Note : je vous fais mes plus plates excuses pour ce retard. Mon emploi du temps a été assez chargé. Merci de continuer à me suivre malgré mes publications de plus en plus chaotiques. Je vais essayer de ne pas trop tarder avec la prochaine publication. J'espère que ce chapitre vous plaira, bonne lecture.

Eilyanna : j'ai malheureusement mis plus de temps que prévu à publier, mais j'espère que ce chapitre t'éclairera un peu plus sur les intentions de Flint. Merci pour la review !


VII. Identités

Il y avait tant de tremblements qui secouaient la pièce que Percy était prêt à parier que toute cette baraque ne tenait plus en place qu'à l'aide de sortilèges – et pour avoir vécu une bonne partie de sa vie au Terrier, il savait de quoi il parlait. Des pierres manquaient aux murs, les poutres rongées par les termites ne devaient plus soutenir grand-chose. Il devait bien y avoir en plus une bonne dizaine de sortilèges insonorisants jetés ça et là sur les murs, les fenêtres, même le sol et le plafond.

L'engin qui se trémoussait au milieu de la pièce faisait vraiment un boucan d'enfer. Percy en aurait mis sa main à couper qu'il s'agissait d'une machine moldue. Il y avait bien trop de boutons sur le devant pour qu'il s'agisse d'un engin sorcier dont il n'aurait jamais eu connaissance et son père avait entassé suffisamment d'objets moldus dans leur garage pour qu'il sache les reconnaître. Il n'avait pourtant pas la moindre idée de l'utilité que pouvait avoir ce monstre.

– C'est quoi ce truc ? demanda Alison qui se tenait à côté de lui.

Cela faisait bien cinq minutes qu'elle détaillait d'un air suspicieux la machine.

Alison pouvait bien craindre pour sa sécurité et celle de sa famille, mais pour sûr elle n'avait pas été élevée dans une maison moldue.

– Une photocopieuse moldue, lança une vieille sorcière sans lever les yeux.

Sous son chapeau et les grosses loupes qu'elle avait collé devant ses mirettes, Percy reconnut Serena, la trafiquante de papiers attitrée de Marcus.

Il jeta un œil par-dessus son épaule, mais ne parvint à lire le nom qu'elle fabriquait. Elle se retourna brusquement et le fixa derrière ses lunettes. Percy sursauta et recula. Les verres que Serena avait empilé devant ses yeux les grossissaient tellement qu'ils ne laissaient plus aucune place à un autre organe sur son visage. Elle les retira un à un, son regard noir fixé sur Percy jusqu'à ce qu'elle dévoile deux petits yeux à peine ouverts.

– Ne fais pas attention à lui, il est mal élevé, lança Marcus à l'adresse de Serena tout en affichant un large sourire.

Percy haussa les épaules et fit mine de s'intéresser à autre chose dans la pièce. Il n'eut pas à beaucoup se forcer. Il avait tant de questions aux lèvres qu'il aurait eu bien du mal à n'en choisir qu'une seule.

Pour ce qu'il savait des papiers d'identité, tous délivrés par le Ministère, ils n'étaient pas obligatoires.

Chaque sorcier au Royaume-Uni était inscrit sur un registre du Ministère. Pour recenser les nés-moldus, la tache pouvait parfois s'avérer ardue. Le plus souvent, les employés du Ministère choisissaient d'attendre leur entrée à l'école pour ne pas trop perturber leurs parents moldus. C'était ce registre qui permettait aux Brigades d'Ombrage de chasser n'importe quel sorcier qu'ils jugeraient suspicieux – généralement ceux qui n'avaient pas été enregistrés au jour de leur naissance. Néanmoins, il n'était plus rare que les parents, même sorciers, attendent que leurs enfants soient inscrits sur les registres du Ministère en même temps qu'à Poudlard. De plus, tous les sorciers du Royaume-Uni n'allaient pas à Poudlard – le plus souvent lorsque leur magie n'était pas suffisamment puissante pour qu'ils aient à apprendre à la maîtriser. Percy ne comptait plus le nombre de dossiers qu'il avait retourné aux Brigades rien qu'en vérifiant les inscriptions à Poudlard des sorciers et celles de leurs parents.

Ce registre, précieusement gardé par Ombrage, liait la plupart des sorciers à leurs papiers d'identité par des sorts de plus en plus complexes. Seuls des professionnels pouvaient parvenir à les modifier et modifier par la même occasion le registre.

Marcus Flint avait aussi recours à ce qu'il appelait les « enfants cachés ». Certains sorciers déclarés morts et sans enfants se retrouvaient avec des fils et des filles cachés, certificat de paternité falsifié en poche. Il était devenu un professionnel de la découverte de ces enfants cachés – lui-même ayant eu à déterrer, à la mort de son père, tous les enfants illégitimes qu'il avait semé au gré de ses infidélités – qui s'étaient révélés, d'après ce que Percy avait appris d'un Marcus Flint fortement éméché, être fort nombreux.

Ce que leur demandait Alison allait bien au-delà de tout cela. Ce qu'elle demandait, c'était des ancêtres suffisamment insoupçonnables et sorciers pour que sa famille – et son père, surtout – ne soit plus inquiété par une quelconque enquête.

Celle-ci s'approcha de la machine qui sembla se calmer un instant, mais qui reprit sa danse de plus belle.

– Et ça sert à quoi une photocopieuse ? demanda-t-elle en approchant une main vers l'engin qui ne l'impressionnait pas le moins du monde.

– A faire des photocopies, mais on ne touche pas.

Serena tapa du bout de sa baguette sur les doigts un peu trop près à son goût de sa machine et se tourna vers Marcus.

– Tu sais que c'est pas simple ce que tu me demandes.

– Mais je suis prête à mettre le prix, avoua Alison.

– Mais ça va coûter vraiment cher, renchérit Serena à l'adresse d'Alison. Et ça va nous prendre du temps. En plus je vais avoir besoin d'un certain nombre de papier. Un arbre généalogique, des deux parents, des papiers d'identité, s'il y a, des certificats de naissance, de paternité, de maternité, tout ce que vous avez qui peut justifier l'appartenance à tel ou tel lignage …

– Tout, j'ai déjà tout apporté.

– Et même des papiers moldus.

– Je les ai aussi.

Alison pointa sa baguette vers la sacoche qui pendant à son épaule et l'entrouvrit. Elle fit signe à Serena de jeter un œil dedans, ce qu'elle fit sur le champ. Percy l'entendit grommeler et finalement ressortir, les sourcils froncés, avant de leur faire un grand sourire.

– Parfait, on commence ?

Alison approuva d'un grand signe de la tête et tendit la sacoche à la sorcière qui y plongea son bras pour en ressortir tout un tas de papiers qu'elle étala sur une table en bois usée.

– C'est qui qui pose problème dans votre famille ?

– Mon père est d'ascendance moldue. Son père était moldu, sa mère né-moldue.

– Hm, voilà qui complique notre affaire et il faut trouver un moyen de lui fabriquer des ancêtres, bien sûr, bien sûr. Aucun souci du côté de votre mère ?

– Liée aux Abbot par mon grand-père, aux Croupton par ma grand-mère, aucun problème de ce côté-là.

– Donc il ne faudra pas être trop gourmand non plus, qu'on n'éveille pas trop les soupçons avec votre très moldu de père.

– Aucun ascendant de grandes familles, bien sûr, mais des alliances entres des nés-moldus et des sang-mêlés ne paraîtront peut-être pas trop suspicieux.

– Je pense que je vais pouvoir m'en occuper. Déjà, examinons les papiers de votre père.

Sur ce Serena enfila à nouveau ses énormes loupes puis après un rapide coup d'oeil tapa un grand coup sur la photocopieuse qui s'arrêta de danser. D'un coup de baguette, elle fit entrer un des papiers dans une petite fente en haut de la machine qui redémarra.

– Vous allez comprendre à quoi ça sert.

Marcus qui avait sans doute l'habitude de ce genre d'histoires se mit à bailler.

– Tu n'as rien à boire ? demanda-t-il.

– A l'étage, indiqua la sorcière. Mais on ne touche pas au Whisky Pur Feu. C'est un cinquante ans d'âge.

Marcus haussa des yeux avant de donner un grand coup dans le dos de Percy.

– Suis-moi.

Malgré sa curiosité – et ses vertèbres brisées en mille morceaux – Percy consentit à suivre Marcus qui montait déjà à l'étage.

Au fond de la pièce un escalier donnait accès à une mezzanine qui abritait le bureau de Serena. La porte grande ouverte, Percy entra à l'intérieur et plissa le nez. L'odeur qui s'en dégageait n'avait rien de particulièrement accueillant, un mélange de rance, d'alcool et d'encre. Des caisses entassées les unes sur les autres bloquaient presque l'entrée. Les bouteilles d'alcool se mêlaient aux livres sur la bibliothèque accrochée derrière le bureau. Marcus laissa les verres se laver et se sécher à l'évier tandis qu'il passait au crible les étiquettes des breuvages.

Il haussa les épaules, mais ouvrit un flacon à peine plus haut que sa main, aussi grosse qu'un ballon et servit deux verres. Il s'assit et Percy l'imita, mais refusa le verre.

– Il est un peu tôt, tu ne crois pas ? dit-il.

En retour il n'eut droit qu'au sourire carnassier de Marcus qui enfila son verre d'uen traite et se resservit.

– Tu devrais boire, toi aussi. J'ai de mauvaises nouvelles.

Le cœur de Percy bondit dans sa poitrine et fut pris d'une bouffée de chaleur. Sa chemise devint humide et il la sentit se coller à son dos, son ventre et ses bras.

Oh non, oh non, oh non, pensa-t-il. Il s'est fait choper et nous allons tous nous faire choper. Je vais me faire choper et me retrouver devant le tribunal, si j'ai la chance de passer devant le tribunal.

Il se souvenait d'Iris et de son regard effrayé lorsqu'elle avait été prise la main dans le sac devant le Ministère tout en entier. Mais il n'avait pas le moindre souvenir d'un quelconque jugement – parce qu'il n'y en a pas eu.

Iris avait été mise sous écrou par les Brigades et plus personne n'avait eu de nouvelles d'elle. Plus personne n'en avait jamais reparlé – sans doute de peur d'être à leur tour la cible du Ministère. Elle pouvait avoir été jugée, tuée ou pire envoyée à Azkaban, il n'en savait rien et de toute façon ça n'avait pas d'importance puisqu'elle s'était fait prendre.

Percy refuserait. Il ne pouvait l'accepter.

Il entendit un grondement en provenance du rez-de-chaussée et se souvint pourquoi il était dans une merde pareille.

Pourquoi Flint continuerait-il à faire des affaires s'il était vraiment inquiété ?

Quelque chose ne collait pas.

Ça ne pouvait pas être si grave. Ce n'était peut-être pas grand-chose – ça n'avait peut-être même rien à voir.

Percy accepta finalement le verre qui lui était tendu, bu une première gorgée, s'étouffa à moitié et le reposa.

Marcus n'esquissa pas même l'ombre d'une moquerie.

Oh non, oh non, oh non.

– Je n'ai pas réussi à retrouver l'informateur d'Alison, déclara-t-il finalement.

Ses yeux étaient fixés sur son verre qu'il serrait fort entre ses doigts. Percy le vit sourire nerveusement, peut-être un peu pour se rassurer.

Marcus n'osa pas lever le regard.

C'était la première fois que Percy le voyait si faible – plus démuni même que le jour où il avait vu toute la honte qui transpirait sur son visage.

Marcus avait honte de ce qu'il était, mais encore pouvait-il avoir le contrôle complet sur sa vie et ses affaires. Mais même ça, lui filait entre les doigts et Percy crut voir, rien qu'une seconde, ses mains trembler.

– Je l'ai cherché pourtant, mais pas trace de lui.

– Est-ce que tu crois que c'est …

– Un gars du Ministère ? coupa Marcus.

Il leva sa face sérieuse. Le doute y avait totalement disparu.

– C'est peut-être quelqu'un du Ministère qui nous a découvert et qui surveille Alison. C'est peut-être quelqu'un qui se cache bien et que je n'ai pas encore réussi à contacter. Ça arrive. Parfois, ils parviennent même à quitter le pays, mais …

Marcus but d'une traite son verre.

– Cette histoire ne me dit rien qui vaille.

– Tu crois qu'Alison est dans le coup ?

– Non, mais j'espère vite retrouver celui qui lui a glissé les informations. En attendant, on va se faire un peu discret et –

– Faire des faux-papiers, tu appelles ça être discret ? s'étouffa Percy.

– Après, Alison, rectifia Marcus, on va se faire plus discret.

A dire vrai, ce n'était pas vraiment l'après Alison qui inquiétait Percy. C'était tous les si qui le tenaient éveiller la nuit et qui lui donnaient des sueurs froides. Il y pensait, mais tous ces scénarios n'étaient rien que des images floues, trop loin pour qu'ils aient une consistance. Par conséquent, il n'avait encore élaboré aucun plan de secours. Il ne savait même pas où il pourrait aller.

Chez mes parents.

Mais en aurait-il seulement le courage ? Aurait-il le courage de les regarder dans les yeux après tout ce qui les avait séparés ? Auraient-ils en retour la bonté de l'excuser et de bien vouloir l'accueillir ?

Lui aurait hésité et il se souvint soudain, comme s'il avait voulu depuis le cacher, que c'était ce qui l'avait éloigné de sa famille. Il se sentait si différent.

Ils accepteraient, oui.

Il aurait aimé se sentir soulagé à cette pensée, mais elle le renvoyait face à son propre égoïsme – celui qui faisait qu'il n'avait pas songé une seule seconde à ses actes. Il oubliait les nés-moldus lorsque sa propre vie était en jeu.

Peut-être qu'il mériterait d'être pris finalement. Il le méritait sans doute bien plus que n'importe lequel d'entre eux.

– Mais qu'est-ce qui se passerait si jamais … enfin tu vois. Qu'est-ce que tu feras ? demanda Percy d'une voix morne.

– J'ai prévu d'aller en Amérique, au Canada.

Bien sûr, rien d'étonnant.

– Je pourrais enfin quitter le Royaume-Uni, définitivement et m'installer au Canada. Je prendrai peut-être un avion.

– Un quoi ?

Mais Percy savait parfaitement ce qu'était un avion, il avait juste du mal à croire que Marcus veuille vraiment monter dans un engin pareil – un engin moldu qui n'avait rien, mais alors vraiment rien de rassurant.

– C'est sûrement le moyen le plus sûr de ne pas éveiller les soupçons du Ministère. Personne ne s'attendrait à ce que je prenne un engin pareil – et je suis à peu près sûr que certaines andouilles des Brigades ne savent même pas ce que c'est. Je ne sais pas ce que tu as prévu, Percy, mais si jamais ça dégénère, je trouverai un moyen de te faire parvenir un billet. Je me suis étrangement attaché à toi et je regretterai que tu finisses entre les griffes du Ministère.

Percy ne répondit pas, termina son verre et se leva.

Voilà une chose au moins dont il pouvait se réjouir.