(Mes suggestions musicales pour ce chapitre: Wicked Game - London Grammar, Twice - Little Dragon!

Merci à LilyYellow pour la révision et correction de ce chapitre!)


Chapitre 7: Human

Hermione ne l'avait pas vu depuis trois jours.

Elle n'avait même pas entendu le moindre mouvement en provenance de sa chambre, et si les plats qu'elle préparait ne disparaissaient pas avant qu'elle ne revienne de la bibliothèque, elle aurait pu se demander s'il était même présent dans son dortoir. La sorcière avait envisagé de retourner dans la chambre du blond pour s'excuser une nouvelle fois, mais elle avait décidé que ça ne ferait qu'empirer les choses. Il souhaitait clairement être seul, et elle lui devait bien ça après ce qu'elle avait fait.

Elle était toujours tout aussi mortifiée par ses actions.

Elle n'avait jamais, au grand jamais fait quelque chose d'aussi atroce de toute sa vie, quelque chose d'aussi immoral. Elle s'était enfermée dans sa chambre pas moins de quatre fois et avait éclaté en sanglots, berçant son corps tremblant. La mort de Charity Burbage assombrissait toujours son esprit, mais elle se retrouvait toujours à fixer sa paume dans ces moments de chagrin, cherchant une cicatrice ou une marque.

Elle frotta son front alors que ses doigts tournaient une autre page. Le vent rude criant à l'extérieur du château l'avait bannie au salon, à chercher quelque consolation dans un de ses livres. Le vent était sa faiblesse. Elle pouvait assister gaiement et tranquillement à un orage coloré, ou bien écouter le rythme de la pluie frappant contre le toit, mais lorsque le vent soufflait comme un humain étranglé, cela la pétrifiait.

Elle avait essayé des sorts d'impassibilité, comme elle l'avait fait durant toutes ses années à Poudlard, mais ils vacillaient toujours lorsque sa concentration était aspirée à l'approche du sommeil. Les rugissements frais la réveillaient, et elle se retrouvait au point de départ.

Hermione avait rapidement abandonné l'idée d'essayer de dormir trop près de sa fenêtre et était désormais blottie sur le canapé du salon dépourvu de fenêtres, lisant les poèmes de Lord Byron, un de ses péchés mignons. Elle enroula la couverture un peu plus fermement autour d'elle, tourna la page pour lire She Walks in Beauty, jeta un coup d'oeil à la pendule et grimaça lorsqu'elle réalisa qu'il était trois heures et demie.

Et le maudit vent ne semblait pas prêt de disparaître.

Elle inspira profondément lorsqu'un léger clic brisa le silence, et son regard de miel se posa sur Malfoy, sortant lentement de sa chambre. Il sembla agacé lorsqu'il arrêta son regard sur elle, lâchant un soupir exaspéré en se dirigeant vers la cuisine et choisissant visiblement de l'ignorer complètement.

Elle réfléchit deux fois avant de parler, mais les mots s'échappèrent avant qu'elle ne puisse réfléchir une troisième fois. « Je t'ai réveillé ? » murmura-t-elle, doutant qu'il l'ait entendue ou pensant qu'il déciderait simplement d'ignorer la question. Merlin seul savait pourquoi elle pensa que lui redemander serait une bonne idée. « Je t'ai-

« Non, » grogna-t-il en se servant un verre d'eau, lui tournant le dos.

« Alors pourquoi est-ce que tu-

« J'avais soif, » lança-t-il, pivotant sur ses talons et se dirigeant vers sa chambre.

« Malfoy, attends, » dit rapidement Hermione en se redressant et se demandant exactement ce qu'elle avait l'intention de dire. Elle n'avait aucune idée de la raison pour laquelle il s'était arrêté juste devant sa porte, mais elle n'osa pas le lui demander, de peur qu'il ne se souvienne de son désir constant de s'éloigner d'elle. « Je peux te poser une question ? »

Il soupira d'impatience comme si elle interférait avec son emploi du temps inexistant. « Dépêche-toi. »

Elle hésita et passa sa langue sur ses dents. « Est-ce que tu es encore en colère à propos…enfin…à propos de l'autre jour-

« Quand tu as ouvert ma putain de main ? » clarifia-t-il d'un ton stoïque, se tournant pour lui faire face. « Est-ce que c'est important ? »

Hermione l'observa d'un air absent lorsqu'il porta le verre à sa bouche, l'humidité lustrant ses lèvres. « Je suppose que oui, » confessa-t-elle timidement, portant son attention sur ses genoux.

La méfiance et le choc le firent presque s'étouffer dans son verre, mais il se retint. « Pourquoi ? » lança-t-il amèrement. « Quelle différence est-ce que ça fait ? »

« Je ne suis pas sûre… » marmonna-t-elle, se levant prudemment du canapé.

La mâchoire de Draco se tendit lorsque la couverture tomba aux pieds de la brune, la laissant seulement vêtue d'un simple t-shirt et d'un jogging de pyjama. Il se surprit à retenir sa respiration lorsqu'elle commença à bouger, mais elle s'avança simplement vers la cuisine, et il se demanda brièvement ce qu'il aurait fait si elle s'était avancée dans sa direction. Sous la légère lueur des bougies, elle semblait différente; plus paisible et légèrement surréaliste. L'obscurité jouait des tours à sa vue et le poussait à rester immobile, l'étudiant attentivement alors qu'elle attrapait deux mugs dans le placard.

« Le chocolat chaud est meilleur avant de se coucher, » dit-elle doucement, utilisant sa baguette pour faire bouillir un peu d'eau. « T'en veux un ? »

Il ne répondit pas. Elle avait clairement décidé qu'elle lui en préparerait un de toute façon, et l'odeur de la poudre de cacao se mêla délicieusement à l'arôme naturel de Granger. Il joua nerveusement avec les manches de son pull alors qu'elle finissait de préparer les deux tasses, et lorsqu'elle eut terminé, elle les apporta vers le canapé et les déposa sur la table basse. Il leva un sourcil lorsqu'elle s'enroula de nouveau dans sa couverture et se relaxa dans le canapé, son regard prudent allant et venant entre elle et le mug fumant qui lui était destiné.

« Est-ce que tu vas t'asseoir ? » demanda-t-elle, et il pouvait voir qu'elle se forçait à avoir une voix nonchalante.

« Je le boirai dans ma chambre, » dit-il en un grondement grave, s'approchant d'elle de quelques pas.

« Je… » commença-t-elle maladroitement. « Et bien, j'espérais que tu puisses répondre à ma question… et peut-être t'asseoir avec moi un moment ? »

Cela le prit au dépourvu. De toutes les choses qu'elle aurait pu dire, il aurait été prêt à parier toute la fortune de sa famille que ces mots n'échapperaient jamais de ses lèvres en sa compagnie. C'était sans aucun doute un développement intriguant de la situation, et il ne put s'empêcher de s'imaginer où cela pourrait les mener.

« Pourquoi, bordel, est-ce que tu penses ça ? » lança-t-il paresseusement, d'une voix traînante, reposant ses mains sur le dossier du canapé en face d'elle. « Et je n'ai pas à répondre à ta question. »

« Non, c'est vrai, » acquiesça-t-elle. « C'était simplement une suggestion-

« Une suggestion stupide. »

Elle fronça les sourcils et leva la tête pour le fixer avec attention. « Peu importe, alors-

« Non, » la stoppa-t-il. « Je suis curieux de savoir pourquoi tu me demandes de me joindre à toi-

« Tu n'as pas répondu à ma question, » lui rappela-t-elle sèchement, sortant son bras pour glisser son doigt sur le bord de sa tasse. « Alors pourquoi devrais-je répondre à la tienne ? »

Draco n'avait pas de réponse, mais ce n'était pas grave car un courant d'air brisa le silence. Il la vit alors, la lueur de peur qui stria ses yeux noisette. Il ne se souvenait pas l'avoir déjà vue effrayée. Incertaine, peut-être, mais jamais effrayée. Même lors de l'épisode dément de la salle de bain, son expression n'était passée que par le choc et la honte. Cette petite rencontre matinale se transformait décidément en une petite mine de surprises.

« Qu'est ce qu'il se passe, Granger ? » demanda-t-il effrontément, un sourire en coin courbant ses lèvres. « Ne me dis pas que la Gryffondor sans peur est effrayée par un petit orage. »

Il s'attendit à de l'irritation et du mépris, mais elle enroula simplement sa couverture un peu plus fort contre son corps. « Pas les orages, » marmonna-t-elle après un moment. « C'est juste… Je n'aime pas le bruit du vent. »

La confusion déforma son expression. Elle avait vraiment peur de quelque chose ? Personne n'admettait jamais ses phobies dans son entourage, surtout en présence d'un ennemi. Dévoiler une quelconque forme de faiblesse était simplement stupide, et pourtant elle l'avait fait tellement facilement.

Pauvre idiote et naïve.

Mais elle était soudainement plus réelle… plus humaine, et cela le dégrisait comme une rafale hivernale. Elle avait une personnalité et était moins… Non, elle était définitivement toujours une Sang de Bourbe… Mais une Sang de Bourbe avec du caractère… En quelque sorte. Probablement.

C'est de manière inappropriée qu'il l'observa, avec un peu plus d'attention qu'à l'accoutumée, alors que ses épaules se relâchaient au moment où le vent se tut. La Granger rationnelle était de retour, celle qui n'avait apparemment aucun problème avec les conditions météorologiques, mais c'était bien là, derrière son regard d'ambre. Elle attrapa son chocolat chaud sur la table et porta la tasse à ses lèvres rosées, formant un cercle avec sa bouche pour souffler sur la vapeur de la boisson chaude. Ce geste n'aurait pas dû retenir son attention. Pourtant, si.

« Ton chocolat va refroidir, » murmura-t-elle, le regardant silencieusement tout en avalant une gorgée du sien.

Il inspira profondément, grimpa par dessus le dossier du canapé, puis s'écroula sur les coussins, la regardant avec impatience. « Comment est-ce que tu peux avoir peur du vent ? »

« C'est pas tellement le vent en lui-même, » répondit-elle calmement. « Je n'aime seulement pas le bruit. »

« C'est juste stupide, » se moqua-t-il.

« Tout le monde a peur de quelque chose. » raisonna-t-elle prudemment. « Pas toi ? C'est la nature humaine. »

Il grimaça comme si sa suggestion était absolument ridicule, mais il ne put s'empêcher de réfléchir à ses mots. La peur de décevoir sa famille, ou plus précisément son père lui traversa l'esprit, mais il supposa qu'elle voulait parler de quelque chose de concret et spécifique. Soit il n'avait simplement pas de peurs, soit il choisissait inconsciemment de les ignorer. Mais encore une fois, il la détestait de l'amener à réfléchir sur lui-même.

« Non, » lança-t-il simplement, se penchant pour attraper le mug.

« Peut-être que tu n'as pas encore trouvé la tienne, » souffla Hermione avec un haussement d'épaules évasif. « Est-ce que tu vas répondre à ma question ? À propos de l'autre jour ? Quand j'ai…tu sais. »

Il plissa les yeux. « Je doute qu'il me soit possible de te détester encore plus que je ne te déteste déjà, » lui dit calmement Draco, ses lèvres tendues. Elle semblait légèrement troublée par ses mots, et le besoin de dire quelque chose d'autre lui titilla la langue. Il ferma les yeux et se méprisa pour ce qu'il s'apprêtait à dire. « Considère ça comme oublié, Granger. »

Un mélange fascinant de soulagement et de surprise s'installa sur le visage d'Hermione. « Vraiment ? »

« Mais tu ferais mieux de ne pas en parler, » lui dit-il directement, ayant depuis longtemps décidé qu'il serait bien mieux d'oublier l'incident. « À moins que tu ne veuilles que j'en fasse un sujet de conversation-

« Non, » elle secoua la tête précipitamment. « Non, j'aimerais oublier ça. »

Il lui adressa un rapide hochement de tête, avala une gorgée apaisante de son chocolat chaud, et Hermione résista au besoin de lui dire merci pour avoir accepté d'oublier le sujet. Si ses souvenirs étaient bons, elle s'était excusée et avait dit s'il te plait plus de fois qu'elle n'aurait dû ce jour-là. Si elle commençait à adresser des mots de gratitude à ce connard, ce serait aller trop loin.

Mais la manière dont il était à ce moment-là, assis de l'autre côté de la table basse et semblant calme comme elle ne l'avait jamais vu, fit vaciller son instinct qui lui criait de le détester. Elle avait toujours cru, et constaté, que la personnalité d'une personne affectait la manière dont les autres percevaient son apparence. Si quelqu'un avait une horrible personnalité, si son intérieur était laid, alors son cerveau la persuadait que cette laideur se reflétait aussi à l'extérieur, et elle ne pouvait voir la personne autrement. Mais maintenant que sa haine pour Malfoy se trouvait légèrement atténuée par l'étrange calme qui s'était installé entre eux, elle dû admettre qu'il était un sorcier plutôt agréable à regarder.

Le faible éclairage illuminait assez bien ses traits, et la lueur orange valsait devant ses iris d'argent. Les angles et les lignes de son visage étaient nets et définis, comme si chaque détail réclamait qu'on lui prête attention, mais cela faisait danser ses yeux et elle aimait plutôt bien l'image renvoyée. Elle pouvait objecter que sa peau était trop pâle, presque comme s'il avait été taillé dans de la glace, mais elle réalisa qu'il n'avait sûrement pas croisé un rayon de soleil depuis Merlin seul savait combien de temps.

« Tu as lu les livres ? » demanda-t-elle avec attention, décidant que le silence devenait légèrement inconfortable. « Ceux que j'ai laissé au-dessus. »

Elle put voir son hésitation à lui répondre. « Oui, » admit-il prudemment.

« Lequel est-ce que tu lis en ce moment ? » insista-t-elle.

« Pourquoi est-ce que tu veux savoir ? »

« Je suis juste curieuse, » elle haussa les épaules honnêtement, souhaitant que la suspicion du blond à son égard se calme.

Draco soupira bruyamment. « Titus Andronicus. »

« Bonne pièce-

« C'est pas mal, » la corrigea-t-il, entourant sa tasse de ses paumes. « Certains passages sont bâclés. »

« Je suis d'accord. » acquiesça-t-elle, pensive. « C'était l'une des premières pièces de Shakespeare. »

« Tu m'as donné beaucoup de ses livres, » marmonna-t-il lentement, lui adressant un regard sévère. « Je présume que c'est un auteur Moldu. »

Elle écarquilla les yeux. Elle s'était attendue à une explosion de colère lorsqu'il découvrirait ses intentions, mais il semblait seulement irrité. « Tu savais que je t'avais donné des livres de Moldus ? »

« C'est assez évident, Granger, » il roula des yeux. « Je n'ai reconnu aucun auteur et cela semble être le genre de chose que tu ferais. »

« Et tu les lis quand même ? » insista-t-elle, le ton incrédule. « Pourquoi ? »

Son expression se durcit un peu plus. À vrai dire, il n'avait pas touché à sa littérature Moldue pendant deux jours, jetant quelques regards dégoutés à la pile de livres. Mais l'ennui était trop puissant et menaçait sa santé mentale, et il avait cédé le troisième jour, se répétant que c'était soit la lecture, soit la dépression nerveuse. Il s'était attendu à ce que les livres nourrissent sa répulsion envers les Moldus, qu'ils lui prouvent page après page qu'ils étaient réellement des êtres barbares et ignorants, incapables d'écrire un paragraphe digne de ce nom.

Mais…

Mais c'était en vérité plutôt pas mal… Suffisamment bien pour qu'il continue à tourner les pages et qu'il soit inconsciemment impressionné. C'était tellement perturbant, écœurant, et ces bouquins l'avaient amené à questionner… certaines choses. Pendant un moment seulement, mais quand même. Non, il n'avait jamais cru à toute cette propagande merdique présentant les Moldus comme soit disant sauvages, mais il était tout de même persuadé, à un certain degré, qu'ils étaient moins compétents en art. Mais ce Shake-machin chose était…acceptable. Il ne pouvait cependant évidemment pas le dire à Granger.

« Il n'y a rien d'autre à lire, » grogna-t-il, réalisant qu'il avait pris trop de temps pour répondre.

Hermione soupira, le regardant sous ses cils en avalant une autre gorgée. Sa nature curieuse fit tambouriner son coeur, et elle voulut savoir jusqu'où elle pouvait le tester.

« Et qu'est-ce que tu penses de la pièce pour l'instant ? »

Il souffla du nez. « C'est violent, » dit-il comme si c'était évident, et elle en déduit que ça l'était. « Ce qui est… distrayant, mais ça prouve à quel point les Moldus sont barbares. »

« Barbares ? » répéta Hermione, ravalant l'envie de lui crier dessus. « Comment ça ? »

« Et bien, c'est juste un carnage immoral-

« Contrairement à toutes les guerres de Sorciers ? » souligna-t-elle rapidement. « La violence est présente dans toutes les races et les espèces, Malfoy, et surtout chez les humains. Magiques ou pas-

« Le mec a tué son propre fils, » fit remarquer Draco, penchant fièrement sa tête sur le côté comme si il avait prononcé les mots de la victoire. C'est une preuve du degré de barbarie des Moldus. »

Hermione ne loupa pas de battement. « Mais Voldemort a tué sa famille. »

L'expression hautaine du blond faiblit, et il détesta le fait qu'elle l'ait vu. « C'est différent, » marmonna-t-il, sur la défensive. « C'était-

« Et Croupton a tué son père-

« C'est différent ! » répéta-t-il catégoriquement, mais il savait que son argument était faible.

Granger ne sembla ni arrogante ni fière lorsqu'elle leva la tête pour croiser son regard irrité, mais humecta simplement ses lèvres d'un rapide coup de langue. « En quoi est-ce différent, Malfoy ? »

Il fouilla son cerveau, cherchant un argument satisfaisant ou une raison qui la remettrait à sa place. Il se sentit agité et perturbé, mais une once de respect pour Granger glissa dans son esprit, et cela l'énerva encore plus. Elle gagnerait définitivement une marque sur sa tête de lit. Merde.

« Ça l'est, c'est tout. » marmonna-t-il, prenant une autre gorgée du parfait chocolat chaud qu'avait préparé la jeune femme.


La rigidité de son cou fut le premier indice lui indiquant qu'il n'avait pas dormi dans un lit.

Quelque soit l'objet sur lequel sa tête reposait, il était trop dur pour être un oreiller. Ses yeux clignèrent lentement avant de s'ouvrir, puis il se concentra sur un plafond différent de celui auquel il s'était habitué. Draco se releva maladroitement pour se retrouver allongé sur un des canapés, la tête soutenue par l'accoudoir. La pièce était encore sombre, mais il n'y avait aucune fenêtre, et un rapide coup d'oeil à la pendule lui permit d'affirmer qu'il était presque sept heures du matin.

Il grogna et frotta son visage, se relevant lentement en position assise, faisant craquer son dos comme des braises crépitantes. Sa vision brouillée de sommeil se concentra sur les alentours et alors qu'il essayait de se rappeler comment et quand est-ce qu'il s'était endormi sur le canapé, ses yeux gris hivernaux se posèrent sur l'autre côté de la table basse.

Il se tendit.

Elle était emmitouflée dans une couverture de son cou jusqu'à ses orteils, ses boucles maladroites dispersées sur l'oreiller en spirales couleur café. Les yeux clos et les traits relaxés, elle semblait être l'incarnation du confort et de la paix. Les muscles qui froissaient habituellement la peau de Granger étaient détendus, et il ne pouvait se souvenir avoir déjà vu quelqu'un d'aussi apaisé par le sommeil. Ses lents soupirs somnolents bourdonnèrent dans ses oreilles et le sortirent de sa transe, et il se sermonna silencieusement de laisser le matin embrouiller son cerveau.

Il détacha son regard de la sorcière, et se mit à étudier son mug froid de chocolat chaud non terminé. Et sa baguette. Juste là, le tentant.

Il traîna son corps hors du canapé et s'approcha de la table basse aussi silencieusement que possible, sachant très bien que cela ne mènerait sûrement à rien. Elle avait dit elle-même qu'elle était ensorcelée pour le repousser, mais cela aurait très bien pu être un coup de bluff. Il s'approcha un peu plus près de sa baguette, s'accroupissant juste devant la sorcière endormie.

Le souffle de la brune glissa sur la peau sensible de son cou, et il combattit le frisson déclenché au bas de sa colonne. Atteignant la baguette, tout son espoir d'une chance d'évasion disparut lorsqu'il sentit la magie d'avertissement atteindre le bout de ses doigts avant même qu'il ne puisse la toucher. Il s'y était attendu. Avec un soupir abattu, il s'assit au sol, les soupirs rêveurs de Granger se faufilant toujours entre les cheveux fins de sa nuque.

Il ferma les yeux… savourant la sensation… son odeur si proche… assez proche pour toucher…

Et soudain, comme attaqué par des flammes, il fut ramené à la réalité en un éclair. Il s'éloigna violemment d'elle, comme si elle était empoisonnée, se maudissant lui-même sur la tombe de Salazar.

C'était ce que sa maudite expérience de sang lui avait fait.

Elle se glissait dans son organisme et dans sa tête, embrouillant tous ses sens. Ce n'était pas son sang sale, c'était quelque chose de plus profond, quelque chose creusant ses os et inondant ses cellules. C'était elle. Granger. Sa substance, son innocence, filant à travers son corps et balançant des poignards à sa santé mentale. Révolté par ses propres actions, il quitta la pièce de ses jambes tremblantes, priant pour qu'un peu de distance le purifie d'elle.

Hermione se réveilla en sursaut au son du claquement enragé de la porte.

Dommage, vraiment. Cela avait été sa meilleure nuit de sommeil depuis des semaines. Même si elle n'avait duré que quelques heures.


Le vent était calme durant les jours suivants, et il avait réussi à éviter la sorcière tout en se convainquant de plus en plus qu'elle était en train de suppurer les tissus en dessous de sa chair. Un vendredi, exactement une semaine après l'accident sanglant de la salle de bains, les murs avaient commencé à se rapprocher de nouveau. Le besoin d'interagir avec un autre être humain s'était installé dans ses pores et, bien sûr, Granger était la seule option. Il avait besoin d'entendre le battement du coeur d'un autre être vivant car les siens devenaient trop bruyants pour sa solitude.

De toutes les choses insensées harcelant son cerveau, avoir besoin de la présence de quelqu'un d'autre était définitivement la chose qui lui indiquait clairement qu'il sombrait dans la folie. Il voulait une dispute, ou seulement quelque chose pour lui rappeler qu'il y avait un forme de vie derrière la porte de sa chambre. Il rationalisa ce besoin en se disant que celui-ci était seulement présent en raison des circonstances. S'il y avait eu n'importe qui, et il voulait dire vraiment n'importe qui d'autre qu'elle pour chasser ses démons, tout cela ne serait pas nécessaire.

N'importe qui, excepté Wealsey. Sang Pur ou non, si cette folle de McGonagall l'avait enfermé dans une pièce avec cette tumeur orange du monde sorcier, il y aurait eu un massacre dans l'heure.

Cette image lui remonta légèrement le moral.

Il pouvait entendre la brune s'affairer dans la cuisine, causant un remue-ménage avec différents ustensiles et produisant plus de bruit que nécessaire. Noyant ses doigts dans ses cheveux blonds de glace et laissant un soupir s'échapper de sa gorge, il quitta la prison aux quatre murs qu'il appelait chambre pour rejoindre Granger, qui agitait quelques légumes et casseroles.

Hermione sentit sa présence avant même de le voir, et elle se retourna pour lui adresser un regard curieux. « Laisse-moi deviner, » dit-elle calmement. « Je faisais encore trop de bruit ? »

« Oui, » grogna-t-il, s'approchant d'elle de quelques pas. « Qu'est-ce que tu fous, Granger ? »

« Je choisis juste de la nourriture pour demain. » expliqua-t-elle avec un haussement d'épaules délicat. « J'aurais peut-être dû te le demander avant, mais est-ce que tu es allergique à quoi que ce soit ? »

« Non, » il secoua la tête, soulevant son poids pour s'asseoir sur le comptoir. « Seulement à toi. »

Il avait voulu que son commentaire apparaisse froid et strict, mais l'air hautain qu'il avait mis des années à perfectionner souffrit d'une défaillance. Au lieu de ça, sa remarque parut plus… joueuse ? D'ailleurs, Granger l'avait surement trouvée inoffensive étant donné la courbure amusée de ses lèvres. Il envisagea de l'appeler Sang de Bourbe pour l'amour des habitudes, mais quelque chose dans son esprit perverti lui disait de ne pas le faire, et elle prit la parole avant qu'il n'ait eu le temps de questionner ce blocage.

« Est-ce que tu as fini de lire Titus ? » demanda-t-elle, évidemment incertaine quant à la manière dont elle devait agir en sa présence. Au moins, ils avaient ça en commun.

Il souffla du nez. « Arrête de me sous estimer, Granger, » marmonna Draco, reposant ses coudes contre ses genoux et la regardant en retour. « Je l'avais presque fini l'autre jour. Bien sûr que je l'ai terminé. »

« D'accord, » elle hocha la tête, utilisant sa baguette pour finir son plat. « Et quel est ton avis sur la fin ? »

« Trop précipitée. » lança-t-il simplement, d'un ton critique et brusque. « C'était une fin médiocre. »

Elle acquiesça et se tourna pour lui faire face, croisant les bras contre son torse. « Je suis d'accord. »

« Quoi ? »

« Je suis d'accord, » répéta Hermione, croisant son regard, une rougeur incertaine aux joues. « Elle était trop rapide. Tu as pensé à en lire un autre ? »

Il était déjà à la moitié d'un autre de ses livres Moldus. Il avait décidé de passer outre ce Shakespeare, persuadé qu'il trouverait bien un certain niveau d'incompétence littéraire dans un de ses textes Moldus. Il en avait choisi un à la couverture glauque, écrit par un Moldu nommé Wilkie Collins, et avait été plutôt absorbé par le texte dès le premier chapitre, ce qui le dégoûtait de lui-même.

« La femme en blanc, » souffla-t-il en un soupir pressé, remarquant que le sourire de la brune s'élargissait légèrement.

« Un de mes préférés, » lui dit-elle, « Et comment-

« Ne commence pas à être enthousiaste, » l'avertit-il, le ton grave. « Le niveau d'écriture est inférieur à celui des auteurs Sorciers et Sorcières. »

Le sourire de la jeune femme retomba et elle se tourna dos à lui pour terminer les préparations de ce qui semblait être du ragoût. « Tu penses vraiment que les Sangs Purs sont supérieurs aux nés-Moldus, Malfoy ? »

Il arqua un sourcil à sa question. Ses yeux de pierre détaillèrent son dos et sa colonne vertébrale, à la recherche d'un quelconque indice justifiant une question si stupide. « Tu sais bien que oui, Granger. » répondit-il fièrement. Mais une étrange palpitation envahit sa poitrine. « Ne pose pas des questions ridiculement stupides alors que tu es supposée avoir un semblant de cerveau là-dedans.»

Un soupir presque déçu quitta ses lèvres. « Alors puis-je faire une suggestion, s'il te plaît ? » murmura-t-elle doucement, jouant avec l'ourlet du pull rouge bien trop grand pour elle.

Et voilà que son maudit s'il te plait était de retour. C'était inopportun et ne faisait que lui rappeler à quel point elle était ridiculement pure. Quelque part au fond de son esprit, il se souvenait avoir eu l'intention de se disputer avec elle, mais il était là, encore une fois, conversant avec la jeune femme d'une manière qui aurait dû le faire vomir. Mais au moins il se sentait légèrement plus normal. Plus humain. Exactement comme ses soupirs de douche, ces… moments presque courtois semblaient chasser son mal de tête.

« Tu peux faire autant de suggestions que tu veux, » il haussa les épaules d'un air nonchalant, son expression terne perdue sur le dos de la sorcière. « Mais la probabilité que j'en accepte ne serait-ce qu'une est évidemment nulle. »

Elle se retourna pour lui faire face et ses traits étaient calmes et apaisés, mais il pouvait voir une rafale de pensées tourbillonner derrière ses yeux. Elle était vraiment tellement intéressante à observer en des moments comme celui-ci, elle était comme un puzzle crypté sans récompense apparente. Tout ce qui fusait dans son coeur était si bien reflété dans son regard aux teintes automnales… Et c'était quelque chose qu'il n'arrivait pas à comprendre. Il aurait été plus sage de sa part de garder ses émotions pour elle et de les cacher du mieux possible, surtout devant quelqu'un d'elle détestait. Quelqu'un comme lui.

« Quand tu auras fini le livre, » dit elle lentement. « J'aimerais que tu lises l'autobiographie de Martin Luther King. »

Son sourcil s'abaissa avec attention. « Pourquoi ? »

« Je pense que tu pourrais trouver certains des concepts intéressants, » lâcha Hermione, ses yeux le détaillant de la tête aux pieds. « C'est juste une suggestion. »

Et sur cette phrase, elle s'éloigna et disparut dans sa chambre, laissant Draco intrigué par son étrange requête. Il ne le lirait pas, bien sûr, sauf par dépit.


Hermione eut à peine le temps de réfléchir à sa conversation avec Malfoy qu'elle fut interrompue par une chouette très familière, donnant des coups de bec contre sa fenêtre. Elle se précipita vers celle-ci, la démarche anxieuse, ouvrant brusquement la vitre pour laisser entrer le bel oiseau.

« Hedwige, » souffla-t-elle tendrement lorsque le fidèle animal d'Harry lâcha la lettre qui tomba dans la paume de la sorcière, et glissa son bec sur ses phalanges. « Embrasse les garçons pour moi. »

La chouette couleur neige n'attendait jamais de réponse puisque c'était trop risqué de gâcher du temps, si précieux, mais Hermione se sentait toujours un peu découragée et déçue lorsque l'oiseau retournait hâtivement dans le ciel. Elle aurait tout donné pour écrire une réponse, mais comprenait qu'il était bien trop dangereux d'échanger plus de parchemin que nécessaire. Si elle découvrait quelque chose d'utile pour les garçons, elle devait le faire passer à McGonagall, et cette dernière trouvait alors un moyen de le transmettre à Harry et Ron. Ces règles étaient strictes et naturellement, elle les suivait, mais à contrecoeur.

Merlin, qu'ils lui manquaient…

La lettre était rêche dans sa paume, et même si elle mourrait d'envie de déchirer l'enveloppe et de la lire, elle ne pouvait pas. Elle avait promis à Ginny dès le début qu'elles liraient tous les messages ensemble. S'il y avait bien une personne qui vivait la situation encore moins bien qu'Hermione, c'était la soeur Weasley. Il s'agissait de son petit ami et de son frère après tout, elle avait parfaitement le droit de se sentir perdue.

Hermione enfila sa robe et plongea prudemment la lettre et sa baguette dans sa poche avant de quitter la pièce. Un rapide coup d'oeil à la cuisine lui suffit pour déduire que Draco allait surement rester dans sa chambre le reste de la soirée, alors elle sortit rapidement du dortoir, se dirigeant vers la tour de Gryffondor.

Dix minutes plus tard, elle était assise sur le lit de Ginny, la rousse à ses côtés, tortillant nerveusement les pointes de ses mèches couleur feu. La seule autre élève occupant le dortoir, Parvati Patil, était absente, probablement en compagnie de Dean Thomas après leur récente tentative pour former un couple, et cela tombait à pic. Les deux sorcières appréciaient cette intimité étant donné que les lettres avaient tendance à provoquer des réactions émotionnelles, et seulement peu de personnes savaient que ses deux meilleurs amis donnaient des nouvelles.

« Prête ? » soupira Hermione, n'attendant pas vraiment de réponse avant de déchirer l'enveloppe et dérouler le parchemin, ses yeux détaillant le bref paragraphe.

Les filles,

Tout va bien, pas grand chose à signaler.

Nous travaillons sur quelque chose mais c'est peut-être rien.

Comme toujours, ne vous inquiétez pas.

On vous aime, vous nous manquez toutes les deux.

H&R.

Comme toujours, c'était clair et court, dépourvu de détails au cas où la lettre serait interceptée. Les mots griffonnés reflétaient l'écriture d'Harry cette fois-ci, et Hermione vit Ginny glisser ses doigts sur les phrases vides, des larmes perlant déjà entre ses cils. Elle sentit ses propres yeux brûler, et ce n'était pas à cause de ce qui était griffonné sur le parchemin. C'était à cause de ce qui n'y était pas.

Les garçons ne parlaient jamais si froidement, et ce manque de personnalité derrière les mots de la lettre, ne faisait que lui rappeler à quel point ils lui manquaient. Il lui aurait suffit de lire une des stupides blagues de Ron ou une phrase réconfortante d'Harry pour être pleinement satisfaite. Diable, elle aurait même probablement sauté de joie s'ils avaient écrit quelque chose concernant le Quidditch. Elle voulait simplement retrouver ses garçons…

« Tu peux rester ce soir ? » lança Ginny entre deux sanglots. « P-Parvati n'est pas là, et je ne veux pas rester seule. »

Hermione lui adressa un hochement de tête triste et la prit dans ses bras. « Bien sûr que je vais rester. »


Où est-ce qu'elle est, bordel?

Comme Draco l'avait si souvent remarqué, Granger était une fille à habitudes, attachée à ses routines strictes sans aucune défaillance. Il l'avait entendue partir peu de temps après leur discussion dans la cuisine, comme chaque jour, l'abandonnant à son propre sort pour la soirée. Il avait lu un peu du roman Moldu et avait pris une douche avant de se préparer à se coucher, attendant le retour de Granger.

Et la défaillance était là.

Il savait de par son isolement que les habituels chants des oiseaux commençaient à cinq heures du matin, et elle était normalement de retour à trois heures. Jetant un coup d'oeil confus en direction de la fenêtre, il se leva de son lit et pénétra dans le salon, vérifiant la pendule pour découvrir qu'il était exactement dix heures cinq, et Granger n'était définitivement pas rentrée chez eux.

Chez eux…?

Il pourrait y réfléchir plus tard. Pour le moment, tout ce qu'il sentait était un lourd poids battre dans sa poitrine, poids qui chassa toutes les autres impressions qu'il aurait pu avoir. Cela semblait être de la panique… Oui, c'était de la panique. Des questions envahirent son cerveau, martelant douloureusement ses tempes.

Où était-elle ?

Si quelque chose lui était arrivé, serait-il coincé ici ?

Oublié ?

Seul ?

Qu'est-ce que cela ferait à son esprit ?

Que deviendrait-il sans son odeur ou ses douches…?

Il devait sortir.

Il n'y avait pas moyen qu'il reste ici, à pourrir comme un paysan sans valeur. Il s'avança rapidement vers la porte d'entrée, ignorant la familière et irritante électricité statique contre sa paume, l'avertissant de ne pas attraper la poignée. Mais il le fit quand même.

Son poing se resserra sur la poignée, et la douleur fut instantanée. Elle brûla sa main et étincela jusqu'à son épaule, écorchant sa chair de l'intérieur et brûlant ses os. Son instinct lui criait de tout lâcher, mais sa crainte était trop forte. Il serra les dents dans un effort pour ignorer la douleur et essaya d'abaisser la poignée, mais le feu frappa sa colonne vertébrale d'éraflures ardentes. Son dos se cambra sous l'atroce douleur, mais il refusait toujours de lâcher.

Il pouvait se sentir faiblir, les flammes violentes brûlaient son énergie et convulsaient ses muscles. Il sentait qu'il tremblait, secoué de spasmes incontrôlables, et un autre cri de torture déchira sa gorge. En une dernière tentative d'évasion, il rassembla toute sa force restante pour essayer d'ouvrir la porte.

La chaleur traversa sa colonne à toute vitesse et attaqua sa tête, enflammant sa nuque avant qu'elle ne devienne totalement engourdie. Il ne se sentit même pas s'écraser au sol, tremblant violemment, se tordant de douleur alors que des spasmes contractaient dangereusement ses muscles. Puis il perdit connaissance.


(Mes excuses pour mon léger retard, je n'ai pas d'explication à ce dernier hors mis le manque de sommeil. J'avais commencé la série de Tom Felton Murder In The First et j'ai regardé les 10 épisodes de la saison un pendant toute la nuit, j'ai donc dormit tout le jour suivant! J'espère que vous ne m'en voulez pas et que vous me suivez toujours!

Une adorable user de fanfiction m'a proposé son aide pour la correction des chapitres, ce qui signifie que mes traductions seront désormais quasi sans fautes! Un grand merci à elle, big up LiliYellow!

Je vous dis à très vite, love always

-ktl)