Je n'arrive toujours pas à croire que Kokopelli existe. Enfin pas le personnage mythique des amérindiens, mais ceux qui en sont à l'origine.
C'est l'arrivée d'Emory qui me permit de mieux comprendre la situation. Celui-ci parlant Zuni et Hopi il put entamer une discussion avec les habitants des lieux. Il s'avéra qu'en fait les kokopellis comme ils se nomment eux-mêmes parlaient la langue Anasazi, du moins un dérivé presque pur. D'où le fait que certains mots ressemblaient aux langues issues de la première. Imaginé, des gens qui parlent encore une langue qu'on pensait morte.
Fasciné par ces êtres surnaturels je ne peux que repasser en boucles les informations que j'ai obtenues.
Durant des siècles kokopellis et anazazis vécurent en harmonie. Les terres ancestrales des premiers se trouvent quasiment en dessous de Chaco Canyon. La cohabitation se passait très bien. Chacun apportait ces connaissances à l'autre permettant une évolution conjointe des deux peuples. Ce sont les kokopellis qui apprirent aux indiens à pratiquer l'agriculture. Très vite avec leur bosse qui servaient de sac de transport directement greffé à leur dos et avec leur nez en forme de flute dont ils se servaient pour communiquer et jouer de la musique ils devinrent les symboles de l'abondance, de l'agriculture et des danses. Musiciens, agriculteur et magicien sont les trois caractéristiques de Kokopelli, trois caractéristiques qu'on retrouve chez ceux qui sont à l'origine de ce mythe.
Mais lors de l'abandon total du site les kokopellis se refermèrent sur eux et cessèrent de sortir de terre pour partager avec les Anasazis de Chaco Canyon.
Au fil du temps ils devinrent un mythe, un être mystique facétieux et magicien qui parcourt la terre pour la fertiliser.
Astoria fut prévenu de l'affaire et il fut décidé de ne rien dire tant que les kokopellis n'auraient pas décidés s'ils voulaient continuer à rester caché ou non. Surtout que l'incident de Chaco Canyon était leur faute. Ils avaient surpris des archéologues en train de s'introduire dans le couloir. Paniqué ils leur avaient effacés la mémoire avant de provoquer une explosion qui avait fait effondré le couloir. Un autre couloir avait par la suite était creusé. Ce couloir que j'avais emprunté lorsque l'un d'eux m'avait assommé.
Ma mémoire n'avait pas été effacée pour une seule raison, certains d'entre eux m'avait vu pratiquer les rites cultuelles des Indiens Pueblos afin de récupérer les trésors de la terre. Les gardiens de la terre-mère avait alors décidé de m'épargner. Mon intrusion les avaient poussés à sortir de leur cachette. Mais je pense aussi que leur envie de revoir le monde d'en haut les avaient poussés à ne pas m'effacer la mémoire et à prendre contact avec des gens de l'extérieur pour la première fois depuis des siècles.
S'ils acceptent un jour de parler d'eux dans la communauté sorcière je pense que Luna et Lorcan seront ravis d'être là pour étudier leur mode de vie.
Mais pour l'instant je ne veux pas les brusquer et je me tiens en rentrée en attendant de savoir ce qu'ils ont décidés.
Le mystère de Chaco Canyon c'est enfin élucidé et je me sens en paix. Surtout que cette histoire aura eu le mérite de me faire inviter non pas à une, mais à deux fêtes Zunis. Fêtes pourtant interdites aux gens n'étant pas de la réserve. Mais il faut croire que les kokopellis continuent à faire des miracles même une fois qu'on sait qu'ils existent.
Enfin m'y voici, Shalako. En ce week-end suivant le quarante neuvième jour après la dixième lune de l'année tous les Indiens Zunis se réunissent sur les terres de la réserve pendant plusieurs jours. A l'occasion de cette fête certains villages déserts reprennent vie le temps des festivités avant de se retrouver à nouveau inoccupés après le départ de leurs habitants pour la ville où ils travaillent.
C'est durant le mois de décembre que les réjouissances ont lieu. Avant la fête avait lieu le quarante neuvième jour mais c'est devenu trop compliqué pour ceux qui habitent et travaillent en dehors de la réserve d'où son déplacement au week-end qui suit la fameuse date.
En ce début de mois de décembre nous sommes tous réunis sur la grande place afin d'invoquer la bénédiction des esprits et de Kokopelli afin qu'ils bénissent les maisons construites dans l'année et pour les remercier pour les récoltes de l'année.
Emue je regarde les danseurs s'avancer tandis que soudain des sorcier sortent leur baguette avant de dessiner un immense kokopelli dans le ciel en mémoire de celui qui leur a donné l'agriculture.
Eblouis je ne peux que regarder le spectacle qui se déroule devant mes yeux avant de comprendre pourquoi la majorité des fêtes Zunis sont interdites aux touristes. Il semble avoir une grande proportion de sorciers dans la population aux vues des sorts qui sont régulièrement lancés dans les cérémonies.
Alors que le nom de kokopelli est scandé je vois soudain Emory rentrer dans la danser avec un inconnu masqué et costumé. Seul homme grimé il attire les regards sur lui. Alors que lentement il enlève ses vêtements je comprends enfin le drame qui se joue devant moi. Retenant mon souffle j'attends de voir la réaction de la foule qui n'est pas préparée à ce qui se déroule devant elle. Mais au lieu des cris et de la peur je ne peux que voir les larmes couler des yeux de ceux qui retrouvent enfin leur bienfaiteur.
Et alors que le kokopelli désigné pour devenir le messager de deux peuples tends ses mains vers la foule celle-ci se met à scander son nom encore plus fort. Kokopelli est revenu avec lui la grande civilisation pueblo renaitra.
Les mots me manquent alors que je regarde ces gens sourires tout en s'efforçant de s'approcher de l'être mystique afin de le toucher. Ils ont besoin de sentir, de voir que ce en quoi ils croient est réel. Kokopelli est de retour et avec lui la fin des temps difficiles touche à son but.
J'aimerais les croire, mais je ne peux m'empêcher de penser que tout cela n'est que superstitions. Et pourtant quand je les vois avec la foi je comprends combien un seul homme habité d'un idéal peut tout faire basculer.
Autre fête autre moment. Le solstice d'hiver arrive et avec lui la saison des katchinas commence.
Les katchinas sont des esprits invisibles que les Zunis et Hopis matérialise par des figurines. Entre le solstice d'hiver et celui d'été on dénombre une trentaine de rituels où les katchinas interviennent.
Durant ces cérémonies des danseurs masqués tentent d'intercéder auprès des esprits afin de les remercier, de leur demander leur aide, ou bien de les éloigner.
C'est la fête du soleil. Le jour le plus court de l'année est aussi celui qui symbolise le retour de l'astre solaire et le début d'une nouvelle année.
Les danses des danseurs masqués représentent les grands esprits de la tribu tournoie devant mes yeux alors qu'au loin j'entends le cri d'un oiseau tonnerre qui répond à l'appel. L'oiseau-tonnerre celui qui provoque l'orage et peut tout détruire sur son passage. Celui qui est aussi responsable de la pluie bienfaitrice. A lui seul il incarne la dualité du monde Zuni.
Des bâtons de prières sont lancés dans le sol à la force des sortilèges avant de retomber brulé par l'énergie qui s'accumulent dans l'atmosphère. Ces bâtons serviront à bénir les maisons, les animaux, les semences et plantes ainsi que les gens. Quiconque sera touché par un bâton brulé par les éclairs de l'oiseau tonnerre passera une bonne année. Je me prête au jeu laissant un danseur déguisé en oiseau-tonnerre me toucher d'un des bâtons sacrés.
Le rapace plane maintenant autour de nos têtes. Il est magnifique. Je ne peux que réaliser la chance que j'ai de pouvoir assister à tout ça. Voir un kokopelli et un oiseau tonnerre de mes propres yeux et quelques choses que je n'aurai jamais pu imaginer même dans mes rêves les plus fous. La pluie se met à pleuvoir comme pour bénir cette nouvelle année à venir mais j'en ai cure. Je me sens juste bien sous cette pluie entouré de tous ces gens inconnus à regarder l'un des êtres les plus beaux de cette planète.
La fête est finie, le jour le plus long de l'année se termine alors que l'aube du premier jour de l'année laisse place à un ciel sans nuage.
Tout est différent ici. Mais c'est lorsque je lève les yeux que je le réalise pleinement. Seul sous le ciel du Colorado j'admire le bleu sans nuage de la voute. Peut-être que toutes ces années à observer une marée verte d'arbre me cachant les étoiles me poussent à apprécier encore plus ce ciel autrefois si gris en Angleterre.
J'ai envoyé ma dernière lettre à Lucy. Sept lettres, sept ans. Il est peut-être temps que je rentre au pays pour quelques semaines. Diwali va bientôt avoir lieu et avec une promesse faite il y a de cela dix ans en Inde alors que mon périple commençait juste. J'avais vingt et un an et la vie devant moi. Mais maintenant à presque trente ans j'ai l'impression que le temps de l'insouciance est passé. Peut-être es-ce ma rencontre avec un dieu qui a tout changé. Ou alors c'est tout ce trajet parcours de la chaumière aux coquillages à la forêt Amazonienne puis de cette dernière aux terres désertiques de la région des four corner. Je ne sais pas à quoi c'est du, mais je sais que tout cela m'a changé et que mon coeur appartient maintenant à cette région qui attendra, j'en suis sûr, mon retour pour me mener à de nouveaux mystères. A de nouvelles rencontres.
