"- Où est Diego ? Dit Ana Maria en regardant autour d'elle.
Sur la place du village, où le marché avait pris place, les deux jeunes femmes observaient les marchandises que leur proposaient les commerçants. C'était une aubaine pour eux, car il n'y avait un marché uniquement une fois par mois sur la place. Diego et Ricardo les avaient accompagnés mais Ricardo avait fini par rejoindre la taverne car un messager l'attendait. Ana Maria et Billy avaient ensuite perdu de vue Diego qui en réalité avait été attiré par une vente d'épées.
"- Il est assez grand pour se débrouiller tout seul, fit Billy un peu exaspérée.
- C'est juste pour être sur qu'il est loin de nous, protesta Ana Maria.
- Pourquoi ?
- Tu ne m'as encore rien sur votre relation ! Et je bouillonne d'impatiences.
- Et bien baisse le feu, tu bouillonneras moins, Ana, plaisanta Billy.
- Anabella !
- D'accord, grimaça-t-elle en entendant son prénom, je l'aime, il m'aime, point. C'est bon, Maman a-t-elle terminé de m'interroger ?
- Pourquoi tu refuses toujours de m'en dire plus, soupira Ana Maria l'air boudeur.
- Pardon, petite Ana, mais je veux être sur de ses sentiments et des miens avant de venir me confier à toi. Pour l'instant, je n'ai jamais été aussi heureuse de ma vie, ça te va ?
- Si tu me dis que tu es heureuse, ça me va, souffla Ana Maria en déposant un baiser sur son front.
A quelques pas, un homme, à la barbe noire et les cheveux noirs coupés très courts, avait relevé la tête quand Ana Maria avait prononcé le nom complet de Billy. Il avait de larges épaules et une carure imposante. Il s'approcha alors derrière elles.
"- Anabella De Goya ? Lança-t-il.
Les deux amies se retournèrent surprises.
"- C'est moi, fit Billy en scrutant de la tête au pied l'étranger.
Il était habillé comme un vaquero mais tenait à sa ceinture une épée et un poignard.
"- Et à qui ai-je l'honneur ? Poursuivit Billy.
- Tu ne te souviens pas de moi ?
- Non, pas vraiment.
- Réfléchie, Billy.
- Désolé, mais vous ne me dîtes rien du tout, s'impatienta la jeune femme.
- Très bien, si je te dis Jose Luis De Goya ?"
Ana Maria jeta un regard à Billy surprise de son nom de famille. Cette dernière blêmit.
"- Toi ? S'écria-t-elle, comment oses-tu te présenter devant moi !"
Entourées de trop de personnes, elle se retint de dégainer son épée pour menacer l'homme qui était en face d'elle.
"- Voyons Billy, est ce une façon d'accueillir son frère ainé ?
- Tu te moques de moi ? Grinça-t-elle en avançant vers lui l'air menaçante, après toutes ses années d'absences ? Sans être venu à aucun enterrement de notre famille ?
- Je sais que tu me détestes pour ça, mais j'ai changé, je t'ai cherché dans toute la Californie. Je suis même allé voir Oncle Marius à San Francisco.
- J'espère qu'il t'a très mal reçu, marmonna-t-elle.
- Billy, dit-Jose Luis en lui prenant les épaules, je ne te demande qu'une chose.
- Quoi ?
- Que tu me donnes de quoi vivre convenablement digne de mon rang."
La jeune femme écarquilla les yeux devant ces paroles sans humilité.
"- Je sais que père t'a donné par son testament, tous ce que notre famille possédait...et je suis venu réclamer mon due, continua-t-il.
- Il ne t'a rien donné, et je le comprends très bien, et je ferai comme lui, je ne te donnerai rien.
- Tu laisserais tomber ton frère ?
- Tu as laissé tomber notre famille." Rétorqua Billy en retournant auprès d'Ana Maria qui s'inquiétait pour elle afin de terminer cette conversation.
Au loin, Bernado avait aperçu les deux de Goya et avait prévenu son jeune maître qui s'était approché juste au cas où cela aurait dégénéré. Il fut presque soulagé quand il la vit s'éloigner de son frère.
Cependant Jose Luis ne s'arrêta pas, ses traits se crispèrent et il attrapa violement le bras de sa jeune soeur.
"- Pourquoi, Billy ? Après ce qu'on a vécu étant en enfant ? S'exclama-t-il sous la colère.
- Lâche-moi, Jose Luis, même quand nous étions enfants, tu revenais avec des problèmes que père devait effacer pour toi.
- Je ne compte plus pour toi ?
- Nous n'avons jamais compté pour toi. Si tu veux de l'argent, cherche toi un travail, mais ne viens pas venir mendier chez moi."
L'ainé la gifla avec force la déséquilibrant au sol. Diego, sans réfléchir, se précipita vers eux et lui saisit son épaule afin de le détourner de la jeune femme. Billy, un peu déboussolé, ne remarqua pas son intervention jusqu'Ana Maria l'aida à se relever.
"- Senor, ce n'est pas une façon de traiter une femme, s'écria Diego en tentant de garder son calme malgré sa rage sourde.
- Diego, ne te mêle pas de ça, intervint Billy malgré Ana Maria qui la retenait.
- Diego...Répéta Jose Luis, ne seriez vous Diego de la Vega ?"
Il avait dit cela d'une façon moqueuse.
"- Les rumeurs vous décrivent comme un homme qui reste à l'écart de toute violence...
- Il est vrai que je n'aime pas la violence, ce qui ne m'empêche pas d'en requerir si besoins, senor, répliqua Diego, vous devriez quitter Los Angeles, les hommes comme vous ne sont appréciés surtout si l'on frappe une femme en public."
Sur la place, les marchands au alentour avaient fini par devenir spectateurs de cette dispute familiale. Cependant, les paroles du jeune don ne calma pas la colère de Jose Luis. Sans prévenir, il encocha un coup de poing sur le visage de Diego qui se resaisit rapidement avant de lui en renvoyer un aussi.
"- Non, Diego ! S'horrifia Billy en se débattant des bras d'Ana Maria et de Bernado qui était resté auprès d'elle au cas où.
Les deux hommes commençèrent alors un combat à main nues, Diego n'ayant pas d'épée en sa possession et fort heureusement pour lui. Le frère se jeta sur lui mais le jeune don réagit à temps et le balança vers un des stands du marché dont les fruits et légumes s'étalèrent au sol et salir les vêtements de l'autre homme. De plus en plus enragé, il se propulsa vers lui tel un taureau et le plaqua sur l'autre stand qui vendait des bocaux et vases en tous genres. Sous le choc des deux hommes, certains se brisèrent blessant Diego qui fut le premier touché. Maintenu au sol par le de Goya, il dut le pousser avec ses pieds pour se libérer de son emprise. Il se releva ensuite prêt à parer le prochain coup. En remarquant alors les regards que l'on jetait sur lui, il hésita à la façon dont il devait se défendre par la suite, il ne souhaitait surtout pas que l'on doute de lui, sachant qu'il portait la fameuse étiquette de maladroit et de non-combattant. Jose Luis retourna à l'attaque. Dans son hésitation, Diego ne put l'éviter rapidement, il se retrouva à terre à coté d'un puit. A moitié assommé, il n'eut pas le temps de se relever et son adversaire en profita pour lui donner une volée de coups de pieds et de poings. Diego ne pouvant se redresser se recroquevilla et protégea sa tête de ses bras.
"- Arrête ! Hurla Billy en se précipitant vers eux et se défit brusquement de l'emprise d'Ana Maria et Bernado qui se dépêcha de se rendre au cuartel pour prévenir le Sergent Garcia.
La jeune femme sortit son épée et le plaça rapidement sous le cou de son frère qui s'immobilisa.
"- Tu le touches encore une fois et je t'égorge, siffla-t-elle sauvagement.
Le renard, mal à point, se redressa reprenant son souffle. Jose Luis portait désormais son attention vers sa soeur.
"- Qui est-il pour toi, hermana ? Interrogea-t-il.
- Recule, ordonna-t-elle en pressant un peu plus sa lame contre sa gorge.
Il obéit s'écartant du jeune don, détendant ainsi Billy qui se plaça devant lui comme un bouclier. Elle garda toujours son épée en face de lui.
"- Tu n'as pas changé, Billy, toujours aussi...masculine. Je me demande s'il est au courant de ce qui s'est passé à Toledo en Espagne, lança-t-il ensuite en donnant un coup de tete en direction de Diego qui a pu se relever tant bien que mal. Ses vêtements étaient dans un état piteux et du sang s'échappait de ses lèvres.
"- Il l'est, répliqua-t-elle.
- Je vois..."
Il s'apprêta à ajouter autre chose mais la venue du sergent et de quelques lanciers le dissuada et il se dirigea vers son cheval. Garcia l'interpella alors. Laissant le gros sergent à son travail, Billy rangea son épée et se tourna vers Diego.
"- Je suis désolée, murmura-t-elle en essuyant le sang avec son mouchoir.
- Ce n'est pas de ta faute...et puis ce ne sera pas la première fois que je me bats comme ça, ajouta-Diego d'un ton qui se voulait rassurant.
- Je pouvais me défendre toute seule !
- Je sais, mais c'était plus fort que moi."
Billy soupira avant de déposer ses lèvres sur sa joue et serra fortement le pan de son gilet.
"- Mon frère aurait pu aller plus loin, chuchota-t-elle, il a fait pire autrefois."
Diego préféra ne pas en savoir plus, ce n'était pas le moment de parler de ça. Ils allèrent ensuite auprès des marchands pour payer les dégats causés par la bagarre. Ana Maria qui les avait rejoint avec Ricardo qui avait entendu l'agitation, fut soulagé de voir que ses amis n'avaient rien. Elle était aussi contente que Diego soit intervenu pour défendre sa meilleure amie, au moins, cela avait prouvé des sentiments de ce dernier.
Quelques jours plus tard, les 4 jeunes gens oublièrent rapidement l'altercation entre Diego et Jose Luis. Cependant, un soir, alors que Diego était dans sa chambre à astiquer l'épée de Zorro, Bernado entra, l'air affolé.
" - Qu'est ce qu'il y a ? Demanda le jeune don en relevant la tête percevant l'étrange humeur de son serviteur.
Ce dernier commença à faire de multiples gestes. Diego l'interrompit.
"- Calme toi, Bernado, je ne comprends rien du tout, va plus lentement et prends ton temps."
Le muet soupira et répéta ses mouvements plus tranquillement. Diego fronça les sourcils.
"- Une femme...Ah...Ana Maria ? Non...Billy ?...D'accord, Billy..elle est sortie ?"
Bernado hocha la tête et poursuivit.
"- Elle est allée au pueblo...d'accord, et ? Elle est tout à fait libre de faire ce qu'elle veut, dit Diego en retournant à son épée. Mais Bernado lui tapota l'épaule signifiant qu'il n'avait pas fini, reprenant ainsi l'attention de son maître.
"- Un homme...son frère ? C'est son frère qu'elle va voir ? Tu en es sur ? Ah, tu les as vu ! Quand..?...Avant que tu viennes ici ?"
Il resta silencieux pendant un moment.
"- Ecoute, Bernardo, dit-il enfin, elle est tout à fait capable de se débrouiller seule, si elle est allée en ville pour voir son frère, je ne vois rien d'inquiétant...Oui, je sais que c'est un homme violent, mais si elle y est allée, ce n'est sans doute pas pour rien..."
Son serviteur trépigna d'impatience. Diego sauta sur ses pieds et lança alors :
"- Très bien, Zorro va quand même vérifier que tout se passe bien."
