7 | Une leçon de stoïcisme

Après avoir tourné et viré quelques minutes encore dans le salon à peser le pour et le contre, Samuel appelle Ron. Il se place pour le faire devant la fenêtre du salon, comptant sur la luminosité de la rue pour rendre son environnement méconnaissable. Il est presque au garde à vous pendant qu'il attend la réponse à son appel. Je fais bien de ne pas me moquer parce que Ron Weasley ne répond pas. Sam laisse un message un peu maladroit lui demandant de le rappeler pour discuter d'une idée qui lui est venue.

« Bon, ça ne nous avance pas », il soupire ensuite, pesant de nouveau l'option de retourner seul et de sa propre initiative à la Division pour décrocher la ligne temporelle établie par Huxley et vérifier une à une les dates. « Il y aura obligatoirement quelqu'un de l'équipe... on pourra toujours prévenir les autres. »

« Vas-y », je lui dis – c'est ce qu'il a envie d'entendre. Moi, je me sens déjà abandonnée et confusément inquiète des développements compris dans les développements.

« Je pourrais aussi appeler Paulsen directement – peut-être est-ce même mieux ! », continue d'imaginer à haute voix mon Samuel.

« Ron va te rappeler », j'estime stoïquement en refrénant mon envie de lui faire remarquer qu'on l'a vu plus prudent et circonspect. Je respecte trop son envie de voir son enquête avancer. « Il passe juste une soirée avec sa famille mais il va bien regarder son miroir et te rappeler. »

Samuel opine comme un de mes neveux quand je leur dis que Noël reviendra. Comme un écho à cette certitude annoncée, son miroir sonne.

« McDermott, tu voulais me parler ? », demande Ron sans introduction. Je dirais qu'il a la voix d'un gars qui voudrait éliminer l'appel le plus vite possible mais je projette sans doute mes propres envies.

« Je... ça va te paraître peut-être un peu tiré par les cheveux mais, hier, je discutais avec Caradoc Darnell, dans son bureau, et j'ai vu la chronologie qu'a établie Huxley... »

« Huxley ? »

« Winifred Huxley, Rang Quatre. Elle a dirigé le début de l'enquête sur la Dame en marron », précise Samuel. Moi, je me dis que pour Ron, Winnifred n'existe quasiment pas.

« Ah oui », bâille Ron, confirmant mon impression. « L'affaire que vient de récupérer Seamus. »

« Oui celle-là. Et les dates coïncident », insiste Samuel.

« Coïncident avec quoi ? »

« Les dates d'apparition de la Dame en marron coïncident avec les dates des cambriolages – juste avant à chaque fois. Enfin, il me semble. Quand j'ai vu la chronologie accrochée dans leur bureau, j'ai eu une impression bizarre mais sans savoir pourquoi. Mais je relisais le dossier et en regardant notre propre chronologie, je... »

« Attends, attends, Samuel », l'interrompt Ron sur un ton un peu protecteur que semble ad vitam aeternam garder un mentor pour son ancien aspirant – suffit d'entendre Kingsley et ma mère discuter des affaires du Ministère ou de la Division pour s'en convaincre. « Ne t'emballe pas, garçon. Les dates d'apparition de la Dame en marron seraient les mêmes que celles des cambriolages ? »

Pas besoin de dire que l'Auror de Rang Deux Ron Weasley n'y croit pas.

« Juste avant, à chaque fois – en tout cas, c'est ce dont je me souviens », insiste courageusement Samuel. Moi, j'aurais laissé tomber, je crois. « J'allais aller vérifier à la Division mais je me suis dit que si j'y allais seul, je ne pourrais pas faire grand-chose... sans déranger quelqu'un comme toi – autant que ça soit toi, non ? »

« Dis plutôt que t'aurais pas le cran de balancer des élucubrations pareilles par miroir à Paulsen», estime Ron moqueur mais plutôt gentiment. Sur un ton de grand frère, je dirais, et je crois savoir de quoi je parle.

« Si tu veux », encaisse Samuel avec philosophie.

« Tu es sûr des dates ? »

Samuel me regarde comme si je pouvais lui souffler quoi répondre.

« Ça se vérifie deux fois plutôt qu'une », il propose. « Mais j'ai repensé aux hypothèses de ta femme : l'utilisation des pierres pour une catalyse, les risques encourus par ceux qui lançaient le sortilège... ça colle avec ce que je sais de l'affaire de la Dame en marron : des gens désorientés, épuisés, sans souvenir de ce qu'ils ont fait... »

« Et sans une trace d'imperium », commence à s'exciter Ron de son côté. Invoquer l'expertise de Hermione était sans doute une bonne idée, j'estime silencieuse sur mon canapé.

« Pour autant que je sache », renchérit prudemment Samuel.

« Bon, ok, ça se vérifie. Dans une demi-heure là-bas ? – faut que je raconte une histoire à mes mômes, j'ai promis », termine Ron avec un soupir de mec martyr parlant à un autre mec.

« J'y serai », conclut mon Sam avec une sobriété martiale qui tranche avec l'excitation que son corps trahit déjà.

oo

Je reste seule dans l'appart avec un drôle de mélange de sentiments – jalousie, inquiétude, désoeuvrement. Par souci de ma santé mentale, je finis par appeler tour à tour mes copains et copines les plus proches. Ma-Li est contente de mon appel pendant sa garde où il ne se passe rien. On discute de la vie amoureuse de mon jumeau que nous sommes d'accord pour trouver trop sage et jouons plusieurs minutes à le coller avec différentes filles célibataires ou non de notre connaissance. Je ne crois pas qu'on y croie l'une ou l'autre, mais c'est étonnamment déstressant.

Je trouve ensuite Sirpa à Vienne où elle représente son pays – la Finlande – à une conférence européenne sur l'harmonisation des régulations commerciales pour soutenir les échanges.

« Les Moldus sont bien plus avancés que nous dans le domaine », elle me raconte.

« Avancés comme si c'était une bonne idée ? », je vérifie.

« La multiplication des règlements et des normes contradictoires incitent plutôt les trafics et les chasses gardées qu'autre chose, Iris », elle argumente. « Une Auror devrait le savoir, non ? »

« J'ignorais que le commerce obéissait aux mêmes règles que le crime », je m'amuse à la provoquer.

« D'abord le crime est finalement une forme de commerce, non ? », elle me répond avec bonne humeur.

« Ou l'inverse », je souris.

« Alors raison de plus pour l'encadrer avec transparence – c'est d'ailleurs plus ou moins ce qu'a dit ton grand-père, hier... »

« Il est là ? », je fais mine de m'intéresser.

« Il était là – je crois qu'il revient pour la fin de la conférence », elle m'apprend.

« Aucune idée de son agenda », je bâille. Mon grand-père adoptif est éternellement en mouvement, en voyages, en conférences ou en réunions. Il est sans doute une des chevilles ouvrières de toute coopération magique mondiale, mais j'avoue que toute cette agitation m'a toujours laissé un peu perplexe et que ma copine Sirpa suive des traces parallèles ne fait rien pour m'aider. Je leur laisse l'entente entre les peuples.

« Et toi, il y a quoi sur ton agenda ? », s'enquiert la jeune diplomate qui me connaît bien.

« Un enquête psychologique pour déterminer qui est le chef d'une bande de malfrats qui refusent de nous le dire », je raconte – l'enquête mêlant une étrange Dame en marron et des cambriolages de bijouteries n'est pas sur MON agenda ; il faudrait que je m'en persuade durablement.

« Toi, une enquête psychologique ? », se marre ma vieille copine qui se rappelle visiblement plus mes colères soupe au lait que mes tentatives de médiation entre elle et Ma-Li.

« Je suis tout en bas de l'échelle, j'apprends », je réponds sans me vexer. « Je fais aussi de la coopération Division-Brigade et, crois moi, ça mériterait une bonne conférence régionale aussi, à mon avis... »

« Incroyable, tu ne penses donc plus qu'il suffit d'assommer son adversaire pour avoir raison ?», insinue Sirpa qui était pourtant bien contente que je sorte ma baguette pour la défendre quand la nécessité s'en faisait sentir.

« Le problème est que nous sommes censés être du même côté », je fais mine de regretter, et nous explosons de rire toutes les deux. On se promet de se voir très bientôt.

J'appelle ensuite Virgil sous le prétexte de savoir s'il sait comment joindre Rosie - ça m'évite de regarder l'heure et de me demander ce que fabrique Samuel, s'il a convaincu Ron, si la piste mène quelque part.

« Rosie a un miroir – rarement activé mais bon, si tu laisses un message... », me répond Virgil.

« Elle est toujours à Londres ? »

« Je l'ai vue ce matin et elle devait rencontrer des gens à Sainte-Mangouste... Ton frère doit en savoir plus. Mais tu m'appelles pour savoir si ton père m'a cuisiné, non ? »

« Aussi, un peu », je reconnais honteusement.

« Je me disais aussi. »

« Virgil, ne commence pas : je viens d'appeler Ma-Li et Sirpa et tu viens ensuite sur ma liste. Pour un fois que j'ai une soirée libre à consacrer à mes amis... »

« Il n'est pas là, le bel Auror timide ? », il ironise immédiatement. Le nombre des blessés par ce thé à la Fondation est plus élevé que je ne le pensais.

« Samuel n'est pas timide ! », je proteste sans doute trop vivement.

« Ah ? Il n'est pas particulièrement affable et avenant non plus – à moins que nous ne méritions pas autant d'honneur ? »

Je soupire bruyamment.

« Je ne cherche pas à le défendre. Mais il a été essentiellement surpris, et tu peux comprendre que mon père l'impressionne ; encore qu'en la matière, c'est l'idée que ma mère sache qui le paralyse... »

« Ou l'idée que ton sang ne soit pas aussi pur que cela », continue Virgil.

« Il sait qui est mon père depuis plus longtemps qu'il n'est intéressé par moi ! », je lui fais remarquer.

« Évidemment », il opine prudemment. Pas certain que je l'ai totalement convaincu.

« Bon, il t'a cuisiné à la fin, Remus ? », je décide de demander franchement, histoire d'échapper à davantage de préventions croisées.

« Eh bien, tu le connais... Il a tenu à s'excuser de ne pas avoir tenu l'agenda qu'il m'avait communiqué – un truc comme ça – avant d'ajouter : 'j'espère que ma fille ne t'en tiendra pas rigueur, Virgil !' », raconte mon vieux copain devenu secrétaire de la Fondation.

« Ça lui ressemble », je reconnais. « Et je ne t'en tiens pas rigueur – et Samuel non plus », je précise. Virgil hausse les épaules mais je ne suis pas dupe – il est content de la précision. « Et toi, Virgil », je reprends. « Tu n'as rien à me raconter ? »

« Tu veux savoir si j'ai trouvé une jeune sorcière britannique de bonne famille ouverte à la construction d'une famille avec un garou ? », il questionne doucement en réponse.

« Par exemple », je reconnais en le regardant droit dans les yeux. L'auto-apitoiement lycanthropique, j'ai beaucoup de pratique.

« Pas encore, Iris », il répond avec un effort visible.

« Ça arrivera, Virgil – qui qu'elle soit, garou ou non, sorcière ou non, il y aura quelqu'un pour te mériter ! », je promets avec ferveur – Virgil est gentil, attentionné, intelligent... sa lycanthropie ne devrait même pas être un critère dans son cas !

Je ne saurais jamais s'il aurait vraiment répondu à ma tirade, parce que la porte s'ouvre alors sur Samuel.

« Je crois qu'on reprendra cette discussion une autre fois », il commente de nouveau légèrement sarcastique.

« Très vite, Virgil », je contre.

« OK, bonne soirée, Iris », il semble entendre. « Merci de ton appel. »

« Virgil ? », s'enquiert Samuel l'air de ne pas y toucher quand je laisse tomber le miroir sur le canapé à côté de moi.

« Je crois que j'ai appelé tout le monde – à part mes frères ! », je raconte avec sincérité.

« Des nouvelles ? »

« Rien de palpitant, et toi ? », je renvoie.

« Nous, on tient sans doute quelque chose », il admet l'air fier malgré lui. « Je... »

« … n'ai pas le droit d'en parler. »

« C'est injuste, Iris, je sais mais... »

« … j'en sais déjà trop – je sais », je complète de nouveau sans même un soupir. Là encore, j'ai un entraînement de haute volée

« Je peux quand même te dire ce que tu sauras dans quelques heures », il décide. « Ton hypothèse est vérifiée : les dates concordent et l'utilisation des pierres pour manipuler les victimes et leur faire réaliser une « catalyse totale », d'après l'appellation de Madame Weasley est tenue comme le plus probable... »

« Une sacrée histoire », je commente, touchée de sa formulation qui m'inclut plus que la version officielle ne pourra jamais le faire.

« Les deux affaires sont réunies, comme les deux équipes », il rajoute avec un regard inquiet pour moi.

« Même Hawlish ? », je questionne d'une petite voix.

« Je sais ce n'est pas très juste », il confirme.

ooo

Samuel repart avant l'aube, plein de cette énergie nerveuse que j'ai toujours associée au travail de ma mère. Je prends une longue douche et un petit-déjeuner élaboré histoire de dire que je profite au maximum de mon emploi du temps plus calme. L'idée que Finnigan, Huxley et Hawlish se trouvent associés au travail de l'équipe spéciale grâce à une liaison que j'ai trouvée entre les deux affaires continue pourtant de me paraître d'une injustice totale. Surtout Hawlish !

« Arrête de faire ta gamine », je m'engueule en débarrassant méthodiquement la table. J'ai le temps de ranger méticuleusement toute la cuisine avant de partir bosser.

Quand j'arrive à la Division, l'ambiance est au pied de guerre. L'équipe spéciale et l'équipe de Finnigan ont annexé la salle de réunion pour pouvoir travailler ensemble. Tanya semble avoir négocié d'en être – à moins que son mari ait réussi à la faire intégrer.

« Un peu d'humilité », je me répète en observant que le reste de la Division essaie de faire son travail mais meurt de curiosité. « Tu veux toujours être traitée comme tout le monde, et bien, réjouis-toi ! »

La seconde d'après, je vois ma mère sortir du bureau de Robbards pour rejoindre les autres dans la salle de réunion, et ça ne fait rien de bon à mon sentiment latent d'injustice. Je file dans notre bureau d'équipe avant que quelqu'un ne me pose des questions qui me fassent exploser. Sur le mur, sans surprise, la chronologie a été décrochée. Il ne reste que les punaises. Le parchemin n'était pas spécialement grand mais curieusement, il me semble que quelque chose d'énorme a été enlevé.

« Bon, à nous l'enquête psychologique », essaie Darnell en me voyant. « Crofton arrive à dix heures pour bosser avec nous. »

« Ici ? »

« Je lui ai proposé et il a accepté. Le prestige de la Division, je dirais. »

« Super », je commente prudemment en m'asseyant à côté de lui. Il y a la pile des dossiers des accusés devant lui.

« Je t'accorde que c'est moins sexy que ce qui se passe dans la salle de réunion », il soupire. «En plus, tu pourrais y être ! »

Je hausse les épaules sans chercher à mentir.

« C'est sûr que vaut mieux pas y penser ! »

« Bon alors, ces interrogatoires hier, ça a donné quoi ? », il reprend avec détermination.

« J'ai un peu avancé sur les profils des gens qu'on a vus, Crofton et moi, mais quant à savoir qui est leur chef... », je réponds avec pas mal de difficulté à me concentrer sur ce qui est mon travail.

« Oui, j'ai lu les comptes-rendus », soupire Darnell. « Mais je vois quand même un truc à creuser. On peut dire qu'il y a finalement deux groupes. Six de ces gars sont connus de la police magique, jamais rien de grave mais de petits larcins ou de petits manquements aux règles magiques. Ils sont plutôt plus âgés aussi. Trois sont plus jeunes et n'ont aucun dossier chez nous ou à la Brigade. »

« Tu verrais un des jeunes comme chef », je reformule, intéressée presque à mon insu. Andrew Lightfoote en fait partie, après tout.

« Ou les trois ensemble », corrige Caradoc. « On n'en sait rien, en fait. »

Je réfléchis sérieusement à son hypothèse et une idée me vient.

« Sebastian Orvall, le seul des trois que j'ai interrogé, n'a pas grandi en Angleterre. Il a voyagé tout le temps avec sa mère... dont il porte le nom. Pas de père connu. Il n'a pas suivi de formation magique suivie mais a reconnu savoir se défendre si besoin. Quand je lui ai demandé où il avait appris, il n'a rien dit de plus que ici et là. »

« Et ? »

« Crofton m'avait fait remarqué que Andrew Lightfoote n'avait pas un profil classique... il a été à Poudlard ? »

Ma question arrache un sourire en coin à Caradoc mais il ne fait pas de remarque stupide.

« La réponse est non. Il est né à Jersey et a beaucoup résidé en France aussi mais sans aller à Beaux-Bâtons non plus – il n'a pas cherché à mentir là-dessus. Lui aussi est évasif sur où il a pu apprendre des sortilèges offensifs. »

« Ça nous fait une piste », je marmonne. « Que dit le troisième ? »

« Gabriel Deforrest ? Il a aussi des origines françaises et une formation hors des cadres habituels européens. Il est né en... Côte d'Ivoire... »

« C'est en Afrique ça, non ? Je me souviens d'avoir vu leur équipe à la dernière coupe du monde de Quidditch »

« Oui, ils sont arrivés cinquième, je crois », confirme Darnell. « Bon alors quoi ? On a trois plus ou moins mangeurs de grenouilles qui ne sont pas allés à Beaux-Bâtons, ça nous dit quoi ? »

« Est-ce qu'ils ont un dossier en France ? », je demande.

« On n'a pas fait de demande », soupire Darnell avant de me regarder de manière incisive.

« Ok, Chef, je rédige », je comprends en ouvrant un tiroir pour en sortir parchemins, encre et plume. C'est presque du boulot d'Aspirant.

Le silence qui suit est juste troublé par les feuilles des dossiers que Caradoc tourne et le grattement de la plume sur le parchemin.

« Ok, tu veux relire ? », je demande quand j'ai fini.

« Je te fais confiance, c'est de la routine – envoie-la aussi en Belgique et en Suisse, on ne sait jamais. On aurait dû y penser avant ! », grogne Darnell contre lui-même mais je me fais à peu près les mêmes reproches.

A force d'estimer que le dossier ne méritait pas tellement mon attention, j'ai négligé trop de choses – peut-être que je mérite de ne pas être de l'excitation dans la grande salle... Je me passe donc d'une réponse pour porter diligemment ma missive aux envois magiques qui vont transmettre ma requête à la Division française. Les procédures sont normalisées et quasi-quotidiennes. Comme disait l'un de nos instructeurs, il est loin le temps où la Manche protégeait l'Angleterre des mauvais sorciers européens... à moins que ça ne soit l'inverse.

« Dès qu'ils répondent, je vous préviens, Iris », m'indique Vijaya Hirapiti, la secrétaire de la Division qui m'a connue quand il fallait nous faire faire des dessins pour nous faire tenir sages pendant que ma mère était en réunion.

Sur le chemin du retour, je tombe sur l'Intendant Crofton et son fidèle Jerry un peu perdus dans une Division bruissante de rumeurs, de gens qui se déplacent avec l'air martial surtout s'ils ne font pas partis des élus de la salle de réunion.

« Un coup d'état ? », me demande Crofton sur un ton conspirateur.

« Une avancée potentielle dans une enquête majeure », je minimise avec le sourire. « Ceux qui en sont sont débordés, les autres jaloux... Darnell et moi essayons de faire enfin notre boulot – je viens de demander si nos petits amis sont connus sur le continent... »

« Oh, bonne idée ! », approuve chaleureusement Crofton – je me dis que Cyrus a eu de la chance de tomber sur lui quand il faisait des conneries. D'autres l'auraient massacré juste pour le plaisir de se payer le fils du directeur de Poudlard et d'un lieutenant de la Division.

« Si ça donne quelque chose... », je soupire en les conduisant dans les couloirs. Au passage, je prends du café pour tout le monde.

Darnell se lève à notre entrée et ré-explique notre idée de ce matin – on a peut-être affaire à une direction collective assumée par trois hommes partageant des origines francophones. Je le laisse faire et sers le café. La cheminée du bureau crépite alors de flammes violettes et la tête de Vijaya Hirapiti apparaît.

« Darnell, Lupin, la Division de Belgique vous appelle suite à votre demande de ce matin... un certain Henk Bosmans... »

« Merci Vijaya », remercie Caradoc en me regardant avec un peu d'excitation dans les yeux. La tête de Vijaya Hirapiti disparaît, remplacée par celle plus martial d'un homme sec. « Auror Bosmans ? »

« Tout à fait. Vous êtes Caradoc Darnell ? «

« Oui, voici ma collègue, Iris Lupin, l'intendant Crofton de la Brigade de Police son adjoint Jerry Goldenfish. Nous menons conjointement l'enquête », explique Caradoc. « Vous avez quelque chose pour nous, Auror Bosmans ? »

« Peut-être. Nous avons des informations sur Gabriel Deforrest – des informations qui nous viennent de nos collègues congolais... »

L'adjectif nous perd un instant. Bosmans utilise un anglais fluide mais marqué d'accentuations germaniques – avons nous mal compris ? Je prends le risque d'utiliser le français.

« Pardon, nous avons mal compris... vos collègues ? »

« Congolais – Congolese », répète Bosmans en articulant en français comme en anglais. « Du Congo, de l'ex-Zaïre... au centre de l'Afrique. »

« En Afrique », répète Jerry Goldenfish, impressionné.

« Deforrest est né en Côte d'Ivoire », se rappelle Darnell.

« Ce n'est pas si loin à la taille du continent », commente aimablement Bosmans. « Deforrest nous a été signalé comme faisant partie d'un groupe de mercenaires – des sorciers européens et sud-africains venant en soutien de chefs rebelles congolais. Votre Andrew Lightfoote aussi d'ailleurs, même si son nom apparaît moins souvent dans les rapports. »

« Voilà où ils auraient appris des sortilèges offensifs innovants et interdits », je commente. Darnell opine.

« Rien sur Sebastian Orvall ? », vérifie Crofton.

« Difficile à dire, beaucoup de mercenaires utilisent des pseudos. Je peux ainsi vous dire que Lighfoote est sans doute mieux connu comme Dédé le furieux ; J'ai trouvé mention d'un Orvall le bestial... mais je n'ai pas de prénom officiel... Leur groupe, si c'est bien eux, se faisait appeler la Phalange Grise... »

« On se croirait dans un feuilleton d'Archibald McAllistair ! », je pouffe très bas. Ça choque Jerry Goldenfish mais ça amuse Crofton.

« Vous pouvez nous envoyer vos informations ? », continue Caradoc en nous ignorant.

« Votre adjointe a l'air de parler français – si je n'ai pas besoin de faire traduire... »

« Oui, Iris va nous faire la synthèse de tout ça », décide Caradoc sans me demander mon avis.

« Pas de problème », je souligne, et ça amuse de nouveau mon cher Intendant Crofton.

« Mais tu parles français », s'agace Darnell quand il a fini de remercier Bosmans mais sans attendre le départ de nos amis de la Brigade. « J'avais oublié mais je le sais – et Brésilien aussi d'ailleurs, non ? »

« Portugais », je corrige.

« Va donc chercher les dossiers chez Vijaya Hirapiti et montre toi aussi précise dans ta lecture que dans tes fines remarques », répond Caradoc dans un soupir. Mais c'est un ordre, je l'entends. Et même Crofton a l'air de dire que je fais un peu trop ma maligne.

« Oui, Chef », je me rends.

Au moment où je prends des mains de Vijaya Hirapiti avec un dossier rouge un peu épais et rédigé en français, Samuel et Seamus entrent derrière moi. Je manque de lâcher le dossier.

« Vijaya », commence Samuel comme si je n'étais même pas dans la pièce. « Il faut que tu contactes Sainte-Mangouste. On veut tous les cas de pertes de mémoire de ces dernières semaines. Même ceux qu'ils n'ont pas jugé bon de nous signaler... On les veut tous – avec les noms, les adresses et le diagnostic... Tu peux leur donner mon nom, s'ils veulent un responsable... - ou celui de Paulsen, si tu sens qu'il faut du haut-gradé pour leur faire faire le boulot, mais tu nous les envoies à nous – Carley... »

« Je vous fais ça tout de suite », promet Vijaya Hirapiti.

« Tu te mets au français, Iris ? », s'amuse Finnigan par dessus mon épaule.

« Deux ou trois des gars du Chemin de Traverse auraient un passé de mercenaires au Congo, en Afrique », je révèle – Finnigan est le second de mon équipe ; il est en droit de savoir ce qu'on fabrique, Darnell et moi. « On a envoyé une demande d'informations sur le continent et on a reçu ça... On espère juste trouver un truc qui les amène à se mettre à table... »

« Bien joué, Iris », approuve Seamus. « Elle ira loin cette petite, crois-moi, McDermott ! »

« Elle a de qui tenir », commente Samuel en évitant de me regarder.

« Et vous, vous avancez ? », j'ose demander. Vijaya Hirapiti relève la tête derrière son comptoir pour ne pas manquer la réponse.

« Nous manquons cruellement de gens qui pourraient se mettre à table », regrette sobrement Seamus. « On se penche sur les victimes à défaut de suspects... »

« Il faut être patients et méthodiques », estime Samuel avec stoïcisime.

« Bon courage », je commente prudemment.

« A vous aussi », répond Seamus alors que nous sortons tous les trois.

Pendant un magique fragment de seconde, Sam me fait un clin d'oeil dans son dos. Je décide que c'est la plus belle chose arrivée depuis longtemps.

Ooooooooooo

Notes - Guerre du Kivu (Congo 2004)

remerciements éternels aux lecteurs et aux relectrices les plus dispo de la galaxie - Alixe, Dina et Fée Flea(u)