Le silence règne dans l'habitacle depuis qu'on est parti. Ted a le visage crispé et sa main se serre spasmodiquement sur le levier de vitesse. J'ai l'impression qu'il se retient de passer la vitesse et de dépasser la limite autorisée sur la route. J'inspire profondément en l'observant encore un instant. Il n'a pas envie de parler et étrangement, je ne me sens pas assez suicidaire pour lui demander ce qui lui arrive. Il ne se confiera de toute façon que lorsqu'il en aura envie. Tandis qu'il s'insère sur la voie de droite, je m'enfonce dans mon fauteuil et ferme les yeux pour mettre mes pensées au clair. Elles sont si nombreuses que je ne parviens pas à les arrêter. Les jumeaux semblaient déçus lorsque je leur ai dit qu'on devait partir plus tôt et Albus a paru surpris lui aussi. Peut-être qu'il sait des choses que je ne sais pas ? Je songerais à l'interroger lorsqu'il m'appellera. Rapidement mes pensées s'envolent vers le basket et je m'endors sans m'en rendre compte.

Je me réveille en sentant la voiture ralentir. J'ai des courbatures à la nuque, l'épaule engourdie et les yeux qui piquent. Mon sommeil a été désagréable, je crois que j'ai rêvé de Damon et Nate. Je soupire et me tourne vers Teddy. Il n'a pas l'air d'avoir lâché le levier de vitesse de tout le trajet et même lorsqu'il s'arrête devant ma maison, il ne desserre pas les doigts.

« Ted… Je souffle en posant ma main sur la sienne. Tu devrais lâcher le levier avant de le briser, j'essaie de plaisanter. »

Ma blague semble tomber à l'eau. Je perd le semblant de sourire que j'ai voulu lui servir et lâche sa main. Je me redresse lentement et gémis en sentant ma fichue épaule craquer et la douleur irradier. Peu importe, Ted semble ne pas vouloir bouger ni parler.

« Je… Vais rentrer maintenant. »

J'embrasse sa joue. Il soupire et me lance un quart de sourire à peine avant de hocher la tête. J'en déduis qu'il me vire de sa voiture. Je grimace et descend en soufflant. A peine la porte fermée, Ted redémarre et disparaît au coin de la rue en un clin d'œil. Je soupire et monte les quelques marches du perron lorsque la porte s'ouvre sur Anma qui n'a pas l'air surprise de me voir là.

« Remus m'a appelé pour me dire que vous rentriez plus tôt que prévu, m'explique-t-elle en me servant un thé chaud.

- Tu sais pourquoi on a dû partir aussi précipitamment ? Je demande en m'installant à la table de la cuisine.

- Je ne peux rien te dire Lily.

- Comme toujours, je grogne en quittant la cuisine mon thé à la main. Je vais prendre un bain et me coucher. Bonne nuit Anma. »

Je quitte la cuisine frustrée et monte les marches vers ma chambre en tapant des pieds comme une enfant. Anma éclate de rire en bas, probablement qu'elle se moque de mon attitude de gamine. Je soupire et m'enferme dans la salle de bain une fois mon bain coulé. Je mélange de l'essence d'arnica à mon eau et masse mon épaule légèrement tendue. Fichu Lupin. C'est de sa faute si j'ai mal, je songe de mauvaise foi avant de m'endormir épuisée mentalement et physiquement par mon week-end.

* o * o * o * o * o * o * o *

« Comment s'est passé ton week-end ? Demande Scorpius en se penchant vers moi lundi matin. »

Je hausse les épaules. Mon week-end ? En deux jours j'ai appris que j'avais peut-être une chance de retrouver ma licence de basketteuse, je me suis pris la tête avec le professeur Rogue, cette affreuse chauve-souris aux cheveux gras qui m'a dispensé des cours de chimie pendant plusieurs années, j'ai appris que la nouvelle capitaine de l'équipe, que j'ai désigné, ne parviens pas à affirmer sa position face à ses joueurs, je n'ai pas vu Flinn qui était chez sa mère et pour finir, Nate voulait discuter de « ça » et très probablement s'excuser d'avoir fait ce que je lui avais demandé. Un week-end normal en sommes. Je lèverais presque les yeux au ciel face à ma bêtise. Non. Ce. N'était. Pas. Un. Week-end. NORMAL. J'avais prévu de me ressourcer dans ma petite famille, profiter de ma fratrie et de ma mère, pas que ces désagréments extérieurs terniraient mon week-end et que cet abruti de Lupin aurait des secrets pour moi. Je ne sais toujours pas pour quelle raison on a dû rentrer aussi tôt… Bon sang.

« Il a été… renversant, je répond en souriant faussement. Et le votre ?

- Super. Maman était de très bonne humeur et en super forme du coup on a pu faire tellement de choses avec elle, on a pas eu une seconde pour s'ennuyer Scorp' et moi. Et puis on a commencé une nouvelle chorégraphie samedi matin, les pas sont difficiles, mais Miss Walfred m'a mise en duo avec le plus jeune, mais le meilleur des professeurs de l'école donc je suis confiante, raconte Libra avec entrain. »

Bah dites-donc. Scorpius derrière sa sœur singe cette dernière qui raconte tout leur week-end avec une joie évidente. Les mouvements du blond me font éclater de rire au moment où le professeur de mathématiques entre dans la salle et nous rappelle à l'ordre. 'Les chiffres n'attendent pas' soi-disant. Et bien qu'il en soit ainsi, je songe ironique.

* o * o * o * o * o * o * o *

« Je viens de croiser Taï, lance Libra en s'asseyant pour le repas du midi. Zabini lui a dit que les derniers matchs allé se dérouleraient durant les inter-lycées.

- Ce qui signifie ? Demande Liam une part de pizza dans la bouche.

- Eurk, ne parle pas la bouche pleine je te prie, je grogne en repoussant mon assiette. »

Scorpius ricane et avale son verre de jus de pomme d'une traite.

« Ce qui signifie que les matchs contre Leeds et Prestwich auront lieu lors des deux dernières semaines avant les vacances de Noël, explique-t-il. Selon les managers, vous avez toutes les chances de remporter ces matchs, Libra. »

La blonde sourit ravie.

« Tu imagines ? On entre à peine dans le championnat et on a déjà la première place et on a visiblement déjà toutes nos chances de l'emporter face à la meilleure équipe des dix dernières années ! C'est énorme !

- Six dernières années, pas dix, je rectifie machinalement avant de me rendre compte de sa bourde.

- Comment tu sais ça ? S'étonne Josh. Je croyais que tu ne pipais rien au sport.

- Ça m'est revenu quand tu as dit que c'était la meilleure équipe du championnat. Mes amis n'arrêtaient pas d'en parler. A croire que j'ai fini par retenir, je brode, me traitant mentalement de tous les noms d'oiseaux. »

La sonnerie de reprise de cours sonne à ce moment-là. Comme on dit, sauvé par le gong. On se lève tous précipitamment pour déposer nos plateaux et rejoindre nos salles de cours en silence. Je profite que l'on passe devant nos casiers pour prendre les cours de l'après-midi et poser ceux du matin. Les jumeaux partent devant, je soupire. La prochaine fois j'aurais qu'à leur dire que j'étais la capitaine de l'équipe de Leeds, ça ira plus vite. Punaise. Le plus idiot dans tout ça, c'est que je n'ai aucune idée de la raison qui m'a poussé en premier lieu à leur cacher ça. Enfin… Concrètement, jusqu'à ce week-end j'ai considéré que mon accident et le basket étaient des sujets tabous, mais depuis que j'ai parlé à Damon et Nate, je sais plus trop où j'en suis et je ne vois plus tout ça comme un sujet à enfermer dans un coffre fort.

Libra revient tout de même à la charge lorsque je m'assied entre elle et Scorpius.

« Ce lycée est si populaire et si fort que ça ? Elle s'inquiète tout de même.

- Leeds à fait une remonté fulgurante dans les classements il y a six ans, ils allaient être relégués mais un tout nouveau groupe de joueurs est arrivé et ils ont recommencé à monter petit à petit. C'était assez... spectaculaire, je raconte plongée dans mes souvenirs. Ce que je te raconte vaut autant pour l'équipe féminine que pour l'équipe masculine. Les capitaines de l'époque sont partis à la fac et bon nombre de joueurs avec eux.

- Les nouvelles équipes ont remonté le championnat petit à petit, mais c'est surtout lorsque les capitaines juniors ont été nommés capitaines des équipes seniors une qu'on a réellement senti un changement. Ces capitaines ont porté leurs équipes à la victoire et ont encouragés les autres capitaines du lycée à faire de même. Depuis qu'ils étaient à la tête de leurs équipes rien ne les arrêtait. Leeds est rapidement devenu l'un des lycées avec les meilleurs résultats sportifs d'Angleterre. »

Je serre les dents inconsciemment. Zabini se trouve dernière nous et termine mes explications. Je grogne, serre les poings au moins autant que mes dents, tentant d'ignorer mon professeur.

« Ces capitaines ont quitté le lycée ? Demande Scorpius en fronçant les sourcils. Vous avez parlé au passé...

- Oui et non. La capitaine de l'équipe une des filles a disparu après le tournois. Peu de personnes savent où elle est à présent, certains pensent qu'elle est tombée amoureuse d'un joueur d'une autre équipe et qu'il l'aurait mise enceinte, on dit aussi qu'elle a été recrutée par la NBA et qu'elle est partie aux States pour s'entraîner, d'autre disent qu'elle s'est blessée et qu'elle est partie pour se faire soigner par des chirurgiens compétents, les rumeurs vont bon train à son sujet, surtout depuis que la nouvelle capitaine, Nola Bradley ancien bras droit de la capitaine, ne ramène plus les résultats nécessaires à leur bon classement. Si Bradley reste à la tête de l'équipe, c'est la fin du championnat pour l'équipe féminine de Leeds. Visiblement la nouvelle capitaine n'est pas suffisamment performante, continu-t-il en plantant son regard dans le mien. »

Furieuse, je me lève d'un bond et quitte la classe en un clin d'œil. J'entends Libra sursauter et demander aux deux autres ce qui me prend. Je bouscule les rares élèves encore dans les couloirs qui m'insultent, mais rien à faire. Je bouillonne. Cet imbécile de Zabini ne sait pas de quoi il parle. C'est comme si j'allais crier à droite à gauche qu'il sort avec une élève simplement parce que j'ai vu Libra entrer dans sa salle de classe l'autre jour !

Sans m'en rendre compte, mes pas me guident au bureau de Teddy. J'entre sans frapper. De toute façon il n'y sera pas. Son cabinet doit encore être occupé par un élève légèrement flemmard. Je m'installe dans son fauteuil et inspire profondément pour essayer de me calmer. Depuis que je suis ici j'ai l'impression de passer mon temps à essayer de me calmer. Quelque chose ne va pas entre ce lycée et moi. A moins que ce ne soit mon état depuis l'accident.

Inconsciemment, je repense à ce qu'a dit Zabini. Peu importe ce qu'il se dit, même si l'équipe de Leeds, à l'image de celle de Bradford a longtemps été considérée sans raison comme une équipe de racailles dégénérées, personne n'a le droit de dire que les choix que j'ai fait en tant que capitaine ont été mauvais. Nola est la seule personne capable de mener l'équipe au sommet. Parce qu'elle a la tête sur les épaules, qu'elle connaît chaque membre de l'équipe mieux que moi et que c'est moi qui lui ait tout appris sans prétention. Elle est bien meilleure que moi.

Le cliquetis de la poignée me sort de mes pensées. Dos à la porte, j'entends des pas avancer dans le bureau de Teddy. Il doit avoir vu mes affaires au pied du bureau, puis de toute façon le mouvement régulier que j'impose au siège pour me détendre doit l'avoir alerté.

« Pourquoi tu n'es pas en cours Potter ? Demande-t-il en contournant son bureau pour prendre des papiers dans les tiroirs.

- Zabini, je répond dans un souffle. »

Je l'entend soupiré. Je crois qu'il est agacé.

« Lily. Tu nous pourras pas tout le temps quitter ses cours parce qu'il dépasse les bornes. Je croyais que Rogue était pire que lui ?

- Rogue ne s'immisce pas dans mon passé sans savoir où il met les pieds ! Je rétorque vivement. Zabini trouve toujours le moyen de venir m'agacer avec son fichu basket ! Mais moi j'en ai rien à faire. Je. Ne. Veux. Pas. Entendre. Parler. De. Basketball. Plus jamais ! Je dis appuyant chaque mot d'un coup de poing sur l'accoudoir du fauteuil. Tout ça à cause de... »

Je grogne frustrée et fait un largement mouvement des mains pour illustrer des propos qui ne veulent pas sortir de ma bouche. Chaque fois que je me retrouve à parler de l'accident avec Ted, je suis à court de mots. Les larmes commencent à me monter aux yeux.

« Je suis tellement désolée Teddy, je souffle perturbée. Je ne devrais pas être dans ton bureau. Si on me trouve ici, je pourrais te faire avoir tellement d'ennuis et à moi aussi… Tu vas encore me dire qu j'ai des problèmes dans la tête et qu'en parler avec des spécialistes me ferait du bien, que je serais moins en colère ensuite… Mais j'y peux rien, ça me rend malade de penser en parler à quelqu'un qui ne sait rien de l'histoire. »

J'arrête de parler un instant, Ted s'est posé contre le bureau, une fesse dessus et m'écoute bras croisés. Je lève la tête vers lui. Je me sens perdue cet après-midi. Un petit sourire fragile étire mes lèvres. J'ai l'impression d'être une petite fille.

« Tu sais, je dis après un long silence, finalement ça me rassure que tu travailles ici. Ça apporte un petit peu de Leeds ici à Manchester. C'est réconfortant de t'avoir, j'ai un peu de famille avec moi quoi. Ce week-end c'était génial, on a pu profiter de nos familles respectives et j'ai pu aller voir l'équipe jouer. C'était bien, vraiment. Mais j'ai revu tout le monde et j'ai l'impression qu'ils culpabilisent tous à cause de. »

Je passe une main sur mon visage, fatiguée.

« Je t'ai pas tout dit sur l'accident, j'avoue après un long silence. Je suis tombée dans la forêt pendant un jogging, c'est vrai, mais c'est de la faute d'un de mes joueurs. »

Teddy tourne lentement sa tête vers moi sans rien dire. La sonnerie retentit annonçant la fin de la première heure de l'après midi.

« Je devrais peut-être retourner en cours… Je murmure dans l'espoir de me dérober. Je veux pas te déranger plus.

- Tu n'as plus de cours cet après-midi Lily.

- Mais vous avez tout le temps de m'expliquer pourquoi vous n'avez pas été présente durant mon cours Potter, grince une voix à l'entrée du bureau. »

Je ferme les yeux un instant, tentant tant bien que mal d'occulter la présence de mon professeur. Je me force à respirer calmement pour ne pas partir au quart de tour. Je sens Ted se lever du bureau et faire quelques pas en direction de Zabini. Ils discutent à voix basse. Teddy semble lui tenir tête. Pourquoi ? Je perçoit quelques mots dans leur conversation : Lily, maison, parents, seul, inquiet, prévenir. Association de mots incompréhensibles. J'ai l'impression d'assister sans l'entendre à une conversation trop intime. Je soupire fortement et me lève les faisant sursauter. Je toise froidement le duo et sors du bureau en les bousculant. J'entends Ted grogner un « Lily, c'est pas vrai ! » et se mettre à ma poursuite. Je soupire et me tourne violemment vers celui qui me sert de meilleur-ami.

« Quoi Ted ? Je m'exclame exaspérée. Il est hors de question que je présente à nouveau mes excuses à ce sale type ! Il fouille ma vie privée sans aucune gêne et il me harcèle dès qu'il peut avec son foutu basketball sans comprendre que je ne veux plus en entendre parler. Il me poursuit dans tout l'établissement afin que je rejoigne sa foutue équipe de basket et critique les choix que j'ai pu faire en tant que capitaine dans mon ancienne équipe. Il fait tout pour me blesser, j'ai l'impression d'être persécutée depuis que je suis dans ce lycée !

- Lily tu ne penses pas que tu exa…

- Et tu veux encore que je m'excuse ? Je le coupe agacée. Tu te fiches de moi ?! Je m'énerve en faisant de grands mouvements avec mes bras. Bon sang Ted on a partagé nos goûters durant des années, on a dormi dans la même chambre à chaque vacances.

- Lily Potter ! Tu vas te taire deux secondes oui ?! Bon sang ! Tu peux pas arrêter de t'énerver pour un oui ou pour un non ? Tu ne crois pas que j'ai d'autres chats à fouetter parfois que de devoir m'occuper de votre petite querelle ? »

Prête à riposter, je ferme la bouche en l'entendant. J'avais complètement oublié qu'il y avait eu un problème et qu'on avait dû rentrer pour qu'il puisse le régler. Je baisse la tête honteuse. Parfois j'oublie que je ne suis pas le centre du monde.

« Je n'ai pas écourté mon week-end pour vous entendre vous plaindre l'un de l'autre. J'ai beaucoup de choses à régler, pour mon travail, pour mes études et pour ma vie privée. Donc arrête de ne penser qu'à toi pour une fois, écoute ce que Leo a à te dire et pour une fois fiche-moi la paix Lily ! Tu as fini ta journée ? Parfait ! Dans ce cas rentre chez toi, là où tout le monde est aux petits soins pour toi, là où on s'occupe de tes problèmes à ta place et où Anma se plie en quatre pour ne pas que tu remarques les problèmes auxquels doit faire face ton père en ce moment ! »

Au fur et à mesure de sa tirade, ma tête rentre dans mes épaules. J'ai honte, tellement honte. Une grosse boule s'est formée dans ma gorge et si jusque là je ne l'avais pas remarqué, je me rend compte que j'ai dépassé les bornes et que Ted Lupin est vraiment, vraiment très en colère. Je n'ai pas remarqué qu'il avait tant de problèmes que ça, que si papa devait s'absenter si souvent c'était à cause de ses problèmes. Je retiens un sanglot et tourne les talons alors qu'il recommence à parler un ton plus bas à la demande de Zabini. Je n'ai pas besoin de l'entendre continuer à cracher sa haine, j'ai compris le principe. Ferme-la Lily et ne reviens pas si tu n'es pas réellement désolée. Je le laisse continuer à s'énerver contre Zabini cette fois.

Lorsque je sors du lycée, la voiture que papa m'a assigné est là. Pour une fois j'ai pas le courage de rentrer à pied ou en bus et je monte dans l'habitacle en soupirant sous l'œil surpris du chauffeur. Je lui demande de me ramener à la maison et une fois la vitre nous séparant remontée, j'éclate en sanglots. Tout ça c'est à cause de cet abruti de Zabini ! Ted ne s'est jamais autant énervé contre moi. Je suis égoïste. Idiote. Nombriliste. Tu parles d'une amie.

« Mademoiselle Potter, Lily, se reprend le chauffeur. Nous sommes arrivés. »

J'essuie rapidement mes larmes et souris à John. Je le remercie et lui précise que je n'aurais plus besoin de lui aujourd'hui et que je prendrais le bus demain. Il n'aura pas à se lever pour rien, j'ose penser. Il paraît surpris et j'ose sourire timidement. Je n'ai jamais pris la peine de lui dire que je n'avais pas besoin de lui. Il me souris est m'explique qu'il est payé pour me véhiculer et s'assurer que je suis en sécurité et que par conséquent, autant que j'utilise ses services puisque ça me permettrait de ne pas arriver systématiquement en retard en cours. Je rougis face à la remontrance sous entendue et acquiesce avant de rentrer.

Anma n'est pas à la maison. Personne n'est là. Papa doit être au bureau. Ou il est reparti à l'autre bout du monde. Je grimace. Pourquoi personne ne m'a parlé des problèmes qu'il y a ? Je souffle et monte dans ma chambre après avoir verrouillé la porte. Toute la scène défile dans ma tête et j'essaie tant bien que mal de l'occulter mais les paroles de Ted me résonnent encore dans les oreilles. Je grogne frustrée et me prend la tête entre les mains en gémissant. J'essaie de respirer calmement pour calmer mes nerfs. Les images de l'accident défilent devant mes yeux. Je pose les mains à plat sur mon bureau et ferme les yeux. Je vois la tête de Zabini, fier de son petit effet juste avant que je file dans le bureau de Ted. Agacée je donne un coup dans l'armoire à ma gauche. Légèrement branlante, elle s'ouvre sous le choc. Beaucoup d'objets dont j'aurais aimé ne pas revoir la couleur s'étalent à mes pieds. Des photos, des coupures de presse puis un poc, poc, poc léger attire mon attention.

Je sens mon souffle se couper à la vue de mon très vieux et tout premier ballon de basket. Noir, voir légèrement grisé par le temps, dégonflé, avec deux petites hernies et signé par de grands joueurs de basket. Je n'arrive pas à détourner mon regard du ballon qui roule lentement dans ma chambre et s'arrête finalement à quelques pas de mon lit. J'ai les doigts qui démangent. Une sorte de besoin vital de toucher le vieux cuir du ballon. Mon premier ballon. Celui qu'Anma m'avait offert. J'ai joué avec pendant des années avant d'accepter qu'il avait fait sa vie et qu'il ne survivrait pas s'il ne recevait pas une retraite bien méritée sur une des étagères de ma chambre de Leeds. Je l'ai jeté dans un carton juste après mon opération. Je crois que j'avais même demandé à ce qu'on s'en débarrasse. Avec tout le reste de mes affaires de basket. Pas qu'on le transporte jusqu'à ma chambre ici à Manchester. Je souris tristement. Je n'aurais jamais cru qu'il se trouvait si près de moi. Avec difficulté, j'avale la grosse boule coincée dans ma gorge et me baisse pour attraper la balle. Je frissonne lorsque la pulpe de mes doigts rencontre la surface granuleuse du ballon. Je les fais glisser dessus avant de l'attraper fermement. Une fois l'objet dans mes mains, je me sens invincible. Comme si rien de tout ce qui est arrivé ces dernières mois n'avait pas été.

La porte d'entrée claque. Je sursaute et envoie le ballon, Mon ballon, voler le plus loin possible de mon corps tremblant. A quoi ça sert de me torturer de cette façon hein ? Je repousse toutes ces affaires loin de moi, les rejette dans un coin de ma chambre et m'écrase contre le pied de mon lit. J'arrive pas à passer à autre chose. J'étais sûre d'avoir fait l'impasse sur le basket, après tout j'arrivais presque à accepter d'en parler il y a quelques heures encore. Mais plus maintenant. Jusqu'en avril dernier, je m'attendais à continuer ma « carrière », peut-être que j'aurais pu devenir pro et même finir entraîneur de basket. A la place, je vais poursuivre mes études et devenir PDG à la place de papa lorsqu'il prendra sa retraite. Tu parle d'un vie ! Je ricane sombrement au bord de la crise. Le bruit de la sonnette retenti, je sursaute. Je suppose que papa a encore fait livrer quelque chose. Je serre mes bras autour de mes genoux et pose ma tête dessus.

Si seulement je savais...

* o * o * o * o * o * o * o *

Anma ouvre la porte en chantonnant, prête à sermonner Lily ou même Harry d'avoir oublié leurs clés mais elle se retrouve face à un très grand jeune homme absolument charmant, un petit sourire collé aux lèvres, le regard doux et poli et des cheveux légèrement en bataille. Elle lui sourit gentiment et le fait entrer lorsqu'il se présente en tant que professeur de Physique humaine et techniques sportives de Lily. Tout sourire, elle l'invite à prendre le thé avec elle, puisqu'elle était en train de le préparer.

« Qu'est-ce qui vous amène monsieur Zabini ? Demande-t-elle en posant deux tasses sur la table. Lily a encore fait des bêtises ? Il y a longtemps que ses enseignants ne viennent plus directement à la maison pour parler de son cas. J'espère que ce n'est pas trop grave !

- Lily n'a rien fait de répréhensible, répond-il en avalant lentement une gorgée de thé.

- Seigneur ! Est-ce qu'il lui est arrivé quelque chose ? Elle est tombée sur son épaule ?!

- Non ! Je. Non, votre fille, Madame Potter, se porte bien. En fait je m'attendais à la trouver ici, avoue-t-il penaud.

- Lily n'est absolument pas ma fille, je suis seulement sa gouvernante, rectifie la vieille Anma. »

Leo tique. Dire qu'il croyait que les familles riches n'avaient plus de gouvernantes… Lily doit être une élève vraiment très riche pour posséder une maison aussi grosse et avoir une gouvernante à la maison. Et maintenant qu'il y réfléchit, Ted lui avait parlé du père de Lily PDG. Puis la voiture qui suit toujours la jeune Potter dans tout ses déplacements… Il porte de nouveau la tasse à ses lèvres et sourit poliment à la veille dame face à lui.

« Je vous demande pardon pour ma méprise, sourit-il poliment.

- Il n'y a pas de mal, je la considère comme mon enfant. Mais si vous n'êtes pas là parce qu'elle a encore fait des bêtises, je peux savoir ce que vous faites là ? »

Leo sourit embarrassé. S'il lui avoue qu'il doit être le professeur que sa petite protégée déteste le plus. Qu'il lui court après pour qu'elle rejoigne l'équipe de basket de l'établissement et qu'à cause de lui elle vient de se faire enguirlander par son meilleur ami à bout de nerf depuis la veille au soir… Hm… Oui. Leo n'est pas du genre suicidaire. Mensonge, mensonge…

« Hé bien, marmonne-t-il. Lily est malgré nos difficultés relationnelles, ma meilleure élève et j'aurais aimé sav-

- ANMA ? Hurle Lily en descendant les escaliers. Qu'est-ce que papa a encore fait livrer cette fois ? Demande-t-elle en arrivant devant la cuisine. »

* o * o * o * o * o * o * o *

Je m'arrête sur le pas de la porte en voyant Zabini assis face à ma nourrice favorite, une tasse de thé face à lui. Je frotte mes yeux gonflés pour m'assurer que je ne rêve pas. Je vois rouge. La fureur coule dans mes veines et j'inspire profondément pour ne pas exploser. J'ai eu du mal à contrôler ma crise et cet abruti revient me narguer avec plaisir, sous mon toit ? J'inspire et m'approche de la table sans un mot. Je serres les poings. Anma se lève pour aller visiblement me chercher une tasse de thé. Je la retiens.

« Ca ira Nana, reste assise, merci, dis-je en essayant de contrôler ma voix. Vous fichez quoi ici vous ? Je grogne à l'adresse de mon professeur.

- Je venais vous parler de... Il commence, visiblement surpris de mon état.

- De quoi ?! De ce que vous avez dit ou de ce que vous avez provoqué peut-être ?! Ou du manque de respect que vous avez eu à mon égard. Vous n'auriez pas dû parler de tout ça. Vous n'auriez pas dû m'emmerder avec votre basket !

- Lily ! Me réprimande Anma.

- Vous ne savez rien de ce qu'il s'est passé Zabini. Vous ne savez rien de ma vie bordel ! Alors arrêtez !

- Potter, il soupire. Je...

- Vous quoi ? Vous êtes désolé ? Je ricane. Non pas du tout même vous êtes fier. Fier d'avoir touché le point si sensible ces derniers temps. Ce petit détail qui me ronge depuis mon accident. Monsieur Lupin a dit que j'étais qu'une petite égoïste Monsieur Zabini. Vous croyez que c'est vrai ? Non. C'est pas vrai. C'est bien pire que ça. Je suis pire qu'une putain d'égoïste et vous savez pourquoi ? J'en ai rien à fiche que vous et votre équipe ai besoin d'un élément comme moi dans ses rangs. J'en ai rien à foutre parce que j'ai plus le droit de pratiquer le basket jusqu'à nouvel ordre. Jusqu'à ce que cette fichue fédération revoie mon cas et me réhabilite. Peut-être. Mais ça. Oui, ça. Ni mon père ni Ted le savent. Je ne leur ai jamais dit parce que j'ai honte. Et vous ne le saviez pas non plus. ET CA AURAIT DU RESTER COMME CA. Mais encore une fois vous ne savez pas quand il faut se taire. Vous réclamer le respect mais vous n'êtes pas capable de l'appliquer. Oui je suis égoïste. Parce que je ne vais pas si bien que ça, que les autres s'inquiètent pour moi, mais que j'en ai rien à faire parce que tant que j'essaie pas d'aller mieux, je vais pas si mal que ça, j'oublie même que je vais mal, je me donne même l'illusion que je peux vivre sans ce qui me fait vibrer. Mais y'a un espèce d'enfoiré qui me poursuit partout pour me parler de basket. Parce que honnêtement Professeur, de toutes les personnes que j'ai rencontré ici, vous devez être le pire des enfoiré ! »

Je hurle. Je ne suis pas en colère. Je suis en pleine crise de rage. De nerf. De tout. La rationalité n'a plus sa place dans mon esprit. Je suis énervée. J'ai presque du mal à respirer. Mes bras fourmillent. L'adrénaline pulse dans mes veines plus que la fois où j'ai tapé dans le mur. J'ai l'impression d'être seule contre le monde. Exactement dans le même état que j'étais, avant de commencer le basketball.

« Lily ! S'offusque Anma.

- Tu as probablement raison Lily, je suis un connard. Un connard qui ne savait pas tout ce que tu viens de me dire et tout ce que tu ne dis toujours pas. J'ai été un idiot de vouloir recruter l'une des meilleures basketteuse de sa génération. Sans mentir Lily. Tu es la capitaine que tous les entraîneurs rêvent d'avoir. Même ce qu'il s'est probablement passé en avril ne vient pas ternir le beau tableau que les gens dressent de toi. Loin de moi l'idée de te manquer de respect Lily. Tu en mérites plus que bien des personnes, explique mon professeur en plantant son regard brun dans le mien. J'aimerais pouvoir te présenter telle que tu es à mes joueurs.

- Vous mentez ! Je grogne en détournant le regard.

- Parce que justement j'aimerai qu'ils puissent être aussi bons que tu l'as été toi, poursuit-il.

- Taisez-vous, j'ordonne.

- Que tu l'es.

- Arrêtez.

- Non, tu es une jeune femme de qualités Lily et j'ai du mal à croire qu'avec tout ce que tu as accompli auparavant, la fédération ait pu te virer de cette manière.

- MAIS ARRÊTEZ ! Arrêtez de remuer le couteau dans la plaie. Arrêtez de parler de choses que vous ne comprendrez jamais. Vous n'avez jamais participé à ce tournois. Vous n'avez jamais eu affaire à la fédération, ni à la commission. Vous ne connaissez pas encore tout ça ! Vous ne pouvez pas savoir. Vous ne savez pas. Ce qu'ils font. Ce qu'ils pensent. Pas besoin de se retrouver devant eux. Ils décortiquent chacune de vos action, chacun de vos geste, chaque mot que vous avez prononcé sur un terrain de basket afin de déterminer si vous êtes un élément déviant de la fédération. Vous êtes jugé sur tout. Sur chaque respiration. On cherche tout ce qui peut signifier que vous êtes dangereux pour les autres licenciés. Pour vous virer. Pour pourrir vos rêves les plus précieux. On vous abat comme un vulgaire pion. La commission ne voulait plus de quelqu'un comme moi dans ses rangs. Alors ils m'ont viré. Y'a rien d'autre à dire. J'ai même la lettre si vous en voulez la preuve ! Alors foutez-moi la paix par tous les saints, je m'énerve en remontant dans ma chambre chercher la dite lettre. »

Je redescend et lui jette la lettre au visage.

« Maintenant. Sortez d'ici. Je ne veux plus vous revoir chez moi, vous ne serez plus reçu aussi courtoisement si vous osez reposer un pied ici, je menace. Sortez. »

Visiblement, il ne se le fera pas dire deux fois. Il remercie Anma pour son accueil et s'excuse du dérangement avant de s'enfuir, la lettre dans sa main. Lorsque la porte claque, mon masque se brise et j'éclate en sanglots. Je hurle et pleure dans les bras d'une Anma désemparée. J'ai mal à la tête, au coeur, partout. J'arrive pas à me calmer. Je suis juste… Dans le noir. Le rouge. Je n'entend rien et je panique. Je n'arrive plus à voir quoi que ce soit. Puis je sombre.


Bonsoir !

C'est avec quelques semaines de retard (si si) que je vous présente mon nouveau chapitre, un peu court, un peu perturbant aussi, et très amusant à réécrire !

Je me demande encore comment va évoluer cette réécriture, j'ai l'impression qu'un petit changement dans un chapitre prend une plus grosse ampleur sur les autres. C'est amusant oui oui !

On oublie pas que les personnages appartiennent en majorité à J.K Rowling, que le reste sort de ma tête.

Je vous embrasse et n'oubliez pas, s'il y a encore des anomalies, n'hésitez pas à me le signaler, l'erreur et humaine et en plus Lily c'était un garçon au départ et Ted une fille et les jumeaux Malfoy n'étaient qu'un seul personnage :)

Une review ou toute trace de votre lecture mettra toujours du baume au coeur des auteurs, donc songez-y lorsque vous lisez une fanfic!

Je vous embrasse encore, demain soir je serais au concert de mon groupe favoris oui oui *o*

Salut et bon week-end !

Bisous ! ;)