Auteure : Azrael Geffen, le lien vers la fic originale est dans mon profil.

Traductrice : Falyla

Disclaimer : Les personnages de cette fic appartiennent à JK Rowling, l'intrigue, la trame et le talent sont à Azrael Geffen, je ne revendique que la traduction.

Titre : The Darkness

Paring : HP/HG au début, puis HG/SS et HP/DM

Rating : M

Avertissement : Cette histoire est une hétfic et un slash. Le slash implique des relations homosexuelles entre hommes, si vous faites déjà la grimace, cette histoire n'est pas pour vous. Homophobes, passez votre chemin.

Avertissement (bis) : « The Darkness » est une fic très, très sombre qui pourrait choquer certaines âmes sensibles. La trame de l'histoire est basée sur des meurtres rituels pratiqués sur des enfants. Si cette idée vous met mal à l'aise, même traitée par le biais de la fiction, ne lisez pas.

Voilà, pour celles et ceux qui ne sont pas partis en courant en lisant le paragraphe juste en dessus et qui me font confiance quant à la qualité de cette histoire, bonne lecture.

Petite note de la traductrice : Voici donc la 1ère partie de ce chapitre qui compte en vo 68 pages verdana 12 ! Excusez du peu ! Azrael Geffen l'a, elle-même, découpé en 3, j'ai fait de même.

Chapitre 4 – 1ère partie.

Hermione n'arrivait pas à croire à ce qui venait d'arriver. Pour la première depuis qu'elle l'avait rencontré, Harry Potter avait fui- et fui face à quelque chose d'important. Quelque chose qu'il avait besoin de faire. Elle savait ce qu'il attendait. Il attendait d'elle qu'elle lui court après et lui donne raison. Mais, en la circonstance, elle ne ferait rien de la sorte. La vue de Severus Snape assis dans un confortable fauteuil en osier dans le salon était loin d'être une bonne chose, mais tout ça commençait à prendre un sens pour elle. Scrimgeour avait été réticent à lui donner le nom du guide ; en fait, il l'avait dissimulé complètement. Etait-il possible qu'il ait été aussi loin que la séduire pour l'empêcher de le questionner ? Il devait savoir que Harry ne voudrait jamais travailler avec Snape… Mais avait-il escompté que Harry fuirait ?

Elle, certainement pas.

Elle avait deux options ; s'approcher et voir ce que Snape voulait ou suivre Harry. En cet instant, elle voulait voir ce que Snape savait, et sa volonté de savoir était plus forte que sa volonté de suivre Harry.

Snape avait pris à Harry la seule couverture de sécurité qu'il n'avait jamais connue. Peu importait qu'en fin de compte, Dumbledore et Snape aient entièrement concocté le scénario. Peu importait que Snape n'ait agi que sur l'ordre de Dumbledore. Rien n'importait à Harry, excepté le fait que Snape lui avait pris Dumbledore. Hermione s'était souvent demandée si le ressentiment de Harry ne devait pas plutôt se diriger vers Dumbledore. Après tout, c'était Dumbledore qui ne l'avait pas mis dans la confidence, Dumbledore qui ne lui avait pas fait suffisamment confiance pour lui confier ce qui allait se passer, Dumbledore qui ne lui avait pas dit pourquoi.

Ainsi, si c'était possible, Harry détestait Snape plus qu'il avait haï Voldemort. Hermione n'arrivait pas à le comprendre, et pourtant, elle ressentait aussi la haine dans son esprit. C'était plus facile de haïr l'homme que de comprendre qu'il avait été capable de tuer quelqu'un qui avait défendu sa cause envers et contre tous. Comme McGonagall l'avait souvent dit, Dumbledore n'aurait jamais voulu entendre un seul mot contre Snape.

Dumbledore avait confiance en lui. Snape était le seul homme en qui il avait suffisamment confiance pour qu'il le tue.

Hermione regarda Harry s'en aller et ne fit aucun mouvement pour le suivre. Elle n'avait jamais fait quelque chose comme ça, seule, et pendant un instant, elle fut certaine que ses nerfs allaient lâcher. Il y avait bien longtemps qu'elle n'avait pas été dans une pièce avec Severus Snape. Elle avait dix-neuf ans la dernière fois qu'elle l'avait vu. Elle l'avait vu mais elle ne lui avait pas parlé. Après la guerre, il avait quitté le Wizengamot en homme libre, blanchi par un déploiement de preuves et d'explications que Dumbledore avait laissé derrière lui. Hermione l'avait observé s'en aller avec un étrange sentiment de désarroi ; il n'avait pas sa place en prison, il avait juste fait le boulot qu'on lui avait demandé de faire, alors pourquoi le méprisait-elle ? Elle s'était toujours considérée comme une personne raisonnable ; pourquoi ne pouvait-elle pas lui pardonner ?

Parce que Ron était mort et que Snape avait eu le culot de survivre. C'était aussi simple que ça.

Avec le départ de Harry, elle n'avait d'autre option que de continuer seule. Elle frotta ses mains sur le haut de ses cuisses, froissant le tissu de son horrible robe moldue sous mes paumes. Elle prit un profond soupir et se jeta à l'eau, prenant les insuffisantes secondes avant qu'elle ne l'atteigne pour se composer une expression décente.

Snape était assis près de la fenêtre ensoleillée, buvant une tasse de café. A côté de lui, il y avait une petite table octogonale recouverte de magazines de papier glacé et elle fut un peu amusée par le fait qu'il feuilletait paresseusement l'un d'eux. Il ressemblait beaucoup à ce qu'il avait toujours été. Un homme grand et huileux qui était bien trop pâle et bien trop mince pour un Moldu, son nez crochu était comme une marque de fabrique dont elle se souvenait depuis l'école de manière si précise qu'un frisson la traversa. Mais, en le regardant maintenant, avec huit ans de souvenirs relégués derrière elle, elle pouvait discerné qu'il n'était peut-être pas aussi cireux qu'il l'avait été, et qu'à la mi-quarantaine, il portait plutôt bien son âge; aucune ride réelle ne creusait ses traits et les cernes sombres qui avaient pris résidence sous ses yeux pendant la guerre s'étaient considérablement amoindris.

Il remarqua qu'il ne portait pas de robe mais, qu'à l'inverse de la plupart des sorciers, il n'avait pas l'air absurde en vêtements moldus. D'ailleurs, il n'avait pas choisi un complet épouvantablement criard et dément pour s'habiller. Il semblait revêtir une tenue composée d'un pantalon noir tombant lâchement et d'une chemise qui lui fit penser à la tenue que ses parents mettaient lors de leur cours de Taï Chi du samedi matin. Elle se donna presque un coup de pied devant cette simplicité et regretta de ne pas y avoir pensé elle-même. Une fois de plus, elle frotta ses mains sur sa robe et espéra qu'il se garderait de faire un commentaire.

Elle découvrit qu'elle ne pouvait pas fixer un sourire sur sa figure et, à la place, elle s'arrangea pour rendre son expression aussi impassible que possible. Elle ne voulait vraiment pas lui parler. Les souvenirs qu'elle avait de Severus Snape étaient ceux d'un homme cruel qui détestait jusqu'à son existence. Sa matinée n'avait déjà pas été bonne ; tout ceci allait difficilement la rendre meilleure. Elle voulait que Harry soit là. Elle voulait lui hurler dessus parce qu'il la laissait seule pour faire face à Snape. Elle voulair rentrer chez elle et tout oublier de cet horrible voyage. Mais à la place, elle se composa un visage passif et s'avança pour rencontrer Severus Snape.

°°°§§§°°°

Snape savait que les deux Aurors étaient arrivés, exactement comme il savait qu'ils avaient discuté la perspective d'une rencontre avec lui. Il connaissait aussi l'identité des Aurors et que Scrimgeour n'avait pas jugé utile de les éclairer sur celui qu'ils allaient rencontrer. Il savait tout ça pas parce qu'il s'était inquiété de regarder vers eux mais parce qu'il pouvait entendre leurs esprits hurler. Il n'était pas surpris, l'esprit de Potter n'avait jamais été particulièrement discipliné et celui de Granger avait manifestement oublié à quel point elle était sensée être brillante.

Il ne s'ennuya pas à entrer plus loin dans leur tête, il doutait d'y trouver quelque chose de vraiment intéressant.

Il pouvait sentir la haine émaner de Potter en épaisses vagues qui s'écrasaient contre ses barrières personnelles et éclaboussaient inutilement ses pieds. Il se fichait de l'opinion de Harry Potter et il n'y avait rien que Potter puisse lui dire qu'il ne s'était pas déjà dit lui-même. Et, à vrai dire, il n'avait jamais apprécié Potter de toute façon, alors, ils avaient au moins leur aversion mutuelle en commun.

Scrimgeour leur avait peut-être caché le nom de Snape afin d'éviter toute confrontation avec Potter, mais ne rien dire au petit héros ne ferait que retarder l'affrontement – d'ailleurs, c'était probablement ce que voulait Scrimgeour. Potter pouvait difficilement commencer à lui hurler dessus au fin fond de l'Afrique du Sud, pas si Scrimgeour refusait de s'approcher d'une cheminée. Néanmoins, Potter aurait pu avoir un accès de colère avec sa partenaire mais il avait maîtrisé ça de façon plutôt admirable.

Il jeta un œil appréciateur à la photo du top modèle sur la page qu'il regardait. La mode qui arrivait avec le printemps ne l'intéressait pas et il ignorait pourquoi il avait choisi un magazine au lieu du journal qui lui donnerait au moins une indication de ce qui se passait dans le monde.

Tandis qu'il attendait que Miss Granger rassemble assez de culot pour s'approcher de lui, d'une chiquenaude, il se rendit à la fin du magazine pour lire les pages d'horoscope ; ces dernières années, il avait développé une faiblesse pour les prévisions astrologiques moldues, et il avait besoin de quelque chose qui l'amuserait avant de passer la journée avec la plus insupportable Je-sais-tout qui ne soit jamais entré dans sa salle de classe.

Non pas qu'il ait quelque chose à lui apprendre de plus depuis bien longtemps.

Il espéra que quel que soit l'affaire qui amenait ces deux-là à Cape Town, elle serait conclue rapidement. Scrimgeour lui avait dit qu'il y avait eu des meurtres en Angleterre et que Granger avait découvert une sorte de connexions avec les traditions Sangoma sud-africaines. Il aurait voulu entendre le raisonnement derrière ses suppositions pour établir s'il y avait un lien réel ou pas. Il espérait leur montrer ce qu'ils avaient besoin de voir et les renvoyer à Londres en quelques jours… peut-être même en quelques heures. Il ne les voulait pas ici, pas quand il avait enfin commencé à organiser quelque chose qui ressemblait à une vie.

Granger était en train de s'approcher et il lança un rapide coup d'œil dans sa direction. Il était vêtue d'une hideuse création bleu poudre qui n'avait jamais été mise en vedette dans les pages du magazine qu'il tenait dans les mains. Elle se forçait à avancer, essayant de faire comme si rencontrer un homme qu'elle considérait sans aucun doute comme un salaud ne l'ennuyait nullement.

Il prit un instant pour se composer lui-même une attitude. Il finit son café au lait – une autre petite faiblesse qu'il avait développée depuis qu'il s'était installé à Cape Town – puis ferma le magazine avant de le replacer délicatement sur la petite table à côté de lui. Il la laissa plantée là, à attendre, comme s'il était à nouveau le professeur et qu'il finissait d'annoter des papiers avant de lui prêter attention.

Il n'aimait pas l'atmosphère des meilleurs hôtels de Cape Town et, bien qu'il n'eût aucun doute sur le fait que c'était Jellaby et ses acolytes qui avaient changés la réservation des Aurors, il se sentait enclin à avoir du ressentiment pour eux. C'étaient des Aurors ; ils auraient dû savoir que quelque chose n'allait pas. D'ailleurs, Potter avait probablement pensé qu'il méritait tout à fait qu'on l'installe ici. Il était vraisemblablement ravi d'être séquestré dans le plus grand luxe, comme le sauveur qu'il pensait être. Rien sinon le meilleur pour le héros du Monde Magique, ainsi il était là, entouré de richissimes Moldus couverts de bijoux et qui passaient leur temps à rire de leurs propres plaisanteries avant de monter dans des cars touristiques qui les emmenaient vers les Cape Flats où ils pouvaient reluquer l'horrible pauvreté des autochtones noirs. Snape ne ressentait que du mépris pour eux.

Elle attentait là, tapant impatiemment de son pied botté et il daigna enfin lever les yeux pour rencontrer les siens.

Et il fut soudainement content d'avoir fini son café parce qu'il était presque certain qu'il l'aurait recraché.

Par Merlin, quand était-ce arrivé ?

Elle était entièrement silencieuse, comme si elle ne pouvait penser à rien de poli, même vaguement, à lui dire. Elle était de stature moyenne et légèrement trop mince. Son esprit tourna au ralenti, décidant que tout ce dont elle avait vraiment besoin était quelques bons repas pour se remplumer. En dessous de cette robe vraiment affreuse, il pouvait discerner une taille ténue qui se courbait pour former des hanches qui aurait été rondes avec un peu plus de poids. Il pouvait difficilement rater ses petits seins, la robe semblait tomber sans forme sur son corps mais le tissu les soulignait bien, accentuant le fait qu'ils étaient fermes et hauts placés, il en fut bouche bée pendant la plus brève des secondes.

Miss-Je-sais-tout Granger avait grandi.

Il se leva promptement et, à sa grande honte, maladroitement, bousculant la table des magazines et journaux qui tombèrent en tas à ses pieds. Décidant que le mieux était de faire comme si de rien n'était, il lui tendit la main pour la saluer.

Elle recula dans un mouvement si instinctif qu'elle ne réalisa probablement pas qu'elle l'avait fait. Elle ne leva pas sa propre main et il ferma ses doigts en les éloignant, à peine ennuyé de réprimer un soupir. Le regard de Hermione était fixe et brutal et l'indignation de Snape grandit dans sa poitrine. Il ne s'était pas attendue à une plaisante rencontre mais il n'avait pas demandé à les rencontrer et le fait qu'elle ne voulait pas lui serrer la main l'irritait au-delà de la raison. Son esprit lui commanda de faire exactement ce que Potter avait fait et de tourner les talons. Mais il n'était pas Potter et il avait accepté de le faire.

Il abaissa sa main malvenue et lui retourna son regard d'acier. L'effet fut instantané et parfait ; elle recula d'un pas et parut décidemment mal à l'aise. Il se permit un petit sourire de triomphe. Il était doué en œillades meurtrières ; c'était un don du ciel.

L'instant était devenu gênant cependant et il décida qu'ils pouvaient rester là à se fixer toute la matinée ou alors il devait devenir plus aimable. Et comme il était honnêtement envie d'en finir avec cette intrusion dans sa vie et d'en terminer rapidement, il décida que la dernière option était la plus appropriée à la situation.

- Je ne vous aurais jamais imaginée en Auror, Miss Granger, dit-il d'un ton soyeux face à son malaise grandissant, je pensais que c'était le rêve de Potter.

- Et quelle carrière vous attendiez-vous à ce que je choisisse ? demanda-t-elle platement.

Son petit menton aigu se releva d'un air obstiné, ce qui amena presque un sourire sur les lèvres de Snape.

- Enseignante, peut-être, répliqua-t-il sans hésitation. Je supposais que vous vouliez rester à l'école.

- Oui, et bien… dit-elle, crispée, comme vous pouvez vous en souvenir, je n'ai pas eu la chance de finir mes études… J'ai eu d'autres choses à faire pendant ma dernière année.

- Je vois.

Son expression se tendit et il se demanda si elle lui mènerait la vie dure à cause de ça maintenant. Ce serait mieux si elle le faisait, de cette façon ils pourraient traiter avec l'inévitable rapidement et seraient libres d'en venir à la raison de sa visite.

- Mais c'était il y a longtemps, finit-elle diplomatiquement, et je ne dirais pas que mon manque d'ASPICS m'ait fait du tort de quelque façon que ce soit.

- Il y eut un temps où vous considériez que votre instruction était tout ce qui comptait, Miss Granger.

- Il y eut un temps où je croyais plein de choses.

Encore une fois, il se demanda si elle allait remettre le passé sur le tapis et il se prépara à un assaut de ce genre. Mais à la place, elle le surprit en donnant un petit coup sec avec son menton et lui demanda :

- Qu'est-ce que vous faites ici, Professeur Snape ?

Il fut instantanément confus.

- Je vous demande pardon, Miss Granger ?

- Pourquoi êtes-vous là ? s'enquit-elle. Qu'est-ce que vous voulez ?

Peut-être que le Ministère lui avait vraiment embrouillé le cerveau d'une manière ou d'une autre. Est-ce que Glareglass l'avait déjà eue ?

- Je suis ici parce qu'on m'a demandé de venir, Miss Granger. Le Ministre Scimgeour a certainement mentionné que vous auriez un guide ?

Elle le fixa avec méfiance puis un air de confusion parcourut son visage.

- Mais nous l'avons déjà rencontré, Monsieur Glareglass… il est venu à l'aéroport hier soir.

- Glareglass vous a dit qu'il était votre guide ?

- Oui…

Une fois encore, elle parut confuse et peut-être un peu paniquée.

- Il a dit que Scrimgeour lui avait dit que nous arrivions. Il a ajouté qu'il était l'Attaché britannique en Afrique du Sud.

- Et c'est vrai, il l'est, répliqua Snape. Et il n'y a aucun doute que Scrimgeour l'a informé de votre venue… mais il n'aurait jamais demandé à Glareglass de vous servir de guide.

- Mais il ferait de vous notre guide ? s'enquit-elle, la suspicion était de retour dans sa voix. Pourquoi vous ?

- Parce que je vis ici, Miss Granger et contrairement à Glareglass, j'ai très peu de difficulté à m'associer avec les Sangoma… ce sont eux que vous recherchez, n'est-ce pas ?

- Oui.

Son acquiescement fut si discret qu'il le manqua presque.

- Glareglass ne les a même jamais mentionnés…

Cela ne le surprit pas. Glareglass voyait les Sangoma de la même façon que les Sangs-purs voyaient les Moldus, moins que des humains.

- Alors, Prof…

- Je vous en prie, l'interrompit-il aussitôt. Je ne suis pas professeur, je ne l'ai pas été depuis très longtemps.

- Et comment préféreriez-vous que je m'adresse à vous, Monsieur Snape ?

- Severus irait très bien.

Ses sourcils se haussèrent comme si elle ne pouvait imaginer l'appeler comme ça. Salopard de traître menteur et meurtrier roulerait sans doute mieux sur sa langue, mais quelque chose d'aussi anodin que son prénom ?

Elle éclaircit sa gorge d'une quelconque obstruction imaginaire.

- Et bien… Severus, le Ministre Scrimgeour vous a envoyé pour nous guider. Je suppose que nous devrions discuter des Sangoma avant.

Il jeta un rapide coup d'œil au luxueux salon du Mount Nelson Hotel. Il savait que le petit-déjeuner finirait dans une heure environ puis viendrait le Morning Tea, collation reconnue à Cape Town et qui attirait de nombreux touristes qui se régalaient de gâteaux à la crème et de sandwiches au concombre. En vérité, les touristes ne le concernaient pas, ils étaient généralement stupides et les remarquaient rarement… bon, ils les remarqueraient probablement mais plus à cause de l'affreuse robe que Miss Granger avait mise qu'à propos de leur conversation.

Mais ils pouvaient déjà voir un certain nombre d'yeux les observant. Les serveurs noirs qui quitteraient cet endroit à la fin de la journée et retourneraient aux Cape Flats en bus avec la nouvelle que deux sorciers avaient pris résidence à l'hôtel et qu'il leur avait rendu visite.

Mais les serveurs ne le concernaient pas non plus ; c'était que le Ministre sud-africain avait rempli l'hôtel d'espions.

- Miss Granger, je ne crois pas que c'est l'endroit pour parler des Sangoma.

Hermione regarda autour d'elle comme si elle essayait de discerner des menaces et leva les yeux, perplexe.

- Nous pouvons aller dans ma suite, dit-elle à contrecoeur. Je suppose que vous avez eu l'occasion d'examiner les dossiers mais j'ai mes copies avec moi au cas quelque chose vous manquerait…

- Miss Granger, l'interrompit-il, à côté de vouloir vous informer sur les Sangoma qui sont en relation avec des meurtres particuliers, je ne sais pas du tout pourquoi vous êtes ici.

- Mais vous devez avoir reçu les dossiers, insista-t-elle. Scrimgeour a dit qu'il vous avait envoyé un hibou express. Peut-être qu'ils ont été délivrés dans les bureaux du Ministère d'ici.

- Je doute que Scrimgeour soit assez stupide pour envoyer quelque chose au Ministère sud-africain, Miss Granger.

- Et vous n'avez pas reçu de hibou ?

- Les hiboux viennent rarement ici.

- Mais les hiboux vont partout, dit-elle, ayant vraiment l'air de sous-entendre qu'il pourrait lui mentir.

- C'est tout à fait évident qu'ils ne vont pas partout, Miss Granger, répliqua-t-il et pour la première fois, il sentit un vrai pincement d'irritation. Vous trouverez aussi difficile de transplaner ici, d'où le besoin de chaussures pratiques et une lourde dépendance aux automobiles.

L'expression de méfiance sur son visage tourna en pure confusion.

- Je ne comprends pas, dit-elle, pourquoi les hiboux ne viendraient pas ici ? Pourquoi ne peut-on pas transplaner ?

Il ressentit une satisfaction mesquine le remplir et il dut réprimer le sourire suffisant qui menaçait de s'étaler sur ses traits.

- Il y a beaucoup de Muti dans l'air, Miss Granger, et il faut un moment pour s'y habituer. Le Muti pèse sur vos pouvoirs et même si certains endroits en contiennent moins que d'autres, il couvre une grande partie du pays.

- Je ne sais pas du tout de quoi vous parlez, dit-elle carrément. C'est quoi, le Muti ?

- Une fois encore, ce n'est pas l'endroit pour en discuter.

- Je ne bougerai pas jusqu'à ce que vous me disiez ce que c'est, fit-elle avec entêtement.

Il soupira vraiment et pendant un instant, il souhaita être encore le professeur qui inspirait la crainte. Cependant, il ne l'était plus et il savait qu'il devait lui donner quelque chose s'il voulait la faire bouger. Il voulait bien jouer le jeu pour le moment.

- Le Muti est la magie conjurée par les Sangoma. Elle emplit l'air et subsiste dans tout ce qu'ils font et elle crée quelque chose qui s'apparente à des bulles dans notre propre magie qui contiennent nos pouvoirs plutôt efficacement. Vous trouverez que la sensation est plus forte dans certains endroits… mais vous devriez être en sécurité dans cet hôtel.

- Les charmes ne marchent pas, dit-elle à voix basse.

- Les charmes ?

- Nous avons apporté des charmes avec nous pour contacter le Bureau des Aurors, chez nous. Nous n'avons pas pu les forcer à fonctionner ce matin.

C'était inattendu, il n'avait rien senti quand il était entré dans l'hôtel et les charmes auraient dû marcher. C'était possible que, d'une manière ou d'une autre, le Ministère leur ait fait subir une altération de leurs facultés.

- Si vous permettez que j'y jette un coup d'œil, je suis certain que je pourrais…

- Non, dit-elle un peu trop rapidement, non, c'est bon. Dites-m'en plus à propos du Muti.

- Il n'y a pas grand-chose d'autre à dire. Dans certains endroits, vous ne le remarquerez pas mais une fois que vous serez dans les townships, vous pourriez avoir de considérables problèmes pour utiliser vos pouvoirs.

- Et vous vivez ici ? demanda-t-elle, incrédule. Vous vivez ici sans vos pouvoirs ?

Il se permit un sourire direct cette fois-ci, juste un petit, tandis qu'il secouait légèrement sa tête.

- Comme je l'ai dit, Miss Granger, ça demande une certaine habitude pour les utiliser mais il est possible d'y travailler.

Elle semblait très nettement mal à l'aise à l'idée d'avoir des difficultés avec ses pouvoirs mais elle se recomposa rapidement une attitude.

- Et les Sangoma peuvent faire ça ? Ils créent le Muti ?

Il soupira encore une fois et regarda brièvement autour de lui vers les serveurs qui avaient stoppé leur travail et les fixaient franchement.

- Pas ici, Miss Granger, dit-il.

- Ma suite, alors ?

Il ne voulait aller dans sa suite. Il doutait que leurs questions sur les Sangoma aient quelque chose à faire avec le Ministère, mais il était pleinement conscient que Jellaby les avait placés là pour les espionner et il ne voulait pas que le Ministère connaisse ses affaires. Scrimgeour savait très bien qu'on ne pouvait pas faire confiance au Ministère, c'est pourquoi il avait envoyé Snape.

- Non, Miss Granger, votre suite n'est pas adaptée. Je doute que Monsieur Potter apprécie cette intrusion.

Elle rougit et parut indignée par le sous-entendu.

- Harry a sa propre suite, dit-elle.

Il arqua un sourcil tandis qu'elle s'arrangeait pour révéler exactement ce qu'elle essayait de cacher. Il ne pouvait dire pourquoi une certaine amertume rampa dans son estomac, c'était quelque chose proche de la déception et il se réprimanda silencieusement pour sa bêtise.

- Il y a un café, dit-il, masquant son acrimonie sous meilleur ton soyeux. En dehors, dans les Cape Flats. Si vous voulez des renseignements sur les Sangoma, Miss Granger, je suggère que nous partions voir des gens qui dépendent de leurs talents.

Elle regarda autour d'elle ; cherchant vraisemblablement Potter qui, selon Snape, ne ferait pas d'apparition.

- C'est loin ? demada-t-elle. On peut y aller à pied ?

- Les Cape Flats sont éloignés, en dehors de la ville, Miss Granger. Nous irons en voiture, précisa-t-il en montrant un trousseau de clés.

Elle écarquilla les yeux et remua un peu, sans doute qu'elle ne pouvait croire qu'il savait réellement conduire. Puis elle se détendit et un sourire poli mais faux traversa ses lèvres.

- Bien sûr… Severus… Si vous voulez bien me montrer le chemin.

°°°§§§°°°

En lieu sûr, Harry regarda Hermione quitter l'hôtel avec Snape depuis le bureau de réception. Il se baissa vivement pour ne pas être vu et, bien que le personnel, tout en vérifiant les entrées et les sorties des clients, trouvât son attitude un peu bizarre, ils semblaient tous le trouver plus qu'un peu mignon. La fille qui leur avait montré où se trouvait Snape un peu plus tôt lui lança un clin d'œil plutôt dragueur.

La sorcière et le sorcier qui se dirigeaient vers le parking paraissaient nettement décalés. Snape était trop grand et trop mince dans son complet noir ordinaire, ses cheveux gras retombant platement sur ses épaules et son nez disproportionné au milieu de son visage décharné. Il était même légèrement voûté, peut-être pour compenser le fait que la fille qui le suivait était aussi petite qu'il était grand. A côté de Snape, Hermione avait l'air d'une petite poupée – comme celle qu'habillait la propre fille de Harry. Luella avait une merveilleuse collection d'habits de poupées qu'aucune personne réelle n'aurait jamais revêtue et la robe de Hermione ressemblait horriblement à l'une d'elles.

Harry n'arrivait pas à croire tout à fait qu'elle partait avec Snape mais il décida rapidement que c'était une preuve admirable de son dévouement. D'ailleurs, elle pouvait bien avoir décidé que c'était mieux d'aller avec le connard graisseux que de rester à l'hôtel et argumenter sur sa vie sexuelle avec Harry.

Tandis qu'ils disparaissaient de sa vue, Harry émergea de derrière le bureau et alla vers les baies vitrées pour les observer partir – et comme si c'était une façon de l'avertir, Snape se retourna et haussa un sourcil. Le premier réflexe de Harry fut de se glisser de côté et de se cacher, en prétendant que Snape ne l'avait pas vu mais il n'en fit rien. Il se campa sur ses pieds et le fixa, s'assurant ainsi que Snape sache bien qu'il ne voulait être nulle part près de lui.

Hermione était la plus diplomate des deux. Elle était meilleure dans les situations où la diplomatie était souveraine. Elle pouvait maintenir un sourire factice sur son visage pendant des heures alors que celui de Harry commençait à se déformer après quelques minutes. Harry était de loin meilleur quand il s'agissait d'action. Il était bon à s'assurer que les indices se connectaient, et s'il pouvait toujours compter sur son caractère rusé et audacieux, son habileté diplomatique se soldait par un échec cuisant. Chez Hermione, d'un autre côté, c'était naturel. Il comptait souvent sur elle pour servir de tampon à sa causticité (bien qu'il puisse se montrer très charmant s'il imposait à son esprit de le faire) et il le savait. Le plus important était qu'elle le savait aussi. Son habileté avec les mots l'emportait souvent sur le charme de Harry, spécialement pour les gens dont le charme n'avait aucun effet.

Des gens comme Severus Snape.

Il pouvait dire en voyant l'expression sur son visage qu'elle n'était pas contente d'y aller et il n'y avait aucun doute qu'il allait le payer quand elle reviendrait. En disant ça, il allait devoir maintenant supporter seul Glareglass et c'était peut-être pire que de partir avec Snape. Il se demanda un instant s'il pouvait y échapper en courant après eux sur le parking.

Mais non, il l'avait abandonnée et laissée avec Snape ; c'était trop tard pour faire amende honorable. Ils s'étaient disputés toute la matinée et maintenant il la laissait avec le pire homme qu'il n'avait jamais connu. Harry doutait qu'elle le cherche pour autre chose que du travail la semaine suivante. Pas qu'il s'en inquiète si elle ne le faisait pas. Bien qu'il appréciât sa compagnie au lit, il était pleinement conscient qu'il en avait marre. Entre Hermione et Ginny, son boulot et le Ministère, il se sentait écartelé comme un élastique tiraillé de toutes parts qui commençait à se tendre.

Il se demanda de façon absurde à quoi pouvait ressembler le fait de retomber amoureux, de dormir paisiblement une nuit complète, de sortir et de prendre du bon temps. Il ne pouvait voir aucune de ces choses arriver. Elles ne le permettraient pas et il ne le méritait pas.

En y repensant, ce n'était pas étonnant qu'il craque finalement. Il s'éloigna de la porte et remonta dans sa suite. Si quelqu'un d'autre le cherchait, la réception appellerait sa chambre et pour la première fois depuis aussi longtemps que Harry pouvait s'en souvenir, il n'avait rien à faire.

Ce qui, bien sûr, signifiait qu'il avait du temps pour réfléchir et ce n'était pas vraiment quelque chose qu'il voulait faire en ce moment.

Il n'avait pas agi en professionnel. Il pouvait presque entendre la voix de Hermione le lui dire et il n'y avait aucun doute qu'elle lui dirait ces mots en vrai plus tard dans la journée. Il était parti et maintenant il avait laissé un homme en qui il n'avait pas confiance l'emmener en voiture – Dieu seul savait où.

Mais Severus Snape avait été blanchi par le Wizengamot. Harry lui-même avait fourni les preuves pour l'innocenter. Remus Lupin et Minerva McGonagall l'avaient convaincu de les aider. Dumbledore l'aurait voulu ainsi, Snape avait fait un sacrifice après tout et Harry savait combien il était difficile de refuser quand Dumbledore demandait de faire quelque chose.

Mais le tuer ? Harry ne l'aurait pas fait. Il n'y avait aucune chance pour qu'il obéisse à cet ordre-là. Et c'était probablement pourquoi Dumbledore ne le lui avait pas demandé. Snape le ferait. Snape était si froid. Et il n'était pas question que Harry puisse un jour travailler avec lui, pour cela, il aurait fallu le ligoter et le forcer.

Et connaissant Rufus Scrimgeour, il pouvait le faire.

Il y avait d'autres moyens d'en savoir plus sur les Sangoma sans l'aide de Severus Snape. Hermione, manifestement, ne le pensait pas puisqu'elle était partie avec lui. Il devait avoir dit quelque chose de convaincant pour la faire partir. Mais selon la logique de Harry, il n'arrivait pas à comprendre pourquoi ils étaient là. Ils pouvaient bien tout apprendre des Sangoma, ça ne résoudrait pas le cas. Savoir pourquoi quelqu'un tuait n'allait pas nécessairement les aider à le trouver et ils n'avaient encore pas la moindre idée de l'identité du meurtrier. Quelqu'un était en train de tuer des enfants de sorciers, en Angleterre ; ils auraient dû être chez eux pour tenter de résoudre cette enquête, pas en Afrique du Sud dans un hôtel de luxe.

Une fois dans sa suite, il se débarrassa de son jean moldu et de son pull et avança tranquillement en sous-vêtements jusqu'à la baie vitrée de son balcon pour admirer la montagne. Il se tourna et trouva le programme imprimé de la télévision bien rangé puis il inspecta le contenu de son élégant réfrigérateur. Malgré sa volonté de rentrer chez lui en Angleterre pour rechercher le tueur, il réalisa aussi qu'il était stupidement amoureux de sa suite. Il avait découvert cet amour ce matin-là, sous la douche. Son cottage n'avait pas de douche et comme la seule douche qu'il avait eue, avait été celle de sa tante et de son oncle (et ils n'avaient pas manqué de calculer le temps que prenait ses visites à la salle de bain de peur qu'il n'utilise trop d'eau chaude) et elle ne lui avait jamais manqué. Mais la douche qu'il avait expérimentée ce matin même avait été rien moins que magnifique.

La suggestion de Hermione de rénover Grimmauld Place lui revint et il réalisa qu'il pourrait probablement avoir une douche installée dans la salle de bain là-bas à moitié aussi décente que celle-ci. La maison était certainement assez large et il pouvait assurément la rendre aussi opulente que cet hôtel. Mais il avait toujours dit qu'il gèlerait en enfer avant qu'il ne vive dans cette maison.

Il arrivait encore à voir le désordre qu'ils avaient laissé derrière eux dans la maison des Black. Il pouvait encore les voir, tous trois, démantelant systématiquement l'endroit, déchirant les peintures des murs, mettant les meubles en pièces et arrachant les lattes du parquet à la recherche du médaillon caché ici par Regulus Black. Ron avait commencé à démolir le mur où était suspendu le portrait de la vieille Madame Black quand Hermione s'était souvenue du médaillon, celui que personne ne pouvait ouvrir, celui dont on s'était débarrassé des années auparavant et qu'on avait jeté hors de la maison. Ils avaient eu de la chance de Kreattur l'ait dissimulé dans son nid en désordre. Harry avait eu peur qu'ils finissent pas écumer les magasins de vieilleries de l'Allée des Embrumes. Une fois qu'ils avaient mis la main sur l'Horcrux, il avait verrouillé la maison et souhaité ne jamais y revenir.

Il ne pouvait pas voir la ville depuis sa chambre et une partie de lui en était content. Il n'était pas un bon touriste et il le savait. Dans un tout dernier effort pour sauver leur mariage, Ginny et lui avaient fait un voyage en France. Il avait tenu trois jours avant de prétexter le besoin de retourner au travail comme excuse pour rentrer à la maison. Il détestait ne pas savoir où il allait, il détestait les rues qui ne lui étaient pas familières et il détestait les promenades apparemment sans but des touristes. Harry avait besoin d'un objectif et sans ça, il avait l'impression que toutes les occupations étaient inutiles. Hermione avait émis la théorie qu'il avait passé tellement de temps à chercher ses ennemis dans l'inconnu que maintenant il s'était accroché à la sécurité de ce qui lui était familier.

Harry avait alors émis la théorie que Hermione l'avait romancé à l'extrême et qu'elle aurait dû mieux le connaître.

Il tapota son ventre plat et caressa le fin duvet noir qui recouvrait le bas de son abdomen. Il envisagea de retourner au lit pour se branler, chose qu'il n'avait pas beaucoup le temps de faire et de toutes les façons de passer une matinée, celle-ci semblait très bonne. Mais, à la place, il trouva sa robe de sorcier et la passa au-dessus de sa tête. Si le Ministre sud-africain avait ordonné qu'on les drogue, il y avait sûrement des charmes cachés qui les espionnaient ; Harry décida qu'il était prudent de les rechercher avant l'éventuelle arrivée de Glareglass.

Il lança un rapide sortilège de révélation mais ne trouva rien, ce qui signifiait très peu, n'importe quel sorcier qui se respectait pouvait créer un charme qui résistait à une révélation basique. Même un étudiant de Poudlard pouvait le faire s'il était doué.

Harry se rappela, bien longtemps auparavant, que Snape avait ordonné à la Carte de révéler ses secrets et qu'il avait été récompensé par des insultes. Il sourit presque rêveusement à ce souvenir. Les Maraudeurs étaient à l'école quand la Carte avait été crée et elle éludait toutes les tentatives de révéler son contenu.

Une corbeille de fruits élaborée, posée sur la table à café avait l'air tentante, particulièrement parce qu'il n'avait pas mangé ce matin-là. Il choisi distraitement une pomme et mordit dedans avant de se rappeler que la corbeille n'était pas là lorsqu'il avait quitté la chambre. Il cracha le morceau dans sa main et se débarrassa de la pomme dans une poubelle recouverte de brocard. Après un instant, il plaça la corbeille entière sur le sol, à côté de la poubelle, comme pour se souvenir de ne pas y toucher.

Un coup à la porte le fit sursauter et il se redressa avant d'y répondre. C'était soit Hermione qui revenait, soit quelqu'un qui lui venait lui annoncer que Glareglass était en bas et il souhaita ne pas avoir changé de vêtements, sans doute qu'il devrait sortir à nouveau et s'il pouvait faire passer sa robe de sorcier pour une sorte de peignoir d'intérieur dans cette chambre, il ne pouvait guère se promener dans les rues de Cape Town avec.

Il ouvrit la porte et sursauta à la vue de l'homme qui se tenait de l'autre côté du battant. Ce n'était pas Hermione, pas plus qu'un membre du personnel dont le gentil sourire l'aurait bercé lors d'un fantasme passager, non, cet homme était tout autre. Il avait la même peau riche et sombre qui l'avait tellement intrigué chez Blaise Zabini. Cet homme était bien plus âgé que Blaise ou Harry, bien que la façon dont sa peau noire était tendue sur la fine ossature de son visage ne suggérait aucun âge. C'était surtout dans sa présence. Il était plus grand et mieux bâti que Harry et ses cheveux coupés très court tourbillonnaient comme des grains de poivre noirs et gris contre son crâne. Il y avait quelque chose émanant de lui qui fit tourner la tête de Harry et ses membres semblaient soudainement lourds, une sensation qui força Harry à serrer les poings et à remuer les doigts pour tenter d'éloigner cet engourdissement. Il était vivement conscient que sa bouche était grande ouverte et il la ferma promptement.

- Bonjour, Monsieur Potter, dit l'homme.

Et avant que Harry ait une chance de répliquer, il tendit ma main pour le saluer.

- Je m'appelle Nero, Monsieur Potter ; je suis très heureux de vous rencontrer.

Harry secoua la tête pour tenter de recouvrer ses sens et prit une profonde inspiration. Il se sentait pris de faiblesse, comme s'il venait juste de reprendre le réseau de Cheminette après une longue période.

- Bonjour Nero, dit-il, testant sa voix et il trouva que parler le faisait se sentir un peu mieux.

- Quand j'ai découvert que le Ministère vous avait séquestré ici, j'ai ressenti le besoin de venir, continua aimablement Nero.

Les soupçons de Harry augmentèrent à la mention du Ministère mais il resta étrangement calme et il se trouva à demander stupidement :

- Vous êtes un sorcier ?

- Oui, Monsieur Potter, répondit Nero avec amusement. Je suis un sorcier.

- Et vous travaillez pour le Ministère ?

Sa méfiance lui donna finalement un coup de pied et l'étrange sensation diminua dans son corps. Nero sourit de manière tolérante.

- Après vos expériences de la nuit dernière, Monsieur Potter, vous avez probablement réalisé que notre Ministère de la Magie n'est pas entièrement digne de confiance. Je ne travaille pas pour eux.

Son sourire s'élargit.

- C'est un grand honneur de vous rencontrer, Monsieur Potter. Ce n'est pas souvent qu'on peut rencontrer un sorcier de votre calibre… ou de votre réputation.

- Je vois, et c'est un Harry Potter en chair et en os que vous attendez ?

Harry ne pouvait s'empêcher de se sentir agacé, depuis son arrivée en Afrique du Sud, chaque sorcier qu'il avait rencontré voulait le dévisager, il commençait à se sentir comme un animal de foire. Mais ils ne l'avaient jamais connu ici – il n'était rien de plus qu'un nom dans un manuel scolaire de sorcellerie, un héros d'une autre époque. En Angleterre, il y avait des enfants qui pensaient qu'il était mort depuis longtemps, généralement parce que son nom était dans les mêmes livres que Merlin maintenant. Il savait qu'un jour sa propre fille les lirait, mais il doutait qu'elle puisse faire la connexion entre le vaillant héros des pages de son livre d'histoire et son père plutôt pathétique.

En fait, il aimait l'idée d'être considéré comme étant mort, et maintenant qu'il avait beaucoup de cicatrices, celle sur son front attirait à peine un coup d'œil. Il pouvait simplement disparaître et il ne manquerait à personne.

Mais ça ne semblait être le cas ici. Ici, à Cape Town, tout le monde savait qui il était. C'était un peu intimidant.

- Vous êtes plus jeune que je ne le pensais, dit Nero en réponse à sa question et Harry fronça les sourcils.

Tout le monde savait que Harry était jeune, généralement les gens lui disaient qu'il était plus vieux qu'ils ne s'y attendaient pas – la plupart du temps, parce qu'ils pensaient qu'il avait cessé de grandir à dix-sept ans quand il avait battu Voldemort.

- Le Ministre Jellaby était très désireux de vous rencontrer, fit Nero d'un air pénétrant.

- Ça semble être contagieux, rétorqua Harry en le regardant de haut en bas.

L'homme avait l'air plutôt détendu dans cet environnement opulent, ce qui défiait tout ce qu'on lui avait dit sur la population noire locale. Pas qu'on lui en ait dit beaucoup. Il décida qu'il était mieux d'en venir au fait ; il n'était pas entièrement à l'aise avec cet homme.

- Qu'est-ce que je peux faire pour vous, Nero ?

- Je crois que c'est moi qui peux vous aider, Monsieur Potter, répliqua Nero.

- Harry.

- Je vous demande pardon ?

- Appelez-moi Harry, je vous en prie. Monsieur Potter me rappelle mes professeurs d'école.

Nero y réfléchit puis parut sincèrement content ; il sourit largement et acquiesça tandis que ses yeux balayaient le visage de Harry.

- Très bien, Harry, j'espère vous apporter un peu d'assistance. Le Ministre anglais n'enverrait pas deux Aurors dans notre pays à moins qu'il y ait quelque chose d'extrêmement sérieux, je vous offre mon aide dans la mesure de mes moyens.

Les yeux de Harry se plissèrent derrière ses lunettes. Il n'avait pas l'habitude de demander de l'aide à quiconque, pas plus que partager quoi que se fut avec des étrangers, et certainement pas les détails d'un crime qu'il considérait comme de la brutalité moldu moins de deux jours auparavant. Les Sud-africains étaient manifestement méfiants et avides de garder leurs propres secrets et soudainement, il y avait cet homme sur le pas de sa porte qui lui offrait son assistance. Il dévisagea Nero et se demanda ce que cherchait cet homme.

Il décida de faire paraître cette visite aussi inoffensive que possible, espérant pour la première fois être parti avec Hermione et Snape – ou même que Glareglass arrive. Au moins, il saurait où il mettait les pieds.

- Merci beaucoup pour cette offre, Nero, mais je crois que nous pouvons étudier les traditions locales et ce genre de choses par nous-mêmes.

- Les traditions locales ?

Nero lâcha un rire de gorge.

- Je crois que vous devez être à la recherche des Sangoma, Harry. C'est une profonde honte que je ne travaille pas pour le Ministère. Ils seraient si soulagés d'entendre que vous n'êtes pas intéressé par leurs affaires.

Harry le fixa, toujours pas enthousiasmé par Nero mais intrigué maintenant que les Sangoma avaient été mentionnés. Il n'allait certainement pas hésiter à utiliser cet homme pour des informations.

- Alors vous connaissez les Sangoma ?

- Bien sûr que je connais les Sangoma, Harry. Et si vous descendez au bureau de la réception, ils pourront vous donner des très jolies brochures touristiques qui répertorient les meilleurs endroits où les trouver.

Ce n'était pas ce que Harry s'attendait à entendre et le froncement qui creusait son sourcil l'attestait.

- Alors, ce sont des Moldus ? Une attraction pour touristes ?

- Les Sangoma sont les guérisseurs traditionnels de ce pays. Ils prennent des écorces et des racines et ils fabriquent des médicaments de toutes sortes. Ce sont aussi des sages-femmes, des conseillers, ce genre de choses. Alors que les occupants des Cape Flats leur font implicitement confiance, les gros autobus chargés de touristes les louent pour des démonstrations de guérison, prennent des photos et rentrent chez eux avec des contes sur les coutumes pittoresques.

- Vous vous moquez d'eux ? demanda Harry.

Son air renfrogné n'avait pas quitté son visage depuis un moment.

- Ils jouent à la magie, Harry ; il n'y a pas de raison de ne pas se moquer d'eux. La seule différence entre les Sangoma et les fanatiques New Age qui peuplent le monde occidental est que les autochtones noirs ont élevé le Sangoma au-dessus des autres. Ce ne sont que… des Moldus… et en fin de compte, ils sont inoffensifs.

Cette explication sur les Sangoma ne convenait pas à Harry. Il ne pouvait pas chasser le sentiment grandissant que cet homme pouvait bien avoir beaucoup à cacher au Ministère, c'est pourquoi Harry se demandait pourquoi Nero était venu le voir. Peut-être juste découvrir ce que Harry lui-même cherchait. Mais justifier les Sangoma comme des Moldus inoffensifs semblait bien trop simple. Ceux qui avaient tué les enfants en Angleterre se désignaient eux-mêmes comme des Sangoma et ils avaient levés les sortilèges de sécurité d'une maison de sorcier sans réveiller personne. Si cette personne n'avait été qu'un innocent Moldu, il n'y avait pas la moindre chance qu'elle entre dans cette maison – ni même qu'elle la trouve, d'ailleurs.

D'autre part, utiliser le mot Sangoma pouvait tout aussi bien n'être qu'un stratagème pour éloigner les Aurors de la piste du véritable tueur et les envoyer en Afrique du Sud chasser l'oie sauvage tandis que l'assassin était en train de se préparer pour un festin de meurtres.

Il devait garder son esprit ouvert. Il ne connaissait pas les motifs de Nero et écarter les Sangoma sur la parole d'un inconnu serait plus qu'idiot.

- Ils croient aux sacrifices ? s'enquit Harry, décidant de le pousser un peu plus loin.

- Oui, confirma Nero, des animaux, des chèvres principalement.

Il agita sa main d'un air dédaigneux.

- Ils croient que ça rend leur magie plus forte.

- Et ça marche ?

Nero le fixa, jaugeant le héros du Monde Magique puis il inclina sa tête, contrit.

- Ce sont… des Moldus, Harry. Ils n'ont pas la conception de la vraie magie. Ils concoctent leurs médicaments et la conviction de leurs patients fait le reste.

Harry fouilla dans sa poche et remarqua avec une certaine panique que sa baguette était enchevêtrée dans les plis de son jean qu'il avait laissé par terre. Il commençait à se sentir un peu nauséeux et se demanda si c'était un effet secondaire de la drogue qu'il avait absorbée le soir d'avant. Quelque chose dans ses intestins lui disait que ce n'était pas ça, quelque chose lui disait que c'était cet homme qui provoquait ce sentiment si étrange. Une fois encore, il prit une profonde inspiration et essaya d'éclaircir sa tête.

- Alors, ils n'ont aucun pouvoir ? questionna-t-il prudemment. Et d'après vous, nous sommes venus ici pour rien et nous aurions aussi bien fait de rester chez nous ?

- Je détesterais vous voir perdre votre temps et votre énergie pour quelque chose qui ne vous concerne pas.

Harry afficha le plus diplomatique de ses sourires sur sa figure (ce dernier aurait fait la fierté de Hermione) et acquiesça vivement.

- Et bien merci beaucoup, dit-il avec une efficacité bien entraînée. Je tiendrais compte de votre conseil et je suis certain que je prendrai une décision très bientôt.

Le sourire de Nero s'effaça de son visage, telle une rebuffade et il devint soudain sérieux.

- J'ai remarqué que votre partenaire, Miss Granger, avait quitté l'hôtel ce matin avec un sorcier anglais. Croyez-vous que c'est prudent, Harry ? Etes-vous certain que vous pouvez lui faire confiance ?

- Aussi sûr que je peux avoir confiance en vous, répliqua Harry, impressionné par la diplomatie qu'il manifestait en face de ses instincts qui lui hurlaient que quelque chose n'allait pas avec cet homme.

- Et vous savez qui il est ? demanda Nero.

Harry ne put réprimer un sourire ; si Nero ne connaissait pas la relation qui l'unissait à Severus Snape, alors il avait vraiment mal fait ses devoirs. Tour le monde en Angleterre savait qui était Severus Snape et tout le monde savait que Harry le haïssait.

- Je sais très bien qui il est, dit Harry.

Pour une étrange raison, il ressentait le besoin de défendre le connard graisseux – ou au moins, la décision de Hermione de quitter l'hôtel avec lui.

- Il est traité avec une grande méfiance par notre Ministère, fit Nero. Ils travaillent très dur pour l'expulser de notre pays… Ils y échouent bien sûr.

- Et pourtant, ayant eu un peu d'expérience avec votre Ministère, je dirai que leur méfiance est presque une approbation rayonnante.

- Vous n'êtes pas allé avec eux, fit observer Nero.

- Je n'en vois pas le besoin, rétorqua Harry.

- Vous ne lui faites pas confiance, souligna Nero d'un air satisfait.

- Je ne l'apprécie pas, répliqua Harry brusquement. Il y a une différence.

Il commençait à s'impatienter ; essayer de trouver ce que cherchait Nero n'était pas la façon dont il avait envisagé de passer sa matinée.

Mais le sourire revint une nouvelle fois sur le visage de Nero, ce qui augmenta la méfiance dans l'estomac de Harry. Nero acquiesça avec un étrange air d'excuses et ne fit aucun mouvement pour partir.

- Pardonnez-moi, Harry. Je ne suis pas venu pour argumenter avec vous, je voulais juste vous offrir mes services.

Harry sentit chaque muscle de son corps se tendre tandis que Nero s'asseyait sur le canapé, se mettant clairement à l'aise dans la pièce.

- Vous m'avez déjà dit que les Sangoma étaient d'inoffensifs guérisseurs Moldus qui n'avaient aucune capacité magique, dit Harry tandis Nero faisait paresseusement courir un doigt sur l'arrière du canapé. C'est tout ce que je voulais savoir.

- Vous avez fait tout ce chemin pour en savoir plus sur les Sangoma ? questionna Nero en secouant la tête, incrédule. Non, non, Harry, il doit y avoir quelque chose de plus. Envoyer deux puissants Aurors pour une telle mission semble terriblement excessif.

Le jour d'avant, Harry aurait été d'accord mais il était certain que Nero essayait de lui soutirer des informations et le Ministère était terrifié qu'ils découvrent quelque chose – même Snape y était parvenu. Il avait été idiot de croire que rien n'allait arriver.

Nero n'allait nulle part dans l'immédiat et à moins que Harry se prépare à essayer physiquement de jeter l'homme dehors – quelque chose qu'il douter pouvoir faire – il allait devoir tenter de mettre les choses au clair avec lui. Et s'il allait parler, il pouvait aussi bien essayer de découvrir des choses par ce moyen.

- Hier soir, votre Ministère a organisé un banquet pour nous et puis nous a amené dans cet hôtel. Ils nous ont drogué. Pourquoi ?

- Dans le très simple but de jeter un œil à vos affaires sans votre ingérence ou protestation, répliqua Nero d'un air nonchalant. C'est une pratique très commune.

- Alors peut-être que votre Ministre a besoin d'une leçon de Relations Internationales entre Sorciers.

Harry fut encore une fois impressionné par la réserve dont il faisait preuve, bien que ce fut une bonne chose que ni Jellaby, ni Glareglass se soient assis à la place de Nero.

- Qu'est-ce qu'ils espéraient trouver ?

- La raison de votre présence ici, bien sûr. Le Ministre anglais envoie deux Aurors ici. Pas n'importe quels Aurors, deux héros du Monde Magique – et l'un d'eux est Harry Potter, lui-même. Le Ministre Jellaby est sans nul doute terrifié que l'Angleterre fasse une sorte de surenchère de pouvoir.

- Et vous ? demanda Harry. Qu'en pensez-vous ?

- Comme je l'ai dit, je suis seulement honoré de vous rencontrer, Harry.

Harry était en train de souhaiter chèrement ne jamais avoir donné sa permission de l'appeler par son prénom. Aucun de ses détecteurs de magie noire n'avait émis le moindre son, mais jusqu'ici Harry n'avait jamais tellement accordé de crédits à ces objets, pas quand ses tripes lui hurlaient que cet homme manigançait quelque chose. Il prit la corbeille de fruits posée sur le sol et la tendit en direction de Nero.

- C'était très agréable de vous rencontrer, dit-il d'un ton sec. J'espère que vous avait apprécié « l'expérience Potter », je vous en prie, acceptez cette corbeille de fruits en cadeau et fermez la porte derrière vous.

Nero se leva placidement, très à l'aise et marcha à grandes enjambées vers la porte, ignorant la corbeille.

- Soyez prudent, Harry, dit-il tranquillement. Ici, nous ne tolérons pas les sorciers qui fourrent leur nez partout et vous pourriez découvrir que vous avez eu les yeux plus gros que le ventre.

Harry déposa les fruits empoisonnés derrière lui, à côté de la poubelle et regarda Nero partir. Il ne bougea pas pendant un long moment, comme s'il s'attendait au retour de Nero.

Sous une forme ou une autre.

A suivre…

Voilà, merci d'avoir lu jusque-là. Vous avez aimé, détesté ? J'attends vos commentaires.

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Bisous

Falyla