Titre : Disorder

Chapitres : 7/24

Auteur : Foxx

Genre : Yaoi/Lemon

Disclaimer : Aucun d'eux n'est à moi, c'est bien dommage. (Quoique je crois pas qu'il y ai la place chez moi 8D)

Note : Un petit rappel : Shun Takeshima est le nom du père d'Uruha, et c'est lui qui gère les affaires de Karasu. Je l'ai précisé dans le chapitre trois mais j'avais peur qu'on oublié entre temps.

Note (bis) : Reita n'a rien bu/rien fumé avant ce chapitre. C'est juste un coup de stress ? Roh, tssk, faites-moi confiance, c'est (presque) sa dernière action totalement irréfléchie. -aime son Reita totalement aveugle, joueur et impulsif-

Note (er) : Omg mais la TAILLE de ce chapitre.

Note (encore une) : Ah et désolée pour les fautes d'orthographe sans doute hyper nombreuses, il est tard, je post pour que Ru puisse me lire demain matin en se levant mais plus vraiment l'énergie de traquer les erreurs.


3 Décembre 1998

Cher journal.

Pardon pour mon silence, mais ce n'était pas facile de garder un emploi du temps raisonnable, entre les cours et les répétitions. Mais on l'a fait ! Mikoto sera prêt pour le festival de Noel et Youji est tout excité de monter sur scène contre Karasu. Kori, elle, je crois qu'elle s'en fiche. Ou alors, comme moi, elle est un peu ennuyée de devoir rivaliser contre Reita.

A propos de lui, Kori m'a raconté qu'ils étaient amis d'enfance ! Ils ont commencé à jouer de la basse ensemble et ils sont voisins, alors ils se voient presque tout le temps. C'est sans doute parce qu'ils ont grandit ensemble qu'ils se ressemblent autant... Ils sont un peu comme frère et soeur.

Il y a quelques jours, Reita m'a demandé si elle me plaisait. Je ne savais pas trop quoi répondre... Kori lui ressemble beaucoup mais ce n'est pas lui, ce n'est pas Reita, et j'ai honte de l'avouer mais c'est lui que je veux. Je crois... J'espère que je ne suis pas amoureux... Je ferais mieux d'oublier ça vite. Rei prétend que je pourrais sortir avec elle si j'avais envie, qu'il me suffirait de la draguer un peu pour qu'elle soit d'accord. Moi je pense qu'on est bons amis, c'est tout.

C'est déprimant de penser que la première personne à me plaire est un mec. Et encore plus déprimant que je ne puisse pas tomber amoureux d'une fille pourtant géniale...

Je ferais mieux d'oublier hein ? Ca fait déjà deux mois que je m'en suis rendu compte. Mais je me vois très mal draguer Reita... déjà avec une fille comme Kori - qui pourtant ne m'intimide pas - j'aurais du mal, mais alors lui... Même pas la peine d'y penser. Quant à me trouver une copine, si c'est pour finir comme Uruha je m'en passerais. Ouais... J'ai juste à oublier ça... C'est un peu déprimant mais je ne pense pas que j'ai vraiment le choix...

Cette après-midi là, comme presque tous les jours depuis plus d'un mois, Hitomi Suzuke enseignait le chant et le solfège dans un état de stress avancé, à une poignée d'élèves qui venaient surtout pour passer le temps. La plupart des lycéens qui fréquentaient ses classes en début d'année commençaient en général à sécher à partir de la rentrée de septembre, plus vraiment motivés. Quand aux autres, les rares étudiants qui respectaient la notion de "présence obligatoire", ils ne montraient plus le moindre intéret pour leur professeur et passaient l'heure de musique à compter les mouches.

Le cours était déjà bien avancé lorsque quelqu'un frappa à la porte de la salle de musique pour la cinquième fois, provoquant chez Hitomi un grognement exaspéré peu digne de sa qualité d'institutrice. La jeune femme posa la craie qu'elle tenait à la main et se tourna vers le reste de la classe à moitié déserte, essayant vainement de dissimuler un profond agacement. "Entrez," dit-elle d'une voix glaciale, réveillant certains élèves qui dormaient aux derniers rangs. La porte s'ouvrit lentement, dévoilant le visage hésitant de trois adolescents qui pénétrèrent dans la salle sous les murmures de leurs congénères.

"Je peux savoir où vous étiez ?" demanda Hitomi en adoptant air sévère alors qu'elle s'asseyait à son bureau, sortant la liste des absents de ses notes de cours. Les trois élèves semblèrent se concerter un instant du regard, puis deux d'entre eux s'avancèrent vers le professeur qui les toisait d'un regard lourd de reproches. "Euh, on est désolé," expliqua maladroitement l'un d'eux, inclinant la tête en signe d'excuse. "On a raté notre bus pour venir au lycée." Hitomi secoua la tête, désignant la porte de la salle d'un geste du menton. "Vous allez expliquer ça au responsable des retards, hm ? Lui saura peut-être me dire pourquoi je vous ai vu dans les couloirs au début du cours si vous aviez raté votre bus." Les deux garçons ouvrirent la bouche pour répondre au même moment, l'air faussement offusqué, mais la jeune femme ne leur accordait déjà plus la moindre attention.

"Et toi, Matsumoto-kun ? Je peux savoir pourquoi tu es en retard ?" continua-t-elle en se tournant vers le dernier des trois adolescents alors que les deux autres sortaient piteusement de la salle. Le blond eut un mouvement de recul devant la mauvais humeur d'Hitomi, les nerfs du professeur semblant sur le point de lâcher sous les retards de plus en plus fréquents de la plupart de ses élèves. "Je m'excuse," murmura Takanori en s'inclinant à son tour, n'osant pas affronter le regard de la jeune femme. "On a répété avec Mikoto ce midi pendant la pause, et ça s'est un peu prolongé..." "Va t'assoir," coupa Hitomi d'un ton sec. Le batteur hocha rapidement la tête et se hâta de s'installer, alors que quelques murmures s'élevaient à nouveau dans la salle de classe.

Takanori sortit rapidement ses affaires, encore un peu essoufflé d'avoir courut dans les couloirs du lycée. Son professeur ne faisait déjà plus attention à lui lorsque l'adolescent sortit son cahier, esquissant un doux sourire à la vue de l'anneau qui ornait son majeur gauche, offert par Reita et Uruha. Hitomi revint vers son bureau quelques minutes plus tard, profitant d'un moment de répit durant lequel les élèves travaillaient sur un exercice théorique pour rayer le nom de Takanori Matsumoto de la liste des retardataires. Elle ne pouvait pas décement punir sa petite merveille d'avoir un peu trop chanté, surtout pas aussi peu de temps avant les fêtes hivernales. A l'approche du festival de noel organisé par l'établissement, chaque classe avait mis en place son propre stand et espérait en récompense un peu d'argent et de popularité. Mais le clou de la soirée serait le spectacle de musique qui cloturait le concours de beauté, spectacle durant lequel le meilleur groupe de musiciens serait récompensé.

Hitomi dissimula un sourire machiavélique en observant le visage de Takanori penché sur sa feuille de cours, l'air concentré sur l'exercice. Un an auparavant, lors du précédent spectacle de noel, la jeune femme avait pu faire monter Youji sur scène, arrachant presque la médaille des mains de Karasu. Mais un musicien solitaire ne faisait pas le poids contre un groupe et le public s'était vite décidé, malgré les scores surprenants qu'avait obtenu le guitariste. Hitomi releva les yeux et son sourire s'élargit lorsqu'elle aperçu Uruha et Reita qui passaient dans le couloir devant la salle, s'arrêtant près de la porte pour sans doute attendre quelqu'un. La médaille ne vous reviendra pas cette année mes chéris, songea le professeur de musique, incapable de dissimuler son enthousiasme. Si les musiciens de Karasu surpassaient assez Youji pour l'avoir surclassé de justesse l'année passée, leur chanteur n'avait pas la moindre chance face à Takanori et le jeune professeur attendait avec hâte l'heure de sa revanche contre Shun Takeshima.

Une quinzaine de minutes plus tard, la sonnerie signalant la fin des cours retentit dans la salle et les trois quart des élèves se levèrent d'un bond, soulagés d'en avoir enfin terminé avec le solfège et l'écoute musicale. Hitomi esquissa un geste de protestation, la bouche ouverte comme pour dire quelque chose mais elle se ravisa avec un petit soupir. Cet hiver, la jeune femme avait prit la résolution de ne plus se battre pour forcer une poignée d'élèves à ingurgiter la fin d'un cours qui ne les passionnait pas le moins du monde. Après tout, pourquoi se donner cette peine ? Hitomi avait déjà Mikoto, deux garçons doués et passionnés qu'elle considérait comme ses fils, et Mitoko, un nouveau-né braillait qui l'attendait à la maison. Le professeur adressa un sourire à une classe qui ne faisait même plus attention à elle puis la jeune femme rangea ses affaires sans se presser, sortant de la salle avant même que les élèves les plus tardifs ne soient prêts à partir.

"Eh," appela une voix masculine derrière Takanori, surprenant le batteur alors qu'il refermait son sac. "Qu'est-ce que tu fous là ?" L'adolescent se retourna et haussa les épaules, son regard tombant sur les deux autres retardataires qui avaient été expulsés en arrivant en cours. "Hitomi t'a pas viré ?" s'enquit le second, d'une voix un peu plus aggressive. Il était légèrement plus grand que Takanori, les cheveux noirs coiffés en brosse, et ne ratait jamais une occasion de passer pour un gros dur. Le blond secoua la tête et mis son sac sur une épaule, repoussant sa chaise contre la table. Il ne restait plus que Kori dans la salle de classe et elle ne lui adressait pas un regard, se hâtant de ranger ses affaires non loin de la porte qui donnait sur le couloir.

"C'est vrai que t'es son petit chouchou," reprit le garçon qui avait adressé le premier la parole à Takanori. "Tu lui as fait quoi dis, pour que cette peau de vache t'aime bien ? Passer sous le bureau peut-être ?" Le blond sentit ses poings se serrer malgré lui, ouvrant la bouche pour répondre lorsque le claquement sourd de la porte résonna dans la salle désormais déserte. Le reste du lycée était silencieux, hormis les voix de quelques élèves qui passaient encore dans la cours pour sortir de l'établissement, et les deux adolescents face à Takanori semblaient décidés à ne pas le laisser passer. Le batteur n'osait pas bouger, ses yeux fixés sur les bras plutôt musclés des deux autres garçons. Il connaissait assez bien ce genre de type pour savoir qu'il ne fallait surtout pas reculer, ni montrer le moindre signe de peur. Le blond détourna le regard, osant enfin répondre, la tête toujours baissée.

"Désolé les gars... J'ai eu de la chance ce coup-ci, c'est tout, ça ne..." Le brun face à Takanori releva brutalement la main, son poing fermé s'immobilisant à quelques centimètres du visage de l'adolescent. "De la chance ? Dis plutôt que c'est ce putain de groupe qui te permet n'importe quoi ! Ca me dégoûte les types comme toi..." Le grincement de la porte l'interrompit alors qu'une silhouette blonde s'avançait dans la salle, l'air toujours aussi impassible. "Taka-kun ?" fit la voix légèrement intriguée de Reita, alors que le regard du bassiste tombait sur les trois garçons en face de lui. Takanori ouvrit la bouche pour dire quelque chose mais un coude l'atteignit violement au visage, le faisant tomber contre le mur, alors que les deux élèves s'apprêtaient à quitter les lieux.

"Eh attends un peu toi," fit Reita d'une voix dure, bloquant le passage au brun tandis que l'autre abandonnait précipitament son acolyte pour dégerpir. "Je rêve ou tu viens de le frapper ?" L'adolescent ne répondit rien, semblant se tasser sur lui-même, bien moins fier devant un homme plus musclé et plus âgé que lui. "Alors ?!" répéta le bassiste, attrapant le brun par le col pour le plaquer contre un mur, le menaçant de sa main libre.

"Je peux savoir ce qui se passe ici ?" Takanori sursauta et releva la tête vers le nouvel arrivant, un surveillant d'une quarantaine d'année au costume gris impeccable. Reita émit un petit grognement de déception, lâchant sa proie qui le fixait les yeux écarquillés de terreur, et s'écarta de mauvaise grâce. "Ce gars m'a frappé !" s'exclama le brun dès que le bassiste fut à une distance raisonnable de lui. Reita lui adressa un regard assassin qui calma immédiatement les ardeurs de l'adolescent, faisant hausser au surveillant un sourcil suspicieux.

"Il m'a donné un coup aussi," crut bon d'intervenir Takanori en s'approchant. Il désigna d'un signe de tête le brun qui remettait son col en place et écarta ses mains de son visage, dévoilant sa lèvre supérieure fendue et ensanglantée. Le surveillant eut un mouvement de recul, ses lèvres s'ouvrant comme pour prononcer un "o" silencieux avant de se tourner vers Takanori. "Ton nom ?" demanda-t-il en pointant sur le garçon un stylo tiré de sa poche. Takanori récupéra son sac tombé à terre et se présenta, rapidement envoyé à l'infirmerie tandis que le surveillant restait seul avec Reita et le brun bagarreur.

"Alors ?" s'enquit une voix féminine à peine Takanori eut-il refermé derrière lui la porte de la salle de classe. "Oh merde, ils t'ont frappé quand même ? Je suis allée chercher un pion aussi vite que j'ai pu dès que j'ai vu qu'ils t'avaient coincé." Le blond fronça les sourcils devant le regard inquiet de Kori qui se tenait devant lui, un mouchoir à la main. "Il est arrivé pile au moment ou Reita allait taper le type qui m'a fait ça," marmonna le batteur dans le carré de tissu blanc plaqué contre sa lèvre meurtrie. "J'espère qu'il ne va pas avoir d'ennuis à cause de moi." Uruha qui les avait rejoint haussa les épaules, ramassant son sac et celui de Reita pour suivre le petit blond. "Ce serait pas la première fois que Reita se ferait coller pour une bagarre. Pas ces temps-ci parce qu'on se tient tranquille à l'approche du festival, mais t'inquiètes pas pour ça, il est habitué et puis il s'en serait voulu à mort si tu t'étais fait frapper."

Takanori hocha la tête en rougissant, ravi que le mouchoir sur sa lèvre supérieure cache combien les élans protecteurs de Reita le troublaient. "Tu viens toujours à la maison ce soir hein ?" plaida Uruha d'un ton plus inquiet. "Ca me ferait plaisir et puis comme tu repasses pas chez toi avant, avec un peu de chance ça aura dégonflé demain matin et pas besoin de raconter à ta mère que tu t'es battu." Le batteur acquiessa à nouveau alors que les trois amis s'arrêtaient devant l'infirmerie, déjà occupée par deux élèves qui s'étaient fait porter pâles. Takanori adressa finalement un signe de la main à Uruha et Kori, les saluant sans un mot pour ménager sa lèvre blessée, puis il frappa à la porte et attendit que l'infirmière réputée pour être terrifiante s'occupe de lui.

"Alors, tu as eu quoi ?" osa finalement demander Uruha, de longues heures plus tard, alors qu'il était assis sur son lit aux côtés de Reita et Takanori qui regardaient la télévision. Le bassiste haussa les épaules, l'air d'aussi mauvaise humeur qu'au début de la soirée, et Takanori jeta au blond un regard coupable. "Le crétin qui a frappé Taka a eu une heure de colle," commença Reita, les bras croisés devant sa poitrine. "Moi il m'a mit quatre heures et interdiction de mettre les pieds au festival de noel. Tu te rends compte ?" "Shit, ça craint..." murmura Uruha entre ses dents, tandis que le jeune batteur blond assis près de lui se mordait la lèvre. Une interdiction de se rendre au festival empêcherait Reita de monter sur scène avec Karasu, et même s'il réussissait à se fondre dans la masse pour participer, aucun juge ne prendrait en compte le travail d'un adolescent sensé ne pas se trouver là. Takanori détourna le regard, ramenant ses genoux contre sa poitrine sans un mot; il avait détruit en quelques minutes la seule occasion que Reita aurait avant un an de montrer son amour pour la musique devant des centaines de personnes.

Les trois garçons restèrent silencieux de longues minutes, feignant d'être tous très absorbés par la série télévisée qui se déroulait devant leurs yeux. A peine le générique avait-il commencé à apparaître sur l'écran qu'Uruha bailla ostensiblement, avant d'attraper la télécommande posée sur la table de nuit pour éteindre la télévision. "Je suis épuisé," se lamenta longuement le guitariste alors que Reita, qui avait comprit le message, se levait pour laisser son ami préparer le lit deux places. Takanori s'écarta à son tour et quelques minutes après, trois couvertures étaient installées sur le lit d'Uruha qui commença à se déshabiller.

"Euh, on dort tous ensemble ?" demanda timidement le batteur, légèrement gêné à l'idée de partager le lit d'une autre personne pour la première fois, à forciori Reita. "Il y a une chambre d'amis si tu veux, mais c'est plus sympa ne ?" fit Uruha d'une voix boudeuse, inclinant la tête tandis que ses lèvres formaient une moue suppliante. Le plus jeune hocha la tête et se tourna vers le bassiste qui n'était plus qu'en jean et en tee-shirt, visiblement décidé à s'arrêter là alors que le guitariste ne portait plus que son boxer.

"Quoi, Rei tu vas dormir comme ça ?" s'exclama Uruha lorsqu'il vit son ami se glisser sous la couverture, toujours aussi habillé. "Mais ça va être atrocement inconfortable, enlèves ton jean au moins !" Le bassiste secoua la tête et lança au chataîn un regard qui se voulait menaçant mais qui n'impressionna Uruha pas le moins du monde. "Je ne pige pas pourquoi tu es tellement pudique," se plaignit le guitariste. "Taka-chan, tu dors comme ça aussi ?" L'intéressé secoua la tête en signe de dénégation, un peu ramené à la réalité par le commentaire d'Uruha. Takanori retira avec soin le précieux bijou gris et noir enroulé autour de son majeur et déboutonna son jean, s'empressant de rejoindre le lit avant que Reita n'ai eu le temps d'apercevoir ses cuisses pâles et minces.

Quelques minutes plus tard Uruha les rejoignait sans se presser, s'installant à côté de Reita avant d'éteindre la lumière. Takanori cligna des paupières un moment pour s'acoutumer à l'obscurité et il aperçu les deux yeux du bassiste qui brillaient dans la pénombre, l'observant sans un mot. Les deux blonds restèrent immobiles de longues minutes, aucun d'entre eux n'osant détourner le regard, seulement capable de distinguer les contours imprécis du visage de l'autre. Puis, après ce qui sembla une éternité, quelqu'un bougea dans le lit et Uruha se leva, maugréant un vague "Je vais aux chiottes !" avant de quitter la pièce.

"Ano... Rei-kun ?" murmura Takanori, profitant de l'absence du guitariste pour s'excuser auprès de son protecteur. Le bassiste ne réagit pas, son regard impassible toujours posé sur le batteur et celui-ci prit son courage à deux mains, cherchant celle de Reita pour la prendre doucement dans la sienne, caché sous les couvertures. "Reita-kun..." hésita à nouveau Takanori, refermant ses doigts sur ceux du bassiste. "Je m'excuse pour ce qui est arrivé... Désolé que tu ne puisses pas jouer avec Karasu pour le festival." Le blond sentit la main de Reita bouger légèrement, signe qu'il avait entendu. Les doigts fins et longs du bassiste tournèrent doucement dans la paume de Takanori, inversant les rôles, Reita serrant doucement les doigts du jeune batteur juste un instant au creux de sa main avant de les lâcher.

"C'était pas ta faute," dit simplement le bassiste en se retournant dos à Takanori, l'air contrarié. Le petit blond sourit et observa en silence le dos de Reita un long moment. Il connaissait suffisement son ami pour savoir que c'était uniquement la pudeur et un peu de gêne qui le poussait à être aussi bourru, et non un quelconque ressentiment. Le batteur allait souhaiter bonne nuit à son aîné lorsque la porte de la chambre s'ouvrit à nouveau, laissant entrer Uruha qui se glissa sous les couvertures d'une démarche endormie. Et à peine une minute plus tard, Takanori dormait profondément, hantant sans le savoir les pensées d'un adolescent qui ne parvenait pas à trouver le sommeil.

Lorsque Reita regarda l'heure pour la première fois ce soir-là, sur son téléphone portable resté dans la poche de son jean, la nuit était déjà bien avancée. La frustration de ne pas pouvoir jouer sur scène et l'énervement qu'un gamin ai pu frapper un de ses meilleurs amis le maintenait éveillé, ainsi qu'un sentiment indéfinissable qui le liait d'une manière ou d'une autre à Takanori. Le bassiste soupira, le visage tourné vers le plafond, sentant l'agacement le gagner au fil des longues heures qu'il avait passées dans un demi sommeil. Puis le blond se frotta paresseusement les yeux et son regard tomba sur le corps endormi du batteur à ses côtés, dévoilé par la couverture qui avait glissé au pieds du lit. Reita se redressa, s'asseyant sur les draps pour ramasser le duvet de son ami lorsque celui-ci émit un gémissement à peine audible, une de ses mains glissant sur son ventre dans son sommeil.

"Taka-kun ?" chuchotta le bassiste, immobile de peur d'avoir réveillé le petit blond. Takanori s'esquissa pas le moindre mouvement, les yeux clos, et Reita commença à se détendre à nouveau, promenant un regard curieux sur le corps presque nu de son ami. Le jeune batteur était plutôt maigre et petit pour son âge, conservant un corps encore un peu enfantin contrairement à la majorité de ses camarades qui avaient déjà évolué vers l'âge adulte. Takanori avait les lèvres entrouvertes, le tee-shirt un peu relevé sur son ventre et une de ses mains posée juste au dessus de son nombril, le sommeil conférant à son visage un calme à l'opposé de son caractère habituel. Reita ne put s'empêcher de sourire alors que son regard glissait sur les paupières closes du batteur, son léger sourire apaisé, et la pâleur de sa peau si douce en apparence...

Hey, je suis en train de faire quoi là ? se demanda soudain le bassiste lorsqu'il réalisa qu'il avait, sans même en avoir conscience, doucement posé une main sur le ventre de l'endormi. Reita jeta un regard inquiet au visage paisible du blond mais celui-ci ne semblait pas se réveiller, visiblement plongé dans un sommeil trop profond pour remarquer la plus douce des caresses. Le bassiste se mordit la lèvre et reporta son attention sur le corps de l'adolescent, sans trop savoir ce qu'il comptait faire. La partie rationnelle de son esprit lui dictait de retirer sa main, de se recoucher et d'essayer encore une fois de dormir mais il y avait cette petite voix qui susurrait à Reita qu'il avait trouvé une occupation bien plus intéressante, et que le corps de Takanori était ô combien désirable.

Pourtant, le bassiste ne se souvenait pas vraiment s'être penché sur la question. Le blond était certes plutôt mignon mais sans plus, et Reita avait jusqu'ici été bien trop occupé à admirer les charmes de la gent féminine pour s'intéresser à ceux d'un de ses plus proches amis. Mais cette nuit-là, dans la pénombre de la chambres, les doigts posés sur le ventre du blond doux comme de la soie, la main à quelques centimètres seulement des cuisses minces et terriblement attirantes de Takanori, la donne était totalement différente. Glisser son index autour du nombril du batteur relevait de l'interdit, du dangeureux presque, et ce risque encourut tenait Reita en haleine au même titre que le désir qui commençait à naître en lui.

Puis, le bassiste remarqua avec intéret les hanches proéminentes du corps à peine pubère de l'adolescent et un petit sourire se dessina sur ses lèvres. Le boxer gris-noir de Takanori était légèrement surélevé au dessus de son ventre plat par les os de son bassin légèrement proéminents, à peine assez pour que Reita ai la place d'y glisser la main. Juste une caresse, se promit silencieusement le bassiste alors qu'il observait longuement le visage immobile de son ami, essayant de détecter le moindre signe avant-coureur d'un réveil inoportun. Juste une caresse et je ne le toucherais plus...

Le sourire de Reita s'élargit légèrement, devint plus tendre et doux alors qu'il glissait peu à peu sa main sous le boxer du blond. Le bassiste avait conscience de commettre sans doute une terrible erreur, quelque chose qu'il regretterait probablement toute sa vie mais la tentation était trop forte, le corps de Takanori trop attirant, et la frustration de l'après-midi ne lui laissait plus vraiment le loisir de réfléchir au calme. L'adolescent entrouvrit les lèvres pour laisser échapper un petit soupir mêlant excitation et inquiétude, sa respiration légèrement plus rapide alors qu'il descendait tout doucement le long du bas-ventre d'un de ses plus proches amis. Soudain, Reita frémit lorsqu'il sentit sous ses doigts une peau chaude et plus fragile, qui n'avait rien à voir avec la texture douce et ferme du ventre de Takanori. Le bassiste retira sa main précipitament, se hâtant de faire semblant de dormir, sans remarquer les deux yeux brun d'Uruha qui l'observaient dans la pénombre.