Notes de l'auteur : Bon, ça faisait longtemps que j'avais pas mis un chapitre en ligne à 3 heures du matin… Enjoy !
Guest : Yep ! Et ça y est, j'ai terminé d'écrire cette fic. J'ai plus qu'à mettre en ligne tranquillement tout ça, maintenant. J'espère que ce concentré d'amour et de bonheur tout calme te plaira jusqu'au dernier chapitre ! :D
Bonne lecture !
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Le cri languissant des mouettes s'étirait dans l'aube naissante. Elles planaient au gré des courants d'air qui faisaient frémir leurs plumes, puis plongeaient en piqué, battaient frénétiquement des ailes pour atterrir. Entre deux immeubles en ruines, l'imposante carcasse de ce qui avait été un monstre des profondeurs exhalait une puanteur infecte de poisson avarié. Un essaim de mouettes en disputait les restes à d'agressifs corbeaux.
Saitama se pinça le nez en fronçant les sourcils lorsqu'ils contournèrent le cadavre. Genos, lui, se contenta de désactiver son propre odorat momentanément, et rajusta sur son épaule les deux cannes à pêche qu'ils venaient d'acheter en soldes.
La ville Z n'avait jamais été reconstruite ni repeuplée, et c'était particulièrement vrai pour le littoral et le quartier où se situait leur appartement. Certaines zones restaient tout de même habitées par des familles pauvres et endettées, des sans-abris, des malfrats, des inconscients et des fugueurs qui restaient malgré le désastre de la comète et la menace constante d'attaques de monstres.
Mais ici… songea le cyborg en regardant autour de lui. Ici, les gravats et décombres des immeubles détruits n'avaient jamais été dégagés, le bitume était éventré par des cratères, et les monstres terrassés – par Saitama principalement – étaient demeurés sur place à pourrir lentement.
Il leur fallut enjamber et escalader des piles de ruines pour enfin arriver à la plage. De minces rouleaux d'écume venaient mourir en un murmure sur le sable, et l'océan étendait sa nappe miroitante qui se fondait dans l'azur pâle du ciel. Seule l'aube qui pointait permettait de situer l'horizon, son éclat ondoyant en mille reflets.
« C'est magnifique… souffla Genos avec un sourire émerveillé.
En réponse, Saitama bailla à s'en décrocher la mâchoire, si bien que deux petites larmes perlèrent au coin de ses yeux.
- Fallait vraiment qu'on se lève aussi tôt ? grommela-t-il en se massant la nuque, les paupières encore collées de sommeil.
- Le poisson est actif aux heures les plus matinales, sensei.
Les yeux réduits en deux fentes blasées, Saitama plongea les mains dans les poches de son bermuda, la brise matinale faisant palpiter son polo contre son torse.
- Hé, Genos. Comment ça se fait que tu pètes déjà la forme alors qu'hier soir t'avais les batteries à plat ? On est rentrés super tard et on a dormi que quatre heures, je pensais qu'il te faudrait plus de repos.
Tout en scannant la plage déserte d'un regard analytique, Genos sentait le vent iodé se glisser dans ses cheveux et les désordonner.
- Le docteur Kuseno a fait en sorte que le réacteur se recharge plus rapidement après avoir subi une situation critique. C'était prévu à la base pour me permettre de récupérer suffisamment vite pour retourner me battre. Ah, sensei ! Je vois une barque à la dérive !
Il se mit à courir, ses pieds frappant le sable jusqu'à éclabousser l'eau qui s'abattait en petits rouleaux glougloutants. Son jean était trempé jusqu'aux cuisses lorsqu'il abattit sa main sur la barque abandonnée qui dérivait au gré de la marée. Genos avait justement espéré trouver un bateau, canot ou barque sur la plage afin de pêcher au grand large au lieu de rester cantonnés au port.
Il la tira sans effort vers la plage où Saitama l'attendait avec son flegme habituel – il ne semblait pas spécialement enthousiaste à l'idée de leur petite sortie, mais pas non plus réticent. Genos l'invita à monter tout en tenant bien la barque en place, et attendit qu'il soit installé à une extrémité pour se hisser à son tour à l'autre bout.
Mais il n'avait pas pris en compte un élément essentiel – la barque tangua dangereusement à peine tenta-t-il de grimper à l'intérieur, car le poids de son corps était bien plus important que celui de Saitama-sensei. Il en fallut de peu que ce dernier ne se retrouve projeté en l'air – il eut heureusement le réflexe de s'agripper à la barque pour ne pas basculer dans l'eau.
- Attendez, sensei, je vais me déplacer !
La barque tangua encore et manqua de se renverser, le poids du cyborg la faisant presque couler à pic. Perché au bout de la coque, Saitama agita frénétiquement les bras et perdit l'équilibre. Genos le rattrapa de justesse par la taille, lui évitant un plongeon dans l'eau de mer.
- Je n'avais pas pensé à cela, soupira le cyborg d'un air contrit en ramenant son maître sur le banc du milieu. Je pèse plus de 250kg, après tout. Il vaut mieux que nous restions tous les deux au centre pour équilibrer le poids.
Après une manœuvre délicate où ils se piétinèrent mutuellement, maître et disciple parvinrent à s'asseoir côte à côte sur le petit banc du milieu, comprimés l'un contre l'autre. Genos se fit le plus petit possible pour lui laisser de l'espace, mais rien à faire, son flanc, son épaule, sa hanche et son genou étaient étroitement pressés contre Saitama.
- J'espère que ce n'est pas trop inconfortable pour vous, Saitama-sensei.
- Non, ça va. Mais comment on est censés ramer, maintenant ? demanda le héros en empoignant d'un air embêté la rame fixée de son côté.
Genos réfléchit à la logistique et proposa finalement que chacun prenne une rame et pagaie de son côté. Mais de toute évidence, se coordonner n'était pas si évident. Après dix minutes à tourner en rond en éclaboussant généreusement tout autour d'eux, ils ne s'étaient guère éloignés que de trois mètres de la plage, et les vaguelettes les ramenaient peu à peu vers le rivage.
- Ah… soupira Saitama d'un air désappointé. On ne va pas y arriver.
Genos serra la mâchoire avec obstination et ramena la rame à l'intérieur de la barque.
- J'ai une idée. Laissez-moi faire, sensei.
Saitama haussa les sourcils et cilla lorsque Genos se pencha un peu du côté de son maître pour bien se placer au centre et plonger ses mains dans l'eau de chaque côté de la barque. Ses yeux étincelèrent d'un éclat doré, et les réacteurs de ses paumes s'allumèrent, faisant chauffer l'eau de mer alors qu'il accumulait l'énergie.
- Oooh… s'extasia Saitama en regardant l'eau bouillonner autour de la barque.
- Accrochez-vous, sensei ! prévint le cyborg entre ses dents.
Ses réacteurs propulsèrent de l'énergie brûlante à pleine puissance, si bien qu'ils décollèrent presque, comme le ferait un avion. La barque démarra à la vitesse du son, fendant violemment l'eau et propulsant de part et d'autre de larges vagues. Saitama s'agrippa fermement à Genos, ses vêtements claquant sur son corps sous la force du vent qui sifflait à leurs oreilles.
- Wouaaaaah ! Tu gères, Genos ! Plus vite ! Plus vite !
Tout en enlaçant son cou d'un bras, Saitama se redressa en brandissant joyeusement un poing dans l'air, son sourire béat déformé par la vitesse et le vent cinglant. Genos n'avait pas prévu de les éloigner autant de la terre, mais son maître semblait enfin s'amuser, aussi fit-il durer le moment autant que possible, en déployant encore plus de puissance pour l'impressionner.
Finalement, lorsqu'il éteignit ses réacteurs et essuya ses mains trempées sur son haut blanc aux manches arrachées, Saitama le relâcha et contempla d'un air ravi la vaste étendue de bleu à perte de vue. Ils ne pouvaient même plus apercevoir la terre à cette distance.
- Je pense que c'est un bon emplacement pour pêcher, décida sobrement Genos en tendant une des cannes à pêche à son maître. Je vais vous donner un appât, un instant.
Il détacha de sa ceinture la petite boîte pleine de vers de terre qu'il avait ramassés le matin même pendant que Saitama prenait son petit déjeuner au lit. Son maître l'observait avec curiosité en embrocher un sur chaque crochet.
- T'as l'air de t'y connaître, Genos ! D'où te vient cette envie de pêcher tout à coup, d'ailleurs ?
Côte à côte et en prenant soin de ne pas trop bouger pour ne pas faire tanguer davantage la barque instable, maître et disciple jetèrent chacun leur ligne à l'eau avec un petit plouf.
- Il m'arrivait de pêcher avec mon père en été quand j'étais… avant, expliqua Genos en surveillant le flotteur.
Le clapotis paisible de l'eau contre la coque ramenait de lointains souvenirs à la surface de sa mémoire. Un sourire mélancolique se glissa sur ses lèvres. Si le visage de son père restait flou, il se souvenait précisément du timbre chaleureux de son rire.
- Nous n'attrapions jamais rien, ajouta-t-il avec douceur, mais ce sont de précieux souvenirs. J'avais envie de partager cela avec vous, sensei.
Il prit bien soin de ne pas parler du conseil que lui avait donné Silver Fang. Mais Saitama ne répondit rien. Son regard fixe pesait sur le cyborg, indéchiffrable.
Le bois sous leurs pieds émit un craquement lugubre, et Genos cessa de scruter le flotteur. Saitama baissa les yeux avec confusion et cilla lentement.
- C'est moi, ou ça a fait crac ?
Comme pour le confirmer, le bois craqua à nouveau, et le cyborg sentit ses capteurs d'énergie monter en pic, activant toutes ses alertes internes.
- Sensei… Quelque chose vient. Une menace d'une forte puissance. Tenez-vous sur vos gardes.
- Ah, ok, lâcha platement Saitama qui restait parfaitement détendu avec sa canne à pêche à la main.
Genos se raidit de tout son corps, en alerte. Tout semblait paisible et silencieux, hormis le doux clapotis de l'eau contre la coque. Il ne voyait rien à l'horizon ni sous l'eau malgré sa vision améliorée, et pourtant ses capteurs localisaient l'énergie grandissante comme étant juste avec eux, au centimètre près – ce qui n'avait aucun sens ! Il y eut une autre série de craquements de plus en plus forts, et Genos sentit clairement le bois vibrer et enfler sous leurs pieds et leurs fesses, comme s'il prenait vie.
Et tout à coup, dans une fraction de seconde qui arracha un « Ah... » vaguement surpris à Saitama, la barque se retourna et les plongea droit dans l'eau salée. Le liquide glacé se rua dans sa bouche et ses narines, emplissant immédiatement ses poumons et son estomac. Le pesant corps du cyborg commençait à couler comme une enclume, mais il activa ses réacteurs pour remonter et crever la surface, ses cheveux trempés tombant en rideau devant ses yeux. Il incinéra l'eau dans son estomac et laissa celle stockée dans ses poumons ruisseler hors de sa bouche.
Son premier réflexe fut de chercher du regard son maître – il le vit juste à côté, son crâne lisse orné d'une épaisse algue gluante qui glissa avec un bruit visqueux et retomba dans l'eau. Le héros semblait complètement indifférent à la situation : il avait gardé à la main sa canne à pêche dont le flotteur tanguait plus loin. À peine arqua-t-il un sourcil blasé en considérant le monstre qui se tenait devant eux.
« Comment osez-vous grimper sur mon magnifique dos, misérables insectes ! » tonnait la monstrueuse barque qui se tenait à présent à la verticale sur la surface de l'eau. Sa coque se fendait largement pour former des yeux diaboliques et une gueule hérissée de crocs composée d'échardes. Les rames s'étaient déformées pour devenir des bras musclés.
« Vous m'avez réveillé à piailler et piétiner sur ma superbe personne ! Vous allez maintenant affronter ma fureur ! Je suis… »
Genos décida d'interrompre le monstre dans son discours en activant les réacteurs de ses épaules et mains pour s'élever hors de l'eau, tout ruisselant et nimbé de vapeur épaisse.
- Comment oses-tu… articula furieusement le cyborg entre ses dents.
Ses yeux dorés étincelèrent de rage, et son visage synthétique se contorsionna en une grimace menaçante.
- … gâcher mon moment privilégié avec Saitama-sensei ! hurla-t-il en tendant les bras vers le monstre qui cilla de surprise.
Il activa toutes ses armes qui surgirent des jointures et plaques métalliques, et concentra si bien son énergie que l'eau à des mètres à la ronde entra en ébullition.
- Je vais t'incinérer, annonça-t-il d'un ton glacial.
- Whoa, t'as pas l'air content, Genos.
- Laissez-moi faire, sensei, je vais vous débarrasser de ce gêneur.
- Ok, fais-toi plaisir alors.
« Fufufu, pitoyable larve, tu crois vraiment être en mesure de me... »
Le monstre n'eut pas le temps de ricaner plus longtemps, que Genos propulsa un massif brasier ardent droit sur lui, dans un rugissement assourdissant de flammes. Lorsqu'il abaissa enfin les bras et que le rideau de vapeur se dissipa, il réalisa un peu trop tard que le monstre semblait maîtriser l'eau et s'était protégé en formant un bouclier liquide. Le mur d'eau retomba avec force éclaboussures – mais la barque n'était plus derrière.
« Tu ne seras pas le premier que j'aurai noyé ! » surgit la voix profonde du monstre juste derrière lui.
Genos écarquilla les yeux de stupeur – comment s'était-il déplacé à cette vitesse ? Sans doute avait-il profité de la brume de vapeur pour le contourner !
Il n'eut pas le temps de se retourner, que la barque lui asséna un coup de rame qui l'aurait envoyé loin dans les airs s'il n'avait pas utilisé les réacteurs de ses épaules pour se stabiliser dans l'air. Genos serra les dents et s'apprêta à attaquer à nouveau, mais fut pris de vitesse lorsqu'un tourbillon d'eau surgit de la mer pour le percuter de plein fouet avant de l'engloutir.
« À ton tour, maintenant… Vous, les humains, m'avez arraché à ma forêt natale pour faire de moi un esclave de vos désirs, mais maintenant, j'ai ma liberté et je vais me venger de vous tous jusqu'au dernier ! » entendit-il encore la créature-barque jubiler juste avant que les profondeurs noires ne l'avalent et ne le tirent vers le fond, si vite que la pression grandissante fit craquer les jointures de son corps artificiel.
Genos ne resta pas submergé bien longtemps. Plutôt que d'utiliser ses réacteurs trop voraces en énergie, il retint sa respiration et activa les hélices qui servaient d'habitude à ventiler et réguler sa température, mais pouvaient aussi faire office d'hélices de sous-marin. Avec sa vision nocturne, il lui fut aisé de naviguer dans les ténèbres en luttant contre la pression, remontant aussi vite que possible vers la surface. La lumière revint peu à peu, et il aperçut les jambes de son maître en bermuda qui battaient paresseusement pour le maintenir à la surface. Le monstre était face à lui, et Genos perçut grâce aux ondes qu'il en était encore à lui débiter son discours.
Lorsque Genos surgit à l'air libre en aspirant de profondes goulées d'oxygène, Saitama lui jeta un regard en biais, un sourire soulagé recourbant le coin de ses lèvres. Il tenait toujours sa canne à pêche, comme s'il n'avait toujours pas cessé de pêcher malgré la situation chaotique.
- Ah, te revoilà, Genos ! Je commençais à me demander si j'allais devoir plonger te chercher.
- Je vais bien, sensei. Ne vous inquiétez pas pour moi.
« Hé ! » s'offusqua la monstrueuse barque, une veine de bois se creusant sur sa coque. « Je n'ai pas fini de parler, bande d'insolents ! »
Saitama soupira en tirant hors de l'eau sa ligne dont l'hameçon restait désespérément vide.
- Ouais, dit-il à la barque d'un air blasé. Et t'es chiant, d'ailleurs, t'as fait fuir le poisson à crier comme ça. Ferme-la, un peu.
Genos contempla avec une admiration non dissimulée son maître tendre mollement un poing dont les phalanges touchèrent à peine la coque, sans y mettre la moindre énergie. Ce n'était qu'un frôlement, mais la puissance incroyable de Saitama fit exploser le monstre en une averse de morceaux de bois et d'échardes. Il ne put s'empêcher de sourire, peinant à contenir la fierté qui enflait en lui. Saitama était vraiment incroyable.
- Avec tout ça, on a rien pêché du tout, se plaignit Saitama en cueillant du bout des doigts un morceau de bois. Et on a plus qu'à rentrer à la nage maintenant qu'on a plus de barque.
- Je peux vous porter jusqu'à la plage, sensei.
Saitama cilla et posa les yeux sur lui.
- Tu peux ? Vraiment ?
- Oui. Avec le niveau de batterie qu'il me reste, mes réacteurs me permettraient de voler sur une durée de vingt minutes environ. Le docteur Kuseno essaye d'augmenter la durée pour ma prochaine amélioration.
- Cool ! T'es vraiment multi-fonction, comme gars !
Le réacteur central de Genos tressauta d'anticipation lorsqu'il s'approcha de son maître dans un clapotis d'eau salée et d'algues, puis l'attira à lui en l'enlaçant au niveau de la taille. Le contact ferme du corps de Saitama contre le sien lui arracha un frisson qu'il dissimula en activant les réacteurs de ses épaules.
- Sensei, articula-t-il contre le sommet du crâne chauve. Accrochez-vous bien.
Et dans une explosion d'eau et de vapeur, ils surgirent de l'eau et s'élevèrent si haut et si vite qu'ils en frôlèrent les quelques nuages vaporeux qui striaient l'azur du ciel. Avec l'altitude, le littoral bordant les villes D et Z apparaissait comme une maquette miniature.
- Y a une super vue, d'ici ! » commenta Saitama qui s'accrochait d'une main au bras de son disciple et portait l'autre en visière pour admirer le panorama.
Genos plissa les yeux de concentration et orienta ses réacteurs pour fendre l'air et voler droit vers la plage. Cette deuxième suggestion de Bang était un échec aussi, en fin de compte. La pêche ne semblait pas avoir éveillé une quelconque passion dans le cœur de Saitama-sensei, et ne pourrait pas remplacer l'exaltation du combat.
Jamais rien ne le pourrait, comprit Genos en s'assombrissant. Et maintenant, il était à court d'idées et ne savait plus que faire.
Trop occupé à réfléchir et broyer du noir, Genos ne réalisa même pas que Saitama avait pulvérisé en quelques minutes ses statistiques quotidiennes de sourires.
