Note de l'auteur : Après avoir lu et relu ce chapitre, je le trouve plus violent et gore que les précédent. Et je ne sais pas encore ce qu'il en sera pour les prochains, mais il est possible que certains autres soient tout aussi gores. Je vous préviendrais donc, histoire que les estomacs sensibles ou ceux qui sont en train de manger s'abstiennent ;)
7. Leo Hunter, District 7 – tué par Clove Kentwell, District 2
Quand le gong retentit, je ne fais pas comme les autres tributs, qui courent vers la Corne, à la recherche d'armes ou de nourriture. Non. Je cours en direction de la forêt. Il est hors de question que j'aille à ce bain de sang. Ça serait courir tout droit vers la mort. Et je dois rester en vie. Je n'ai pas d'autre choix. Mes parents sont morts l'an dernier, je suis le seul à pouvoir m'occuper de mon petit frère Carter. À 16 ans, j'élève seul mon petit frère de 6 ans. Si je meurs, il n'a plus personne. Alors même si mes chances sont minces, je dois les exploiter. Je ne peux pas laisser Carter tout seul.
Je me retourne quelques instants, et je vois un massacre que je n'aurais jamais cru voir de toute ma vie. Des tributs, parfois même très jeunes, tombent de partout. Certains, apeurés, regardent dans tous les sens sans savoir quoi faire. Abigail, ma partenaire de District en fait partie. Elle est soudainement bousculée par un tribut, et je vois un éclair de peur dans ses yeux. Mais le tribut n'a sans doute même pas remarqué qu'il l'avait bousculée, et cours dans tous les sens. Puis, j'aperçois un sac, un peu plus loin. Un sac que personne ne semble avoir remarqué. Il est sans doute plein de provisions qui me seront très utiles dans l'arène. Ce sac, il me le faut. Alors, je cours à toute vitesse vers ce sac.
Puis, une douleur fulgurante me prend à l'épaule alors qu'une lame la traverse. Je hurle de douleur et tombe au sol. Aussitôt après, quelqu'un m'arrache brutalement le couteau de l'épaule et me retourne sur le dos. Je la reconnais, c'est la fille du District 2. Elle s'assied sur moi et me bloque les hanches avec ses genoux, et me fait un sourire sadique.
_ Alors ? Prêt à mourir ? ricane-t-elle méchamment.
Je tremble, parce-que cette fille m'a toujours fait peur, depuis le premier jour. Si son regard pouvait tuer, tous les tributs, voire tout le Capitole, auraient été morts dès la cérémonie d'ouverture. Elle a le don d'effrayer n'importe qui avec un seul regard d'acier. Et puis, il y avait eu les entraînements. Pas une fois elle n'avait manqué sa cible avec les couteaux – je venais d'ailleurs de m'en rendre compte. Et surtout, je savais qu'elle n'avait aucun scrupule à tuer. C'est elle qui avait tué le premier tribut, et un seul couteau avait suffi. Mais quelque chose me disait que pour moi, ça ne serait pas aussi rapide. Quelque chose me disait qu'elle allait prendre son temps. Elle allait prendre du plaisir à me torturer. Elle ne me tuerait pas aussi rapidement que le premier, car elle sent que là, elle a plus de temps devant elle. Elle allait sans doute vouloir que je la supplie. Mais je ne la supplierais pas. Je me contenterais de prier silencieusement pour que Carter ne voie pas ça. Et pour qu'il soit confié à une famille d'accueil qui l'aimera et qui prendra soin de lui, puisque je ne serais bientôt plus là. La fille du 2 m'observe longuement, à la recherche de peur dans mon regard. Mais elle n'en trouvera pas. Je vais soutenir son regard jusqu'au bout. Elle ricane.
_ Essaie pas de faire le fier, je sais que tu as peur. Et bientôt, tu vas aussi avoir mal, très très mal... et j'aimerais beaucoup te dire que ta douleur sera bientôt finie, mais je déteste mentir, alors...
Et sur ces mots, elle sélectionne un de ses couteaux, et, toujours avec ce sourire sadique accroché à ses lèvres, me le pose sur le coin de l'œil. Puis, lentement, elle me fait une profonde entaille jusqu'à l'oreille. Je serre les dents pour retenir mon cri de douleur. Elle fait la même chose de l'autre côté, mais en insistant beaucoup plus cette fois-ci, et je ne peux plus me retenir, je hurle à m'en vider les poumons. Je ne vois plus rien, ma vision est totalement brouillée par le sang qui coule sur mes yeux. Je crois même qu'elle m'a rendu aveugle. Elle continue à jouer de son couteau, entaillant le contour de mes lèvres, découpant lentement mes lobes d'oreille, tailladant mes bras, ma poitrine, mes joues, mon visage, ma gorge... chaque entaille est plus douloureuse que la précédente, et je n'ai même pas la force de crier, ma chair me brûle atrocement. Je n'ai qu'une envie, c'est mourir, je veux que cette souffrance cesse. Mais je ne la supplierais pas. Jamais.
Je n'ai pas besoin de la supplier. D'un coup sec et rapide, elle enfonce son couteau dans ma carotide, le remue un petit peu et le retire. Je sens mon sang, chaud, couler abondamment de ma gorge. Un filet de sang s'échappe également de ma bouche. Je ne lui en veux pas, à cette fille du 2. Je sais que je devrais, elle vient juste de me torturer à mort. Mais je ne lui en veux pas. En fait... elle me fait surtout pitié. Car elle n'a pas comprit que nous étions tous les pantins du Capitole. Elle et les autres carrières ont été élevés dans l'adoration du Capitole. Ils ne peuvent pas comprendre, du moins, pas maintenant. Mais elle le comprendrait plus tard.
Je t'aime, Carter. T'en fais pas, champion, tout ira bien pour toi, je songe alors que ma douleur cesse enfin dans la mort.
