6- Le bandeau fut remis sur les yeux de Diana, avant que celle-ci ne soit raccompagnée par un valet, la pièce jusqu'alors plongée dans l'obscurité s'illumina brutalement, laissant apparaître, quatre hommes, le plus âgé avait la soixantaine bien entamée.
- « Lord Alester, cette Diana ne nous est d'aucune utilité. Nous devrions nous en débarrasser. »
- « son utilité est certes limitée, mais elle est la seule qui ne sera pas soupçonnée par Winch ou son entourage, quand bien même son entourage exprimerait des doutes, il se dressera entre elle et les autres. »
- « vu de la sorte en effet. »
- « malheureusement, l'affaire de Montréal n'a pas eu les répercussions que nous souhaitions mais qu'importe nous allons quand même tirer profit de ces brides d'informations que nous a fourni Diana Montreuil…. (il attrapa son portable et composa rapidement un numéro) Allo Ein… Winch est absent de la tour et son équipe de sécurité sera absente, attaquez vous à la villa et récupérez les tableaux, surtout les Van Gogh, ils nous appartiennent. Avant de partir pour Berlin, rejoignons les autres pour le café. »
Alester possédait à Brême un immense manoir datant du quatorzième siècle. Cette propriété avait été achetée lorsque le premier Van Diep avait intégré la guilde, depuis ce jour cette propriété servait de base à la commission pour ses opérations en Allemagne.
Janvier avec son froid mordant et sa nature décharnée, dehors la neige avait recouvert les jardins donnant au paysage une beauté et une impression de pureté qui avait depuis longtemps déserté les lieux. Malgré le froid mordant, Alester et ses invités traversèrent les jardins d'un pas vif avant d'arriver à la serre où déjeunait Danielle et les autres.
Alester se dirigea vers son épouse a qui il fit un chaleureux baisemain, en réponse il eut droit à un regard empli d'affection et de respect. Tous les deux était de la même race, il avait rencontré celle qui est devenue son épouse à une réception de la guilde, à cette époque elle sortait d'une liaison tumultueuse avec un autre homme, malgré la fin de non recevoir qu'il avait obtenu la première fois il persista et eut gain de cause.
Au début il fut l'ami, le confident, on commença à les voir ensemble et au bout de quelques mois, ils franchirent le pas et devinrent amants. Leur idylle se poursuivit pendant un an, durant leur liaison leur premier enfant fut conçu, Pierce à présent âgé de 27 ans, ils se marièrent puis Marlene vit le jour deux ans après son frère.
Adrien voyait bien que quelque chose attristait sa compagne, il sut bien vite ce que c'était, elle repensait à son enfant, cet enfant le fruit d'une liaison qu'elle avait entretenue avec un opportuniste qui voyait en elle un moyen de vivre sans effort. Elle est tombée enceinte mais trop terrifiée par ce que pourrait lui faire Alester elle s'est enfuie, pendant un an ils la recherchèrent activement sur tout le continent. Ils la retrouvèrent en Suisse dans une clinique privée, quelqu'un l'y avait mise et de l'enfant aucune trace, après enquête la police conclut à la mort de l'enfant.
Pendant deux mois elle ne dit pas un mot, puis un soir elle vint le voir, elle pleura entre ses bras et lui raconta ce qui lui était arrivé, il la consola, à l'époque il venait a peine d'intégrer les hautes sphères de la commission, cela fait maintenant deux ans qu'il en fait partie.
Sa position s'est encore affirmée lorsqu'il a épousé Marlene. Si au début cela son mariage avait été un calcul, il avait appris à apprécier son épouse puis à l'aimer, douce et effacée elle avait vécu toute sa vie bien à l'abri des vicissitudes de la vie. Sa famille y avait veillé, au début il avait paru excéder par cet état de fait mais il apprit à l'apprécier surtout lorsqu'il devait affronter certaines situations, le soir alors elle le rafraîchissait par sa candeur et sa gentillesse. Elle le noyait, l'entourait de sa bonté et sa gentillesse, et doucement sans s'en apercevoir il se mit à l'aimer, durant la première année, il ne se priva pas de la tromper puis il n'en eut plus besoin. Elle était tout ce dont il avait besoin.
Il s'était toujours demandé si Marlene connaissait l'existence de la commission, un soir il demanda carrément à Pierce, il lui avait affirmé que non, il avait aussi ajouté qu'elle ne devait jamais en entendre parler car elle n'aurait pas la force nécessaire pour assumer un tel secret.
Assis tous ensemble autour de la table, ils finissaient de manger lorsqu'un valet s'encadra devant la porte pour annoncer que les véhicules étaient prêts.
Monte Carlo
Edouard avait quitté les USA en compagnie de sa sœur Joy il y a de cela plus de quatre semaines. Le Jet de la Winch Air les avait attendus et ils étaient partis pour l'Europe, Joy avait plusieurs engagements à honorer.
Joy avait repris la direction d'Arès il y avait de cela deux ans et elle était parvenue à tripler le chiffre d'affaire durant cette période. Avant elle, c'était lui Edouard qui dirigeait la société mais il n'était jamais parvenu à un tel résultat. A présent il s'occupait des diverses galeries que possédait le groupe partout dans le monde.
Pourtant il était le favori, leur mère lui avait donné toute son affection ignorant Joy qui dés la naissance fut confiée aux bons soins des nurses et dés qu'ils furent en âge, leur père commença à les entraîner.
Dés le début elle fit preuve d'aptitudes dont lui-même était dépourvu, cours de survie en pleine nature avec juste un couteau, maniement des armes, opérations commandos tout, elle excellait en tout donnant l'impression que cela ne lui demandait aucun effort.
Lui par contre devait faire d'immenses effort et souvent il se retrouvait tout de même battu, avec le temps il développa ses aptitudes mais pas suffisamment, ils avaient reçu la même éducation, pourtant elle fut choisie pour Langlay mais pas lui.
Chaque fois qu'il se comparait à sa jumelle la comparaison tournait en sa défaveur, sa mère ne lui disait rien pour elle, il était parfait. Savait elle pour son vice du jeu ou faisait elle mine de ne rien voir ? Car depuis quelques temps il se servait dans les caisses de certaines galeries européennes.
La nuit était tombée depuis des heures mais personne dans cette salle ne se préoccupait de l'écoulement du temps au dehors.
La lumière se reflétait dans les bijoux et de ci de là on entendait des exclamations de joie ou de dépit fuser.
- « quatre rouge, la banque gagne…. Faites vos jeux Mesdames et Messieurs, la mise minimale est à 5000 Euros. »
Assis à la table de la roulette Edouard avait perdu depuis le début de la partie près de 200 000 Euros or son ardoise auprès de ce casino se lève déjà a près de 1 million d'Euros, il avait déjà perdu son Yacht or celui-ci ne représentait que 250 000 Euros.
Plus haut dans la salle de contrôle, quelqu'un suivait avec intérêt les déboires de Edouard Arden.
- « à combien se monte l'ardoise du jeune Arden. »
- « 750. »
- « laissez le jouer autant qu'il veut, il a carte blanche. »
- « mais…bien Monsieur. »
- « bientôt…
La Commission Adriatique, ou la guilde, elle est née il y a de cela un peu plus de six cent ans sur les rives de la mer adriatique avec pour but, protéger les navires qui sillonnait la méditerranée face aux pirates et aux corsaires, plus loin dans le Nord en Hollande on trouvait la Hans, qui plus tard s'unira à la guilde afin d'étendre les zones d'influences des deux entités, toutes les deux étant conscientes qu'une rivalité entre les deux serait longue et affaiblirait indubitablement les deux organisations.
Ce fut un trait de génie, six cent ans plus tard, elle existait toujours et l'influence de la guilde ne s'est jamais démentie. De quelque bord qu'ils soient il y avait toujours des hommes avides de pouvoirs prêts à tout pour l'obtenir et ne s'embarrassant pas de sentiments inutiles.
Plus qu'à aucun autre moment la guilde était puissante et ses recrues de qualités, pourtant le groupe W restait une menace, une épine à leur pied.
De ses longs siècles d'existence la commission avait développé tout un ensemble de règles régissant la vie de ses membres.
Elle possédait son propre tribunal pour juger les plus hauts placés dans sa hiérarchie, si certaines de leurs méthodes ont perduré c'est qu'elles avaient du bon.
Les dirigeants reconnus coupables de trahison vis-à-vis de la commission avait le choix entre ingurgiter de la ciguë ou se tirer une balle dans la tête afin de faire amende honorable. Ils avaient 24H pour le faire sinon ils s'en chargeaient pour eux.
Toutes les professions étaient présentes et lorsqu'une compétence manquait ils l'achetaient ce qui était bien avec le régime capitaliste c'est que tout a un prix il suffit de trouver le bon.
La réunion de Largo et des deux conseillers reprit une heure après son interruption, mais aucune avancée, c'était un dialogue de sourd. Enervé Largo abandonna le peu de diplomatie acquise depuis deux ans et dit franchement le fond de sa pensée aux commissaires présents.
- « Messieurs tout ceci ne nous mènera nulle part, actuellement la situation ne nous permet pas de sauver les emplois au sein de l'union dans le contexte économique mondial actuel, voici les problèmes auxquels nous allons devoir faire face.
L'augmentation du prix du kérosène, malgré toute notre volonté nous ne maintiendrons son taux dans nos charges d'exploitation qu'à hauteur de 17 dans nos charges d'exploitation rajoutez à cela le programme de réduction des heures de travail ce qui nous occasionne une augmentation des charges de personnel sans contrepartie.
Tous ces éléments font que malgré un résultat positif une partie des filiales du groupe comme les autres compagnies afficheront un net recul de leur performance ce qui nous obligera à réduire l'investissement et délocaliser vers d'autres centres de production. »
Sur ces mots durs Largo se lève, ne laissant d'autre choix à ses deux accompagnateurs, les commissaires non plus. Ils se lèvent et raccompagnent leurs invités jusqu'à leur véhicule, mais rendez vous fut pris pour dans deux mois afin de commencer une nouvelle manche de négociation.
Cette nuit là, Edouard eut la prudence de s'arrêter de jouer mais il ne put résister à la tentation le second soir. Il retourna au casino et cette fois les pertes furent encore plus lourdes pour lui, à deux heures du matin les croupiers refusèrent de lui faire plus de crédit sans l'aval du directeur. Il partit donc à sa recherche.
Edouard quitta les salons pour se diriger vers une autre aile de l'immense bâtiment, au fur et à mesure qu'il s'éloignait le bruit de la musique se faisait moins fort et le silence plus présent, bientôt il fut en vue d'une porte signalant qu'ici se trouvait le bureau du directeur. Sa visite semblait attendue, la porte venait à peine de se refermer sur lui que le directeur s'encadrait à l'embrasure de la seconde porte et venait vers lui.
Edouard n'en menait pas large, depuis son arrivée à Monte Carlo son ardoise s'élevait à plus de trois millions d'Euros or il ne pourra jamais amasser pareille somme, il devait donc aboutir absolument à une solution.
- « bonjour Mr Arden, je suis Paul Mauriac le directeur de cet établissement, j'ai cru comprendre que vous souhaitiez une ouverture de compte chez nous. »
- « en effet, je suis joueur et le cadre chez vous me convient assez. »
- « et nous sommes ravis de vous compter parmi nos membres, malheureusement je dois vous soumettre nos conditions. »
- « faites. »
- « vous devez nous signer une reconnaissance de dette au montant de vos dettes à l'heure actuelle ainsi qu'un second billet nous donnant les pleins droit sur un bien de valeur égale. »
- … bien.
Et dans silence de la pièce Edouard signa les documents, dans le second billet il cédait sa voix au conseil du groupe chevalier.
Hélas durant tout son séjour à Monte Carlo la chance sembla abandonner Edouard Charles Arden qui perdit la bagatelle de trois millions d'Euros.
La signature du contrat de partenariat entre la Winch corp et le groupe Sonya ne fut qu'une formalité le contrat allait assurer aux deux compagnies des gains non négligeable et allait faire d'eux le numéro 1 des nouvelles consoles de jeux. Il était dix neuf heures passé lorsque la limousine s'arrêta au quatrième sous sol libérant ses passagers.
En atteignant le hall, ils furent tout de même étonnés par la présence de policiers en uniformes ainsi que de plusieurs représentants d'agences gouvernementales, mais Largo vit principalement une concentration d'agent de la tour qu'il ne connaissait pas. Son attention fut retenue par autre chose la vue d'une silhouette massive fendant la masse d'agents pour venir à sa rencontre, Cardignac vit arriver le Russe lui aussi, il ne put s'empêcher de lui lancer une pique.
- « les vacances sont déjà finies Mr Kerenski. »
Georgi ne prit pas la peine de lui répondre, son attention était focalisée sur Largo qui tentait de se dominer, voyant ce dernier près d'échouer il lui fit signe de le suivre et c'est dans le silence le plus total que les deux homme partirent en direction du bunker.
- « je peux savoir ce que tu fais ici, tu es parti il y a deux mois et hop tu réapparais ensuite frais comme un gardon. Et puis je peux savoir ce que faisaient tous ces agents dans la tour ils sentaient les fédéraux à plein nez.»
Tout en parlant Largo faisait les cent pas dans le bunker, n'essayant même plus de cacher la colère qui montait en lui.
- « j'avais à faire, d'ailleurs tu ne me parais pas très inquiet. »
- « qu'en sais tu ? D'ailleurs où est Simon, il t'a laissé rentrer. »
- « comment aurait il pu m'en empêcher ? Vous me considériez comme étant le traître et vous n'avez pas changé la sécurité. »
- « en fait nous attendions ton retour, nous n'avons pas été brillants sur ce coup là on s'est laissé manipuler comme des amateurs. »
- « parce que vous vous croyez professionnel ? La voix de Kerenski était froidement ironique. Vous n'êtes que des amateurs qui jouent à la gueguerre, sinon vous auriez vu que tout tombait trop à pique, que la photo était trop distincte. Si cela convenait au profil d'Eric qui avait fait partie de la CIA, j'en attendais plus de vous que je considérais comme des amis. Passons. »
- « quelqu'un a accédé au bunker et a détruit nos machine et tiré quelques fil, c'est impressionnant mais sans plus, à priori certains serveurs ont été détruits également mais il existe des sauvegardes. J'aurai besoin d'aide pour rétablir tout cela. »
- « je me proposerai bien, mais je ne suis pas doué et Simon les détraque rien qu'en les regardant. »
- «… »
Aucune réponse ne lui parvint, Kerenski avait déblayé sa place et réactivé sa machine, en attendant l'arrivée de Simon il lançait quelques programmes visant à faire un diagnostic du système informatique du bunker. Il remit en marche également la connexion permettant de voir les visiteurs traversant le hall.
- « ah c'est pas trop tôt, il ne s'ennuie pas Simon, pendant que je me coltinais Cardignac et Buzzetti Monsieur draguait les filles… on voit pas son visage… Kerenski tu peux essayer de…
- « impossible. Y a trop de dégâts. »
Sur la caméra Largo observait son copain, une main posée sur les épaules il conduisait la jeune femme vers les ascenseurs ; il resta à ses côtés jusqu'à ce que les portes se referment sur elle. Simon est toujours courtois avec les femmes cela fait partie de son caractère il ne peut en être autrement mais depuis qu'ils étaient à NY c'est bien la première fois qu'il le voit agir de la sorte avec une femme.
Alors qu'il se dirigeait vers les ascenseurs, Simon vit Charles Arden leur barrer le chemin.
- « puis je savoir où tu te rends ? Je ne pense pas avoir autorisé les agents à quitter le terrain. »
- « cela fait deux heures que les équipes sont parties donc je peux quitter les lieux. Bien que je n'aie pas à me justifier vis-à-vis de toi.»
- « je suis ton supérieur Joy, tu réponds de tes actes devant moi. »
- « peut être. Tu as reçu mon rapport et ceux des autres agents et….
Charles ne la laissa pas finir, il se détourna d'elle et prit la direction des ascenseurs, il se rendait au 35ème étage afin d'obtenir les enregistrements, une mauvaise surprise l'attendait sur place. Mais cela ne la fit même pas sourire.
Debout, du sang gouttant de sa main blessée, Joy dans un moment de faiblesse laissa échapper dans un souffle.
- « je suis blessée papa, j'ai mal. »
Il n'entendait rien, ne voyait rien, pour lui elle n'était qu'un instrument, elle se tourne vers Simon.
- « le docteur Frankenstein et sa créature. »
Ses intonations étaient rauques et un léger tremblement altérait sa voix, elle se retenait pour ne pas flancher, jamais elle ne s'était autant découverte devant quelqu'un d'autre que Georgi mais Simon lui inspirait dés le début des sentiments étranges, elle sentait se tisser entre eux deux les mêmes liens que ceux qui existaient entre elle et Georgi pas tout à fait les mêmes il restait à mettre un nom sur ces sentiments.
A cet instant précis la façon qu'avait Simon de percevoir cette femme en particulier changea, avisant une serviette il la prit et la mit sur la blessure. Puis doucement comme s'il craignait qu'elle ne se casse il l'entraîna vers la sortie.
Dés leur arrivée à l'hôpital Joy fut prise en charge par un médecin. Simon l'avait attendue en salle d'attente durant les deux heures qu'il avait fallu aux médecins pour remettre son bras à neuf. Lorsqu'il l'avait accompagnée au groupe Joy ne souffrait plus, elle avait le bras en écharpe.
Tel le gentleman qu'il était Simon raccompagna Joy jusqu'aux portes de l'ascenseur avant de partir en direction du bunker où l'attendait Kerenski. Quelle ne fut sa surprise lorsqu'il trouva Largo assis sur une chaise les pieds posés sur l'un des plans de travail.
Largo avait été patient jusque là mais lorsque son ami fit son apparition, il posa les questions qui le taraudaient depuis le début de soirée.
- « quelqu'un veut bien m'expliquer ce qui se passe ou vous allez me laisser mourir idiot ?»
Une voix provenant de sous la table demanda à Simon de lui expliquer ce qui s'est passé.
Pendant une demi-heure Simon raconta à son pote ce qui s'était passé dans la tour depuis son départ ce matin, l'appel que reçut John, l'aéroport l'altercation puis l'explication. A leur arrivée à la tour la découverte du tueur, du cadavre dans la voiture et de la survivante.
