Chapitre 7 : Le cinquième Élément perturbateur.

Le « Dragon Dormant » était resté fermé toute la semaine. Yao l'avait passé au peigne fin pour retrouver sa boule de collection, mais il n'avait eu aucun résultat -à part les quelques dizaines de tâches de brûlures que Youngsoo avait camouflé un peu partout du mieux qu'il pouvait, c'est à dire très mal.

Le chef de la Triade du Soleil levant sous les étoiles du sable de l'infini galactique avait du s'avouer vaincu.

Il allait devoir passer aux choses sérieuses avec ses voisins italiens.

Évidemment son premier réflexe fut d'appeler un de ses plus vieux amis, Sadiq, aussi connu sous le nom de personnage cheveu sur la soupe que vous n'aviez pas vu venir.

« Wei ! Sadiq ! J'ai besoin que tu me libère du contrat qu'on a passé ensemble ! … Mais non voyons, je n'ai pas perdu de boule, aru. Aiyaaaah, juste pour deux-trois semaines, dis ? Alleeeez ! Ça me permettra de vous rendre visite, à toi et à ta fem…euuuh à toi et à Héraclès…. EH ? Sale radin… Hǎo le, hǎo le, j'ai compris, aru, j'arrête de me plaindre. C'est ça oui, huí jiàn aru. »

Le chinois reposa son téléphone dans un long soupir mélodramatique.

« Aiyaaah… Ce sale radin, il n'a retiré que quelques contraintes du contrat ! Je suis toujours dans la merde au final ! Wǒ kào1! »

Yao s'approcha de la fenêtre de sa chambre, depuis laquelle il pouvait voir le « Kartoffel Inspiration ». C'est fou comme les architectes avaient bien prévu leur coup quand-même.

Il se demandait ce qu'il allait bien pouvoir faire, quand tout à coup l'illumination se présenta à lui sous la forme d'une petite ampoule brillante au dessus de sa tête.

« Ah mais bien sûr ! »

Que n'y avait-il pensé plus tôt ? Une fusillade avait éclaté dans la nuit d'avant-hier entre les russes et les italiens, qui avaient perdu un bon bout de territoire. Yao n'avait qu'à prendre contact avec Ivan le terrible, homme au robinet !

Il devait aussi réviser sa ponctuation mentale.

Le chinois se frotta les mains en ricanant. Il allait conclure une alliance juteuse, se venger, et poignarder dans le dos le russe. Il serait parrain à la place du parrain !

« Yao-hyung fait des bruits bizarres dans sa chambre, chuchota Youngsoo.

- C'est parce qu'il s'est cogné le doigt de pied dans le lit. Ça arrive, genre, trois fois par jour, lui répondit Kaoru, planqué dans la chambre de Minh, l'oreille collée contre le mur.

- Il y a quelque chose d'autre…et je ne sais pas qui est ce sadique à qui il parlait… Je crois bien qu'il a perdu la boule, daze.

- Sans blague ? Il arrête pas de nous saouler avec ça depuis deux semaines, bien vu Youngsoo !

- MAIS NON ! Je parle de sa santé mentale, idiot !

- Pour la perdre, il aurait fallut qu'il en aie une, ricana Kaoru.

- Attends ! Je viens d'avoir une idée fantastique ! »

Il était puissant. Il était grand. Il se déplaçait avec une dizaine de gardes du corps. Il faisait trembler de peur la moitié des mafieux du continent.

Et il était actuellement caché au fond d'un placard à balais, j'ai nommé :

A- Kim Heechul

B- Ivan Braginski

C- Hibari Kyoya

D- La réponse D

Bravo, oui c'était lui, le fantastique, le terrible, le terrifiant russe armé d'un robinet, Ivan ! Chef de la Bratva d'Americ, Maître des clés des kolkhozes et Mère des tournesols.

« Bol'shoy braaaat ! gronda une bête sauvage qui avançait lentement dans le couloir. Je vais te trouveeer. »

Pour une fois que Toris pouvait être utile, évidemment, il était absent.

Ivan soupira. Il savait que son second était en train de guetter la contre-attaque des italiens. Il ne pouvait pas s'occuper de Natalya en même temps, il ne fallait pas lui en vouloir.

À moins qu'il ne soit encore fourré chez l'autre tupoj2 florist.

La jeune fille sembla s'éloigner du placard, laissant le mafieux enfin reprendre son souffle. Sa position inconfortable ne faisait qu'empirer la douleur qu'il ressentait depuis avant-hier dans la jambe. Ce sale albinos l'avait bien pris par surprise.

Cela ne se reproduirait pas. Il lui avait sans doute brisé le crâne avec son revers de robinet. Ivan n'attendait plus que le rapport d'un de ses officiers lui rapportant la bonne nouvelle : oh Vanya, on a retrouvé le corps sans vie de Gilbert ! Youhou ! Vodka !

Le russe changea légèrement de position, et empêcha un balai de lui tomber dessus. Il soupira, une serpillière dans les cheveux.

Il allait bien falloir qu'il sorte de son placard. Il fallait éclaircir les choses avec les Vargas. C'était un énorme malentendu.

Bon, évidemment il n'avait pas pu résister quand il avait vu au loin une touffe de cheveux blancs entrer dans un entrepôt vide, mais c'était plus fort que lui !

Quelle idée de se balader comme ça à la frontière, franchement Gilbert, surtout après avoir vendu des photos des seins de ma grande soeur sur un site porno, avait immédiatement pensé le chef de la Bratva d'Americ.

Comment pouvait-il prévoir que les DEUX Vargas se trouvaient comme par hasard eux aussi dans le coin. Ça dort la nuit normalement un italien, pizdec ! Et ils n'avaient pas apprécié son irruption dans leur territoire, attaquant sans même lui laisser le temps de s'expliquer.

Ivan savait que Lovino Vargas, s'il avait su la véritable histoire, aurait béni son robinet. C'était de notoriété publique que le boss italien détestait Gilbert.

Ou alors la notoriété publique confondait avec un autre mangeur de patates, seul le scénario le savait.

Le téléphone d'Ivan vibra sous ses fesses. Il était actuellement trop coincé pour l'attraper, et fut donc forcer de ramper hors de sa cachette pour décrocher.

« Da ? Ah Toris, justem-…. eh ? C'est vrai ? Youhou ! Vodka !»

Feliciano avait quand même bien réussi son coup, maintenant que son frère y pensait. Ils avaient passé deux jours et deux nuit chez les nordiques, dans la joie et la bonne humeur. Lukas leur avait donné sa chambre sans trop protester, Tino leur avait même fait des pâtes à tous les repas il fallait juste penser à lui dire, pour une prochaine fois, que les italiens n'en mangent pas au petit déjeuner. Il avait fait relativement beau, le suédois avait ramené beaucoup de bières, Mathias avait appris à Feliciano à construire des choses étranges en lego. Aucun russe n'avait défoncé leur porte, et Lovino s'était découvert une passion pour le tricot.

Certes, un certain norvégien lui avait peut-être un peu forcé la main à l'aide d'un petit chantage, mais au final, c'était très relaxant. Et puis, il n'y avait que Lukas qui était au courant. Personne d'autre ne pourrait se moquer de lui.

Il fallait quand même faire attention à ce que Francis et Gilbert ne l'apprennent pas. Il en allait de son honneur de boss.

Il seraient capables de vendre des photos compromettantes de lui et son tricot à Ivan.

« Vous allez rester encore longtemps ? demanda alors Lukas après avoir jeté ses aiguilles sur le lit.

- Hm… ça dépend, marmonna Lovino, concentré sur une ligne particulièrement récalcitrante. Pourquoi, è un problema ?

- Emil bouge un peu trop en dormant, et a beaucoup grandi depuis la dernière fois qu'on a partagé un lit.

- Ah, vedo… Tu sais quoi, j'ai une solution parfaite à notre problème.

- Vraiment ? s'étonna Lukas, pris de court par cette réponse très positive.

- Sì, tu n'as qu'à dormir avec Mathias. »

Lovino dut abandonner son tricot face à la vague de haine qui s'avançait vers lui, mais garda un sourire éclatant. Il était assez fier du nombre de vannes suggestives qu'il avait pu jeter à Lukas durant les dernières vingt-quatre heures.

Le norvégien avait moyennement apprécié. Il avait d'ailleurs actuellement l'air prêt à se transformer en une bête sauvage assoiffée de laine, serrant un fil autour de la gorge de son boss sa tentative d'assassinat était cependant vouée à l'échec, puisqu'un petit italien peut cacher beaucoup de choses sous ses vêtements.

Des muscles d'acier et des réflexes de manieur professionnel de balais de combat, entre autres. L'étudiant finit par se faire renverser au sol, désarmé en un tour de bras.

Un danois sauvage entra soudainement dans la chambre.

« Lukas ! Il faut que je te dise un tru… Oh. »

Mathias ne s'attendait pas à trouver son ami et Lovino dans une position aussi compromettante, et son cerveau décida de couper le courant sous le choc. Il referma lentement la porte, les yeux exorbités.

Puis se dirigea lourdement vers le salon.

Gilbert allait finir par lui faire une carte d'abonnement à la table du fond du « Bastardo », à ce rythme.

Depuis le sermon de Berwald de mardi matin, il avait essayé de nombreuses fois de déclarer sa flamme mais la méchante sorcière – surtout son dragon, en fait – en avait décidé autrement, et s'interposait à chaque fois !

Et voilà que Lukas passait tout son temps libre avec le mini-boss. Pour faire des choses étranges. Des cours d'assassinat ? De tricot ? Les deux ? Mathias n'avait même pas eu le temps de voir ce qu'avait commencé son ami des gants, une écharpe peut-être. Sûrement pour Emil – comme d'habitude. Peut-être que le boss aussi voulait s'occuper de son propre petit frère ?

Mais était-ce une raison d'accaparer toute l'attention de Lukas ?

Reprendre la zone passée sous contrôle russe allait s'avérer très dangereux, mais Ludwig savait qu'il pouvait compter sur les sabres de son collègue japonais.

Il aurait quand même préféré que son frère soit présent également, mais il était cloué au lit – de Francis – par une vilaine gastro. Pas de chance pour Beilschmidt junior, en l'absence du boss et des deux premiers officiers, on lui avait laissé tout le commandement sur les épaules.

Avec l'aide de Kiku, heureusement.

Les deux jeunes hommes étaient penchés sur une carte de la ville, un rapport d'incident collé au mur, et une armée de petits soldats en plastique dans les mains. Ludwig avait insisté pour donner les rouges aux russes, et les plaçait avec soin aux endroits précis rapportés par leurs espions.

Moins il avait de figurines dans les mains, plus le pauvre homme aux cheveux gominés soupirait. La situation était devenue très délicate pour la famiglia depuis l'accrochage avec Ivan. Les Vargas ne contrôlaient plus qu'un minuscule bout de la zone industrielle, et avaient perdu leurs réserves d'armes et beaucoup de sbires dans la foulée.

Acheter d'autres armes n'était évidemment pas un problème, grâce à leur contact suisse – le même qui blanchissait leur argent.

Non, le souci venait du manque d'hommes. Bien sûr, Ivan aussi avait subi de lourdes pertes, mais d'après les rapports des petits yeux de Ludwig, il tenait pourtant sans aucun problème son nouveau territoire.
Dirigeant les soldats bleus, Kiku commença à les placer lorsque le dernier soupir de son supérieur retentit. Il s'arrêta cependant au dessus d'une rue proche du centre ville, sourcils froncés.

« Quelque chose cloche ? Ne me dis pas qu'Ivan est arrivé jusque là, c'est juste à côté de chez Francis.

- Non. Je pensais simplement au fleuriste qui tient sa boutique ici.

- Euh… Kiku, ce n'est peut-être pas tout à fait le moment…

- Si, Ludwig-san ! Cet homme, bien qu'étrange et rose, a des contacts avec le premier officier de la Bratva.

- … Et alors ?

- Ludwig-san, c'est très important de se renseigner sur l'état des relations entre son ennemi et ses officiers. Ivan et ce "Toris" s'entendent très mal. Peut-être…

- Tu voudrais lui proposer de trahir le Russe ? s'exclama un Ludwig horrifié. Mais ça serait le condamner à une mort atroce !

- Hm certes… Dans ce cas, quelle stratégie proposez vous pour reprendre les entrepôts ? »

Le gérant du casino baissa les yeux sur le plan. Les figurines bleues, en sous-nombre, étaient largement entourées d'une marée rouge. Et au milieu de ce champ de bataille à l'échelle d'une ville, le boss et son petit frère s'étaient volatilisés.

Pas que Ludwig soit inquiet. Si aucune nouvelle ne leur était parvenue, les russes devaient les avoir perdus de vue eux aussi. Les deux Vargas savaient se débrouiller, après tout. Même après s'être pris deux balles dans l'épaule. Feliciano avait vu pire. Certainement. Sans doute. Peut-être pas. Si cet idiot acceptait seulement de garder un téléphone sur lui, tout irait mieux !

Non, rien n'irait mieux. La situation de guerre ouverte serait toujours la même.

Mais en même temps, Beilschmidt junior avait tant de mal à se concentrer sur la contre-attaque, tout entier fixé sur l'état et la location de Feliciano, que le retour du petit italien ne pouvait qu'être positif.

Surtout qu'il reviendrait avec son frère, et Ludwig serait libéré de son poste de commandant provisoire.

Plus il y pensait, plus le jeune homme se rendait compte qu'il essayait de contourner le problème. Il abattit ses poings sur la carte, renversant quelques figurines.

« Ludwig-san ? »

L'interpellé soupira, et releva la tête vers Kiku il l'avait rendu très inquiet, apparement. En même temps, Gilbert lui avait déjà dit que quand il pensait à Feliciano, il avait l'air d'être douloureusement constipé. Il comprenait que ça paraisse alarmant.

« Hm ?

- Si vous désirez aller vous reposer, je peux me charger de l'organisation tout seul. »

Ludwig soupira lourdement. Il ne voulait pas vexer le japonais, mais si Lovino ne lui avait pas directement légué le commandement, c'est qu'il ne lui faisait pas encore complètement confiance. Le boss ne l'avait jamais caché d'ailleurs.

« Je vais très bien Kiku. » inspira l'allemand en se redressant. Il était temps de passer aux choses sérieuses. Lui et le japonais étaient heureusement les têtes stratèges de la famiglia. Ils allaient concocter une contre-attaque qui casserait les dents du russe au robinet.

Le lendemain, la ville était toujours aussi calme. L'hiver approchait, enfermant la plupart des gens dans leurs salons douillets. Kaoru par exemple, était resté dans sa chambre aujourd'hui. Il n'avait pas eu le courage de retenter sa chance chez Emil, et jouait au démineur sur son ordinateur.
Ça lui avait valu une réaction exagérée de son petit frère adoptif quand ce dernier sortit de la douche, mais il n'avait pas eu le temps d'ouvrir un autre jeu. Eh quoi, on a le droit de se détendre sous sa couette de temps en temps.

« Pas ce genre de détente, imbécile ! » s'écria Kaoru quand il comprit à quoi avait pensé le grand coréen. L'air pervers du plus jeune ne s'effaça pas pour autant, et il se contenta de ricaner, fouillant dans son armoire à chaussettes.

Kaoru ne jouait pas vraiment au démineur. Il attendait juste que Youngsoo finisse de s'habiller et sorte faire sa vie, quelle qu'elle soit, pour rouvrir la page Amazon qu'il avait du cacher.

Pas question que le coréen le voie commander une centaine de peluches. Toute la famille, et sans doute la ville entière, se moquerait de lui d'ici la fin de la matinée.

En même temps, il se demandait encore si c'était une bonne idée.

Le coréen quitta enfin la pièce, non sans avoir informé le couloir tout entier qu'il allait dans son atelier vraiment trop super secret, daze.

Enfin libre de ses mouvements, son grand frère retourna alors sur internet.

Il avait rencontré un Mathias sauvage dans un bar, qui lui avait conseillé les peluches pour s'attirer les faveurs d'Emil.

Mais le danois était très saoul ce soir là. Kaoru aussi d'ailleurs. Au point de ne pas se rendre compte du lieu où il avait mit les pieds.

Quand Yao avait reçu, dans une jolie enveloppe rose, les selfies compromettants que son officier avait fait avec un albinos et un français très hilares, il s'était évanoui.

Ça, c'était le côté positif de son excursion chez les Vargas. Le point négatif, eh bien, les photos avaient également été envoyées à la plupart des familles mafieuses du continent. Sa réputation était salie à jamais.

En y repensant, Kaoru était quand même soulagé d'être en vie. L'albinos des Vargas était un officier terrifiant, chargé de la plupart des assassinats et missions sur le terrain. La Triade le savait, parce qu'elle l'avait engagé quelques années auparavant pour une mission en Europe, longtemps avant de s'installer près du repaire des Vargas. Aucun d'entre eux, même Youngsoo, n'avait envie de se frotter à Gilbert.

Le jeune homme se demandait encore ce qui l'avait sauvé. La présence apaisante du photographe ? Il avait l'air d'avoir un effet très positif sur l'humeur de l'albinos, d'après ses vagues souvenirs. Kaoru frissonna soudain.

Ils n'avaient étrangement que peu d'informations sur le français de la famiglia. Et pourtant, l'information, c'était le principal secteur d'activité de Youngsoo et Kaoru. Ils avaient fouillé tout l'internet, hacké les serveurs des polices du monde entier. Tous leurs ennemis, sauf Francis, avaient dévoilé de nombreux secrets de cette façon.

Leur hypothèse était donc que le français était un hacker plus confirmé qu'eux, chargé d'un poste similaire au leur chez les Vargas.

Ou un civil arrivé dans la mafia sans aucune raison.

Kaoru se souvenait vaguement des deux hommes au comptoir, et s'il avait de sérieux doutes auparavant, il penchait désormais pour la seconde option. Francis n'avait pas eu l'air dangereux. Il avait même participé à la beuverie dépressive, partageant avec Mathias et le jeune asiatique ses propres soucis amoureux.

On en revenait à Mathias, qui connaissait apparement Emil comme s'il était son petit frère.

« J'espère que cet idiot avait raison pour les peluches. » grogna tout bas Kaoru en cliquant sur le bouton valider.

Le chef de la Triade avait longtemps hésité entre prendre des vacances pour toujours ou rester sur place et tenir bon. Entre la première boule qu'il avait perdu, ses officiers qui fréquentaient l'ennemi et le nombre incroyable et grandissant de chats en ville, Yao avait passé une longue et difficile semaine.

Il était cependant très fier de n'avoir pas paniqué du tout quand il avait remarqué la disparition de la précieuse valise contenant les boules restantes. Il savait, depuis très longtemps, que certains jeunes petits frères avaient pour hobby de lui rendre la vie infernale. Faire comme si de rien n'était les avait sans doute considérablement déçus, rit dans sa tête le chinois sans âge.

Toutefois, il n'arrivait pas à rester au casino dans ces conditions. Les clauses restrictives du contrat passé avec Sadiq ayant été assouplies, une irrépressible envie de tout faire brûler lui tenait au ventre.

Il fallait donc faire attention. Et passer un maximum de temps à l'extérieur, dans le froid comme ce matin par exemple.

Yao avait installé son stand de bibelots asiatiques entre deux bancs, dans un minuscule square peuplé de pigeons et de vieilles personnes racistes. Il n'avait eu que trois clients en trois heures, qui avaient acheté quelques pins de collection et autres sucettes aux insectes à des prix ridiculement élevés.

Yao aimait arnaquer les pigeons.

Il avait également reçu la visite d'un petit blond excité qui l'avait gentiment fourni en boissons chaudes toute la matinée. Même s'il était un peu illuminé et puait la magie à cent mètres.

Yao n'arrivait pas à mettre le doigt sur l'étrange impression de déjà-vu qu'il avait ressenti devant le jeune homme aux yeux perçants.

Il avait cependant une vague idée de la véritable identité de ce "fleuriste".

Il regarda l'heure sur son téléphone et soupira. Encore dix minutes et il pourrait rentrer manger au casino. Son ventre commençait à gronder.

Depuis la dernière fois qu'il avait sorti son appareil, il avait reçu un message du chargé de communication de la Bratva. Un petit emoji souriant accompagné d'un « À la semaine prochaine ! »

« Aah… j'ai vraiment hâte, aru. » sourit Yao.

La rencontre avec Ivan s'était parfaitement déroulée. Mei avait beaucoup plu aux officiers russes, et leur chef avait immédiatement approuvé la proposition de Yao une affaire rondement menée, sans l'aide d'aucune magie évidemment.

Le chinois fut soudain sorti de ses pensées par l'arrivée d'un ennemi juste devant son nez. Fort heureusement, il portait un masque et de petites lunettes pour aveugle. Il était incognito.

Francis, lui, ne se cachait pas du tout. Après tout, il allait juste chercher du pain quand il était tombé sur ce stand scintillant de merveilles.

« Vous auriez des charmes d'amour dans ce tas ? demanda le français en indiquant une pile de choses diverses intitulée « Artéfacts magiques ».

- Oooh, monsieur aurait-il vraiment besoin d'un tel charme ? » répondit le vieux vendeur d'une voix tremblante.

Yao avait extrêmement de mal à se retenir de rire. Il allait exploser. Il se frottait déjà les mains de satisfaction. Un charme d'amour, oui, mais à prix d'or.

« Celui-ci marchera à merveille sur les demoiselles qui attirent votre attention, fit-il en saisissant un petit collier en forme de poisson.

- Ah… C'est que, vous voyez… » hésita l'homme en passant une main dans ses mèches blondes.

C'était légèrement gênant d'avouer à cet étrange vendeur sorti de nulle part que Francis était plutôt à la recherche d'un charme pour "homme britannique buveur de thé et dresseur de licornes invisibles". Il avait évité Arthur pendant six mois, pensant être juste dans une phase, mais s'était au final retrouvé dans une situation typiquement Beilschmidtienne : le déni. Il avait alors rassemblé ses forces, et s'était rendu compte qu'il n'avait aucune chance avec l'anglais.

Un charme ou deux ne pouvaient pas lui faire de mal.

« Euh… vous en auriez un pour hommes ?

- Oui bien sûr ! s'exclama le vendeur sans aucune hésitation, et lui montrant une broche libellule. C'est 50$ !

- QUOI ? » glapit Francis.

Il comprit immédiatement qu'il était en présence d'un arnaqueur professionnel. Probablement venu de Chine avec toute son expérience dans le marchandage abusif.

Le français décida de jouer le jeu. Lui aussi était un dur en affaires ! Il faisait les soldes tous les ans après tout.

« Mais j'ai une famille d'allemands à nourrir de patates moi !

- Ah, les temps sont durs pour le cours de la patate, c'est vrai, acquiesça l'inconnu en faisant mine de réfléchir. Je peux vous le faire à 45$, parce que vous me faites pitié, aru. »

Francis s'étouffa presque avec sa langue. C'était chinois aussi, la franchise brute ?

« Mon aîné est cloué au lit avec une gastro, soyez sympa, ça coûte cher les bassines à vomi !

- Aiyaaaaaah j'avais pas vraiment envie de savoir ça ! 39$, pas moins !

- 20$ et on en parle plus.

- Mais vous m'ôtez le pain de la bouche avec ce prix cassé, aru !

- Mangez du riz. » rétorqua Francis sans se démonter.

Le vendeur sembla vaciller. Il allait quand même pas faire un malaise au milieu du square, paniqua le français. Il avait autre chose à faire que d'amener des vieux chinois à l'hôpital.

Il devait notamment rentrer jouer à Mario Kart avec Gilbert, qui était surement en train de s'impatienter.

On ne laisse pas un Beilschmidt, même blessé et "malade", s'impatienter chez soi.

C'est dangereux.

« Aiyaaah… C'était un peu raciste ça, monsieur. Mais j'ai faim et je suis aussi pressé que vous. 35$ et on rentre tous chez soi ! »

Francis regarda sa montre et sentit son estomac plonger vers ses talons. Il sortit son portefeuille le plus vite possible et jeta les billets au vendeur.

« 35$, entendu. Allez, bon appétit !

- Màn màn chī !

- Vous de même. » marmonna Francis en s'éloignant, la broche en main.

Il avait un monstre à nourrir.

Ils avaient passé la nuit à réfléchir et à prévoir des plans de plus en plus farfelus, mais au final, ils se retrouvaient encore à la case départ. Les petites figurines bleues et rouges n'avaient pas changé de place sur la carte de Neue-Yerk, aucune nouvelle n'avait été reçue à propos des deux Vargas, et Ludwig était décoiffé.

Kiku n'avait pas pu s'empêcher de prendre en photo la nouvelle coupe de son supérieur pendant que celui-ci somnolait à moitié, vers midi. Il avait même failli l'envoyer à Kaoru et Mei, qu'il avait toujours dans ses contacts, mais s'était retenu avec un pincement au cœur.

Il l'envoya au final à Francis et Gilbert et sortit du bureau pour préparer du café.

Ludwig se réveilla quelques minutes plus tard, les yeux vagues et la bouche incroyablement pâteuse. Constatant l'absence de son collègue, il en profita pour se recoiffer soigneusement devant l'écran éteint de son ordinateur, puis jeta un coup d'oeil au casino en contrebas.

Tout semblait normal peu de gens étaient présents en ce début d'après midi, et rien n'avait brûlé.
L'allemand se tourna vers le sofa pour proposer à Feliciano de faire une pause, et regretta presque l'absence d'insultes du boss ce qui ne l'empêcha pas de les entendre au fond de lui : « Feli n'est pas là, potato bastardo ! ».

Mais Ludwig se souvint tout à coup que si son petit italien n'avait pas de téléphone, il pouvait par contre à tout moment trouver un moyen de le contacter par mail ! Que n'y avait-il pensé plus tôt, verdammte.

Ouvrant son compte personnel, il remarqua alors le vide intersidéral de messages amicaux et réfléchit longuement à sa place dans l'univers.

Jusqu'à ce que Kiku revienne avec du café pour tous les deux, et s'installe à côté de lui pour vérifier les mails envoyés sur le compte du casino.

Le seul reçu depuis la veille était une réservation, pour dans sept jours, de tout le casino à l'occasion d'une fête d'anniversaire qui allait réunir les femmes et hommes politiques de toute la ville. Des civils innocents.

Le paiement s'annonçait gras et alléchant, une opportunité de renflouement des caisses qui ne se refusait pas.

Le seul souci, qui faillit coûter la vie à Jean-Marco, l'ordinateur de Ludwig, était le commanditaire de cette réservation.

Ivan Braginski.

Bon, en réalité son adresse mail n'était pas une telle source de frissons, rassurez vous; même si Gilbert, sans jamais l'avouer, avait toujours eu des crises d'angoisse en recevant un mail de .da .

Ludwig et son collègue échangèrent un regard qui en disait long mais pas tant que ça, parce que c'est un cliché.

« La situation est catastrophique, soupira le gérant du casino.

- Hm. Devons-nous continuer la préparation de la contre attaque ? demanda calmement le japonais.

- Toi et moi ne sommes plus en mesure de faire face aux évènements. Il faut trouver un moyen de prévenir Lovino immédiatement.

- Wakarimashita. Il ne nous reste plus qu'à trouver leur cachette.

- Ja. Je vais appeler Gil'. »

Quelques heures et coups de téléphone infructueux plus tard, notre duo de têtes pensantes pataugeait dans la tristesse de leurs vies respectives. Personne ne savait où étaient passés les italiens. Ils pouvaient très bien être en train de servir de buffet à volonté au fond d'un fossé à l'heure qu'il était. Ludwig en était littéralement devenu blanc, ce qui fit remarquer à Kiku son extrême ressemblance avec Gilbert, tout compte fait.

Avec cette nouvelle photo dans son téléphone, que plus personne n'ose contester ce lien de parenté devant le japonais.

Beilschmidt junior releva soudain la tête, et se jeta sur un classeur qui traînait au fond d'un tiroir depuis un mois si ses souvenirs étaient exacts…

« Kiku ! Je pense avoir une piste…

- So nan desu ka …?

- Ja. Tu te souviens des cinq idiots qui passaient la serpillère de temps en temps en bas ? Il me semble que Gil' avait noté sur un coin de… oui ! Voilà, ils habitent juste à côté de la zone industrielle.

- Mais, Ludwig-san, comment Feliciano-kun et Lovino-sama auraient-ils pu être au courant… » Kiku plaqua soudainement une main sur sa bouche. Mais bien sûr, il était là le jour où Lovino avait découvert l'existence des cinq blonds ! Feliciano avait ensuite été envoyé, avec Gilbert, proposer une affaire aux étudiants.

« Ludwig-san, je suis sûr que Feli-kun se sera souvenu de leur adresse ! Vous avez raison, ils sont là bas ! »

Au lever de soleil suivant, Arthur Kirkland, toujours magicien de métier, se réveilla avant huit heures. Il ne tenait plus en place, il fallait absolument qu'il prépare plusieurs litres de thé pour se détendre. Il avait reçu un merveilleux mais stressant sms la veille.

Après six mois de silence, Francis Bonnefoy avait décidé de lui rendre visite.

Arthur avait paniqué. D'ailleurs il paniquait toujours, devant sa bouilloire, sous le regard moqueur de Scott. Et il était bien parti pour trembler toute la jour-NON ! Il ne lui restait plus que quelques petites heures pour s'affoler dans tous les sens !

« SCOTT ! couina le petit anglais. Il arrive dans deux heures ! QUELLE CRAVATE DOIS-JE METTRE, SCOTT ? »

La bête lui jeta un regard indifférent destiné à le rendre fou, et croqua une pomme dans le panier de fruits.

Arthur se noya dans son thé pendant encore une heure avant d'enfin se calmer pour de bon. Il passa ensuite une autre heure dans la salle de bain, prenant son temps sans regarder de montre.

Ceci, ajouté au fait qu'il n'avait plus de porte d'entrée et que Scott, même s'il l'avait voulu, ne pouvait l'avertir verbalement, fut évidemment la cause d'un nouvel événement embarrassant dans « L'incroyable vie de merde d'Arthur Kirkland ».

Alors qu'il n'avait enfilé que son pantalon et un débardeur couvert de motifs ridicules, le magicien sortit de sa salle de bain, une serviette sur les cheveux.

Il salua l'homme affairé à préparer des œufs au bacon dans sa cuisine et s'installa à table en finissant de sécher sa chevelure rebelle. L'homme lui servit ensuite sa part avec un sourire déstabilisant, et s'assit en face de lui.

Ce n'est qu'en apercevant une licorne se rouler par terre de rire dans le corridor, qu'Arthur réalisa.

« VOUS !

- Moi, sourit Francis.

- QU-QU-Que faites vous chez moi ? bégaya le britannique sous le choc.

- Eh bien, cher ami, je crois bien avoir été invité à me présenter dès dix heures. Il est la demie passée, plaisanta le français en continuant de découper son bacon.

- M-Mais je…

- La porte était grande ouverte. » fit Francis avec un sourire narquois.

Arthur referma la bouche et fixa son jaune d'oeuf parfait.

La porte. Jones. Il avait momentanément oublié ce léger détail.

Mortifié, le jeune homme engloutit son repas sans un mot ni un regard pour son invité presque-pas-tout-à-fait-surprise. Francis ne sembla pas être dérangé par le silence, et tripota à plusieurs reprise une petite broche accrochée au revers de son veston.

Si Arthur n'avait pas eu toutes les raisons de penser que le français était étranger à l'autre monde, il aurait juré que le bijou envoyait des ondes magiques.

Mais il n'y avait que trois personnes sur le continent capables d'enchanter des objets, et Francis n'en faisait pas partie. Arthur devait rêver.

Le jeune homme s'éclaircit la gorge.

« Alors… euh, monsieur…Bonnefoy, pourquoi vous, euuuh… ?

- Il m'en coûte de te l'avouer, cher Artur, le coupa Francis en insistant lourdement sur son accent, mais je ne suis pas venu pour prendre un petit déjeuner chez toi. »

Le britannique ne prit même pas la peine de corriger son invité sur cette utilisation honteuse de son prénom, trop occupé à décider s'ils étaient assez proches pour se passer des noms de familles.

« Je suis là pour une affaire… particulière. »

L'invité sortit une grosse enveloppe de son sac et la montra à Arthur. Pas besoin de l'ouvrir pour savoir ce qu'elle contenait : des billets verts.

On les voyait par transparence, c'était franchement pas très discret.

« Monsieur Vargas a un léger souci, que tu es le seul à pouvoir régler Artur. »

L'anglais sentit son cœur se briser en quarante-deux morceaux au moins. Francis n'était venu que pour lui transmettre une mission.

Mais il garda un masque calme et indiqua au français de s'expliquer.

« Alors voilà… figure toi qu'un vieil ami de monsieur Vargas aurait… besoin qu'on l'aide à mourir. Le pauvre souffre d'une maladie incurable et terriblement douloureuse, tu comprends ?

- Hm, un cancer du robinet je parie. » railla Arthur en levant les yeux au ciel.

Francis ne put retenir une exclamation de surprise, et abattit l'enveloppe sur la table.

« Eh mais, c'est qu'on a un petit humour mordant derrière les sourcils épais !

- HEP ! Je ne vous-te permets pas de te moquer de mes sourcils, avec la crinière que tu te tapes. »

Le français agrippa ses cheveux d'un air faussement blessé.

« Ma crinière est d'une perfection sans faille, môssieur Kirkland . Vous feriez mieux de vous occuper de la votre ! »

Arthur glapit et plaqua les mains sur son crâne il avait évidemment oublié de les brosser après les avoir séchés. C'était une catastrophe sans nom, un terrible jour pour… le britannique se calma en constatant que son invité était hilare, et nullement dégouté par l'état plus débraillé que d'habitude de ses cheveux.

« Roh ça va… ronchonna le jeune homme.

- On-mon dieu… On aurait dit que tu t'attendais à ce qu'ils s'envolent, s'étouffa Francis, les larmes aux yeux.

- Ça peut arriver ! protesta faiblement le magicien. Bon sinon, ce contrat, on le passe ou pas ? »

Son invité reprit soudainement ses esprits et lissa les plis de sa chemise, l'air de chercher ses mots.

« Il faudrait que ça soit… aussi discret et efficace que la dernière fois. Et plus rapide. Avant six jours.

- Vous êtes gentils les amis, mais le néerlandais n'avait posé aucun problème ni de logistique, ni d'approche. Par contre, Ivan… et en si peu de temps ? C'est de la folie.

- C'est là que monsieur Vargas propose quelque chose de nouveau : il met à ta disposition toutes ses ressources et… » Francis se racla la gorge et s'intéressa au plafond, les joues rougies. « Ses officiers également. »

Génial, ça a vraiment l'air de te réjouir en tous cas Francis, grogna Arthur en pensée. Il saisit cependant l'enveloppe avec un soupir et accepta le marché.

Son invité quitta ensuite la cuisine après un dernier petit thé – Arthur en aurait mit sa main à couper, le français n'avait pas eu l'air d'apprécier la boisson. Ou peut-être était-ce la conversation trop plate du gentleman ? En tous cas, il ne parvint pas à retenir le photographe, et dut bientôt le raccompagner à la porte. Ou ce qu'il en restait, grâce à ce cher Jones.

Là, Francis sembla hésiter, ses mains agrippant fermement son sac comme si sa vie en dépendait.

« Euh…

- Hm… approuva Arthur, le regard obstinément fixé sur le paillasson.

- À… à la prochaine, Artur ?

- … Ouais, ouais pas de soucis. À bientôt ! » sourit alors le magicien. À très bientôt, cher ami, ricana tout bas le jeune homme, surveillant sa proie monter dans l'ascenseur.

Il venait d'avoir une idée fantastique.

Il fit volte-face dès que les portes se furent refermées sur le français.

« Scott Alistair Kirkland, je vais avoir besoin de ton aide, déclara le jeune homme en direction de son frère aîné. Ne me regarde pas comme ça, stupide canasson, je sais que tu ne peux pas dire non. »

Il évita de justesse un coup de dents, se redressa comme si rien ne s'était passé, et avala une gorgée brûlante de thé.

« Je voudrais que tu prépares mon laboratoire pour ce soir, Scott. Racines de bégonias et fleurs de lys. »

La robe de la licorne vira soudainement au jaune rideau, signe d'un grand étonnement, le tout confirmé par les yeux écarquillés et la bouche grande ouverte de la bête merveilleuse. Scott avait beaucoup de choses à dire à son petit frère, mais de sa gorge ne sortirent que de longs hennissements plaintifs.

« Je sais, je sais. C'est illégal mais nécessaire. Et puis, c'est juste pour une fois, une toute petite fois ? »

La licorne leva les yeux aux ciel et tourna le dos à son stupide petit frère.

« Je ne lui en donnerais qu'une fois, par Merlin, Scott ! Ce n'est qu'un philtre d'amour après tout, grogna Arthur en caressant sa bouilloire. On n'en meurt pas. »

Scott se retourna brièvement, ses épais sourcils froncés pour foudroyer le jeune homme du regard.

« Juste UNE fois. C'est simplement pour me donner un coup de pouce, tu le sais très bien. Une fois les effets passés, Francis ouvrira les yeux. Je pense. »

Arthur prit le temps de finir sa tasse avant de donner une dernière instruction à son assistant récalcitrant.

« Ah, et, si tu pouvais préparer la table d'opération, j'ai une chaise à réparer avant la fin de la semaine… »

Le soir tombait sur le petit square. Il était temps de rentrer les étals et de fermer la boutique. Plus personne ne viendrait, songea le fleuriste de la rue Napoléon, caressant du bout des doigts son comptoir impeccable. Il jeta un coup d'oeil à l'extérieur, au travers de la baie vitrée encombrée de verdure. Il pouvait voir une patrouille de chats se diriger vers le coin de la rue d'en face. Son propre petit animal de compagnie poilu s'étira en les voyant s'approcher, et se lécha consciencieusement l'entrejambe avec toute la classe et le décorum habituels.

Peut-être un dernier client, en fait. Le jeune vendeur repoussa une mèche derrière son oreille, et sortit de sous le comptoir un minuscule tournesol, pour le poser juste à côté de la caisse. Histoire de le mettre bien en vue. L'homme qui entra à ce moment dans la boutique détestait la chétive plante.
« Ah, c'est toujours aussi petit ? » sourit le russe en tirant sur son écharpe d'un air gêné.

Le jeune vendeur hocha la tête, un sourire dérangeant aux lèvres. Son client ne quitta pas pour autant son éternel visage réjoui, et se contenta de sortir un carnet de chèque de sa poche.

« Je viens passer une grosse commande.

- Ouah, on se calme, grosse, genre, vraiment grosse ? Non parce que j'ai autre chose à faire de ma vie, monsieur Braginski.

- Da, très grosse. Et j'en ai besoin pour dans deux jours au plus tard. Il faut remplir au moins un atrium d'oeillets jaunes.

- Tu te fous de moi, Brag' ? J'ai une tête à pondre des fleurs sur commande ?

- Maintenant que tu le dis, c'est vrai que tu as une tête à ça, da. » sourit Ivan de toutes ses dents.

Le vendeur concentra toute son énergie à garder son calme, et tâta discrètement son crâne pendant que le client remplissait le chèque. Rien d'anormal ne devait apparaître devant le russe.

« Ça devrait suffire, da ? »

Le jeune blondinet grogna et arracha le bout de papier des mains du mafieux. Son sourcil se haussa devant le chiffre impressionnant.

« Hm, on va dire que ça passe.

- Parfait, sourit Ivan en se dirigeant vers la sortie.

- Hé, Brag', avant que tu partes, je voudrais, genre, te prévenir. 'Fin je fais ça pour Toris, pas pour toi hein. »

Sa curiosité piquée, le russe fit un pas en arrière. Le fleuriste sourit triomphalement avant de continuer.

« On annonce de, genre, très fortes chutes de neige dans les prochains jours. Je vous conseille de rester à l'intérieur.

- Mais c'est toi qui te fous de moi, Feliks. » railla Ivan en levant les yeux au ciel et en reprenant le chemin de la sortie.

Le jeune homme devint tout à coup très sérieux derrière son comptoir et fronça les sourcils.

« Je t'aurais prévenu. Un truc malfaisant, genre, vraiment en colère est sur le point de lancer une invasion, c'est tout. »

Le russe éclata d'un rire étonnement franc et claqua la porte du magasin derrière lui.

« Moi je dis ça, je dis rien. Ça fait, genre, deux mois que tout s'agglutine à Neue-Yerk, et ça va péter, voilà. » soupira le fleuriste dans la pénombre silencieuse de sa boutique. Il passa une main lasse dans ses parfaits cheveux blonds, et se mit à rire en sentant deux bosses sur son crâne.

« C'est pas moi qui vais me plaindre. » ricana la créature en envoyant le petit tournesol s'écraser contre le mur d'en face d'une pichenette.


1 Injure chinoise que l'auteure ne traduira pas.

2 Stupide.


Cookie Tueur : Doux jérusalem, c'est qu'il s'est lâché en effet, notre petit québécois ! Et merci beaucoup !

Nda chap 7 : L'abus d'alcool nuit à la santé.

Nombre de jurons : 5

Nombre de jurons par personne : Lovino – 1 (l'imagination de Ludwig compte pour Lovi), Ludwig – 1, Yao – 1, Ivan – 2.

La suite dans deux jours, vodka.