Chapitre 7.
Assis sur la table de bois ô combien de fois occupée par l'équipage, Sanji était immobile depuis une dizaine de minutes. La lame qu'il tenait au creux de sa main non valide reflétait la lueur blanche de l'après-midi, passant au travers de l'unique fenêtre servant à éclairer la cuisine. A ses pieds gisait silencieusement le bandage ayant servi à maintenir immobile son bras blessé.
Il en avait sûrement encore besoin, la profonde blessure n'étant encore tout à fait refermée… Après tout, Chopper lui avait bien conseillé si ce n'était ordonné de le garder au moins deux semaines. Mais ces mots n'affectaient le cuisinier dont toute l'attention était rivée sur cette lame qui, deux jours plus tôt, avait laissé sa trace sur le visage de Zoro. Pourtant, la blessure qu'il croyait profonde s'était très rapidement refermée, n'étant à présent qu'une fine cicatrice qui s'évanouira d'ici une semaine, comme toutes celles du bretteur.
Les sentiments rendent les coups plus puissants mais n'atteignent les habitudes des autres. Pour Zoro, ce n'est qu'une marque de bataille qui ne restera plus longtemps que les autres.
Non, ne pas ressentir de culpabilité. Juste éprouver un remord. Ce dernier émanait du manche du couteau pour envelopper sa main dont le sang manquait légèrement, son épaule ayant du mal à reprendre une circulation normale, et lui donner un léger tremblement, valsant entre étant agréable et douloureux. Le remord.
- Sanji-kun ?
Doucement, par réflexe à l'appel de son nom, le concerné releva la tête pour croiser le regard d'Aoi, la mine inquiète.
- Mmmh ?
Le visage du jeune blond, particulièrement sombre, prit une teinte plus claire, sûrement par son regard et son fin sourire, comme s'il souhaitait la rassurer. Il avait toujours la légère mélancolie provoquée par ce fameux remord dans son œil bleu, et n'essayait de le cacher. Apparemment, la jeune femme se rendit compte de cet effort et lui rendit son sourire, s'abstinant de poser la question fatale que tout le monde attendait, l'habituelle et unique question à laquelle on répondait toujours la même chose : « Ca va pas ? »
- Je me demandais si c'était normal le fait que Zoro dorme.
Crac. Elle était douée pour changer ses programmes de conversations, mais pour jouer dans la délicatesse des sentiments de son interlocuteur, ce n'était pas son fort. Mais Sanji n'en fit rien voir, amplifiant un peu plus son sourire tout en posant le couteau à ses côtés pour se lever et s'avancer vers la cuisinière, dépassant ainsi la petite brune et lui tournant le dos.
Avant de répondre, il prit le temps de s'allumer une cigarette. Pour ceci, il utilisa ses deux mains, bien que son mouvement se fit moins rapidement qu'à l'habitude, il fut fier de pouvoir utiliser, à présent, - presque - comme il l'entend sa main handicapée.
- Ca m'aurait étonné qu'il reste éveillé plus longtemps.
Il avait levé les yeux, soufflant son premier souffle de fumée de la journée. Le meilleur. Le souffle blanc vint caresser le plafond pour s'y étendre doucement.
- D'accord ! Merci… Dans ce cas, je vais faire un tour.
Silence, immobilité.
- Sanji ?
Sanji tout court ? Il tourna légèrement la tête, assez pour l'entrevoir :
- Je suis désolée…
Le jeune blond fronça légèrement les sourcils alors qu'Aoi lui avait déjà tourné le dos pour quitter la pièce et fermer la porte derrière elle.
- Nyé ? Nani ? De quoi elle parle ?
Si je vous dis qu'il avait l'air d'un débile avec la bouche pendante, vous me croyez ?
Un grognement. Une vive douleur traversa tout son corps, dans un frisson prononcé, l'obligeant à froncer les sourcils. Une deuxième. A la troisième, il comprit alors qu'il allait devoir ouvrir les yeux pour demander à celui qui tentait de le réveiller d'aller se faire BIP. Son œil bleu lui laissa voir le visage de Zoro, à peine à quelques centimètres du sien.
- ZOROOO ?
Nouveau spasme de douleur. Le blond s'était soudainement reculé pour s'éloigner le plus possible du bretteur, et était à présent obligé de se maintenir l'épaule de sa main valide, le mouvement trop brusque l'ayant une fois de plus éveillée.
- T'es gentil, mais quand tu veux réveiller quelqu'un, tu secoues pas là où ça fait mal.
- Je savais plus laquelle c'était…
- C'est celle où y a…
Le ton avait monté jusqu'à retomber soudainement. Ah oui, c'est vrai, il avait enlevé le bandage. D'un regard au travers de la pièce, Sanji chercha le tissu blanc et s'aperçut par la même occasion qu'il était assis en tailleur sur la table de la cuisine. « Je me suis endormi ? »
D'un côté, possible avec la nuit pourrie qu'il avait passé sur ce canapé grinçant…
- Sanji.
D'un air las, du genre « Quoi… ? », le concerné leva les yeux avant que son regard ne croise celui de son nakama. Le choc. On pouvait lire sur son visage de l'inquiétude. Ouach. C'était la première fois qu'un autre sentiment que la colère, la rage, le sadisme, la fierté et tout ce qui dépasse l'ordre humain normal, faisait ainsi son apparition. A croire que l'inquiétude et l'anxiété soit un phénomène contagieux, en tout cas assez pour que le jeune blond perde son expression d'origine pour laisser place à de la perplexité :
- Qu'est-ce qui se passe ?
- Je ne trouve pas Aoi.
- Pardon ?
- T'as fini avec tes questions inutiles ? Tu veux bien m'aider à la chercher ?
Répondre répondre, allez, répondre.
- S'il te plait ?
Durant un court instant, Sanji resta bouche bée. Mais qui c'est lui ? Où il est passé le Zoro ? Qu'est-ce qu'ELLE en a fait?
Malgré tout, on pouvait voir que ces simples mots lui avaient écorché la bouche, une preuve indiscutable du fait que le bretteur soit encore conscient de ses actes, rassurant légèrement son compagnon qui avait pris une mine déconfite impossible à reproduite par quelqu'un normalement constitué.
Question de fierté, l'épéiste garda la tête haute devant l'expression non pour le moins ridicule du cuisinier… C'était la dernière fois qu'il lui demandait « gentiment » quelque chose. Sans un mot de plus, lui faisant comprendre qu'il fallait qu'il le suive, il fit volte face pour passer la porte qui s'était refermée derrière lui après son arrivée. Il ne fallut que quelques secondes à Sanji pour le rejoindre.
Les premiers pas sont les plus durs…
- Tu devrais mettre un manteau.
- MERCI, J'AVAIS REMARQUÉ !
Zoro resta de marbre, non pas in intéressé, mais préférant ne pas se battre inutilement. C'est justement après ces trois premiers pas que le jeune blond commençait à frissonner sérieusement. Il n'avait pas remarqué le fait que le bretteur portait son habituel manteau d'hiver orange - qui lui allait d'ailleurs à merveille -… Oubliez ce qu'il vient de penser.
- Dis… Nami-san n'avait-elle pas précisé que l'on était sur une île d'été ?
- Non, elle nous avait prévenu qu'il neigerait.
Les flocons allaient à la guise du vent, dansant quelques instants avant de rejoindre le sol déjà couvert d'une épaisse couche d'un blanc encore pur - hormis quelques pas affolés du bretteur faits avant qu'il ne vienne le réveiller -, teintant de la même couleur le ciel nuageux et pourtant si clair.
Sans hésiter, le cuisinier revint sur ses pas pour aller chercher de quoi le réchauffer... La chemise à moitié ouverte n'était vraiment pas de situation.
Chapitre court, chapitre raté. Je pars pendant plus d'un mois en vacances sans ordinateur, alors je dois me dépêcher de finir d'écrire cette fic avant de perdre mon inspi -déjà loin-. Désolée si c'est pas terrible, mais j'accepte les reviews quand même -et les baffes, mais ça vous le savez déjà-.
