La petite fenêtre de dix centimètres sur dix centimètres, présente dans la petite cellule est le seul repère de temps que le prisonnier peut avoir lors de son enfermement. Et à présent le filtre de lumière émis par la lune prouve bien que la nuit est tombée sur ce lieu de l'horreur. L'odeur de sang de mort et d'excréments régnant dans la cellule est à l'image du corps pâle et sale recroquevillé par terre. Ses vêtements déchirés, ses longs cheveux, sa barbe de plusieurs semaines, ne cachent rien de sa maigreur et de son mauvais état.

Le corps malgré tout humain et toujours vivant, tremble. Ses yeux fermés font preuve de l'état second dans lequel il se trouve. Une de ses mains est plaquée contre le mur tout près d'un petit trou de deux, trois centimètres de diamètre, donnant sur la cellule d'à côté d'où une voix s'élève.

- Ron… Ron réveille-toi.

Deux doigts se glissent à travers l'ouverture pour venir tenter de toucher la peau de son ami dans l'espoir de le faire revenir sur terre.

- Ron tu dois te réveiller, ils vont bientôt faire leur ronde. Ron, bordel, réveille-toi !

- Harry…

- Non pas Harry, moi c'est Draco. Et puis ce n'est pas le moment de délirer. Ron merde, tu dois te concentrer sur moi. Ne me lâche pas maintenant.

Le roux ouvre péniblement les yeux, son corps tremblant de plus belle alors que des larmes viennent envahir son visage.

- Oh bébé… Je suis là. Donne-moi la main.

- J'ai besoin de lui.

- Je sais.

- Je ne peux plus Draco, laisse les m'emmener, laisse moi partir.

- Arrête ! Je t'interdis de dire ça. Je ne te laisserais jamais, tu vas te battre. J'ai besoin de toi moi.

- J'ai besoin de lui, tellement.

- Donne-moi ta main Ron, ils vont arriver. Allez regarde-moi.

- Je ne veux plus. Je ne peux plus.

- Ron, s'il te plait accroche-toi.

- Pourquoi faire ? Il ne croit même pas en moi.

- Tu crois en vous putain, Ron je t'en supplie prend ma main. Tu veux m'abandonner bébé ? Tu ne veux plus te battre même pour nous ?

Les yeux bleus pleins de larmes de Ron s'ouvrent dans la nuit, accrochant le regard suppliant et fatigué de Draco.

- Je crèverais quand tu sortiras, murmure le roux épuisé.

- Je te l'interdis !

- Draco, hurle une voix dans une cellule plus loin, je les sens arriver.

- Tu es en contact avec Pansy ?

- Oui, c'est bon pour nous.

- Ron, donne-moi ta main.

- Je l'aime tellement Draco, et il les a laissé nous enfermer.

- Bébé, s'il te plait.

D'un coup, le corps de Draco se raidit alors que la température s'abaisse d'un coup et que la sensation de mort, de peur, et d'étouffement se fait plus présente. Les doigts du blond se tendent d'avantage pour attraper ceux de Ron.

- Ron, ils sont là. Donne-moi ta main.

Le roux étouffe un sanglot avant de glisser ses doigts dans ceux de Draco, comme trois fois par jour lors de la ronde des détraqueurs.

- Rallume la flamme qui fait battre ton cœur et ne me lâche pas.

- Je t'aime Draco.

- Moi aussi je t'aime bébé.

La poigne se fait plus dure alors que chacun ferme les yeux, essayant de faire passer le maximum de chaleur entre leur corps, et de résister à la détresse que ces monstres font passer, se plongeant dans le semblant de bonheur restant au fond, tout au fond de leur cœur.

Ron se réveille en sursaut, se relevant précipitamment avant de se laisser retomber sur le matelas sa main porté sur son front.

- Ma tête, gémit-il plaintivement.

Ses doigts se mettent doucement à faire des cercles sur ses tempes pour apaiser son mal de crâne mais en vain. Après quelques minutes à s'habituer à la douleur, à sa désagréable impression d'avoir l'estomac retourné et au gout amer de vomi restant dans sa bouche, il finit par se lever se dirigeant vers la salle de bain où son reflet le fait reculer. Yeux rouges, cheveux détachés et emmêlés, sa barbe toujours présente. Merde il est vraiment pitoyable, et les brides de souvenirs lui revenant de sa soirée d'hier soir le lui confirment un peu plus. Minable. Par besoin de calmants il descend en bas, dans la cuisine, où il y retrouve Draco et Harry. Ouai, il avait presque oublié.

Sans dire un mot, il se sert un verre d'eau attrapant une aspirine avant de s'asseoir, ses mains reprenant leurs massages sur ses tempes. Putain de gueule de bois.

- Comment te sens-tu ?

- A ton avis ? grogne le roux.

- Pourquoi tu as bu autant ?

- Peut-être que j'en avais besoin.

- Pourquoi tu n'as pas attendu Pansy pour rentrer ?

- Draco, juste lâche-moi. J'ai mal à la tête, et je n'ai rien à dire.

Le silence se fait dans la pièce. Draco s'assoit, alors qu'Harry se lève.

- Je vais y aller.

- Tu peux rester Harry, t'es chez toi aussi ici.

- Non, non je vais y aller. J'ai du travail de toute façon.

Ron ne relève rien, il ne regarde même pas les deux autres personnes présentes dans la pièce. Il se masse simplement les tempes essayant d'oublier toute sa vie entière. Toujours aussi blessé, à fleur de peau et les larmes aux bords des yeux, Harry s'avance maladroitement vers Draco pour lui dire au revoir. Malheureusement trop maladroitement. Sa main tremblante s'appuie sur la table la faisant chanceler et renverser le verre de Ron sur son jean. Le roux se lève brusquement, énervé.

- Putain mais tu ne peux pas faire attention ?

- Pardon… Ron, pardon je suis désolé. Excuse-moi… je…

- Mais casse-toi, bordel. Juste casse-toi de cette maison, de ma vie. Barre-toi.

- Ron…

- Dégage !

Draco reste silencieux, il ne veut pas rentrer là dedans.

- Je te demande pardon.

Ron ne répond rien, il le regarde juste vraiment pour la première fois, avant de fermer les yeux et de se lever pour s'enfuir à l'étage. Harry soupire une énième fois, serrant le poing pour éviter à nouveau à ses larmes de couler.

- Ça passera, je te promets. Il finira par passer au dessus de tout ça.

- J'y crois plus…

- Est-ce que tu vois quelqu'un en ce moment ?

- Quoi ? Non, bien sur que non.

- Peut-être que tu devrais.

- Mais pourquoi tu me dis ça, tu sais très bien que…

- Il serait possible que Ron ne supporte pas de te perdre à nouveau, et tout ça devant ses yeux.

- Je ne ferais jamais ça. Je l'ai déjà assez détruit, et je pense qu'il m'a vraiment oublié !

- Je t'assure que non !

- Mais putain, tu ne sais pas ce qu'il a vécu pendant sa dernière année. Cette haine dans sa voix, elle est réelle.

- Cette haine comme tu dis, elle le préserve. Il essaie juste de se protéger de tous les sentiments à ton égard qu'il veut cacher.

- Je déteste l'espoir que tu fais naître en moi !

- Harry…

- Je serais incapable de faire semblant.

- D'accord, excuse-moi de l'idée. C'est juste, putain je ne sais plus comment faire. Je sais que le problème c'est toi. Il a tellement mal de t'aimer, il transforme ça en haine parce qu'il souffre que tu n'aies pas cru en lui et qu'il a passé quatre ans enfermé là-bas. S'il prenait confiance, s'il essayait de se relever, de passer à autre chose, d'avancer et d'arrêter de se voiler la face. Putain ça serait tellement plus simple. Je sais plus quoi faire, et ça me tue de le voir autant souffrir.

Harry soupire fortement passant une main dans sa chevelure brune. Il est épuisé de tout. Il est épuisé de s'être battu pendant deux ans pour avoir essayé de faire sortir ses amis de prison après avoir compris qu'ils ne leur avaient pas menti en se disant espion. Il est épuisé d'avoir imaginé la douleur et la souffrance de Ron. Il est épuisé de se battre contre lui. Il est épuisé de l'aimer toujours autant et toujours plus fort après toutes ces années. Il est épuisé qu'après tout ce temps ils ne se soient pas encore trouvé. Il est épuisé de voir qu'ils se détruisent tous les deux.

- Je viendrais mercredi soir, avec un ami. Il est gentil, intelligent, très beau mais surtout très gay. Il m'aime beaucoup, vraiment beaucoup.

- Bien.

- Fait en sorte que Ron soit là.

- Il sera là.

- J'espère que ça va marcher. Putain je veux juste… si ça ne marche pas, si…

- Ça marchera. Ça doit marcher.

- Draco je te fais confiance. Tu le connais mieux que moi maintenant. Il t'aime tellement, tu l'as maintenu en vie pendant ces quatre années. J'ai besoin de lui, j'ai besoin qu'il me pardonne et qu'il me croit. Je veux juste que ça marche, même s'il ne m'aime plus, même s'il me déteste vraiment, je veux qu'il aille mieux putain.

Draco se lève venant enlacer son ami avant de le laisser s'en aller et de rejoindre Ron en haut, allonger sur son lit, le corps tremblant des sanglots qu'il laisse échapper. Le blond se précipite près de lui et s'allonge à ses côtés pour le prendre dans ses bras.

- Bébé, je déteste te voir comme ça, je déteste voir que tu vas mal. Raconte-moi, s'il te plait raconte-moi tout ce qu'il a pu se passer après notre départ.

- J'ai mal Draco. Pourquoi rien ne cesse ? Pourquoi mon cœur continue de souffrir autant. J'ai l'impression de suffoquer et de ne rien contrôler. J'ai la tête qui va exploser. Je supporte plus, je veux que tout s'arrête, je veux qu'il disparaisse de ma vie.

- Oh Ron…

- Rien que ses yeux me tuent d'avantage. Ça ne s'est pas éteint, ça s'est même amplifié. J'étouffe de lui. Je veux tellement le haïr. Mais je ne peux pas Draco, je n'y arrive pas ! Je me noie dans sa voix, dans son regard, dans son odeur. Je crève. Je veux crever. Je n'en peux plus.

- Ron, je suis là. Tout va se réparer, je te le promets. Laisse-le t'expliquer. Il faut que vous parliez tous les deux.

- Non… non, non. Il m'a laissé Draco.

- Je sais bébé, mais tu l'aimes.

- J'ai mal, je ne supporte plus. J'ai tellement mal.

Draco ressert son étreinte sur son ami, encerclant sa taille, caressant son dos pour l'apaiser, frictionnant tendrement sa chevelure rousse. Il le berce doucement, embrassant sa tempe à plusieurs reprises.

- Je voudrais tellement réparer ton cœur, te faire oublier toute cette souffrance. J'aimerais tellement comprendre tout ce qu'il a pu se passer après notre départ et que tu te confies à moi.

- Ne m'oblige pas, je t'en pris ne m'y oblige pas.

- Je te demande pardon pour cette semaine où tu as pu croire que je t'avais abandonné. Jamais, tu sais, jamais. Tu ne seras jamais seul, je serais toujours là. Je te l'ai juré et je te le jure à nouveau. Je te protègerais de tout.

- Moi aussi je te demande pardon pour hier.

- Je t'aime tellement bébé.

Ron sourit à travers ses larmes, embrassant la peau du cou du blond, avant de trouver le chemin de ses lèvres, qu'il ne lâche pas pendant plusieurs secondes. Mais il finit par se rallonger dans les bras de l'ancien Serpentard, lui répétant à plusieurs reprises que lui aussi l'aime.

Les jours sont passés plus ou moins rapidement. Draco a reprit Ron en main. Ils ont parlés des heures et des heures tous les deux, mettant certaines choses à plats. Et le roux a eu le déclic que Draco attendait. Reprendre sa vie en main, combattre ses anciens démons. Recommencer, se reconstruire. Surtout oublier. Et même si le blond ne désirait pas une des résolutions que l'ancien Gryffondor à pris, il l'accepte parce qu'il sait, il espère que Ron se trompe et qu'il craquera. Oublier Potter, c'est impossible. Draco sait bien, que Ron l'aime beaucoup trop pour le railler de son cœur comme ça.

Alors Ron redémarre doucement. Il se lève tous les matins de bonne heure, allant courir avant de prendre une bonne douche, de s'habiller correctement et de prendre le bus magique pour aller travailler chez son frère où il a été embauché jusqu'à ce que son année de cours du soir soit terminée. Année qu'il a d'ailleurs commencé. Ainsi il commence de bonne heure, et finit tard le soir, tout ça sous l'œil vigilant de Draco qui a peur de le voir s'épuiser trop vite, surtout que niveau appétit il a gardé ses habitudes de prisonniers à ne manger que très peu et trop peu souvent.

C'est ainsi que le mercredi soir arrive, stressant d'avantage Draco face à l'ignorance total de Ron sur la prononciation du prénom Harry. Blaise et Pansy sont sortis, un diner en amoureux pour se retrouver un peu, ce qu'ils n'ont pu que très peu faire depuis l'arrivée du roux. Théo lui n'a pas pu se libérer de son travail. Alors l'ancien Serpentard attend dans le salon, un livre entre les mains, qu'il ne lit même pas, ses yeux plutôt fixés sur la silhouette désirable de Ron, révisant les quelques cours qu'il a déjà eu.

Son corps serré dans un jean propre et bien taillé, son torse moulé dans un marcel blanc faisant ressortir joliment sa musculature reprenant doucement forme, ses cheveux roux et lisses toujours aussi long, tombant sur ses épaules, son visage concentré maintenant imberbe. Seul hic, qui dérange beaucoup de monde, sa marque encrée dans la peau exposée à la vue de tous. Draco le revoit quelques années en arrière pleurer silencieusement après s'être fait marquer, ou la cacher le plus possible alors qu'eux, Pansy Draco et Blaise la montrait fièrement, jouant leur rôle d'espions à fond. Ron lui ne voulait pas l'exposer aux yeux des autres, surtout à ceux d'Hermione et d'Harry. Et maintenant les rôles s'inversent. Ron n'en n'a absolument plus honte, l'exposant fièrement alors que les autres la cache sous un bandage permanent.

- Hey, Draco ça va ?

- Pardon ?

- Tu me fixes depuis plusieurs minutes, il y a un problème ?

- Je me disais juste que tu étais vraiment beau !

Ron reste figé avant d'éclater d'un rire franc, faisant sourire Draco jusqu'aux oreilles.

- Je ne t'ai pas entendu rire depuis… tellement longtemps.

- Draco, arrête tes conneries.

- Je te promets, si je n'aimais pas Théo à en crever je te ferais l'amour sur le champ.

Ron se raidit, son sourire disparaissant, laissant place à un visage vide et pâle.

- Je n'aime pas ton humour Draco. Je n'aime vraiment pas. Ça ne me fait pas rire, alors juste arrête ça.

Le blond se sent d'un coup stupide, alors il se lève s'approchant de son ami.

- Bébé excuse moi, je rigolais. Je ne voulais pas… Je ne pensais pas que tu le prendrais mal. Excuse-moi putain je suis stupide.

- Je sais Draco, mais ne recommence pas.

- Non, bien sur que non. Je voulais juste que tu comprennes, tu es vraiment beau et désirable.

- Draco arrête…

- Ron… ?

- Arrête ! Ne parle pas de mon corps, ne parle pas de…

- D'accord, excuse-moi. Je suis désolé.

Le roux ferme quelques secondes les yeux se laissant enlacer par l'ancien Serpentard, profitant de sa chaleur rassurante, de ce petit bonheur qui lui apporte juste par sa présence et par son amour.

- Désolé de réagir comme ça, d'être distant, d'être moi.

- Non Ron, je m'excuse. C'est un sujet stupide, et je ne devrais pas en blaguer avec toi. Tu n'as personne, moi j'ai Théo et je te sors des trucs de merde de ce genre.

- Ce n'est pas ça Draco, putain, ce n'est vraiment pas ça. Mais cessons d'en parler d'accord ?

Pour mettre un terme à la conversation, Ron embrasse les lèvres de son vis-à-vis avant de se diriger vers la cuisine.

- J'ai faim tu viens ?

Draco le suit, réfléchissant à toute vitesse, se demandant si son attitude n'a pas avoir avec le reste. Alors il prie espérant se tromper, parce qu'il ne supporterait pas qu'on ait pu toucher le corps de Ron d'une mal façon. Si c'est le cas, putain si c'est le cas, s'ils lui ont fait du mal, après qu'ils soient partis, putain s'ils l'ont détruit, s'ils ont abusé de son corps… bordel !

Mais le blond essaie de se calmer parce qu'il sait que Ron ne veut pas en parler, pas maintenant en tout cas. Alors il inspire fortement avant d'expirer, et de pénétrer dans la cuisine, où il s'arrête net sursautant à la vision d'Harry et de son ami déjà arrivé. Ron lui est figé contre le mur, ses yeux passant de l'inconnu à l'ancien Gryffondor, qui à la vision du blond retrouve le sourire.

- Draco…

- Harry, ça va ?

- On était dans le coin avec Alexandre, alors je pensais qu'on pourrait passer vous voir.

- Installez-vous.

- Ron, c'est Alexandre un ami de travail d'Harry.

Le roux daigne lever les yeux vers le nouvel arrivant qui lui ne fait pas un pas, ses yeux fixés sur le bras gauche de Ron. Ce dernier comprenant son dégout, se met à rire doucement secouant la tête face à cette débilité de mec.

- Salut, dit froidement le nouveau.

- Potter ne t'a pas prévenu ? Tu es malheureusement dans l'appartement de quatre anciens Mangemorts. Protège ton petit cul, sait-on jamais !

- T'inquiètes pas Harry y fait assez attention comme ça.

Ron sursaute, alors qu'un silence se fait, Harry et Draco comprennent que le moment est venu. Le roux sert les poings comprenant d'un coup beaucoup de choses à la situation.

- Je vois.

- Harry, on peut rentrer, je ne suis pas très à l'aise ici.

- Tu ne lui dis pas grand chose à ton… copain Potter.

- Ron…

- Alex, c'étaient des espions.

- Bien sur. Tous ceux qui se font enfermés là-bas le disent.

Draco crispe les poings, se retenant de balancer une remarque. Il ne supporte pas ça. Il déteste ça même qu'on puisse insinuer qu'ils étaient des criminels.

- On reste juste un peu, fait moi confiance. Tu ne risques absolument rien, je t'assure.

- D'accord.

Alex sourit faiblement s'asseyant aux côtés d'Harry en face de Draco et fixant Ron assit sur le plan de travail.

- Est-ce que tu vas bien Ron ? Ta semaine ?

- On se voit demain, alors pourquoi tu me demandes ?

- Je, oui désolé.

Ron sert les dents, crispant sa main sur le verre d'eau qu'il tient, alors qu'il regarde les doigts de cet Alexandre aller et venir sur la cuisse et le dos d'Harry venant coller de temps à autre son nez dans son cou, respirant son odeur et embrassant sa peau.

- Les autres ne sont pas là ?

- Blaise et Pansy sont sortis en amoureux et Théo est encore au boulot. Vous avez mangé ?

- Oui, oui.

- D'accord. On se boit un verre ?

Le blond sort une bouteille servant trois verres de whisky pur feu.

- Ron ?

- Non pas d'alcool merci.

Les voyant s'embrasser, Ron ne se contrôle plus. Il se remet d'un coup sur ses pieds, se tournant vers un meuble de la cuisine pour respirer un bon coup et éviter de s'énerver.

- Vous êtes ensembles depuis longtemps ?

- Pardon ? sursaute Harry.

- Oui depuis plusieurs mois, sourie le « pseudo » petit ami tout fier.

Le dernier pilier de Ron s'écroule. « Depuis plusieurs mois », ça tue putain, ça fait mal, tel un couteau en plein cœur. Ça t'explose au cerveau comme une évidence de tellement de choses. Il aimerait se laisser tomber au sol et pleurer, pleurer, pleurer, jusqu'à ne plus pouvoir respirer, jusqu'à en crever.

Retenant ses larmes et cherchant son souffle, il quitte précipitamment la pièce montant à l'étage, avant de se laisser glisser contre le mur de sa chambre. Inspirer, expirer. Il ne fait que ça, se concentrant pour oublier la douleur qui lui lacère le cœur. Puis pris d'une soudaine pulsion, il se lève attrapant un sac où il y fourre plusieurs vêtements et accessoires de toilettes avant de redescendre en bas.

- Ron qu'est ce que tu fais ?

- J'ai besoin de… Je, je vais chez mes parents quelques jours.

- Ron…

- Je vais utiliser la cheminée.

- Ron attend, qu'est ce que tu as ?

Mais le roux est déjà parti dans le salon, s'engouffrant dans le foyer de la cheminée, de la poudre en main.

- Je t'aime Draco.

- Bébé attend!

Mais Ron a déjà disparu, laissant Draco et Harry en plein milieu de la pièce. Un lourd silence prend place, vite brisé par l'arrivée d'Alexandre.

- Harry, il y a un problème ? Qu'est ce qui se passe ?

- Rien. On va rentrer. Enfin je vais te ramener chez toi.

- Mais on devait passer la soirée ensemble !

- Je sais. Désolé. On remettra ça d'accord ?

- Ok. De toute façon je ne vais pas te forcer.

Harry répond à peine, plus occupé à fixer Draco et à comprendre leur discussion silencieuse. L'étranger s'approche venant enlacer la main du brun, lui montrant ainsi qu'il est prêt à transplaner.

- Draco, on se voit dans les jours à venir.

- Oui. Il a besoin de toi Harry.

- Merci.

Les deux se sourient avant que l'ancien Gryffondor ne transplane accompagné de son ami. Draco se laisse tomber dans un fauteuil, sa tête partant en arrière. Il doit oublier cette soirée, ou plutôt non, il doit s'en rappeler et surtout le faire rappeler à Ron et le plus tôt possible serait le mieux.

Ron est allongé sur son lit, ses yeux fixant le plafond immaculé de blanc, vide, seul les traces de scotchs y restant sont les seuls souvenirs des photos encore accrochées un peu plus tôt dans la matinée. Il se rappelle chaque seconde du jour où il les avait collées, un sourire aux lèvres, la joie emplissant encore son cœur à cette période. Harry était avec lui ce jour là, allongé l'un à côté de l'autre, riant à gorge déployée, alors qu'ils regardaient les images se rappelant des souvenirs heureux pour un, parfois plus honteux pour l'autre. Tout ça dans une tension agréable, parfois gênante mais toujours suggestive. Chacun des deux savaient sans jamais rien se dire, c'était à qui ferait le premier pas, qui n'a finalement jamais été fait car trois jours plus tard Dumbledore demandait à Ron de servir Voldemort en tant qu'espion. Le roux s'est finalement dis que c'était mieux ainsi, parce que s'il lui avait tout avoué, s'il avait une seule fois gouté à ses lèvres pour après faire semblant de le haïr et de le trahir il n'aurait surement pas été crédible, et puis il en serait mort probablement. Et même si les photos sont rangées, même si la chambre est vide de toute trace de leur ancienne amitié, même s'il ferme à présent les yeux, il ne peut pas s'empêcher de revoir les deux yeux verts le fixer comme lors de cette journée particulière. Des minutes, peut-être même des heures où ils avaient gardés leurs yeux encrés dans ceux de l'autre, avant qu'Harry ne se rapproche de lui et vienne poser sa tête sur son épaule, son nez dans son cou. Putain que ça avait été bon, et qu'est ce qu'il avait pu se retenir pour ne pas lui violer la bouche à ce moment.

Bordel. Ron se lève d'un pas trébuchant, se maudissant d'y repenser une nouvelle fois. Bordel de merde ouai.

Ron était arrivé hier soir en trombe au Terrier, les larmes aux bords des yeux. Il était simplement monté à l'étage et s'était allongé essayant de trouver le sommeil, ne répondant pas aux appels désespérés de ses parents derrière la porte. Finalement vers 4h00 du matin il s'était relevé d'un bond et avait arraché les photos qui l'empêchaient de fermer un œil. Le cœur battant plus vite, et la respiration haletante il avait finit par se recoucher après avoir laissé glisser une larme et avait finalement rejoint Morphée.

Enfin pour le moment, le soleil brillant toujours dan le ciel, Ron tourne en rond. Il a rendez-vous avec Potter aujourd'hui, mais il n'y est toujours pas allé. Et les heures passent. Est-ce le courage qui lui manque ou a-t-il simplement peur de se retrouver à nouveau face à lui et de ressentir un peu plus fortement tout ce qu'il a pu essayer d'effacer et d'oublier ?

- Ron, mon chéri. Il sera bientôt trop tard, et je ne veux pas que tu loupes un entretien, c'est important.

- Maman, je ne veux pas y aller, répond le roux en ouvrant sa porte.

- Ron, tu sais que tu dois y aller, je ne veux pas qu'on puisse te renvoyer là-bas.

- Tu sais que Potter n'oserait pas.

- Harry, Ron, Harry.

- Peu importe.

- Toutes les décisions ne viennent pas de lui, il y a des gens au dessus qui vérifie, il ne pourra pas te couvrir éternellement.

- Je ne sais pas.

- S'il te plait, fait le pour nous.

- D'accord. D'accord.

Ron attrape une veste, attachant sa chevelure avant de se rapprocher de sa mère pour venir se blottir dans ses bras. La maman sourit embrassant le front de son fils avant de les faire transplaner dans le département des Aurors.

- Ne soit pas obliger de m'attendre, je me débrouillerais pour rentrer.

- Tu es sur ?

- Oui, oui. A tout à l'heure.

Molly disparait, laissant Ron se diriger d'un pas mal assuré vers le bureau de son ancien ami. Il met plusieurs minutes avant de finalement frapper, et d'entrer dans la pièce après avoir reçu l'autorisation.

- Ron, tu es venu.

- Ça t'étonne Potter ?

- Vu comment tu es parti hier, oui.

- Tout ne tourne pas autour de toi, mais peut-être que la célébrité te l'a fait oublier.

- Non, je le sais.

Un silence prend place, alors que Ron s'assoit enlevant sa veste dévoilant ainsi une nouvelle fois sa marque à la vue d'Harry.

- Comment tu vas ?

- Bien, enfin mieux.

- Comment ça mieux ?

- Je travaille avec George et j'ai commencé à suivre mes cours du soir. Ça m'occupe et je retrouve la civilisation.

- C'est bien. Et ça te plait ?

- Les cours sont passionnants et travailler avec mon frère j'aime ça, mais entendre des personnes refuser que je les serve à cause d'une putain de marque sur mon bras, met mes nerfs à rudes épreuves.

- Peut-être devrais-tu la cacher ?

- Pardon ?

- Je veux dire…

- Je n'ai absolument pas honte de cette marque et de ce que j'ai accompli à cause d'elle. Compris ? Et si personne n'ouvre les yeux pour le voir, ou pour le comprendre, je m'en tape. C'est leur problème pas le mien. Je me suis battu pour cette liberté plus que les trois quart de ceux qui m'insultent ou me crachent à la gueule. Alors qu'ils aient peur de ma marque, qu'ils soient dégoutés ou qu'ils me voient comme un criminel, franchement je m'en moque tellement. Ce sont eux et leur attitude qui me dégoutent.

- Je sais Ron, je comprends et je pense la même chose.

- Tu me comprends Potter ? Sérieusement tu me comprends ? Comment peux-tu oser dire ça ?

- Ce que je veux dire c'est que…

- Peu importe, je m'en fou.

- D'a-d'accord.

Harry passe une main dans ses cheveux, cherchant à cacher les tremblements de sa main. Pourquoi se sent-il toujours si faible face au roux. Pourquoi est-ce aussi compliquer ?

- Pourquoi es-tu parti hier ?

- J'avais besoin de voir mes parents.

- Tu sais très bien que c'est faux.

- Lâche-moi Potter.

Le brun baisse les yeux se reculant dans son fauteuil.

- Tu me détestes réellement Ron ?

- Je vais y aller Potter. Juste je vais y aller.

- Répond-moi.

- A la semaine prochaine.

- Ron, je t'en pris, dis-le moi.

Mais le roux est déjà debout, la main sur la poignée, ouvrant la porte avant de s'engouffrer dans le hall. Il ne veut pas répondre à cette question, il ne veut pas comprendre que s'il lui dit à nouveau le détester ce sera un putain de mensonge. Alors il s'avance dans le couloir, il ne se retourne pas à l'entente de son prénom. La voix d'Harry comme il a pu espérer l'entendre pendant ces quatre années. Mais lorsqu'il entend son prénom entier dit d'une voix obscène qu'il reconnaitrait entre toutes, il s'arrête net, son sang se glaçant d'un seul coup. Est-ce qu'en un claquement de doigt quelqu'un la renvoyé là-bas ? Putain de merde, il veut mourir, il veut s'enfuir, il veut oublier cette voix et tout ce qui va avec. Malheureusement il se retourne, malheureusement ce n'est pas un rêve, malheureusement il est là, malheureusement il le regarde se léchant les lèvres comme il le faisait à chaque fois, malheureusement il sourit, malheureusement c'est vrai.

Ron recule brutalement à la vue de ses yeux malsains, pervers et dégueulasses. Son corps ne répond plus restant immobile, il se met seulement à trembler alors que son cœur explose de douleur et de terreur. Son cerveau décroche, s'embrouillant oubliant qu'il est dans le département des Aurors, se revoyant simplement nu dans ces douches, cette horreur en face de lui approchant doucement, tout doucement. Lui ne pouvait que reculer, que se plaquer contre le mur, qu'attendre. Impossibilité de s'échapper. A force il avait pris l'habitude, alors simplement il fermait les yeux, il ne pleurait plus, il n'avait simplement plus aucune larmes à verser. Oui il se laissait se faire retourner violement avant de sentir la déchirure dans tout son corps, comme chaque semaine. Cette brulure si intense qui lui donnait l'impression de glisser dans les ténèbres, cette brulure qui lui confirmait à chaque fois son envie de mourir. Et là, à cet instant, il la sentait venir cette brulure, il la sentait pénétrer à nouveau son corps tout doucement. Cette souffrance tellement insupportable, qui te détruit, qui te rend inhumain, honteux, faible et dégueulasse.

- Ronald, mon petit Ronald, je te manque tellement que tu viens le jour de la nouvelle enquête qui se fait sur moi.

- Greyback, articule le roux d'une voix tremblante.

Les Aurors l'entourant tirent ses chaines pour, l'empêcher de s'avancer vers Ron. Mais la force du Loup Garou est trop importante et en quelques secondes il se retrouve à quelques centimètres de l'ancien Gryffondor qui recule violement percutant le mur le faisant tomber au sol. Ses jambes se replient brutalement contre son torse, enfouissant sa tête dans ses genoux alors qu'il se met à trembler plus fortement, des larmes dévalant déjà ses joues. Son corps se met à se balancer d'avant en arrière, comme dans un rituel fou. Il a mal, il ne veut plus entendre sa voix, il ne veut plus voir ses yeux qui le dégoutent. Il le hait, mais il se hait encore plus, il se répugne. Il veut mourir.

- Ton petit cul me manque Ronald, si tu savais. Ma queue n'a plus rien n'a comblé.

- Arrête, arrête, supplie l'ancien prisonnier.

- Tu reviendras, et je te jure cette fois je te marquerais. Je te mordrais si profond que la marque des ténèbres ne sera qu'un banal tatouage à côté.

Ron se crispe d'avantage. Qu'on le sorte de là, qu'on le sorte de là maintenant, tout de suite. Son cœur va exploser, il va crever.

- Écartez-le de lui, maintenant ! hurle une voix.

S'en réellement comprendre il sent le poids sur son cœur s'alléger. Mais Ron continue de pleurer, et d'avantage lorsqu'il reconnait Harry le protéger, lancer des sorts contre Greyback pour le bloquer un peu plus et le faire disparaître dans une autre salle. Harry. Il a tellement espéré que ce genre de scènes arrive, qu'il vienne le sauver là comme ça, sortant de nulle part, qu'il le défende bec et ongles l'entourant de ses bras pour le calmer, lui murmurant et lui répétant que tout ira bien maintenant. Alors lorsqu'il sent ses mains se lier aux siennes, pour le prendre contre lui, il ne peut pas s'empêcher de pleurer encore d'avantage, murmurant son prénom, qu'il a tend de fois hurler dans cette maudite cellule, dans ses maudites douches. Merde. Qu'on le laisse tranquille, qu'on le laisse oublier.

- Je suis là, Ron. Je suis là.

Harry ressert d'avantage son étreinte sur le corps tremblant et parcourut de spasmes du roux. Combien de fois a-t-il pu rêver de l'avoir contre lui une nouvelle fois ? Il ne sait plus. Mais en tout cas pas dans ses conditions. Et qu'il peut se sentir coupable de son état, qu'il peut s'en vouloir, qu'il peut se détester. Merde, putain de merde il voudrait mourir plutôt que le voir comme ça et de savoir que ce qu'il a entendu de la bouche de Greyback soit vrai.

Désirant désormais le protéger plus que n'importe quoi d'autre, le brun transplane emportant le corps résigné de l'ancien prisonnier avec lui.

L'arrivée dans son appartement se fait plutôt brutale. Les deux corps s'écroulent au sol, Ron trop déconnecté pour ressentir la moindre douleur ou le moindre énervement par ce manque de tact. Non, il continue juste de pleurer, son corps n'ayant toujours pas cessé de trembler. Et le fait d'être à présent allongé sur un lit recouvert d'une couverture ne change absolument rien.

- Ron…

L'appelé ne répond rien, il n'entend plus grand-chose de toute manière. Son cerveau ne répond plus et son corps explosé ne lui permettent pas de le reconnecté avec la réalité. Mais la seule chose qu'il ressent, c'est la main d'Harry quittant la sienne lorsqu'il se lève désireux d'aller envoyer une lettre à Draco pour le faire venir.

- Non, supplie-t-il retenant son bras.

Alors le brun glisse ses doigts sur la peau de son visage avant de s'allonger près de lui et de venir à nouveau l'enlacer.


Alors alors?

J'ai posté beaucoup plus long pour rattraper mon retard. Faut dire que je bosse sur un autre os en ce moment qui me prend pas mal de temps.

Bref la suite le plus tôt possible.