Carl était dans le paramédical depuis douze ans et il avait vu pas mal de chose, et de tous ce qu'il avait vu, le sang, les corps lacérés des victimes dans les accidents de voitures, la peau brûlée des personnes coincées dans les incendies, même les coups, les éraflures sur les mains d'une adolescentes victime d'un viol. Mais, quand il marcha dans la maison d'Amelia Keenan, de tous ce qu'il avait vu, ici resterait l'une des interventions qui le poursuivrait toute sa vie.
Une femme aux cheveux noirs agenouillée à côté du corps inerte d'un petit garçon, sanglotait en se lamentant tandis qu'elle essayait de le réanimer.
La peau du garçon était grisâtre, ses lèvres bleues, et une couche de sueur le recouvrait. Il y avait des contusions et des coupures sur ses mains et son visage, tous très récents, certains ressemblait à des tranches régulières. La femme qui était en train de pleurer leur demanda de l'aider alors Carl et sa partenaire, Alice, accoururent aux côtés du garçon.
« Qu'est ce qu'il s'est passé ? » Demanda Carl à la femme, gentiment mais la poussant fermement sur le côté.
« Oh mon dieu… Je… Je pense qu'ils lui ont donné de l'héroïne ! »Pleura la femme, « il a seulement dix ans » Leur dit-elle.
Carl se sentit nauséeux quand Alice leva le bras du garçon et le laissa retomber sans vie « Pas de réflexe » Dit-elle.
« Quel est son nom ? » Demanda Carl à la femme.
« Jack » Pleura la femme.
Lorsque Alice se pencha sur le visage de Jack pour hurler son nom, essayant de le réveiller, Carl jeta un coup d'œil autour de lui dans la cuisine « Est-ce que c'est l'une des personnes dans cette maison qui l'a blessé ? » Demanda-t-il à la femme qui sanglotait.
« Il y a un groupe de personne dans le salon complètement défoncés » La femme mettait plus de colère entre chaque mot « j'ai déjà appelé la police »
« J'ai un pouls mais il est filant » Lui dit Alice « Nous devons le sortir d'ici » Elle se leva pour prendre la civière.
« Madame, quel est votre nom ? » Demanda Carl en plaçant un masque de ventilation sur la bouche et le nez de Jack, appuyant sur le ballon pour lui donner plus d'oxygène.
« Je suis Maria » Elle semblait reprendre le contrôle d'elle-même « Je suis son assistance sociale, j'étais venue vérifier si tout allait bien et je l'ai retrouvé comme ça » Expliqua-t-elle tandis qu'Alice revenait avec la civière.
Il y eut la lumière bleu et rouge des sirènes de police qui se reflétait dans la vitre.
Alice et Carl chargèrent soigneusement Jack sur la civière « J'ai lancé un appel radio pour les gens là bas, un ou deux semblent avoir une overdose. » Dit Alice à Carl quand deux officiers arrivèrent en courant dans la maison.
« Que se passe-t-il ? » Demanda l'un des officiers.
« Un garçon de dix ans en overdose d'héroïne » Lui dit Carl.
« Jésus » Dit l'officier.
« Egalement signe d'abus, vous devriez aller dans le salon » Cracha Alice de colère, plaçant à la hâte des bandes sur les blessures graves de Jack.
« Fils de pute » Grommela l'autre agent, cherchant ses menottes en se précipitant dans le salon.
« Bon, nous l'emmenons à l'hôpital, il y a une autre ambulance en route, certains d'entre eux semblent mal » Expliqua Alice. Elle et Carl se dépêchèrent de passer les policiers et sortir pour aller à l'ambulance.
Maria grimpa à l'arrière après eux et l'ambulance démarra rapidement, laissant les officiers sur les lieux.
L'un d'entre eux marchait à présent dans la cuisine vide et observait les dégâts. Il entendit un bruit étrange, comme le bruit d'une araignée dans une boite d'allumettes.
Il s'avança où le garçon avait été retrouvé et s'accroupit à côté du téléphone où résidait encore un son. Le bruit venait du téléphone et en se rapprochant, il réalisa que c'était la voix de quelqu'un d'autre au bout du fil. Sans toucher le téléphone, il se pencha pour mieux entendre une femme, pleurant dans le cornet, demandant qu'on lui dise ce qu'il se passait.
OOO
Bobby et ses frères observaient Jack, qui, comme il l'avait fait ces quatre jours derniers, reposait immobile dans le lit d'hôpital, un tube dans sa gorge pour l'aider à respirer car son corps n'était pas encore assez fort pour le faire lui-même. Evelyn était recroquevillée dans un fauteuil de la chambre, ses yeux mis clos, même si elle n'avait pas encore dormi car Jack était encore potentiellement malade.
Jack était presque aussi blanc que les draps dans lequel il reposait, ses yeux sombres et flous. Ses lèvres étaient sèches et craquelées là où le tube frottait, sa tête était recouverte d'un bandage après que des radios ait décelé une fracture à l'arrière de son crâne. Son bras cassé était enfermé dans une épaisse couche de plâtre, les autres blessures nettoyées et bandées. Sa poitrine semblait anormalement volumineuse, à cause des bandages qui enveloppaient ses côtés, plusieurs d'entre elles étaient cassées. Un de ses poumons était perforé et causerait, selon les médecins, des dommages permanents. Il y avait de bonne chance que Jack ait besoin d'un inhalateur, quand il sortirait de l'hôpital. Il devait encore se réveiller, et pendant plusieurs heures, le jour d'avant, les médecins avaient parlés de la probabilité qu'il y ait des séquelles irréversibles sur son organisme.
« Il devrait y avoir un médecin ici, ils devraient le surveiller » Murmura Bobby péniblement.
« Tu as entendu ce qu'ils ont dit, c'est à lui de se réveiller » Dit Jerry réfléchissant à chaque mot.
« Mais il n'y a rien qu'ils puissent faire ? Ce que je veux dire, il est petit et ils s'attendent à ce qu'il fasse tout ça sans aide » Demanda Angel.
« Ecoute, toutes ces choses branchées sur lui, ça doit l'aider » précisa Jerry.
« Je tuerais cette pute » Dit Bobby calmement.
« J'ai entendu qu'elle était dans une chambre en bas parcequ'elle a fait une overdose. Nous pourrions l'étouffer dans son sommeil. » Renifla Angel.
« C'est comme ça que vous voulez l'aider ? » Soupira Jerry.
« Elle devrait mourir et je me sentirais mieux à l'intérieur » Dit Bobby livide.
« Non, tu ne le seras pas, pas tant que Jack n'ira pas mieux » Déclara Jerry « Ce que nous devons faire c'est être ici, rester ici, pour notre frère »
« Ne nous joue pas les saints Jerry, pas maintenant » Cracha Angel, mais sans conviction.
« Je dis simplement que ça ne l'aidera pas de faire quelque chose de stupide… Non de dieu, si nous la tuons, nous finirons en prison et quand Jack s'éveillera nous ne serons pas là pour lui » Dit Jerry.
Bobby sembla vouloir parler, hésitant, ensuite continua « il a maman » dit-il très calmement.
« Ouais, parceque maman pourra s'occuper de lui seule après ça » railla Jerry.
« Elle l'a fait pour nous » précisa Angel.
« Jackie n'est pas comme nous » Dit calmement Jerry « Il a vécu trop de chose, il n'est pas comme nous »
« Il en a trop vu » Bobby fronça des sourcils.
« Ouais, mais nous savons comment il va réagir… il est totalement déséquilibré et d'après ce que j'ai vu, seule maman, ou nous, pouvons le calmer quand il perd le contrôle… J'aime maman mais elle ne pourra pas toujours s'occuper de lui seule » Leur dit Jerry.
A regret, Angel et Bobby agréèrent. « Alors, nous devons la laisser… » Demanda Angel.
« Jackie ira mieux c'est plus important que cette putain de droguée » Grogna Jerry.
Le médecin qui s'occupait de Jack depuis son arrivée à l'hôpital arriva derrière les garçons. « Vous complotez une vengeance ? » Demanda-t-il en rigolant.
Les trois garçons se retournèrent et le fixèrent, son sourire disparut. « Je blaguais » Il leva les mains.
« Comment va-t-il aujourd'hui ? » Soupira Angel.
« En fait, les résultats sont bon. Il résiste contre la machine. » Leur dit le médecin.
« Ce qui veut dire ? » Bobby fronça les sourcils.
« Mes amis, ça veut dire que votre petit frère peut respirer seul, nous pouvons lui enlever le tube » sourit il.
« Il va se réveiller ? » Demanda Jerry.
« Ca je ne peux pas le dire… Peut être qu'il le fera… Le fait est qu'il peut respirer seul, c'est un bon signe, ça veut dire que son corps est plus fort. Dans beaucoup de cas comme celui-ci, le patient se réveille souvent peu de temps après qu'on ai enlevé le tube »
« Vous avez déjà vu des gamins de dix ans ayant reçu une forte dose d'héroïne, docteur ? » Demanda Bobby plein de sarcasme.
Le docteur oscilla la tête s'excusant et se dirigea dans la chambre, les frères Mercer derrière lui.
« L'infirmière est venu nous dire que vous alliez enlever la canule aujourd'hui ! » Dit Evelyn se mettant péniblement sur ses pieds.
Ses fils se déplacèrent à côté d'elle alors que le médecin prenait une paire de gants « C'est ce que je vais faire Mme Mercer, votre garçon lutte un peu, je vais enlever le tube de sa gorge et le laisser respirer sans assistance. C'est une bonne chance parceque ça veut dire qu'il va mieux, et en même temps, qu'il se renforce » Il lui fit un aimable sourire.
Le docteur, qui s'appelait Higgins, se pencha au dessus de Jack et enleva délicatement ce qui tenait le tube en place. Il attendit que Jack inspire, ensuite lorsqu'il expira, il enleva le tube doucement.
Jack ne bougea pas, mais les machines qui enregistraient les battements de son cœur ne s'alarmèrent pas, alors les Mercer laissèrent sortir un soupir de soulagement. Higgins utilisa une petite lampe pour vérifier les yeux de Jack « Les pupilles sont correctes et répondent » dit-il heureux « Ca veut dire qu'il est juste endormi… Mais c'est un sommeil très profond. Il se réveillera, simplement, laissons lui le temps » Les rassura-t-il « Maintenant, je vais vraiment vous suggérer de rentrer chez vous, de vous reposer. Il y a des médecins et des infirmières qui peuvent prendre soin de lui, vous avez tous besoin de repos » Dit il sympathiquement.
« Je ne pars pas » Dit Jerry et ses frères agréèrent.
« Non, il va bien, vous devez dormir, vous avez besoin d'aller à l'école, j'ai besoin de voir les autres enfants » Déclara Evelyn, même si son ton clair disait qu'elle n'aimait pas ça.
« J'emmerde l'école » Cracha Bobby.
« Bobby ! » Lança Evelyn.
« Maman, je ne le quitterais pas » Lui dit Bobby.
« Pourquoi ne pas faire des tours de gardes ? » Demanda Angel « Nous restons chacun une nuit ensuite nous allons dormir, allons à l'école, comme ça l'un de nous est toujours là et les autres peuvent se reposer »
« Je serais le premier » Bobby haussa des épaules.
« Non » Dit Evelyn.
« Maman, tu n'as pas dormi depuis quatre jours » Précisa Jerry.
« Aucun de vous non plus » Leur rappela Evelyn.
« C'est différent avec nous maman, nous sommes jeunes et virils » Jerry lui fit un petit sourire.
Evelyn frotta ses yeux fatiguée « Bien » marmonna-t-elle « je dois aller récupérer les autres chez les voisins » Déclara-t-elle.
Elle marcha vers le lit et se pencha sur Jack, embrassant son front amoureusement. « Je m'en vais pour quelques temps Jackie, mais je reviendrais bientôt, je le promets » murmura-t-elle.
Elle serra Bobby et remercia le médecin, laissant Angel et Jerry. Quand ils partirent, Bobby s'assit dans le fauteuil qu'Evelyn avait occupé, souriant tendrement à l'odeur de fleur qui s'accrochait à la couverture que l'une des infirmières lui avait donné. Bobby se releva et marcha vers Jack, plaçant la couverture sur son étrange forme.
A ce moment, il paniqua. Bobby se pencha et posa doucement sa tête sur la poitrine squelettique de Jack, écoutant si son cœur battait. Il entendit la douceur, le rythme régulier. Il poussa sa chaise plus près du lit pour pouvoir tenir la main de Jack. Il resta assis comme ça durant quatre heures, ne bougeant pas, regardant simplement la poitrine de Jack monter et descendre, le regardant survivre.
Après un long, très long moment, Bobby se rapprocha et caressa une mèche blonde égarée sur le front de Jack, souriant à la douceur de la peau de bébé de Jack. La colère jaillit soudain à l'intérieur de lui, si fortement qu'il lâcha la main de Jack, posant ses deux mains sur les barrières en métal, retenant toute la rage qu'il sentait dans cette poigne. Les larmes tombèrent de ses yeux, les larmes qu'il ne pouvait pas laisser tomber devant ses frères alors qu'ils regardaient l'état faible de Jack, son corps endommagés. Ses mains se resserrèrent encore et encore espérant que les barres cèdent. Il arrêta soudain et se releva, haletant comme si il avait couru pendant des heures. Debout, les mains douloureuses, il fit de petit pas en direction de la salle de bain. Refermant la porte derrière lui, Bobby laissa couler l'eau froide sur ses mains pendant une demi heures alors qu'il se permettait de pleurer. Lorsque ses mains tremblèrent et s'engourdirent, il jeta de l'eau sur son visage et observa ses yeux dans le miroir « contrôle toi » dit-il, imitant la voix de Nelson, l'un de ses pères d'accueil les plus décents qu'il avait eu avant de vivre chez Evelyn.
Nelson avait été marine pendant des années avant d'être renvoyé. Il croyait en l'utilité des règlements militaire, de sa discipline. Malgré sa brutalité, il prenait véritablement en charge les enfants qu'il gardait, croyant qu'être rigoureux, en causant la douleur, était un bon enseignement pour survivre, pas seulement pour leurs faire du tort parcequ'il buvait, ou que c'était un bâtard rancunier. Il avait appris à Bobby que c'était une erreur de laisser sa famille le voir affaiblit, peu importe pour quoi, et Bobby l'avait appris par cœur. Il s'aspergea avec plus d'eau et s'essuya ensuite avec une serviette, refaisant ses cheveux, ses yeux le fixant toujours, comme un plongeur prêt pour une descente profonde.
Tout en regardant son corps, il pouvait voir sa reconstruction. Les frissons qui avaient courbés ses épaules cessèrent. Il n'avait plus le dos voûtés, reprenant sa stature de boxeur, ce qui était sa position naturelle. Son visage durcit, les yeux brillants d'une étincelle, le flash de la colère, la rage, le sombre masque qui glissait parfois. Il renifla une fois, roulant des épaules et craquant son cou ensuite il retourna dans la chambre.
Le lit de Jack était vide.
Bobby recula en arrière sous le choc, clignant des yeux aux draps froissés dans le lit. Il ouvrit la bouche mais aucun son ne sortit comme dans les mauvais rêves qu'il avait fait depuis qu'il avait appris que Jack avait une tante. Il avança dans le milieu de la pièce scannant avec des yeux experts quand il réalisa que la machine qui enregistrait les battements cardiaques n'était pas déréglée, ne faisant pas sonner des alarmes désagréables. Cela voulait dire que Jack n'était pas très loin.
Bobby s'avança encore mais il se rappela d'une histoire que Jack leurs avait raconté : quand il était petit, il allait se cacher sous le lit de son père, et tout ce qu'il pouvait voir c'était les chaussures de son père qui passait à côté du lit avant d'être tiré vers la lumière. Bobby repassa l'histoire lentement dans sa mémoire, ensuite il s'accroupit.
Jack était blotti sous le lit de l'hôpital, serrant la couverture d'Evelyn sur lui, ses yeux grands ouverts mais n'apercevant rien. Bobby se rappela du 'regard à des milliers de miles' jurant quand il remarqua que le vide dans les yeux de Jack était encore plus profond qu'il ne l'avait été.
« Jackie ? » Appela Bobby gentiment, bougeant maladroitement en position accroupit.
Jack se basculait d'avant en arrière, sa respiration lourde et sifflante. « Jackie, c'est Bobby » Dit-il doucement, « je vais me rapprocher, d'accord ? »
Jackie ne répondit pas mais Bobby, regardant son frère dans les yeux, aperçut qu'ils bougèrent imperceptiblement. « Bon d'accord petit homme, je suis ici ». Bobby chanta une chanson et se rapprocha encore jusqu'à être à côté du lit, seulement à quelques pas de Jack.
Assis, jambes croisées, Bobby regardait sous le lit à son frère.
« Hey gamin, comment tu vas ? » Bobby se força à donner le ton de la conversation.
Les yeux de Jack restèrent distants mais il murmura d'une voix enrouée « Ma poitrine me fait mal »
Bobby laissa tomber ses yeux une seconde car ils se remplirent de larme de joie à la voix de Jack. « Ouais ? » Demanda-t-il en fixant toujours le sol. « Et bien, tu as reçu pas mal de coup à cet endroit Jackie… Tu sais ce que tu as fait ? » Il tenta de le regarder.
« Non ? » Demanda Jack curieux, sa voix faible.
« T'es mort, plusieurs fois, ils ont du… » Bobby releva ses mains, mimant les défibrillateurs « tzz, tu as reçu des décharges ! » Il s'émerveilla de son habilité à retenir ses émotions en racontant à Jack comment il s'était arrêté plusieurs fois dans la salle d'urgences.
« J'ai fait ça ? » Demanda Jack étonné.
« Ouais, t'es un petit cinglé » Bobby se força à rire, observant les coins de la bouche de Jack qui se levèrent dans un infime sourire.
« Tu ne peux pas rire de ça, nous ont peu se moquer, tu ressemblais à ce ver de terre qu'on a électrocuté un jour, tu t'en souviens ? » Demanda Bobby, observant le moindre signe de lumière dans les yeux de Jack encore remplit de la peur.
« Il a explosé » Dit Jack sérieusement « je ne me sens pas bien mais je n'ai pas explosé » remarqua-t-il.
« Tu ressembles encore à un ver » Bobby haussa des épaules
« Bon, tu ressembles à un cul » Murmura Jack, regardant enfin Bobby « un cul de babouin »
« Ouais et bien, tu ressembles à la fée clochette, blondie » Bobby lança en souriant.
« Tu ressembles à Mouche » Murmura Jack, son mouvement de bascule diminuant.
« Tu ressembles à Lilly la tigresse » rétorqua Bobby.
« Princesse Lilly peut se battre, tu ressembles à Wendy » Jack gloussa silencieusement.
« Ah ouais, et bien tu ressembles…euh, La Vida Loca ! » Tenta Bobby.
« Tu ressembles à son gros cul » répondit Jack presque instantanément.
« Tu ressembles à un pet »
« Tu as une haleine de pet »
« Tu es une haleine de merde » Bobby tira la langue à son frère.
« Tu as une haleine de merde » Jack le poussa de sa bonne main.
Il y avait une étincelle dans ses yeux à présent, mais il était toujours hanté tandis qu'il regardait Bobby.
« Tu es la merde sur mes chaussures » Bobby se remit sur ses pieds en un petit saut.
« Tu espères être la merde sur mes chaussures, tu es une amibes vivant sur un bout de merde qui ne me donne même pas l'envie de marcher dessus » Jack releva un sourcil sur Bobby qui éclata de rire, sachant qu'il était battu.
Jack ne rigola pas mais il fit un petit sourire, sourire nerveux car Bobby se relevait.
« Tu nous as fait peur gamin » Lui dit Bobby, devenant soudainement sérieux.
« Ils m'ont fait peur » murmura Jack.
Il rampa soudain, ignorant les intra veineuse qui s'arrachait de son bras, les électrodes pour son cœur se décollant de sa poitrine. Bobby se pencha sous le lit et attrapa Jack, le prenant dans une étreinte d'ours la plus douce possible, prudent de l'état fragile de Jack.
Il sentit Jack se tendre dans ses bras comme si un courant électrique l'avait parcourut quand la porte s'ouvrit avec un 'clic' audible.
« Oh, il s'est réveillé ? » S'exclama la voix d'une infirmière « je vais chercher le docteur » elle s'en alla rapidement.
« Bobby » Haleta Jack, sa voix s'élevant de peur.
« Jackie, ça va aller, ce ne sont pas de mauvaises personnes, ils veulent seulement t'aider » Le rassura Bobby. Il était facile à tenir, son estomac se retourna quand il vit Jack à la lumière. L'enfant n'avait jamais eu un poids normal mais avec ça, à présent Bobby pouvait le soulever comme un sac de brindilles. « En premier lieu, Cracker Jack, nous te donnerons des cheeseburgers » Déclara Bobby simplement en s'installant dans le fauteuil, avec Jack dans les bras.
« Je veux des frites » Lui dit Jack, se relaxant instantanément dans les bras de son frère, posant sa tête sur la poitrine de Bobby.
Bobby eut le flash d'une nuit, où lui, Angel et Jerry avait 'officiellement' fait entrer Jack dans la famille. C'était une situation à peu près similaire, après qu'une raclure locale avait emmené Jack, Jack avait carrément piquer une crise et détruit la maison. Cette nuit là, il avait eu une terreur nocturne et après qu'Evelyn l'ait calmé, ses frères lui avaient juré de le protéger dans n'importe quelle situation. Jack s'était rendormi dans les bras de Bobby.
Parcequ'il avait son petit frère près de lui, l'avoir à portée de vue, le mettait à l'aise, et ça rendait Bobby calme et il savait que c'était la même chose pour Angel et Jerry.
La porte s'ouvrit encore et la même tension de peur passa à travers le corps de Jack.
« Ca va, c'est le docteur Higgins » Murmura Bobby à Jack.
« Salut » le docteur Higgins resta à la porte, souriant gentiment à Jack, « tu pense que je peux entrer pour regarder ton bras ? » Il fit un coup de tête aux blessures ensanglantées sur le bras de Jack. Il tenait une petite trousse médical que Jack pouvait voir « C'est juste des bandages et des compresses stériles » promit-il.
Intérieurement, Bobby applaudissait le médecin pour sa façon d'agir. Au lieu de le bousculer, il laissait le contrôle à Jack, pour le mettre à l'aise.
Jack releva des yeux sur Bobby qui relevait un sourcil, lui laissant savoir que c'était le bon choix. Jack hocha la tête à Bobby et Bobby dit « vous pouvez venir doc » Il fit à l'homme un petit sourire.
« Merci Jack » Le docteur sourit à nouveau. La trousse dans une main, mettant son autre main sur le côté, montrant qu'elle était vide, Higgins entra dans la chambre. Il prit la deuxième chaise pour s'asseoir en face de Jack et Bobby.
Jack tremblait dans les bras de Bobby.
« Je peux voir ton bras ? » Demanda poliment Higgins.
Bobby savait que ça en coûtait beaucoup à Jack de laisser un étranger le toucher, mais il releva son bras doucement, prenant de profonde inspiration « Jackie, respire normalement, c'est un ami » Lui dit Bobby calmement.
Higgins prit une paire de gants et très lentement, s'approcha du bras de Jack. Quand il toucha sa peau, le garçon tressaillit comme si on l'avait brûler alors Higgins releva ses mains « désolé Jack » dit-il calmement.
Jack tenait son bras en arrière alors Higgins prit une compresse humide de sa trousse. Il prit le poignet de Jack d'une main, pas très fort mais de façon à ce que Jack ne pouvait plus enlever sa main. Il essuya avec précaution sur les petits points de ponction où les cathéters s'étaient arrachés. Jack pleurait.
Jack siffla de douleur et posa sa tête sur la poitrine de Bobby. « J'ai appelé votre mère » leur dit Higgins en essuyant avec une autre compresse « elle hurlait dans le téléphone tellement fort qu'elle m'a presque perforé un tympan » blagua-t-il « elle est sur la route » sourit-il.
« Merci doc » Dit Bobby calmement.
« Pas de problème. Hey Jack ? » Demanda Higgins « Tu penses que lorsque j'aurais fini avec ton bras, je pourrais voir ta tête ? Et aussi ton dos et ta poitrine ? Je veux être certain qu'il n'y a pas de problème, je ne veux pas que tu sonnes creux comme l'homme de fer (magicien d'oz) » il fit à Jack un sourire, et Jack releva un sourcil.
« Je pense que tu es trop vieux pour mes plaisanteries, hein ? » Demanda Higgins sérieusement.
« Je serais trop vieux même si j'avais cinq ans » grinça Jack.
« Ouais, tu as sûrement raison… Alors, est ce que je peux voir si il reste des marques ? Et euh, je vais regarder ta gorge, voir si je peux faire quelque chose pour ta voix ? » Demanda-t-il.
Jack fit un incommensurable mouvement d'épaule mais ça signifiait 'oui'.
Quand ses bras furent examinés, Jack laissa Higgins examiner sa gorge et sa tête. Higgins enleva les bandages de la tête de Jack et les jeta, puis il pressa ses doigts sur l'arrière du crâne de Jack et hocha la tête content. « Maintenant le plus difficile mon p'tit, ton dos et ton thorax sont vraiment abîmés, alors je vais déjà m'excuser si je te fais mal, mais c'est nécessaire » Higgins fronça les sourcils à Jack de regrets.
Bobby assit Jack sur le lit et aida Higgins à enlever le pyjama d'hôpital qu'il portait. Higgins enleva les bandes principales qui ne faisaient rien de plus qu'envelopper. Bobby siffla au vue de l'horreur, des contusions pourpres/noirs décoraient le corps de Jack.
Higgins, très doucement, pressa ses doigts sur les marques, vérifiant si rien n'avait bougés. Le visage de Jack était un masque de souffrance. Higgins lui demanda de lever un bras pour toucher un endroit particulier. « Bien, tu as eu un peu de chance. Tu as été très mal en point, vraiment mais maintenant tu iras mieux ! » Higgins fit à Jack un chaleureux et amical sourire. « Ce que je vais faire, je vais demander à une infirmière qu'elle apporte un nouveau pyjama, et ensuite tu retourneras au lit, puis j'irais te chercher de la vraie nourriture, pas celle de l'hôpital qui a un goût de carton. Oh, et un de mes amis va venir te parler, ok ? » Demanda encore Higgins, Bobby le complimenta intérieurement.
« OK » Dit calmement Jack.
Higgins s'en alla et s'assura qu'une infirmière apporte un nouveau pyjama. Bobby l'aida à se changer, puis il mit Jack dans son lit. Alors qu'il s'éloignait du lit, une femme avec de longs cheveux bruns bouclés entra dans la chambre.
« Salut ! » Dit elle brillamment « je suis Megan, je suis…Je suis quelqu'un à qui tu peux parler »Elle sourit et Bobby se rappela immédiatement que la police avait désigné un pédopsychiatre pour évaluer l'état de Jack. Elle avait un sac avec elle et il paria qu'il devait être remplit de ces stupides poupées de chiffons. « Le docteur m'a dit que tu ne semblait pas vouloir t'éloigner de Bobby, alors je vais lui permettre de rester, je veux que tu sois à l'aise » Leur dit-elle.
« Alors Jack, te souviens tu de la première nuit où tu es parti de chez ton père ? » Demanda carrément Megan.
Jack cligna des yeux sur elle, ensuite hocha la tête lentement, presque comme si il se moquait d'elle. « Tu as probablement parlé à quelqu'un comme moi cette nuit, quelqu'un qui avait » Elle fouilla dans son sac et sortit ce que Bobby savait être « une poupée comme ça ? » Demanda-t-elle.
Jack lança un regard cynique à Bobby ce qui l'attrista, parceque Jack avait dix ans et que le cynisme aurait dû lui être inconnu vu son âge.
« Oui » Répondit Jack « et j'en ai parlé avec eux, à l'évaluation » expliqua-t-il.
« A ce moment, tu as parlé de ce que ton père et les autres hommes avaient fait ? » Megan sourit encore et ça commençait à irriter Bobby. « Oui m'dame » Dit Jack. Bobby pouvait entendre le ton tranchant et il se tendit immédiatement sur sa chaise.
« Bien, voudrais tu me raconter ce qu'il s'est passé dans la maison d'Amelia ? » Megan prit un stylo et un calepin de son sac et Bobby la dévisagea la bouche ouverte. Elle était clairement une amatrice.
Jack cligna à nouveau de yeux « Ils ont pris de la drogue » dit-il et seul Bobby entendit le 'aie' dans le ton de Jack.
« Mhmm et à propos de Vern, que peux tu me dire de lui ? » Megan regarda Jack, rencontrant ses yeux et dévisageant Jack avec une sorte d'agressivité sincère. Jack cilla et baisa le regard, le sang pulsant de ses yeux, tout son corps se tendant comme un chat à la queue irisée « Non, je ne veux pas » Dit il décomposé.
« Essaie pour moi Jack, c'est important » Megan essaya le ton de la sympathie mais sa voix restait condescendante.
« Tout ce que je sais c'est qu'il était ami avec Amelia et qu'il l'a aidait à me mettre l'aiguille » Dit Jack.
« Et c'est tout ? Parceque Amelia m'a dit que Vern était dans ta chambre et qu'il y a eu des cris » Megan encore, essaya de feindre la sympathie.
Bobby serra ses accoudoirs alors que la colère bouillait en lui à cette nouvelle. Il fixa inconsciemment Megan.
« Vern t'a-t-il touché ? Voudrais tu me montrer sur la poupée où Vern t'a fait du mal ? » Elle plaça une poupée en face de Jack et quand il ne bougea pas, elle fit une erreur. Elle s'approcha et tira sur le bras de l'enfant pour le rapprocher.
Jack réagit comme Bobby le pensait. Mais cette fois ci, il vit immédiatement que c'était différent. Normalement, quand Jack pétait un plomb, il attaquait les choses, jetait les assiettes, cassait les fenêtres et les bibelots. Mais cette fois, Jack bondit comme un chat sur Megan, et en dépit de son poids il entraîna Megan sur le sol pour la frapper.
Bobby sous le choc, accourut près du lit. Jack, qui injuriait Megan avec des mots que Bobby pensait qu'il ne connaissait pas, montra ses dents comme un animal enragé. Megan était en train d'hurler et tapait en vain alors que Jack lui tirait les cheveux. Bobby réalisa qu'il ne pourrait pas arrêter Jack sans le blesser mais il pensa qu'il s'excuserait plus tard. Il enroula son bras autour de Jack et le tira avec plus de difficulté qu'il ne le pensait, mais il le détacha. Jack se tortillait de façon à se retourner, puis il mordit la main de Bobby, fortement, les dents acérées s'enfonçant dans la peau de Bobby. Bobby hurla et repoussa Jack, reculant sa main comme si il s'agissait d'un chien. Jack tomba sur le sol puis il courut hors de la chambre. Bobby courut après lui alors qu'il s'éloignait dans le couloir vers les ascenseurs.
La porte s'ouvrit et Evelyn sortit, Angel et Jerry à ses côtés.
Jack s'arrêta comme mort dans sa course. Et ce fut comme si une ombre se levait.
Il courut vers Evelyn sans un mot et elle tomba à genoux, sanglotant. Jack se rapprocha d'elle et s'élança dans ses bras, la serrant fortement comme si sa vie en dépendait. Il disparaissait sous l'épaisse couche qu'elle portait. Bobby ne pouvait pas l'aider mais il sourit, et même si les sanglots ravageurs de Jack déchiraient l'air, Bobby échangea un regard avec ses frères. Jackie irait mieux.
