Chapitre 5
PDV MAI TOKIHA
Un mois s'était écoulé depuis l'arrivée tonitruante de Natsuki dans la chambre de Mai.
Je levais les yeux du document que j'étais en train de consulter pour observer la vice présidente du conseil étudiant, Fujino Shizuru.
En effet, j'avais été élue, à mon grand dam, présidente du conseil de direction. Mon tempérament mature et joyeux avait séduit les étudiants qui m'avaient élue Kaïcho. Shizuru, malgrès son redoublement, était toujours très appréçiée de ses Kohai, et le travail qu'elle avait fournis bénévolement pendant un mois, avait été exemplaire, ce qui lui avait apportée un grand nombre de voix du corps étudiant.
Depuis maintenant 3 semaines, je voyais quotidiennement l'ex Kaïcho. L'année précédente, je n'avais eue que très peu de contact avec la jeune femme, l'impression qu'elle m'avait laisser était une élève studieuse, sérieuse, très appréçiée de ses camarades, elle avait même un fanclub. Elle avait également une image de lady toujours calme, bien élevée, réservée et entourée de mystère. Elle dégageait un charisme naturel, et une aura d'un autre monde. Son comportement ne changeait qu'en présence de Natsuki. J'avais remarqué son visage qui s'illuminait, et son regard qui s'animait en présence de la rebelle. Mais ça, s'était avant… Désormais, son attitude était toujours aussi exemplaire, son travail impeccable, mais ses yeux étaient éteints, froids, distants avec tout le monde. Un masque de courtoisie continuellement affiché sur son visage. Et totalement inaccessible…
Je poussais un long soupir, et me mis à songer à la rebelle. Elle méritait se surnom depuis que j'avais rencontrée cette solitaire. Elle était le strict opposée de Shizuru. Fuyait les gens, froide et distante avec tout le monde, sauf avec l'ex kaïcho… Un passé assez lourd que j'avais appris à connaitre lors du festival des himes durant lequel elle s'était peu à peu ouverte à moi, au point de devenir une de mes meilleures amies. Elle avait commencée à s'ouvrir peu à peu aux autres, laissant enfin voir que derrière la carapace qu'elle s'était forgée, existait une personne sensible, gentille, pleine de bonté et d'humanité. Certes, elle n'était pas franchement une élève studieuse, avait l'habitude de constamment sécher les cours ou arriver en retard, ne savait rien faire de conventionnel, tel que la cuisine, les tâches ménagères…
Les contraires s'attirent, c'est ce qu'on dit.
Mais, depuis un mois, tout avait changer. Les deux jeunes femmes ne se parlaient plus…
Et j'avais franchement peur des conséquences. En effet, si Fujino semblait aller bien, se n'était qu'une façade, elle semblait n'être plus qu'un robot « cours, conseil étudiant, dodo ». Ses contacts extérieurs se limitaient aux banalités de la vie scolaire.
Quant à Natsuki. Les répercutions étaient plus remarquées. Bien que son assiduité en classe lui valent les éloges des professeurs, elle s'était totalement refermée. Restait constamment seule. Sortait tard le soir sans que je sache ce qu'elle faisait et où elle allait. Et lorsque je la croisais ou tentais de lui parler, elle prétextait avoir quelque chose à faire et partait. Elle parlait de moins en moins d'ailleurs. Mais le plus troublant, c'était son regard. Ses yeux étaient sans cesse emplis d'une profonde tristesse, et d'une grande solitude. Et tout mes efforts pour tenter de savoir ce qu'il s'était passé pour la mettre dans un tel état ou pour la sortir de son enfermement, restaient vain. Voir mon amie souffrir de la sorte sans en connaitre la raison ou la cause…
Oh si ! J'en connaissais la cause… Shizuru Fujino ! pensais je en portant mon regard sur cette dernière.
Je devais savoir ce qu'il s'était produit pour pouvoir aider Natsuki. Je n'aime pas fourrer mon nez dans les affaires sentimentales des autres, mais là, ça commence à prendre une tournure que je n'aime vraiment pas !
Profitant du fait que nous étions seules dans la salle du conseil,je me raclais la gorge, ce qui lui fait lever la tête du papier qu'elle consultait, je la regardais droit dans les yeux et commençais :
« Fujino-sempaï… Je sais que c'est un sujet délicat, et que je ne devrais même pas l'aborder avec vous, mais la situation étant ce qu'elle est aujourd'hui, je ne peux plus fermer les yeux et laisser faire… Que s'est il passé avec Natsuki il y a un mois et pourquoi ? »
« Ara, ara… Effectivement, Kaïcho, c'est un sujet qui ne vous regarde absolument pas, et qui de toute façon est clôturé pour ma part… Kuga-san n'est qu'une de mes camarades de classe, avec qui j'entretiens une relation courtoise, comme avec tout les élèves. Il n'y a rien à dire de plus. Maintenant que ceci est clarifié, nous avons du travail si vous le permettez… »
« Que… QUOI ? Kuga-san ? Qu'une de vos camarades de classe ? Clarifié ? Vous vous moquez de moi là, j'espère ?! Je vous rappelle que j'étais aussi au milieu de ce foutu festival, et que je sais que Natsuki était la personne la plus proche de vous et idem la concernant ! Alors n'allez pas me dire qu'elle n'est plus rien pour vous ! Parce que_ » Répliqua fortement Mai en froncant les sourcils avant d'être durement couper par son interlocutrice qui lui lanca d'un regard noir et froid.
« Tokiha-san, vous ne savez rien ! Vous ne faites que des suppositions idéalistes sur ce que vous avez pu croire ou percevoir. Comment pouvez vous avoir la prétention de connaitre mes sentiments et de supposer ceux de Kuga-san ? Que vous soyez amie avec elle ne vous donne aucun droit de regard sur moi, et ne vous permet en aucun cas de croire que vous avez la permission de me parler d'elle et de notre prétendue relation. Je n'entretiens avec vous aucune relation amicale quelle qu'elle soit, si nous sommes aujourd'hui ici dans cette pièce, c'est uniquement pour remplir le devoir qui nous a été assigné par notre élection au conseil étudiant. J'espère que vous l'avez désormais bien compris et que vous ne tenterais plus jamais d'aborder avec moi une conversation concernant Ma vie privée. »
Je regardais la vice présidente avec stupéfaction et sans pouvoir répliquer à cette tirade cinglante. Ses yeux me fixaient avec une intensité qui me fit frémir. J'avais remarqué son regard éteint ses dernières semaines, mais là, ses iris rouge étincellaient de fureur contenue, et son masque affable s'était transformé en un visage dur et froid.
C'est alors que la porte de la salle s'ouvrit, laissant apparaitre Tate et Yukino, qui s'arrêtèrent net sur le seuil en sentant l'incroyable tension qui rêgnait dans la pièce.
Cette intrusion permit à Shizuru de reprendre le contrôle d'elle-même, elle se leva et me lâcha avant de sortir :
« Je crois que s'en est assez pour ce soir, maintenant que Tate-san et Kikukawa-san sont là, ils pourront finir ce que j'avais commencé. Et il est bientôt l'heure pour moi de me rendre à mes cours du soir, bonne soirée à vous Kaïcho-san, Tate-san, Kikukawa-san. »
Yuuichi vit immédiatement que j'étais encore sous le choc des mots de Fujino-sempaï, inquiet, il s'approcha :
« Mai, ca va ? Qu'est ce qu'il y a ? »
« Euhhhh…. Je crois que jamais je n'aurais dû parler de Natsuki… »
« Ah …. Oui, en effet, c'est un sujet extrêmement sensible pour la Kaï… euh… Fujino-sempaï » fit remarquer Yukino « J'avais aussi senti que les choses n'allaient pas bien entre elles deux, mais je ne me serais jamais permis de lui en parler ! Tu es folle Mai ! »
« Non, je ne suis pas folle, je suis seulement très inquiète pour Natsuki. Mais je ne pensais pas que j'allais voir un démon en face de moi en abordant le sujet ! »
« Si tu veux mon avis Mai, je pense que c'est à elles seules de résoudre ce problème. Les tensions qu'il y a eue lors du festival sont toujours très présentes. J'ai remarqué, et Yukino-san aussi d'ailleurs, que Shizuru-sempaï faisaient de gros effort pour se faire pardonner, et elle nous a apporter beaucoup plus d'aide que je n'en attendais de sa part. Sa relation avec Kuga-san était déjà complexe avant, non seulement du fait qu'elles soient deux femmes, des Himes, mais aussi de deux mondes différents. Chacune des deux à un lourd passé à accepter et à supporter, et je doute qu'une tierce personne venant mettre son nez volontairement ou non dans leurs relation, soit acceptée par l'une ou l'autre. Alors laissons les soigner leurs blessures respectives, et attendons. C'est ce que je pense que tu dois faire Mai, soutiens dans l'ombre ton amie, mais laisse la faire ses propres choix à son rythme sans l'influencer. »
C'est sur ces paroles de l'homme que j'aime profondément, que je décidais de suivre son conseil, en priant qu'il soit bon.
