Hey ! Désolée pour mon retard du week end, j'ai pas eu le temps de poster le chapitre avant X) Celui-ci est un peu plus long et, navrée, j'vous laisserai encore dans le suspense de fin ! La relation entre les deux évolue, mais encore doucement j'vous rassure ! (ou pas)
Bref, j'vous souhaite à tous une bonne lecture et à la semaine prochaine !

WARNING : Je cite le Coran (version traduite que j'ai pue trouver) donc si c'est incorrect, n'hésitez pas à me corriger, ce serait même cool !

PS : La conversation du jour 49 fait allusion à des éléments concernant les vrais personnages de DC ;)

Hello Deryous50 ! La réac de Clark est en début de chapitre (héhé), ça me permettait de faire le lien avec d'autres types de pensées que pouvait avoir Clark que j'ai mis ça là, et pas dans le chapitre précédent. Enfin, j'espère que ce chapitre te plaira ! Je te souhaite une bonne lecture et à bientôt !


Semaine 7


Jour 44 (19/11)

Clark était en colère. Ou frustré. Il ne savait pas vraiment. Tout ce qu'il savait, c'est qu'hier, ça l'avait stressé d'attendre de pouvoir sortir de sa planque. Et ça l'avait énervé de voir Wayne revenir plein de sang. Sur le moment, il avait cru que c'était le sien, et il avait vraiment très mal réagi. Pas devant tout le monde, il avait un minimum de retenue, mais il avait fait savoir à Wayne le fond de sa pensée, sur son inconscience et son attitude de tête brûlée.

Et même le lendemain, il n'avait pas réussi à se calmer. Il était tendu. Ça n'était pas dans son habitude de réagir de cette façon. Lui qui était plutôt calme, il avait sacrément pété les plombs et il se calmait en utilisant son temps libre pour lire. Autant dire qu'il ne lisait pas beaucoup. Il avait déjà vécu des moments difficiles. Mais à chaque fois, il avait l'impression que celui qu'il vivait était plus difficile que les autres. Peut-être que c'était vrai, ce qu'on disait des soldats. Peut-être qu'ils finissaient par s'user tous pendant l'effort de guerre. Peut-être que lui, il s'usait.

Clark ne pensait jamais à comptabiliser les jours qu'il lui restait ici, comme pas mal de soldats. Il préférait compter ceux qu'il avait déjà passés. Et pour que le chiffre paraisse moins gros, il remettait son compte à zéro à chaque fois qu'il changeait d'équipe. Comme il avait tendance à se faire virer assez souvent, c'était plus simple de cette façon. Le compte était rarement gros.

Il se prit la tête dans les mains et soupira. Il détestait la guerre. Il était soldat et il détestait la guerre. Il essayait de ne pas perdre de vue son objectif, la raison pour laquelle il s'était engagé. Pour protéger ses camarades. Pour éviter que d'autres ne rentrent avec des amputations, ou entre quatre planches. Pour éviter que les innocents en pâtissent, car il était certain que les irakiens ne voulaient pas de cette guerre chez eux.

Est-ce qu'ils étaient vraiment en train de se lancer dans une guerre contre le terrorisme ? Ou est-ce que les choses ne leur avaient pas échappées ? Il jura, se levant de son lit. Il était frustré. Il se faisait des nœuds à la tête. Ça n'était pas le moment qu'il pète les plombs. Il ne pouvait pas se le permettre. Il devait évacuer. Se sortir Feltman de la tête, les fois où il avait failli mourir, cette foutue bombe. Il ne voulait pas se retrouver avec un TSPT, un trouble du stress post-traumatique.

Clark eut un petit rire nerveux. Il n'était pas du genre pessimiste, normalement. Il devait vraiment se ressaisir. Il devait rester fidèle à lui-même et ne pas se perdre. Il devait être plus fort que ce qu'il vivait ici. Il devait tenir.

Jour 47 (22/11)

Clark préférait passer son temps tranquille dans ses quartiers maintenant. Ça lui faisait du bien, d'être à l'écart pour se remettre un peu en question, pour méditer. Il utilisait des méthodes de méditation qu'on lui avait apprises en Asie. Sa séance de relaxation fut interrompue par un tambourinement à sa porte :

_Kent ! On a du boulot !cria Wayne, assez fort pour qu'il l'entende.

Il soupira et s'équipa en vitesse, avant de rejoindre son équipe au Humvee. Dès qu'ils furent tous à bord, Wayne fit son topo :

_Un type a déboulé à un carrefour très fréquenté avec un gilet d'explosifs. Il y a déjà trois équipes sur place pour maintenir un périmètre de sécurité. Ils n'attendent plus que nous.

_On a pas plus d'infos sur le gilet ?demanda-t-il.

_Non, mais il faudra agir vite.

Kent retint un soupir. C'était vraiment très mal placé de demander la rapidité à un démineur. Comme si rester à proximité d'une bombe les enchantait.

Lorsqu'ils descendirent du véhicule, ils purent tous constater que le périmètre était parfaitement sécurisé. Ils se dirigèrent vers le responsable en question, le Colonel Campbell. Ils se connaissaient déjà.

_Ok, donc pour résumer, on a un type avec des explosifs placé en pleins milieu d'un carrefour, complètement à découvert. Vous, vous allez m'évaluer le danger que représentent ces explosifs.

Kent jeta un coup d'œil à l'homme devant eux. Ils avaient établi un périmètre de sécurité de 25 mètres. Ça lui semblait correct. Il ne voyait pas exactement quel genre d'explosif c'était, ni le nombre de charges. Il se tourna vers le Colonel.

_Vous lui avez donné une radio ?

Les hommes autour d'eux le regardèrent comme s'il avait deux têtes.

_Bah non, pour quoi faire ?

Kent se pinça l'arête du nez.

_Bon. J'ai besoin de lui parler pour qu'il me montre toute la bombe. Quelqu'un peut me prêter sa radio ?

Il y eut un long silence avant que Jordan ne lui cède sa radio.

_Rends-là moi, hein.

Kent afficha un léger sourire puis s'avança de quelques pas hors du périmètre de sécurité. Son avancée fit réagir l'homme en face de lui.

Kent le détailla du regard avant de lui parler. L'homme était un irakien d'une quarantaine d'années, peut-être plus. Barbu avec des vêtements classiques au pays, il était beaucoup trop terrorisé pour être un kamikaze. C'était probablement un otage. Kent régla la radio, la montra à l'homme puis la lança. Il choisit de parler arabe sans tenter l'américain : il y avait peu de chances pour que cet homme comprenne sa langue.

_Monsieur, j'ai besoin que vous fassiez lentement un tour sur vous-même.

Il accompagna ses paroles en faisant des gestes. L'homme supplia en pleurant.

_Aidez-moi, je n'ai rien fait.

Kent hocha la tête. Il n'entendait pas trop ce qu'il disait d'où il était, mais il pouvait facilement deviner.

_Je vais vous aider, mais pour ça il faut faire ce que je vous dis.

L'homme hésita avant de s'exécuter. Kent regarda attentivement le gilet et repéra trois cadenas. C'était clair, cet homme ne portait pas volontairement ce gilet. Il se retourna vers ses supérieurs :

_Le périmètre est correct, mais ce gars est piégé par le gilet. Il ne peut pas l'enlever de lui-même. Niveau explosifs… ça ressemble à du C4. Il faudrait reculer de 50 mètres encore.

Le Colonel pesta.

_Fait chier ! Bon, bah vous allez devoir y aller quand même.

Kent fit semblant de ne pas comprendre ce qui était sous-entendu.

_C'est ce qui était prévu depuis le début, non ?

Le Colonel semblait contrarié.

_Si ça avait été du C4 oui, mais si c'était un explosif plus instable, non.

Kent fit un effort incommensurable pour retenir toutes les insultes qu'il avait sur le bout de sa langue. Le Colonel aurait été près à tirer dans les explosifs pour « désamorcer » la bombe et tuer l'homme pris en otage et peut-être blesser des personnes. Sa colère devait être visible car Wayne vint poser une main ferme sur son épaule.

_Allez-y. On vous couvre. Restez en contact radio constant.

Kent hocha la tête. Il se dirigea vers le Humvee pour récupérer sa tenue de protection et son équipement. Il récupéra aussi une grande pince pour les cadenas. Il régla son casque radio et s'avança dans la zone de déflagration.

Il marchait très lentement. Il détestait cette foutue tenue. Il avança doucement vers l'homme, qui le regardait les yeux remplis d'espoir. Il voulait vraiment pouvoir l'aider. Kent scruta les environs. Il était déjà stressé. Si juste un mort convenait aux terroristes, ils pourraient le faire sauter maintenant.

_Je suis à cinq mètres. Le détonateur s'active avec un téléphone.

« Reçu. »répondit Wayne.

Quand il fut en face de l'homme, il posa son matériel. Il voyait bien qu'il était paniqué.

_Je m'appelle Clark. Je suis là pour vous enlever ce gilet. Vous vous appelez comment ?

_Je m'appelle Milad. J'ai une femme et deux petites filles, s'il vous plait, aidez-moi…

Il recommença à pleurer encore plus. Kent ne pouvait pas se concentrer si l'homme avait des hoquets de pleurs. Il prit sa pince.

_J'ai besoin que vous soyez courageux, Milad. Il faut rester calme.

Il vit Milad essayer de se calmer et il s'attaqua au premier cadenas. Il força une fois, deux fois, puis trois fois. Impossible de les ouvrir. C'était des cadenas en acier et pas en fer. La pince lui était inutile. Il la lança à côté de lui.

_Je ne peux pas lui retirer les cadenas.

Il vit Milad fermer les yeux.

« Ce n'est pas une priorité de lui retirer le gilet, Sergent ! »

Kent tiqua en entendant la voix du Colonel Campbell. Ça l'agaçait.

_Ce n'est pas une priorité parce qu'il n'est pas américain ?

Kent esquissa un sourire à Milad pour le rassurer. Bon il n'était pas sûr qu'il le voit bien à travers son casque, mais si ça pouvait l'aider à se détendre... Il examina les branchements des premières charges.

« Vous avez saisi Kent, alors maintenant faites votre boulot ! »

Il préférait largement entendre la voix froide de Wayne qu'un connard qui lui tapait sur les nerfs. Il l'ignora et s'adressa à l'irakien.

_Racontez-moi, comment ça s'est passé ?

Il fit le tour de Milad, venant de se souvenir qu'il était observé par tout le monde, que n'importe qui pouvait sortir un téléphone et appeler et que ceux qui pourraient lui sauver la vie, il était doucement en train de se les mettre à dos. Milad prit une grande inspiration alors que Kent dégageait mieux les fils, puis il lui dit :

_Des hommes. Ils m'ont tendu un piège dans une rue…

Milad se remit à pleurer de plus belle. Kent fit une pression réconfortante sur son bras. Milad reprit.

_Ils ont dit... qu'ils tueraient ma famille si je ne me laissais pas faire…Je ne veux pas mourir…

Kent revint devant lui alors que Milad commençait à trembler.

_Je suis votre meilleure chance de vous en sortir, Milad. Ça va aller. Je vais rester avec vous.

Milad tremblait. Kent se pencha pour récupérer sa pince. Il allait couper les premiers fils et désamorcer les charges de C4. Il savait que sans détonateur, le C4 ne pouvait pas exploser. En temps normal, il aurait juste eu à déconnecter le téléphone du condensateur mais aujourd'hui, on avait décidé de lui compliquer la tâche. Il coupa le premier fil. Au clip de la pince, Milad sursauta, surprenant Kent. Tout le monde arma son arme par réflexe autour d'eux. Comme si ça allait les aider d'abattre Milad. Kent éloigna sa pince pour le rassurer.

_Il faut vous calmer. Je ne peux pas vous aider si vous paniquez. Aidez-moi, restez calme.

Les yeux de Milad semblaient fatigués de pleurer. Kent avait vu des hommes beaucoup plus pleurnichards et paniqués que lui.

_Parlez-moi de votre famille. Comment s'appelle votre femme et vos filles ?

Kent espérait que ça allait le calmer. En général, évoquer des bons souvenirs ou des personnes chères calmait. Entre deux hoquets, Milad lui répondit :

_Ma femme s'appelle Sabiha et mes filles Farah et Amina… Elles ont 10 et 12 ans…

Il éclata à nouveau en pleurs. Raté. Kent ne pouvait pas se concentrer avec un gars pareil. Il ne pouvait pas lui en vouloir.

« Kent ! Arrêtez de lui faire la causette et activez-vous ! » hurla presque Campbell.

Le bruit soudain de la radio fit peur à l'otage et Kent faillit se prendre un coup. Il allait les faire tuer, ce putain de Colonel ! Il prit une grande inspiration et reprit sur un ton calme :

_Vous priez, Milad ?

L'intéressé hocha la tête. Il leva les mains mais il s'interrompit, pleurant à nouveau. Il bloquait.

_Je vais vous aider. Faites-le avec moi. Allah est grand. Allah est grand. Au nom d'Allah, le Tout Miséricordieux, Le Très Miséricordieux.

« Putain Kent mais vous êtes de quel côté ?! Vous allez me- »

Kent changea de canal radio, passant sur le secondaire que son unité avait pour habitude d'utiliser.

_Ne vous arrêtez pas Milad.

Quand le canal fut ouvert, Kent se douta que s'il parlait, tout le monde allait entendre. Il afficha un rictus. Il utilisa le russe, l'une des langues avec laquelle il avait le plus de facilités.

_J'ai besoin de calme et il crie trop. Ça fait paniquer l'otage.

Il retourna à ses fils, alors qu'il entendait Campbell crier comme un putois.

« Reçu. »

Il sourit en entendant la voix de Wayne, lui répondant dans la même langue. Il ne sut pas ce que le Major fit, mais quelques secondes plus tard, il n'entendait déjà plus la voix de Campbell.

Kent pouvait facilement ignorer Milad prier. Ce dernier avait baissé d'un ton et rendait sont travail beaucoup plus simple.

« Kent, on a de plus en plus d'observateurs. »

Wayne n'avait visiblement pas besoin de lui parler autrement, il avait dû être clair avec le Colonel.

_Reçu.

Il s'activa, remarquant au passage que le travail était médiocre par endroits. Un amateur qui avait voulu s'appliquer. Il ne lui restait que quelques fils.

« Les équipes ont plusieurs hommes en visuel avec des téléphones. »

Bon. Là, la goutte de sueur dans son dos il la sentait couler. Il entendit des soldats crier. Ça faisait monter son stress et Milad s'interrompit. Kent avait presque fini.

_Quand j'aurai terminé, il faudra me suivre pour qu'on vous aide à retirer votre gilet. Vous restez près de moi.

Milad lui afficha un sourire reconnaissant :

_Que Allah vous protège.

Kent lui adressa un sourire en retour en coupant le dernier fil.

« KENT ! »

Il entendit Wayne à la fois dans la radio et en criant.

_C'est fait !

Le téléphone sonna à ce moment-là dans le vide. Milad et lui s'adressèrent un regard soulagé. Juste avant que son casque ne soit éclaboussé de sang, et qu'il ne sente l'impact des balles.

oOoOoOoOoOoOo

_Kent ! Kent !

Il entendait la voix de Wayne l'appeler alors qu'on lui retirait son casque. Il avait mal. Mal en respirant. Mais c'était une douleur tolérable, une douleur qu'il connaissait. Sa tenue de protection avait été efficace contre les balles.

_J'ai rien, dit-il alors qu'on le remettait debout.

Il n'entendait plus de coups de feu mais il était toujours au même endroit. Il eut à peine le temps de maintenir son équilibre sur ses pieds qu'un poing traversa l'air pour atteindre son visage.

_Foutu traître ! A cause de vous, Walder, Kawalsky et Sanchez ont été gravement blessés !

Kent essuya le sang qui coulait de sa lèvre ouverte. Wayne se plaça devant lui, alors que tout le monde se regroupait autour d'eux.

_Vous n'avez pas à frapper un soldat, Colonel Campbell.

_Frapper un soldat ? Quelqu'un m'a vu frapper un soldat ?

Le Colonel regarda ses hommes. L'un parla pour tout le monde :

_On a rien vu, Monsieur. Le Sergent a dû se cogner en tombant.

Kent réalisa qu'il s'était mis à dos tout le monde. Campbell se pencha sur Wayne.

_Vous êtes un bon élément, Wayne. Ne gâchez pas vos talents à protéger des types comme lui. On sécurise le périmètre et on se replie.

Le groupe se retira et Kent resta seul avec son unité. Il regarda le corps de Milad à leurs pieds et il se pencha pour récupérer les charges de C4. Il aurait pu le sauver. Kent prit sur lui pour faire abstraction de ce qu'il ressentait actuellement. Il savait que le cadavre allait être emporté par une autre équipe. Quand il eut terminé, il réalisa qu'il ne restait plus que Wayne et lui.

_Venez. On rentre.

Kent se leva et suivit son chef. De toute façon, il ne pouvait pas faire autrement.

oOoOoOoOoOoOo

Kent s'était allongé sur son lit dès qu'il en avait eut l'occasion. Il restait là, pensif, les yeux rivés sur son plafond. Il avait vraiment le don de tomber sur des connards. Et le défaut de ne pas savoir quand il faut se taire, ou rester dans le rang. Il n'avait jamais réussi à rentrer dans le moule aussi bien que les autres. Il avait seulement de la chance de ne pas déjà être viré de l'armée parce que son job, il le faisait très bien. Il le savait. Il ne devait pas laisser les autres le faire douter de ses compétences. Le faire douter de lui. Il savait qui il était.

Il sortit de ses pensées quand il entendit toquer à sa porte. Mais il n'y avait pas l'habituel cri pour lui dire de se bouger. Il se leva et alla ouvrir à Wayne, en simple tenue de soldat.

_Il paraît que vous avez refusé une inspection médicale ?

Kent ne lui donna même pas l'autorisation d'entrer. Wayne s'autorisa lui-même en entrant et en fermant la porte derrière lui.

_Oui, je n'en ai pas besoin.

Wayne le fit reculer dans la pièce en avançant vers lui. L'atmosphère entre eux était bizarre. Kent ne savait pas sur quel pied danser. Il ne savait pas vraiment ce que Wayne pensait de lui, maintenant.

_Vous vous êtes pris des balles. Les médecins doivent s'assurer que vous ne faites pas d'hémorragie et que vos côtes ne sont pas cassées ou fêlées.

_Mes côtes n'ont rien.

Kent l'avait dit sur un ton si ferme que Wayne haussa un sourcil.

_Je préfèrerai en avoir la certitude.

Kent leva les yeux au ciel.

_Je ne suis pas stupide au point de mentir sur ce genre de choses. J'ai déjà eu ce type de blessures, tout comme vous. Je n'essaie pas de jouer au héro invincible, je sais juste que je n'ai rien.

Alors qu'il avait un air légèrement vexé, Wayne avait un léger rictus. Ça l'irritait encore plus.

_Je ne pense absolument pas ça de vous. Je pense surtout que vous fuyez tous les soldats actuellement à l'infirmerie. Ceux de l'équipe de Campbell et leurs copains.

Kent détourna la tête. Il ne pensait pas être si transparent. Il n'avait pas envie de croiser tous les types qui lui en voulaient. Il tourna à nouveau la tête vers Wayne, qui le scrutait de ces yeux bleus clairs.

_Enlevez votre T-shirt. Je vais examiner vos blessures. Je vous ficherai la paix sur ça ensuite.

Le démineur hésita.

_Vous avez une formation médicale, peut-être ?

Wayne afficha ce même rictus. Peut-être que s'il remontait un peu plus le coin de ses lèvres, ça ressemblerait à un demi-sourire.

_Elle doit valoir la vôtre.

Il ne s'attendait pas à ce que le Major lui renvoie ça dans la tête. Il soupira puit fit ce qu'il dit. Il retira son T-shirt. Wayne orienta la lumière sur le torse de Kent et il se pencha dessus.

Il avait des gros hématomes sur son flanc droit et sur le torse. Kent s'était pris au moins trois balles. Wayne passa ses doigts le long des côtes, très minutieusement, guettant la réaction de Kent. Ce dernier s'était totalement figé. Pas à cause de la douleur, non. Mais parce qu'il sentait les doigts passer doucement sur sa peau, le souffle chaud de Wayne contre lui et… c'était bizarre. Il n'arrivait pas à respirer normalement, ça le gênait vraiment que son supérieur le touche de cette façon et pourtant, il n'avait pas envie de lui dire d'arrêter.

Ça suscita des sensations étranges en lui. Ça l'inquiétait pas mal. Il entendit alors un pouffement moqueur de la part de Wayne qu'il n'aurait jamais cru entendre de sa vie. Ça le fit redescendre sur Terre.

_Vous n'avez rien, mais elle vous aura finalement servi à quelque chose, cette tenue.

Kent avait dit un jour à Wayne ce qu'il en pensait, des protections pour le déminage. Et sur le moment, la remarque de Wayne le fit rire. Ça lui fit mal, mais ça le fit rire. Wayne se redressa en souriant, le visage à quelques centimètres de celui de Kent. Et ça le stoppa. Simplement pour pouvoir regarder le visage détendu de son Major qu'il ne voyait que rarement. Ils étaient si près qu'il pouvait sentir son odeur de tabac mêlée à celle d'un chewing-gum mentholé et sous ses odeurs plus fortes une note d'amande douce. Ils restèrent quelques secondes, comme ça, avant que Wayne ne détourne la tête pour attraper son T-shirt.

_Vous pouvez vous rhabiller.

Kent réceptionna son vêtement.

_Euh…merci, bafouilla-t-il, un peu perdu.

Wayne hocha la tête, ayant déjà remis son masque neutre sur son visage.

_Je vais y aller, j'ai des rapports à écrire.

Kent le regarda se diriger vers la porte et hésita un peu avant de l'interpeller :

_Major ! Est-ce que… est-ce que vous allez parler de l'incident avec Campbell ?

Dans sa tête, il se fit en une seconde tous les scénarios où Wayne lui répondrait par une vacherie, ou contournait sa question, ou répondrait à la négative. Mais ce ne fut pas le cas.

_Evidemment. Vous êtes sous ma responsabilité, maintenant. Mon job, c'est de vous protéger, Kent. Et pas uniquement des terroristes. Vous êtes dans mon équipe.

Le ton de Wayne était si assuré que quelque part, ça lui mit du baume au cœur. Kent avait vraiment besoin de savoir qu'il avait le soutien d'au moins quelqu'un. Il hocha la tête alors que Wayne passait la porte.

_Joyeux Thanksgiving, Wayne.

Wayne lui adressa un dernier regard.

_Joyeux Thanksgiving, Kent.

Et il resta là un instant à regarder la porte alors que Wayne était parti depuis longtemps. En quelques minutes, Wayne avait réussi à complètement le chambouler.

Jour 49 (24/11)

Kent espérait que la tension soit un peu redescendue dans le camp. Il commençait à en avoir marre de rester enfermé et il avait bien envie de profiter qu'ils ne soient pas en mission pour passer un peu de temps au soleil. Lui, aimait bien le soleil. Il faisait souvent gris en cette période de l'année, alors il préférait profiter des rayons lumineux quand ils étaient là.

Il s'installa à une table, ayant pris un café. Il se contenta de regarder les autres soldats faire des exercices, jouer au basket, aux cartes, ou simplement discuter. Il savait que pas mal de paires d'yeux le scrutaient et que beaucoup parlaient de lui. Tant pis. Il allait juste rester là et boire son café infecte.

Il repensait à cette situation, avec Wayne dans ses quartiers. Trois jours plus tard, il avait encore du mal à oublier cette odeur et son contact. Ça devait faire vraiment très longtemps qu'il n'avait vu personne. Il se souvenait qu'à sa dernière permission, il avait passé la nuit avec plusieurs filles, mais il devait avouer qu'il n'avait pas été très gentleman sur le moment. Mais ces demoiselles savaient très bien à quoi s'attendre en fréquentant les bars aux alentours des bases militaires. Rares étaient celles qui cherchaient une relation durable.

Il sortit de ses pensées quand Diana vint s'asseoir en face de lui avec John. Il se redressa, s'attendant déjà à se faire insulter. Ce n'était pas la première fois que ça se passait dans le camp, quand il se déplaçait pour aller manger ou s'entraîner le matin. Mais en tout cas, ils étaient les seuls à s'installer pour lui parler. Même Barry et Hal le fuyaient et restaient distants en mission.

_Tu t'es vraiment mis à dos du monde, Clark.

Il était étonné de l'intonation douce de Diana.

_Ouai, je sais. Je fais cet effet tout le temps.

John enchaina.

_Ils t'en veulent pour un tas de choses, mais le fait que tu aies prié en arabe et que des gars se soient fait tirer dessus pour te défendre… Tu t'es donné le coup de grâce.

Clark haussa les épaules.

_Et j'aurais dû faire quoi ? Laisser cet homme paniquer alors qu'il avait un gilet explosif ? De tous les moyens que j'ai tenté, c'est celui qui marchait. Et j'avais besoin qu'il soit plus calme pour bosser. Si c'était à refaire, je le referais !

Il but sa tasse d'une traite et la posa fermement sur la table. Diana posa sa main sur son bras.

_Du calme. On ne t'a fait aucun reproche. Ollie, Hal et Barry nous ont tout raconté.

Kent se passa une main sur les cheveux.

_Waow, super. Trois versions de gars qui m'en veulent à mort. Ils me fuient comme la peste.

John et Diana s'échangèrent un regard avant que l'afro-américain ne lui dise :

_Ils ne t'en veulent pas du tout. Ils te fuient parce que…

Le sniper sembla chercher ses mots. Diana compléta pour lui :

_Parce qu'ils s'en veulent.

Kent haussa un sourcil :

_Ils me fuient parce qu'ils s'en veulent à mon sujet ? Pourquoi ?

Cette fois, John et Diana se mirent à rire alors que le démineur était totalement confus. Diana répondit :

_Parce qu'ils ne t'ont pas soutenu face à Campbell. Ils nous ont raconté ça aussi. Ce sont les seuls qui en parlent, d'ailleurs. Les autres jouent les sourds et aveugles.

John ajouta :

_Y'a un code, quand on est frères d'armes, c'est qu'on se serre les coudes quoi qu'il arrive. Et ils ne l'ont pas fait.

Clark les regarda tour à tour. Il n'avait pas l'habitude qu'on l'inclue comme ça. Sur le moment, il sentit son cœur gonfler. Ses camarades ne lui en voulaient pas. Ils ne savaient juste pas comment s'excuser. Plus l'idée se faisait dans sa tête, plus il se sentait léger. Diana et John sourirent. Son soulagement devait se voir sur son visage.

_On voulait te dire qu'on était de ton côté aussi.

Clark leur rendit leur sourire. Il était tellement soulagé, tout d'un coup. Et il était si touché d'être inclus. John demanda alors, le ramenant sur terre :

_Tiens d'ailleurs, je pensais que tu étais chrétien.

Clark retint un rire.

_J'ai grandi au Kansas dans une famille catholique, difficile de ne pas l'être avec ça ! Je suis effectivement chrétien.

Il sortit ses plaques d'identification où il était marqué, sous son groupe sanguin, sa religion : pour qu'il puisse recevoir les derniers sacrements s'il mourrait ici. Ils hochèrent la tête et Clark les remit sous son T-shirt.

_Et tu connais aussi les prières musulmanes ?demanda Diana.

Clark ne pouvait retenir un rire.

_Pas du tout ! Je connais seulement les premières phrases, pas plus. Je lis simplement le Coran.

John aussi se mit à rire.

_Tu lis le texte religieux d'une autre religion ?

Clark ne voyait pas de mal à ça. Il haussa les épaules.

_Oui, pour en apprendre plus sur la culture, et aussi pour maintenir mon apprentissage sur la langue.

_En apprendre plus sur la culture ?reprit Diana.

Clark hocha la tête.

_On arrive mieux à cerner ce qu'une personne pense quand on sait dans quel milieu culturel elle a grandi et les impacts que ça peut avoir sur elle quand on peut être capable de la comprendre. Ce n'est pas aux irakiens, d'apprendre l'anglais pour nous comprendre. C'est à nous de faire l'apprentissage. C'est nous les étrangers, les occupants du pays, les intrus. Nous ne sommes pas chez nous et nous devrions arrêter d'agir comme tel.

Il se recula, se rendant compte qu'il s'était un peu emporté dans son discours, un sujet un peu sensible pour lui. Diana hocha la tête.

_Je suis d'accord avec ton point de vue. En partie parce que mes origines ne sont pas américaines.

John se permit un commentaire pour détendre l'atmosphère.

_En tout cas la raison ne pouvait pas être pour l'invasion de ton pays ! Pour trouver ta ville, il faut complètement se perdre tellement c'est introuvable.

Diana lui donna un coup de coude.

_C'est parce qu'il faut savoir ce que l'on cherche ! Et toi, tu me cherches des poux, John.

Le sniper leva les mains.

_Je n'oserai jamais.

Clark se mit à rire, repensant à ses propres coéquipiers quand ils se chamaillaient.

_Je devrais peut-être aller voir les gars, pour leur dire que je ne leur en veux pas, non ?

John et Diana recentrèrent leur attention sur lui et furent unanimes :

_Non.

Diana expliqua alors, sous le regard surpris de Clark.

_Si tu vas vers eux le premier ils seront encore plus mal. Laisse-les venir vers toi.

Clark hocha la tête.

_Ok, je vais faire ça.

Diana lui fit un clin d'œil. Ils changèrent alors complètement de sujet, partant sur la bière, qui leur manquait cruellement. Clark profita du moment. Ça lui fit le plus grand bien.

Jour 50 (25/11)

Clark avait passé une excellente journée. C'était une journée de repos qui lui avait fait du bien. Ollie, Hal et Barry étaient venus lui parler dans la matinée. Il les avait laissé s'expliquer et s'excuser avant de leur dire ce qu'il en avait pensé. Et une heure plus tard, autour d'un café, ils crachaient encore sur le dos de Campbell, ou sur celui de Hall.

Et puis, pour animer le camp, comme pas mal de dimanches, il y avait un petit tournoi de basket, pile lors de leur jour de congés. Et honnêtement, il n'aurait jamais cru que leurs supérieurs viendraient en profiter. Stone avait lancé un défi à Wayne avec son équipe et, comme ils étaient le bon nombre pour une équipe, ils se sont affrontés.

Clark afficha un grand sourire en y repensant alors qu'il allait vers ses quartiers. Ils avaient joué toute la journée, et jouer avec Wayne, c'était vraiment quelque chose qui lui avait plu. Il ne le voyait pas beaucoup se mêler avec les autres mais c'était comme s'il était toujours avec eux. Wayne réussissait à s'intégrer avec une facilité déconcertante.

Ce type était incroyable. Sa présence avait renforcé leur cohésion de groupe, et celle de Stone aussi. Depuis que Palmer avait été remis sous les ordres de Stone, la tension dans son équipe avait été palpable. Mais après une telle journée, Palmer s'était fondu dans le groupe. Et ça leur avait fait du bien à tous.

Il rentra dans sa chambre et prit une douche rapide, avant d'aller se coucher. Il repensait encore à sa soirée. Wayne. Il repensait à Wayne. C'était avec lui qu'il avait passé sa soirée. A parler. De tout et rien, sous les étoiles. Lui, regardant le ciel et Wayne fumant à côté. Ils avaient parlé de leur enfance, de baseball, de football américain, des langues qu'ils avaient apprises, de leurs voyages dans le monde. Leur vie était si différente et avec tant de points communs à la fois.

Il entendit toquer à la porte. Clark se leva, se demandant si c'était Wayne, et alla ouvrir. Tout se passa vite. Le premier coup le frappa de pleins fouet et il tomba à la renverse alors des soldats entraient dans ses quartiers. Sonné, il en entendit un mettre le verrou de la porte et deux autres l'attraper pour le trainer dans la pièce principale.

Clark était étourdi. Mais il était aussi soldat. Il savait réagir vite. Il attrapa le bras d'un soldat et s'en servit d'appui pour mettre un coup précis dans sa gorge, le neutralisant. Le second homme répliqua en lui donnant un coup.

_Putain retiens-le !

Clark, alerte grâce à l'adrénaline, empêcha un troisième soldat de l'attaquer alors qu'un quatrième aidait son premier camarade, mis hors-jeu. Celui qui le tenait lui attrapa le bras gauche pour lui faire une clé de bras. Clark se remit sur ses pieds et fonça en arrière, les faisant heurter le lit et tomber sur le dos. Clark sentit sa tête heurter le nez de l'autre soldat, qui le relâcha en retenant un gémissement de douleur.

Il se libéra à temps pour esquiver le coup du troisième type et ils se bâtirent au corps à corps. Clark encaissait comme il donnait, sans broncher. Jusqu'à ce que le gars au nez cassé ne l'attrape par le cou et ne commence à l'étrangler. Il vit alors le gars en face de lui sortir son arme. Le cœur de Clark loupa un battement. Ils allaient le tuer.

Il se débattit comme il pouvait pour qu'on le lâche, essayant désespérément d'atteindre les yeux du gars ou ses oreilles, griffant sa nuque qu'il essayait d'attraper. S'il ne se dégageait pas maintenant il était foutu. Il se prit alors un violent coup de crosse et l'homme le lâcha tandis qu'il toussait pour reprendre sa respiration, à moitié assommé. Il rampa au sol alors qu'il entendait les hommes se rassembler autour de lui. Quatre soldats.

_On va te faire la peau.

Il arriva à la hauteur de son meuble de rangement. Il attendit que l'un d'eux se baisse sur lui pour attraper la poignée et frapper l'homme avec le tiroir.

_Connard !

Clark se prit une semelle dans le visage. Le sang coulait trop devant ses yeux et sa tête tournait. Il sentit qu'on l'attrapait et cette fois, ils immobilisaient sa tête et ses bras. L'instant d'après, il recevait les premiers coups, sous la jubilation de ses tortionnaires. Il ne leur donna pas le plaisir de crier de douleur. C'est ce qu'ils attendaient.

Clark fut roué de coups. Longtemps. Par chance, il tomba dans l'inconscience bien avant la fin.