Merci à celles qui ont laissé un petit commentaire. Réponse à notre retour de Venise. Les spéculations commencent. On adore lire vos idées.
A bientôt
Chapitre 7
Laredo, Texas, samedi 8h30, propriété d'Alvaredo
Alvaredo était assis à son bureau. Comme tous les matins, il relevait ses mails avant d'entamer sa journée de travail.
Steve, son secrétaire, entra avec le courrier et le journal.
"Bonjour Monsieur."
"Bonjour Steve."
Comme à leur habitude, son secrétaire s'assit et ils firent le tour de l'agenda de la journée. C'était également l'occasion pour Alvaredo de prendre des nouvelles de ce qu'il se passait en ville. Son réseau d'information était sans faille, tout le monde lui devait quelque chose ou cherchait à être en bons termes avec lui. Rien de ce qui se passait à Laredo ne lui échappait.
"Un couple est arrivé de New York," commenta Steve.
"Touristes ?"
"Non, leur jet privé est tombé en panne ; ils se sont posés en urgence." Il jeta un œil à son bloc note. "M. et Mme Delmott. Il semblerait que Mme Delmott soit en passe de devenir la personne la plus crainte de la ville." Il eut un léger rire. "Rien ne lui convient. Apparemment elle est habituée à beaucoup plus de luxe que notre ville ne peut en fournir."
Il tourna la page de son cahier. "J'ai fait quelques recherches. Ted Delmott est un homme d'affaires particulièrement discret. Ils ont une fortune colossale, mais ils restent très en retrait. Je n'ai trouvé que peu d'information à leur sujet. Ils semblent éviter les journalistes et les tabloïds."
Alvaredo hocha la tête. Il appréciait la discrétion lui aussi. Il lança quelques recherches sur son ordinateur, accédant à des serveurs privés. Les Delmott semblaient effectivement richissimes, appartenaient à des cercles fermés mais avec les bons contacts. Si Eleonore Delmott semblait surtout intéressée par sa petite personne, Ted pouvait s'avérer un partenaire à étudier.
"Je vais proposer à Alma de les inviter pour le thé. Ils doivent mourir d'ennui en ville."
"Bien, Monsieur. Je ferai porter le carton." Il lui tendit un papier. "La liste définitive des invités de ce soir."
"Merci."
Steve quitta la pièce et Alvaredo prit la clé de son caisson. Il fronça les sourcils en l'enfonçant, elle ne pénétrait pas avec la souplesse habituelle. Il insista un peu et la serrure tourna enfin. Il tira le tiroir et observa les dossiers. L'un deux était légèrement de travers.
Il resta pensif un instant, puis regarda vers la porte de l'atelier.
Caffrey.
Aucun doute, son "invité" n'avait pas perdu de temps à fouiller son bureau. Il n'était pas surpris. Il savait que tôt ou tard l'homme chercherait à en savoir davantage. Il n'était pas inquiet, ses dossiers les plus sensibles étaient hors d'atteinte. Il sortit la chemise pour vérifier quel dossier l'ex-voleur avait feuilleté.
Il ne fut guère surpris de voir qu'il s'agissait de son propre dossier. Il lui avait dit l'avoir fait surveiller, donc ces documents ne faisaient que corroborer ses explications. Il rangea la chemise cartonnée et referma le tiroir.
Il irait prendre le petit déjeuner avec Caffrey, et par la même occasion étudier son attitude. Un homme comme lui dans son cercle particulier serait un atout incroyable, mais il savait qu'il ne lui accordait pour l'instant aucune confiance. La route serait longue avant qu'il ne parvienne à en faire un véritable allié. Evidemment, cela ne remettait pas en cause sa décision initiale. Caffrey était bien trop intelligent pour ne pas représenter un vrai danger. S'il ne devenait pas un allié, il ne sortirait pas vivant de la propriété. Personne ne l'y avait vu entrer, personne ne viendrait l'y chercher… Restait à espérer qu'il trouverait l'emplacement du masque avant qu'il ne doive l'éliminer.
POI - WC - POI - WC - POI - WC
Après son retour tardif de Laredo, Neal s'était allongé tout habillé sur son lit pour réfléchir, intrigué par les documents aperçus dans le bureau d'Alvaredo. Il aurait voulu pouvoir fouiller davantage, mais cela risquait de s'avérer bien compliqué. Le sommeil l'avait gagné sans qu'il ne s'en aperçoive.
Il se réveilla en sursaut quand un coup discret fut frappé à sa porte. Il jeta un œil à sa montre. Esteban, avec son café du matin sans doute.
Le jeune cuisinier avait découvert que Neal appréciait le bon café et se faisait un devoir de lui en apporter une tasse dans sa chambre, le matin avant le petit déjeuner.
"Votre café, señor," fit Esteban en ouvrant doucement la porte.
"Adelante, Esteban. Muchas gracias," répondit Neal dont l'espagnol était passablement rouillé.
"Vous avez bien dormi, monsieur ?" demanda Esteban poliment, ignorant soigneusement que l'invité de son patron semblait avoir dormi tout habillé.
Neal huma sa tasse. Esteban avait préparé le café à la mexicaine, avec une pointe de cannelle. L'arôme était sublime.
"Alors, vous préparez la grande fiesta ?" demanda Neal, se souvenant de l'invitation d'Alvaredo.
"En partie seulement. La señora fait appel à une société de traiteurs pour la réception. Elle veut des 'professionnels' pour cette soirée," répondit Esteban, laissant entendre ce qu'il pensait du peu de cas que l'on faisait de son travail.
"Comme ça au moins, si quelque chose se passe mal ce n'est pas de votre faute," proposa Neal pour le soutenir.
Esteban haussa une épaule comme si cela lui importait peu et retourna vers la porte.
"Bonne journée, señor. Le petit déjeuner est servi sur la terrasse."
Après s'être douché et changé, il descendit sur le patio pour manger. Certes, la vue des toits de New York depuis sa terrasse lui manquait, mais le cadre était des plus agréables. Alvaredo devait pomper allègrement de l'eau dans le lac pour alimenter les fontaines et arroser le jardin. Neal devait toutefois admettre que cela avait été fait avec goût. La végétation locale était respectée, créant un cadre où la végétation du désert était présente au milieu des points d'eau.
Il ne fut guère surpris de voir Alvaredo venir le retrouver à la table.
"Bonjour M. Caffrey. Je vois que vous avez suivi mon conseil," fit-il en regardant sa montre.
"Vous ne m'avez pas vraiment laissé le choix," répondit Neal dégustant son café.
"Pour votre propre bien. Vous avez passé une bonne soirée, cela ne peut que vous aider à mieux travailler aujourd'hui."
Neal serra les dents sur la réplique un peu sèche qui lui était venue aux lèvres. Inutile de s'aliéner la confiance, toute relative, que lui accordait son nouvel employeur.
"Vous me faites suivre en plus de l'émetteur ?" demanda Neal d'un ton léger, comme si la réponse lui importait peu.
"Cela est inutile. Je suis une figure publique de Laredo. La ville me doit énormément. Il est facile dans ces circonstances de bénéficier de… légers services."
Comme toute une ville me surveillant, pensa Neal. Charmant…
"C'est pour cela que vous tenez à me présenter ce soir ?"
"En partie effectivement. Certains invités viennent d'autres villes toutefois. Mes motivations vont plus loin, mais je vous expliquerai cela plus tard."
Neal repensa au dossier qu'il avait vu dans le bureau d'Alvaredo. Il faudrait qu'il trouve le moyen d'explorer plus tranquillement les données. Difficile avec la surveillance dont il faisait l'objet. Quels autres secrets cachait Alvaredo ?
Son petit déjeuner terminé, il retourna dans l'atelier. Il s'approcha du parchemin pour en ouvrir le volet, puis décida de changer son approche. Puisque le document ne révélait rien, il allait chercher des informations sur le trésor en lui-même, voire le masque, afin d'avoir plus d'informations sur la période elle-même. Peut-être que les termes qu'il avait traduits étaient liés à des événements qui leur conféreraient un sens une fois le contexte élucidé.
Il commença à étudier de plus près les différents ouvrages à sa disposition, lisant une page par ci, étudiant une reproduction par là. Il fut bientôt plongé au cœur de l'histoire de Cortès et des conquistadores espagnols.
"Le prêtre sortit alors de la pyramide. Il était vêtu d'une longue toge blanche et sa tête était recouverte d'un masque d'or. Mon interprète m'expliqua que c'était le masque des dieux. Il communiquait le futur au prêtre qui le portait…"
Neal interrompit sa lecture en fronçant les sourcils. Il avait lu plus tôt une description du masque des dieux. Et si le masque du shaman était en fait le masque des dieux ? Regrettant une nouvelle fois de ne pas avoir la faculté de Mozzie de mémoire visuelle parfaite, il farfouilla un moment dans la pile de livres qui s'amoncelait sur la table de travail, avant de retrouver le passage qu'il cherchait.
"Le masque des dieux est décrit pour la première fois dans le récit d'un prêtre jésuite attaché aux services de Cortès à Tenochtitlan. Il s'agit d'un masque en or, aux yeux incrustés de jade. La coiffe est faite de plumes d'or à la finesse extrême. Les lèvres étroites sont faites de rubis. La tête elle-même ne ressemble à aucun autre masque Aztèque, représentant généralement un animal mythique. Si l'on en croit les descriptions de l'époque, le visage était humain avec une peau très lisse, de grands yeux en amande. Les lèvres fines sur la partie basse du visage en triangle..."
"Bonjour Roswell," murmura Neal.
Il posa l'ouvrage pour réfléchir. Mozzie aurait déjà bondi sur l'occasion pour expliquer que des extra-terrestres avaient contacté les Aztèques. Lui avait besoin de faits un peu plus tangibles. La stèle de l'astronaute à Palenque était un dessin maya, certes proche géographiquement, mais appartenant à une culture et une époque différentes. Il avait du mal à se persuader que des extra-terrestres étaient la raison des surprenantes connaissances scientifiques des indiens pré-colombiens. L'une des principales raisons pour lesquelles leur culture semblait si avancée à l'époque tenait surtout au retard engendré par l'église dans la vieille Europe. Qui sait combien d'hommes avaient dû comme Galilée renoncer à la vérité pour sauver leur vie ?
"Les mentions de ce masque disparaissent totalement après la bataille connue sous le nom de 'Noche Triste'. Lors de la fuite des espagnols, une grande quantité d'or et d'argent disparut quand les soldats furent massacrés et tombèrent dans les canaux entourant la ville. Il est, par ailleurs, probable que le masque fut fondu pour alimenter le trésor de la couronne espagnole…"
"Les différents témoignages rassemblés confèrent au masque des pouvoirs magiques, permettant notamment de prédire l'avenir, octroyant à son porteur un don de vision mais aussi de contrôle des hommes….
Ainsi donc, le masque du shaman permettrait à son porteur de prédire l'avenir…
"Les cérémonies religieuses étaient souvent accompagnées de l'utilisation de drogues hallucinogènes censées permettre aux shamans de pouvoir entendre les dieux…"
"Il est probable que les foules ainsi droguées étaient facilement manipulées par les prêtres et caciques qui avaient besoin d'asseoir leur puissance sur des royaumes perpétuellement en guerre…"
Plus il y pensait, plus Neal se disait que ce n'était pas uniquement l'attrait de la possession de cet objet unique qui attirait Alvaredo. Sa fascination pour les œuvres inconnues cachait autre chose.
La soif de pouvoir…
Posséder ce que personne ne connaissait le plaçait à un niveau supérieur. De là à vouloir accéder au pouvoir.
Je veux être le maître du monde.
Neal eut un sourire en pensant aux bandes dessinées où apparaissait cette phrase, puis fut parcouru d'un frisson glacé quand il s'aperçut qu'Alvaredo était suffisamment illuminé pour vouloir y prétendre.
Croyait-il effectivement au pouvoir du masque ? Prenait-il la légende au pied de la lettre ?
Neal avait du mal à croire que le masque puisse avoir un quelconque pouvoir surnaturel, mais son expérience lui avait prouvé que tout dans la vie n'était pas forcément rationnel… Nombre d'objets anciens continuaient à cacher leurs secrets.
Ce qui n'était certainement pas le cas des personnes dans l'entourage d'Alvaredo. Neal repensa aux dossiers entrevus dans le bureau. Il n'avait pu consulter que le sien mais il y en avait beaucoup d'autres. Employés, ennemis, Neal ne pouvait savoir. Une seule chose était sûre, il avait des sources de renseignements très haut placées sinon, comment obtenir des documents en provenance du FBI ? Peut-être de très bons informaticiens ?
Puis, sa première conversation avec Alvaredo, le jour de son arrivée, lui revint en mémoire. Il était au courant du refus de sa remise de peine. Comment avait-il obtenu l'information ? Elle n'avait rien de secret, mais ça n'était pas non plus comme si elle avait fait l'objet d'une publication officielle. Il avait forcément des contacts au FBI…
Neal se concentra à nouveau sur sa tâche, en attendant d'en découvrir plus. Il fallait absolument qu'il trouve le moyen de fouiller le bureau une nouvelle fois.
Il décida de recopier les glyphes sur des morceaux de papiers séparés. Puisque les symboles pouvaient également traduire des phonèmes, peut-être devait-il assembler plusieurs glyphes pour en faire un mot. Les combinaisons étaient nombreuses, mais le secret résidait peut-être là.
La table fut bientôt trop petite pour assembler les différents mots. Il avait recopié les différents symboles plusieurs fois afin de les manipuler avec plus de facilité. Il poussa quelques meubles et s'installa par terre avec ses glyphes.
POI - WC - POI - WC - POI - WC
Plusieurs heures plus tard, c'est ainsi qu'Alvaredo retrouva Neal, assis sur le sol entouré d'une marre de bouts de papiers, en train de déplacer des dessins.
"Nouvelle forme de Scrabble, M. Caffrey ?"
Perdu dans ses recherches, Neal ne l'avait pas entendu entrer. Il regarda les syllabes et sourit.
"En quelque sorte …"
Alvaredo poussa un léger soupir.
"M. Caffrey, je suis un homme d'affaires à l'agenda très rempli," déclara-t-il.
Neal fronça les sourcils, ne comprenant pas la remarque.
"J'admire votre zèle à vous impliquer dans le déchiffrage de ce document, mais je ne suis pas votre montre personnelle."
Neal jeta un œil à l'horloge qui surplombait un buffet.
"Il me semble vous avoir indiqué que je recevais des invités à 19h00 heures. Si vous vouliez bien aller vous préparer…" fit-il en indiquant la porte.
Avec une légère grimace, Neal assembla ses papiers et se releva.
"Je serai là à l'heure, M. Alvaredo."
"Merci," répliqua l'homme en hochant la tête satisfait.
POI - WC - POI - WC - POI - WC
Laredo, Texas, samedi 8h00, locaux du traiteur Johnson&Co,
"M. et Mme Solis" s'étaient présentés à l'heure convenue devant l'entrepôt loué par le traiteur. Leur déguisement était une réussite, ils avaient passé toutes les vérifications sans encombre.
Après quelques heures de préparation, quatre camionnettes de transport s'arrêtèrent devant l'immense portail de la propriété.
L'œil de John, assis dans la première camionnette, fut attiré par le symbole incrusté dans le haut des piliers. Les gardes se lancèrent dans une rapide inspection des véhicules. Il attendit patiemment qu'aucun d'entre eux ne soit de son côté et sortit rapidement son téléphone pour faire une photo.
Il avait déjà vu ce symbole mais son origine ne lui revenait pas pour l'instant.
Une fois descendus des véhicules, ils furent tous conduits dans une pièce, où deux gardes les attendaient. Se doutant qu'ils allaient être fouillés, John et Shaw se mirent en fin de queue pour se laisser le temps de réagir, si besoin, malgré le peu de moyens qu'ils avaient à leur disposition, étant venus non armés.
Subitement, John se rappela où il avait vu ce symbole, par ailleurs présent sur le billet d'un dollar américain. C'était lors d'une enquête sur les sociétés secrètes pour le compte de la CIA le nom venait enfin de lui revenir, "Illuminati".
Il restait seulement deux serveurs avant lui, mais il eut le temps d'envoyer la photo à Finch avec un message : ##Trouvez infos sur Illuminati##.
Comme tous les autres avant lui, les gardes le fouillèrent, lui demandèrent d'éteindre son téléphone portable et de le mettre dans une boîte en plastique. Les mesures de sécurité étaient vraiment draconiennes.
Le travail pouvait enfin commencer. John et Shaw firent toutes les tâches qu'on leur assigna sans rechigner jouer un rôle, quel qu'il soit, était une seconde nature pour eux. Le buffet enfin prêt était somptueux, digne des plus grandes réceptions. Cet Alvaredo semblait aimer en mettre plein la vue aux gens.
POI - WC - POI - WC - POI - WC
Quand Neal redescendit après s'être soigneusement préparé, il retrouva Mme Alvaredo qui discutait avec le traiteur. Elle portait une somptueuse robe de soirée qui mettait en valeur la couleur miel de sa peau et de ses cheveux sombres attachés dans un chignon savamment tressé. Le traiteur la salua et repartit vers le jardin où avait été montée une grande tente blanche en vue des festivités.
"Neal," le salua-t-elle. "Ce smoking vous va à ravir. Je vais avoir du mal à garder mes amies auprès de moi…"
"Alma, je comprends mieux la présence de tant de gardes sur cette propriété, votre époux doit craindre qu'on ne vous enlève."
"Oh, charmeur," minauda-t-elle, en lui donnant une tape sur le bras.
"Tout se déroule comme vous le souhaitez ?"
"Oui," fit-elle en observant les derniers préparatifs. "Je fais appel à un traiteur de San Antonio. Laredo est une bourgade tout à fait agréable, mais il est impossible d'y trouver une société capable de prendre en charge ce type d'événements." Elle eut un petit rire. "On devrait se contenter de viande grillée et de salade de pommes de terre si je devais faire appel à eux."
Elle se dirigea vers son époux qui arrivait.
"Hector, très cher."
Elle s'arrêta pour couper un bouton de rose qu'elle lui glissa dans la boutonnière.
"Je disais à notre invité que Laredo manquait parfois de raffinement."
"M. Caffrey arrive de New York. Ton traiteur de San Antonio va lui sembler bien terne, ma chérie."
"Je suis persuadé que Mme Alvaredo a su en tirer le meilleur," intervint Neal.
Neal eut un pincement au cœur en pensant à Elisabeth. Voilà quelqu'un qui savait organiser une soirée…
Les invités commencèrent à arriver peu à peu. Les bougies furent allumées dans le jardin. Neal observait les nouveaux visages. Des notables de la région, mais aussi des hommes d'affaires venant de plus loin. Alvaredo lui fit signe de temps à autre pour lui présenter certaines personnes, mais globalement Neal était livré à lui-même, essayant d'éviter au mieux les amies d'Alma qui semblaient impatientes de faire connaissance avec "l'artiste de New York".
"Vous allez faire leur portrait…
"Quelle charmante idée."
"Pourrez-vous nous consacrer du temps quand vous aurez terminé le tableau de M. Alvaredo ?"
Neal n'avait pas remarqué l'attention que lui portaient deux des serveurs. Shaw portait le plateau sur lequel il s'était servi plusieurs fois, mais il ne l'avait pas reconnue.
Tant bien que mal, il parvint à s'éloigner de son nouveau fan club et emprunta un couloir qu'il n'avait pas eu l'occasion d'utiliser précédemment. Il s'était tellement focalisé sur ses recherches que malgré ses résolutions lorsqu'il avait découvert la superbe collection de voitures, il n'avait toujours pas pris le temps de visiter la propriété.
Il s'arrêta stupéfait devant un tableau. Ecarquillant les yeux de surprise, il s'approcha pour en vérifier l'authenticité. C'était bien l'original. Comment diable ce tableau était-il arrivé là ?
"Je me demandais quelle serait votre réaction en le voyant," fit la voix légèrement moqueuse d'Alvaredo à ses côtés.
Neal bondit. Décidément son geôlier le gardait toujours à l'œil, même avec une maison pleine d'invités.
"J'avoue être surpris. Je croyais que vous préfériez les œuvres moins connues."
"L'histoire de celle-ci est fascinante. Enfin, notamment sa disparition pendant… environ sept ans ?"
Sur le mur, le tableau "St George et le Dragon" trônait accroché en bonne place. Et comme toujours, le système d'information d'Alvaredo semblait avoir été à la hauteur.
"Evidemment, personne ne pourra jamais le prouver, mais je suis intimement convaincu que vous êtes responsable de sa disparition… puis de sa réapparition," fit Alvaredo en regardant le tableau.
Le visage de Neal resta imperturbable. Ce tableau était lié à bien trop de souvenirs personnels pour qu'il accorde le plaisir de la vérité à Alvaredo.
"C'est une œuvre magnifique," se contenta-t-il de commenter.
Son hôte eut un léger sourire, apparemment satisfait par la réponse. Il le salua de la tête.
"Profitez de la soirée, M. Caffrey."
Neal le regarda s'éloigner, puis se tourna vers le tableau une nouvelle fois. Alvaredo avait donc commandité un vol pour s'approprier la toile. Il n'en avait pas entendu parler ; les assureurs avaient sans doute voulu garder sa disparition secrète. Il se demanda si Sara était chargée de le retrouver. Il eut un léger soupir attristé en pensant à la jeune femme et se dirigea vers la porte fenêtre menant vers le jardin.
Voyant Neal enfin seul, John se dirigea vers lui, portant son plateau de coupes de champagne.
"Tu n'es pas facile à trouver Neal," fit-il en lui présentant le plateau avec toute l'élégance d'un serveur chevronné.
Neal bondit, ressemblant en tous points à un cerf surpris par des phares dans la nuit. Il fit un pas en arrière et écarquilla les yeux quand il reconnut John, derrière le vague déguisement.
"Non, s'il te plaît, ne cours pas. Ca fait un moment que l'on te cherche, je suis fatigué. Ne m'oblige pas à te tirer dessus."
"Je n'ai aucune envie de t'opérer par cette chaleur," surenchérit Shaw derrière lui.
Sans voix, Neal regardait les deux ex-agents situés de part et d'autre. Il jeta un œil autour de lui, personne ne faisait attention à leur petit groupe pour le moment, mais il savait qu'il était continuellement surveillé.
"Que faites-vous là ?" demanda-t-il la voix éteinte.
"C'est plutôt à nous de poser la question, tu ne crois pas ?" demanda John avec un léger sourire.
Neal semblait terrifié par leur présence. Reese ne parvenait toujours pas à comprendre à quoi jouait l'ancien voleur.
"Neal, une simple question et on te laisse en paix : es-tu là volontairement ?"
"C'est compliqué…"
"Ca me paraît plutôt simple à moi," rétorqua Shaw. "Tu es là volontairement et nous disparaissons, tu es retenu prisonnier et nous te libérons. Tu vois ? Simple."
Neal jeta à nouveau un œil effrayé vers l'entrée de la pièce. Alvaredo s'y tenait en compagnie d'hommes d'affaires. Il attrapa le torchon que John portait sur le bras et fit mine d'essuyer son smoking.
"Je ne peux pas vous parler ici. Dégagez avant de vous faire repérer."
"Neal, nous devons te parler," insista John. "Demain, 18h00 à l'hôtel La Posada."
"D'accord. Laissez-moi maintenant," fit-il en lui jetant le torchon au visage et se dirigeant vers le buffet.
Neal croisa Alvaredo quelques instants plus tard.
"Des soucis ?" lui demanda celui-ci.
Neal soupira intérieurement, se félicitant d'avoir renvoyé John aussi vivement. Bien qu'attentif à ses invités, passant de l'un à l'autre avec une habitude évidente des mondanités, Alvaredo ne le lâchait pas des yeux.
Neal secoua la tête en lui répondant.
"Rien de grave. Un serveur un peu maladroit. Heureusement, le champagne ne tache pas." Il porta un toast à l'attention de son hôte. "Excellent cru d'ailleurs, félicitations."
"Mon épouse a un faible pour les champagnes français. Celui-ci arrive tout droit des caves d'un petit producteur dont je conserve jalousement le secret."
"Votre passion pour les trésors cachés ne s'arrête donc pas aux œuvres d'art…" commenta Neal.
"Effectivement," confirma Alvaredo qui, le saluant de la tête, retourna auprès de ses invités.
A suivre…
