Bonjour à toutes ! Je suis heureuse que le précédent chapitre vous ait plu. Place au suivant. Attention, un peu de "citron" (lemon) dans celui-ci !

Le secret de Mü enfin révélé !

Enjoy !


Entre Mü et Saga, les choses poursuivaient leur cours, imperturbablement. Oh bien entendu, il ne fallait pas s'attendre à une spectaculaire et soudaine avancée du côté des sentiments du Gémeau. Cependant, lentement, mais sûrement, Mü s'approchait de son cœur. L'homme qu'il convoitait depuis si longtemps était en train de devenir sien. Chaque jour, il pouvait mesurer les projets accomplis et cela le rapprochait de plus en plus de ce moment fatidique, inévitable, que Mü ne essayait de retarder à maximum.

Les Atlantes avaient leurs secrets et il semblait bien que celui de l'amour physique soit l'un des mieux gardés. Jamais le bélier n'avait réellement abordé la question avec Shion. Cela aurait été trop gênant, alors il n'avait pas osé. Il se posait beaucoup de questions sur le sujet. Etrangement, Kiki semblait beaucoup plus informé sur le sujet et à l'aise avec cela. Shion lui avait sans doute expliqué comment cela « marchait ». Ou tout simplement, Kiki avait-il décidé de prendre le vieux bouc par les cornes et d'aller chercher ses réponses lui-même.

Il n'était pas rare que Mü surprenne son jeune apprenti derrière le Colisée ou le Temple du Bélier, flirtant outrageusement avec d'autres apprentis. Un jeu bien dangereux, de l'avis du tibétain. Kiki prenait le risque d'exposer leur « différence » au grand jour. Le jeune avait beau être prudent et expliquer que jamais il ne se dévoilait complètement, s'arrangeant pour mener ses petites séances dans l'obscurité, Mü lui avait déjà fait un certain nombre de remontrances. Un accident était si vite arrivé...

Le titulaire de l'armure du Bélier avait donc référé de ce comportement risqué à Shion, mais ce dernier n'avait pris aucune sanction à l'égard de Kiki, ce que Mü jugeait inconcevable. Le vieux Pope estimait que Kiki prenait suffisamment de précautions et il préférait ne pas le sermonner inutilement. Après tout, il n'y avait encore eu aucun dérapage fâcheux et connaissant l'esprit rebelle de Kiki, ce serait le meilleur moyen de le pousser à la faute. Et c'était précisément ce qui agaçait prodigieusement Mü : cette connivence indéniable entre le jeune roux et son ancien maître, qui lui pardonnait tous ses caprices d'adolescent, sans même chercher à le punir. Même concernant son altercation dans l'arène, il avait fallu que Mü insiste afin que Kiki soit châtié comme il le méritait. Sincèrement, Mü ne comprenait pas pourquoi Shion passait l'éponge si aisément quant aux facéties de Kiki. Il le tolérait même de moins en moins... Parfois, il avait l'impression d'être la maman sévère d'un sale gosse turbulent, tandis que Shion se donnait le beau rôle du papa cool et indulgent. C'était notamment à cause du manque d'autorité de l'aîné des Atlantes, que les relations entre Kiki et Mü s'étaient si violemment dégradées. Shion avait trop tendance à prendre partie pour le jeune apprenti et faire passer Mü pour un tortionnaire, ce qui rendait leur cohabitation tendue.

Et la situation ne s'arrangeait pas principalement à cause de deux facteurs :

Le premier, était que Mü et Kiki s'étaient affrontés en début d'année lors d'un match officiel pour savoir qui des deux était le plus digne de l'armure du Bélier. Non seulement l'affrontement s'était soldé par une égalité parfaite, mais en plus, la Cloth avait réagi positivement à la cosmo-énergie de Kiki. Cela avait étonné beaucoup de chevaliers, car Kiki n'était plus exactement un jeune enfant et en général, on devenait chevalier d'or très tôt. Cependant, Shion avait décrété que Kiki n'avait pas encore la maturité nécessaire au port de l'armure et le vieux bouc semblait avoir d'autres projets d'envergure pour son petit protégé. Des projets connus de lui seul.

Le second facteur s'appelait Saga. Depuis que le Gémeau et Mü entretenaient une relation allant au delà de la simple complicité, Kiki s'était braqué. Il avait immédiatement fait valoir son droit de véto, droit qu'il ne possédait même pas d'ailleurs. L'opposition marquée du jeune l'avait éloigné de son maître. Le fossé entre eux semblait à présent si creusé qu'il était devenu impossible à combler. Kiki évitait beaucoup Mü, passant le plus clair de son temps dehors, car il craignait en permanence de tomber sur Saga et il savait pertinemment que s'il croisait le Grec, il ne pourrait retenir sa colère envers lui. D'où venait réellement cette haine dévorante que Kiki ressentait à l'égard de Saga ? Etait-elle justifiée ? Mü la pensait infondée et l'imputait à la crise d'adolescence particulièrement vive du roux. Ainsi, de l'avis de tout ceux qui avaient assisté aux excès de violence de Kiki vers Saga, la seule explication plausible était évident que le jeune homme était coupable de jalousie envers le Gémeau. En effet, ce dernier lui « volait » son cher et tendre maître et... peut-être même plus, si affinité... Parce qu'au vu de l'extrême dégoût que Saga inspirait à Kiki, il était évident que l'apprenti aimait en secret Mü.

Heureusement pour lui, Saga ne restait jamais le soir pour dormir chez le bélier. Ainsi, Kiki avait la voie libre pour regagner sa chambre pour la nuit. Mais jamais il ne rentrait avant le départ du Gémeau. Et ce soir là, justement...

Ledit Saga s'éternisait un peu trop à son goût.

En réalité, l'innocent agneau avait invité le loup dans la bergerie ce soir-là, dans l'espoir de se faire dévorer tout cru. Et il n'avait pas lésiné sur les moyens : dîner fait maison, chandelles, vin et...

« Mü... »

...tenue affriolante. Le bel atlante n'était drapé que dans un vaporeux sari couleur lavande, assorti à ses beaux cheveux. Oui mais voilà, le sari en question était scandaleusement transparent, ne dissimulant les parties intimes de son hôte qu'avec quelques plis stratégiquement bien placés !

Ok, pas si innocent que cela l'agneau ! Saga avait comme l'impression d'être face au vrai prédateur, cette fois ! Il toussa légèrement et tenta de rester stoïque, se concentrant sur son plat. Mais dans le fond, il doutait sincèrement que même le glacial et impassible Camus puisse résister à son si succulent et sensuel gigot de mouton... Cette tenue très inspirante écornait fatalement la réputation chaste du beau Mü, dévoilant ses charmes les plus torrides : un torse fort et bien dessiné, de longs jambes fines et interminables, une peau blanche immaculée et douce et une chute de reins à se damner. Pour agrémenter le tout, Mü avait même sorti de leur malle ses bijoux traditionnels atlantes. Un beau collier ras de cou en or gravé de spirales soulignait son port de tête altier et des bracelets se balançaient le long de ses poignets féminins.

Oui, le délicat tibétain avait sorti le grand jeu ce soir. Il était évident qu'il ne se contenterait pas juste d'un repas avec Saga cette fois... Il se sentait prêt à passer à la vitesse supérieure. Saga, quant à lui, avait toujours appréhendé ce moment. Jusqu'ici, il avait réussi à repousser les avances discrètes et polies du jeune bélier, mais ce soir, cela allait être beaucoup plus difficile !

« J'espère que la purée de carottes est bonne... »

Ca pour être bonne, elle était BONNE ! Saga resta sérieux et mangea sans se presser, essayant de rester neutre.

« Excellente. »

« Oh c'est bien... tu n'as donc pas remarqué que je l'avais un peu ratée... »

« Ratée ? »

« Oui, je l'ai trop cuite. » Avoua t-il avec espièglerie en fixant Saga avec ses grands yeux violacés.

« Tu sais ce que l'on dit... « Faute avouée, faute à moitié pardonnée ».

« Et que faut-il que je fasse pour me faire pardonner l'autre moitié ? » Il se pencha en avant et effleura doucement le mollet du Gémeau avec son pied. Saga put sentir qu'il avait mis un bracelet même à sa cheville.

A cet instant précis, Saga se demanda si l'un d'eux ne serait pas le dessert. Mü semblait dans de si bonnes dispositions ce soir, qu'il serait capable de se couvrir de crème chantilly et d'offrir son corps de rêve au Grec pour satisfaire son appétit croissant... Mieux valait changer de sujets et éviter toute dérive déraisonnable.

« Tes bijoux sont très beaux. C'est étrange, j'ai l'impression de les avoir déjà vus... » Remarqua t-il sans pouvoir expliquer cette sensation familière.

« C'est impossible, Saga. C'est la première fois que je les mets et ce sont des bijoux uniques. Ils appartenaient à mes ancêtres Atlantes. Habituellement, ce sont des bijoux que l'on met pour célébrer des noces. » Expliqua t-il en souriant. « J'en ai d'autres, mais je ne les ai pas mis ce soir. Ils sont plus lourds et... particuliers. »

Particuliers ? Saga se demanda bien à quel genre d'ornements cela pouvait faire référence. Car en dehors des bagues ou des boucles d'oreilles, il ne voyait vraiment pas ce que Mü pourrait porter d'autre en complément du collier ou des bracelets.

« Je vais te chercher le dessert, j'ai du melon et quelques nectarines, si tu veux. J'ai aussi fait une infusion d'herbes tibétaines, ça aide à la digestion. » Proposa t-il en se levant gracieusement pour débarrasser son assiette.

Puis, il se dirigea vers la cuisine.

« Je veux bien goûter l'infusion. » Répondit l'invité, le regard trainant sans vergogne sur le fessier avantageux et à peine couvert du maître de maison.

Il but ensuite le breuvage encore fumant, doux et sucré que lui avait amené Mü, sans s'en méfier. Après tout, un thé ne pourrait que l'aider à se détendre. Parce qu'il avait de plus en plus chaud et son rythme cardiaque s'était sensiblement accéléré.

« C'est vraiment très bon. Surtout ce petit goût un peu acide... »

« C'est parce que j'ai ajouté du gingembre... » Confessa Mü en suçant le jus d'une nectarine.

Le Grec manqua de s'étouffer après cette révélation. Mü était réellement diabolique !

« Bon sang, tu as volé le livre de recettes de Milo, ma parole ! »

« Et c'est mal ? Enfin je veux dire, non ! Milo apporte depuis des années du thé au gingembre à Shaka et ce n'est pas pour autant qu'il s'est passé quoi que ce soit entre eux. » Se justifia t-il habilement.

« Mü... » Soupira t-il en le fixant chaudement. « Je ne suis pas Shaka. Et tu n'as pas besoin de tout ces artifices pour me séduire. »

« Qu'y a t-il de mal à vouloir être désirable pour l'homme que l'on aime ? »

« Rien, absolument rien. Mais tu aurais pu me le dire tout de suite, tu sais. »

« Si j'avais fait cela, tu aurais refusé mon invitation à dîner. Je te connais, Saga. Je sais que tu fuis les contacts physiques avec moi et que tu évites de rester trop longtemps seul en ma présence. »

Il termina son fruit et essuya du bout des doigts sa bouche encore humide. Puis, il détourna le regard et baissa la tête, blessé.

« Pourquoi me fuis-tu, Saga ? Je... je ne te plais pas, c'est cela ? Je croyais que nous nous étions rapprochés dernièrement et que tu partageais mes sentiments. Je voulais simplement te faire plaisir... »

Saga se sentit immédiatement coupable de la détresse du bélier et il essaya maladroitement de s'excuser. Mais il ne trouvait pas les mots. Bien-sûr, il s'en voulait de son comportement et de faire souffrir le doux Mü. Mais d'un autre côté, il avait tellement peur de franchir l'étroite limite de la sanité d'esprit...

« Je suis désolé, je ne voulais pas te faire de mal. » Il lui caressa la main.

« Je sais mais... Kanon m'avait pourtant assuré que c'était le meilleur moyen de te déclarer ma flamme... Il m'a dit que je devais être plus direct envers toi... quitte à te sauter dessus comme un animal. »

Penser à avoir une conversation musclée avec Kanon à mon retour, nota mentalement Saga.

Il posa ses mains sur les épaules rondes et dénudées du beau bélier et il le força ensuite à le regarder. Les yeux de Mü brillaient de larmes. Rien de plus attendrissant pour son ainé. Sentant son estomac se serrer, mais son bas ventre brûler dangereusement, le Gémeau embrassa tendrement Mü et il le prit dans ses bras, le soulevant comme une poupée. Passant bien un bras autour de son cou et caressant les cheveux de Saga de sa main libre, Mü était très fier que ses larmes de crocodile, ou plutôt de mouton, aient fini par avoir raison de la résolution de Saga. Il ne parvenait à détacher ses lèvres de celle de son amour et Saga les mena tout naturellement jusqu'à la chambre du propriétaire des lieux.

Elle était à son image, avec des couleurs douces et rassurantes. Son lit à baldaquins était voilé et la décoration était d'inspiration orientale, mais discrète et de bon goût. Ce n'était pas la première fois que Saga y entrait, mais il avait pourtant l'impression de découvrir ce havre de paix. Des bougies parfumées allumées étaient disposées sur le chevet de bois verni, laissant deviner à Saga ce que Mü avait prévu pour la suite de la soirée. Sacré Mü... Il n'était décidément pas aussi innocent qu'il le laissait paraître !

« J'ai la sensation que tu savais que ça se passerait comme ça depuis le début. » Frissonna Saga en sentant que Mü était en train de lui dévorer le cou.

« Disons que je n'en n'étais pas sûr, mais que je l'espérai... » Gloussa t-il contre sa nuque.

Aussi rapidement que les fausses larmes de Mü furent sèches, Saga fut débarrassé de sa longue toge sombre et austère. Il se retrouva nu entre les cuisses d'albâtre du tibétain. Mü avait donc choisi d'aller directement à l'essentiel, sans détour. Ses mains légèrement tremblantes et avides parcouraient doucement le corps qui couvrait le sien. Il était curieux, c'était la première fois qu'il voyait Saga entièrement nu. Il l'avait touché lors de leurs séances de câlins prudes, mais jamais aussi intimement, jamais peau contre peau. Il se moquait bien de ce que pouvaient penser Shion et Kiki, maintenant qu'il était parvenu à attirer l'être de ses désirs jusque dans son lit. Tout chez Saga était parfait. Il ressemblait à une de ces statues grecques, modèle de beauté et de puissance. Fixant Saga droit dans les yeux, il explora le torse du guerrier du bout de ses doigts fins, lui arrachant quelques gémissements au passage. Glissant lentement au sud, il ne tarda pas à sentir quelque chose de très chaud et tendu. Saga put lire de l'étonnement dans les yeux de sa proie. Ou de la peur peut-être ?

« Mü... » Souffla t-il pour l'encourager à continuer.

Il lui prit la main et l'appuya sans détour sur la zone érogène. Il en voulait davantage. Il avait besoin de plus.

« Continue... »

Mais le bélier ignorait ce qu'il devait faire. C'était la première fois qu'il se retrouvait avec un homme de sexe masculin complètement nu dans son lit. La sensation était un peu étrange, mais la peau était douce à cet endroit. Sentant son hésitation, Saga le guida avec sa main, sans brusquerie. Il était normal que le virginal Mü ait quelques appréhensions puisqu'il n'avait jamais touché aussi impudiquement un autre homme. En tout cas, si Saga avait eu un quelconque doute jusqu'ici, maintenant il était certain que Mü n'avait jamais fait l'amour avant. Sa maladresse et sa timidité étaient deux preuves suffisantes pour le patient Saga, qui avait hâte de jouer les professeurs.

« Je suis là Mü, n'aie pas peur. On s'arrête quand tu veux. »

Il était important de rassurer le bélier et de lui montrer qu'il avait un filet de sécurité au cas où il souhaiterait abandonner l'expérience. Mais pas question pour Mü de décevoir Saga. Il avait déjà eu tant de mal à le posséder enfin, qu'il ne comptait pas s'arrêter en si bon chemin. Toujours sous bonne garde avec la main de son amant, il entama un massage des plus inspirants sur ce muscle pulsant qu'il sentait presque vibrer sous ses caresses.

« Je t'aime Saga. »

Le gémeau haletait. C'était bon. Sentir Mü si proche, si doux et appliqué, c'était un rêve qui se réalisait. La main gauche de Mü attrapa la sienne et il entrecroisa ses doigts avec.

« Est-ce que ça te fait du bien ? »

« Oui, beaucoup, beaucoup de bien mon ange. »

Il pouvait sentir la chair prendre vie et gagner en consistance, se gorgeant de sang sous l'impulsion de sa main. C'était une sensation vraiment grisante et euphorisante. Au départ, il n'avait pas vraiment su quoi faire pour attiser le désir de Saga, mais il avait fini par trouver la technique et à prendre goût. Les mâles humains étaient donc sensibles ici, c'était bon à savoir. Jamais Shion ne le lui avait expliqué comment combler un homme, alors quand il avait surpris Kiki, la main sous la tunique d'un apprenti à l'air béat d'extase, il n'avait pas tout de suite réalisé ce qui se passait sous ses yeux effarés. Et il était heureux de procurer autant de plaisir à Saga. Mais les choses se gâtèrent quand le Grec entreprit de lui retourner la faveur. Par réflexe, Mü resserra les cuisses.

« Mü ? »

Avait-il fait quelque chose de mal ? Il pensait que l'apprenti de Shion le désirait autant que lui. Et même s'il avait promis de s'arrêter au moindre signe de Mü, il n'était plus vraiment certain de pouvoir tenir sa parole...

« Non... il ne faut pas... »

L'Atlante le supplia de son regard mauve mais Saga lui assura que tout allait bien. Ainsi, il le fit baisser sa garde et il releva le sari déjà très court de Mü et sous lequel il avait bien remarqué que ne se cachait aucun sous-vêtement, puisqu'il ne s'était pas privé pendant le dîner pour admirer deux merveilleuses rondeurs dorsales totalement nues à travers le tissu.

Et là ce qu'il sentit, ou plutôt, ne sentit pas, le laissa perplexe ! Kanon avait raison, Mü était une femme ? Pourtant, son corps semblait si masculin... Le Gémeau ne comprenait pas du tout cette absence d'appareil reproducteur, car en plus ne pas avoir d'organe masculin, il n'avait aucun organe féminin, non plus ! Son regard s'agrandit sous la surprise et il tâta machinalement la zone dans l'espoir de trouver quelque chose de normal.

« J'avais tellement peur que tu finisses par le découvrir de cette manière... J'aurai du t'en parler avant, je suis désolé... »

« Tu croyais sincèrement que je ne me rendrai compte de rien ? » Demanda t-il calmement.

« J'ignorais que tu... enfin que... c'était comme cela en bas chez toi... Car les autres Atlantes sont tous comme moi... » Répondit-il en se redressant, tirant sur son sari pour bien se couvrir.

Cela expliquait son hésitation quand il avait sentit la virilité de Saga contre ses cuisses, mais il n'avait pas voulu l'arrêter pour tant. Il s'était donné tant de mal pour l'avoir. Mü n'avait jamais réellement connu la promiscuité du Sanctuaire et ses douches communes, ce qui expliquait son ignorance. Et sans savoir pourquoi, Mü se sentait honteux, sale et pudique tout à coup. Sa différence risquait d'être un frein à leur relation. Malgré cela, il avait envie de Saga... Il ne savait pas comment faire, mais il devait bien y avoir une solution. Comment faisaient deux hommes humains quand une telle proximité physique s'installait entre eux ? Quelle était la suite logique à ces caresses ? Saga devait le savoir. Mais pour le moment, le Gémeau semblait encore trop choqué par sa découverte insolite pour envisager la suite logique de leurs caresses. Au bout d'une interminable minute de silence, Mü décida enfin de rompre le silence.

« Saga, dis quelque chose... s'il te plaît. »

Le Grec ferma les yeux et il se frotta le front. Il était bien fatigué tout à coup. A bout de forces, même. Mais surtout, il « le » sentait s'agiter au fond de lui. L'Autre était fou de rage de ne pouvoir conclure cette séance de préliminaires. La frustration sexuelle que Saga ressentait depuis des mois, particulièrement en présence de Mü, était en train de le submerger. La pointe de ses cheveux devint grisâtre comme de l'argile et il se mit à haleter, cachant son visage. Arès était en train de se réveiller et il ne parvenait pas à le contrôler.

« Saga ? » S'inquiéta Mü en le lui caressant les cheveux, ne semblant avoir rien remarqué d'anormal.

« Cette petite chienne d'Atlante nous a trompé sur la marchandise... Il nous a allumé et maintenant il joue les vierges effarouchées, c'est intolérable ! »

« Non ! Laferme ! Mü n'est pas comme cela ! »

« Il doit payer... prends-le ! Prends-le de force ! Et punis-le ! »

« Non ! » Hurla Saga avant de repousser Mü.

Il attrapa sa toge et se sauva, nu. Il était en train de perdre pieds et l'Autre reprenait lentement le dessus, s'insinuant dans ses veines comme un vicieux poison. Il ne pouvait pas lutter en présence de Mü, car la présence du bélier suffisait à attiser la haine de l'Autre.

Paniqué, le cœur brisé, Mü s'écroula dans son lit et se recroquevilla sur lui-même, tandis que l'ombre menaçante d'Arès disparaissait dans la nuit noire...

Pourquoi avait-il perdu le contrôle si subitement ? Mü n'était pas comme les autres et alors ? C'était pourtant un être vivant doué de sentiments. Et nul besoin d'être extralucide pour deviner qu'il venait de le décevoir profondément de par son attitude intolérante. Saga s'en voulait terriblement. Mais ce n'était pas réellement de sa faute. L'Autre avait encore piqué une crise et si Saga n'avait pas fui, il aurait pu commettre l'irréparable. Arès était très instable en ce moment et de constater que Mü n'était pas un homme normal avait suffit à faire sauter toutes les barrières qui retenaient encore l'esprit du Mal. Pourquoi avait-il réagi aussi violemment ?

Jamais Mü n'allait vouloir le revoir après cela... Il avait tout gâché, mais au moins Arès semblait s'être calmé. Mais Saga se sentait si mal qu'il était allé noyer son chagrin à un endroit qu'il ne fréquentait d'ordinaire jamais. Il détestait ces bar mal famés, grossiers et empestant, sueur masculine, tabac, alcool et vomi. Celui où il avait atterri ce soir était franchement pitoyable, dans le genre taudis. Quelqu'un de son élégance et de sa stature n'avait rien à faire là. C'était plus le type de lieux qui allait bien à Deathmask, par exemple. Le cancer était réputé pour sa descente inégalable depuis leur retour à la vie, d'ailleurs. Il finissait souvent ses nuits au commissariat de Rodorio ou à cuver dans les ruelles pavées du village.

Accoudé au bar, il entamait son cinquième verre de whisky. Il détestait le goût âpre de cette boisson, véritable insulte à son délicat palet de connaisseur. Cela ne valait pas un bon vin à la robe rubis et à l'arôme raffiné. L'endroit était plutôt calme. Tant mieux, il ne voudrait pas qu'on le reconnaisse, même s'il doutait de passer vraiment inaperçu avec son allure et sa toge ancienne. En dehors de lui, il n'avait qu'un groupe de jeunes qui jouaient au billard et deux hommes au bar. L'un d'eux, à l'autre bout du comptoir, semblait l'observer avec intérêt justement. Le serveur servit alors un autre verre à Saga, qui n'avait rien commandé.

« De la part du mec là-bas. » Précisa le barman.

Plissant les yeux, Saga essaya de mieux voir son bienfaiteur : il avait l'air jeune, cheveux courts en bataille et portait un blouson en cuir. En temps normal, jamais Saga n'aurait accepté de se faire offrir un verre de la sorte. C'était tellement... grossier... et dégradant. Il détestait être traité comme un objet et si ce type pensait pouvoir l'acheter avec un peu d'alcool, il allait très vite regretter son investissement infructueux. Mais aussi insultant soit ce geste, Saga accepta le verre et but cul sec le liquide amer, au lieu de le vider sur la tête de son prétendant. Il commençait à être suffisamment imbibé pour ne plus avoir la force de s'indigner et il ne réagit pas plus quand le jeune homme s'approcha pour faire connaissance. Les hostilités commencèrent donc et pas de manière franchement distinguées.

« On va chez toi ? »

Ca avait au moins le mérite d'être franc et sans fioriture. Avec la pénombre du bar et les néons bleus qui éclairaient très sordidement, Saga ne pouvait que dire une seule chose de son mystérieux interlocuteur : il était plutôt mignon et son regard pétillait d'énergie. La promesse d'une agréable nuit en sa compagnie, en somme. L'alerte de niveau deux venait tout juste d'être déclenchée, mais Saga l'ignora, à l'instar de la première. Parce qu'il devait bien reconnaître que ce garçon avait un certain culot et beaucoup de bagout pour oser l'inviter à faire la bête à deux dos aussi rapidement, sans quoi ni qu'est-ce. Il avait la tête qui tournait et quand il se leva, il tituba et ce fut son futur (?) partenaire qui le rattrapa.

« Oula oula, doucement... Là... je te tiens. »

Et il pesait son poids l'animal ! Mais l'autre ne semblait pas avoir de difficulté à le tenir contre lui.

Ce qui aurait du lui mettre la puce à l'oreille...

Parce que quand ils sortirent du bar et qu'ils passèrent sous un lampadaire à la lumière puissante, Saga eut un choc...

Un ENORME et DESAGREABLE choc !

« Oh putain, j'le crois pas ! » S'écria le garçon.

…Apparemment, il ne fut pas le seul !

Il soupira. Décidément, c'était sa soirée ! Mais bon, au moins, ça ne pouvait plus être pire maintenant.

« J'ai vraiment trop bu. » Fit-il en se massant les tempes, s'adossant au lampadaire.

Il n'était pas le seul à avoir abusé de la boisson, puisque Kiki ne l'avait pas non plus reconnu avant de sortir.

« La tête que va faire Maître Mü quand je vais lui dire que je t'ai ramassé dans un bar puant... »

« ...Et la tête que va faire ton maître en sachant que tu étais dans un bar, en train de boire de l'alcool, alors que tu es encore mineur... »

Silence gêné.

« Ok, tu marques un point. On n'est pas obligés de lui dire, hein... »

« Bien d'accord. »

« Je suis content qu'on est réussi à trouver un accord ! »

« Moi aussi. »

« On se roule une pelle pour fêter ça ? »

« D'acc... heu... NON ! » Il secoua la tête et repoussa Kiki, décidément bien trop proche de lui ! Le bélier violait son espace vital.

L'alcool ne l'aidait pas tellement à réfléchir correctement. Saga luttait très bien contre les effets pervers de la boisson, mais même lui avait des limites. Et elles avaient été dépassées depuis longtemps...

« Qu'est-ce que tu foutais ici ? Je croyais que tu passais la soirée avec Maître Mü au Temple du Bélier... Il t'a foutu dehors parce que tu n'as pas assuré au pieu ou quoi ? » Le harangua le roux.

Kiki était tellement irrespectueux et impoli que Saga avait une furieuse envie de lui coller la fessée déculottée qu'il méritait depuis des années. Il était évident que Mü et Shion étaient trop laxistes avec lui. Le roux poussait Saga dans ses retranchements. Oh oui. Et pourtant, il en fallait beaucoup pour faire craquer le Gémeau. Mais il ressentait une haine viscérale pour le jeune mouton. Celle qui vous prend aux tripes. Celle qui vous accapare à la simple évocation du prénom de l'heureux élu. Il en avait presque honte, car cela ne lui ressemblait pas d'être ainsi dévoré par ses sentiments, mais il regrettait que Kiki n'ait pas vécu la période Arès au Sanctuaire. Parce qu'il se serait fait une joie de le corriger personnellement... Il ne prit même pas la peine de lui répondre. Il avait mal à la tête et il risquait de commettre une bavure à cause de son manque actuel de clairvoyance. Préférant esquiver le conflit, il s'éloigna en direction du Sanctuaire. Par la forêt qui bordait le village, ce serait plus court.

« Hey enfoiré, je te parle ! »

Saga prenait vraiment sur lui. Ce genre de paroles glissaient sur lui d'habitude, mais ce soir, l'alcool aidant, il avait vraiment du mal à se contenir. Kiki savait exactement appuyer là où ça faisait mal et il était insupportable comme aucun autre. Mieux valait donc lui fausser compagnie le plus rapidement possible. A force de l'ignorer, il finirait bien par retourner draguer des inconnus dans un troquet miteux. Normalement, il était de son devoir de chevalier de l'empêcher de se donner en spectacle et de protéger la réputation du Sanctuaire, mais c'était actuellement le cadet des soucis de Saga. Que Kiki foute en l'air son avenir, qu'il bafoue les lois du Patriarche et qu'il soit banni une bonne fois pour toutes ! Ce n'était pas son problème.

Pénétrant dans les bois denses qui séparaient le village du Sanctuaire, il entendait toujours le désagréable bourdonnement que faisait le sale petit insecte énervant qui le suivait. Que fallait-il faire pour s'en débarrasser ? Saga avait une furieuse envie de l'envoyer dans une autre dimension, de préférence, une avec d'horribles zombies cannibales amateurs de roux !

« Tu vas m'écouter, oui ? »

Le petit fut le premier à perdre patience. Par la pensée, il abattit deux arbres qui bloquèrent le passage de Saga. Ce dernier s'arrêta calmement. Kiki était vraiment ennuyeux, mais Saga ne se retourna pas pour lui faire face.

« Tu ne peux pas forcer quelqu'un à t'écouter. »

Kiki haletait. Et Saga pouvait sentir son souffle chaud contre sa nuque...

…Quoi ?

Et deux bras vigoureux enlacèrent son cou, tandis que Kiki se blottissait contre son dos.

« Je sais que je ne peux pas te forcer à m'écouter. Ni même à m'aimer... »

Quoi ? Pardon ? Le Gémeau tiqua à ces mots et son cœur rata un battement. Il avait certainement mal entendu. Oui, CERTAINEMENT !

« J'ai VRAIMENT trop bu. » Déplora le Grec.

Mais l'Atlante ne desserrait pas sa prise. Il essayait peut-être de l'étouffer ? Ca ne pouvait être que la seule explication ! Mais Saga fut rapidement fixé quand une main serpenta sur le haut de son torse, tenant de se faufiler sournoisement sous sa toge. Le plus vieux des deux hommes se tendit sous l'intrusion. Et la sensation humide de deux lèvres se posant sur sa peau ne fit qu'ajouter à son malaise grandissant.

« Kiki ? »

Il n'était pas le seul à être un peu rond. Mais dans le cas de Kiki, cela devenait carrément flippant!Aucune réaction de la part du roux autre que lui lécher le cou amoureusement. Il remonta doucement et happa un lobe d'oreille délicieux qu'il commença à sucer. Le Grec était horrifié par ce qui était en train d'arriver, mais il était tétanisé sur place. L'alcool qui coulait dans ses veines amoindrissaient ses réflexes. Il se débattit vainement, car Kiki le maîtrisa avec facilité. Pourtant, le roux avait beaucoup plus bu que lui, il le sentait à son souffle chargé d'alcool. C'était incroyable la force qu'il conservait malgré tout. Il semblait comme galvanisé. L'adrénaline le rendait si...

« Lâche-moi ! » Ordonna fermement Saga.

« J'en ai pas l'intention. » Répondit tout aussi fermement le roux.

« Pourquoi tu fais ça ? » Il cessa finalement de bouger. Il s'épuisait pour rien.

En guise de réponse, Kiki effleura une perle de chair sensible sur le torse du Grec. Mais Saga resta de marbre. Il frissonnait de dégoût. L'alcool avait fait perdre la tête à Kiki. Et même si le Gémeau restait excité par ce qui s'était produit un peu plus tôt entre lui et Mü, il ne ressentait pas une once de désir envers le jeune apprenti qui lui faisait une cour des plus... glauques. Si Kiki parvenait à ses fins et profitait de son état pour... Saga ne lui pardonnerait jamais. Et il n'hésiterait pas à le tuer.

Sa main cessa soudainement de jouer avec sa proie durcie et Saga poussa un soupir de soulagement. Kiki avait du recouvrer ses esprits !

Mais les choses se gâtèrent quand la main de Kiki souleva sa toge et dévoila une cuisse qu'il griffa au passage. Saga ne perdit pas son calme pour autant. Il sentait la panique le gagner, mais il devait penser à quelque chose, un plan pour se sortir de là, VITE ! Kiki n'était pas dans son état normal...

Et tout à coup, alors que le jeune homme se débarrassait de la barrière de tissu qui le séparait de sa cible, le sang de Saga ne fit qu'un tour avant de se glacer dans ses veines. Kiki n'allait tout de même pas... pas comme cela, pas maintenant ! Saga s'agita de plus belle.

« Shhh... je vais bien m'occuper de toi bébé. »

Bébé ? Ok, là il venait de toucher le fond ! Kiki était clairement bien allumé pour le surnommer ainsi. En plus, son ton était presque affectueux.

« Tu sonnes comme un vieux pervers. » Lui fit remarquer Saga.

Mais un sourire victorieux se dessina sur le visage du Gémeau. Parce que... Kiki était un Atlante. Et la suite allait être beaucoup plus compliquée pour lui. Saga savait qu'il n'avait rien à craindre du jeune homme. Vu ce qu'il s'était passé avec Mü ce soir, Saga ne risquait donc pas grand chose ! Quand l'air frais caressa son fessier nu, Saga frissonna légèrement. Mais pas de peur. Kiki allait avoir une mauvaise surprise et il allait être très déçu de ne pouvoir aller plus loin. Finalement, le corps des Atlantes avait ce petit avantage certain. Ce serait une belle vengeance pour le Grec et rien que d'y penser, il éclata de rire. Un ricanement moqueur et prétentieux. Cela lui fit gagner un peu de temps comme Kiki haussa un sourcil et s'arrêta net.

« Pourquoi tu te marres ? »

Et cela faisait des années que Saga n'avait pas ri d'aussi bon cœur ! Il se fichait complètement de vexer l'Atlante. Rien que de savoir que Kiki ne pourrait rien lui faire, c'était tellement jouissif !

« Parce que je sais que tu ne pourras rien me faire. J'ai vu Mü nu cette nuit... »

Kiki serra des dents.

« Ca veut dire que vous avez... »

« Non. Quand j'ai vu cela... je me suis sauvé comme le roi des... »

« Enfoiré ! » Le coupa rageusement Kiki.

« Précisément. » Son sourire se fit plus triste. « Je lui ai sûrement brisé le cœur. Il doit me détester à l'heure qu'il est, comme toi. Tu devrais aller le rejoindre pour le réconforter. Tu as gagné, je ne toucherai plus ton maître, tout est fini entre nous. C'est ce que tu voulais, non ? »

Il s'écarta un peu de Saga... tenant toujours sa toge relevée.

« J'ai de la peine pour Maître Mü, mais oui, je suis content. Parce que ça veut dire que maintenant, la voie est libre... » Répondit-il résolument.

« Mü est en effet un cœur à prendre à présent. Tu vas pouvoir essayer de le conquérir sans plus me voir comme un rival. »

Et ce fut au tour de Kiki d'éclater de rire. Un rire franc et solaire. Il en avait même les larmes aux yeux. Saga cligna des yeux. Qu'avait-il bien pu dire de si hilarant ? Il prit la mouche et se renfrogna. Il détestait que le roux le fasse tourner en bourrique et se moque aussi ouvertement de lui.

« A...attends... c'est trop drôle là ! »

Il en perdit un peu l'équilibre et tituba de quelques centimètres, posant sa main libre sur un tronc d'arbre pour se tenir debout.

« J'en peux plus... mon ventre ! Hahaha ! Alors tu crois vraiment que... je... Maître Mü et... Hahaha ! »

Saga fronça des sourcils et il lui arracha des mains le pan de sa toge, la lissant bien pour ne pas la froisser. Il passa devant le bélier et commença à s'éloigner, mais ce dernier l'attrapa sèchement pour le poignet il le plaqua face au tronc d'arbre.

« Imbécile... Ce n'est pas de toi dont je suis jaloux depuis tout ce temps, mais de lui. De Maître Mü et d'Aioros aussi. C'est vrai que cela fait moins longtemps qu'eux que je t'espionne dans les thermes ou dans les vestiaires de l'arène, mais ça a toujours été toi Saga... »

Le gémeau se raidit sous cette révélation et il manqua d'air. Il devait cauchemarder là ! Bon, il ne devait pas perdre son calme. Il avait toujours l'avantage. Kiki ne savait plus ce qu'il disait et puis, cela ne changeait toujours rien au fait qu'il ne pouvait rien lui faire, sexuellement parlant. Il ferma donc les yeux et attendit que Kiki réalise sa monumentale erreur.

L'Atlante releva patiemment la toge du Grec à nouveau...

...Et la chose gonflée de désir que sentit Saga contre ses reins le glaça d'effroi.

Kiki était bel et bien... un mâle.

Et un mâle des plus émoustillés !