Disclaimer : Les personnages de la série Sherlock ne m'appartiennent pas. Ils appartiennent à Steven Moffat, Mark Gatiss, ainsi que l'univers appartient à Conan Doyle.
Note de l'auteur : Bonjour ! Voici le nouveau chapitre comme prévu (avec un léger retard certes, mais j'ai eu l'intelligence d'écrire un peu au soir pendant mon séjour)
D'ailleurs, c'était IN-CROY-A-BLE ! Je compte bien y retourner le plus vite possible (je suis passée devant Baker Street et je n'ai même pas eu la chance d'y passer alors rien que pour ça, ça mérite d'y retourner xD) Bref, j'ai passé l'une des plus belle semaine de ma vie. Mais nous ne sommes pas là pour ça. Cette fanfiction est malheureusement bientôt terminée (elle contiendra en effet dix chapitres ainsi qu'un épilogue). Mais ne vous inquiétez pas, je suis déjà sur l'élaboration d'une nouvelle fanfiction (également sur l'univers Sherlock, je n'ai pas pu résister). En attendant, je vous laisser avec le sixième chapitre de celle-ci. Enjoy it !
Chapitre VI
Bitch came back (1)
Quelques mois plus tard
John descendit d'un pas lourd les escaliers, pour arriver dans la cuisine, les pieds traînant. Ses cheveux étaient emmêlés d'une manière comique et ses yeux restaient presque clos. Il n'avait pas bien dormi, comme plusieurs nuits depuis quelques temps. Il salua rapidement Gregory d'une voix enrouée par le sommeil et se fit un thé. Cela fait, il s'affala sur la chaise face à son ami en soupirant bruyamment. Ils se regardèrent pendant de longues secondes, sans dire mot. C'était devenu une routine entre eux deux. Ils appréciaient la compagnie de l'autre et Greg en profiter pour garder un œil sur John. Les cernes bleues du blond répondirent à la question silencieuse de Greg.
« Tu devrais peut-être retourner voir ta thérapeute. Déclara le plus vieux, posant sa tasse sur la table blanche.
-Je sais. Mais avec le travail, je n'ai pas franchement le temps. Il se racla la gorge, mal à l'aise, et but une gorgée brûlante de son infusion.
-A d'autre, John. Tu ferais d'ailleurs mieux d'acheter moins de fleurs à un mort et plus de fleurs à Mary. Lestrade était froid, comme à chaque fois qu'il abordait le sujet Sherlock ces derniers temps. John ne lui avait jamais fait de remarque à ce propos, même s'il trouvait que son comportement avait quelque chose de changer. Il était tendu. Le blond trouvait même qu'il avait attrapé de nouveaux cheveux blancs. Cela l'inquiétait. Peut-être qu'il était sur une enquête difficile mais qu'il ne voulait pas en parler ? Alors il ne dit rien et se contenta juste de hausser un sourcil à l'évocation de son amie. Il savait qu'il n'aurait pas dû lui en parler.
-Mouais, si tu veux...Le blond secoua la tête et regarda sa tasse intensément avant de reporter son attention sur le plus vieux. Sinon ce soir ne m'attend pas, je vois d'anciens amis de fac donc je risque de rentrer tard. L'inspecteur était ravi de le voir sortir de nouveau comme il le faisait par le passé. Il avançait et il était fier. Il allait s'en sortir, c'était certain.
-Pas de soucis, je risque de rester tard au bureau de toute façon. » Greg lui lança un sourire étrange. Un sourire qui cachait une vérité plus sombre. Il espéra que John ne le remarquerait pas. Il n'était pas de taille à avoir cette discussion avec lui…
Gregory était assis à côté du gouvernement britannique, visiblement très mal à l'aise par la situation. Mycroft inspira profondément et se lança, évitant les yeux de l'inspecteur.
« Commençons par le commencement si tu veux bien. Greg acquiesça. Qu'est-ce qu'il foutait là, déjà ? Il n'était plus sûr de vouloir entendre ce que l'autre avait à lui dire. Il n'était pas prêt à encaisser plus. Il en savait déjà beaucoup trop. Sherlock et moi avons toujours été assez proche, jusqu'à ce qu'il rentre à l'université. J'ai toujours fait de mon mieux pour le protéger. Mais tu le connais ? Nouveau acquiescement de la part du DI. Quand il était à l'internat, il avait un camarade de chambre du nom de Louis. C'est à cause de lui si Sherlock a commencé la drogue. Il était si influençable à cette époque. Au début il avait honte de se laisser manipuler de la sorte, il ne disait donc rien à ce sujet. Lestrade se crispa sur son siège. Sherlock ? Manipulable ? Il peinait à y croire. Il avait toujours connu le brun comme l'homme qui manipulait les autres et non l'inverse. Louis le forçait à certaines choses, il le blessait physiquement et mentalement. Mais il s'est tu. Il s'est alors mis à se droguer, le menant à sa perte. Il a perdu beaucoup de poids, il ne parlait plus du tout. Il est vite devenu accro. Il s'est rendu compte à quel point cela stimulait son cerveau, l'envoyait ailleurs. Cela lui faisait oublier le reste du monde, le coupait des autres. Ce n'était plus que lui et sa solution à 7%. Il s'est renfermé sur lui même. Les gens ne l'avaient jamais aimé, mais il passait toujours au dessus de tout ça. Sauf pour Louis. Parce que Sherlock aimait Louis. Et que Louis l'a détruit. La fois de trop, Sherlock a fait une overdose après avoir été tabassé par des gars de son cursus. A la suite de ça, je ne l'ai plus quitté d'une semelle. Il vivait chez moi, tu le sais ça ? Le DI hocha la tête en signe d'assentiment. Bien sûr qu'il le savait. La première fois qu'il avait rencontré Sherlock, il était complètement défoncé et il avait dû le ramener dans cette grande demeure qu'était la maison de Mycroft. Il se souviendrait toujours de ce qu'il avait ressenti et de l'étrangeté qu'avait été sa rencontre avec les frères Holmes. Je l'ai forcé à aller en cure. Il a commencé à me haïr. A sa sortie, Mrs Hudson a bien voulu de lui chez elle dans son appartement, jusqu'à ce que les anciens locataires quittent le 221B. Il ne supportait plus de vivre avec moi, il devenait infernal. Il a déménagé ses affaires et je lui ai coupé les vivres. Tu comprends, je ne pouvais pas le laisser comme ça. Après ce qu'il avait vécu, il n'était plus le même. Il était devenu celui que tout le monde connaît. Plus aucune pitié. Plus aucune empathie. Plus aucun sentiment. Plus rien. Il était redevenu le petit garçon perdu. Le petit garçon brisé qui voulait impressionner les gens. Montrer qu'il était le meilleur et au dessus de tout. Alors je l'ai forcé à se trouver un colocataire. Je voulais qu'il aille mieux, tu comprends ? Je voulais l'aider. Je voulais qu'il arrête ses conneries. Je voulais qu'il oublie Louis. Qu'il oublie ses marques. Qu'il abandonne ses habitudes. Il y avait quelque chose de désespéré dans la façon dont Mycroft avait de raconter ce passé que Gregory ignorait. Chaque jour un peu plus, il voyait une facette nouvelle des frères Holmes. Un côté plus humain, un côté qui le faisait glisser dans la tendresse et la culpabilité. Culpabilité de quoi ? Et puis il a rencontré John. Le jour de sa rencontre avec lui, il m'a téléphoné paniqué. Je pensais qu'il était arrivé quelque chose de grave. Tu l'aurait entendu, sa voix enfantine et perdue. Greg crut voir un petit rictus au coin des lèvres du roux, mais ça avait été tellement rapide qu'il pensait avoir rêvé. Et il m'a dit qu'il avait vu ce gars à l'hôpital et que son cœur battait plus vite que la normale, que son ventre lui faisait mal et qu'il ne se sentait pas bien du tout. Il m'a dit qu'il mourait. Alors j'ai « kidnappé » ce gars, juste pour voir. Oh mon dieu, John est la meilleure chose qui soit arrivé à mon frère depuis des décennies. Il avait arrêté la drogue, il n'y pensait quasiment plus. Il prenait soin de lui, dormait et mangeait plus qu'il ne le faisait par le passé. Il venait me voir plus souvent. Même s'il montrait au monde entier qu'il me détestait, qu'il aurait voulu me voir avec une bombe sur le torse plutôt que John, c'était en partie faux. Ses yeux brillaient toujours de cette lueur tellement…tellement Sherlockienne, tellement mon frère. Cette lueur qu'il avait gamin quand il faisait ses expériences, quand il jouait avec Barberousse ou quand il était sur une scène de crime bien morbide. Et puis il y a eu ce connard de Moriarty. Greg sursauta, c'était la première fois qu'il entendait Mycroft prononcer une telle grossièreté. Il ne connaissait que le côté raffiné du roux. Il a ruiné sa vie. Après leur entrevue, il a su ce qu'il allait se passer. Et s'il ne le faisait pas, John allait mourir. John ainsi que Mrs Hudson et toi. Lestrade fut d'un coup ému. Il avait donc fait cela pour le sauver, lui et John et Mrs Hudson. Il avait toujours pensé qu'il avait agi par pur égoïsme, par pur sens du spectacle. Il n'avait jamais soupçonné une seule seconde à quel point Sherlock avait pu souffrir, à quel point il avait pu aimer. Il ne voulait pas voir cela arrivé. Alors il a mis en scène son suicide, avec mon aide bien sûr. Mais il n'avait pas prévu que John lui avouerait ses sentiments. Il était persuadé qu'il n'en avait aucun et qu'il ne le voyait que comme un meilleur ami. Mais il s'était trompé. Il avait encore moins prévu de coucher avec lui et de se faire arrêter le jour même. Il s'était mis en tête de détruire le réseau entier de Moriarty et de revenir auprès de John. Pendant ce temps, je devais veiller sur lui et faire en sorte qu'il aille bien. Mission que j'ai honteusement raté. Quand je repense à ce qu'il a dû faire. J'ai honte et j'aimerais remonter en arrière et empêcher tout cela. Au début, je trouvais que c'était une idée brillante. Foutaise, c'était que des conneries. J'ai tout perdu. Et mon petit frère est certainement déjà mort à l'heure qu'il est, au fin fond de la Russie. Mycroft éclata en sanglot sur la banquette, alors qu'il finissait à peine son récit. Greg ne savait pas quoi penser. Son esprit tournait à une vitesse folle. Il n'avait jamais vu les choses sous cet angle. Il n'avait même jamais imaginé que tout puisse s'être passé de la sorte. Lui qui avait insulté Anderson de fou quelques jours plus tôt alors que celui ci lui disait que Holmes était vivant. Il se frappait mentalement pour avait été aussi aveugle. Tout était pourtant si évident maintenant. Et Mycroft n'avait pas l'air de jouer la comédie. Il était dans une réelle détresse. C'était déconcertant. Toute sa colère s'évapora alors qu'il posa sa main sur l'épaule du roux.
-J'accepte. »
« Arrête donc de bouger ! Mycroft était irrité, l'autre homme gigotant sous ses mains l'empêchait de bien faire son travail. Il s'efforçait de rester poli et de ne pas l'assommer avec la lampe de chevet.
-Mais ça piiiiiique ! Siffla le brun, alors que l'aîné s'appliquait à nettoyer le dos meurtri de son jeune frère.
-Et arrête de faire l'enfant, tu es ridicule. Il appliqua une nouvelle compresse imbibée d'alcool sur une large plaie entre les omoplates.
-Tu le fais expr...Aïe ! Je suis sûr que tu le fais exp...Mais Aîe euh ! Sherlock bougeait sur le siège, voulant s'éloigner de son tortionnaire de frère, mais celui ci le maintenait fermement par les épaules. En plus je meurs de faim. L'aîné soupira, exaspéré. Huit mois séquestrés dans une petite pièce sombre, attaché des pieds à la tête et flagellé tous les jours n'étaient visiblement pas suffisant pour que Sherlock soit plus doux et plus aimable. Toujours le même emmerdeur. Comment va John ? La question inattendue fouetta l'air à une vitesse vertigineuse, qu'il n'en comprit pas le sens immédiatement.
-Euh...Très bien. Bégaya-t-il, ne sachant pas quoi répondre, perturbé. Il a retrouvé du travail et il a des rendez-vous fréquent avec une jeune femme charmante. Il sentit son frère se tendre sous ses doigts. Il aurait peut-être dû omettre ce détail. Il se mordit l'intérieur de la joue. Réfléchir avant de parler. Il fallait réfléchir avant de parler.
-Ah. C'est bien, je suppose…Il y eut un bref silence entre les deux hommes qui sembla durer une éternité. Attends une minute, tu as dis : Retrouver un travail ?! Sherlock se retourna vivement et se mit face à son grand frère. Comment ça, Retrouver ? Mycroft déglutit difficilement. Ils étaient donc là.
-Et bien...Euh...Il a perdu le sien à la clinique après ton soit disant suicide. Mais il en a retrouvé un nouveau en tant que pompier. Mycroft toussota de gêne, sous le regard désapprobateur du brun. Il détourna les yeux, rougissant. Comment allait-il bien pouvoir se sortir de cette situation ? Il était peut-être le gouvernement britannique et chef des services secrets mais il n'en restait pas moins un humain. Son frère avait un regard si intense qu'il avait l'impression d'être mis à nu. C'était toujours étrange de se trouver de ce côté ci.
-Tu me caches quelques choses. Que me caches-tu ?
-Sherlock, écoute...Tenta-t-il, dans une tentative vaine.
-Qu'est-ce que tu me caches, dis moi ? Mycroft ouvrit la bouche pour rétorquer alors que le visage de son frère se referma et que ses yeux noircirent d'une rage meurtrière. Je vais tous vous tuer. » Et il se leva sans plus de cérémonie vers la salle de bain pour s'y enfermer.
Ils étaient tranquillement assis autour d'une bière dans ce bar près de l'hôpital. John était passé voir Mary avant de partir rejoindre ses anciens amis qu'il n'avait pas vu depuis qu'il s'était engagé dans l'armée. Tout allait pour le mieux, il se sentait le cœur léger et l'esprit tranquille. C'était la première fois depuis des mois qu'il se sentait sincèrement bien. Il était enveloppé dans un cocon réconfortant où seul l'alcool et les bons souvenirs d'université le maintenait conscient et heureux. Ils riaient parfois, ils discutaient dans une ambiance chaleureuse de ce qu'ils étaient devenus depuis tout ce temps.
« Et toi vieux, qu'est-ce que tu deviens ? Toujours militaire ? L'interrogea Ethan, le père de famille célibataire et infirmier.
-Non, malheureusement. J'ai été blessé plutôt grièvement en Afghanistan. J'ai été réformé. Alors quand je suis revenu, je suis devenu médecin dans une clinique du coin et parallèlement j'aidais mon meilleur ami qui était détective à résoudre des crimes. J'ai arrêté de résoudre des crimes et courir après les criminels et je suis revenu à une vie normale. Et puis j'en ai eu marre, c'était trop calme. John eut un petit rire alors qu'il débitait sans aucune peine son mensonge qui n'en était finalement pas tellement un. Ils avaient l'air de boire ses paroles, comme des fidèles devant leur prophète. Ils riaient avec lui, hochant la tête de temps à autre. Maintenant je suis pompier depuis quelques mois. Ils avaient tous des mines déconcertées. John rit intérieurement, fier de son petit effet. Leur regard luisait d'envie.
-Un vrai super héro ! Qui l'eut cru ? Ils rirent tous de concert. C'était vraiment une belle soirée. Jusqu'à…
-Et sinon, tu ne nous as pas dit. Tu continues à avoir la côte avec les minettes ? Demanda l'un d'entre eux, Charles, celui qui était le plus dans la force de l'âge selon John. Celui ci se gratta nerveusement l'arrière du crâne, se décomposant progressivement sous les yeux inquisiteurs.
-Je ne sais pas. Marmonna-t-il bassement.
-Oh aller, tu en as bien une en vue, dis nous tout ! Effectivement, il en avait bien une en vue, mais il ne l'aimait pas comme elle l'aurait voulu. Il ne l'a considéré que comme une amie avec laquelle il était proche. Et avec laquelle il pouvait penser à autre chose qu'à un visage pâle surmonté d'une chevelure bouclée sombre. Mais la seule personne qui faisait battre son cœur trop vite et qui faisait naître une nuée d'insecte volant dans son estomac n'était plus. Son cœur s'arrêta à cette pensée. Son visage s'assombrit et ses yeux s'éteignirent instantanément. Tout lui revenait comme une claque en pleine figure. C'était comme si tout se brisait encore une fois, mais beaucoup trop fort et en beaucoup trop de morceaux. Il ne contrôlait plus rien. Sherlock. Moriarty. Un toit. Il ouvrit la bouche et la referma aussi vite. Ses poumons ne voulaient plus fonctionner correctement. Il allait mourir, là, une bière à la main. De façon lamentable. Et puis il craqua.
-Si vous voulez tout savoir, la seule personne que j'aimais le plus dans ce monde s'est suicidé devant moi il y a plus d'un an et demi. Alors excusez moi de pas vouloir me taper la première cruche qui passe. Il ne contrôlait pas. Il ne contrôlait plus. Il était froid et distant. Il avait changé en une fraction de seconde, redevenant la flasque informe et immonde des mois précédents. Il venait de dévaler violemment et douloureusement la pente raide qu'il avait eut si mal à remonter. Il était seul. De nouveau. Il haïssait le monde entier. Encore.
-Oh mec, je suis désolée. On ne savait pas pour ta copine...C'était sincère, mais il n'entendait plus. Il n'était plus là. Son regard dans le vague, il ne captait plus que des sons. Ce n'était plus des mots. Ce n'était plus rien que du bruit. Son cerveau s'était éteint sur le souvenir du brun sautant d'un toit trop haut et s'écrasant trop rapidement sur un sol trop dur. Tout était trop. Des larmes envahirent ses yeux. Ses amis de fac le regardaient, mal à l'aise. Il était si pâle et si mal. Ils se regardèrent, nerveux. Que fallait-il faire ? Fallait-il changer de sujet ? Présenter ses condoléances ?
-Je ne suis pas gay...Murmura-t-il, ses yeux fixement accrochés à sa chope de bière.
-Euh...ouais on sait. On n'a pas dit ça...Les hommes ne savaient plus où se mettre. Ils étaient perplexes, il était si étrange. T'es sûr que ça va vieux ? » John renifla avant d'enfouir son visage dans ses mains, étouffant le mieux possible un sanglot. Il ne s'en sortirait donc jamais. Toujours la même rengaine.
Il se leva précipitamment, renversant au passage sa bière et sortit en courant. Le vent du soir lui fouetta le visage si violemment que ça lui brûlait la peau humide de larmes. Il courait à perdre haleine. Il voulait rentrer et s'enfermer. Il ne voulait plus sortir, plus jamais. Il désirait rester cloîtrer dans une pièce sombre et mourir. Son âme consumant son être à une vitesse folle. Il brûlait. C'était donc cela qu'avait ressentit son amant avant sa chute. Avant le final. Le rideau se levait, il finirait dans une acclamation. Une foule en délire l'applaudirait et il pourrait lui aussi faire le grand saut. Le saut de l'ange.
Arrivé devant la maison de Lestrade, maison qu'ils partageaient depuis plusieurs mois, il se rendit compte d'une chose fondamentale et non négligeable : il avait oublié sa veste dans le bar. Il était parti si vite qu'il n'avait pas pensé à prendre ses affaires. Il n'avait plus ni porte-feuille, ni portable, ni clés. C'était la goutte de trop. Il explosa intérieurement. Un volcan furieux déversa sa colère et son feu ardent dans le corps de John. Il donna un énorme coup de poing dans le mur en pierre. Une douleur vive jaillit après l'étrange craquement de ses doigts au contact dur et humide. Mais ce n'était rien à côté de la mort qui le consumait de l'intérieur, de ce feu dévorant toute forme de vie. Il avait été naïf de croire une seule seconde qu'il pourrait passer au dessus de tout ceci, de se relever et de repartir comme si rien n'avait été. Mais il était déjà trop tard, depuis le début. Ils n'avaient fait que le laisser agoniser comme un chien malade. Il était condamné depuis le jour où il avait posé les yeux sur ce grand génie si détestable. Il ne voulait plus de cette vie de mensonge, de persuasion. A qui mentait-il comme ça ? A qui voulait-il faire croire cela ? Plus jamais il ne pourrait reprendre une vie normale. Sans Sherlock, ça n'avait plus aucun sens. C'était donc cela, l'obsession ? Le fanatisme ? L'amour ? Il descendit les quelques marches du perron et se posta sur le trottoir. Un bus arriva au loin. Il savait que c'était le moment. C'était son moment. Personne ne pourrait l'arrêter cette fois. Pas de Mycroft. Pas de Gregory. Pas de Mrs Hudson. C'était son heure. Le grand bus rouge arriva à sa hauteur. Il sauta sur la route tel un fou. Un klaxon. Un crissement de pneu. Des hurlements. Un corps violemment projeté sur le sol. De l'agitation.
Un silence de plomb régnait en maître dans l'habitacle. Sherlock fixait l'extérieur, le paysage défilant à une vitesse que ses yeux ne suivaient pas. Les bâtiments se succédaient les uns après les autres, laissant un goût amer du passé. Un an et demi. Un an et demi qu'il attendait ce moment. Mycroft était à l'autre bout de la banquette, regardant ses mains jouer nerveusement avec le manche de son parapluie. Une énorme marque rouge s'étalait sur sa joue, toujours palpitante. Son jeune frère l'avait violemment plaqué contre la porte de la chambre d'hôtel et avait appuyé son bras gauche sous sa gorge. Il l'avait regardé avec des yeux noirs de colère, ils n'avaient jamais été aussi sombres et menaçants. Mycroft avait vu sur son visage fatigué la douleur de son dos et la douleur de son cœur. Le roux avait ouvert la bouche : S'il te plaît, ne sois pas bête. Ne fais pas quelque chose que tu pourrais regretter. Et il l'avait frappé. Juste sous l'œil, au niveau de sa pommette droite. Il l'avait sûrement mérité. Et ils étaient partis en silence dans la voiture. Ils en étaient arrivés là. A une querelle stupide d'enfants. Il y avait eu trop de non-dit et de rancœur durant tant d'années. Mycroft avait toujours eu en tête de protéger son petit frère, le seul et unique homme de sa vie. Il s'inquiétait constamment pour lui. Il était si fragile, si candide. Il était insouciant et se pensait immortel. Alors Mycroft restait derrière lui, attendant de le rattraper en cas de chute. Chose qu'il s'était efforcé de faire toute sa vie. Et maintenant, assis à côté de ce frère qu'il chérissait tant, il se rendait compte qu'il avait échoué dans sa tâche. Il l'avait déçu, il l'avait laissé partir si loin qu'il en était revenu torturé après de longs mois d'angoisse et d'incertitude. Le brun lui avait demandé un unique service : veiller sur l'homme qu'il aimait. Pourquoi cela avait-il été si difficile ? Il faisait ça chaque seconde de son existence. Pourquoi avait-il échoué ? Et il voyait dans l'expression de son frère la déception et la tristesse et l'inquiétude. S'il pouvait remonter en arrière, tout effacer et tout recommencer. Sherlock soupira alors que la berline tournait dans la rue de Lestrade. C'était stupide. Et pourtant, son cœur battait fort dans sa poitrine. Ce n'était pas de la peur, mais de l'appréhension.
La voiture se gara un peu au dessus de chez l'inspecteur. Dans l'obscurité de la rue, aucun des deux hommes n'avaient remarqué l'homme blond sur le trottoir. Ils n'avaient pas fait attention non plus au bus qui remontait la rue dans leur direction. Les deux frères descendirent de la grosse voiture noire, toujours dans un silence religieux. Sherlock tourna la tête et il le vit enfin. Ce petit homme plantait sur le trottoir, fixant avec intérêt le véhicule rouge qui arrivait de loin. Le brun arrêta de respirer. Son cerveau se remit en route, telle une machine aux rouages un peu usés et rouillés avec le temps. Le petit homme posa un pied sur la route bétonnée. Sherlock dirigea rapidement son regard vers le bus puis reporta son attention vers l'autre homme. Son frère le fixait sans comprendre. Il avait l'air alarmé. Le bus arrivait. Le blond avançait. Il voyait la collision fatale se produire sous ses yeux, comme un film se jouant pour lui. Il n'attendit pas et s'élança sans prendre garde au frottement insupportable de sa chemise sur ses plaies fraîchement pansées. Le bruit d'un klaxon résonna dans la plénitude du soir. Il prenait de la vitesse, oubliant comment respirer, oubliant qu'il n'était pas mort. Il se jeta sur le petit homme qui se tenait droit et le propulsa de l'autre côté de la rue. Le bus freina brusquement, faisant crisser ses pneus. Une odeur de caoutchouc brûlait envahit l'air.
« SHERLOCK ! »
Ils étaient allongés sur le sol. Sherlock était sur John. Il sentait sa chaleur à travers ses vêtements. Il le fixait de ses grands yeux bleus, reprenant son souffle avec difficulté. John le regardait de ses pupilles d'un bleu profond. Une bataille qui sembla durer une éternité mais qui ne dura que quelques secondes. Ils étaient dans une bulle, où seul deux hommes amoureux trop longtemps éloignés se retrouvaient. Des pas précipités s'approchaient d'eux.
Il avait toujours cru aux anges gardiens. Il avait toujours su que le sien aurait l'apparence de Sherlock. Ce grand ange pâle et beau. Il l'avait sauvé. Ou alors il était mort. Il avait chaud. Un poids reposait sur sa poitrine. Non. Sur tout son corps. Ça sentait comme Sherlock. Non. Ça sentait Sherlock. C'était Sherlock. Son ange gardien. Mais ce n'était pas vraiment lui. Il avait mal à l'arrière du crâne. Sa vision était trouble et étrangement double. En tombant, sa tête avait cogné le sol. Fort. Ça résonnait dans son crâne. Son cœur battait fort, battait vite. Il était resté longtemps comme ceci ? Il ne savait pas. Ses yeux se fermèrent, laissant gravé sur sa rétine l'image de son ange gardien. De son Sherlock. Il glissa dans l'inconscience, effaçant le monde autour de lui. Il avait chaud. Puis il eut froid.
(1) Bitch came back : la salope est revenue (quel langage fleuri, je m'en excuse mes chères lectrices :') C'est d'ailleurs une fois encore le titre d'une chanson mais cette fois ci de Theory of the Deadman)
