Cette fois-ci, Ppoiyo était bel et bien réveillé. Il s'était même pincé pour s'en assurer. En attendant dans le parc, il se mit soudain à douter de ce qu'il s'apprêtait à faire. Était-il vraiment prêt à mourir pour sauver son… ennemi? Il aurait tout simplement pu annuler la compétition, mais Ron aurait cru qu'il se dégonflait, ce qui était loin d'être le cas, et il était trop fier pour salir sa réputation. Il hésitait aussi à lui parler de ses rêves, sachant que le brun lui répondrait simplement que ce n'était que des rêves, rien de plus. Et peut-être aurait-il raison. Cela, le bleuté aurait bien aimé le croire, mais il soupçonnait que ce serait la réalité. Il soupira bruyamment, apercevant son principal souci apparaître à l'horizon en faisant de grands gestes de la main, souriant de toutes ses dents.

- Matsu! cria celui-ci en s'approchant.

- Pff…, fit simplement l'interpelé, n'ayant pas la force ni l'envie de lui répondre.

Les yeux turquoises du brun pétillèrent, il connaissait bien l'humeur changeante de son rival et ne s'en formalisant pas. Pourtant, en croisant ses pupilles vermeilles, il sut qu'il était vraiment préoccupé par quelque chose. Toutefois, il ne demanda rien à ce sujet, préférant s'éloigner du sujet, sachant que celui-ci refuserait de répondre de toute façon.

- Alors, on va où cette fois? demanda-t-il plutôt.

Ppoiyo soupira, puis indiqua avec réticence la montagne près du parc. Finalement, son regard se raffermit, démontrant cette fois une détermination sans faille. Comme si c'était le signal de départ, les deux adversaires partirent tel un seul homme. Ils coururent vers la route qui les séparait de leur objectif, Ron en tête. Toutefois, le bleuté le rattrapa rapidement, et c'est côte à côte qu'ils arrivèrent au bord du chemin. Sans s'arrêter, ils commencèrent à traverser. Fatalement, au grand désespoir de Ppoiyo, le camion de ses cauchemars déboucha sur la route, hors de contrôle, fonçant vers eux à vive allure. Le bleuté n'hésita qu'une fraction de seconde avant de pousser son rival vers l'arrière. Mais le destin les rattrapa, et leur regards se croisèrent… Et il sut.

Sans avertissement, Ron empoigna la manche du bras tendu de son adversaire, utilisant l'élan de sa chute pour le tirer vers l'arrière. Du même coup, cela le ramena dans la trajectoire de véhicule à la place de bleuté. Ppoiyo bascula, ses yeux aux iris sanglants s'agrandissant sous la stupéfaction alors qu'il tombait sur le sol. Impuissant, il assista avec horreur à la réalisation de son rêve. Comble de tout, en croisant à nouveau le regard turquoise du brun, il s'aperçut qu'il souriait. Ses lèvres bougèrent, mais Ppoiyo n'entendit rien. Toutefois, il avait compris, et le regard de victoire que lui lançait Ron ne faisait que renforcer l'impression qu'il avait dit « J'ai gagné… ». Mais le bleuté avait déjà compris. Son rival avait eu les mêmes rêves. Il avait encore perdu… Tout cela se passa en l'espace d'une seconde, mais pour les deux adversaires, c'est comme si la scène se déroulait au ralenti.

Ppoiyo vit le camion entrer en contact avec le corps de Ron, l'onde de choc le pétrifiant alors que l'impact le projetait plus loin. Une mare de sang s'agrandit autour de ce qui semblait être plus un pantin désarticulé qu'un être humain. Le bleuté se releva à la hâte et courut vers le corps déjà sans vie tandis que le conducteur sortait s'excuser. Mais cette fois-ci, le jeune garçon resta parfaitement éveillé, les oreilles bourdonnantes et le regard vide, regardant sans voir l'ambulance approcher, les secours arriver trop tard. Cette fois-ci, c'était cruellement vrai. Ron était mort.