Belle époque – Chapitre 7

La semaine avait passé d'autant plus vite que Lucius avait eu entraînement de Quidditch presque tous les soirs – et qu'il devait s'occuper des rondes les jours restants pour compenser son absence. Le premier match de Slytherin s'approchait à grands pas et, lorsqu'il reçut à nouveau un mot de son père, il fut soulagé d'apprendre qu'il n'était convoqué que pour le vendredi suivant. Ses camarades l'auraient pendu haut et court s'il n'avait pu être présent – ils formaient une excellente équipe mais les quelques remplaçants qu'ils avaient déniché n'étaient vraiment pas à la hauteur.

Le vendredi soir, il partit se coucher tôt après un énième speech de leur capitaine sur la façon de marquer des points en enrageant les Gryffindor. Cette tactique fonctionnait terriblement bien contre eux. En effet, les joueurs adverses tentaient à leur tour de frôler la faute et y parvenaient beaucoup moins bien que les Slytherin eux-mêmes.

Quand le samedi arriva enfin, Lucius avait oublié tous ses problèmes pour se concentrer sur un seul objectif : la victoire. Il pouvait bien accorder cela à son adolescent intérieur.

Les filles vinrent les trouver, lui et Matthew, alors qu'ils emballaient leurs affaires pour partir vers le terrain.

« Un baiser pour donner du courage aux futurs vainqueurs ? » proposa Sam.

Son petit ami en profita aussitôt pour l'embrasser de manière tout à fait indécente, sans se préoccuper de son public. Lucius, quant à lui, haussa un sourcil.

« J'aurai droit au même genre de baiser ? »

Matthew prit un air affligé et posa une main sur son épaule.

« Lucius, tu es mon ami, donc quelque part, je te regretterai. Et puis, ça serait dommage que nous devions jouer le match sans toi…

— Tu n'as vraiment aucun sens du partage. », commenta Una.

Matthew haussa aussitôt les sourcils.

« Mais tu sais, sous certaines formes, le partage peut être très… ouch !

— Oh, je suis horriblement désolée, minauda Sam. Je n'avais pas vu ton pied.

— Si vous cessiez tous de faire les pitres, peut-être pourrions-nous y aller ? »

Sam tira la langue à Serafino, qui jouait les trouble-fête, mais tous durent convenir qu'il avait raison. Lucius et Matthew se dépêchèrent de se mettre leurs sacs sur l'épaule et de rejoindre le reste de l'équipe, qui quitta la Salle Commune sous les applaudissements des autres – et les menaces de mort en cas d'échec.

Les plaisanteries fusèrent durant le trajet mais, une fois arrivés aux vestiaires, le silence se fit. Même leur capitaine ne lâcha plus un mot tant qu'ils ne furent pas tous prêts, balais à la main. Leur équipe était toute neuve encore et de gros espoirs reposaient sur le nouvel Seeker. Face à eux se tenait une équipe soudée par une année entière de travail et qui s'avérait être favorite du tournoi de cette année. Ce match serait probablement leur plus gros challenge – bien qu'il ne faille jamais sous-estimer les autres Maisons non plus.

Lucius n'écouta guère le petit discourt qui leur fut servi. Il savait très bien qu'il devrait surtout se concentrer sur les deux Beaters adversaires : Kingsley Shacklebolt, qui était dans leur année, et Adrian Prewett qui, bien qu'en septième année, n'avait pas renoncé au sport, et avait un sacré coup de batte. Pour le reste, eh bien, il faudrait compter sur leur propre travail d'équipe – et, surtout, miser sur le Snitch.

Enfin, les portes s'ouvrirent et tous avancèrent sur le terrain. Comme toujours, cela lui donna un sentiment de puissance : toute cette foule qui était venue là pour les voir et qui les applaudissait ! Même les injures venant des gradins rouge et or lui donnaient de l'importance. Après tout, leur attention était concentrée sur eux, bien que de façon négative.

Les capitaines s'écrasèrent mutuellement la main, l'arbitre du jour – Christian Flechter, le jeune professeur d'Étude des moldus – leur fit ses dernières recommandations, puis donna son coup de sifflet et tous décolèrent. Le vent, la foule, l'adrénaline, puis directement les balles qui volaient dans tous les sens – Lucius attrapa le Quaffle dès qu'il fut lancé et la partie commença pour de bon.

sosososo

Parfois, la vie avait vraiment du bon. Installé devant juste devant le feu, entre son capitaine et Matthew, une bièreaubeurre à la main, Lucius profitait des relents de sa victoire. Il avait marqué douze buts en tout et évité jusqu'aux tirs les plus vicieux du duo Prewett-Shacklebolt. Les Gryffindors avaient été ridiculisés et Slytherin se trouvait d'ores et déjà en tête du classement rien ne pourrait venir obscurcir sa soirée.

Natasha Alinovitch – la quatrième année que Serafino avait emmenée au bal – s'était assise quelques minutes plus tôt le bras de son fauteuil et babillait joyeusement tout en enroulant une de ses mèches blondes autour de son index. La nuit allait sans doute être aussi profitable que le reste de la journée, s'il parvenait à ses fins elle ne semblait pas des plus farouches et, à Slytherin, les filles ne s'embarrassait pas toujours de la même pudibonderie qu'ailleurs. Après tout, la vie était faite pour être vécue et le mariage s'occuperait trop vite de les ficeler à une seule personne. Tant qu'elles restaient discrètes, personne ne leur faisait le moindre commentaire au sein de la Maison.

Bien entendu, l'agréable torpeur dans laquelle Lucius se trouvait ne pouvait durer et son changement d'humeur se matérialisa en la personne de Bellatrix Black, fille aînée de Cygnus, de noble famille mais de piètre caractère. Leurs parents étaient plus ou moins amis – du moins, se fréquentaient mutuellement étant donné leurs lignées mutuelles – et il avait eu le malheur de souvent se retrouver en la présence de son aînée d'un an qu'il considérait comme une empêcheuse de tourner en rond doublée d'une peste.

Ses deux sœurs plus jeunes étaient plus supportables bien qu'Andromeda ait fait scandale en se faisant répartir à Hufflepuff quatre ans plus tôt. Narcissa, quant à elle, se trouvait à Slytherin en troisième année et se montrait déjà capable de minauder comme personne. Ses cheveux blonds, uniques parmi les toisons noires de ses sœurs et cousins, la distinguaient tout particulièrement, mais Lucius ne l'avait guère croisée que lors de dîners officiels où les plus jeunes restaient priés de se taire.

Ce que Bellatrix semblait ne jamais comprendre.

« Alors, on se prélasse, Malfoy ?

— Que me veux-tu ? s'agaça-t-il. J'aurais cru qu'une victoire serait suffisante pour que tu t'abstiennes de distiller ton venin. »

Elle eut un rire aigu qui fit se hérisser les poils de la nuque de Lucius.

« Une victoire ? Il ne s'agit que d'un jeu. Reviens me voir lorsque tu auras réellement fait quelque chose. »

Elle croisa les bras et le fixa d'un air supérieur, sa main droite pianotant sur l'avant de son bras gauche. Lucius sentit un grand froid l'envahir. Évidemment, idiot qu'il était ! Il aurait dû se douter que, si Cygnus portait la Marque, sa fille devait en faire autant – surtout lorsqu'elle était aussi flamboyante que Bellatrix et s'intéressait autant qu'elle à la magie noire. Ce qui chez Lucius était un intérêt purement scientifique devenait chez elle une obsession. Les animaux qu'elle avait éclopés ou tués avec ses expériences ne se comptaient plus – il se souvenait d'une fois où Narcissa était venue, en larmes, se plaindre de la disparition de son chat en plein souper d'adultes. Les pleurs s'étaient transformés en un bref rictus de rage lorsque la charmante demoiselle avait compris ce qui était arrivé à son petit compagnon.

Lucius se composa une attitude nonchalante.

« Pourquoi, tu aurais toi-même de hauts faits à nous raconter ? »

Cela la plaçait évidemment en mauvaise position : elle pouvait difficilement parler de la Marque devant tout le monde. Néanmoins, elle leva le menton d'un air déterminé.

« Tu en entendras parler bien assez tôt, Malfoy. Qui sait, peut-être nous croiserons-nous samedi prochain ? J'ai cru comprendre que tu rentrais chez toi et, justement, il en va de même pour moi. »

Merveilleux. Il ne lui restait plus qu'à espérer qu'il ne serait pas envoyé tuer des gens, encore. Surtout en sa compagnie. Lui qui croyait que le pire serait de se retrouver au service de quelqu'un – sans même compter le type d'ordre que le Lord donnait – mais avec elle en plus ! Il ne manquait plus que ça.

« Je suis certain que j'aurai bien plus intéressant à faire qu'admirer ta beauté éblouissante, commenta-t-il. Maintenant, si tu permets, j'ai une victoire à fêter. »

Elle le fusilla du regard, furieuse. Tous savaient bien que des trois filles Black, elle était la plus mal dégrossie, avec les traits les moins délicats. Ne trouvant rien à lui répondre, elle tendit un doigt menaçant vers lui, lui promettant vengeance, puis s'éloigna à grands pas à sa plus grande satisfaction.

Matthew lui lança un regard en biais.

« Tu es sûr que te la mettre à dos est une bonne idée ?

— Je suis plutôt certain que ce n'en est pas une mais, vois-tu, elle ne se prive pas pour venir me provoquer. Je ne compte pas la laisser faire. »

Ce qui ne l'empêcherait pas de ne plus manger que ce qui serait servi par les elfes dans la Grande Salle pour les six prochaines semaines. Ses affaires, dans un dortoir de Slytherin, étaient déjà protégées par de nombreux sorts et si elle voulait le toucher par là, il lui souhaitait bien du courage.

« De toute façon, Lucius a raison, intervint Natasha. Il a bien plus intéressant à faire. »

L'adolescent sourit à la jeune fille et lui murmura des douceurs à l'oreille après avoir déposé un baiser sur le dos de sa main. Elle se pencha plus près, mettant en évidence sa poitrine ronde. Quelques heures plus tard, il avait oublié jusqu'à l'existence de Bellatrix Black, pour son plus grand bonheur.

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Six jours plus tard, Lucius avait survécu à trois tentatives de Bellatrix pour l'humilier publiquement et, après qu'il se soit retrouvé trempé jusqu'à l'os dix minutes avant le cours de DADA, elle avait semblé cesser les hostilités. Après tout, il était arrivé en retard et avait dû inventer une excuse pour justifier ce fait, ce qui faisait très mauvais genre venant d'un préfet.

En ce 11 novembre 1966, il avait décidé d'assister à une séance exceptionnelle de leur petite defense against dark arts society. En effet, la semaine précédente ayant été consacrée presque exclusivement au Quidditch, Matthew avait proposé à tous de se retrouver le vendredi en plus de leurs sessions habituelles du lundi et du mercredi. Comme il devait se rendre au Manoir après le souper, il avait longuement hésité avant d'accepter, décidant finalement qu'il lui suffirait de partir un peu plus tôt s'il voulait être certain d'arriver en temps et heure.

Si, du moins, il parvenait à esquiver Natasha. La jeune fille s'était montrée de compagnie plus qu'agréable durant tout le week-end mais commençait à devenir un peu trop persistante. Lucius cherchait encore comment s'en débarrasser sans la froisser – il ne voulait pas se la mettre à dos.

Les duels lui permirent de se distraire pendant un temps mais, à 19h tapantes, il déclara qu'il en avait eu assez pour la journée.

« Navré, Serafino, dit-il à son partenaire du moment, mais tu vas devoir te passer de moi. Vois peut-être avec Matthew s'il veut bien délaisser sa belle un moment ? »

Sam le tenait fort occupé et, pour une fois, cela n'avait rien à voir avec des tripotages et tout avec sa maîtrise des sortilèges les plus vicieux. Serafino renifla légèrement.

« Je ne pense pas que j'arriverai à les décoller. Je vais simplement regarder et en profiter pour reprendre mon souffle. Tu rentres chez toi, c'est cela ? »

Lucius acquiesça, sans répondre à sa question sous-jacente. Après tout, Goyle et Stevens se trouvaient eux aussi dans les parages. Ne le voyant pas répondre, Serafino n'insista pas et lui souhaita bon voyage.

Il se lança donc quelques sorts rafraîchissants pour éviter d'avoir l'air d'un réfugié et prit le chemin des dortoirs, à quelques couloirs de là seulement. Il était plutôt satisfait de ses progrès, même s'il avait encore bien du travail devant lui. Les entraînements que lui fournissaient la society n'étaient peut-être pas de premier ordre mais ils lui sauveraient peut-être la vie un jour ou, du moins, l'empêcheraient de tomber entre les mains des Aurors. À présent que le Lord semblait avoir décidé de se faire connaître, ceux-ci seraient bien plus attentifs.

Il salua Una en passant dans la Salle Commune puis s'arrêta en la voyant lui faire signe de venir. Elle était assise à une table et des parchemins se trouvaient déroulés devant elle. Lucius fit légèrement la moue en déchiffrant un cours d'Étude des moldus.

« Qu'y a-t-il ?

— Je sais que tu es un parfait sang-pur et que ce genre de chose ne t'intéresse pas mais tu as tout de même une certaine connaissance de ceci, n'est-ce pas ? »

Elle n'allait tout de même pas lui demander de l'aide pour ce cours ? Son expression dut être parlante, car elle roula des yeux.

« Je veux seulement vérifier deux ou trois points. Est-ce que les moldus passent leurs dimanches à tourner en rond pour attraper une balle ?

— Pour certains, cette description correspond parfaitement au Quidditch, lui fit-elle remarquer.

— Je veux dire, littéralement. »

Lucius haussa un sourcil.

« Bien sûr que non. Du moins, pas que je sache.

— C'est bien ce qui me semblait. Je suppose qu'ils ne perdent pas non plus du temps à parler dans une machine qui ne leur répond pas ? Le télé… »

Elle chercha le mot dans ses notes, aussi Lucius le termina-t-il pour elle :

« Le téléphone ? Non, cela leur permet de communiquer entre eux. Je ne sais pas du tout comment cela fonctionne mais je suppose que cela peut être vu comme l'équivalent de nos cheminées sauf que, bien sûr, cela ne permet pas de se déplacer ni de voir la personne. »

Elle hocha la tête, songeuse, et rajouta quelques mots dans ses marges. La voyant à nouveau absorbée par son cours, Lucius la délaissa pour descendre vers son dortoir. Elle paraissait presque intéressée par l'Étude des moldus ! Vraiment, cela en devenait ridicule. En plus, ce professeur ne semblait pas savoir de quoi il parlait – à moins qu'il ne le fasse exprès ! Dippet n'était pourtant pas aussi stupide socialement que Dumbledore. Pourquoi avait-il engagé cet incompétent ? Tout de même pas pour son joli visage ? Voilà qui serait des plus morbides. Note, en voyant Una s'intéresser à ce point à cette matière, il commençait à se demander si Christian Fletcher n'utilisait pas sa seule arme pour rendre son cours intéressant.

Exaspéré par ces pensées, il prit une rapide douche et se changea, puis fit empaqueter rapidement quelques affaires par un elfe. Une demi-heure plus tard il se tenait devant le Manoir et un de leurs petits serviteurs s'empressait de soulever son bagage.

« Bienvenue, jeune maître. Votre chambre et celles du Maître et de Madame ont été préparées et nettoyées ce matin même.

— Merci, Sandy. »

Ses parents avaient chacun leur chambre depuis fort longtemps, bien qu'une porte communique entre les deux. Leur mariage était plus de raison que d'amour – après tout, elle était une Rosier et son père un Malfoy.

Il monta rapidement se rafraîchir avant de descendre dîner, juste à l'heure. À sa grande surprise, ses parents et lui-même ne seraient pas seuls : le Lord se trouvait déjà assis à droite du maître de maison lorsqu'il arriva pour se mettre à table. Avec réticence, il inclina la tête.

« Mon Lord.

— Bonsoir, Lucius. Comment se passe la vie à Hogwarts ?

— Comme toujours, je suppose, bien que votre dernière intervention ait choqué beaucoup de monde. Beaucoup d'élèves sont rentrés chez eux ce week-end et nombre de ceux qui étaient supposés rester pour les fêtes vont finalement rejoindre leurs familles respectives. »

Voldemort hocha la tête, apparemment satisfait de sa réponse, puis se tourna vers Abraxas pour reprendre la conversation que Lucius avait interrompue en arrivant – et qui traitait d'une obscure potion dont la confection s'était perdue deux siècles plus tôt. Nerveux, le jeune homme se contenta de manger en silence, répondant aux questions qui lui étaient posées le plus simplement possible.

À ses côtés, sa mère lui semblait fort pâle et évitait autant que possible de croiser le regard du Lord. De ce qu'il comprit, celui-ci était arrivé en milieu de semaine pour consulter leur bibliothèque – l'une des mieux fournies d'Angleterre, y compris sur certains sujets des plus folkloriques qui avaient intéressé ses ancêtres – et n'était plus reparti. Apparemment, cela était plus qu'éprouvant pour les nerfs de Clotildis Rosier, qui n'avait pas beaucoup de force de caractère pour une Slytherin. Abraxas, par contre, était aussi calme et composé que toujours et discutait même avec un plaisir évident de sa branche favorite.

Une fois n'était pas coutume, Lucius abrégea le repas en partant avant le dessert. Les deux hommes ne s'en formalisèrent pas, trop occupés à parler entre eux. Abraxas le retint seulement un instant pour déclarer :

« À partir d'aujourd'hui, mieux vaut que tu rentres toutes les deux semaines, sauf cas exceptionnel. Cela sera moins suspicieux…

— … pour d'éventuels recoupements. J'y avais déjà songé. »

Le patriarche acquiesça, puis tourna à nouveau son attention vers son hôte. Lucius salua sa mère en lui souhaitant intérieurement bon courage et sortit. Sur le chemin de sa chambre, il croisa à nouveau Sandy et un détail lui revint à l'esprit.

« Dis-moi, t'es-tu également chargé de préparer la chambre des invités ? Notre hôte est de la plus haute importance. »

L'elfe sembla surpris.

« Sandy croyait qu'il n'y avait pas besoin de chambre si Monsieur ne restait pas dormir. La chambre a été préparée mercredi soir mais, comme Monsieur le Lord ne semblait pas y dormir, rien n'a plus été fait depuis. »

Lucius cilla. Qu'est-ce que cela voulait dire ?

« Il reste tout de même bien ici pour la nuit ?

— Sandy préfère ne pas en parler, jeune maître. Le jeune maître a-t-il besoin d'autre chose ? »

Toujours aussi perplexe, Lucius secoua la tête. Bien, sans doute le Lord restait-il tard pour revenir tôt au matin il avait dû mal comprendre. Il regagna sa chambre et, désœuvré, se coucha presque directement. Peut-être devrait-il chercher de quoi lire, s'il devait passer tant de temps au Manoir à l'avenir. En été, il s'occupait habituellement en faisant venir des amis, mais cela risquait d'être difficile les week-ends – particulièrement si le Lord s'invitait chez eux.

Il se tourna et se retourna, avant qu'une pensée l'apaise enfin assez pour qu'il parvienne à s'endormir : personne n'avait mentionné la moindre sortie. Cette fois, il n'aurait pas à tuer.

sosososo

Les six semaines suivantes se passèrent sans évènements notables. Le Lord ne fut pas présent lorsque Lucius retourna chez lui après quinze jours et, à Hogwarts, une certaine routine se remettait en place après le traumatisme d'Halloween. Une des sorties prévues à Hogsmeade avait été annulée mais tous furent ravis lorsque Dumbledore annonça que celle du 17 décembre serait maintenue. Les réparations du village avaient avancé bon train – d'autant plus que la plupart des familles sorcières avaient soutenu d'une façon ou d'une autre leurs confrères sinistrés.

Aussitôt, tous se mirent à faire des projets. Cette sortie serait l'occasion de faire leurs emplettes de Noël pour ceux qui n'avaient pas la possibilité ou les moyens de le faire autrement. Lucius lui-même avait commandé la plupart de ses cadeaux par hibou – une façon comme une autre d'occuper ses soirées solitaires au Manoir – mais comptait bien s'y rendre tout de même, ne fût-ce que par curiosité.

Il se crispa néanmoins lorsque Natasha s'approcha de lui le samedi matin, flanquée par son éternelle suivante, Iudicaela Rosier, cousine de Lucius par sa mère.

« Je voulais te poser une question… » Sans blague. « Est-ce que Serafino va à Hogsmeade tantôt ? »

Son soulagement dut être un peu trop visible parce que les deux jeunes filles éclatèrent de rire.

« Je sais reconnaître une fin de non-recevoir quand j'en vois une, Malfoy, et je ne compte pas m'abaisser à te supplier, aussi bon sois-tu.

— Mhm. » Que dire d'autre, franchement ? « Bien, pour répondre à ta question, je pense qu'il s'y rend en effet et qu'il ne s'est pas prévu de compagnie.

— Parfait ! »

Elle claqua des mains puis saisit le bras de sa complice pour l'entraîner plus loin. Bien, cela faisait au moins un souci de réglé. Par contre, avec qui allait-il pouvoir traîner si Serafino se trouvait si bien entouré ? Il s'en serait voulu de tenir la chandelle entre Matthew et Samantha, qui ne pourraient pas passer les fêtes ensemble étant donné que la jeune fille rejoindrait ses parents pendant leurs deux semaines de vacances. Elvina était hors de question. Una, peut-être ? Après tout, il lui devait bien quelque chose pour l'avoir abandonnée lors du bal, même si les circonstances étaient exceptionnelles.

Sa décision prise, il envoya une première année vérifier si la jeune fille se trouvait dans son dortoir, sans succès. Il la chercha rapidement dans les donjons avant de songer qu'elle était peut-être déjà sortie. Bien, tant pis il essayerait de l'attraper une fois à Hogsmeade s'il le pouvait et se contenterait de passer seul à la confiserie s'il n'y croisait personne.

Après un rapide crochet pour attraper son écharpe, sa cape et ses gants, il se rendit au portail de l'école où Appolon Picott, le vieux concierge, faisait le pied de grue. La neige, qui était tombée dans le courant de la nuit, avait fondu tout autour de lui sous l'effet d'un sortilège réchauffant.

« Bonjour monsieur, le salua-t-il poliment. Pourrais-je jeter un coup d'œil à la liste des élèves, si vous voulez bien ?

— Manque-t-il quelqu'un à Hogwarts, Mr Malfoy ? » lui demanda-t-il en louchant sur son insigne de préfet.

Lucius secoua la tête en se frottant les mains l'une contre l'autre pour les réchauffer. Peut-être devrait-il imiter le concierge et appliquer quelques charmes sur ses vêtements – il faisait un froid de canard.

« Rien de si important, je le crains. Je voudrais simplement retrouver l'une de mes amies et je ne suis pas sûr qu'elle soit bien sortie. »

L'homme lui sourit d'un air entendu et, sans hésiter, lui tendit le document. Lucius le parcourut rapidement tout en se disant qu'il devait faire attention n'importe qui aurait pu convaincre Picott tout aussi facilement.

Puis, il trouva le nom d'Una Duncan calligraphié d'une belle écriture, une croix maladroitement formée juste à côté par les doigts engourdis du concierge. Il continua néanmoins de scruter la feuille, perplexe. Il avait déjà vu cela quelque part… Dans un flash, il revit la lettre, en cours de Potion, le nom d'Una écrit tout en haut de la page. C'était la même écriture.

Il rendit la liste à Picott et lui fit son sourire le plus aimable.

« Puis-je savoir lequel des professeurs a écrit ceci ? » demanda-t-il.

Malheureusement, la sympathie première du vieil homme se transforma en suspicion à cette question. Il rangea le papier dans sa poche et leva le nez d'un air qui se voulait distingué.

« Cela, Mr Malfoy, ne vous regarde pas du tout. »

Lucius le remercia et prit le chemin de Hogsmeade. Il avait de toute façon compris quelque chose d'essentiel : Una se commettait avec un professeur, et il pensait savoir lequel.