TurnChapitre 7 – by Sara's Girl


Quand la cloche sonna la fin de la journée à l'école, Harry attendait avec impatience aux grilles, sautillant et les mains enfoncés profondément dans les poches. L'après-midi était gris et froid mais il savait qu'il valait mieux ne pas tenter de faire de magie près d'une école moldue. Il était à peu près certain que la dame avec le manteau soupçonnait déjà qu'il était fou, même après la présentation de Maura et son sourire le plus désarmant.

« - Oncle Harry ! » S'écria Maura, courant hors du bâtiment avec ses cheveux rebondissant derrière elle et une boîte à déjeuner rouge dans sa main alors qu'elle s'approchait de lui. « - Tu es encore là ! »

« - Eh bien, oui. » Admit Harry, un peu gêné. « - Je veux dire, je ne suis pas resté debout ici tout le temps. J'ai fait une promenade dans le parc… nourri les canards… des choses importantes comme ça. »

« - Tu es drôle. » Observa Maura, les yeux noirs pétillants. Elle passa son bras à travers les grilles et le tendit vers Harry à un angle bizarre.

« - Merci. » Harry fit une pause, momentanément distrait par la cacophonie autour de lui alors que des dizaines d'enfants sortaient de l'école et inondaient la cour de récréation, se poussant, hurlant et couinant alors qu'ils tentaient de passer les portes tous en même temps. Il ne semblait pas que beaucoup de choses ait changé depuis ses années d'école et la brève bouffée de nostalgie fut rapidement écrasé par le souvenir de la petite bande de Dudley et des petits 'jeux' dont il avait été l'objet. Il savait qu'il n'était pas le seul. Il soupira.

« - Quel est le problème ? » Demanda Maura, se penchant d'un côté et d'un autre pour croiser les yeux d'Harry.

« - Rien. » Dit-il fermement. Quelque chose chez Maura lui disait qu'elle ne comprendrait pas vraiment cela et durant un instant, c'était réconfortant. « - Veux-tu venir à la boutique ? »

« - D'accord. » Dit-elle, lâchant la grille et essuyant ses mains sur sa jupe grise plissée. « - Mais je dois le dire à grand-mère d'abord. Oh, regarde, elle est là. » Fit-elle en désignant quelque chose derrière Harry.

Il se retourna pour voir Molly se frayer un chemin à travers la foule suivit par Hugo. Elle s'était protégée du froid avec un épais châle tricoté multicolore, une paire de botte en peau de mouton et un béret avec une plume de paon. Son visage était crispé de froid mais il s'illumina quand elle s'approcha d'Harry et l'embrassa.

« - Que fais-tu ici ? » Demanda-t-elle en souriant.

Harry toussota. Blessure par enthousiasme semblait être un trait commun aux Weasley, peu importe l'univers où il était. « - Je me demandais si je pouvais emprunter Maura. » Dit-il.

« - Je vais aider. » Renchérit Maura.

« - Maura. » Gémit Hugo, la regardant avec reproche. « - Nous étions censé faire des recherches sur les Joncheruines. »

« - Nous le ferons. » Promit-elle et elle se pencha pour lui murmurer à l'oreille : « - J'ai une fomfmble rbntle. »

Hugo s'illumina. Harry et Molly échangèrent des regards curieux.

« - Secrets d'enfants. » Soupira-t-elle, regardant Maura et Hugo qui échangeaient des regards significatifs qui leur étaient propres. « - Voilà comment ça commence, Harry. Une minute ils tous mignons et innocent et l'autre d'après, ils font éclater des Bombabouses dans leurs chambres. Et puis ils ouvrent des magasins de farces. » Elle soupira et fit un sourire complice à Harry, resserrant son châle plus étroitement autour d'elle. « - Pourtant, c'est un magasin de farce très réussi. »

« - Oui. » Acquiesça Harry. Il ébouriffa distraitement les cheveux de Maura. « - Quoi qu'il en soit, celle-ci sera Ministre de la Magie. »

Molly rigola doucement. « - Je peux bien le croire. Allez Hugo, j'ai fait des petits gâteaux cet après-midi. Tu vas pouvoir m'aider à les glacer. »

« - Merci Molly. Je ferais savoir à Ginny où elle est. » Déclara Harry alors que le petit garçon et sa grand-mère se tournaient pour partir.

« - Je vais dessiner un crocodile se battant avec une licorne sur un des glaçages ! » Déclara Hugo en prenant la main de Molly.

Harry rigola mais Maura soupira en secouant la tête. « - Les garçons sont tellement ridicules parfois. Les licornes ne se battent pas. »

« - Tu as raison. » Dit-il sérieusement. « - Les garçons sont très stupides. Voilà pourquoi nous avons besoin de ton aide. » Il tendit sa main.

Elle soupira en la prenant. « - Je sais. »


Cinq minutes plus tard, Harry les fit entrer dans l'atelier et alluma les lumières. Le soleil commençait déjà à se coucher et la pièce fut vite réchauffée par une lueur orangée. Maura retira son manteau et le posa dans un coin avec sa boite à déjeuner et, au mépris de son uniforme, s'installa sur son banc habituel pour regarder Harry travailler. Il pensait que c'était peut-être la première fois qu'il la voyait ne pas porter de rouge. La jupe plissée grise, le chemisier blanc et la cravate bleue lui donnait un look très étrange pour le coup.

« - C'est horrible, n'est-ce pas ? » Fit Maura en baissant les yeux vers son uniforme avec dédain et Harry se rendit compte qu'il avait accidentellement fait part de ses pensées.

« - Non, ce n'est pas horrible. Tu as l'air plus grande. »

Maura cligna des yeux. « - Oh. »

Harry sourit intérieurement et alla chercher quelques outils de menuiseries et son équipement de soufflage de verre. Il alluma les flammes avec une facilité pratiquée maintenant et disposa le tout autour de lui exactement comme il voulait. Pratiquement en effervescence sous l'excitation, il prit possession de son espace de travail et prit une profonde inspiration.

« - Alors… j'étais vraiment en colère quand j'ai créé la chose. » Se souvint-il, tapotant ses doigts sur le plan de travail.

« - Tu l'étais. » Acquiesça Maura.

« - Penses-tu que je peux faire de l'art que quand je suis en colère ? » Demanda-t-il, se mordant la lèvre. Il avait, pour être honnête, plutôt peur que s'il pouvait recréer exactement les circonstances précédentes, il rate quand même. Et pourtant… il n'avait pas envie de revivre ce sentiment de fureur totale, de frustration et dégoût de soi. Une fois était assez, vraiment.

« - Je ne sais pas. » Fit Maura en haussant les épaules. « - Désolée. »

Harry soupira. « - Eh bien, je suppose qu'il n'y a qu'une seule façon de le savoir. » Il regarda ses outils brillants, ses piles de bois et les nombreuses pièces de verre qui scintillaient à la flamme vacillante. Soudain, il se sentit maladroit, comme s'il était un prestidigitateur moldu devant un public impatient et ne se souvenait plus comment faire sortir le lapin du chapeau. Perplexe, il se frotta le visage.

« - Je pense que tu dois juste… faire. » Conseilla Maura. « - Tu sais, comme quand il faut faire le poirier en sport. Si on y pense trop, on est trop raide et on ne peut pas le faire. »

Harry leva les yeux vers elle, un amusant air coupable et angoissé mal dissimulé sur son visage. Ça faisait très longtemps qu'il n'avait plus eu de cours de sport, et il n'était pas sûr d'avoir été un jour en mesure de faire le poirier mais il pensait voir où elle voulait en venir.

Il hocha la tête. « - Bien alors. » Prenant une profonde inspiration, il ferma les yeux un instant, pensant 'qu'il est un artiste' et se souvenant de l'admiration de Monsieur Pepper pour la chose et les yeux de Draco juste comme ça et quand il rouvrit les yeux, il était empli d'un étrange calme. Sans réfléchir, il prit l'outil le plus proche et un morceau de bois et se mit au travail.


Alors que le ciel s'assombrissait en un noir d'encre avec quelques étoiles dispersées, Harry travaillait toujours, sentant à peine son dos douloureux ou ses mains écorchées alors qu'il réalisait une série de sculptures sous les yeux attentifs de Maura. Il n'était pas vraiment sûr de ce qu'il faisait mais c'était des choses inhabituelles et elles devenaient plus faciles à chaque essai. Ses gestes devenaient plus assurés à mesure qu'il manipulait les innombrables outils ou papier de verre pour poncer les bords rugueux.

« - Feuilles. » Marmonna Maura alors qu'Harry terminait sa troisième pièce de sa sculpture en chêne et verre vert.

Surpris, Harry leva les yeux. « - Quoi ? »

« - On dirait des feuilles. » Répéta-t-il, montrant la sculpture.

Harry recula et regarda. Elle avait raison. « - Ouais. » Dit-il en souriant. « - Tu ne dois pas être si tranquille, tu sais. Je veux ton opinion. Je ne sais pas ce que je fais, tu te souviens ? »

« - J'aime bien. Ça ressemble à l'Automne. »

L'estomac d'Harry effectua une petite torsion de plaisir. Il essuya ses doigts endoloris sur son tablier et se crispa quand le tissu rugueux frotta contre sa peau écorchée. Alors qu'il s'étendait, il regarda paresseusement autour de lui et se figea quand ses yeux se posèrent sur la fiole presque oubliée de potion bleue.

« - Je me demande… » Murmura-t-il, marchant lentement vers l'étagère, ressentant tous ses muscles endoloris maintenant. Avec précaution, il prit la fiole, savourant la sensation du verre froid contre sa peau.

« - Est-ce que tu vas la boire maintenant ? » Demanda Maura, vibrant pratiquement d'enthousiasme.

Harry déboucha la fiole, reniflant avec intérêt la fumée senteur cannelle qui s'en échappa immédiatement. « - Tu sais, je pense que oui. » Dit-il, mettant de côté la sculpture de verdure et nettoyant sa surface de travail. « - Juste pour… des fins scientifiques, bien sûr. »

« - Je ne sais pas vraiment ce que cela signifie. » Dit Maura en plissant son nez aux taches de rousseur. « - Mais tu dois le faire de toute façon. »

« - Ca me semble raisonnable. » Dit Harry et en une longue gorgée, il avala la potion. Elle avait un goût crayeux et légèrement sucrée et tandis qu'elle coulait dans sa gorge, elle provoqua une sensation de picotements chauds jusqu'au bout des ongles.

« - Est-elle bonne ? » Demanda Maura, à genoux sur son banc et le cou tendu avec tellement d'excitation, qu'Harry pensait qu'elle allait presque perdre l'équilibre.

« - Mm. » Marmonna Harry, essuyant sa bouche avec le dos de sa main. « - Tu n'aimerais probablement pas ça. »

Maura lui tira la langue. Et Harry le fit aussi.

Quelques secondes plus tard, il fut envahi par une brume de couleurs, mélange de couleurs et de belles formes courbées. Il pouvait voir les images fantomatiques de ses mains devant lui, lissant, coupant et façonnant. Ses doigts créés des formes extraordinaires qu'il ne comprenait même pas mais il se hâta de suivre, contraint, travaillant le grain du bois et sculptant avec sa baguette, encore et encore, envahit par une odeur de cannelle et la voix lointaine de la voix de Maura. Ça ressemblait au moment où il avait laissé la colère l'envahir… l'émotion était là, venant du plus profond de lui. Le contrôle, en fin de compte, lui appartenait. Cependant, ses gestes étaient guidés et il n'y avait rien qu'il pouvait faire.

Quand il fut finalement libéré de cela, il tremblait et essuyait son front trempé de sueur froide.

« - Tu as fini. » Dit Maura et il leva les yeux vers elle.

« - Je pense que oui. » Fit-il, léchant le goût de la cannelle sur ses lèvres. « - C'était très étrange. Je crois que je préfère être en contrôle. » Il soupira et tourna la sculpture vers Maura afin qu'elle puisse la voir. « - Qu'en penses-tu ? »

Ses sourcils se haussèrent. « - C'est plutôt drôle. »

Harry sourit d'un air fatigué, s'appuyant contre la table. Apparemment, travailler sous une potion de créativité accaparée pas mal d'énergie de la personne. « - Drôle genre 'haha' ou particulièrement drôle ? »

« - Drôle comme si ça allait me manger. » Répondit Maura.

« - Ça ne doit pas être bon. » Soupira Harry et il fit disparaître la sculpture d'un coup de baguette. « - Je pense que nous ferons sans la potion à partir de maintenant. »

« - Tu ne devrez pas. » Dit vaillamment Maura.

Harry sourit sans pouvoir s'en empêcher. « - Je ne sais pas. Mais je suppose que nous allons devoir trouver autre chose à faire avec eux. » Dit-il, désignant les branches de Veneficus restantes, empilés sur l'étagère du bas et soigneusement recouvertes de leur tissu argentés.

« - Tu ferais mieux ou je serais obligé de t'embarrasser horriblement de te dire combien elles ont coûtés. » Dit une voix sèche depuis la porte. Harry se retourna pour voir Draco, avec son demi-sourire et sa longue écharpe rayée, appuyé contre le chambranle, les bras croisé. Harry se demanda s'il avait pris l'habitude de croiser les bras en écoutant les conversations des gens. Il y avait certainement quelque chose à propos de l'entrée dramatique qu'il semblait savourer.

« - Je ne t'ai pas entendu entrer. » Dit faiblement Harry.

« - Tu n'entends jamais. » Dit Draco, lançant un regard exaspéré à Maura, elle avait un air conspirateur comme si elle avait su que Draco était là depuis un moment. « - Je savais que tu irais tout droit vers cette potion. »

« - Nous avons fait de la fumée et un sandwich d'abord. » Souligna Maura et Harry se demanda de quel côté elle était au juste.

Draco rigola doucement. « - Des choses importantes. » Acquiesça-t-il, avançant dans l'atelier et examinant la sculpture achevée d'Harry. « - Je vois que tu es dans une phase créative. »

Le cœur d'Harry s'accéléra alors qu'il lança un coup d'œil à Maura qui haussa les épaules.

« - Euh… il semblerait. » Dit finalement Harry.

« - J'aime ça. » Dit Draco, faisant courir ses doigts sur la sculpture en forme de feuille et regardant Harry avec des yeux brillants et un sourire sincère.

« - Tu vois. » Murmura Maura, un peu béatement.

« - Merci. » Dit Harry, puis se rendant compte qu'il n'avait jamais vu Draco dans son atelier avant, il ajouta : « - Tout va bien ? »

Se redressant, Draco se tourna vers lui et fronça les sourcils. « - Oui. Ou bien est-ce le genre de question 'P…, que fais-tu ici, Draco ?' »

Harry grogna. « - Attention. » Murmura-t-il, amusé. « - Et non, je suis juste curieux. »

« - C'est une façon de le dire. Quoi qu'il en soit, ça t'a peut-être échappé qu'il est presque vingt heures mais pas à moi, d'autant plus que c'est ton tour de préparer le dîner. » Dit Draco, essayant d'avoir l'air blessé et négligé mais le résultat fit rire Maura. « - Ça n'a pas échappé non plus à Ginevra, qui a passé un coup de cheminette il y a quelques minutes, se demandant si et quand tu avais l'intention de lui rendre son enfant. »

« - J'ai envoyé un hibou tout à l'heure ! » Protesta Harry, déterminé à ne pas paraître pour le genre de personne qui retenait les enfants loin d'autres personnes. Quand les mots de Draco se mirent en place, il écarquilla les yeux. « - Est-il vraiment vingt heures ? »

« - Sur la vie de Frankfurto, ça l'est. » Dit Draco, posant la main sur son cœur en un geste théâtral.

« - Je parie que papa mange mon dîner. » Soupira Maura.

Harry se sentit coupable alors que sa précieuse aide se levait, se mordant les lèvres. « - Je suis désolé, Maura Fedora. » Dit-il finalement. « - Tu sais quoi ? Je vais t'acheter un sandwich sur le chemin du retour. »

Maura s'éclaira. « - Pourrais-je avoir de la sauce à la menthe dessus ? Et des morceaux de scarabée ? »

Harry fronça le nez mais hocha la tête, se détournant de Maura pour prendre un morceau de parchemin alors qu'il venait d'avoir une idée.

« - De gros morceaux de scarabée croquant. » Dit gravement Draco. Maura rigola.

Après une brève recherche, Harry trouvé un parchemin qui n'était pas trop froissé et le lissa sur le plan de travail jusqu'à ce qu'il soit parfaitement plat. Quelque chose dans les mots de Draco… 'Je vois que tu es dans une phase créative' ainsi que l'amusement sans surprise dans sa voix et la lueur familière dans ses yeux laissaient suggérer que cela… cette chose, qui était nouvelle pour Harry, ne l'était pas vraiment sans précédent. Ce qui était intéressant. Et, pensa-t-il en prenant une plume auto-encreuse, une potentiellement très, très bonne nouvelle pour quelqu'un qui n'avait jamais fait de meuble de sa vie.

Alors que Maura et Draco menaient une conversation ponctuée de rire étrange derrière lui, Harry écrivit une courte note à l'encre verte. Quand ils sortirent dans la rue, frissonnant de froid et argumentant sur le bon choix de condiment pour un sandwich, Harry lança un sort imperméable sur la note avec sa baguette et la fixa sur la porte de l'atelier.

« Jusqu'à nouvel ordre, je ne prendrais pas de commande pour des meubles car je travaille sur des pièces abstraites avec du verre soufflé (méthode moldue). S'il vous plait, entrez et venez vous renseigner/voir. Toutes mes excuses pour tout inconvénient.

HP. »


A mi-parcours mercredi matin, Harry fredonnait d'un air absent et façonnait une longue ampoule en verre turquoise en faisant de lents mouvements attentifs avec un tuyau en cuivre quand un grand hibou d'apparence officiel entra en collision contre son puit de jour et tapota contre le verre. Harry lança rapidement un sort de congélation pour garder tout en place, essuya ses mains sur son tablier et ouvrit au hibou.

Quelques secondes plus tard, le hibou entra dans l'atelier et se posa sur le plan de travail, tendant sa patte vers Harry.

« - Merci. » Dit-il, prenant le rouleau et offrant au hibou les restes de son sandwich au bacon.

Il déroula le message et sourit à lui-même. C'était plutôt réconfortant de voir dans la note qu'il était en train de lire qu'il n'y avait pas de grands airs dans les mots du nouveau Chef du Département des Aurors et que son écriture était toujours épouvantable.

Harry,

Me ferais-tu le plaisir de venir au ministère et jeter un œil à mon nouveau bureau ? Tu n'es pas encore venu. Retourne Horatio avec ta réponse afin que Marsha te laisse passer sans te faire subir une centaine de questions de sécurité.

Ron.

Harry lut et relut la courte note plusieurs fois, un étrange petit resserrement à la poitrine. L'idée d'aller au ministère, au département des Aurors, pas moins, était étrangement intimident et ça ne semblait pas avoir d'importance de combien ça avait peu de sens de ressentir cela. En réalité, quelle que soit la situation, cela faisait moins d'un mois depuis la dernière fois où il rendu là-bas, épuisé et surchargé d'une certaine importance. Cela ne faisait pas du tout longtemps mais pourtant, il se sentait déjà comme une personne complètement différente.

Expirant lentement, Harry griffonna une réponse affirmative à Ron avant de perdre son sang-froid. Il l'attacha au hibou et retourna à son soufflage de verre, laissant à Horatio assez de temps pour remettre sa réponse à une Marsha visiblement très impliquée dans les questions de sécurité. Quand il eut terminé sa pièce dans les flammes, il enfila son manteau en laine bleu moucheté et sortit dans l'air frais de la matinée.


Il fallut à Harry un certain temps pour faire son chemin jusqu'au bâtiment principal du ministère, jusqu'à l'étage du QG des Aurors et avança le long du couloir lambrissé familier qui menait à son ancien bureau… le bureau de Ron… le bureau du Chef du Département des Aurors. Comme sur le Chemin de Traverse, tout le monde semblait vouloir le saluer dans les couloirs, l'arrêter pour discuter dans l'Atrium ou retenir un ascenseur plein pour lui dire combien c'était merveilleux de le voir à nouveau au ministère. Au moment où il entra dans la petite antichambre parfumée à la cire d'abeille, Ron l'attendait devant la porte de son bureau et marmonnait dans sa barbe à une sérieuse femme d'âge mûr qui était assisse derrière un vaste bureau en acajou, hochant la tête à intervalles réguliers et tapant sa plume contre son menton.

« - Monsieur Potter est là, Monsieur. » Dit-elle soudainement, ses yeux sombres se posant sur Harry.

« - Merci Marsha, je peux le voir. » Marmonna Ron, souriant à Harry. Il semblait ne pas pouvoir décider s'il devait être amusé, embarrassé ou fier et finit par simplement avoir l'air comme si il était sur le point de vomir.

« - Vous avez besoin d'un laissez-passer visiteur, Monsieur Potter. » Dit vivement Marsha, se levant de son bureau et préparant un insigne en argent brillant avec sa baguette et murmura des incantations. Plusieurs secondes plus tard, il était solidement accroché au revers du manteau d'Harry et brillait à la lumière des lampes avec le message gravé :

Harry Potter

Visiteur pour RB Weasley, chef du Département des Aurors.

11h38, 3 janvier 2018.

Autorisation de sécurité : visite de base / personnelle.

Harry lâcha le badge après avoir lu les mots et remercia Marsha. Elle était certainement efficace et elle n'avait aucune idée de ce qu'un niveau faible de sécurité comme cela lui donnait envie de rire intérieurement.

« - Euh, nous serons dans mon bureau alors. » Dit Ron, faisant signe à Harry qui le suivit à travers la porte.

« - Très bien, Monsieur Weasley. » Dit-elle, déjà plongée dans une pile de parchemins.

« - Je vois que tu as préféré les biscuits à la bonne apparence de la jeunesse. » Taquina Harry alors qu'il refermait la porte derrière lui.

Ron grogna. « - Comme si j'avais eu le choix. Ce sont de bons biscuits d'ailleurs… tu en veux un ? »

Harry prit un biscuit à l'avoine du plateau offert et mordit dedans alors qu'il regardait le bureau qu'il connaissait bien. Il ressemblait comme celui de son ancienne vie… sauf que ça ne l'était pas tout à fait. Le bureau était le même, tout comme les rideaux horribles de velours qu'Harry avait toujours détesté, les armoires-classeurs… légèrement bosselées… étaient toujours là et les dommages causés par des sorts sur les plinthes près de la porte qui étaient déjà là quand Harry avait emménagé dans son bureau, un rappel réconfortant que tout le monde perd son sang-froid parfois.

Mais Harry n'avait certainement pas acheté un tapis orange avec l'insigne des Canons de Chudley 1698 dessinait dessus et dans son souvenir, son bureau n'avait jamais senti le biscuit. Mâchant pensivement la délicieuse collation de Marsha, Harry examina avec intérêt la collection de papier collant au mur en face du bureau et le tableau noir avec ses lignes multicolores à la craie.

« - Qu'en penses-tu ? » Demanda Ron avec une note de nervosité dans la voix. « - C'est beaucoup plus grand que mon dernier bureau… et je n'ai plus à le partager. De toute évidence. C'est un peu étrange, vraiment. »

Harry essuya les miettes sur ses doigts et les regarda distraitement tomber sur le sol avant de se tourner vers Ron, qui était maintenant assis sur le bord de son bureau et fixait Harry avec des yeux bleus inquiets. Il était maintenant douloureusement évident qu'il était à la recherche de l'approbation d'Harry, de la confirmation de son meilleur ami qu'il avait bien réussi de lui-même. Harry se secoua et lutta contre la marée de confusion pour sourire à Ron.

« - C'est génial. Tu as une belle grande cheminée aussi. » Dit-il, marchant vers ladite cheminée et tendant les mains vers le feu. « - Il fait vraiment froid ici parfois… je suppose. » Ajouta-t-il rapidement mais Ron ne sembla pas le remarquer et Harry poussa un soupir de soulagement silencieux.

« - Ouais, j'ai demandé que le feu soit allumé en permanence depuis que je suis ici et Marsha est brillante avec ça. Je pense qu'elle arrive vers six heures du matin pour que tout soit prêt. » Il lança à Harry un sourire conspirateur. « - Je ne suis pas sûr qu'elle dorme parfois. »

Harry grogna. « - Quel chanceux tu es. » Il avait la même secrétaire depuis près de dix ans maintenant et il était toujours harcelé par la croyance qu'elle ne voyait rien d'autre en lui qu'une entité bruyante et désordonné qui lui créait du travail inutile.

Ron fronça le nez. « - Je ne sais pas, mec. J'ai assez de ça à la maison… c'est comme être entouré par des superwoman. Dérangeant. »

Harry rigola, la dernière parcelle d'inconfort disparaissant. « - Eh bien, ne la laisse pas t'effrayer. Rappelles-toi, tu es le grand patron maintenant. »

Ron bougea sur son bureau, faisant glisser une de ses grandes mains sur le plateau en acajou et ressemblant, juste pendant un moment, au garçon incertain qu'Harry avait rencontré à la gare, il y a bien longtemps. Juste pendant un moment et puis l'homme accompli et père de deux enfants fut de retour, levant la tête pour sourire à Harry et écarter les mèches rousses de son visage. Il méritait cela. Il était prêt.

« - Tu vas être brillant, bougre d'idiot. » Dit-il, enfonçant ses mains dans ses poches.

« - Ouais… ouais, bien sûr. » Dit Ron en hochant la tête. « - Merci. »

« - Je ne te flatte pas. Je le pense vraiment. » Insista Harry. « - Tu le seras. »

« - Tu aurais été mieux. » Dit Ron, si doucement qu'Harry ne l'entendit presque pas mais il n'y avait pas de pitié dans sa voix, aucune trace d'amertume. C'était comme si c'était juste un constat et étrangement, Harry n'était pas d'accord.

« - Je ne pense pas. » Soupira Harry et dans le même temps, il sentit un élancement dans son genou qui vacilla légèrement sous lui mais il resta fermement sur ses pieds, il avait besoin que Ron le croit.

« - Je sais que nous n'avons pas vraiment parlé de ce sujet, Harry mais tout le monde sait que tu voulais… »

« - Tout le monde sait que des conneries, Ron. J'ai choisi un chemin différent et je suis beaucoup plus heureux avec le métier que je fais… que ce travail qui est fait pour toi. Tu feras beaucoup mieux que ce que je n'aurais jamais pu faire tandis que je continuerais à gambader dans mon petit atelier à fabriquer des choses bizarres… »

« - Tu fais encore de l'art bizarre ? » Interrompit Ron.

« - Oui et c'est… eh bien, c'est exactement comment les choses devrait être. » Dit Harry avec un picotement dans la gorge. « - Je sais que je ne suis pas vraiment la bonne personne pour donner des conseils mais… ne perds pas ton temps avec un sentiment d'insécurité. »

« - Merci mon pote. » Dit finalement Ron, l'air légèrement surpris. « - Tu es… tu sais… » Marmonna-t-il, apparemment incapable de trouver les mots, haussant les épaules en direction d'Harry et devenant un peu rouge. Harry pressentit le moment pour une tape d'épale made in Weasley. Il vint donc se percher sur le bureau à côté de Ron. Lorsque la tape extra-forte arriva violemment accompagné d'un 'Tu es mon meilleur ami', il fit une grimace et donna un coup de coude dans les côtes de Ron.

« - Fais gaffe. » Marmonna Ron, prenant un autre biscuit. « - Si Marsha découvre que tu as agressé le chef du Département des Aurors dans son propre bureau, elle va te massacrer. »

« - J'ai vraiment peur. » Rétorqua Harry impassible, enlevant son manteau et regardant la broche visiteur en argent.

« - Tu devrais. Apparemment, elle était une sorte de championne de duel quand elle était plus jeune. » Dit Ron. « - Et elle fait peur quand elle est en colère. Tu aurais dû l'entendre crier sur ce gros crétin de Goldstein quand il a essayé de venir ici sans rendez-vous. »

« - Quand ? » Demanda Harry, déjà sur ses gardes à la mention du ce gros crétin de Goldstein.

« - La semaine dernière. Il voulait ma signature pour certains rapports. Pour être honnête. » Admit Ron, se penchant en arrière sur les mains et regardant le plafond d'un air coupable. « - Je l'ai fait attendre un peu plus longtemps que nécessaire pour aller lui porter secours. Je n'ai jamais vu personne d'aussi blanc… je me sentais presque désolé pour lui. Bien sûr, c'était avant que je découvre ce qu'il a fait à Neville. »

« - Oui. » Harry fronça les sourcils. « - L'as-tu revu depuis ? Neville, je veux dire ? Est-ce qu'il va bien ? »

« - Je ne l'ai pas vu mais Ginny et Blaise sont allés le voir l'autre soir et ils ont dit qu'il allait bien. Je pense que sa fierté est un peu blessée… je ne le blâme pas, vraiment. Et il se sentait un peu bête d'avoir cru Goldstein avec son baratin sur l'école. »

Harry secoua la tête. « - Ce n'est pas de sa faute. Ce n'est pas comme si le reste d'entre nous n'ont jamais été dragué par quelqu'un. »

« - Voilà exactement ce que Ginny lui a dit. » Soupira Ron. « - Le problème c'est qu'il est déjà convaincu que personne ne le trouve… tu sais… attrayant. » Confia-t-il, baissant la voix comme s'il disait une sorte de blasphème. Il jeta un bref regard à Harry et ajouta : « - Si tu veux mon avis, son seul problème c'est qu'il prend son travail très au sérieux. Il n'a pas le temps pour d'autres choses… »

Harry cligna des yeux. Il était étonné que Ron est un point de vue sur les relations… ou l'absence de relation… d'une autre personne. « - Tu peux parler, fichu Chef du Département des Aurors ! » Dit-il, finalement.

Ron fronça les sourcils et frotta ses chaussures sur son tapis des Canons de Chudley. « - Hmm. Peu importe. Je dis juste que… il suffit juste pour lui d'être lui-même. Il est très… admissible. »

« - Voilà un mot que je n'entends que d'Hermione généralement. » Taquina Harry.

« - Je connais beaucoup de mots. » Dit Ron avec un ton blessé. « - Je suis très important. »

« - Pourquoi tu parles comme une poissonnière alors ? » Demanda Harry.

Ron haussa un sourcil. « - Qu'est-ce qu'une poissonnière ? »

Harry fronça les sourcils. « - Je ne sais pas. »

Ron grogna en croisant les yeux d'Harry et durant une fraction de seconde de silence, ils éclatèrent de rire. C'est ainsi que Marsha les trouva quand elle ouvrit la porte quelques minutes plus tard.

« - Pardonnez-moi de vous interrompre, Monsieur, mais… oh. Tout va bien ? » Elle se figea sur le seuil, ses yeux sombres observant Harry et Ron qui étaient toujours assis sur le bord du bureau et ricanaient comme des écoliers.

« - Très bien, Marsha. » Dit Ron, la respiration un peu sifflante et se levant. « - Nous allons bien. Avez-vous besoin de quelque chose ? »

Le regard de Marsha s'attarda un instant sur Harry et il eut la désagréable impression que, pour des raisons allant au-delà de sa compréhension, il était considéré avec la plus grande méfiance. Quelque chose dans son expression sur son visage le travaillait et il poussa un grognement avant de pouvoir se contrôler et regarda le sol, la bouche bien fermée.

« - Hmm. » Dit-elle, pinçant les lèvres en signe de désapprobation évidente. « - Si vous êtes sûr. Monsieur Fitzwilliam aimerait vous voir dans son bureau, si vous avez un moment. » Elle fit une pause. « - Monsieur Fitzwilliam est le Chef de la Justice Magique. » Ajouta-t-elle, apparemment pour Harry.

« - Je sais. » Dit Harry faiblement, résistant à la tentation de se demander si elle savait comment il faisait son footing matinal.

« - Merci Marsha. » Dit Ron, faisant le tour de son bureau et feuilletant ses dossiers et morceaux de parchemin. Elle émit un bruit de reconnaissance puis prit congé. « - Désolé pour ça, Harry. Il est… » Il baissa la voix. « - Il est sérieusement tendu au travail en ce moment. Il pense que quelqu'un le suit. » Ron roula des yeux et Harry hocha simplement la tête, sachant que le nouveau patron de Ron n'était pas aussi paranoïaque qu'il le pensait.

« - Je ferais mieux de retourner à l'atelier, de toute façon. » Dit-il en se levant. « - Des choses bizarres à faire. »

Ron sourit. « - C'est bon de te voir. Je mourrais d'envie de te montrer. »

Harry fit une pause, enroulant ses doigts autour de la poignée et écoutant la plume de Marsha grattait dans la pièce voisine. « - Tu as toutes les raisons de le faire. Je suis heureux pour toi. Je te verrais bientôt. » Dit-il, faisant un dernier sourire et refermant la porte derrière lui. Il posa l'insigne d'argent sur le bureau de Marsha alors qu'il passait devant, hochant poliment la tête et sortant dans le couloir le plus rapidement possible.

L'ascenseur était vide et Harry s'appuya contre le mur alors qu'il descendait vers l'Atrium, expirant lentement et fermant les yeux. Ron s'était clairement à ce qu'il soit envieux, de se lamenter sur l'occasion perdue mais, il avait beau essayer de chercher, le sentiment était juste… qu'il ne l'était pas. L'étincelle d'émotion à la vue de son ancien bureau depuis plus de dix ans appartenant à quelqu'un d'autre n'était pas suffisant pour cela. C'était loin d'être suffisant.

Harry soupira. L'ascenseur s'arrêta et la grille s'ouvrit. Une voix féminine calme annonça le nom du département mais Harry n'écouta pas.

« - Es-tu réellement en train de me suivre ? » Demanda-t-il, se redressant du mur.

« - Bien sûr que non. » Répliqua Goldstein, enveloppant une écharpe blanche autour de son cou et l'insérant soigneusement dans son manteau. « - Je vais rencontrer un ami pour le déjeuner. »

« - Tu as des amis ? » Marmonna Harry, incapable de se retenir.

« - Bien sûr. » Le front de Goldstein se plissa de préoccupation. « - Je suppose que Draco est toujours fâché contre moi en ce qui concerne l'autre soir. »

Les sourcils d'Harry se haussèrent au son décontracté et las. « - Il est plus que fâché, crois-moi et moi aussi. Ce que tu as fait était… vachement mal que je n'ai même pas de mot pour cela. Je ne sais pas pourquoi je te parle même… pourquoi je fais ça ? » Marmonna-t-il dans le silence et s'effondrant contre le mur, passant une main nerveuse dans ses cheveux.

« - Peut-être que tu ne peux pas résister. » Dit doucement Goldstein. « - Je comprends. Tu ne dois pas combattre ça, Harry. »

Les yeux d'Harry se posèrent immédiatement sur lui. La fureur envahissant sa poitrine, il serra douloureusement les poings, se retenant de prendre sa baguette et perdre le contrôle.

« - Je… oh, pour l'amour du ciel. Parlons-nous un langage complètement différent là ? »

Anthony rigola doucement. « - Je ne sais pas, le faisons-nous ? »

« - Tout ce que je veux dire c'est, laisse-moi tranquille. » Dit Harry, insistant sur chaque mot, les doigts crispés sur sa baguette dans son manteau.

« - Atrium. » Annonça la voix joyeuse alors que l'ascenseur s'arrêtait et Harry s'éloigna de Goldstein et vit cinq ou six employés du ministère qui attendait de monter. Il ouvrit la grille et la maintint ouverte pour eux. Dans la précipitation inévitable de 'Bonjour Monsieur Potter' et 'Comment allez-vous Monsieur Potter' qui suivit, Goldstein se déroba.

« J'aurais dû lui lancer un sort pendant que j'en avais l'occasion. »


« - Tu as vraiment bien fait de ne pas le faire. » Dit Draco plus tard ce soir-là, quand finalement il s'arracha à son travail en marmonnant de mécontentement et s'étirant et lançant de vaines menaces d'abandonner le journalisme d'investigation et commencer un élevage d'anguille ou une troupe de danse ou sa propre équipe de Quidditch tout en montant les escaliers jusqu'à la chambre à coucher.

Harry était étendu sur le lit, en tee-shirt et boxer tandis qu'il lui racontait les évènements de la journée, Draco s'agitant dans la pièce et effectuant sa routine de se préparer pour le lit. Une routine maintenant doucement familière à Harry. Chemise soigneusement pliée avant d'être abandonné dans le panier de linge sale. Pull soigneusement plié avant d'être abandonné dans le panier de linge sale. Un intermède torse nu très apprécié durant lequel Draco approchait du placard et tapotait sur les poignées du bout des doigts, l'une et l'autre, attentif à l'équilibre.

Il en était là quand il se retourna pour regarder Harry, un sourcil haussé et attendant une réponse. Harry, qui fut totalement surpris en train de lorgner sur ses muscles roulant sous la peau pâle et ses cheveux blonds, n'avait aucune idée de genre de réponse qui était attendu de lui.

« - Désolé, quoi ? »

Draco soupira, croisant les yeux d'Harry avec exaspération durant un moment avant de commencer à défaire les nombreux boutons complexes de son pantalon.

« - Je disais, que tu as bien de te retenir de ne pas lancer un sort à cet idiot de Goldstein. » Répéta-t-il. « - Je pense que ta maîtrise de soi capricieuse a choisi un moment plutôt utile de se montrer. »

Incertain sur le fait qu'il était insulté ou non, Harry regarda Draco à nouveau, concentré sur les derniers boutons.

« - Tu ne sais pas. » Soupira Harry, posant sa tête sur ses bras et regardant les scintillements de la lampe sur le plafond. « - Cela aurait pu vraiment lui réussir. »

« - J'en doute. » Dit Draco. « - Et de toute façon, si j'avais dû lui lancer un sort à chaque fois que j'en ai eu envie au cours des derniers mois, je doute qu'il aurait été encore debout maintenant. »

Harry réprima un sourire alors que quelque chose de chaud se tordait dans sa poitrine. « - Ça aurait été une grande perte, je suis sûr. »

Draco rigola, venant s'asseoir à l'extrémité du lit alors qu'il enlevait son pantalon, chaussettes et boxer et pliait le tout soigneusement. Il les déposa en pile à côté de lui, il passa une main sur le flanc d'Harry, caressant la peau nue au-dessus de la ceinture.

« - Cela dépend de la façon dont on voit les choses, vraiment. Je doute beaucoup qu'il aurait manqué à quelqu'un mais pour ma part, je suis certain que tu m'aurais manqué si j'avais dû passer les vingt prochaines années à Azkaban… bien que, le côté positif, j'aurais enfin pu fermer le clapet de mon père avec 'tu ne sais pas ce que c'est', non ? » Ajouta-t-il pensivement, ses doigts tapotant légèrement contre la hanche d'Harry.

Harry se tordit pour observer son profil. Son front était plissé en une véritable considération et Harry lui donna un petit coup.

« - Ton optimiste est terrifiant, Malfoy. » Murmura-t-il.

Il y eut une brusque inspiration quand Draco se tourna pour croiser son regard et la chaleur qui l'embrassa ne laissa aucun doute à Harry que cela provenait délibérément d'une partie de lui-même. Et il n'avait aucune idée d'où ça venait mais la chaleur qui inondait son aine et la vision de la peau pâle de Draco était plus que suffisant pour le convaincre d'y céder.

« - Des mots forts, Potter. Es-tu sûr que tu sais ce qu'ils signifient ? » Demanda-t-il d'une voix basse et dangereuse. Ce n'était pas exactement comme il se le rappelait, la froideur du jeune Draco adolescent était sensiblement absente mais cela provoqua quand même un frisson à Harry. Les explications étaient inutiles, il savait ce qu'on attendait de lui ici et son vil instinct crépitait d'impatience.

« - Je n'ai pas peur de toi. » Répliqua-t-il, gardant le contact visuel et se redressant sur ses coudes. Les doigts de Draco ne caressaient plus sa peau mais étaient posés sur sa hanche, l'épinglant avec le minimum d'effort. Harry savait qu'il pouvait s'écarter s'il le voulait mais il ne pouvait pas se résoudre à se concentrer sur quoi que ce soit avec le sourire maintenant familier et incongru sur les lèvres de Draco et le sang qui se précipitait dans son sexe, palpitant d'anticipation.

Le rire de Draco était froid, moqueur alors qu'il secouait la tête et rampait à travers le lit pour venir s'installer sur les cuisses d'Harry et se penchait si près que ses cheveux frôlaient le front d'Harry. Il frissonna involontairement, remarquant à peine que ses poignets étaient fermement retenus contre le lit, s'en fichant parce que Draco était chaud et ferme contre sa peau, déjà à moitié dur et le fait qu'il soit nu et qu'Harry soit en quelque sorte encore habillé ne semblait pas avoir d'importance… il irradiait de puissance, la pente formidable de ses sourcils, l'élégante force de ses cuisses saisissait Harry, le tenant et les yeux gris chaleureux le fixaient avec un air de pur défi.

« - Tu devais, Potter. » Siffla-t-il, appuyant les poignets d'Harry plus fermement contre les draps. « - Tu ne sais pas ce dont je suis capable. »

« - Ne dis pas de connerie, Malfoy. » Répliqua Harry, plissant les yeux et rentrant dans ce rôle… il supposait. Il jouait lui-même… dans une autre version de son lui-même qu'il n'avait jamais joué. C'était merveilleux, terriblement facile à faire, comme s'il l'avait fait des milliers de fois avant.

« - Qu'est-ce que tu dis ? » Demanda Draco, resserrant sa prise.

« - J'ai dit… putain. » S'écria Harry, alors que des ongles s'enfonçaient dans la peau douce de ses avant-bras. « - J'ai dit de ne pas dire de connerie. Tout le monde sait que tu ne peux pas faire les choses que tu dis. Ce n'est que des conneries. »

« - Donc, tu penses tout savoir de moi, hein ? » Demanda Draco, les yeux brûlants.

Harry sourit à bout de souffle, observant le sexe dur et dressé de Draco, pressé entre eux, à quelques centimètres du sien. « - Ouais. Je pense que tu me veux. »

« - Va te faire foutre, Potter. » Fit Draco, bougeant ses hanches et permettant à leurs érections de glisser l'une contre l'autre, séparé seulement par une fine couche de tissu. Harry gémit. Rigola.

« - Tu voudrais, hein ? »

Juste durant une fraction de seconde, le sourire de Draco fut sur ses lèvres et l'homme qu'Harry connaissait était de retour mais tout aussi rapidement, le masque froid et moqueur fut remis en place.

« - Cela ne signifie pas que je t'aime. » Marmonna-t-il, les yeux emplis d'un intense dédain d'écolier alors qu'il lâchait un des poignets d'Harry et sans avertissement ou cérémonie, glissa une main dans le boxer d'Harry et referma ses doigts autour de son sexe.

« - Je pense que tu le fais un peu. » Fit Harry, le souffle coupé par le toucher, ses hanches se cambrant sur les draps. Les gestes de Draco étaient fermes, erratiques, expertement inexpérimenté et il était brûlant, les yeux fixés dans les siens et il sombra dans une brume de si… et si leurs soi adolescents avaient choisi une voie différente pour leur animosité ? Aurait-ce conduit à un autre avenir ? Et plus important, cela aurait-il était si bon que cela ?

« - Quoi qu'il en soit, Potter. Tu es à moi. » Gronda Draco avec un demi-sourire alors que son poing se resserrer autour de son sexe, tirant un gémissement du fond de sa gorge, les yeux brillants. Harry leva sa main libre avec l'intention d'attirer Draco plus près, de l'écraser comme le Gryffondor féroce qu'il était censé être mais quelque chose dans la voix de Draco quand il marmonna « - Putain, tu es chaud. » L'interrompit et avant qu'il ait le temps de faire quoi que ce soit, il cria et se libéra brusquement dans la main de Draco.

« - Draco. » Gémit-il, oublieux. Il s'en fichait. Il ferma les yeux.

Quand il reprit ses esprits et cligna lentement des yeux vers Draco, il enregistra immédiatement l'expression étrange sur son visage. Le sourire du Serpentard avait disparu et les yeux de Draco étaient maintenant plissés avec une curiosité perplexe.

« - Eh bien, tu n'as jamais fait ça avant. » Dit-il finalement.

« - Mm ? » Fit vaguement Harry, en partie parce qu'il se sentait toujours délicieusement vaporeux et en partie parce que moins il en disait et moins il risquait de se mettre un peu plus en difficulté.

« - Regardes-toi. » Soupira Draco, lâchant le poignet d'Harry et nouant leurs doigts. « - Je disais juste que c'était une première… tu étais juste là et… sage. C'est très étrange. »

Harry se figea. Mordit sa lèvre. Merde. « - Eh bien, j'avais envie de te permettre de prendre le contrôle. » Dit-il, resserrant ses doigts autour de ceux de Draco et tentant un regard séducteur. Ou du moins convaincant.

Il échoua très probablement parce que Draco haussa juste un sourcil et prit sa baguette sur la table de chevet. Il jeta distraitement un sort de nettoyage, créant des picotements sur les cuisses d'Harry et se laissa tomber sur le côté, la tête appuyé dans une main.

« - Tu ne le fais pas habituellement lorsque tu essayes d'être docile, cependant. » Se souvint-il.

« - Essayer d'être docile ? » Demanda Harry, scandalisé.

Draco sourit sereinement. « - Tu sais ce que je veux dire. » Il fit une pause, fronçant les sourcils alors qu'il regardait Harry. « - Tu es toi, n'est-ce pas ? »

Le cœur d'Harry s'accéléra mais il feignit la confusion. « - Pardon ? »

« - Comment puis-je savoir que tu n'es pas sous polynectar dans la peau d'Harry ? » Poursuivit Draco et bien qu'Harry savait qu'il ne pouvait pas être trop inquiet, il était couché nu et vulnérable après tout et il ne pouvait pas écarter le sentiment que Draco ne plaisantait pas vraiment.

Harry déglutit. « - Ce n'est pas le cas. »

Draco le regarda. Quand il parla, les mots dégringolèrent à une vitesse qui n'était pas vraiment Draco. « - Que portais-je cette nuit-là ? »

Réfléchissant à la guerre, l'Ordre, ses début en tant qu'Auror, l'hésitation d'Harry ne dura qu'une fraction de seconde.

« - Pyjama rayé. » Dit-il rapidement. « - Le pyjama de Goyle. »

Draco se détendit visiblement. L'anxiété qui disparut de ses yeux confirma les soupçons d'Harry et il eut du mal à contrôler son pouls, sachant à quel point il avait été proche de souffler sa couverture.

Draco, quant à lui, sourit à ce souvenir. « - Il a toujours été un idiot. »

« - Ouais. » Dit Harry, cherchant déjà un moyen de corriger son erreur. Il était Auror… ou du moins, il avait été… il pouvait trouver. Il fallait juste paraître réaliste. « - Quoi qu'il en soit. » Ajouta-t-il, regardant Draco de manière neutre. « - Et toi ? Comment puis-je savoir que c'est toi ? Si nous devons commencer à nous poser des questions de sécurité, alors… à quand remonte exactement notre premier baiser ? » Demanda-t-il, espérant que sa véritable curiosité n'était pas aussi évidente que ce qu'il ressentait.

Draco grogna de dérision. « - Quel genre de question de sécurité est-ce ? Je pourrais être Hermione ou Ginevra ou Weasley lui-même, d'ailleurs… il a certainement dû tout voir ce soir-là. » Il grimaça pour lui-même, l'excitation de plus tôt apparemment oublié.

Intrigué, Harry se mordit la langue pour réprimer l'avalanche de questions. « - Il suffit de répondre à la question. »

« - Très bien. » Draco soupira. « - Quand exactement ? Je pense qu'il devait être vingt-trois heures trente… disons, trente-deux, d'accord ? C'était la troisième fête annuelle de Noël des Weasley et je crois que c'était un vendredi mais si tu veux vérifier ton calendrier et constater que je me trompe, libre à toi de me mettre à la rue. » Termina-t-il, lançant à Harry un regard noir avant de s'installer sous les draps et les tirer jusqu'à son menton.

« - Je demandais juste, pas besoin de t'énerver. » Marmonna Harry, retirant le reste de ses vêtements avec un peu d'effort et s'effondrant dans le lit à côté de Draco. Immédiatement, il se retrouva drapé et emmêlé avec d'autres membres à la recherche de chaleur. Il soupira et ne dit rien.

« - Il faut toujours que tu me rappelles le moment où je me suis fait surprendre en train d'embrasser mon supposé meilleur ami derrière un buisson d'hortensia à moitié mort dans le jardin arrière des Weasley. » Dit Draco. « - Pas exactement un bon départ pour une relation. »

Harry sourit, ravi par la chaleur dans les yeux de Draco et le fait qu'il était maintenant en mesure de mettre en place une autre pièce de son passé.

« - Je ne sais pas, tu es toujours là non ? »

« - Il semblerait. » Dit Draco, reflétant le sourire qu'Harry lui adressait. Il posa sa tête sur son épaule et soupira. « - Je passe trop de temps avec Fitzwilliam, je pense. Je perds apparemment mon esprit… ce qu'il en reste. »

« - Age. » Toussa Harry, s'attendant à la chiquenaude dans les côtes qui suivit. « - J'ai presque oublié de te dire : il semble avoir senti que quelqu'un le suivait. »

Draco se renfrogna. « - Je ne le suis pas. Je m'infiltre soigneusement dans son entourage. »

Harry enterra juste son visage dans l'oreiller et rigola.


Les prochains jours passèrent sans incident et à la mi-janvier, Harry était plus à l'aise dans sa nouvelle routine. Il avait toujours été un peu lisse, peu satisfait dans la vie qu'il menait et il était vraiment heureux de ne pas se sentir pris au piège, même pendant un moment. C'était étonnamment libérateur.

Aller se coucher en étant satisfait de soi plutôt que tendu et fatigué lui permettait de dormir profondément et émettre peu de plaintes lorsque son réveil en cuivre sonnait et fumait avec attention le matin. Harry remarquait également la puissance réparatrice du sommeil dans son apparence vigoureuse dans le miroir, sa peau et ses yeux brillaient et ses maux de tête étaient merveilleusement absents. Il se demandait aussi, dans les moments les plus calmes, comment il avait réussi à vivre toutes ces années sans s'effondrer d'épuisement. Il savait que cette réponse concernées trois bonnes raisons et putain, il lui manquait.

Mais il était là maintenant, devant se fier aux paroles de Boris et se jetant dans son travail, expérimentant et ressentant un fouillis d'émotion bizarres alors qu'il faisait sculpture étrange après sculpture étrange. Il avait trouvé un petit sort bizarre pour le Veneficus dans l'un des livres du salon et avait créé une série de petites pièces qui dégageaient d'énormes quantités de chaleur avec un simple effleurement de baguette. Cela avait ainsi donné un enchevêtrement de courbes en chênes et de verre orange qui lui rappelait Lily et un grand bol en verre multicolore et difforme, provoquant la confusion et qui s'était vendu pour un montant obscène de galions, quelques heures après sa fabrication. Perplexe mais heureux, il se mit au travail pour fabriquer toute une série de ça.

Il ne pensait toujours pas qu'il était une sorte d'artiste et il faisait disparaître autant de sculpture qu'il en vendait mais tant qu'il n'était pas sous pression ou n'avez pas à s'inquiéter de devoir impressionner quelqu'un, il trouvait que ça venait naturellement. Si naturellement en fait, qu'il se sentait un peu mal que personne de son ancienne vie ne l'ai jamais encouragé à essayer de faire quelque chose de créatif. Pourtant, il ne pouvait pas s'en empêcher mais il se sentait à sa place.

Lors d'un calme vendredi après-midi, il se permit de faire une pause et se rendit chez Richenda, où il passa une demi-heure agréable à parcourir les différentes sections et sélectionner de nouveaux disques pour l'atelier.

« - Vous avez l'air en forme, Monsieur Potter ! » S'écria-t-elle, ses longues boucles d'oreille se mouvant alors qu'elle se penchait pour prendre les achats d'Harry. « - Ceux-ci changent beaucoup de votre dernier achat. » Ajouta-t-elle en haussant un sourcil.

Harry sourit d'un air penaud. « - Eh bien, ceux-ci sont pour moi. Le plaisir plutôt que les affaires, si vous voulez. »

« - Oui bien sûr, je me souviens maintenant. » Elle se pencha plus près, ses ongles colorés en rouge tapotant sur les pochettes. « - Comment cela s'est-il passé, Monsieur Potter ? Faut que je sache ! »

« - Je pense que ça s'est bien passé. » Dit pensivement Harry, respirant l'odeur lourde de fleurs séchées et de vinyle et se rappelant son duo ahurissant avec Lucius. « - J'aurais pu faire mieux mais vous savez comment sont les belles-familles. »

« - Oh oui. » Acquiesça Richenda d'un air sombre. « - Eh bien, j'espère que vous apprécierez mieux ceux-là. Ils seront peut-être une source d'inspiration… j'ai entendu dire que vous vous étiez mis à travailler avec du verre, Monsieur Potter, est-ce vrai ? »

Harry saisit le sac contenant ses achats et cligna des yeux, légèrement surpris. « - Euh, oui… je ne savais pas que vous étiez au courant de cela. »

Richenda rigola, secouant ses cheveux noirs. « - Il y en a peu qui ne savent pas ça, je vous assure. »

Embarrassé, Harry passa une main dans ses cheveux et désigna la porte. « - Eh bien, voilà… hum… je ferais mieux d'y retourner alors. Merci pour ça. » Dit-il précipitamment, tenant le sac et la saluant alors qu'il ouvrait la porte et sortait dans le soleil d'hiver qui éclairait le Chemin de Traverse.

« - Au revoir, Monsieur Potter ! » S'écria-t-elle dans son dos.

Il secoua la tête et prit la direction de l'atelier. Quand il arriva, il trouva un hibou inconnu qui attendait, perchait sur le muret et se penchant territorialement d'avant en arrière alors qu'un chat blanc se trouvait à quelques mètres de lui. Harry regarda un instant, amusé, alors que le chat aplatissait ses oreilles et tentait de défendre sa position mais le hibou hua fortement et il bondit en bas du mur en sifflant et disparut rapidement.

« - Eh bien, c'était impressionnant. » Dit Harry, en s'approchant du hibou soigneusement.

Il hulula légèrement, les plumes toujours gonflées et tendit la patte pour qu'Harry prenne le message.

« - Merci. » Dit-il en déroulant le parchemin. « - Je n'ai rien pour toi, je le crains mais… »

Avant qu'il ait pu finir sa phrase cependant, le hibou déploya ses ailes et s'envola. Amusé, Harry le regarda jusqu'à ce qu'il ne soit plus qu'un point brun dans le ciel et reporta son attention sur la lettre.

« Monsieur Potter,

Mon nom est Larson Clearwater et je suis le rédacteur en chef de la section Arts et Culture de la Gazette du Sorcier. Je tiens à écrire un article sur vous et votre travail et notamment vos nouvelles créations abstraites de verrerie. En tant que tel, serait-il possible de venir à votre atelier un jour dans la semaine pour une interview et prendre quelques photos ?

S'il vous plait, laissez-moi savoir si vous avez un moment. Je comprendrais que votre emploi du temps doit être très chargé.

En vous remerciant,

L. Clearwater. »

« - Arts et Cultures ? » Murmura Harry, incrédule. « - Moi ? C'est ridicule. »

« - Miaou. » Fit le chat blanc, réapparaissant non loin de là et regardant autour de lui, peut-être à la recherche du hibou rival.

« - Eh bien, tu l'as dit. » Soupira-t-il, regardant la lettre juste au cas où elle aurait changé en quelque sorte.

Le chat remua la queue et cligna ses grands yeux verts vers Harry. Apparemment, il n'avait rien de plus à dire sur ce sujet. Harry mit la lettre de Monsieur Clearwater dans le sac avec ses disques et se leva. Il pénétra dans l'atelier, étirant les muscles de ses bras endoloris et se préparant pour un autre après-midi de travail acharné.

Draco aurait une opinion, sans doute.

Quand il rentra ce soir-là, Draco lâcha à contrecœur sa tasse de thé pour lire la lettre puis rigola simplement en la rendant à Harry et dit : « - Je commençais à être inquiet… tu n'étais plus dans la Gazette depuis presque deux mois. »

Harry récupéra sa lettre et s'effondra sur le canapé en cuir usé, posant ses pieds sur les coussins et froissant légèrement le parchemin alors qu'il réfléchissait. Enfin, incapable de trouver une raison de refuser, Harry écrivit une réponse positive à Monsieur Clearwater, lui indiquant que samedi serait parfait. Après tout, s'il voulait faire des choses bizarres, il allait avoir besoin d'aide.

L'aide arriva juste avant neuf heures le samedi matin, sous la forme d'une Maura vivement habillée et qui bondit pratiquement hors de la cheminée à sa rencontre.

« - Allez Oncle Harry, nous allons être en retard ! »

Ginny sortit de la cheminée derrière sa fille et roula des yeux. « - Calmes-toi, jeune fille, avant de te rendre malade. Ou exploser. » Elle se tourna vers Harry, ajustant son énorme sac sur son épaule. « - Je n'entends rien d'autres mis à part 'nous allons être dans le journal' depuis la semaine dernière. Et c'est de ta faute. » Reprocha-t-elle à Harry avec un sourire ironique.

« - Désolé. Ça fait partie de ma stratégie de plus ils passeront du temps à la prendre en photo, moins ils pourront me poser des questions stupides. »

Ginny rigola. « - Si seulement toutes les stratégies étaient aussi infaillibles. Peut-être que j'aurais plus confiance dans le fait que nous allons battre les Harpies aujourd'hui. Ou même ne pas tout simplement nous faire massacrer par eux, pour être honnête. » Admit-elle en soupirant.

« - Tu as l'avantage du terrain, maman. » Réconforta Maura. « - Et ton Attrapeur est meilleur que leur Attrapeur. »

Ginny sourit à Harry et s'agenouilla pour embrasser sa fille. « - Merci. Continue à avoir de bonnes pensées. Et ne gêne pas trop Oncle Harry, d'accord ? » Elle se redressa, ébouriffant les cheveux de Maura. « - Je viendrais la chercher après le match. »

« - Nous irons manger une glace. » Informa Maura à Harry. « - Moi et maman et papa. »

« - Chocolat et cire de bougie ? Caramel et carotte ? Agneau et fraise ? » Taquina Harry.

Maura fit une grimace. « - Tu es stupide parfois. » Dit-elle gravement et derrière elle, sa mère peinait à cacher son amusement. Harry posa les mains sur ses hanches et haussa un sourcil.

« - Je vais y aller. » Dit Ginny à voix haute, montrant la cheminée et tapotant son sac. « - Les joueurs doivent m'attendre pour que je leur crie… euh, motive… ou quelque chose. » Elle saisit la poudre de cheminette et rigola alors qu'elle disparaissait dans les flammes vertes.

Harry et Maura échangèrent un regard.

« - Penses-tu vraiment que je suis stupide ? » Demanda-t-il après un moment.

Maura cligna ses grands yeux noirs vers lui. « - Un peu. »

« - Est-ce une mauvaise chose ? » Demanda-t-il, conscient que ceci était la vraie question.

Elle fronça les sourcils et plissa le nez avec confusion. « - Non. » Répondit-elle lentement, comme si c'était évident.

Harry sourit. « - Bien. Allons-nous faire ces photos ? »


« - Aimes-tu ma robe ? » Demanda Maura un peu plus tard, alors qu'elle et Harry étaient assis à une table de travail dans l'atelier plus propre que d'habitude, attendant que Monsieur Clearwater arrive.

Harry regarda le vêtement inévitablement écarlate avec son col brodé et la jolie dentelle au bas de la jupe. « - Très chic. » Dit-il. « - Et moi ? »

Maura rigola. « - Tu ne portes pas de robe ! Mais je voudrais être ta cavalière. » Admit-elle, tendant la main pour caresser le tissu doux et vert de la manche d'Harry.

« - Merci. C'est à Oncle Draco. Il semblait penser que c'était la meilleure couleur à porter pour les photos. » Confia-t-il, sa bouche se plissant alors qu'il repensait aux derniers mots de Draco avant qu'il disparaisse pour un certain type de réunion. 'Pas que je m'en soucie, bien sûr mais tu devrais porter celle-ci ou celle-ci.' Suivi d'un petit sourire suivit par un choc de cintre et de tissu lourd sur la forme endormie d'Harry avant de sortir de la chambre en coup de vent.

« - Oh. » Dit Maura perplexe. Elle baissa à nouveau les yeux vers sa robe, ses pieds battant dans le vide. « - Papa me l'a acheté. Maman n'était pas contente du tout. » Dit-elle sombrement.

Harry se mordit la lèvre. « - Pourquoi pas ? »

« - Elle vient de chez Tissard et Brodette. » Répondit Maura, un regard lourd de sens dans ses prunelles sombres.

« - Tu m'as perdu. » Dit Harry. « - Désolé. »

« - Ça signifie qu'elle était très chère. » L'informa-t-elle.

« - Ah, bien sûr. » Dit Harry. Et puis : « - Je pensais que ton papa n'aimait pas les couleurs. »

Maura frotta une poussière invisible sur sa robe. « - Il ne les aime pas pour lui. Il les aime pour moi. » Elle haussa les épaules.

« - En effet, il t'aime. » Dit-il, agrippant fortement le bord du banc. Maura fronça légèrement les sourcils. « - Fais-moi confiance. »

« - D'accord. » Dit Maura, presque dans un murmure et puis il y eut un coup à la porte.

« - Prêt ? » Harry se leva et aplatit ses cheveux inutilement.

« - Ouais. »

« - Je suppose que je dois les laisser entrer alors. » Dit Harry, résistant à l'envie de lancer un sort de transparence sur la porte et obtenir un bon regard sur les intrus à l'avance. Difficile de briser des années d'habitude méfiante, surtout quand il s'agissait de journalistes. Harry plaqua un sourire sur ses lèvres et posa la main sur la poignée de la porte. Les choses étaient différentes ici. Cet homme n'allait pas le mordre, surtout avec la présence d'un enfant.

Maura se pencha avec impatience sur le banc, ignorant complètement qu'elle était une sorte de dispositif de sécurité pour un homme adulte. « - Allez. » Murmura-t-elle.

« - Très bien. » Murmura-t-il, faisant une légère grimace avant de rétablir son sourire et d'ouvrir la porte. « - Bonjour Monsieur Clearwater. »

L'homme sur le seuil lui sourit, montrant des dents blanches brillantes sur un visage bronzé. « - Comment allez-vous, Monsieur Potter, comment allez-vous ? » Beugla-t-il presque au visage d'Harry, complètement en contradiction avec son accent terriblement raffiné.

« - Euh… ça va certainement. » Dit Harry en reculant et permettant à Monsieur Clearwater de rentrer dans l'atelier, suivi par un homme énorme habillé de rose qu'Harry n'avait pas remarqué jusqu'à ce qu'il entre à son tour.

Maintenant, il déambulait lentement dans l'atelier, tenant son appareil photo contre sa poitrine et balayant l'endroit avec des yeux bleus curieux qui étaient à peine visible sous un désordre de cheveux blonds. Maura le regarda, apparemment fascinée, depuis son perchoir sur la table de travail.

« - Ne faites pas attention à Karlo, Monsieur Potter, il vient se faire une idée de l'endroit. La lumière et tout ça. » Déclara Monsieur Clearwater en enlevant son manteau d'hiver pour révéler un costume trois-pièces en tweed. Il cala son manteau sur son bras et sortit une montre de poche en cuivre de son gilet. Louchant à travers ses lunettes carrées cerclée de métal qui n'était pas très différentes de celle d'Harry, il soupira. « - Le temps passe ! Karlo, est-ce nécessaire ? »

Se demandant ce qu'il voulait dire, Harry se retourna pour voir le photographe gargantuesque debout en équilibre précaire sur un plan de travail et passant un doigt sur le puit de jour. Il s'en fichait, les tables étaient assez solides après tout mais le visage de Monsieur Clearwater était exaspéré.

« - Laisse les fenêtre de Monsieur Potter tranquille ! » S'écria-t-il.

« - Un bon éclairage ici. » Déclara Karlo d'une voix douce. Il regarda Harry alors qu'il descendait. « - Désolé. »

« - Pas de problème. » Fit Harry en haussant les épaules. « - Si vous devez me prendre en photo, autant que ce soit dans une bonne lumière. »

« - En effet, en effet ! » Acquiesça Monsieur Clearwater, marchant à grandes enjambées vers le puit de jour et levant la tête, ce qui fit briller ses cheveux poivre et sel. « - Merveilleux. Oh, bonjour ! » Fit-il soudainement, souriant à Maura. « - Quelle robe incroyablement chic. »

« - Merci. » Répondit Maura, souriante.

« - Désolé. » Fit rapidement Harry. « - Monsieur Clearwater, Monsieur Karlo, voici ma nièce, Maura. Ma petite muse. »

Karlo émit un bruit indistinct et hocha son énorme tête en reconnaissance.

« - Bonjour Maura. » Fit gravement Monsieur Clearwater, lui serrant la main. « - Juste Karlo suffira et vous n'avez pas besoin de m'appeler Monsieur Clearwater, Lars sera bien. »

« - Comme Harry. » Ajouta rapidement Harry.

« - Donc, nous connaissons tout le monde ! » Déclara Monsieur Clearwater en souriant de nouveau. « - Bien. J'ai été impatient de vous rencontrer, Harry, je dois l'avouer. Depuis que Penny m'a dit qu'elle vous avait croisé au ministère il n'y a pas longtemps. »

Harry hésita, se mordant la lèvre alors qu'il réfléchissait. Penny. Bien sûr. Pénélope Clearwater, la petite-amie de Percy à Poudlard, était la fille de cet homme. Valait mieux dire quelque chose. « - C'est très agréable de vous rencontrer aussi. » Dit-il, croisant les doigts dans son dos et espérant que la flatterie suffirait. « - Pénélope dit de merveilleuses choses à votre sujet. Elle est très fière. »

Monsieur Clearwater rigola. « - Ah, si seulement les enfants pouvaient nous dire de telles choses en face. »

Harry sourit, ressentant un petit pincement dans la poitrine alors qu'il pensait immédiatement à James, qui aurait plutôt préféré s'immoler dans le feu plutôt que faire un compliment direct à Harry.

« - C'est vrai. Mais les enfants font toujours des compliments agréables, quelle que soit la forme dont nous les recevons. » Dit finalement Harry, surpris par sa propre franchise. Etonné, en fait mais il y avait quelque chose de très authentique chez Monsieur Clearwater… Lars… qui balayait tous ses points du vue sur la presse.

« - Oh, bien pensé. » Se réjouit-il, rayonnant et prenant Harry par le coude. « - Est-ce que cela vous dérange si je le note ? Non ? Ah, ou ai-je mis cela maintenant ? » Marmonna-t-il, fouillant dans ses nombreuses poches, sortant sa baguette, un mouchoir, sa montre de poche qu'il regarda un instant, avant de la remettre dans son gilet et finit par sortir triomphalement un élégant petit carnet argenté et un crayon assorti.

La surprise d'Harry devait être claire sur son visage parce que Lars se mit à rire alors qu'il ouvrait son carnet et commençait à griffonner rapidement.

« - Rien de tout cela ne doit vous étonner ici, Harry. Karlo et moi tenons à faire les choses à l'ancienne, voyez-vous. Nous travaillons ensemble depuis de nombreuses années, n'est-ce pas Karlo ? »

« - Oui. » Répondit Karlo sans lever les yeux alors qu'il installait son appareil photo, sous le regard curieux de Maura.

« - Il ne parle pas beaucoup. » Confia Lars, mâchonnant l'extrémité de son crayon.

« - Je n'avais pas remarqué. » Taquina Harry, réprimant un sourire. Il pensait qu'il pouvait commencer à s'amuser.

« - Je pense que je parle assez pour nous deux. » Confessa Lars. « - C'est plutôt excitant d'enquêter sur le monde de l'art… j'ai passé ces vingt-sept dernières années à la Gazette, à écrire sur la quasi-totalité des restaurants. » Il soupira et haussa les épaules. « - Le temps pour quelqu'un d'examiner ces restaurants. »

« - Je crains de n'être pas aussi excitant. » Dit Harry. « - Mais le changement est toujours bon. »

« - Oui, ça l'est Harry. Bien que le sujet d'examen n'est pas sans charme. » Songea Lars, fixant Harry d'un œil conspirateur. « - Avez-vous déjà essayé Le Lézard Agité sur Carnaby Street ? C'est un endroit moldu et tendance… tendu par une sorcière et son mari… Moldu, très agréable. Tout est très convivial et ils ont un délicieux menu oriental… » Il s'interrompit en secouant la tête et souriant à Harry. « - Désolé c'est une déformation professionnelle. Pouvons-nous commencer ? »

Durant les deux prochaines heures, Harry répondit… ou du moins tenta de répondre… à une montagne de question de Lars, apparemment infatigable que, en dépit d'avoir vingt ans de plus qu'Harry, débordait d'une énergie contagieuse qui balaya Harry qui n'avait même pas besoin de son habituel 'putain, j'ai besoin d'une pause-café'. Les questions allaient de peu exigeantes (quel genre de bois préférez-vous travailler ce jours-ci, Harry ?) à la plus complexe (Qu'est-ce que votre travail signifie pour vous ? Est-ce un changement de style indicatif d'un quelconque changement dans un autre domaine de votre vie ?) Et tout le reste.

Karlo quant à lui, restait en arrière-plan, faisant à peine un bruit alors qu'il repositionnait son équipement et clic de photo, des réponses courtes mais douces, exprimées en marmonnant aux demandes incessantes de Maura. Malgré sa fascination pour ce grand homme calme, elle se souvenait de son engagement à protéger Harry de l'effrayant journaliste et n'hésitait pas à se glisser souvent entre Harry et Monsieur Clearwater pour donner son avis.

« - Vous avez une précieuse assistante, Harry. » Dit finalement Lars avec un air chaleureux, assis sur un des plans de travail. Harry avait essayé de le convaincre de s'asseoir sur une chaise en bois parfaitement décente, qu'il avait sorti d'un coin et nettoyé pour l'occasion mais Lars avait refusé. Donc, ils étaient assis l'un en face de l'autre, à quelques mètres de distance, les jambes pendantes et les visages baignés par la lumière du soleil alors qu'Harry parlait lentement de son travail avec confiance parce que c'était finalement son travail à lui et pas à son autre lui-même et cela faisait toute la différence.

« - Je le suis. » Dit Maura avec son plus charmant sourire. « - Quand je ne suis pas à l'école. »

« - Je vois. » Acquiesça Lars, griffonnant. « - Et à quelle école vas-tu ? Je ne veux pas laisser quoi que ce soit de côté. »

« - La primaire de Loutry Ste Chaspoule. Mais j'irais à Poudlard. » Ajouta-t-elle rapidement, clignant des yeux et fixant Lars comme si elle le défiait de la contredire. Harry se détourna pour cacher un sourire, juste à temps pour entendre le flash de l'appareil photo de Karlo.

« - Celle-là est bonne. » Marmonna-t-il.

« - Je pense que beaucoup de gens aimeraient savoir, surtout avec toutes ces merveilleuses œuvres abstraite, ce qui inspire votre travail ? » Demanda Lars et quand Harry se retourna pour le regarda, il scrutait à nouveau sa montre de poche. Peut-être un tic nerveux. Harry se demandait ce que Draco aurait à dire à ce sujet.

« - Ce qui m'inspire ? » Répéta Harry pour gagner du temps et jouant avec la manche de la chemise de Draco. Il ne savait pas comment répondre à cela. Il n'y avait pas vraiment pensé. Mais peut-être que c'était la clé. Il tenta de repousser son anxiété et saisit le bord de la table. « - Tout. Tout le temps. Le temps… les saisons… mes… les enfants, mes amis, mes sentiments. La frustration est une bonne chose. » Admit-il, poussé par la chaleur dans les yeux de Lars. « - Tout ce qui se passe, vraiment. Je n'ai pas d'idée précise en tête, je laisse juste tout sortir et fais avec. »

« - Je suppose que c'est un vrai plaisir par rapport à la précision absolue qui est nécessaire pour créer une de vos œuvre habituelle. » Déclara Lars, la voix enthousiaste et son crayon argenté volant presque alors que sa main s'agitait.

« - Ouais. » Rigola Harry. « - C'est certainement un sentiment très différent. Et c'est important de prendre des risques, je crois. Dans le travail… et la vie. C'est si facile de stagner et laisser les choses se faire… » Harry toussota. « - Je veux dire par là que c'est important d'essayer de nouvelles choses. »

« - Risque ! » S'écria Lars en souriant. « - Le risque est le jus de la vie ! »

« - Eh bien, exactement. » Acquiesça Harry.

« - Que diriez-vous de faire quelques photos de vous et de vos œuvres à risque glorieuse ? » Suggéra Lars, se redressant et rangeant son carnet. « - Et Mademoiselle Maura bien sûr. »

« - Mm ? » Maura leva les yeux de là où elle était accroupie à côté de Karlo, qui lui montrait tout un arc en ciel de lentilles de couleur. « - Je l'aime bien celui-là. » Murmura-t-elle, pointant une du doigt.

« - Allez, Maura Fedora. » Dit Harry en lui faisant signe d'approcher. « - Allons poser avec ces choses étranges. »

« - Magnifique ! » Dit Lars, observant rapidement sa montre. « - Pourquoi est-ce que l'artiste et son assistante ne poseraient pas près de ce beau bol en verre ? Qu'en penses-tu Karlo ? »

« - Oui. » Dit Karlo, fronçant ses gros sourcils blonds de concentration. Et puis, dans la phrase la plus longue qu'Harry ait entendu de lui, il ajouta : « - Beau morceau de verre, Monsieur Potter. »

« - Merci. » Dit Harry, étrangement touché.

« - Merveilleux. » Marmonna Lars, debout et serrant sa montre de poche avec les deux mains.

Maura rigola et s'accrocha au bras d'Harry. Il prit une profonde inspiration, inhalant l'odeur de sciure de bois et du verre en train de refroidir de la démonstration qu'il avait fait plus tôt, le parfum d'agrumes de Draco qui était, en quelque sorte, accroché à sa chemise. C'était un petit moment parfait et il voulait le retenir, comme de la fumée entre ses doigts. Son sourire était grand et véritable alors qu'il passait son bras autour de Maura.

« - C'est très bien. » Grogna Karlo.


Lars laissa Harry après une ferme poignée de main et un sourire sincère tandis que Karlo acquiesça poliment et donnait une tape sur l'épaule de Maura qui, bien qu'elle ait été faite doucement, propulsa la petite fille sur les dalles de pierre. Cela ne fit rien pour freiner l'admiration de Maura pour lui, cependant, et elle rigola juste de plaisir alors qu'elle restait sur le seuil et saluait les deux hommes de la Gazette du Sorcier.

Harry avait été informé que l'article apparaîtrait dans le journal du week-end. Cependant, il fut battu dans la presse par Draco, dont Fitzwilliam avait été enfin démasqué jeudi dernier et son article s'étalait sur les premières pages le vendredi et ébranlait les fondements de la communauté politique sorcière.

« - Je ne suis pas content de ça. » Soupira Draco, pliant l'édition du matin et le posant sur la table de la cuisine. Il se pencha en arrière sur sa chaise et tapota ses doigts sur sa tasse de thé rayée. « - Il y avait tellement de chose que j'aurais pu soutirer de lui, je sais que j'aurais pu mais il commençait à soupçonner quelque chose et… eh bien, les gens comme Fitzwilliam ont très peu de scrupule quand il faut éliminer les preuves. » Il lança à Harry un sourire significatif et ce dernier fit de son mieux pour avoir l'air de savoir de quoi il parlait. « - Je n'ai pas eu beaucoup de choix. Ce n'est pas aussi fort que j'aurais aimé. »

« - Tu as bien fait. » Dit Harry, prenant le journal et l'ouvrant sur ses genoux. « - Tu as fait avec ce que tu avais. »

« - Publier ou périr. » Draco haussa les épaules, vida sa tasse et la reposa.

Harry hocha la tête. Il prit un morceau de pain grillé beurré et croqua distraitement dedans alors qu'il lisait.

Le même jour où il parlait devant le Magenmagot, le Ministre de la Magie et une centaine de spectateur au sujet des nouvelles politiques strictes du 'Clair, Sûr, Fort' du Département des Aurors, Franz Fitzwilliam organisait des rencontres clandestines avec des organisations du crime, dont la Slovaque 'Pozar Riba', l'une des organisations qui figurée en 2015 sur la fameuse 'Liste Dangereuse' de Fitzwilliam.

Harry examina plusieurs photos floue mais où on reconnaissait incontestablement Fitzwilliam, dans plusieurs endroits et en grande conversation avec plusieurs hommes, dont Harry était horrifié de reconnaître certains dangereux individus. Il leva les yeux vers Draco, imprégné de fierté, qui avait risqué sa sécurité pour prendre ces photos. Pour recueillir ces informations et écrire ces mots.

« - Il est foutu. » Dit-il, arrachant ses yeux du journal et regardant Draco. « - Il y aura une enquête officielle maintenant et il perdra son travail… normalement. »

« - Bon sang, espérons-le. Je me plais à penser que je peux encore faire un peu de bruit. »

« - Je ne pense pas que tu perdras un jour cette capacité. Tu es probablement né avec. »

« - Je ne nie pas que c'est un trait Malfoy mais je pense que tu es responsable de mon obsession de vérité de nos jours. » Dit Draco, se levant et mordant dans le toast qu'il venait de voler dans l'assiette d'Harry.

Harry ne dit rien mais sourit, se rappelant les mots chauds et les yeux brillants dans l'obscurité qui étaient presque de vrais souvenirs maintenant.

« - Tu sais. » Confia Draco, repoussant la manche de son pull noir et examinant les lettres tatouées sur sa peau pâle. « - Même après toutes ces années, je me plais à penser que chaque bâtard sur lequel j'enquête est comme un pas de danse sur la tombe de Voldemort. » Dit-il, les yeux se plissant de mépris alors qu'il prononçait le nom.

Le cœur d'Harry tapa contre sa cage thoracique, gonflé d'approbation et il se permit durant quelques secondes pour profiter de la distraction de Draco pour essuyer ses doigts contre son jean avant de se lever pour aller l'embrasser.


Au moment où la Gazette du samedi arriva, tout le monde parlait de l'article de Draco. Fitzwilliam semblait s'être évaporé complètement, ce qui portait encore plus de poids à la véracité des paroles de Draco et le ministère déployait de gros efforts pour assurer la population qu'une enquête approfondie avait déjà commencée.

L'article de Lars, niché dans la section Art et Culture, était quelque peu éclipsé mais cela ne dérangeait pas du tout Harry. Il était débordant de fierté pour Draco et n'avait absolument aucun intérêt à être le centre d'attention. Draco, cependant, était beaucoup plus heureux de voir Harry sur le journal et sembla oublier toute son insatisfaction à l'égard de son propre travail alors qu'il lisait l'article en question et observait les photographies en couleur de Karlo. Harry regarda avec lui, le menton posait sur son épaule et il était impressionné. L'homme disait peu de mot mais il avait du talent, comme un artiste se devait d'avoir.

Harry n'avait jamais particulièrement apprécié de se faire prendre en photo et n'avait jamais savouré les résultats mais ces images avaient quelque chose d'autre : elles étaient pleines de chaleur avec de beaux sourires authentiques, des couleurs vives et elles semblaient illuminaient la double page et donner plus de vie aux louanges de Lars.

« - Pourquoi est-ce que tu essayes toujours d'avoir l'air sensuel ? » Marmonna Draco, la bouche plissée.

Harry grogna. « - Sur laquelle ? »

Draco posa un doigt pâle sur la photo où Harry faisait une démonstration de soufflage de verre. Certes, il y avait beaucoup de fumée et ses yeux étaient plissés contre la chaleur alors qu'il faisait lentement tourner le tuyau mais c'était une photo banale et il n'y avait aucun moyen sur terre pour qu'il soit ou même essaye d'avoir l'air sensuel, bordel de merde.

« - Je me concentrais ! » Protesta-t-il.

« - Tu te concentrais sur ta séduction d'âge moyen. » Marmonna Draco, souriant largement maintenant.

« - Va te faire foutre. » Dit Harry, s'allongeant sur le canapé et poussant Draco avec son genou.

« - Langage. » Dit Draco avec désinvolture, observant la photo de Maura souriante et à genoux à côté de la sculpture Lily, qui était presque aussi grande qu'elle.

« - Je n'ai pas promis d'arrêter de jurer. » Souligna Harry. « - Elle ressemble beaucoup, n'est-ce pas ? »

Draco hocha la tête. « - Je pense que celle-ci de vous deux est bien, en fait. » Il désigna la plus grande photo qui était sous le titre 'Harry Potter prend un tournant'.

Harry regarda la photo où il avait un bras autour de Maura alors qu'ils se tenaient près du grand bol en verre multicolore. Pendant un instant, ils restèrent immobiles, souriant et se tenant bien avant qu'ils se sourient l'un à l'autre et éclatent de rire.

« - Vraiment bien. » Dit-il, voulant tendre la main et prendre la photo. La garder avec lui. Il se fit une note mentale pour acheter son propre exemplaire dès qu'il irait sur le Chemin de Traverse. Celui-ci, après tout, était à Draco et Harry soupçonnait que ce n'était qu'une question de temps avant qu'il termine dans l'album '2018'.

« - Quand j'ai entendu dire que cet artiste talentueux et inhabituel faisait une pause dans ses créations habituel pour se plonger dans l'abstrait, je me devais de le voir. Monsieur Potter a répondu à mon hibou avec une rapidité impressionnante et m'a invité dans son atelier du Chemin de Traverse samedi dernier, et mon fidèle Karlo et moi-même nous y sommes rendus. Vraiment, Monsieur Potter, trente-sept ans et sa merveilleuse assistante, Maura Zabini-Weasley, sept ans, sont de charmants individus. » Lit Draco, haussant un sourcil d'amusement. « - Tu as ce Monsieur Clearwater enroulé autour de ton petit doigt, non ? » Il fit une pause. Fronçant les sourcils. « - Clearwater… Clearwater… ce n'est pas lui qui fait des articles gastronomiques ? »

« - Il le faisait. » Acquiesça Harry, en regardant la photo de Lars. « - Il était très heureux d'essayer quelque chose de nouveau, que puis-je dire ? C'est un gentil homme, vraiment. »

« - Je demande instamment aux fans de Monsieur Potter et aux amateurs d'art aussi de se rendre sur le Chemin de Traverse et mettre la main sur quelque chose d'étrange et beau pour votre maison. Et pendant que vous y êtes, pourquoi ne pas passer également la porte du Dragondale Deli, se trouvant pas loin et où vous pourrez déguster le meilleur pain à la citrouille. » Continua Draco, lisant la fin de l'article. « - Il n'a pas oublié qu'il était écrivain gastronomique, alors. »

« - Non, il m'a même donné une adresse, en fait. » Dit Harry en s'étirant et suivant Draco alors qu'il pliait le journal et se dirigeait vers le bureau.

« - Excellent. » Fit Draco en avançant dans le couloir et tournant au coin du couloir. « - Nous irons célébrer cela avec Ginevra et Blaise ce soir et c'est ton tour de choisir un restaurant. »

« Merci Lars. » Pensa Harry, accélérant le pas pour rattraper Draco. Alors qu'il traversait le hall d'entrée carrelé, cependant, son genou qui avait été sage pendant plusieurs jours, céda sous lui et il se retrouva à chuter sur le sol dur.

« - Bordel de merde. » Marmonna-t-il, reprenant son souffle et grimaçant légèrement en sentant ses os craquer.

Lentement, il se redressa, se tenant en équilibre avec une main sur le mur et fléchissant son genou avec soin.

« - Tu vas bien ? » Demanda Draco, émergeant du bureau avec l'album '2018' sous le bas.

« - Stupide genou. » Grogna Harry et le nez de Draco se plissa de sympathie. Il tripota la plume qu'il avait à la main puis la cala derrière son oreille.

« - Tasse de thé, alors ? Et puis, je dois ajouter mes pensées. » Il désigna l'album. « - Pensées très importantes. Graves et sérieuses pensées de grandes conséquences… » Marmonna-t-il en se dirigeant vers la cuisine sans attendre de réponse.

Harry resta en arrière pendant un moment, hypnotisé par les mouvements de l'araignée dans la cage d'escalier alors qu'elle sabordait entre plusieurs rampes supérieures, s'apprêtant à filer un nouvel avant-poste à sa toile déjà imposante.

« - Bien pour toi. » Murmura Harry, faisant quelques pas en arrière avant de se diriger vers la cuisine pour sauver sa tasse de thé de Draco. Il aimait les araignées et celle-ci… comme lui-même, il supposait… avait parcouru un long chemin.

Quand il arriva à la cuisine, il trouva la tête d'Arthur dans le feu.

« - Magnifique article, Harry. » Se réjouit-il. « - Y'a-t-il une chance que je fasse un autre essai avec le verre ? »

« - Absolument. » Dit Harry, se tournant soigneusement et retirant sa tasse de la main de Draco alors qu'elle s'apprêtait à toucher ses lèvres. « - Fait-en un toi-même, sale… euh, Serpentard. » Termina-t-il, se souvenant d'Arthur. « - Quoi qu'il en soit, oui, s'il vous plait, venez mais je pense que nous ferions mieux d'attendre jusqu'au week-end prochain, j'ai le sentiment qu'aujourd'hui sera plus chargé que d'habitude. »

En milieu de matinée, Harry savait qu'il avait eu raison d'être prudent. L'article de Lars avait attiré les clients en masse, remplissant son atelier avec un mélange intéressant d'acheteurs potentiels, de lecteurs curieux de la Gazette et des groupes de femmes, certaines assez vieilles pour être la grand-mère d'Harry, qui semblaient se contenter de le regarder travailler et bavarder joyeusement sur ses sculptures. Il quitta l'atelier, épuisé, à dix-huit heures et demie et se précipita au Numéro Douze pour se nettoyer de sa journée et trouver quelque chose que Draco jugerait apte à porter pour le dîner.

Ayant à l'esprit les règles de mélange de couleurs, au moins autant qu'il les comprenait, Harry s'attarda devant les placards ouvert pendant plusieurs minutes, prétendant ne pas entendre les marmonnements impatients de Draco dans la salle de bain ou le sifflement de vaporisateurs et frottements de tissu, lui faisant savoir que Draco nettoyait quelque chose pendant qu'il attendait.

« - Si tu mets de l'eau de Javel sur ton nouveau pantalon, je n'accepterais aucun blasphème. » Déclara Harry, poussant Frank hors de son chemin afin de pouvoir décrocher une chemise rouge de son cintre et l'examiner.

« - Nous ne ressentons pas tous le besoin de mettre de la saleté partout quand nous nous nettoyons. » Dit Draco, sortant de la salle de bain, tenant un chiffon loin de sa tenue immaculé.

Harry fit une grimace à Draco dans le miroir et haussa les épaules alors qu'il enfilait la chemise rouge. « - Nous ne sommes pas des midinettes. »

« - Comme tu me blesses. Essaye ma veste brune avec cette chemise. » Indiqua Draco. « - Non, pas celle-là. Celle avec la tête de Frankfurto sur la poche de poitrine. »

« - Evidemment. »


La nuit était belle et douce alors qu'Harry, Draco, Ginny et Blaise avançaient sans se presser en passant par Londres vers le Lézard Agité, parlant et riant sous un ciel bleu profond et velouté. Les talons hauts de Ginny claquaient sur le trottoir alors qu'elle suivait le rythme impressionnant de ses compagnons de grande taille et le rire de Blaise était porté par l'air froid sentant la fumée de bois et les arômes salés de divers restaurants. Détendu et chaleureusement fatigué, Harry avançait à côté de Ginny et ne faisait aucun effort pour se défendre contre Blaise qui l'avait pris pour cible et le taquiner sur sa 'sensuelle' photo dans la Gazette.

« - Il est juste jaloux de ne pas pouvoir avoir l'air sensuel s'il essayait. » Déclara Ginny, passant son bras sous celui d'Harry alors qu'ils marchaient.

« - Bien sûr. Je suis un homme à mille expressions. »

« - Peut-être que j'aurais dû t'épouser à la place. » Taquina pensivement Ginny alors qu'une rafale de vent apporté à ses narines le parfum floral de ses cheveux. Son cœur se serra.

« - Ouais. » Marmonna-t-il, la gorge sèche. « - Je me demande ce que ça aurait pu être. »

Ginny rigola. Un grand éclat de rire. « - Terrible, je suppose… oh, non. »

« - Quoi ? » Harry fronça les sourcils, suivant son regard et puis il le vit. Bien sûr. Il était partout.

Goldstein, vêtu de noir des pieds à la tête, marchait sur le trottoir vers eux. Il était à au moins une centaine de mètres mais les bons yeux de Ginny permirent à Harry de l'observer en secret durant une minute ou deux, et ce fut assez longtemps pour remarquer l'homme mince aux cheveux noirs à côté de Goldstein, un bras autour de sa taille alors qu'ils marchaient.

Blaise et Draco, fortement absorbés dans leur discussion qui impliquait beaucoup de secouement de tête et geste de la main, n'avaient pas encore remarqué mais Harry et Ginny ralentirent leur marche presque au point mort alors que Goldstein et son rendez-vous approchaient.

« - Je déteste dire cela mais il ressemble… »

« - Beaucoup à moi ? » Murmura Harry, plissant les yeux vers l'homme au jean usé et cheveux débraillés.

« - Oh, c'est bizarre. » Fit Ginny.

« - Quel est le problème ? » Demanda finalement Draco, ayant remarqué qu'ils ne suivaient plus. Blaise et lui avaient terminés leur conversation et s'était retournés vers Harry et Ginny.

« - C'est l'autre crétin, regarde. » S'écria Blaise, donnant un coup de coude dans les côtes de Draco. « - Et il semble avoir un sosie d'Harry. C'est très étrange. »

Draco soupira et ferma les yeux une fraction de seconde sous l'exaspération. « - Comme d'habitude, Blaise, tes talents résumant sont incomparables. »

« - Nous n'allons pas rester planté, non ? » Demanda Ginny, serrant son manteau plus étroitement autour d'elle et bougeant ses pieds sur le trottoir. « - Je meurs de faim et pour être honnête, il me faut quelque chose de beaucoup plus intéressant que lui pour me retenir loin de mon dîner. »

« - Je suis d'accord avec Ginevra. » Dit Draco, jetant un coup d'œil à Goldstein et son ami alors qu'ils traversaient la rue calme, apparemment insouciant de la discussion qui avait lieu plus bas dans la rue. « - Jamais faire attendre une dame chic. »

Ginny grogna. « - Cher Draco. Qu'allons-nous prendre alors ? Brochettes de poulet ? » Demanda-t-elle, agitant ses doigts. « - Légumes Thaï ? Nouilles croustillantes avec… »

« - Merde, je pense qu'il nous a vu. » Interrompit Blaise.

« - Bougre. » Marmonna Ginny.

« - Il aurait pu ne pas nous voir si nous n'étions pas restés debout ici à avoir une réunion de mère. » Déclara Draco, non sans raison.

« - Qu'est-ce qu'une réunion de mère ? » Voulut savoir Blaise.

Draco haussa les épaules, rentrant son visage dans son écharpe. « - Aucune idée. »

Tenter de tout bloquer, Harry se détourna, juste à temps pour voir les yeux de Goldstein se poser sur lui. Il se défit rapidement de l'étreinte de l'homme aux cheveux noirs (qui à y regarder de plus près, pensa Harry, était plus jeune et beaucoup plus beau que lui-même) et le repoussa en un mouvement rapide. Sans rompre le contact visuel, il aplatit un pli invisible sur sa veste et son sourire s'agrandit de plusieurs crans.

Harry regarda, légèrement bouche bée et il lui fallut plusieurs seconde avant d'être en mesure de quitter Goldstein des yeux et se concentrer sur le jeune homme rejeté, qui se tenait debout sur le trottoir, passant son regard entre Harry et Goldstein et se passant une main dans les cheveux de façon intermittente. Le cœur battant, Harry voulait lancer un sort à Goldstein et prendre cet homme par la main et lui dire de partir d'ici, qu'il pouvait trouver beaucoup mieux. Il n'avait pas besoin de connaître l'homme pour le savoir.

Alors qu'il se tenait là, comme s'il était piégé dans un Filet du Diable, incapable de détourner le regard du jeune homme surpris, il entendit vaguement le bruit de pas et bruissement de manteaux derrière lui alors que Draco, Ginny et Blaise regardaient dans un silence anxieux.

« - Harry. » Dit Goldstein finalement, rompant le silence. « - Je ne pensais pas te voir ici. »

Se sentant encore un peu étourdi, Harry le regarda. « - Ici ? Ici sur le trottoir, juste à côté de ce lampadaire ? » Demanda-t-il, levant un bras en démonstration, sentant déjà ses nerfs commençaient à craquer. « - Es-tu sûr ? Parce que tu sembles avoir un certain talent pour te trouver partout où je suis ! Pourquoi ? »

« - Harry, vraiment, il n'y a pas besoin de t'énerver. » Dit Goldstein avec douceur.

« - Tu n'as pas à dire ce que je dois faire. » Rétorqua Harry. « - Surtout pas maintenant que j'ai vu comment tu traites tes rendez-vous. »

Quand il regarda ostensiblement le jeune homme aux cheveux noirs, les yeux de Goldstein suivirent le mouvement puis se plissèrent de dédain. « - Il n'y a rien comme ça, Harry. Il n'y a rien. »

L'homme émit un bruit indistinct et secoua lentement la tête, comme s'il essayait de comprendre pourquoi il était encore là, debout.

« - Tu es incroyable. » Marmonna Harry puis il fixa Goldstein. « - Et pas dans le bon sens. »

« - Allez, Harry, allons-y. » Dit doucement Ginny, posant une main dans son dos.

« - Je ne vous avez pas vu. » Dit Goldstein. « - Bonsoir Ginny. Blaise. » Il fit une pause, ses lèvres se plissant très légèrement. « - Draco. Toujours accroché, hein ? »

Les mots seuls étaient déjà trop mais il y avait aussi quelque chose dans sa voix, quelque chose de si méprisant que les entrailles d'Harry se tordirent de rage. En quelques secondes, il tira sa baguette et fit plusieurs pas vers Goldstein.

« - Assez ! Qu'est-ce que je dois faire, putain ? » Hurla-t-il, le souffle erratique et la baguette tenue d'une main ferme à quelques centimètres du visage de Goldstein.

L'homme aux cheveux noirs fit un pas instinctif en avant mais Harry le remarqua à peine.

Goldstein le fixa, les yeux vides et le souffle plus rapide maintenant.

Harry baissa la voix. « - Laisse-le tranquille. Laisse-nous tranquille. Comprends-tu ? »

« - Harry. » Murmura Goldstein et Harry ferma les yeux, la main crispée sur sa baguette. Il ne savait pas exactement ce qu'il fallait faire maintenant mais sa maîtrise de soi disparaissait rapidement.

Il sursauta à la main ferme sur son épaule.

« - Il ne vaut pas une seconde de plus de ton temps, Harry. » Fit la voix profonde de Blaise derrière lui. « - Où le vôtre, jeune homme. » Ajouta-t-il et Harry ouvrit les yeux juste à temps pour voir l'accord réticent sur le visage de l'homme. Il soupira et fit une brève mais prometteuse grimace à Goldstein puis Blaise tira Harry en arrière et ils s'éloignèrent le long du trottoir, un bras puissant enroulé autour de son épaule.

Il ne regarda pas en arrière et même en tournant au prochain coin de rue avec Draco et Ginny marchant derrière eux, chuchotant furieusement, sa colère commença à disparaître. Elle fut remplacée par une chaude irritation qui parcourait ses veines et le faisait plus piétiner que marcher, les mains enfoncées dans les poches et la tête bourdonnante.

« - Je ne lui aurais pas fait de dommage, tu sais. » Dit-il à Blaise quand il le lâcha enfin. « - Juste un petit sort. Juste un tout petit. »

Blaise grogna. « - Je suis sûr que ça aurait été très satisfaisant d'y assister aussi mais tu aurais ensuite été horriblement rongé par la culpabilité le lendemain. Je sais comment tu es. »

« - Je m'en fiche. Ça en aurait voulu la peine. » Soupira Harry. « - J'ai l'impression que tout est de ma faute de toute façon, tu sais, la façon dont il est. »

« - Tu prends vraiment la responsabilité pour des choses ridicules. » Dit Blaise, les yeux fixés sur lui du haut de sa grande taille et ayant l'air perplexe.

« - Non, vraiment. » Insista Harry. « - Si je n'avais pas enfin remarqué ce qu'il faisait et le recadrer à ce sujet, eh bien il n'aurait pas commencé à se comporter comme… eh bien… ça ? »

Blaise pinça pensivement les lèvres. « - Je ne sais pas. Je sais, cependant, que tu es en aucune façon responsable parce que quelqu'un a un trouble mental. » Il fit une pause, regardant derrière lui. « - Regarde Draco… totalement cinglé aussi. Pas de ta faute. »

Harry rigola. Il ne voulait pas passer toute la soirée à penser à Anthony Goldstein. Idéalement, il ne voulait pas passer plus de temps à penser à Anthony Goldstein. Prenant une profonde inspiration, il se retourna et porta son attention sur Draco.

« - Arrête ça, Ginevra. » Dit-il en secouant la tête et souriant à Harry. Il était beau.


« - Ces nouilles sont incroyables. » Murmura Ginny, tenant ses baguettes dans un certain angle et mettant plusieurs nouilles épicées dans sa bouche.

« - Je ne sais pas. » Dit Blaise en haussa un sourcil. « - Tu ne m'en laisses pas. »

« - Tu exagères. Quoi qu'il en soit, tu savais que j'étais affamé. » Fit-elle remarquer en souriant et léchant un peu de sauce sur sa lèvre inférieure.

« - Je suis sûr que tu ne mourrais pas de faim, Blaise. » Dit Draco, prenant la dernière croquette de poisson et lançant un regard désapprobateur au ventre de son ami.

Blaise rigola. « - Je suis également sûr que tu ne cesseras jamais de manier tes baguette comme une plume. » Répliqua-t-il et d'un geste étonnamment rapide, il vola la croquette de Draco. Elle fut dans sa bouche avant que Draco ait le temps de protester même et, inévitablement, quand il le fit, ce fut à cause de ses manières à table et non pour la nourriture volée.

Il regarda sa prise de baguette et fronça les sourcils à Blaise. Ses yeux étaient plissés et ses sourcils froncés mais il n'y avait pas de malveillance du tout, juste de la bonne humeur et des taquineries entre amis avec de la liqueur de riz, des rires et beaucoup trop de nourriture. Le Lézard Agité, décoré avec plein de lanternes en papier, des aquariums de poissons exotiques et des touches magiques secrètes, comme les tableaux qui bougeaient subtilement pour s'adapter parfaitement aux regards des clients, était jusqu'à présent un succès retentissant.

« - Il n'y a rien de mal avec la façon dont je tiens mes baguette. Si tu es déterminé à embêter quelqu'un, pourquoi ne pas choisir Harry… il est nul. »

« - Oh, merci. » Dit Harry, piquant le bras de Draco avec la fourchette qu'il avait pris dans la défaite au milieu du repas. Il n'avait jamais été doué avec des baguettes et il ne voyait aucun intérêt à souffrir pour sauver les apparences.

« - Pauvre Harry. » Marmonna Ginny, ramassant quelque chose tombé sur la natte et lui tendant comme un prix de consolation. « - Nouilles ? »

« - A moi. » Déclara Blaise, aspirant la nouille dans sa bouche puis se tournant vers Draco. « - Et non parce qu'Harry connait ses limites. Harry n'a pas la folie des grandeurs. »

Harry rigola, en partie à l'accusation de Blaise et en partie à l'expression horrifié sur le visage de Draco. Sans réfléchir, il passa un bras autour de Draco et déposa un baiser rugueux sur sa joue, savourant l'odeur familière de sa peau et la faible trainée de chaume sous ses lèvres, sentant la traction du sourire de Draco et fermant les yeux pendant une seconde, se laissant baigner dans l'amour. C'était si facile.

« - Ne me l'énerve pas, Draco. » Fit Ginny alors qu'une serveuse approchait et commençait à récupérer leurs assiettes vides. « - Quand nous rentrerons à la maison, il se mettra à faire de l'alcool dans la baignoire. »

« - Gin ! » S'exclama Blaise, sa bouche s'ouvrant théâtralement.

La serveuse fit une tentative héroïque pour cacher un rire mais ses épaules tremblaient alors qu'elle s'éloignait de la table, les bras plein d'assiettes.

« - Qu'est-ce qui ne va pas avec toi et la baignoire ? » Demanda Harry. Il croisa les bras sur la table et se pencha vers eux, fixant Blaise avec un œil curieux.

« - La baignoire est un endroit merveilleux, Harry. » Gronda Blaise, prenant la bouteille de liqueur de riz et remplissant le verre de tout le monde.

« - Oh, mon dieu, quel message. » Soupira Draco, prenant la bouteille et versant le liquide clair dans le verre de Blaise.

« - C'est le cas. » Confirma gravement Blaise mais Harry ne put pas découvrir la nature de ça parce que la serveuse revint à nouveau à leur table. Elle posa une petite assiette puis hésita, ses yeux les regardant anxieusement et ses doigts, dont les ongles étaient vernis de noir, jouaient avec le stylo.

« - Tout a été bien pour vous ? » Demanda-t-elle, essayant de ne pas regarder Blaise. Harry ne pouvait pas la blâmer.

« - C'était délicieux, surtout les nouilles. » Dit Ginny, remettant une mèche derrière son oreille et souriant à la serveuse. « - Je ne pense pas que je peux laisser mon mari ici ? »

La serveuse cligna des yeux. « - Non, madame. Nous ne disposons pas de baignoire ici. Je suis désolé. » Dit-elle et elle disparut derrière un aquarium de poisson avant que quiconque ait une chance de répondre.

A la table, il ne fallut que quelques secondes avant que Draco, Harry et Ginny se mettent à ricaner et rire. Blaise, qui semblait toujours être offensé et essayant de paraitre misérable, prit la petite assiette et distribua les biscuits de fortune.

Harry prit le sien, cassa la coque croquante et extrait son bout de papier. « - Lors de la marche sur la route la plus courte, faites attentions aux ours inattendus. »

« - Il est très difficile de trouver un chat dans une pièce sombre, surtout s'il n'y est pas. » Lut Ginny. « - Eh bien, c'est bon à savoir. »

Draco toussa. « - Têtes gonflées rassemblent parfois plusieurs araignées au plafond. »

Blaise rigola. « - Voici un message personnel pour toi, mon ami. » Il ignora le geste grossier de Draco et lut son propre mot. « - Votre femme meurt d'envie de vous faire un massage des pieds… vraiment ? » Demanda-t-il, se tournant vers Ginny.

« - Continue à rêver. » Dit Ginny en souriant. « - J'ai mieux à masser que tes pieds. »

« - Je vais avoir des cauchemars. » Se plaignit Draco, vidant son verre et regardant son ami. « - Qu'est-ce que ça dit vraiment ? »

« - Ca dit : votre patience sera récompensée. Peut-être avec un massage des pieds. » Ajouta-t-il avec espoir.

« - Tu es un homme horrible mais je t'aime. » Déclara Ginny, croquant dans son biscuit.

Harry grogna. Il mangea son biscuit et le fit passer avec une gorgée de liqueur de riz. Blaise fit disparaitre le sien en deux grandes bouchées. Draco, cependant, observait son biscuit avec suspicion.

Ginny soupira. « - Draco, si tu ne le manges pas, ça ne se réalisera pas. »

« - Eh bien, ce n'est pas une très bonne magie, n'est-ce pas ? » Draco fronça les sourcils. « - Et de toute façon, je ne veux pas que ma tête soit pleine de toile d'araignée. »

« - Peu importe. » Dit Harry. « - C'est un biscuit de fortune magique. C'est déroutant et mystique. »

Les lèvres de Draco se tordirent en quelque chose qui ressemblait beaucoup à une moue. « - Ca n'a pas un goût très agréable. »

« - Mange. » Ordonna Blaise, écarquillant les yeux jusqu'à ce que le blanc de ses yeux soit visible autour de ses iris sombres.

« - Je ne veux pas. »

« - Il a très bon goût. En fait, ça n'a pas vraiment le gout de quelque chose. » Fit Ginny.

« - Oui, parce que c'est un produit gratuit. Quoi qu'il soit, en fait, il a un goût de pain grillé avec du sucre dur dessus. »

Ginny haleta. « - Ooh, pain grillé ! On n'a pas encore grillé ! »

« - Est-ce que ça veut dire que je ne dois pas manger cette vile chose ? » Demanda Draco avec espoir.

« - Draco, mange juste. Je suis sûr que tu as eu des choses pires dans la bouche. » Soupira Harry, prenant la bouteille pour remplir les verres une fois de plus.

Ginny se pencha sur la table pour frapper la main d'Harry, souriant. Draco roula des yeux et mit la moitié du biscuit dans sa bouche.

« - Bon garçon. » Fit Blaise.

Draco grimaça quand il avala. « - Pourquoi suis-je toujours votre ami ? »

« - Parce que nous t'aimons ! » S'écria Blaise, faisant un grand sourire blanc et levant son verre. « - Pour Draco : enquêteur suprême, défenseur de la vérité, fléau de la corruption ! »

Draco grogna mais leva son verre pour trinquer avec les autres. Harry pensa secrètement qu'il semblait plutôt heureux.

« - Pour Draco ! »

« - Et pour Harry, pour apparaître dans le journal et rendant folle des milliers de grands-mères avec son air sensuel. » Ajouta Ginny en riant et échangeant un sourire avec Draco.

« - Pour Harry et expression sensuel ! » S'écria Blaise.

Harry vida son verre et décida de ne pas se retourner et voir combien de personne les regardait. Après une ou deux minutes, il se leva un peu chancelant de la table et se dirigea vers le bar pour payer, regardant les poissons dans les aquariums alors qu'il avançait à travers le restaurant.

« - Bonsoir. » Dit-il à la jeune serveuse et fouillant dans le contenu de ses poches. « - Je voudrais payer pour notre table… » Il leva les yeux et la serveuse avait disparu. « - Vous cherchez encore des bénéfices ? » Soupira-t-il, examinant la chemise blanche de Boris et son tablier noir arborant un lézard de bronze étincelant.

« - Ne t'occupes des variétés, jeune homme, tu le sais. » Boris posa ses grandes mains sur le marbre sombre et fixa Harry avec ses yeux laiteux. « - Nous avons déjà parlé de ça. »

« - Ouais. » Fit Harry en souriant. Il glissa la main dans ses proches et sortit le porte-monnaie et les galions.

« - Nous savons tous quand nous avons vu tout ce qu'il fallait. » Poursuivit Boris. « - Quand il est temps d'y aller. »

Harry le regarda, sentant le froid l'envahir. « - Que dites-vous ? »

« - Tu sais ce que je veux dire, mon garçon. » Dit Boris, la voix un peu plus douce que d'habitude.

Harry tourna les yeux à travers le restaurant, vers la table où Draco, Ginny et Blaise rigolaient et finissaient la bouteille. Il se sentait malade. Sa tête bourdonnée, son cœur battait trop fort et il se força à regarder vers Boris.

Il déglutit. « - Je dois partir ? »

« - C'était seulement un aperçu, fiston. Un aperçu est par définition, temporaire. »

Harry saisit le bord du comptoir. « - Ouais, je… je sais. Je sais ça, c'est juste… » Il prit une profonde inspiration, essayant avec un léger succès de reprendre le contrôle. « - Quand ? » Demanda-t-il.

« - Tu seras chez toi au matin. »

Ayant l'impression de tomber, Harry se pencha sur le comptoir et passa une main dans ses cheveux. « - Demain ? Vous ne pouvez pas ! »

« - Tu pensais que tu ne t'habituerais jamais ici, n'est-ce pas ? » Dit doucement Boris. « - Tu ne pouvais pas comprendre ce que faisais avec lui. Tu as fait un long chemin, je dois dire. »

Harry leva les yeux. « - Est-ce tout ce que vous avez à dire ? Que j'ai fait un long chemin ? Vous m'avez envoyé ici, vous m'y avez abandonné et maintenant je suis amoureux de lui. » Déclara-t-il farouchement, fusillant le vieil homme du regard. « - Est-ce que vous entendez ? Je l'aime ! Et maintenant, c'est fini ? Maintenant ? »

Pendant un moment, Boris ne dit rien. Glacé, Harry écouta le son rauque de sa propre respiration et les cliquetis et les murmures dans le restaurant derrière lui.

Boris passa une main dans sa longue barbe. « - Je n'ai pas envie de te voir en colère, jeune homme. Ceci était l'aperçu de ce qui aurait pu être… et les règles disent que quand tu as vu ça… que tu as clairement vu… alors l'aperçu doit reprendre son cours, tu comprends ? »

« - Non. » Répliqua Harry. « - Je ne suis pas prêt ! Je ne suis pas… je ne suis pas… » Sa voix se fana et il se frotta les yeux avant de poser les deux mains à plat contre le marbre. « - Mes enfants… sont mes enfants, d'accord ? »

Boris hocha la tête et les larmes qui picotaient dans les yeux d'Harry finirent par s'enfuir avant qu'il les essuie d'un revers de main.

« - Ils ne sauront jamais que tu es parti. » Dit Boris et Harry fut étonné qu'il lui remette une serviette propre.

« - Merci. » Il essuya ses yeux et poussa un fragile soupir. James, Al et Lili. Et sa Ginny… l'autre Ginny. Harry regarda vers la table à nouveau, le cœur serré de confusion. Cette Gin-là était amusante, heureuse, satisfaite de sa vie et qui avait fait un chapeau avec sa serviette et le disposait sur la tête de son mari.

« - Que vais-je faire ? »

Boris secoua la tête, secouant sa longue barbe. « - Seulement toi le sais. »

« - Vous êtes incroyablement inutile parfois, vous savez ? »

« - Ce n'est pas à moi de te dire ce que tu veux, jeune homme. » Dit Boris.

« - Quel est votre travail exactement ? »

« - Tu devrais retourner à ta table. » Dit le vieil homme, ignorant soigneusement la question, comme ce qu'Harry avait à moitié prévu. « - Ceci est pour moi. »

Harry rigola, un peu hystérique. « - Alors vous jouez complètement avec mon esprit et mes émotions mais vous voulez me payer le repas ? Génial. Ouais… génial. » Marmonna-t-il, tournant le dos à Boris et se forçant à retourner à table. Il était incroyablement tenté de se précipiter dans les toilettes et transplaner dans un endroit sûr, silencieux mais il ne voulait pas perdre une seule seconde de son temps avec ces personnes.

« - Tout va bien ? » Demanda Draco, tendant son manteau à Harry alors qu'ils rassemblaient tous leurs affaires et quittaient la table.

« - Oui, bien sûr. » Répondit Harry. Il regarda le sol alors qu'il enfilait son manteau et quand il croisa à nouveau les yeux de Draco, il sourit.

« - C'est le biscuit de fortune. » Déclara Ginny, impassible. « - Il était empoisonné. »

« - Tu serais désolée si c'était vrai. » Répliqua Draco, posant une main douce dans le bas du dois d'Harry alors qu'ils sortaient du restaurant et regagnaient la rue.

L'air était glacé maintenant et tous les quatre resserrèrent leurs manteaux et écharpes autour d'eux, avançant lentement à travers la ville. Plein de nourriture et légèrement pompette, Ginny, Draco et Blaise se mirent à discuter sans effort mais Harry les écouta à peine. Il faisait ce qu'il pouvait pour se rappeler de respirer et continuer à mettre un pied devant l'autre.

Parce qu'il allait partir. Dans quelques heures, tout cela sera fini et aucune de ces personnes… pas Ginny, pas Blaise et pas même Draco… ne se souviendraient qu'il avait été ici. Ils retrouveraient leur propre Harry et son talent inné. L'homme qui pouvait faire de belles lampes et des armoires et des petites tables. L'homme qui gérait habilement la presse et qui était aimé et respecté par le public. L'homme qui avait vraiment sauvé Draco Malfoy.

Draco méritait cet homme.

Le problème était qu'Harry aurait aimé que tout cela soit vrai et il avait une sourde douleur à l'intérieur de lui à chaque fois qu'il pensait a abandonné cela. L'idée de revoir ses enfants, de les embrasser et rire avec eux et les écouter discuter, calmait un peu cette douleur et créait même une bulle d'anticipation dans sa poitrine. Il n'avait jamais été aussi confus de sa vie.

Les doigts froids de Draco se nouèrent aux siens et le cœur d'Harry se gonfla, chaud et douloureux.

« - Je parie que Maura est encore réveillée. » Dit Ginny. « - Maman la laisse toujours veiller tard. Bon sang, elle n'a jamais été aussi flexible quand j'étais petite. »

« - Si je pensais que ma mère aurait été une meilleure baby-sitter, je lui aurais demandé. » Offrit Blaise. « - Malheureusement, elle est morte. »

« Maura. » Pensa Harry. Quelque chose de froid tomba en lui. Sa petite guide excentrique et lumineuse appartenait à ce monde. Elle n'existait pas le sien et ça semblait insensé en quelque sorte.

« - Harry ? Hellooo ? »

« - Laisse-le tranquille, il réfléchit sur le sens de la vie. » Dit Blaise, attrapant Ginny et la soulevant. Elle couina. « - La complexité de notre existence ! »

« - J'en doute fortement, Blaise. Regarde la façon dont ses yeux sont vitreux… il pense à son lit. » Taquina Draco.

Harry ne dit rien.


Dès qu'ils rentrèrent à la maison, Draco se dirigea vers les escaliers. Harry resta en arrière, le regardant disparaitre. Après une minute ou deux, il entendit le bruit de l'eau qui indiquait le début de sa routine. Sachant qu'il avait au moins cinq minutes avant que Draco ne le cherche et lui réclame une tasse de thé, il alla dans le salon et se mit à genoux devant la table basse avec un parchemin et une plume, le cœur battant. Il resta assis là, la plume prête, la lèvre coincée entre ses dents et se sentant stupide et incapable de s'exprimer. Il n'avait aucune idée de quoi écrire. Mais il devait écrire quelque chose. Maura Zabini-Weasley, âgée de sept ans, avait été la seule personne à connaître la vérité sur sa visite et la seule personne qui avait su que tout était différent depuis ces dernières semaines.

Il voulait la voir et la remercier et lui fournir plus de gâteau aux épinards qu'elle ne pourrait jamais manger mais cela n'allait pas se produire. Il était presque onze heures du soir.

« Chère Maura. » Ecrivit-il. Prenant une profonde inspiration, il essaya de faire simple. Il ne se souvenait pas vraiment comment il savait lire quand il avait sept ans mais Maura était terriblement intelligente et elle n'avait jamais trébuchée sur les paroles des pochettes de Celestina, alors il espérait qu'elle pourrait lire cela.

« Je t'écris parce que je dois rentrer à la maison très bientôt. Je crains que je ne te revoie plus mais demain, tu auras ton vrai Oncle Harry et tu ne te souviendras probablement pas de cela mais je voulais te dire au revoir. Merci pour tout ce que tu as fait pour moi… tu as été merveilleuse. Je suis sûr que tu vas grandir pour être une belle femme étonnante.

J'aurais vraiment aimé être ton Oncle Harry. »

Une sensation de lourdeur dans les membres, Harry plia la lettre et alla chercher le hibou de Draco. Il se pencha par la fenêtre alors qu'il prenait son envol dans le ciel de la nuit, laissant le vent ébouriffer ses cheveux et refroidir sa peau.

« - Thé à rayure bleue ? » Fit Draco avec espoir depuis l'étage.

Harry soupira et sourit. Dans la cuisine, il feuilleta la Gazette qu'il avait acheté sur le Chemin de Traverse, ses yeux se posant sur la photo de lui-même et Maura derrière le grand bol de verre. Il regarda fixement, les doigts tapotant contre le comptoir et au moment où la bouilloire commença à siffler, il déchira la photo soigneusement. Inondé d'une culpabilité illogique, il la plia et la mit dans sa poche avant de faire le thé et le porter à l'étage.

Draco, confortablement installé dans le lit, s'illumina à la vue de la tasse fumante.

« - Parfois, tu es vraiment merveilleux. » Soupira-t-il, prenant son thé et inhalant la vapeur avec une expression extatique.

« - Personne ne peut mettre à infuser un sachet de thé comme moi. » Acquiesça Harry, s'asseyant au bord du lit et retirant ses chaussures. « - C'est une compétence très sous-estimé. »

Un doux grognement résonna derrière lui et puis les soupirs et les 'slurps' de l'heureux buveur de thé. Harry posa ses coudes sur ses genoux et regarda le tapis, souhaitant juste pendant un moment, se fondre dans les fibres colorées et disparaitre hors de vue. Pas que sa disparition allait vraiment aider quelqu'un. Selon Boris, cela n'allait pas vraiment le gêner pour le faire partir.

« - Vas-tu rester là avec tous tes vêtements ? » Demanda Draco d'un air endormi. « - Tu m'as l'air bien étrange. »

Harry couvrit sa bouche alors qu'il attrapait le bâillement de Draco dans sa voix. Il ne ressentait pas l'envie de dormir mais ça avait été une longue journée et il y avait un Draco nu dans son lit. Pour la dernière fois. Harry ferma les yeux.

« - Je réfléchissais juste mais ne t'inquiète pas, je vais arrêter maintenant. » Dit-il.

« - Quel soulagement. » Marmonna Draco et il y eut un bruissement de tissu alors qu'il s'installait sous les draps. Quand Harry se retourna, seulement son visage, ses cheveux et une main étaient visible dans la mer de coton blanc. La poitrine d'Harry se serra.

« - Je t'aime. » Murmura-t-il, à peine conscient des mots jusqu'à ce que Draco sourit d'un air endormi et ouvre ses yeux gris et chaud.

« - Je t'aime aussi, bougre d'idiot. Vient te coucher. »

Harry obéit sans un mot, ses doigts glissant sur ses boutons et fermeture mais les mains sûres alors qu'elles retiraient les vêtements. Enfin, il se glissa sous les draps et ne broncha pas quand Draco vint se coller contre lui, tout glacé et des senteurs de liqueur de riz et agrumes et une bouche chaude contre la peau d'Harry. Harry inspira et essaya désespérément de ne pas céder à la panique.

Essaya.

La culpabilité lancinante qu'il avait ressenti quand il avait admis ses sentiments pour Draco semblait maintenant aussi peu pertinente que le passé… c'était son homme et il l'aimait, la curiosité, les bizarreries et les complications que ça incluait. Il aimait ses yeux expressifs et son esprit aiguisé, sa nature obsessionnelle et sa passion pour les rayures. Ses efforts pour rattraper les erreurs qu'il avait commises dans sa jeunesse et ces quatre lettres… TURN… rappelaient cela… rappelaient que le changement était toujours possible.

Et peut-être que ça l'était. Pensa vaguement Harry, un scintillement d'idée s'enflammant dans son esprit.

« - Je ne suis pas vraiment fatigué. » Murmura Draco, levant la tête et posant son menton sur la poitrine d'Harry. Soupirant doucement, il observa Harry sous une mèche de cheveux blonds avant de froncer les sourcils et retirer les lunettes d'Harry de son nez. « - Je suis jeune et vigoureux. Et dynamique. » Il bâilla largement contre la poitrine d'Harry puis cligna des yeux vers lui, l'air un peu surpris.

« - Je sais. » Dit Harry, glissant une main autour de la nuque de Draco et liant leur bouche ensemble pour un lent et paresseux baiser comme s'ils avaient été éloigné pendant un très long moment. Les doigts de Draco se posèrent sur son épaule alors qu'Harry l'exhortait à ouvrir la bouche et approfondissait langoureusement le baiser. Il était heureux et triste de savoir qu'il allait tout perdre.

Draco s'écarta, ferma les yeux et effleura ses lèvres en un dernier baiser, se réinstallant dans le cou d'Harry.

« - Bonne nuit. » Murmura-t-il, en bâillant à nouveau.

« - Bonne nuit. » Dit Harry, écoutant sa respiration devenir lente et calme. C'était fini et Harry n'avait plus rien à faire mis à part le regarder dormir.

Il regarda les cheveux pâles de Draco scintillaient sous la lumière de la lampe. Les photos sur la table de chevet. Les ombres qui se dessinaient sur le plafond. L'inquiétude qui tordait son estomac à chaque minute qui passait et quand Draco bougea dans son sommeil, roulant sur le côté, Harry hésita seulement un instant avant de se glisser hors du lit. Il s'enroula dans une longue robe de chambre verte et sortit de la chambre sur la pointe des pieds. Quelque chose le tirait vers le bureau et l'étagère où se trouvaient les albums de cuir. Il prit plusieurs volumes et les ramena dans la chambre, évitant l'araignée nocturnement productive.

Il n'était pas vraiment sûr de ce qu'il faisait, tout ce qu'il savait c'est qu'il devait se concentrer sur quelque chose avant de perdre complètement l'esprit. S'installant dans un fauteuil près de la fenêtre, il dédaigna la lampe et feuilleta les albums à la lueur de sa baguette, permettant au doux bruit de la respiration de Draco de le calmer. Il regarda photo après photo et lit article après article, déterminé à garder les yeux ouvert à tout prix. Il savait que c'était insensé, mais il ne pouvait pas s'empêcher de se dire que si peut-être il ne dormait pas, Boris ne pourrait pas le ramener et il aurait plus de temps pour trouver une solution à ce gâchis… peut-être.

Dans les premières heures de l'aube, cependant, Harry commença à se fatiguer. Il était à sa troisième pile d'album et sirotait fébrilement sa deuxième tasse de café fort. La caféine ne faisait rien pour empêcher ses membres de s'alourdir et ses yeux devenir douloureux et il n'arrêtait pas de sursauter dans son fauteuil à chaque fois que Draco bougeait ou marmonnait dans son sommeil. Quand Frank se glissa dans l'obscurité et monta sur les genoux d'Harry, il sursauta si violemment qu'il déversa presque son café fumant sur la tête du serpent.

« - Que fais-tu ? » Demanda Frank, s'éloignant de la tasse d'Harry et effleurant de sa langue une photo où Harry et Draco achetaient des sandwichs sur le Chemin de Traverse.

« - Lecture. Que fais-tu, à part essayer de me faire mourir de peur ? » Demanda Harry, posant sa tasse au sol pour plus de prudence.

« - Je t'ai entendu. Je t'ai entendu monter et descendre les escaliers, faisant plein de bruit de craquement. Il est très tard, tu sais. » Fit Frank, s'enroulant soigneusement sur les genoux d'Harry et bloquant complètement l'album.

« - Oui, je te remercie. » Harry se frotta les yeux. « - Je pensais que tu n'étais pas intéressé par les heures. »

« - Non mais je peux voir dans l'obscurité et je peux voir que l'autre dort. Pas bête, tu sais. Pas distrait. »

Les petits yeux noirs de Frank brillèrent et il éloigna sa tête d'Harry, apparemment blessé. Harry se dépêcha de corriger son erreur, posant une main douce sur ses écailles.

« - Bien sûr, tu ne l'es pas, je le sais. Je suis juste curieux. Il est probablement préférable de m'ignorer. »

« - Tu es fatigué. »

« - Non, je vais bien. » Insista inutilement Harry. Il doutait qu'un bâillement pouvait être traduit en Fourchelangue mais il ne pouvait pas dissimuler son expression aux yeux de Frank.

« - Tu es fatigué. Qu'est-ce que tu attends ? T'es-tu disputé avec l'autre ? » Demanda Frank, s'élevant lentement au niveau des yeux d'Harry.

« - Non. » Répondit Harry. « - Non, je ne suis pas prêt à aller dormir. »

« - Comme tu veux. » Répondit Frank, s'enfouissant dans les plis de la robe de chambre d'Harry, posant sa tête chaude et lisse contre la peau nue de la poitrine d'Harry. Bientôt, lui aussi s'endormit. Harry caressa distraitement ses écailles d'un doigt, regardant le serpent et l'homme endormi dans le lit avec des yeux fatigués. Avec précaution, il ferma l'album sur ses genoux et prit celui portant la mention '2018' et lit les commentaires manuscrits de Draco encore et encore.

« Fumée, feu et longues pipes… les outils de séduction d'un artiste Gryffondor vieillissant. »

« Que tout le monde sache que ceci est ta première interview avec Monsieur Clearwater, qui semble beaucoup t'aimer. La flatterie est une chose merveilleuse, Harry mais je suis prêt à parier que je suis beaucoup plus utile dans la chambre à coucher. »

« Ce serait ruineux pour mon image si cela était dévoilé mais voici une photo de mes deux personnes préférées au monde. »

Harry sourit. Il pouvait rester éveillé. Il suffisait de fermer les yeux, juste pour une seconde.


Il y avait une lumière en haut de l'escalier.