Disclaimer : je ne possède bien entendu aucun droit sur les personnages, les lieux et les situations créés par J. K. Rowling.

Chapitre 7

« Drago, il est temps d'y aller. »

Le jeune homme blond ferma son livre après en avoir marqué la page où il avait arrêté sa lecture et se leva avec lenteur en s'étirant et en poussant de longs gémissements qui auraient pu faire croire qu'il avait passé la journée à travailler comme un fou. Theodore Nott leva les yeux au ciel et tourna des talons, les mains enfoncées dans les poches de son pantalon, sans prendre la peine de vérifier si son cousin le suivait.

Il n'avait pu que donner son accord à la demande de Narcissa Malefoy qui lui avait envoyé un billet dès le lendemain de la mort de Dumbledore. Pouvait-il héberger son cousin ? Nott avait dû se frotter les yeux et se pincer pour vérifier qu'il ne rêvait pas, mais il n'avait pas eu le choix. Selon les codes de conduite dans lesquels il avait été élevé, étant donné les circonstances (c'est-à-dire, les fréquentations de son père), il n'avait qu'à obtempérer. Theodore avait donc rédigé une réponse dont chaque mot avait été pesé et envoyé une lettre à sa tante Astoria pour l'avertir. Les premiers jours des retrouvailles des deux Slytherins avaient été compliqués : Drago avait mauvaise mine mais jouait de toute évidence la comédie du jeune Mangemort de bonne famille pour Astoria. Theodore avait de son côté repris le masque taciturne de l'héritier Nott et avait choisi de s'immerger totalement dans les affaires familiales où il pouvait prendre congé de son invité et d'Astoria sans les froisser. Petit à petit, les deux cousins avait adopté leur attitude habituelle au sein de la maison de Slytherin : celle d'une camaraderie de façade.

Theodore entendit bientôt le bruit des pas de Drago dans l'herbe. Ils n'avaient pas évoqué les évènements survenus à Poudlard, toutefois, le fait que le jeune Malefoy préfère passer son temps libre en sa compagnie et feigne une certaine bonne humeur trahissait son désir d'éviter Astoria autant que possible. Il n'était malheureusement pas possible de s'y soustraire aux repas.

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« Bien, au moins nous n'avons pas perdu la face. Je te sais gré de tes efforts, Theodore.

-Merci, ma tante. »

Le jeune homme laissa passer le regard très légèrement surpris que lui décocha son cousin et continua son repas, un peu crispé, non pas tant à cause du commentaire peu enthousiaste d'Astoria sur sa licence d'apparition, mais plutôt en raison de la nécessité d'observer dans les moindres détails les bonnes manières à table. On ne met pas ses coudes sur la table. Seuls les poignets peuvent reposer, légèrement, sur le bord de la table. On ne joue pas avec ses couverts. Ni avec son pain. On fait des petites bouchées, même quand un Elfe idiot a eu l'idée de vous servir un légume que vous détestez. Theodore poussa un petit soupir intérieurement, tout en veillant à garder un minimum d'attention aux propos de sa tante qui assurait à elle seule la conversation anémique du repas, n'attendant qu'une parole d'acquiescement de sa part. Un garçon bien élevé, encore mineur, ne prend pas la parole à table de son propre chef. S'il est prudent, il restera silencieux même à sa majorité, ajouta Nott in petto.

« Jeune maître Nott, maîtresse Astoria, commença un Elfe en se courbant à chaque nom : un hibou est arrivé.

-Et bien, il attendra que nous ayons déjeuné, répondit Astoria, les sourcils froncés, sans laisser le temps à son neveu de prendre la parole.

-Pardonnez-moi, jeune maître Nott, maîtresse Astoria, c'est qu'il a un sceau d'étoiles d'argent sur nuées d'azur.

-Maître Willis ? Laisse-le entrer, Melky. »

Astoria Nott pinça les lèvres et déglutit, la nuque raide, le visage fermé, mais n'émit aucune réflexion. Theodore était le maître au manoir en l'absence de son père, après tout, mais, sans être grossière, son attitude manquait de tact : il aurait dû laisser la sœur de son père, plus âgée, répondre.

L'Elfe reparut bientôt, un oiseau perché sur son petit bras maigre. On ne laissait pas des hiboux voler n'importe où, n'importe comment, chez les Nott. Le courrier ne portait que le nom de Theodore aussi, il le détacha avec précaution, en brisa le sceau après avoir vérifié qu'il s'agissait bien de celui de l'avoué de sa famille et déplia le carré de parchemin avec une légère appréhension.

Glenmoore House, le 18 juillet 1997.

Monsieur,

La nouvelle n'est pas encore officielle, mais depuis plusieurs heures nous notons des mouvements significatifs depuis les services législatifs du Ministère de la Magie et il est, je le crois, de mon devoir de vous en faire part.

La situation politique, vous le savez aussi bien que moi, est instable, mais de nouvelles nominations nous ont laissé espérer un assainissement de certaines situations et la clarification de plusieurs affaires tranchées à la hâte il y a de cela plusieurs mois. Le chef du bureau des peines judiciaires a demandé hier au soir une dizaine de dossiers, dont celui de votre père. Ce matin, j'ai été informé que plusieurs missives portant le sceau du Ministère de la Magie ont été transmises aux services pénitentiaires d'Azkaban et nous venons de recevoir l'autorisation de nous rendre sur place afin de conférer avec notre client, c'est-à-dire votre père.

Il s'agit, j'en suis persuadé, d'un signe clair laissant espérer une révision du procès, ou même la libération de Saturnus Nott, ainsi que de plusieurs autres personnalités emprisonnées à la va-vite dans une affaire délibérément embrouillée par Albus Dumbledore.

Les heures qui viennent seront décisives et apporteront, je l'espère, la bonne nouvelle que nous attendons depuis des mois : le retour de votre père sur ses terres et à la tête de ses entreprises.

Le jeune homme passa sur les salutations d'usage et relut les paragraphes précédents, non pour lever la moindre ambigüité, mais plutôt pour se donner le temps de digérer l'information et de se donner une contenance.

« Tenez, ma tante, ceci vous concerne autant que moi », offrit Theodore avec des yeux dans lesquels brillait une lueur que la femme aux cheveux gris ramassés en une épaisse natte prit pour de l'espoir.

« Enfin ! soupira Astoria avec un véritable sourire. Avisant le regard interrogateur de leur invité, elle expliqua : cette nouvelle te concerne aussi, Drago. Nous pouvons légitimement espérer que le père de Theodore sera libéré dans les heures ou les jours qui viennent, ce qui signifie que Lucius le sera aussi. »

La surprise, la joie et l'inquiétude semblaient alterner sur les traits du visage de Drago Malefoy qui fit soudain mine de se lever, mais dû se rassoir, devant le geste de dénégation d'Astoria Nott.

« Non, ne gâche rien par de la précipitation. Attendons d'abord la confirmation officielle, puis nous verrons avec Narcissa s'il est possible pour toi de regagner Malefoy Manor.

-Bien sûr », balbutia le jeune homme blond en se mordillant les lèvres.

Astoria commanda à un Elfe de débarrasser les reliefs du repas et d'apporter dessert et café. L'esprit de Theodore battait déjà la campagne et classait par ordre de priorité tout ce qu'il estimait indispensable de faire avant le retour de Saturnus Nott. Il y avait les choses nécessaires de l'intendance journalière, mais aussi tout ce qui relevait de la prudence élémentaire car il ne se faisait pas d'illusions : son père examinerait à la loupe chacune de ses actions, chacune de ses décisions et il lui faudrait proposer des justifications et des réponses plausibles à chaque question qu'il choisirait de lui poser. Tout en avalant à petites gorgées un café fort et bien chaud, Theodore fit mentalement l'inventaire du bazar qui régnait dans sa chambre. Cela ne pouvait pas rester en l'état et il passerait la nuit à trier, ranger, et détruire ce qui ne devait pas être trouvé.

« Si vous voulez bien m'excuser, ma tante, Drago, il faut que je mette les choses en ordre avec les comptables. »

Théodore s'inclina légèrement pour saluer et nota avec un pincement au cœur que son cousin s'était levé brusquement et réfrénait son impatience à grand peine, bégayant deux ou trois phrases au sujet de la nécessité de prévenir sa mère au plus tôt.

Saturnus Nott allait revenir.

ooooo

« En laissant la bride sur le cou de Branner, nous lui avons laissé croire qu'il pouvait avoir des dettes en toute impunité. La maison Nott ne fait pas crédit. »

Theodore resta silencieux, mais inclina la tête en baissant les paupières. Son père ne reprit pas la parole et il comprit qu'il attendait ses explications.

« Il me semblait que nous devions d'abord nous assurer de récupérer les dix bouteilles de potion d'Enflure avant d'exiger le paiement de la Lissenplis.

-Oui, je comprends ton raisonnement, et il se tient en effet, mais rappelle-toi à l'avenir que les ingrédients doivent être payés à l'avance, sans exception. Saturnus Nott prit une plume et griffonna quelque chose sur une feuille de parchemin : je demanderai à Scott et Glover de passer chez Branner lui faire comprendre qu'il doit rembourser sa dette dans les deux jours. »

Cela n'aurait rien d'une visite de courtoisie : Theodore avait plusieurs fois croisé ces deux brutes venues prendre leurs ordres à la grille de la propriété. Deux Mangemorts, et pas des plus intelligents. En face, assis derrière le grand bureau placé près de la fenêtre, son père continuait d'éplucher les registres des comptes, des commandes, posant régulièrement des questions à son fils, resté debout au milieu de la pièce.

Le jeune homme avait l'habitude de ses séances, mais la nouveauté était que pour une fois elles avaient trait aux affaires familiales et, même s'il désapprouvait les moyens employés et certains aspects du négoce, Theodore avait pris goût à ce réseau tentaculaire et en grande partie illégal tissé par sa famille au fil des générations et tenu de main de maître par Saturnus Nott. Il avait toujours été à l'aise avec les chiffres, savait dissimuler, avait très tôt dû réfléchir à toutes les implications possibles d'une action ou d'une parole grâce à l'éducation dispensée par son cher père qui avait fait de lui un Slytherin accompli. Autant de qualités qui avaient assuré sa survie au manoir et risquaient finalement de lui permettre de gérer correctement les entreprises Nott.

Contrairement à d'autres familles sorcières qui tenaient le haut du pavé, les Nott ne disposaient pas d'une fortune insolente comme celle des Malefoy et ne pouvaient guère briller par leurs origines. Après tout, ils n'étaient que des commerçants mais, depuis trois générations, les affaires avaient prospéré. La structure des entreprises ne permettait pas de dégager des liquidités abondantes : une grande part du profit était immédiatement réinvestie, mais si les Nott vendaient un jour en bloc un pan de leurs affaires, ils en tireraient une somme colossale.

Plus important encore, les Nott en savaient long sur beaucoup de sorciers et avaient une excellente mémoire, ainsi que des archives remarquablement tenues. Un homme comme Saturnus Nott avait le moyen de faire pression sur la plupart des hauts fonctionnaires du Ministère, sans compter le petit personnel qui, pour une raison ou une autre, avait peut-être eu recours un jour au service d'un apothicaire douteux ou s'était procuré une potion interdite par des intermédiaires qui, il ne le savait certainement pas, étaient tous liés aux Nott. Theodore n'en doutait pas, c'était cet aspect des choses qu'appréciait son père, plutôt que la gestion financière, concrète, des fonds. Quant à lui… et bien, il devait bien avouer que la vision globale de l'entreprise avait changé son opinion de l'ensemble. Rébarbatif, ennuyeux, rasoir n'étaient que les trois adjectifs polis qu'aurait pu employer l'héritier des Nott quand il avait dû s'exercer à la gestion sous la surveillance pesante de son père. La découverte progressive de l'étendue des affaires, de la complexité et de l'intelligence du réseau tissé par ses aïeux l'avait progressivement laissé pantois, avant qu'il n'éprouve une certaine fascination à jouer avec cette construction fantastique, délivré de son père parti croupir quelques mois à Azkaban.

Saturnus était de retour. Debout, immobile, les bras le long du corps (mettre les mains dans les poches était le meilleur moyen d'être accusé de fainéantise par son père, et puni en conséquence), Theodore observa son père qui tournait page après page sur registre des ventes de potions réalisées sur l'Allée des Embrumes. Plutôt grand et très mince, l'homme déjà âgé de presque quatre-vingt ans était revenu d'Azkaban maigre et un peu voûté, mais s'était redressé dès le lendemain, après avoir rendossé son éternel uniforme constitué d'un pantalon de flanelle grise, d'une chemise blanche soigneusement empesée et repassée et d'un pull épais gris acier. L'homme ne changeait de garde-robe que lorsqu'il recevait (ce qui était rarissime) ou lorsqu'il était convié à une réception et en dehors de toute opération liée à ses activités. De son père, Theodore avait hérité une légère myopie et une tignasse assez fournie, la différence se situant dans la nature des cheveux de l'un et de l'autre : frisés et emmêlés chez le fils, ils étaient coupés très courts et raides chez le père, ayant viré dès la fin de la trentaine au poivre-et-sel. Le regard de Saturnus Nott était dur, gris comme ses vêtements, froid. Les traits de son visage étaient austères, les lèvres fines, avec deux grands plis de chaque côté du nez, long et droit.

« Je vois que le négoce Mercury Inc. a retenu ton attention. Les yeux gris avaient arrêté leur va-et-vient sur le registre et s'étaient reportées sur le garçon debout au milieu de la pièce.

-En effet, père. Saturnus Nott attendant manifestement un développement, Theodore entreprit de le satisfaire : il m'a semblé que cette branche de qualité méritait peut-être un petit développement. Sans aller au point d'attirer une attention des autorités, naturellement.

-Les Bobbin ont accepté d'augmenter leurs livraisons de 20%, sans rabais…

-Je voulais d'abord voir si une augmentation de la production justifiait de revoir nos accords.

-Crois-tu que les Bobbin seraient ouverts à une négociation ? La voix sèche de son père, à la légèreté trompeuse, trahissait un intérêt.

-Il me semble que si nous décidons d'accroître durablement nos demandes auprès de nos fournisseurs, ceux-ci pourraient peut-être comprendre qu'un petit pourcentage serait le bienvenu… »

Saturnus Nott avait rouvert un registre dédié aux comptes ouverts chez les apothicaires Bobbin et étudiait les chiffres avec attention, les comparant régulièrement à ceux de Mercury Inc.

Son fils ne bronchait pas, sachant qu'il aurait commis une grave erreur en prenant la parole. Son père attendait des réponses, mais ne tolérait pas la discussion ni les questions sans objet. Il y avait quelque chose de dérangeant dans le fait de partager un intérêt avec son père. Theodore n'avait jamais senti le moindre attachement envers lui et avait trop subi son caractère inflexible, son éducation stricte pour constater une ressemblance inattendue sans s'interroger. Habitué (dressé plutôt) à ne présenter à son père que le visage qu'il désirait voir, le garçon n'avait pu qu'énumérer toutes leurs divergences de vues et de caractère, sans trop savoir d'où cela pouvait lui venir. De sa mère ? Theodore ne l'avait pas connue et n'était pas un enfant sentimental. Jusqu'à ses onze ans il avait vécu sous l'emprise totale de son père, de son oncle et de sa tante, sans jamais se poser de questions, se protégeant du mieux possible, apprenant avec son ABC les mille et une manières de dissimuler. Ses séjours à Poudlard lui avaient, non ouvert les yeux, mais mis les choses en perspective et le bilan qu'il dressait ne lui plaisait pas.

« Qui as-tu fait travailler ? Snape ?

-Hum… commença Theodore : je n'ai demandé que deux potions supplémentaires à Snape. J'ai préféré solliciter Slughorn.

-Vraiment ?

-Il s'agissait d'un essai et Snape prend cher. Slughorn en revanche nous doit beaucoup d'argent : autant faire d'une pierre deux coups en lui demandant de fournir plus de potions dans ses compétences, pour moins cher…

-Slughorn… nous reviendrons sur ce cher Potionneur en temps utile, réfléchit Saturnus Nott. Dans l'ensemble, je suis satisfait de ta gestion des affaires : tu as su être prudent, mais aussi faire preuve d'initiative. »

Theodore connaissait ce ton et était troublé de l'apparente satisfaction de son père. Plus troublé encore de son propre enthousiasme. Saturnus Nott tapota un index jauni par la nicotine sur ses lèvres et reprit : je suis assez d'avis de te laisser Mercury Inc. Je me réserverai le droit d'examiner les choses de temps à autre, bien entendu. »

Stupéfait, Theodore hocha la tête et se ressaisit assez pour articuler :

« Merci, père. Cependant…

-Oui ?

-A Poudlard, expliqua Theodore après une profonde inspiration : je ne pourrai pas contrôler…

-Je ferai en sorte que l'on t'envoie tous les documents et toute la correspondance relative à Mercury. Justement, fit soudain Saturnus Nott d'une voix soudain plus forte et plus ferme : puisque nous en sommes à Poudlard, je crois qu'il est temps que nous examinions les résultats et les carences de cette année.

ooooo

« Lucius est brisé. Il n'a jamais été qu'un dandy…

-Hum, il nous a rendu de fiers services, et puis le Seigneur des Ténèbres lui marque toujours son intérêt.

-Il profite surtout d'une vaste propriété, des ressources des Malefoy et de la faiblesse de Lucius » coupa Saturnus Nott avec dédain.

L'homme aspira longuement et rejeta une profonde bouffée de fumée. Les murs s'estompaient presque dans la fumée des cigarettes que fumait Saturnus Nott, ne s'arrêtant que pour absorber une gorgée de café.

« On m'a laissé entendre que nous serions bientôt convoqués… »

Rockwood s'interrompit, stoppé net par un geste de la main de son interlocuteur qui lança un Silencio sur la pièce tandis que la porte à double battant claquait avec un bruit sec.

Penché sur des registres, dans l'antichambre adjacente, Theodore ne sursauta même pas, s'attendant à ce que son père se rappelle, à un moment ou un autre, de sa présence. La lecture était fastidieuse, mais le contrôle des recettes et des dépenses était assez mécanique pour laisser au jeune homme la faculté de laisser ses pensées voguer un instant en liberté. Il fallait en profiter : après le départ du visiteur, Theodore devrait selon toute probabilité encore subir une séance d'entrainement avec son père. Déçu par les lacunes qu'il percevait chez son fils en matière de Défense contre les Forces du mal, Saturnus Nott avait en effet décrété qu'il le testerait lui-même, malgré ses bulletins de note signés par Severus Snape dont il ne pouvait mettre en cause la validité. Il eut souhaité pousser l'apprentissage de son fils dans des territoires plus sombres, mais il était inutile de s'y atteler tant que celui-ci ne maîtrisait pas à la perfection le programme qu'il avait étudié en cours. Oh, la théorie était sue, comme toujours, mais le vieux Nott commençait à avoir la nette impression que son rejeton n'avait tout simplement pas ses capacités en sortilèges.

Theodore passa une main dans ses cheveux, tirant sur une boucle. Ils n'avaient pas encore repoussé au point de défier la brosse, mais ils avaient une longueur qui lui était confortable, par rapport à la catastrophe du mois de mai. Encore un mois. Un mois à doser les efforts avec plus de soin que pour la préparation d'une potion explosive. Theodore avait remporté le premier round, celui qui consistait à convaincre son père qu'il devait rester à Poudlard et n'avait pas encore les capacités d'un Mangemort de son niveau, à défaut d'en posséder l'envie. L'échec volontaire lors de l'entrainement à l'apparition, effacé pourtant par l'obtention de sa licence du premier coup, avait profondément déplu à son père qui s'était estimé humilié. Un Saturnus Nott humilié n'était pas un homme agréable, mais Theodore préférait des duels tous les jours plutôt qu'une invitation à aller baiser les pieds de Voldemort.

Le garçon tourna la tête du côté de la porte du bureau. Dommage : il aurait bien voulu en savoir plus sur les Malefoy. Drago était reparti chez lui deux semaines auparavant, ne tenant plus en place et son cousin l'avait laissé filé sans regrets, supportant assez mal cette démonstration d'attachement filial quand il ne ressentait, lui, que de l'angoisse à l'idée de retrouver son père. Peut-être que les choses eussent été différentes si sa mère avait vécu, mais laisser ses pensées errer dans cette direction ne ferait surgir qu'une jalousie qui ne le mènerait à rien. Qu'avait voulu dire son père en qualifiant Lucius Malefoy de « brisé » ? Theodore aurait pu envoyer un mot à Drago, mais il n'avait pas envie de tendre la main en direction d'un Mangemort (même regrettant ses actes), abritant chez lui Voldemort. Mieux valait se faire oublier et grappiller à droite à gauche quelques informations, sans avoir l'air d'y toucher.


Note de l'auteur : Merci pour tes encouragements, Fishina !