Aujourd'hui, j'ai seize ans. Nous sommes le dix octobre, il est cinq heures trente huit du matin et je suis réveillé depuis une demi-heure, attendant le moindre bruit dans la maison pour sauter sur mes deux pieds et aller faire un câlin à mes parents. Pour passer le temps, je joue sur mon téléphone, presque embêté que personne ne soit réveillé pour discuter avec moi.
À six heures, la cuisine remue enfin et je sors de la chaleur des couvertures comme un boulet de canon. Marchant sur la pointe des pieds, je me colle au mur du couloir pour espionner mes parents qui doivent être en train de discuter de moi.

— On le réveille et on lui offre son cadeau tout de suite ou on attend ce soir ? demande mon père, les yeux hagards à côté de la machine à café.

— Oh, je me doute qu'il soit de la partie ce soir. On est vendredi, il n'a vu personne depuis deux semaines mis à part Sakura. C'est quasiment certain qu'il va nous abandonner.

Je souris tristement. C'était bien entendu mon intention — c'est impressionnant comment ma mère me connait aussi bien — mais personne ne m'a contacté. J'ai essayé de leur donner l'idée, mais j'avais simplement l'impression de causer à des murs. Le pire est sans doute Gaara, qui joue au fantôme depuis une semaine entière. J'ai essayé de le voir avant hier pendant l'après-midi que j'avais pour une fois libre — la sienne l'est systématiquement — mais je sens qu'il a prétexté une option pour ne pas qu'on se rencontre. J'ai l'impression qu'il m'évite et je déteste les non-dits. Ça me fait tourner en bourrique.

— N'est-ce pas Naruto que j'ai tout bon ? hurle ma mère à travers les murs de la cuisine.
J'écarquille les yeux et me déplace latéralement vers l'entrée, montrant ma petite tête. La blonde sourit délicatement, les mains sur les hanches.

— Tu sais, tu as beau ressembler à Marato, tu n'es pas un vrai ninja. Je t'ai entendu sortir.
Je m'approche à petits pas, attendant quelque chose, qui heureusement ne tarde pas trop.

— Mais comme tu grandis aujourd'hui, tu vas devenir un grand ninja. En tout cas, moi, j'en suis certaine.

Je vais m'effondrer dans ses bras, à moitié triste et à moitié heureux. Ce sont des sentiments étranges.

— Joyeux anniversaire Naruto, rajoute mon père en venant de joindre à notre câlin.

Et là, au creux de leurs bras, j'éclate en sanglots. Je renifle fort, je me frotte les yeux, mon visage est tout rouge.

— Fiston ? Qu'est-ce qui se passe ? Tu n'es pas content d'avoir seize ans ? m'interroge mon père.

— Si...mais...mais...j'ai l'impression d'être tout...tout seul... Je...personne ne répond à mes...messages depuis la semaine dernière...Sakura est un mur, Gaara un fantôme. Alors, quand...vous avez dit que j'allais vous abandonner... ça m'a fait un mal...de chien dans le cœur... Parce que vous...vous...vous êtes pas comme eux. Vous êtes là.

— Ne te mets pas dans des états pareils pour de simple paroles. Tu sais, on s'attend à ce que tu nous abandonne à un moment pour préférer la compagnie de tes amis. Tour simplement parce que nous aussi on l'a fait à un moment. Mais ça ne veut pas dire que tu te nous aimes pas, ça veut dire que tu t'émancipes. C'est pas grave du tout. C'est même bien, me rassure ma mère en me caressant le dos.

— Mais nous, on sera toujours là pour sécher tes larmes toutes chaudes, comme aujourd'hui. Si tu en as besoin, si tu n'as plus la force, si les gestes deviennent trop répétitifs ou trop compliqués. Il suffit simplement que tu demandes.

Mon père, après avoir terminé sa réplique, passe ses doigts sous mes joues pour prendre l'eau qui en dégouline encore. Il m'arrache un sourire.

— Et pour tes amis, je suis certaine qu'ils te préparent un truc en secret, comme eux ont l'habitude. Tu les fais graviter autour de ton univers Naruto, ils ne peuvent pas subitement se décrocher.

Elle me colle un baiser sur le front et je me recule doucement de leur étreinte chaleureuse.

— Je vous aime tellement. Et je trouve que je vous le dis jamais assez. Alors, voilà.

— Au fait, regarde sur ta chaise. Il y a un petit quelque chose pour toi.

Je m'empresse de la tirer vers moi, de découvrir le sachet aux couleurs bleu ciel qui cache sans doute mon cadeau. Je plonge mes mains à l'intérieur et déniche un carnet blanc aux grains raisins ainsi que des aquarelles.

— C'est neuf, mais c'est exactement les mêmes que les miens. Je te transmets mon héritage, en quelque sorte. Parce que toi aussi, tu es un magicien des couleurs, m'indique mon père. Et tu vas faire de grandes choses.

— C'est magnifique... je...merci beaucoup les parents !

Je les serre une dernière fois dans mes bras avant que mon ventre nous ramène à la réalité. J'ai une faim de loup. Je m'installe donc à ma place et déjeune avec les deux personnes les plus importantes de ma vie. L'heure de départ avance et mon magnifique cadeau dans le sac, je me dis qu'à défaut d'avoir des amis, j'aurais au moins mon monde et mes dessins pour me tenir compagnie. Les couleurs ne m'abandonneront jamais.

Mais mes jolies phrases sont complètement contre carrées par la sonnerie qui retentit dans le vestibule. Un sourcil levé de surprise, je me dirige vers la porte et l'ouvre en grand. Je tombe directement dans une marre de menthe à l'eau.

— Joyeux anniversaire Naruto, glisse-t-il en souriant discrètement.

Je lui attrape la cravate et le ramène violemment contre moi. Je ne l'embrasse pas parce que je n'ai aucune envie de l'agresser. Mais je le serre de toutes mes forces dans mes bras, froissant sa veste d'uniforme et la mienne au passage.

— Tout va bien ? m'interroge-t-il à demie voix.

— Tu ne peux pas imaginer comment, Gaara. Alors, merci.

Et mes yeux se plongent dans ce bleu d'octobre au-dessus de moi. Mon anniversaire commence bien.

J'ai les amis les plus géniaux de l'univers. J'ai envie de le hurler lorsqu'ils toquent tous les cinq à la porte de chez moi, sur les environs de dix-huit heures trente. Moi, je suis déjà changé et en jogging, prêt à me détendre pour cette fin de soirée tranquille avec mes parents. Mais eux, ils sont drôlement bien apprêtés.

— Merde, t'aurais pas dû répondre, jure Kiba. Ma petite blague ne va pas marcher si c'est toi qui est en face de nous.

Je lève les sourcils d'incompréhension complète et demande expressément des explications.

— Je peux savoir ce que vous faites ici ?

— On vient te kidnapper pour la soirée. Vu que c'est ton anniversaire, espèce de blond, reprend le brun au sourire un peu animal.

— Mais...

— Tu croyais vraiment qu'on avait oublié ? T'es notre pote depuis des années et des années Naru, ça ne va pas bouger avant qu'on soit vœux et croulants et qu'on radote sur les mêmes histoires. Alors bien sûr qu'on a prévu un truc pour ce soir ! Un vendredi, on va pas laisser passer ca.

Et comme ce matin quand Gaara est apparu comme si de rien n'était, j'ai envie de les serrer dans mes bras. Je me jette donc dans le tas et manque de me retrouver par terre. Mais chaque personne y mets un peu du sien et les parfums se mélangent dans mes narines.

— J'avais peur que vous m'ayez zappé. J'avais l'impression de parler à des murs quand je m'adressais à vous et ça me foutait les jetons.

— Ça, réplique Tenten, c'est parce qu'il y en a un qui ne sait pas garder sa langue dans sa bouche. N'est-ce pas Kiba ?

Le susnommé grommelle dans sa barbe inexistante et croise les bras sur la poitrine.

— Ça fait presque un mois que c'est décidé. Mais tu sais, c'était dur de ne pas te parler. C'était dur de répondre des monosyllabes quand tu t'adressais à moi au lycée, me rassure Sakura. Mais c'est génial de te voir réagir comme ça, ça montre qu'on avait raison de faire ça.

Je souris mais le cœur n'y est pas vraiment. Je ne suis pas d'accord avec elle, vu l'état dans lequel j'étais ce matin à cause de leur silence. La présence de mes amis m'est vitale et c'était en train de me faire devenir aussi fade qu'une ciel blanc. Je n'étais plus un arc-en-ciel.

— M'enfin, va enfiler quelque chose de plus beau, on t'amène dîner ! termine Kiba en me poussant vers l'entrée. Et appelle tes parents aussi.

Ça, je n'ai pas besoin de le faire. Ils sont déjà là, sur le pas de la porte à nous regarder avec un sourire aux lèvres. Ma mère a laissé tomber sa tête sur l'épaule de son mari.

— J'avais raison Minato. Il nous abandonne. Mais regarde le sourire sur ses lèvres. Jamais je ne serais mécontente de le voir. C'est l'une des choses les plus lumineuse chez lui.

Je n'ai pas envie de me retourner vers eux. Je n'ai pas envie qu'ils sachent que j'ai tout entendu à travers les rires de mes amis. Alors je lui adresse un rapide sourire un peu lointain et carrément en coin et je sors de la maison, agrippant mon porte-monnaie qui se retrouve dans ma poche de manteau. Je fais deux pas dans la rue que je tombe nez à nez avec Gaara.

— T'as tout raté ! l'invective Kiba en lui donnant une frappe sur l'épaule. Mais je t'excuse, t'es jamais venu ici alors t'as pu te perdre. Surtout que les instructions de Shikamaru sont pas les plus simples à suivre.

— Hé, mais je fais ce que je peux ! C'est pas ma faute si son sens de l'orientation est affreux et qu'il se saurait pas se retrouver sur un boulevard !

Je meurs d'envie de les couper, de leur dire qu'il sait très bien où j'habite. Mais le regard froncé du rouge m'indique de ne pas piper mot. Alors j'éclate de rire pour suivre les autres et je salue mon petit ami d'un signe de la main, comme une connaissance.

— C'est sympa de l'avoir invité, c'est vrai qu'on a pu vraiment avoir l'occasion de se revoir depuis la dernière fois. J'ai l'impression que c'était hier.

Nouveau froncement de sourcils. Il doit se demander à quoi je joue. Je suis simplement entré dans son jeu. Celui de l'hypocrisie.

Nous démarrons donc tous vers une destination qui me reste inconnue, même si j'ai déjà ma petite idée sur la question. Deux groupes se forment alors ; un composé de Gaara, Shikamaru et Kiba. Le second de Sakura, de Tenten, de Neji et de moi.

— Naruto, on peut savoir ce que tu fiches ? Pourquoi t'es aussi froid avec lui ? me secoue Sakura, le plus doucement possible.

— Parce que c'est ce qu'il veut. Qu'on ne sache rien sur nous deux. Alors je fais le mec qu'il seulement vu une fois pour une journée à la plage et un restau de ramen. Rien de plus.

— Et ça...te dérange pas ?

Je plante mes yeux dans le décor et évite en tout état de cause les yeux de mes amis.

— Bien sûr que si. Mais je n'y peux rien. Je ne vais pas le forcer. Moi, ça ne me dérange pas du tout que vous le sachiez, vous êtes les personnes les plus proches de moi, hormis mes parents. J'ai juste l'impression qu'il a honte de moi ou même de nous. Et ça me ronge, surtout le jour de mon anniversaire.

Je me retourne vers eux et essaie de sourire. Le cœur n'y est pas et je suis parfaitement incapable de leur cacher.

— C'est comme ça, on y peut rien. J'ai déjà eu de la chance qu'il passe ce matin pour me dire bonjour et me souhaiter mon anniversaire. Enfin bon. Je...j'ai rien contre vous mais je crois que je vais faire mariner tout ça un peu et m'éloigner quelques minutes.

Mes pas accélèrent et je me place entre les deux groupes. Les mains dans les poches de ma veste, je lève les yeux vers le ciel ; il n'y a pas d'étoiles, les nuages cachent la lune. Le bleu ne fait pas du bien, il est presque effrayant. Saleté d'objet céleste.

— Si même vous, vous y mettez, souligné-je en français, ça ne va pas le faire.

Si Charles était avec moi, je pense que je lui demanderais une cigarette pour évacuer tout ça. Je sais que ce n'est pas bien mais j'en ai besoin. Sans grand espoir, je farfouille dans mes poches. Le sourire réapparaît lorsque le bâton de nicotine touche mes doigts. Je le sors de là et découvre un briquet greffé avec une élastique. Un petit mot l'accompagne.

Petit present de ta plante verte de cousin. Le briquet est à tes couleurs. La prochaine fois qu'on se voit, je te ramène un paquet (évite d'en parler à tes parents, mais je préfère que tu fumes un peu sous mon couvert qu'avec des gens peu recommandables) (sérieusement, je ne pensais pas utiliser ce mot un jour. Je deviens vieux.)

J'éclate de rire à la vue de ce petit cadeau et lève à nouveau les yeux vers le ciel. Je murmure un remerciement en Français, pour ne pas qu'on me comprenne — comme si c'était secret. Je cloue la clope dans mon bec et l'allume, sous les interrogations de mes amis qui finissent par me rejoindre de l'arrière.

— Depuis quand est-ce que tu fumes ? me secoue Sakura.

— C'est juste comme ça, de temps en temps. C'est un cadeau de Charles.

— Ton cousin ?

— T'en connais d'autres toi ? Bien sûr que je parle de mon cousin. Et je te préviens, je n'ai aucune envie que tu me fasses la leçon. Je sais que mes poumons vont flétrir et tout ce que tu veux. Mais c'est soit ça, soit je fais une grosse connerie. J'ai besoin de me décharger sur quelque chose. Si tu ne veux pas sentir, tu peux t'éloigner, je t'en voudrais même pas.

Elle me fixe, visiblement choquée par ce que je viens de raconter. Mais je m'en fiche. Mais il n'y a pas que les pupilles brunes de la jeune femme qui m'accrochent, il y en a d'autres, beaucoup plus menthe à l'eau. Les sourcils bruns, non colorés, se froncent encore une fois et je le vois ralentir, abandonnant les garçons. Il prend un risque qu'on découvre tout, tout ça pour me faire la leçon. Pathétique.

— Ha, j'existe ? C'est quand je commence à faire des conneries que je suis visible à tes yeux ? La prochaine fois, je traverserais la route sans regarder et qui sait, peut-être que j'aurais le droit à une discussion de plus de dix minutes.

— Qu'est-ce qui te prends Naruto ? Qu'est-ce que tu fiches à fumer et à être en colère ? Tu n'es pas content d'aller au restaurant avec nous ?

— Bien sûr que si. Mais j'aimerais aussi m'y rendre avec mon petit-ami. C'est pour ça que je fume. Parce que sinon, je vais te faire la tête pendant toute la soirée, ça va être froid, sec et tout ce que tu veux et ça sera triste. Je fume pour me décharger de mes sentiments qui craignent bien. Alors, sérieusement, ne me fais pas la leçon s'il te plait.

— Je ne t'embrasserais pas avec une haleine pareille, je te préviens.

— Parce que tu comptais le faire ? lancé-je, assez sarcastique. Mince, si j'avais su.

— Est-ce que tu te moques de moi ?

— Mais quel sens de la déduction. Bon sang ce que tu m'impressionnes !

J'expire un peu de fumée au-dessus de moi et le regarde à nouveau. Il n'est pas en colère, ni même choqué ou vexé. Non, dans ses yeux dansent une certaine forme de déception.

— Je te reconnais plus. Tu n'as jamais été aussi dur.

— Je sais, laché-je en terminant ma cigarette et en remettant mes mains au fond de mes poches.

Un petit moment de blanc et il continue.

— Tu ne t'excuses même pas ? Tu es fier à ce point-là ?

— Et toi, tu t'excuses d'avoir honte de moi ? craché-je subitement.

Je hausse un peu la voix, ce qui fait se retourner mes petits camarades. Je prépare déjà mon petit mensonge au cas où ils me posent des questions. Mais ces derniers se taisent et continuent leur route. Les voix se baissent de notre côté, même si la colère ne bouge pas d'un iota.

— Honte de toi ? Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

— Tu n'as parlé de moi à personne. Je te dis pas de faire une annonce publique mais essaie d'en discuter avec des gens de confiance, avance doucement le sujet et vois s'ils peuvent être homophobe ou alors trouver ça horrible. Fais des recherches en amont. Je peux même t'aider si tu veux, causer d'une connaissance que j'aurais inventé sur le coup. Je sais que tu prends soin de moi, que tu fais attention à ce que tu dis et tu fais et je t'en remercie. Mais j'aimerais au moins dire à mes amis que je te connais un peu mieux qu'un gars que j'ai vu une fois. Tu vois ?

— Je ne compte pas faire d'annonce publique. Il n'y a rien à dire à ma famille ou à mes amis.

Je m'arrête subitement, comme frappé par la foudre. J'ai l'impression de rêver, d'avoir mal compris.

— Pardon ? Rien à dire ?

— Tout à fait. Il y a un problème ?

— Tu te fous de moi là ? Sérieux Gaara, tu me fais le coup de la caméra cachée ? Tu m'as filmé pour me montrer ma réaction ou mes yeux de poissons ?

— Absolument pas.

— D'accord. Alors, tu m'expliques ce que je suis pour toi ? Juste une petite vérification, pour voir si ça ne fait pas deux mois que je me fourvoie ?

Il regarde devant, le petit groupe de ceux qui ne sont au courant de rien. Il a encore peur qu'on nous entende et je peux le comprendre, dans un sens. Moi non plus, je n'ai rien dit.

— Tu es mon petit ami Naruto. Je croyais que tu le savais. Je te l'ai demandé en août.

— Bien, et tu ne penses pas que tu devrais dire à tes parents ou même à tes frères et sœurs que tu fréquentes quelqu'un ? Ou même tes amis ?

— Mais à quoi cela sert-il ? Tu ne trouves pas qu'on bien ainsi ? Pourquoi tu veux que la Terre entière le sache ?

Si j'avais été en dehors de mon corps, je pense que je lui aurais hurlé que je l'aime. Mais je suis moi et malgré les bons moments qu'on passe ensemble, je ne pense pas encore ça de lui. Et ce qu'il raconte est en train de détruire la petite structure de sentiments que j'aurais pu avoir. Parce que j'ai tout simplement l'impression que dans le miroir, cette structure n'aura pas de reflet.

— Parce que je suis comme ça Gaara. Je suis quelqu'un de très expansif. Mais je respecte ces choix. Même si je ne les comprends pas. C'est juste...que ça me fait mal ce que tu me dis. Mais tu n'y es pour rien, tu ne vas pas changer pour moi, tu ne vas pas te mettre en danger pour moi. Je ne t'imposerais jamais ça.

Il ne répond rien lève la tête vers le ciel. Ca me rappelle un peu notre premier baiser, pendant la fête des étoiles. Les couleurs ne sont plus du tout les mêmes. Là, tout est noir.

C'est tout simplement le pire anniversaire de ma vie. Même si celle-ci est courte, je décide qu'en seize ans, celui-ci remporte la palme d'or. Comme prévu, nous allons au restaurant de ramen, mes amis me payant le nombre de bol que j'ai envie. C'est sans doute pour ça qu'ils écarquillent tous les yeux quand je n'en commande qu'un seul. Même le gérant, qui a été prévenu que c'est une journée spéciale pour moi, me fixe avec un drôle d'air.

— Bah alors Naruto ? Qu'est-ce qui se passe ? T'as pas faim ?

Non, je n'ai pas faim. Cette dispute avec Gaara, ce silence après, les étoiles éteintes, le froid, le fait que je veuille hurler au monde que j'en ai marre qu'on ne m'accepte pas comme je suis, le fait que mes sentiments ne sont sans doute pas réciproques, ce qui va sans doute faire sauter ces dits sentiments par la fenêtre, toute cette longue liste a eu raison de mon appétit. Si j'avais été seul, je pense que j'aurais fait demi-tour et que j'aurais été me rouler en boule dans les bras de ma maman, lui racontant tout ce qui se passe dans ce qui me sert d'habitat de cage thoracique.

— Je suis sûr qu'il amoureux et qu'il est super déçu parce qu'il n'a pas reçu de sms, continue Kiba en souriant, moqueur comme toujours.

Si seulement il pouvait arrêter d'énoncer des vérités, j'en serais heureux. Si seulement il était au courant pour Gaara, il comprendrait que la fille dont il parle est à deux places de lui et que c'est un garçon. Si seulement il était au courant, cette dispute n'aurait pas eu lieu, je me serais goinfré de ramen et ça aurait absolument génial. Mais malheureusement, je ne sais pas comment revenir en arrière.

— Tu sais quelque chose Sakura ? continue le brun à l'air sauvage. C'est une fille de votre lycée ?

Elle se tourne vers moi. Ses yeux me renvoient de la pitié, tout ce que je déteste. Mais ils cherchent également les miens, remplis d'inquiétude. Je pense ne pas me tromper en avançant qu'elle va sans doute vouloir me serrer dans mes bras quand on sera un peu seul. Je suis content de l'avoir comme amie. C'est une chouette fille cette fleur.

— Non, je n'en ai aucune idée. Et puis je pense pas qu'il soit amoureux. Il me l'aurait dit. Il n'a pas le droit de ne pas avoir trop faim ? Si ça se trouve, on est arrivé un peu tard et il a grignoté dans sa chambre. N'est-ce pas Naruto ?

Elle me fait un faible signe pour que je rentre dans son mensonge. Je ne vois que ça à faire pour éviter les questions pressantes de Kiba, qui devient franchement lourd.

— Ouaip, la dernière fois qu'on s'est vu avec Charles, il m'a ramené un énorme paquet de cookies et ça fait plusieurs jours qu'ils me faisaient de l'œil. Et comme je n'ai pas mangé grand chose à midi parce que j'étais plongé dans une lecture à la bibliothèque et quand je suis arrivé à la cafétéria, y avait plus rien. Alors les cookies n'ont pas fait long feu. J'suis désolé les amis, mais au moins, mon cadeau ne va pas vous coûter trop cher.

— Parce que tu crois que c'est ça ton cadeau ? s'inquiète presque Tenten en posant ses coudes sur la table.

— Bah ouais, fis-je, incrédule. C'est déjà top je trouve.

Celle-ci se penche et je remarque enfin en paquet déposé à ses pieds. Avec un sourire qui pourrait toucher le ciel, elle dépose une immense boite devant moi, manquant de renverser mon verre d'eau.

— C'est de notre part à tous. On espère que ça te plaira !

Souriant pour de vrai, je déchire le papier orange flashy et découvre un ensemble de figurines d'une bone trentaine de centimètres.

— Wow, l'équipe 77 au grand complet ! Mais ça a dû vous coûter une fortune !

— Ce n'est pas bien de révéler ses petits secrets mais le frère de Gaara bosse dans une boutique qui en vend plein. Alors il nous a fait une bonne ristourne. C'est un peu grâce à lui que tu pourras décorer ta chambre de ces petites merveilles.

J'observe les silhouettes de résine. Marato dans sa tenue orange, Sora qui frappe ses poings, prête à passer à l'action, sa tenue rouge volant. Totsuke, une main sur son sabre, ses pupilles ayant déjà changé de couleurs. Les trois sont complètement prêts à passer au combat, alors que ça fait bien longtemps que toute cette petite équipe est séparée, pour mon plus grand regret.

— C'est impressionnant comme Totsuke ressemble à Uchiha en fait...murmure Sakura, une main sur le menton.

Je me retourne vivement vers elle et la fixe de haut en bas comme si elle venait de dire une bêtise.

— Tu sais que je ne l'ai jamais vu, ton fameux Uchiha ?

— Sérieux ? Pourtant, j'ai cru comprendre qu'il trainait beaucoup à la bibliothèque, tout comme toi. C'est bizarre que vous ne vous soyez jamais croisés.

— Tu sais Sakura, si je ne sais pas à quoi il ressemble, c'est un peu compliqué pour que je le reconnaisse, lancé-je, un brin moqueur.

— Certes. Tu marques un point. Mais fais-moi confiance, c'est son portrait craché.

Je hoche la tête et fixe les autres, évitant soigneusement Gaara. Je n'ai pas envie de voir sa réaction. Je n'ai pas envie de le remercier. Il ne le mérite pas. Tout simplement pas. Plus, j'ai presque envie de le faire un peu tourner en bourrique.

— Mais tu attises un peu ma curiosité ma chère. Maintenant, j'ai bien envie de le chercher avec toi dans les couloirs. Si ça se trouve, il aussi fan de Marato, comme nous. T'imagines, on ferait notre propre équipe. Ca serait chouette. On passerait notre temps rien que tous les trois.

Et lorsque je finis ma phrase, je décale très lentement mes yeux vers le rouge, juste en face de moi. Ses sourcils sont froncés, sa mâchoire serrée. J'ai eu ma petite vengeance. Même si je trouve que la jalousie, ce n'est pas mignon, c'est assez gratifiant de le voir réagir ainsi. Poussant le vice un peu plus loin, je vais même jusqu'à annoncer que je me rends aux toilettes, attendant silencieusement qu'il me suive pour qu'on discute un peu.

Gagné, il passe la porte juste après moi.

— Bah alors ? On est pas content que je parle d'un autre gars et que je fasse des plans sur la comète ?

Sa mâchoire est toujours serrée.

— Ça t'amuses, n'est-ce pas ?

Je souris jusqu'à mes oreilles. Le pire, c'est que je ne fais même pas exprès.

— Carrément. Ça montre toute la contradiction de ta personne. Mais tu sais Gaara, je ne vais pas pouvoir jouer à ce petit jeu longtemps. Fuis-moi je te suis, suis moi je te fuis, ce n'est pas pour moi.

— Ce que tu me demandes de faire est parfaitement impossible, tu le sais et tu joues de ça. Si tu désires rompre, tu peux le faire. Je n'en ferais pas toute une histoire.

Mon sourire disparait d'un seul coup, comme une claque. Il a prononcé le mot qu'il ne faut pas.

— Hein ? Mais pas du tout ! Et puis tout ce que je veux moi, c'est que tu sois moins froid. On n'a qu'à dire qu'on s'est un peu vus pour discuter parce que je sais pas, on aime tous les deux Marato ? J'ai pas envie de faire comme si je te connaissais pas, alors que ce n'est pas le cas. Je te l'ai dit, je n'ai pas envie de te brusquer ou de forcer. Je n'ai pas envie de te perdre.

Je me rapproche légèrement, mais me recule aussitôt que la porte s'ouvre sur un client du restaurant. Il fait sa petite affaire dans l'urinoir et ressort en se lavant les mains. Lorsque je suis sûr qu'il est parti, je reprends mes positions tout proche de mon petit-ami. Je passe une main sur sa joue, qu'il accepte avec plaisir.

— T'es d'accord avec cette façon de faire ? A ton rythme, tout comme tu veux. Mais pitié, plus d'ignorance. J'aurais trop de mal à faire comme si t'étais un inconnu.

Je le sens hocher la tête et je fais à nouveau un pas vers lui. Nos fronts se touchent, nos souffles se mêlent discrètement.

— Je peux t'embrasser, s'il te plait ? glissé-je avant de faire un mouvement de plus.

— Oui.

Je me plonge à nouveau dans sa menthe à l'eau. Même je ne l'ai pas quittée pour longtemps, ça fait tout simplement du bien de la retrouver.