s'allume le lit mortuaire du roi.
Élisabeth resta là immobile de longues minutes à contempler la crémation de la dépouille de son mari. Quand il ne resta plus rien de lui, ni de la barque, Élisabeth refit le chemin inverse, s'arrêtant ça et là pour serrer les mains des paysans et des paysannes qui avaient pris le temps de quitter leurs fermes pour venir la soutenir.
Élisabeth laissa ces gens venir à elle sans crainte, ignorant volontairement les mises en garde des chevaliers qui l'accompagnaient. De retour dans la cour du château, Élisabeth chercha des yeux des signes tangibles du retour de William, mais n'en vit aucun. Elle croisa finalement Sorel qui venait vers elle et s'inquiéta en réalisant que tout en ayant l'air de vouloir lui parler, il fuyait son regard.
-Des nouvelles Sorel? S'enquit-elle une fois qu'il fut entré dans sa chambre.
-Oui. Votre majesté, elles sont mauvaises, j'en ai bien peur… Lui confia-t-il la mine encore plus sombre.
-Très bien. Allez-y, je vous écoute.
-William était vraiment avec les révolutionnaires au début de la nuit, comme il nous l'avait dit. Mais il semble qu'il les ait quittés vers une heure du matin pour rentrer ici même au Château…
-Si c'était vrai, il serait ici en ce moment même! Protesta Élisabeth en se mettant à marcher de long en large.
-C'est ce que j'ai dit moi aussi à Adès et à Georgianna…
-Et?
-Ils sont aussi inquiets que nous… Lui expliqua Sorel en croisant les bras.
-La grotte?
-J'y suis allé aussi… aucune trace de lui… ni de personne d'autre d'ailleurs…
-Mais toi Sorel, qu'en penses-tu?
-Je me garde bien d'en penser quoi que ce soit. Mais Adès a une théorie intéressante… admit-il prudemment en soupirant.
-Laquelle?
-Il croit que Silas est responsable de sa disparition et qu'un groupe d'hommes, probablement des fidèles du roi, l'aurait fait prisonnier…
-Dans quel but? L'interrogea Élisabeth tandis qu'une peur sournoise lui déchirait les entrailles.
-Ils souhaitent mettre un Seigneur de leur choix sur le trône et vous faire emprisonner pour le meurtre de votre mari, lâcha enfin Sorel.
-Et bien qu'ils le fassent. Je n'ai pas peur de mourir, s'emporta-t-elle. Sorel, sache que je suis prête à tout pour que William soit épargné! Le prévint-elle avec émotion.
-Oh, j'avais justement très peur que vous me fassiez cette réponse. Il n'est pas bon que vous donniez l'impression de tenir à votre Général à ce point là. Vous leur donnez trop de pouvoir sur vous et donc sur le royaume, se découragea Sorel.
-Je sais, je sais. Mon père a tenté, je ne sais combien de fois de me faire comprendre cette caractéristique du pouvoir qui fait en sorte que les rois et les reines ne peuvent pas se considérer comme de vraies personnes… Qu'ils ou qu'elles n'ont pas intérêt à faire passer leurs propres sentiments avant leur rôle de souverain. J'ai beau savoir cela, je n'y arrive pas. Je suis désespérément et irrémédiablement amoureuse de William.
-Oh! Et bien alors, ça va vraiment nous compliquer les choses… Commenta Sorel en haussant les épaules en signe d'impuissance.
-Je sais. Mais Sorel, cette idée d'enlèvement, ce n'est qu'une théorie d'Adès? Il ne possède aucune preuve? Cette théorie ne correspond peut être pas à la réalité.
-Vous voyez une autre façon d'expliquer l'absence d'un homme qui a la chance d'être aimé d'une reine…Rétorqua Sorel d'une voix lasse.
-Vous oubliez qu'il l'ignore… je ne lui ai jamais avoué mes sentiments… Lui opposa-t-elle avec énergie.
-Peu importe qu'il l'ait su ou non. En ce qui le concerne, il vous aimait assez pour commettre le pire crime qu'un homme puisse commettre. Il a assassiné le roi qui l'a honoré, celui-là même qu'il avait aussi juré de protéger au péril de sa vie.
Voyant que les yeux de la reine se remplissaient de larmes, Sorel s'empressa d'ajouter : Le fait qu'il ait quitté ses amis en pleine nuit pour venir vous retrouver, qu'il ne soit jamais arrivé ici et que son corps n'ait jamais été retrouvé, donne malheureusement beaucoup de crédibilité aux craintes de mon ami…
-Que dois-je faire d'après toi? L'interrogea Élisabeth après avoir chassé ses larmes d'un geste rageur.
-Attendre majesté. Nous ne pouvons qu'attendre. Après William bien entendu… Mais surtout après une manifestation de ses ravisseurs…
-Silas…
-Lui et d'autres sympathisants…
Se laissant sur la promesse de se reparler dès qu'ils auraient des nouvelles positives ou négatives, Sorel regagna ses quartiers tandis qu'Élisabeth se rendit dans la salle du trône où elle devait encore recevoir des nobles pressés de la prévenir qu'ils allaient la soutenir et qu'elle pouvait faire appel à eux en cas de besoin.
Cette seconde nuit, Élisabeth la passa à relire les lettres de sa mère. L'inquiétude qu'elle ne pouvait s'empêcher de ressentir pour William, ajoutée au fait d'être entourée de gens qu'elle ne connaissait que depuis très peu de temps, contribuait à la rendre prudente et méfiante. Sans compter que le peuple des Montagnes avait très peu l'habitude d'accorder sa confiance à la royauté. Après tout, l'homme qui avait engendré deux fils aussi monstrueux l'un que l'autre, avait régné tel un tyran pendant de nombreuses années.
«La pomme ne tombe jamais bien loin de l'arbre». Songea-t-elle en soupirant bruyamment. Elle sombra finalement dans le sommeil, mais très tard, ou plutôt très tôt à l'aube, lorsque le soleil laissa poindre ses premiers rayons.
-Élisabeth? Élisabeth? Réveillez-vous! La brassait son père dans son rêve et lui hurlait le père Marius dans la réalité.
-Père Marius? Vous ici?
-Oui. J'ai fait tout ce chemin pour vous voir… Et je vous trouve endormie? Quelle paresseuse vous faites! Levez-vous donc! La pressa-t-il en se relevant.
-Pardonnez-moi mon Père, mais c'est que j'ai très peu dormi et que ces deux derniers jours ont été très éprouvants… Les choses sont très compliquées depuis que je suis ici…
-Je sais tout ça. Ne perdez pas votre salive. Je suis déjà au courant. J'ai tout appris d'un moine qui appartient au monastère des montagnes. Mais ce qu'il y a, c'est que les choses ne se passent pas très bien chez nous non plus. Admit-il en posant sur elle un regard triste comme seul lui pouvait en faire. Le seigneur que votre défunt époux a laissé en charge du royaume en votre absence sème la terreur. Il a manifestement pris Alfred comme modèle en tout point.
-Oh non!
-Et oui. Bon. Je vais vous laisser le temps de vous lever. Venez donc déjeuner avec moi. On reparlera de tout ça lorsque nous aurons l'estomac plein et les idées claires. Nous serons l'un comme l'autre plus à même de prendre une décision…
-Bonne idée. Demandez donc ma femme de chambre d'aller chercher Sorel Morel également. Je veux qu'il assiste à notre entretien.
-Parlez-vous de l'aide de camp du Général Darcy? S'inquiéta-t-il.
-Vous le connaissez?
-Oui… Cet homme m'a malmené lorsque le Général et lui étaient à votre recherche… Il sait quoi faire avec un couteau… C'est le moins qu'on puisse dire. Ajouta-t-il en se frottant le cou.
Éclatant de rire en pensant au jour où elle l'avait elle-même pris Sorel en otage, Élisabeth s'empressa de rassurer le moine et l'invita à se rendre immédiatement dans la salle à manger.
Pressée de se retrouver en compagnie des deux hommes qu'elle appréciait énormément, mais chacun pour des raisons différentes, Élisabeth se leva et commença à effectuer la routine seule afin d'aller encore plus vite. Dès que sa femme de chambre arriva pour l'aider à s'habiller, Élisabeth termina sa préparation au plus vite et se rendit à la salle à manger où elle espérait que les deux hommes n'eussent pas encore terminé de manger. Lorsqu'ils la virent arriver, le Père Marius et Sorel se lèvent afin de la saluer comme il sied à son rang.
-Oh, je vous en prie messieurs, cessez ces courbettes aussi officielles que ridicules et dites-moi plutôt ce que vous avez décidé ou ce que vous me suggérez de faire.
-Pour ma part, débuta Sorel, j'ai l'intention d'accompagner le Père Marius dans de son voyage de retour et d'en profiter pour rechercher le Général.
-Si seulement je pouvais vous accompagner… Se plaignit Élisabeth.
-Majesté, vous savez bien que si j'apprends quoi que ce soit, je vous ferai prévenir, lui promit Sorel.
-De mon côté, j'ai décidé de convoquer les seigneurs du royaume des Montagnes afin de prendre des décisions concernant la gestion du royaume. Je veux mieux connaître mes ennemis. Sorel, crois-tu que le seigneur Polus, capitaine de l'armée des Montagnes soit un bon candidat pour remplacer le Général dans ses fonctions? Lui demanda-t-elle avec anxiété.
-C'est certainement le plus qualifié, mais je vous suggère de consulter le seigneur Adès également. Il est en contact avec les révolutionnaires et pourrait parler en leur nom. Lui suggéra Sorel en l'observant avec inquiétude tandis qu'elle repoussait son assiette et refusait même le verre de vin chaud que lui tendait le père Marius.
Deux heures après le départ de Sorel en compagnie du moine, la reine accueillit le dénommé Adès que le Capitaine Polus avait réussi à dénicher au village. Puisque Georgianna ne pouvait rester seule sans protection, celle-ci l'accompagnait.
-Comme je suis heureuse de vous revoir tous les deux. J'espère que vous ne souffrez pas trop des retombées de mon mariage soudain….
-Non, nous sommes plutôt satisfaits, la rassura Georgianna.
-Dame Georgianna, vous n'avez pas de nouvelles de votre frère j'imagine?
-Non, il ne s'est pas manifesté, rétorqua Adès après avoir jeté un regard triste en direction de la sœur de William.
-Sorel nous a quittés ce matin pour partir à sa recherche, leur apprit Élisabeth. J'espère que ses recherches seront fructueuses, mais pour l'instant seigneur Adès, j'ai besoin que vous me rendiez un service.
-Vous pouvez nous demander tout ce que vous voulez…
-Très bien, alors, voici à quoi j'ai pensé…
Élisabeth lui expliqua qu'elle souhaitait sa présence auprès d'elle pour recevoir l'ensemble des seigneurs du royaume des Montagnes. Elle fit ensuite revenir le Capitaine afin qu'ils puissent tous discuter de la meilleure stratégie à adopter pour recevoir à la fois les révolutionnaires et les plus fidèles seigneurs de la couronne.
La rencontre fut organisée pour la fin de l'après-midi et il fut prévu qu'elle soit suivie par un banquet de réconciliation. Élisabeth espérait sincèrement que ses manières directes et son désir sincère d'aider le royaume à trouver son équilibre lui permettrait de gagner les cœurs des plus rétifs qu'ils soient révolutionnaires ou encore sympathisants.
Lorsque presque tous les seigneurs se trouvèrent devant elle et que les révolutionnaires entrèrent à leur tour, Élisabeth comprit à la réaction des sympathisants qu'ils se préparaient à se retirer. Elle prit alors rapidement la parole.
-Merci à tous d'être venus. Comme vous le savez, le royaume des Montagnes a été frappé par un grand drame. Un accident terrible que nous ne pouvions pas prévoir et qui s'est produit à un bien mauvais moment. Mais s'il est un temps où nous devons nous entendre et nous serrer les coudes, c'est bien maintenant. Il ne tient qu'à vous tous d'écrire la suite de notre histoire messieurs.
-Où est le Général? Ne devrait-il pas être ici? S'enquit le Duc de Malherbe qu'Alfred lui avait présenté dès son arrivée.
-Je vais laisser le seigneur Adès ici présent répondre à cette question, lui répondit Élisabeth en le gratifiant d'un grand sourire.
-Monsieur le Duc, le Général Darcy est venu me voir il y a deux jours. Il voulait m'annoncer le décès du roi. Il est resté chez moi jusqu'à minuit.
-Il n'est jamais revenu au Château. Voilà pourquoi, j'ai officiellement nommé le seigneur Polus ici présent, Général de l'armée des Montagnes en attendant le retour de William Darcy. Heureusement pour moi, le seigneur Polus a accepté ma proposition.
-Mais il a traîné avec les révolutionnaires lui aussi, s'opposa un autre sympathisant.
-Le seigneur Darcy aussi était un révolutionnaire, plaida Élisabeth.
Des murmures de désapprobation survolèrent le rang des sympathisants. La Reine haussa le bras pour les faire taire.
-Messieurs, aucun des hommes que vous voyez ici ne sont vos ennemis, les prévint-elle en désignant le groupe des révolutionnaires. Ces hommes réagissaient simplement contre la rudesse et l'injustice qui régnait dans le royaume sous le règne du roi Alfred que j'ai pourtant épousé, je vous le rappelle. Je vous propose de rebâtir la confiance du peuple en nommant ici, maintenant, dans chacun de vos groupes, des membres en qui vous avez pleinement confiance. Ces membres feront partie d'un conseil central que je veux mettre sur pied et qui répondra de tout ce qui se passe dans le royaume à compter de ce jour.
Si vous préférez vous retirer, ce que vous êtes toujours libres de faire, sachez que vous serez considérés comme ennemis du royaume et ne saurez plus tolérés sur le territoire. Alors, que décidez-vous?
Une vague de murmures s'éleva de part et d'autre de la salle dans chacun des groupes. Les discussions allaient bon train mais semblaient réellement orageuses. Élisabeth en vint à craindre d'avoir échoué. Puis, alors qu'elle s'apprêtait à reprendre la parole, le Duc de Malherbe se détacha du groupe des sympathisants pour venir vers elle.
-Majesté, aucun des nobles ici présents ne souhaite fraterniser avec les révolutionnaires, toutefois, nous acceptons de les tolérer en autant que vous êtes présente lors des réunions du conseil avec votre garde personnelle, le Général ou son remplaçant.
-Je vous remercie monsieur le Duc.
Comme les révolutionnaires s'étaient eux aussi arrêtés pour écouter ce que le Duc avait à dire, le chef de leur groupe s'avança aussi et répéta presque mot pour mot ce que le Duc avait suggéré auparavant. Soulagée mais tout même encore nerveuse, Élisabeth demanda aux deux hommes de retourner dans leur camp respectif afin de choisir 5 autres représentants afin que le conseil soit composé de 14 personnes (6 révolutionnaires, 6 sympathisants, la Reine et son Général). Le seigneur Adès fut nommé pour représenter le groupe des révolutionnaires alors que les sympathisants désignèrent le Duc de Malherbe. Élisabeth profita de l'esprit de collaboration qui régnait pour suggérer que le conseil se réunisse pour la première fois dès le lendemain à l'aube.
Le souper qui suivi fut très tendu, mais réussi. Élisabeth redoubla d'efforts pour distraire les deux groupes et arriva même à faire danser le Duc.
-Vous savez Majesté, plusieurs seigneurs croient que vous êtes responsable de la mort de votre époux, lâcha celui-ci tandis qu'ils dansaient.
-Et vous? Que croyez-vous?
-Que tout cela n'a plus d'importance. Le roi n'est plus. J'imagine que vous ne tarderez pas à lui trouver un remplaçant?
-Un remplaçant?
-Oui, un seigneur de préférence.
-Et vous avez pensé à qui? J'imagine que vous avez aussi abordé ce sujet entre seigneurs?
-Et bien, la majorité pense que je serais un bon candidat compte tenu que les Duchés se trouvent sur la dernière marche de la royauté.
-Et bien, si vous me permettez d'émettre mon opinion, j'espère sincèrement que le conseil traitera de sujets plus appropriés que de savoir si je dois ou non me remarier.
-Je ne voulais pas vous offenser majesté, s'excusa celui-ci en s'inclinant devant elle.
-Je le sais bien, mais sachez que contrairement à ce que prétend la rumeur publique, je n'ai pas tué mon époux. Alfred a basculé dans le vide devant moi, sans que je ne puisse rien faire. Toutefois, pour que les choses soient claires, sachez également que je ne l'aimais pas. Je n'insulterai pas davantage votre intelligence en vous faisant croire que je n'ai pas été soulagée de sa mort puisqu'il était cruel et sans pitié. Mais je ne l'ai pas tué.
-Je vous crois Majesté, pas la peine de vous justifier.
-De plus, si je me remarie un jour et j'insiste sur le si et bien sachez que je serai seule à choisir mon époux.
-Je vous comprends fort bien…
-D'un autre côté, sachez cher Duc que j'apprécie votre franchise et souhaite que vous ne cessiez jamais d'être direct avec moi.
-Je ne saurais être autrement.
-Bien, merci pour votre divertissante conversation et pour cette danse monsieur le Duc.
Après avoir dansé avec Adès et quelques autres membres du conseil, Élisabeth regagna sa chambre où l'attendait sa femme de chambre. Elle sombra dans le sommeil dès que sa tête toucha l'oreiller, fière d'avoir réussi à mettre ce regroupement de chevaliers au monde.
La première réunion du conseil fut extrêmement houleuse. Lorsque vint le temps de voter pour nommer celui qui allait se charger d'animer les discussions, chaque groupe s'entêta à voter uniquement pour son représentant. Lorsqu'Élisabeth décréta qu'en tant que Reine du royaume elle ne devait pas avoir le droit de vote, elle comprit que cela condamnait son nouveau Général à porter sur ses épaules la responsabilité de trancher entre les deux camps provoquant ainsi une situation intenable. On l'accuserait d'avoir un penchant d'un côté et le groupe lésé risquait fort de quitter la salle.
-Messieurs, je crois que le Général Polus non plus ne devrait pas voter. Ne voulant laisser le temps aux deux camps de protester, elle enchaîna en proposant : Vous allez reprendre le vote une dernière fois. Si vos deux meneurs se retrouvent encore à égalité, je suggère que la situation se règle par un tirage au sort.
Lorsque les deux groupes acceptèrent sa proposition, Élisabeth savait qu'elle venait de sauver le conseil. Deux minutes plus tard, Adès devint animateur officiel du conseil alors que le Duc de Malherbe fut désigné comme son remplaçant. L'heure suivante permit aux membres d'échanger sur le fonctionnement des réunions, sur la fréquence des rencontres et sur le contenu de celles-ci. Après être arrivés à rallier presque tout le monde, la reine mit fin à la réunion et prit le temps de serrer la main de chacun des hommes présents.
-Majesté, je voulais m'excuser encore une fois pour mon attitude d'hier soir, lui dit le Duc lorsqu'elle arriva devant lui. J'espère sincèrement que vous ne m'en tiendrez pas rigueur.
-Certainement pas. Mais j'accepte tout de même vos excuses…
-Vous êtes trop bonne Majesté.
«Je n'aime pas cet homme. Songea-t-elle en le quittant. Mais je serais bien embêtée d'expliquer pourquoi je ne lui fais pas confiance.»
-Majesté. La salua le seigneur Adès en s'inclinant devant elle.
-Seigneur Adès. Le salua-t-elle à son tour.
-Je voulais vous féliciter pour cette belle réussite.
-Elle vous appartient également Adès. Vos idées ont apporté beaucoup d'eau au moulin.
-Peut être, mais je ne vous cacherai pas que j'avais peu confiance en cette idée au départ. En fait, je voulais que vous sachiez que j'avais tors et que vous aviez raison.
-Merci Seigneur Adès. J'apprécie votre franchise…
En arrivant dans sa chambre après cette éprouvante mais satisfaisante première réunion, Élisabeth pensa à remercier sa mère qui lui avait donné cette idée sans le savoir. Ramassant la toute dernière lettre qu'elle lui avait écrite alors qu'elle était allée rendre visite à ses parents qui habitaient dans le royaume voisin, Élisabeth sentit ses yeux de remplir de larmes.
«Mon enfant, j'ai de mauvaises nouvelles à t'apprendre. Ma mère est décédée hier. La maladie l'a frappée de plein fouet. Mon père et moi avons tout essayé, nous nous sommes relayés à son chevet, mais nous luttons contre une maladie contagieuse qui a déjà fait une centaine de morts ici dans mon village natal. Je crains maintenant que mon père ne succombe à son tour. Il est très pâle et refuse de s'alimenter. Est-ce dû à la maladie ou à la peine d'avoir perdu l'amour de sa vie? Je ne saurais dire.
Les yeux d'Élisabeth sautèrent un peu plus bas : Le village ne compte que 32 survivants. Nous nous sommes réunis dans la place centrale du village. J'ai pris la parole, mais ne puis pas arrivée à apaiser les esprits. Les gens pleurent sans arrêt. Que veux-tu, les familles sont toutes décimées maintenant. En rentrant à la maison, j'ai pris soin de mon père et me suis endormie. Dans mon sommeil – qui fut pourtant de courte durée – j'ai fait un rêve étrange que j'ai décidé de te raconter puisqu'il te concerne. Je t'ai vue adulte. Tu tenais un couteau à la main et tu portais du noir (j'imagine que le décès de ma mère est pour quelque chose dans cette vision). Tu te tenais entre deux groupes d'hommes qui sans ta présence se seraient entredéchirés. Une seconde plus tard, puisque dans les rêves les choses changent tellement vite, tu étais assise en compagnie d'un groupe restreint d'hommes provenant des deux mêmes camps. Ils discutaient calmement et prenaient des décisions comme s'ils n'avaient jamais été ennemis. Je ne sais pas ce que ce rêve peut vouloir dire, mais sache que juste avant de me réveiller, je t'ai vu te lever de la table où ils étaient tous assis et aller jeter un œil par la fenêtre. Tes yeux étaient plein de larmes.»
Incapable de terminer la lettre, Élisabeth laissa celle-ci tomber sur le lit et se mit à pleurer en se remémorant ce jour affreux où un messager était venu leur apprendre que sa mère avait également succombé à la maladie.
S'allongeant sur son lit après avoir rangé les lettres de sa mère, Élisabeth découvrit un étui de cuir juste sous le coussin qui lui servait d'oreiller. S'empressant de détacher les liens de celui-ci pour regarder ce qui était enroulé à l'intérieur, Élisabeth s'étonna du cadeau que lui avait fait Sorel avant son départ. Un magnifique couteau. Déroulant le petit bout de parchemin que l'aide de camp du Généra avait enroulé autour de la garde, Élisabeth lut le message qu'il lui avait adressé et s'émerveilla d'avoir dans son entourage un être aussi merveilleux que lui.
«Majesté, cet objet veillera sur vous en mon absence. Considérant son épaisseur, la garde est faite pour être tenue à deux mains. Cette dague a été fabriquée pour une reine qui ne devrait jamais douter d'elle. SM Sorel Morel.»
…À suivre…
Alors là... j'ai hâte de savoir ce que vous prévoyez pour la suite:
Où est William d'après-vous?
Que lui est-il arrivé?
Écrivez-moi...
