Noël approcha.

En raison du mauvais temps, les escapades dans le parc de Poudlard en compagnie du professeur Plump se firent de moins en moins nombreuses. Mais elles ressemblaient de moins en moins à des promenades instructives ; on ne savait pas trop par exemple – ou du moins on feignait de l'ignorer – ce que fabriquaient Bill et Mary lorsqu'ils s'éclipsaient derrière les arbres. Mr Plump était le seul qui ne s'en apercevait pas.

Il faisait exceptionnellement froid, au point que chaque matin on voyait le professeur Chourave qui s'en allait en trottinant vers les serres pour ajouter trois écharpes et deux paires de cache-oreilles à ses innombrables créatures végétales. Les sapins faisaient leur entrée dans le Hall par la grande porte, puis atterrissaient dans la Grande Salle où Hagrid les abandonnait avant d'aller en chercher d'autres. Flitwick élevait avec sa baguette sa collection de boules de Noël pour les accrocher partout ; un jour il s'attaqua même à l'élévation d'un lustre phénoménal, tout de chandelles et de guirlandes. Peter Abbott eut le malheur de venir lui poser une question sur le sortilège d'Engorgement à cet instant précis, et l'on retrouva le pauvre Flitwick à moitié étouffé sous les poids des décorations qui lui étaient tombé dessus pendant ce cours laps de déconcentration. Peter eut vite fait de disparaître de la scène du crime, de peur d'être accusé.

Peeves prenait un malin plaisir à défaire régulièrement le nœud des rubans qui ornaient les couloirs ; et Rusard passait le plus clair de son temps à les ré-arranger.

- Au moins, nous savons maintenant qu'il sait faire ses lacets, ricanait Cyril Flint, qui nourrissait un grand mépris pour le concierge depuis qu'il avait appris que celui-ci était Cracmol – c'est-à-dire qu'il était de famille sorcière mais dépourvu de pouvoirs magiques.

Pour dérider un peu Percy, qui angoissait de voir que les examens n'étaient plus que dans cinq mois, Charlie avait ensorcelé une ribambelle de boules luminescentes qui le suivaient dans tous ses déplacements en chantant d'une voix atrocement aiguë : We wish you a merry Chritsmas. Le garçon s'en était grandement exaspéré, avant d'avoir réussi à les fourrer chacune dans une grosse chaussette. Si bien qu'il était désormais suivi de chaussettes en lévitation avec un bruit de canard enroué.

Dumbledore avait un matin coincé le professeur Rogue dans un couloir et l'avait forcé à tirer une pochette-surprise avec lui. Dans un CRACK sonore, les deux hommes tirant chacun d'un côté, la pochette libéra un gros chapeau rouge avec des oreilles d'ânes, dont le directeur se coiffa avec autant satisfaction que si on lui avait offert un sorbet au citron, et qu'il garda pendant la semaine entière.

Au milieu de l'agitation régnante, Bill éprouvait un sentiment confus de plaisir enfantin et de malaise. A mesure que le temps passait, il éprouvait de plus en plus l'impression que quelque chose de sa vie s'était formé sur une imposture. Ça ne marchait pas, ça ne marchait pas – quelque chose sonnait faux autour de lui.

Il se fatiguait. L'étourdissement du brusque passage du bonheur aux interrogations sans borne avait laissé la place à une lassitude qui envahissait ses jours comme ses nuits sans sommeil.

La situation l'embarrassait prodigieusement. Il n'avait pas envie de faire souffrir la jeune fille mais se trouvait forcé de se rendre compte que Mary n'était peut-être pas celle qu'il attendait. Adieu, belle supériorité ! Son arrogance, sa reconquête de lui-même ne devinrent bientôt plus qu'un vague souvenir.

Il eût passionnément désiré un endroit à lui pour réfléchir, un endroit au calme où il pût raisonner en liberté – un endroit grand comme le château de Poudlard. Bill décida donc qu'il resterait à Poudlard pour les fêtes, mais le cacha à ses frères jusqu'au dernier moment. Il n'était pas question que Charlie et Percy se privent du Terrier pour demeurer avec lui. Il désirait que ses frères puissent avoir un Noël tranquille, et que les retrouvailles avec la famille se passe bien – il ne tenait pas à tout gâcher par son humeur maussade et ombrageuse comme un matin de novembre.

Les dernières journées de cours s'écoulèrent dans une vague excitation qui se faisait plus palpable chaque seconde. « De vrais enfants », songeait Bill.

Lorsque enfin le jour du départ arriva, Charlie et Percy s'inquiétèrent de voir que leur frère avait inscrit son nom sur la liste de ceux qui voulaient rester à Poudlard pour les vacances. Cela lui donnait quinze jours au cours desquels sa famille ne pourrait pas le surveiller. Les deux frères qui se relayaient au côté de Bill avaient constaté son assombrissement progressif, mais sans s'en inquiéter outre mesure.

- Tu crois qu'il faudra en parler à Papa ? demanda Percy, qui s'était rembruni.

- Il ne saurait rien faire, Perce. Peut-être aussi que Bill est suffisamment grand pour savoir ce qu'il veut, non ? Il est majeur, après tout. C'est quand même dommage, je n'aurai pas l'occasion de jouer à la bataille avec lui.

- La bataille ?

- Oui, on soulève chacun une table et on les fait se cogner l'une contre l'autre.

- Vous les soulevez ??

- Par magie, voyons !

- Mais vous n'avez pas le droit de le faire, s'empourpra Percy. Vous êtes trop jeunes ! Enfin, Bill plus maintenant.

- Ouais, sauf que le ministère n'a jamais rien détecté. Il devait que penser que c'était Papa ou Maman.

- Et… quand est-ce que vous faisiez tout ça ? Je ne vous ai jamais vu le faire.

- Tu penses bien que Maman nous l'aurait interdit tout de suite ! Généralement, une des tables perd ses pieds, mais on rafistole ça par magie avant de tout remettre en ordre. On fait ça dans le jardin, et la nuit, puisque parfois les tables sont disposées dehors.

- Vous faites ça la nuit ?? Ah, c'est donc vous qui faisiez tout ce boucan cet été ?

- On ne pensait pas que ce serait aussi bruyant…

- Et Maman qui croyait que c'étaient les gnomes qui organisaient une surprise-partie ou je ne sais quoi…

- Ca n'a pas été une mauvaise chose en soi, puisque le lendemain elle a fait appel à un Dégnomage qui les a chassés du jardin. On a eu la paix pour un bon bout de temps !

- C'est égal, vous n'aviez pas le droit…

Mal en avait pris à Charlie qui fut poursuivi par les remontrances de son frère.

- Je dirai tout à Papa dès qu'on arrivera, et…

- Et ?

- Et il dira tout à Maman.

Charlie pâlit.

- Hé là, attends un peu, Percy ! Tu ne vas quand même pas…

- Si, justement.

- Bien, très bien. Si tu racontes à Maman ce qui s'est passé, je raconte à Fred et George que tu es amoureux de Pénélope Deauclair.

- Tu n'as pas le droit !

- J'ai tous les droits, c'est moi le grand frère.

- Ne va pas leur dire, s'il te plaît ! la dernière fois qu'ils ont cru que j'étais amoureux de Millie Herway, la fille de nos voisins quand on est parti en vacances, ils m'ont couru après pendant une semaine pour crier sur tous les toits que j'avais une petite copine ! Tu parles, je ne savais même pas ce que c'était.

Charlie réprima un rire naissant et poursuivit :

- Bon, alors je n'en dirai rien… Si toi tu ne dis rien à Maman de ce qui s'est passé cet été.

- Très bien !

Et ils se séparèrent très satisfaits l'un de l'autre, en ayant complètement oublié les malheurs de Bill.

Le Poudlard Express les renvoya à Londres. Mary s'en retournait également chez elle pour les vacances ; ainsi en avait-il été aussi des amis des Bill. De sorte que le jeune homme se retrouva à Poudlard sans personne autour de lui qui le connût bien. Il avait la tour Gryffondor pour lui tout seul. Il eut cependant la désagréable surprise de constater que Cyril Flint restait aussi. Peut-être était-il tellement insupportable que sa famille n'avait pas voulu de lui… Bill secoua la tête. Ça ne lui ressemblait pas de penser des choses comme ça – même si elles pouvaient s'avérer fondées. Non ! décidément, non, ça ne lui ressemblait pas.

Il se mit à errer. Il errait dans les couloirs où il ne rencontrait pas âme qui vive – les fantômes, bien sûr, n'étant pas pris en ligne de compte.

Le soir du repas de Noël, ils étaient, avec quelques professeurs, une douzaine à s'être mis à table. Les décorations de Flitwick faisaient merveille – il devenait tout rouge chaque fois qu'on le complimentait là-dessus, et Bill en soupçonnait certains de le faire à dessein de le voir se transformer en tulipe. Outre Flint et deux de ses amis, Rogue s'était également invité au château pour les vacances. MacGonagall tenait brillamment sa partie à côté de Dumbledore qui avait changé son bonnet d'âne pour un chapeau rose avec des étoiles vertes, et Chourave avait manifestement émis le désir de demeurer à Poudlard pour surveiller la santé de ses petites plantes. Entre eux se tenaient deux jeunes élèves de Serdaigle et de Pouffsouffle, l'air assez impressionné de se retrouver à la même table que leurs professeurs.

Le directeur avait glissé un paquet-cadeau sur chacune de leurs assiettes ; chacun bientôt se retrouva affublé d'un colifichet grotesque. Bill pour sa part avait reçu une paire de cache-oreille d'un roux flamboyant qui de loin devaient lui donner l'allure d'un feu follet. Flint écopait d'une énorme araignée en plastique, ce qu'il ne semblait pas apprécier tellement. Rogue avait quant à lui eu en partage un tout petit automate à son effigie qui se promenait autour de la table en trépignant et en grognant : « Grin-grin… Grin-grin… »

- J'ai trouvé que même le bruit était ressemblant, lui fit Dumbledore avec un large sourire sous ses lunettes en demi-lunes.

Rogue lui renvoya un sourire crispé et froid mais n'ajouta rien.

Dumbledore s'était offert des boucles d'oreilles avec cœurs qui couinaient : « Vivent les sorbets ! »

Bill eut l'esprit ailleurs pendant tout le repas. Il sut cependant conserver un visage neutre, aimable lorsqu'on lui parlait, discret quand on ne lui parlait pas. Même Flint semblait avoir abandonné son animosité, jugeant qu'il en tirerait meilleur profit plus tard.

Lorsqu'il alla se coucher ce soir-là, Bill avait l'estomac trop lourd et le cerveau trop embrumé pour réfléchir. Mary ne lui semblait qu'une figure très lointaine. Il ne comprenait même plus pourquoi il avait choisi de ne pas rentrer chez lui. L'apathie était telle qu'il n'avait plus souvenir de quoi que ce soit. « Un plus un ? » se serait vu répondre « Trois ». Ce n'était pas inquiétant en soi, attendu qu'il n'appréciait que moyennement les mathématiques1.

Il se réveilla le lendemain frais et dispos, et découvrit au pied de son lit une demi-douzaine de paquets, accompagnés de plusieurs cartes. L'une d'entre elles était signée de toute la famille ; même Ginny avait apposé un doigt plein d'encre, et Ron avait tracé un grand R maladroit. Les jumeaux avaient écrit leurs prénoms ; la signature de Percy emplissait la moitié de la page, Charlie étant plus modeste dans ses écrits, et son père et sa mère avaient chacun rédigé deux petites lignes pleines d'affection.

La deuxième carte émanait de Hagrid. La troisième ramena à Bill toute son anxiété, lorsqu'il vit qu'elle était de Mary. Il fut surpris d'y découvrir une écriture presque hésitante, chancelante parfois, en tout cas pleine d'appréhension. Il la devinait presque, attablée à côté de sa chandelle – il ne pouvait pas imaginer qu'elle avait l'électricité – examinant à deux fois chaque mot avant de le poser sur le papier. De fait, les phrases n'étaient rien que banales. Mais la calligraphie, certaine lourdeur dans l'écriture, le laissèrent songeur.

Puis il s'attaqua aux cadeaux. Des chocolats, un gros pull bleu avec un gigantesque B dessus : c'était de Mrs Weasley. Le pull, presque exacte réplique de celui qu'il avait reçu pour ses 17 ans, était là pour le cas où le premier aurait été trop vite abîmé ou perdu. Le troisième, qu'il trouva sous tous les autres paquets, était encore pour le cas où il aurait fallu remplacer le deuxième.

Son père lui avait envoyé Histoire de Gringotts, avec en couverture la photo d'un menaçant gobelin qui dévisageait le lecteur avec une suspicion dérangeante. Percy et Charlie lui avaient offert des boîtes de Dragées Surprises. Il en prit une, la goûta, commença à trouver qu'elle avait bon goût avant de se rendre compte que derrière la framboise se cachait un arrière-goût de camembert.

Il fut presque surpris de ne pas trouver cette fois de cafards au milieu des cadeaux. Les jumeaux avaient dû être à court de munitions.

Et puis, des fleurs. Encore des fleurs. Il se rappela le bouquet qu'il avait reçu en novembre, et auquel il n'avait en fait guère prêté d'attention depuis. Il avait soupçonné alors que c'était une idée de Mary ; mais rien ne l'avait confirmé dans son idée, et ce jour-là la carte qu'elle lui avait envoyée n'accompagnait pas le bouquet. Il n'y comprenait rien, et choisit de remettre cette question à plus tard.

Il s'habilla, et resta longtemps à réfléchir. Au bout de quelques secondes il se mit en colère contre lui-même. Cela faisait des pages et des pages qu'il n'arrêtait pas de réfléchir dans son coin. Il fallait qu'il fasse quelque chose, qu'il agisse enfin ! autrement c'est sûr, il en deviendrait fou. La preuve la plus évidente était qu'il n'avait même pas su apprécier ses cadeaux, ce qui n'aurait pas manqué en temps normal.

Il sut alors ce qu'il avait à faire.

Quelques instants plus tard, il se retrouva, encore étonné de sa détermination, devant la gargouille qui gardait l'entrée du bureau du directeur. Le problème était qu'il n'avait pas le mot de passe.

Il récita alors la gamme du vocabulaire sorcier de A à Z. Cela lui prit trois quart d'heures, y compris en citant toutes les variétés de dragon à sa connaissance. Charlie aurait été fier de lui, de même que Percy lorsqu'il récita les noms des préfets de Poudlard depuis 1967. Rien n'y faisait. Il passa alors aux noms et prénoms des professeurs, sans plus de succès.

Il abandonna alors la méthode, et se mit à énoncer toute une série de mots plus incroyables les uns que les autres. Il se souvint même de certains termes moldus que son père lui avait appris.

Ce fut Père Noël qui l'emporta. La gargouille s'effaça, laissant place à un escalier qui le fit monter jusqu'à la porte du bureau de Dumbledore.

Il frappa, puis regretta immédiatement son audace. Qu'est-ce qui lui prenait de déranger le directeur le lendemain de Noël ?

- Oui ? Entrez ! lança une voix enjouée, comme toujours.

Bill poussa la porte et se mordit les lèvres. Le directeur était certainement perdu dans un exercice qui nécessitait une intense concentration, autrement il n'aurait pas eu un air extrêmement concentré en portant une ample robe noire ornée de planètes qui bougeaient lentement le long du tissu.

- Oh, je… pardonnez-moi, balbutia Bill.

- Oh ! vous tombez très bien, mon garçon, lui dit Dumbledore en souriant.

Il fourragea un instant parmi les affaires disposées sur son bureau, puis se retourna vers Bill :

- J'essaie une nouvelle robe de chambre. A vrai dire, deux personnes m'en ont envoyé une chacune pour Noël et je ne parviens pas à savoir laquelle me va le mieux. A votre avis ?

Il lui désignait, outre celle qu'il portait, une robe accrochée à un cintre qu'il tenait dans la main ; cette robe-là était verte avec des petits nains rouges dessinés dessus. Bill, interloqué, se demanda qui diable pouvait avoir des goûts aussi hideux.

- Euh… je… pour moi, c'est une question évidente, lâcha-t-il.

- Tu as bien raison.

En un claquement de doigts, Dumbledore avait enfilé la robe de chambre vert et rouge.

- C'est beaucoup plus seyant, reprit-il, l'air radieux.

- Sûrement, articula Bill, qui ne pensait pas vraiment que c'était le choix le plus judicieux.

Puis il se rappela la raison de sa venue, et reprit, essayant de maîtriser sa nervosité :

- Euh… Monsieur, est-ce que je pourrai… vous parler quelques instants ?

- Mais bien entendu, Mr Weasley. Que vous arrive-t-il ?

En quelques instants, Bill avait tout relaté. Les tentatives de fuite de la chauve-souris de Charlie, la rencontre avec le portrait, ses efforts pour le revoir. Dumbledore l'écoutait en ayant l'air de penser à autre chose, mais Bill savait que c'était dans ces moments-là que le directeur était le plus attentif. Le jeune homme était infiniment soulagé de pouvoir s'en ouvrir à quelqu'un. Il aurait dû penser à Dumbledore bien plus tôt, évidemment. Et cependant…

- Naturellement, acheva-t-il, vous auriez tout à fait raison de considérer toute cette affaire comme une futilité… et je comprendrais très bien que vous ayez… d'autres choses à faire…

- Ne vous en faites pas pour cela… Votre récit est très intéressant, Mr Weasley. Et c'est vrai qu'elle est très pratique, cette salle sur Demande. Un soir, je me promenais dans Poudlard à la recherche des elfes de maison qui travaillent ici. J'avoue qu'ils n'ont pas leur pareil pour repriser les chaussettes, gloussa-t-il. Et je suis passé comme vous trois fois devant cette salle, à me demander comment j'allais pouvoir rencontrer un elfe de maison pour mes chaussettes trouées. Et brutalement, je suis tombé sur une salle qui renfermait en elle la plus magnifique des collections de chaussettes. Il y en avait des rouges, des rayées, des jaunes à pois verts et des vertes à pois jaunes… Chacun, poursuivit-il en redevenant soudain sérieux, trouve dans la Salle ce qui lui plaît. Ce qui lui plaît, Mr Weasley. Rien de plus. C'est comme si vous aviez un miroir du Risèd.

Bill le considéra d'un air interrogateur. Dumbledore fit un geste de la main pour signifier que ce dernier point n'était pas important :

- Oubliez cela… Vous, vous aviez désiré un endroit où vous seriez à l'aise. Où vous vous trouveriez vous-même. Eh bien, cet endroit, vous y avez été. Tout ce que vous y avez vu devait résider quelque part dans votre inconscient. Vous vous sentez comme un poisson dans l'eau depuis que vous vous conformez aux représentations aperçues dans cette salle, c'est très bien. Mais n'allez pas chercher plus loin. Il n'y a, n'avait, et n'aura jamais, Mr Weasley, que vous-même dans cette Salle. Comprenez-vous ?

Bill avait les sourcils froncés.

- Cela veut dire, émit-il fébrilement, que le portrait que j'ai vu…

- Ce n'était rien qu'une réflexion, acheva Dumbledore. Une réflexion de vous-même. Ne recherchez pas ce portrait tel qu'il est. Cela ne vous mènera à rien. Considérez plutôt que c'est une approche grossière de ce que vous désirez en réalité – et que vous trouverez, Mr Weasley, j'en suis persuadé. Mais à tomber amoureux de son propre reflet, on devient narcissique. J'admets que l'amour, et particulièrement tel qu'on le vit à votre âge, c'est aussi la rechercher d'un idéal. Mais il s'agit d'aller au-delà. Ne vous arrêtez pas à ce que vous voyez en vous. Cherchez bien autour de vous. Ce sont les sentiments qui doivent venir vous surprendre, et non vous qui devez les provoquer.

- Merci, monsieur, bredouilla Bill après un instant de silence.

Comme un miroir. Un reflet. Et il n'y a rien derrière, se répétait amèrement le jeune homme qui avait repris son errance, indifférent même aux sarcasmes de Peeves qui le poursuivait en se moquant de lui. Peeves, dégoûté de ne recevoir aucune attention, partit embêter quelqu'un d'autre.

Mais Bill avait encore le désir de la revoir. Ne serait-ce que pour la dernière fois. Cette fois-ci, le château étant désert, il n'aurait nul besoin de sortir la nuit. Il se dirigea vers le septième étage, mais dut attendre que les élèves de première année, qui s'étaient arrêtés dans la galerie pour admirer le parc gelé depuis une fenêtre, s'en aillent. Puis il se promena trois fois, pensant bien fort au portrait, et entra, dès l'abord saisi de crainte et de respect.

Il re-sortit quelques minutes plus tard, triste, avec le sentiment d'avoir accompli un devoir douloureux mais nécessaire. Il s'était promis qu'il n'essaierait plus de retourner dans la salle ; de toute façon, il n'en avait nul besoin, attendu qu'à présent il connaissait les traits de la jeune fille par cœur.

Il repartait lentement, lorsqu'il vit le professeur Rogue arriver dans la galerie par le côté opposé. Soudain, Rogue parut brusquement immobilisé par une force inconnue. Il se trouvait dans l'incapacité de bouger ses bras et ses jambes, malgré tous ses efforts, visibles pour y parvenir ; déconcerté, Bill réalisa alors qu'il était emprisonné dans une sorte de toile d'araignée géante, et tendue tout au travers du couloir. Une toile d'araignée qui n'était pas là lorsque Bill était passé la première fois, et si fine qu'il ne l'avait pas aperçue. Bill aurait pu lui-même s'y retrouver englué sans la voir.

Les traits de Rogue se trouvaient crispés par la rage. D'une incantation, il eut tôt fait de se dégager, et se rua sur Bill :

- WEASLEY !!!!!!

Bill recula instinctivement de quelques pas.

- Vous devez trouver très drôle de tendre des pièges au travers des couloirs pour surprendre les professeurs, hein ? Manque de chance, vous n'avez pas eu le temps de vous cacher avant mon arrivée. Du coup, je vous ai attrapé la main dans le sac ! C'est malheureux pour vous ! J'ENLEVE VINGT POINTS A GRYFFONDOR ! Avancez ! Voyons ce que je vais trouver pour vous occuper pendant une heure. Nous sommes en vacances, vous aurez bien le temps pour une retenue, sans attendre…

Bill tenta de protester, mais rien n'y fit. Il n'eut cependant pas de doute sur la nature de l'individu qui avait tendu ce piège grossier pour le faire prendre.

En effet, quelques instants plus tard, la tête de Cyril Flint émergeait de derrière une tenture, l'air sournois, et ricanant de savoir Bill aux prises avec Rogue.

Bill passa le reste de l'après-midi à récurer des fonds de chaudron dans les cachots ; mais Rogue les avait certainement ensorcelés, car plusieurs d'entre eux se re-salissaient automatiquement après qu'il les avait nettoyés. Bill s'écharna tellement sur l'un d'entre eux qu'il pouvait se mirer dedans ; ce qu'il fit complaisamment, rêvant encore malgré lui à ce portrait qui n'avait été que son reflet.

1 L'auteur partage et comprend ce sentiment ! ( pas l'apathie, bien sûr, l'horreur des maths)