Bonsoir

Tardivement mais vaillament, voilà le nouveau chapitre. C'est de ma faute, PumpkinSpy était dans le temps mais moi j'ai eu des difficultés à écrire mes parties.

Merci Kirito pour ton retour. Raj évolue positivement, c'est tout ce que je vais dire. Jace est un parfait meilleur ami, on aime beaucoup notre Jace en toute modestie. Le pairing Ragnor/Raph gagne à être connu.

Merci à tous pour votre soutien et votre fidélité à notre fiction.

Bonne lecture à tous !


7.

Trois semaines plus tard.

Alec était bien. Reposé et serein. A travers ses paupières fermées, il pouvait sentir la chaleur du soleil envahir la pièce et illuminer progressivement la chambre. Habituellement, il se serait redressé, aurait caressé la tête de Lucky et se serait transféré sur son fauteuil. C'était devenu son rituel matinal depuis qu'il avait perdu l'usage de ses jambes. Alec aimait les habitudes et aimait s'y tenir. Il détestait les surprises et les imprévues.

Pourtant, ce matin il était prêt à faire une exception et à rester dans son lit avec le corps de Magnus serré contre lui.

Se réveiller aux côtés de l'indonésien était une habitude qu'il pourrait prendre très facilement.

_ Bonjour, chuchota Magnus en relevant légèrement la tête pour déposer un baiser sur les lèvres d'Alec.

_ Bonjour étranger, sourit Alec en serrant un peu plus Magnus contre lui.

Cela faisait un peu plus d'une semaine qu'ils ne s'étaient pas vus et Alec reconnaissait bien volontiers que Magnus lui avait manqué.

Le médecin avait commencé à travailler exclusivement de nuit et peinait encore à trouver son rythme.

L'absence de nouvelles et le manque de Magnus avaient fait ressortir ses incertitudes et Alec s'était retrouvé à s'interroger et à paniquer. En désespoir de cause, il avait envoyé des sms au médecin en essayant de paraître détaché et très serein sur la situation. Visiblement, il avait échoué parce que Magnus l'avait appelé pour le rassurer et pour entendre le son de sa voix. L'indonésien lui avait avoué sans détour qu'il lui manquait et Alec avait répondu du bout des lèvres qu'il était dans le même état. Magnus avait promis de passer le voir dès qu'il aurait des jours de repos.

Une promesse qu'il avait tenu s'il se fiait au corps blotti tout contre lui.

_ Comment tu vas ?, demanda Alec en allant brosser les cheveux de l'indonésien.

Magnus se pelotonna un peu plus contre lui.

_ Fatigué mais heureux d'être là, lâcha avec douceur le médecin en caressant une des joues du pompier avec son pouce appréciant de sentir la barbe douce d'Alec. Je compte passer ma journée au lit, avec toi de préférence, pouffa Magnus en allant l'embrasser une seconde fois.

Alec secoua la tête, amusé par l'attitude de son compagnon. Il peinait encore à accepter son nouveau corps et en avait honte préférant se cacher de tous. Il s'était attendu à ressentir de la honte et un profond malaise en trouvant Magnus à ses côtés à son réveil mais certainement pas ce sentiment de sérénité. Son corps était totalement couvert par son pyjama certes mais il se sentait bien comme si avoir Magnus dans ses bras, dans son lit était le synonyme de maison pour lui.

Magnus était son tout : sa maison, la moitié de son âme, celui pour qui son cœur battait, celui sur qui il pouvait se reposer. L'homme qui chassait ses démons et ses peurs. Celui qu'il avait attendu toute sa vie. Celui qui l'acceptait tel qu'il était.

_ Comment tu as rencontré Ragnor ?, l'interrogea le pompier avec curiosité.

Il était toujours avide d'apprendre à connaître son compagnon.

_ Par internet, répondit Magnus. Je cherchais un endroit où vivre et son annonce pour une colocation m'a tout de suite intéressé. On a discuté pendant des mois avant mon arrivée. Les derniers temps, on s'échangeait des emails presque quotidiennement.

_ Vous êtes bien assorti je trouve, dévoila Alec. La tendresse entre vous est flagrante. Il t'adore et tu lui rends bien.

_ C'est mon meilleur ami, confirma Magnus. Par moment, j'ai l'impression qu'on se connaît depuis des années . Je sais que je peux compter sur lui et la réciproque est vraie, il pourra toujours compter sur moi.

_ Comme Jace et moi, sourit Alec. Ça ne s'explique pas, il y a des personnes qui entrent dans ta vie et tu sais tout simplement. Tu sais qu'elles seront toujours là. C'est ce que j'ai ressenti aussi quand on s'est rencontré, je ne savais pas ce que c'était mais il y avait quelque chose.

Magnus se redressa légèrement pour aller poser son menton sur le torse d'Alec. Les prunelles azur du pompier brillaient de sentiments si intenses que Magnus eut l'impression de se confronter à son propre regard. L'amour qu'il décelait dans les si belles orbes de son compagnon fit accélérer son cœur et naître une multitude de fourmillements sur son corps. Alors Magnus se pencha et alla déposer un baiser ardent sur les lèvres d'Alec.

Un baiser plein de promesses criant d'amour et de tendresse.

Alec lui rendit son baiser et taquina du bout de la langue les lèvres de son compagnon en quémandant plus. Magnus s'allongea presque sur lui et laissa ses doigts parcourir les cheveux d'Alec et tirer légèrement dessus. Dieu que c'était bon de s'abandonner à ce baiser, de voir Alec s'ouvrir à lui, de l'autoriser à l'aimer en plein jour et non plus dans l'ombre avec des regards dérobés.

A bout de souffle, Alec se détacha des lèvres de Magnus pour déposer un baiser sur la joue de l'indonésien et son front.

_ On devrait s'arrêter là avant que tu ne causes ma mort, chuchota Alec en posant son front contre celui de Magnus.

_ Ça dépend, on parle de la petite mort ?, pouffa Magnus. Parce que ce que je sens contre ma jambe m'intéresse au plus au point.

Les joues d'Alec se colorèrent de rouge amenant un sourire canaille sur les lèvres de Magnus. Bien sûr qu'ils n'étaient pas prêt tout les deux pour passer à l'étape sexe. Leur relation était encore nouvelle et fleurissante mais c'était flatteur de voir et de ressentir le désir de son compagnon. Se sentir désiré, c'était tout ce qu'il souhaitait à cet instant.

_ Mags..., grommela Alec en baissant les yeux soudainement gêné.

Magnus fronça des sourcils et força Alec à le regarder. Ce qu'il lisait dans le regard de son compagnon ne lui plaisait absolument pas. Derrière le désir, Magnus pouvait clairement entrapercevoir de la culpabilité. Comme si Alec se sentait honteux de ressentir du désir et c'était quelque chose que Magnus ne voulait pas voir dans les beaux yeux du pompier.

Il n'y avait pas de honte à désirer une personne.

_ J'aime le sexe Alexander, confia Magnus. J'aime en parler et exprimer mes désirs. Confier à mon partenaire ce que j'aime ou n'aime pas ou encore ce que j'aimerai essayer ou pas. J'aime donner autant que je ne reçois si ce n'est même plus. Je prends mon pied pendant les préliminaires à découvrir le corps de mon partenaire, à l'embraser, le titiller. L'amener à un point de non-retour. J'aime vraiment ça. Alors je ne veux pas que tu te sente gêné avec moi. Jamais. Je veux que tu te sente libre de t'exprimer.

Le rougissement d'Alec s'accentua alors qu'il détournait le regard. Magnus le laissa faire ne souhaitant à aucun moment le contraindre à quelque chose qu'il n'appréciait pas et ne désirait pas. Tout ce qu'il pouvait faire c'était rassurer Alec et lui laisser du temps.

_ Tu n'as pas besoin de feindre ce que tu ressens ou désire, surtout pas avec moi. C'est tout nouveau entre nous et on doit encore bosser sur notre communication. Mais tout ce qui m'intéresse c'est ce que tu ressens. Je n'irais nulle part, j'ai besoin que tu le comprennes. On est Magnus et Alexander et il n'y a rien que je ne ferais pas pour toi.

_ Je suis désolé, souffla Alec.

_ Sayang, tu n'as pas à t'excuser, le rassura Magnus. Ne t'excuse jamais sur ce sujet mais j'ai besoin que tu me parle, qu'on apprenne à avancer ensemble pour qu'on soit en harmonie.

Alec ramena le visage de Magnus contre le sien et grignota ses lèvres. Magnus ne chercha pas à prendre l'ascendant ni même à transformer ces baisers en quelque chose de plus fougueux. Si Alec ne désirait que des baisers chastes et faire l'amour dans le noir, Magnus était prêt à s'en accommoder tant que cet homme restait sien.

_ J'ai compris très tôt que j'aimais les hommes, dévoila presque en chuchotant Alec. Robert l'avait compris bien avant moi et m'a brimé toute mon enfance pour essayer de corriger cette tare. Il m'a toujours considéré comme une erreur, pour lui je ne peux pas être son fils. Il a toujours été sévère et exigeant avec nous mais c'était pire avec moi. Il était un peu plus doux avec Izzy et souvent absent quand Max était enfant.

Alec s'interrompit brusquement et inspira profondément. Magnus garda le silence observant son compagnon, l'admirant pour être devenu un homme doux et affectueux en dépit de la présence de Robert Lightwood dans sa vie.

_ Je n'étais jamais à la hauteur, une tâche dans son parcours sans faute et sa carrière. Un fils non désiré qui se révélait être une déception à mesure que les années passaient. Petit, je ne comprenais pas son attitude vis à vis de moi, je faisais absolument tout ce qu'il voulait et pourtant ce n'était jamais suffisant.

Magnus pouvait sentir Alec frissonner tout contre lui. Son compagnon était un homme pudique, Magnus l'avait bien compris alors avec douceur, l'indonésien se recoucha contre son homme, entrelaça leurs jambes et noua leurs mains ensemble faisant fi de la moiteur de celles-ci. Il ne voulait pas brusquer Alec et le voir faire une crise de panique. Sa tête posée contre le torse de son compagnon lui indiquait que le rythme cardiaque du pompier augmentait progressivement. C'était à Magnus de veiller à ce qu'il ne succombe pas et à le protéger.

_ Est-ce qu'il était violent ?, demanda avec une certaine douceur Magnus.

_ Seulement dans ces paroles, soupira Alec. Mais les mots peuvent bien souvent faire plus de mal que des coups. Jusqu'au jour où j'ai annoncé mon homosexualité.

Les frissons d'Alec se transformèrent en tremblements.

_ Il... Il m'a giflé assez violemment. Ma joue m'a chauffé pendant des heures. Il m'a hurlé des horreurs au visage tout en m'agrippant le bras. Il m'a tenu tellement fort que j'ai gardé l'empreinte de ces doigts pendant des semaines. Puis il a arrêté, m'a craché dessus et m'a laissé seul. J'ai mis des heures ou des minutes avant de réagir. Je ne sais pas ce qui m'a le plus atteint ce jour-là : ces paroles ou son cracha. Je n'en ai jamais parlé... à ma mère ou même à Jace, tu es le premier à qui je raconte ça. Ils savent juste que nos rapports ont cessé ce jour-là mais ils ne connaissent pas les faits. Mon père me détestait mais enfant j'avais encore l'espoir de mériter son amour mais après mon coming-out, j'ai compris que je n'aurai jamais de père. Robert n'aura jamais une once d'amour pour moi. Je suis un accident alors qu'Izzy elle, elle était désirée.

Magnus ne put s'empêcher de laisser une larme couler face au discours d'Alec. Comment pouvait-on faire subir un tel traitement à son propre enfant ? Pour le simple fait qu'il préférait les hommes aux femmes. Il n'était jamais parvenu à comprendre ce genre de comportement. N'était-ce pas l'amour le plus important dans la vie ? Aimer et être aimer. C'était l'un des nombreux principes que sa mère lui avait inculqué.

_ Hey..., souffla avec douceur Alec. Magnus ne pleure pas, ça n'a plus d'importance.

_ Bien sûr que si, s'offusqua l'indonésien. Tout a de l'importance quand ça te concerne. Ton père t'a brimé, humilié, frappé. Tu ne méritais pas ça, personne ne mérite ça ! Il le payera un jour, le karma finira par le rattraper et il paiera pour ses péchés.

Alec n'avait jamais été doué pour s'exprimer alors il fit la seule chose que lui dictait son instinct. Il enferma Magnus dans une étreinte, le garda tout contre lui et se gorgea de son odeur. Le bois de santal. Une senteur qui lui inspirait toute une palette d'émotions : la sécurité, la douceur, la tendresse, l'amour. Et peut-être même une pointe de désir.

_ Excuse-moi, souffla Magnus. Je suis fatigué et à fleur de peau et quand ça te concerne, tout m'atteint avec plus de force. Je n'aurai pas dû réagir ainsi. Tu te confies à moi et voilà que je me mets à pleurer... Quel soutien...

_ N'est-ce pas toi qui me disait de ne jamais m'excuser et de communiquer pour qu'on avance ensemble en parfaite harmonie ?, le taquina Alec.

Depuis qu'il avait accepté ses sentiments pour Magnus, Alec ne se cachait plus. Il vivait pleinement ce lien entre eux. Il était encore buté et fermé sur bien des sujets mais pas sur l'indonésien. Nier ce que son cœur lui dictait ne servait à rien si ce n'est à les faire souffrir tous les deux. Et Alec avait suffisamment fait souffrir Magnus ces derniers mois.

_ T'es sexy quand tu cites mes paroles, sourit Magnus en jouant avec le t-shirt du pompier.

_ Tu recommences ?, le gronda légèrement Alec.

_ Quoi?J'ai même plus le droit de flirter avec toi maintenant ?, demanda théâtralement le médecin.

_ Tu es impossible, pouffa Alec.

_ J'ai sommeil, chuchota Magnus en détendant son corps, profitant de la chaleur des draps et du corps d'Alec contre le sien.

_ Dors, je reste avec toi jusqu'à ce que tu t'endorme.

_ Mais je voulais passer ma journée avec toi.

_ Tu as besoin de dormir, on a tout notre temps Magnus maintenant dors.

_ Passe la journée au lit avec moi, quémanda l'indonésien en fermant les yeux.

_ Je ne peux pas, il faut que je me lève et me prépare Jace doit déjà m'attendre.

_ Tu dis ça comme si tu avais quelque chose de prévu.

_ Parce que c'est le cas, dévoila Alec avec un petit sourire. Jace m'emmène à ma première séance de rééducation et ensuite on déjeune avec Max.

Magnus sursauta, se redressa avant de fondre sur Alec pour déposer une multitude de baisers sur ces lèvres et son visage. Dire qu'à cet instant il était heureux et euphorique était un euphémisme. Son attitude fit rire Alec. Il se laissa faire plus qu'heureux avant de doucement forcer Magnus à se recoucher contre lui. L'indonésien se serra contre lui et ferma les yeux sombrant progressivement dans le sommeil dans les bras de son compagnon.

S'endormir aux côtés d'Alexander était une habitude qu'il pourrait facilement prendre.

(-)

_ Café ?, proposa Jace en voyant Alec apparaître dans le salon.

_ S'il te plaît, le remercia Alec en allant caresser Lucky.

_ Magnus va bien ?

_ Fatigué mais il dort là et j'espère être là quand il se réveillera, sourit Alec.

_ C'est du sérieux on dirait, le taquina Jace en le rejoignant dans le salon. Est-ce que tu es heureux ?

_ Il me rend heureux, avoua Alec en rougissant. Je...Je...

Alec s'étrangla avec ses mots. Jace secoua la tête et mû par tout l'amour et la tendresse qu'il ressentait pour son frère de cœur se laissa aller à le serrer contre lui. Alec le laissa faire et lui rendit son étreinte avec plus de force que nécessaire.

_ Lui aussi, j'en suis persuadé, lui souffla Jace à l'oreille avant de se redresser. Tu es prêt pour ce matin ?

_ J'ai peur, dévoila Alec. Je n'ai presque pas quitté l'appartement depuis des mois. Aller à l'extérieur m'angoisse.

_ Tu ne peux pas continuer à vivre en autarcie et rester dans ce fauteuil pour le restant de tes jours.

_ Je sais Jace, soupira Alec. J'ai compris que me punir ne ram... ne sert à rien. Mais j'ai peur que les gens ne voient que le fauteuil.

_ Et alors ? Les personnes qu'on va croiser, tu ne les verras qu'une fois dans ta vie et s'ils te regardent laisse-les regarder.

_ C'est facile à dire pour toi, tu es debout sur tes deux jambes, cingla Alec avec froideur.

Jace sentit tout de suite le changement d'humeur de son ami. L'Alec mesquin, cinglant et limite méchant n'était jamais bien loin et le pompier avait tendance à l'oublier. Son frère faisait des efforts certes mais dès qu'il se sentait en danger, il retournait dans ces mauvais travers. Jace ne le blâmait pas mais il avait aussi du mal à toujours tout encaissé sans rien laisser paraître. Il aimait Alec et donnerait volontiers sa vie pour lui mais lui aussi souffrait. Et il arrivait que sa peine soit trop lourde à porter d'autant plus qu'il la cachait à son meilleur ami.

_ On devrait y aller, annonça Jace. Le taxi ne devrait pas tarder.

Alec se pinça les lèvres, conscient d'avoir commis un impair mais garda le silence. Cette matinée l'angoissait énormément. Sortir de son appartement, accepter que Jace le porte dans l'ascenseur, affronter la ville. C'était des faits anodins qui lui nouait l'estomac. Il se sentait en danger et passait ses nerfs sur son colocataire. C'était mesquin et pas nécessaire mais Alec ne savait pas quoi faire d'autre.

Il n'y avait que dans les bras de Magnus, à l'abri dans leur lit qu'il s'était senti en sécurité et alors que le départ se profilait de secondes en secondes, Alec n'avait qu'une envie, retourner dans sa chambre, réveillé Magnus et lui demander de l'accompagner.

Mais il ne pouvait pas. Magnus avait besoin de dormir et de se reposer. Alec ne pouvait pas se réfugier auprès de l'indonésien à chaque moment d'angoisse. Il était un adulte, il pouvait se débrouiller seul. Redevenir autonome et ne plus dépendre de son entourage. Magnus était son compagnon pas son médecin personnel.

Et Alec s'était lancé un défi à lui-même : Celui de pouvoir prendre Magnus dans ses bras, le soulever pour le porter et lui faire l'amour.

(-)

Le regard d'Alec ne cessait de se poser sur le nom du médecin inscrit sur le porte-nom du bureau. Docteur Fury.

_ Fury, chuchota Jace du bout des lèvres. Sérieux ? Le gars s'appelle vraiment Fury ?

Alec haussa les épaules.

_ Manquerait plus qu'il ressemble à Voldemort, poursuivit le pompier totalement à fond dans son délire. J'te jure si c'est le cas, on part d'ici !

_ T'es con, pouffa Alec.

Jace lui tira la langue avec puérilité arrachant un rire à Alec. La porte du bureau finit par s'ouvrir sur le médecin et Alec ne put s'empêcher de lancer une œillade amusée à son colocataire. Le docteur ne ressemblait absolument pas à Voldemort il en était même l'opposé. Grand, blond, des yeux bleus intense et des muscles saillants, le médecin devait avoir dans la trentaine et semblait en excellente condition physique. Sa blouse médicale avait l'air d'être sur le point d'exploser sous les muscles plus qu'apparents. Il avait un petit air propre sur lui et premier de la classe à la Captain America.

_ Monsieur Lightwood, le salua le médecin en lui tendant la main. Et Monsieur...

_ Herondale, répondit Jace en serrant la main du médecin.

_ Votre compagnon ?, s'enquit le médecin en s'installant derrière le bureau.

_ Mon colocataire et ami, répliqua Alec en grimaçant.

Jace eut un frisson d'effroi à ces côtés.

_ Peut-être souhaiteriez-vous poursuivre cet entretien seul ?, s'enquit le médecin. Certaines questions vont être assez personnelles.

_ On a pratiquement grandi ensemble, il peut rester, énonça Alec.

_ Très bien. Êtes-vous en couple Alexander ?

_ C'est Alec, le reprit le brun. Et je ne vois pas en quoi cette question peut être pertinente pour ma rééducation.

Le médecin croisa les mains sur son bureau et arqua un sourcil. Il connaissait parfaitement le dossier médical de son patient. Il savait qui se trouvait face à lui et comment il s'était retrouvé dans ce fauteuil roulant. Tout était inscrit mais il avait besoin que son patient s'ouvre et accepte de coopérer avec lui. Cet homme face à lui aurait dû recommencer à marcher depuis deux mois déjà. Sa première question était de loin la plus intime mais cela lui permettrait de savoir où en était l'état physique de son patient. Savoir où en était ces nerfs et ces sensations.

_ Vous vous attendiez à passer à la pratique dès la première séance ?, s'enquit le médecin.

_ C'est bien pour ça que je suis là non ?, gronda Alec en serrant les poings.

_ Entre autre chose mais avant d'établir un programme adapté, je dois vous poser quelques questions que ça vous plaise ou non, répliqua le médecin. Donc êtes-vous en couple ?

_ Oui, clama Alec avec un petit sourire sur les lèvres.

_ Parfait, sourit le médecin. Vous serez donc soutenu durant tout le processus de rééducation. C'est important que le patient soit entouré par ses proches et idéalement par la personne qui partage sa vie.

Jace acquiesça. Les paroles du médecin pouvaient sembler logique mais d'autres n'avaient pas la chance d'Alec. Son ami avait toute une famille derrière lui. Un groupe de personnes prêt à l'aider et l'épauler durant les prochains mois. Une famille qui avait hâte de le voir remarcher et reprendre sa vie en main.

_ Ma prochaine question risque de vous paraître déplacé mais vous devrez tout de même y répondre, annonça le Docteur Fury. Comment se passe votre vie sexuelle depuis votre accident avec votre compagnon ou compagne ?

Jace se mit à tousser alors qu'Alec sentit son visage rougir puis blanchir. Pour qui se prenait ce médecin ?

_ Vous prenez votre pied à poser des questions de ce genre à vos patients ?, grogna Alec en dardant un regard glacial sur le médecin.

_ Non mais j'ai besoin de savoir si vous avez encore des érections, poursuivit avec détachement le médecin. Pour savoir si l'hématome de votre moelle dont résulte votre paralysie a aussi touché cette fonction de votre corps. Je pose cette question à tous mes patients. Si la réponse est non, je devrai inclure des exercices pour que vous retrouviez des sensations et vous permettre d'entrer en érection à nouveau.

_ Ok, annonça Jace en tapant dans ses mains et en se levant. Je vais aller attendre dans la salle d'attente moi.

Alec le foudroya du regard avant de se remettre à incendier le médecin. Têtu, le pompier croisa les bras et garda le silence.

_ J'ai tout mon temps Alec, fit remarquer le médecin en s'appuyant contre le dossier de son fauteuil.

Et visiblement il semblait être aussi déterminé que lui à ne pas céder parce que le médecin l'ignorait et remplissait des dossiers.

_ Oui !, finit par lâcher Alec après vingt minutes de silence. Vous êtes content maintenant !

Fury referma son dossier et reporta son attention sur le pompier.

_ Je ne suis pas votre ennemi Alec au contraire. Avoir une telle information me permet de savoir que cette partie de votre corps n'est pas endommagée. Il me reste à déterminer maintenant où commence votre absence de sensations. Comment est votre sommeil ?

_ Mieux.

_ Prenez-vous toujours vos antalgiques pour la douleur ?

_ Non.

_ L'inhalateur pour votre respiration ?

_ Plus depuis deux mois.

_ Votre traitement pour votre stress post-traumatique et votre dépression ?

_ Je l'avais arrêté mais je l'ai repris, souffla Alec en détournant le regard.

_ Bien voilà comment va se dérouler la suite de notre entretien. Vous allez vous installer sur la table d'examen et je vais vous masser et vous faire faire quelques exercices. A la suite de ça, j'établirai un programme adapté à vos besoins. Veuillez prendre place et retirer votre pantalon.

Alec roula jusqu'à la table, s'installa dessus et retira son jogging avant de le poser sur son fauteuil. Il se sentait démuni, faible et fragile à cet instant, en position d'infériorité. Fury remonta la table, désinfecta ces mains et les posa sur le haut d'une cuisse.

_ Est-ce que vous sentez ma main ?, s'enquit le médecin avec professionnalisme.

_ Pas vraiment non.

_ Je vais commencer à la palper et la masser pour stimuler votre muscle et vos nerfs.

Le médecin travailla en silence, posant à certains moments des questions à Alec. Bon gré mal gré, le pompier consentit à répondre à son kinésithérapeute. Il n'appréciait pas les méthodes du médecin mais il devait reconnaître qu'il avait l'air de savoir quoi faire et quoi dire pour brusquer ces patients. Pourtant malgré sa bonne volonté et les bons soins du médecin, Alec ne ressentait absolument rien.

Et cela lui mit un coup au moral. S'il ne ressentait pas les mains du kiné comment pourrait-il sentir celles de Magnus ? Avait-il trop tardé ? S'était-il lui-même condamné à rester dans son fauteuil en refusant l'aide qu'on lui avait attribué depuis le début ?

_ Ne vous infligez pas ça, soupira Fury. On a rarement des progrès dès la première séance. Ça demande du temps.

_ Je sais.

_ On y arrivera Alec mais il va falloir être patient et tolérant envers vous. Ne vous découragez pas. On ira au rythme de votre corps.

_ Et si ça ne donne rien ? Si je reste dans ce fauteuil pour toujours ?

_ On avisera à ce moment-là si ce moment doit arriver, répondit avec douceur Fury.

Alec baissa les yeux et serra les poings. Il était en colère. Contre tout. Contre lui pour commencer, contre ce connard de destin qui l'avait privé de sa sœur, contre son père, contre Underhill.

_ J'aimerai examiner votre dos, dévoila le kinésithérapeute.

_ Hors de question !, s'écria Alec en se redressant.

_ Il faut que je l'examine pour voir si l'hématome est toujours présent et si c'est douloureux.

_ Il n'y a rien à voir sur mon dos !

_ Alec...

_ Non ! Foutez-moi la paix !, se mit à hurler Alec en cherchant à descendre de la table. Laissez-moi partir !

_ Calmez-vous Alec, tenta de l'apaiser Fury.

_ Descendez cette foutue table putain !

Le médecin s'exécuta. Alec enfila aussi vite que possible son jogging, grimpa dans son fauteuil et quitta le bureau en claquant la porte.

_ Alec ?, l'interrogea Jace en venant dans sa direction avec un gobelet à la main.

_ Ramène-moi à la maison !, lui ordonna Alec.

_ Mais... et Max ?

_ Tout de suite Jace ! Pourquoi tu fais jamais ce que je te demande !, s'écria le brun en roulant rapidement vers la sortie. Je veux rentrer tout de suite !

_ Alec...

_ Très bien, je vais me débrouiller tout seul !, pesta le pompier en abandonnant son meilleur ami.

_ Votre ami est encore traumatisé, souffla une voix dans son dos.

_ Qu'est-ce que vous lui avez fait ?, le questionna Jace en s'arrêtant à quelques centimètres du kinésithérapeute.

_ Venez entrer, l'invita le médecin. On va discuter.

_ Mais Alec, il...

_ Laissez-le se débrouiller tout seul. Il a hurlé qu'il pouvait le faire, laissez-le faire.

(-)

Alec avait roulé plusieurs mètres, la douleur dans ses bras étant éclipsée par la rage qui grondait en lui. Il était hors de question qu'il revienne mettre sa rééducation entre les mains de ce kinésithérapeute indiscret et irrespectueux. Il ne voulait plus de cet homme qui le poussait dans ses retranchements, qui le mettait face à son traumatisme sans gants, ni tact.

Pour Alec, tout ce qui lui rappelait de près ou de loin Izzy était encore une plaie à vif et son foutu dos était le testament de ce qui était arrivé à sa sœur.

Au bout d'un moment, Alec s'arrêta au milieu de la rue. Le tiraillement dans ses bras avait pris le pas sur sa colère. Il avisa les solutions qui se présentait à lui pour rentrer à l'appartement. Bus ? Hors de question. Taxi? Il refusait de s'en remettre à un inconnu. Magnus ? C'était la seule option qui lui convenait à peu près.

Le médecin dormait certainement toujours mais il avait une voiture et pourrait donc le véhiculer.

Alec contacta Magnus et ce dernier lui signala qu'il serait là dans une vingtaine de minutes, son ton surpris n'avait pas échappé au pompier. Il était vrai que vu l'heure, le médecin devait encore le penser avec son kinésithérapeute, Magnus voudrait sans doute des réponses et Alec n'était pas d'humeur à les lui donner.

Tout ce qu'il voulait, c'était se réfugier dans son appartement, loin de tout et tout le monde. L'impression de cocon et de confort absolu qu'il avait ressenti dans les bras de Magnus ce matin s'était envolée au loin. Comme si la visite chez ce kinésithérapeute avait fait ressortir toute sa colère qu'il essayait de taire ces derniers temps pour préserver ses proches.

Magnus se gara en double fil à quelques mètres d'Alec et sortit de la voiture pour l'aider à se transférer.

_ Je t'ai appelé dix fois au moins, grinça Alec comme tout accueil.

_Ça faisait à peine deux heures que je dormais. Désolé si j'ai mis du temps à réaliser que mon portable sonnait, répondit Magnus ironiquement.

Le médecin s'approcha du fauteuil mais Alec le repoussa d'un geste de la main.

_ Laisse-moi, je peux le faire seul, grogna le pompier, bien qu'ayant toutes les difficultés pour s'en sortir.

Mais têtu, il réussit après avoir sorti plus d'injures que Magnus ne le soupçonnait de connaître.

Le médecin n'eut aucun mal à comprendre que si visite il y avait eu, elle s'était mal, très mal passée.

Magnus plaça le fauteuil plié à l'arrière de sa voiture et se remit au poste de conducteur. Il resta d'abord silencieux, sentant la crispation d'Alec comme si c'était la sienne. Mâchoire serrée, yeux fixés sur un point invisible, mains contractées sur ses cuisses, le pompier était enragé.

Alors qu'il était bloqué dans la dense circulation new-yorkaise, le médecin se tourna vers lui.

_ La visite s'est déroulée comme tu voulais ?, demanda-t-il avec une voix douce et prévenante.

_ Ne pose pas de questions stupides. Ma présence dans ta voiture après une demi-heure devrait t'éclairer, s'énerva Alec.

_ Que s'est-il passé Alexander ?

Magnus ne se départit pas de son calme.

_Que s'est-il passé ?, répéta le pompier. Je dois vraiment faire une liste du bordel qu'est ma vie dernièrement. L'explosion du métro, ce qui en résulte, je suis cloué dans un putain de fauteuil, le procès !, ragea Alec.

Quand quelqu'un haussait le ton face à vous, il fallait baisser votre voix d'un demi-ton pour éviter que le conflit ne s'enlise. C'était une des premières astuces que Magnus avait appris dans ses cours de communication en fac de médecine.

_ Ragnor est sur le coup pour ton procès et j'ai toute confiance en le fait qu'il va te sortir de là, répondit calmement le médecin.

_Il en faut bien un !

_Ne doute pas de mes amis Alexander !, s'énerva Magnus. Ragnor a accepté de t'aider, tu devrais l'en remercier.

_Je l'ai fais !, contra le pompier, ses yeux lançant des éclairs.

Magnus inspira et expira profondément pour se calmer, ses phalanges avaient blanchi d'avoir serrée le volant avec rage. Il fit taire sa colère, son état d'épuisement ne l'aidait pas vraiment. Mais il savait que c'était à lui de faire ce pas, Alec ne le ferait pas.

_Tu peux me parler de ton kiné ?

_Ce kiné ne me convient pas, il n'y a rien de plus à savoir !

_Il t'a semblé incompétent ?, continua le médecin faisant fi de la rage d'Alec.

_Il m'a semblé profondément indiscret, j'ai dû m'épancher sur ma vie sexuelle pour savoir si selon ses dires tout était fonctionnel, grinça le pompier.

Magnus tout en roulant cherchait quoi répondre à Alec quand il était ainsi, tout dialogue avec lui tenait de l'impossible.

_Je peux comprendre que sa question t'ai gêné mais c'est son métier de déterminer sur quels points il doit t'aider !

_Ne joue pas au médecin avec moi, Magnus !, hurla Alec.

_Ce n'est pas le cas, je veux te présenter la situation sous un autre angle, essaya de tempérer Magnus.

_J'ai besoin de ton soutien, pas que tu défendes ton connard de collègue ! Agis comme un petit ami !

Magnus se gara sur le parking de la résidence de Jace et Alec. Il se tourna complètement vers ce dernier, après s'être détaché.

_En tant que tel, voilà ce que j'ai à te dire. Tu as le droit de ne pas apprécier ton kinésithérapeute mais un autre te posera les mêmes questions, te demandera les mêmes actions. Si tu t'y refuses tout ce que tu gagnera c'est de rester dans ce foutu fauteuil.

_Et tu partiras alors ?, le défia le pompier.

_Même pas en rêve. Je te prends avec le fauteuil s'il doit en être ainsi. Mais de nous deux, ce n'est pas moi qui vivra mal la situation.

Magnus sortit de la voiture et récupéra le fauteuil à l'arrière. Il le présenta à Alec et s'éloigna de quelques mètres pour le laisser se débrouiller.

Le médecin avait raison, constata Alec, il ne supporterait pas de rester clouer dans cette chaise ad vitam eternam. Cette situation l'agaçait déjà au plus haut point, il dépendait de trop de personnes pour vivre une vie normale et il détestait ça. C'est de Jace qu'il dépendait le plus, son meilleur ami l'avait aidé considérablement les premiers temps et le faisait encore. Se laver en était un exemple flagrant, leur baignoire n'étant nullement adaptée à son handicap. C'était Jace qui le portait pour le faire rentrer et sortir de la baignoire. En son absence, il se contentait d'une toilette au lavabo.

Alec se voyait mal poursuivre toute sa vie ainsi et pour l'instant, il n'avait pas les moyens financiers pour adapter leur appartement à son handicap.

Sa situation pouvait être réversible cependant. Si rien n'était définitif, il devait se battre ne serait-ce que pour Jace et pour ne pas offrir cette vie à Magnus. Une vie avec un mec aigri et constamment en colère, cloué dans son fauteuil, n'ayant jamais tenté d'en sortir à cause d'un kiné abruti.

Après avoir tenté de se transférer pendant plusieurs minutes, Alec y parvient et se dirigea vers Magnus.

_Tu as raison, lâche le pompier affrontant le regard sévère du médecin.

_Je n'ai pas raison, je te connais simplement, dit Magnus en effleurant les lèvres du pompier rapidement. Montons.

(-)

Jace sortit son portable nerveusement. Après sa conversation avec Fury, il avait compris ce qui arrivait à Alec, tant que ce dernier ne ferait pas le deuil d'Izzy, il ne progresserait pas. Ceci dit, Alec l'avait laissé en plan avec une tâche détestable : annoncer à Max l'annulation de leur repas.

Après quelques sonneries, l'infirmier décrocha.

_Jace ?

_Max. Tu vas bien ?

_Oui, je suis dans les vestiaires. Je me change et je me mets en route pour le restaurant, indiqua le jeune homme.

Jace garda le silence, il ne savait comment annoncer à Max la nouvelle. Décevoir l'infirmier n'était pas une idée qui lui plaisait. De plus, il savait que Max avait besoin de retrouver son grand frère, qu'Alec reprenne sa place malgré les épreuves.

_Ton silence est éloquent, signifia l'infirmier au bout d'un moment. Alec a annulé ?

La déception profonde s'entendait dans la voix du jeune homme et cela affecta Jace.

_Son rendez-vous avec son kiné s'est mal passé. Je suis désolé.

_C'est pas ta faute. Alec n'est plus le même depuis la mort d'Izzy, dit Max avec un certain fatalisme.

_Tu veux qu'on déjeune ensemble ?, proposa Jace, bien conscient qu'il était une maigre consolation face à Alec.

_C'est gentil Jace mais je vais rentrer me reposer.

_Max, je vais essayer de reprogrammer une autre date, lança le pompier avec assurance.

_T'en fais pas Jace. Pense un peu à toi aussi. Bonne journée !

_Bye, raccrocha le pompier troublé.

La dernière phrase de Max l'avait ébranlé, penser à lui, il ne se l'était pas permis depuis la mort d'Izzy. Oui il avait craqué mais jamais devant Alec. Jace avait conscience de devoir être fort pour deux, si son meilleur ami se laissait aller, lui devait assurer.

A pas lents, Jace se dirigea vers l'appartement de Clary. Il avait besoin d'elle.

(-)

Clary l'accueillit encore un pyjama, un chignon déstructuré retenant sa chevelure de feu. Il l'embrassa tendrement puis se laissa choir sans un mot sur le canapé. Ne troublant pas le silence, la jeune femme s'assit à ses côtés puis se mit doucement à caresser les cheveux de Jace quand ce dernier posa sa tête sur ses genoux.

Il la regardait, alors que de l'autre main, elle naviguait sur son portable.

Il savait sur quel site elle était depuis la mort d'Izzy, Clary voulait déménager. Les jeunes femmes étaient colocataires, la paramedic ne supportait plus de vivre dans cet endroit qui rappelait bien trop de souvenirs. Sans compter que pour dormir, elle devait passer devant la chambre d'Izzy et que la plupart des produits de beauté trônant dans la salle de bain étaient ceux de sa défunte amie.

Clary trouvait peu à peu la force de déplacer toutes les affaires d'Izzy dans sa chambre, les stockant pour les Lightwood. Maryse était déjà venue récupérer quelques affaires personnelles.

_Tu trouves ton bonheur ?, demanda Jace.

_Les loyers sont chers. Il me faudrait un colocataire, expliqua Clary, posant ses yeux sur Jace.

_Tu pourrais emménager avec Alec et moi. J'avoue, il n'est pas toujours de la meilleure compagnie en ce moment mais il fait des efforts..., laissa planer Jace.

_Des efforts qui expliquent pourquoi tu es là alors que tu devais manger avec Max et lui, signala Clary avec un sourire désolé.

Jace poussa un profond soupir.

_Il était dans un mauvais jour. Son rendez-vous au kiné a été compliqué. Ce dernier a réveillé le spectre d'Izzy.

Le pompier se releva s'assit convenablement sur le canapé. En vérité, il était en colère contre Alec mais il n'arrivait pas à le verbaliser. Quand il était avec Alec, il se comportait comme le parfait meilleur ami, oublieux de ses propres émotions. Une fois chez Clary, il pouvait relâcher la pression et profiter de sa tendresse. Mais la jeune femme surmontait ses propres moments difficiles et il ne voulait pas la charger inutilement.

Mais aujourd'hui, il en avait besoin. Besoin d'exprimer sa principale crainte.

_Je ne sais pas si un jour il redeviendra l'Alec que je connaissais, que nous connaissions, lâcha Jace.

_Et ça te fait peur ?

_Je suis terrifié. Je ne suis pas fais pour tout ça. Pour être un frère pour Max, pour être un lieutenant pour l'équipe, pour être un soutien infaillible pour lui.

Il aimait être là pour Maryse et Max mais il ne pouvait remplacer Alec. La famille en plus d'avoir perdu une fille, regardait un des leurs sombrer, ce dernier refusant toute aide ou presque.

Et son poste de lieutenant. A la demande Luke, il remplaçait Alec. Jace ressentait une telle charge avec cette nouvelle responsabilité, une telle angoisse. Il n'était pas fait pour commander, il était un excellent soldat du feu mais pas un meneur.

Il détestait être appelé en mission et devoir gérer son équipe. S'il réfléchissait posément, il savait qu'il était un bon lieutenant. Tous les départs sous ses ordres s'étaient très bien passés mais ça lui demandait une énergie importante. Tout penser, tout analyser, savoir où envoyer qui, prendre compte des dangers.

Il ne voulait pas de ce poste et rêvait de le rendre à Alec mais ce dernier n'était pas ne serait-ce que sur un processus de reconstruction.

Jace avait du mal à trouver sa place dans cette vie qui avait pris un virage si brusque. Il avait toujours suivi Alec, pris exemple sur ce dernier. Le métier de pompier lui convenait mais ce n'était pas une vocation. Il aimait cette profession parce qu'elle lui permettait d'être avec son meilleur ami. Il ne savait pas quoi faire de sa vie, Alec lui avait montré cette voie. Le soutenait quand il doutait, l'écoutait quand il avait besoin, l'épaulait à tout moment. C'était Alec, il était ainsi, prêt à tout pour les siens mais depuis ce foutu accident, son meilleur ami avait profondément changé.

Jace avait du donc prendre sa place. Être le soutien d'Alec en toutes circonstances. Accepter d'être le déversoir de sa colère. Le pompier s'en foutait de devoir aider Alec pour certains actes de vie, c'était Alec qui ne le supportait pas et il lui faisait comprendre sans équivoque. Mais Jace tolérait car c'était son meilleur ami et qu'il avait besoin de lui.

_Tu ne dois pas être tout ça. Tu n'es pas le frère de Max mais un ami. Si tu ne veux plus être lieutenant en attendant qu'Alec revienne, dis-le à Luke mais tu es excellent dans ce poste. Et tu as le droit de craquer et montre-le à Alec bon sang !, s'exclama Clary. Tu es son meilleur ami, pas son garde malade, tu as le droit de le secouer, de t'énerver.

Ses yeux verts scrutaient Jace pendant que ses mains s'étaient liées aux siennes. Dieu que Jace aimait cette femme si supportrice, si gentille et si douce. C'était un petit brin de femme d'exception et elle était à lui. Ses émotions était un dédale en ce moment mais elle l'aidait à tout démêler avec douceur et patience. Tout le monde avait besoin d'un pilier dans sa vie et si Jace avait perdu Alec, provisoirement il l'espérait. Clary était ce roc qui lui manquait.

_Merci. J'ai tellement de chance de t'avoir à mes côtés.

_J'aime cette place, sourit-elle contre son torse. Tu as le droit aussi d'avoir des coups durs, Jace. Depuis quelques semaines, tu t'efforces d'être le plus parfait des meilleurs amis pour Alec et tu réussis. Mais, il n'a pas besoin de ta perfection, il a besoin de Jace. Le Jace qui a des failles.

Clary lui caressa la joue doucement.

_On ne peut pas être deux à flancher.

_Bien sûr que si. Tu crois que je ne sais pas que si tu m'appelles le soir, c'est pour t'éviter de pleurer ? Tu es épuisé Jace et pas seulement à cause du boulot. A cause d'Alec aussi.

_Je veux être à la hauteur de tout ce qu'il a fait pour moi, dit Jace avec un sourire triste.

_Tu peux l'être mais pas en tant qu'Alec, en tant que Jace. Tu es toi et ton toi est merveilleux.

Jace sentit une bouffée d'amour l'envahir, il embrassa tendrement sa petite amie avant de la serrer contre lui. Elle avait raison, il devait arrêter de vouloir être celui qu'il n'était pas. Il avait trop souvent suivi le chemin d'Alec, il était temps de construire le sien.

Ils restèrent un moment l'un contre l'autre, savourant simplement d'être seuls tous les deux. C'était un moment doux.

Jace se leva pour se rendre dans la salle de bain, il avait besoin de pourvoir un besoin naturel. Alors qu'il se lavait les mains, il contempla les étagères murales croulant sous les produits de beauté en tout genre.

Il prit alors une décision.

_Tu veux un coup de main pour débarrasser la salle de bains ?, proposa-t-il en passant sa tête par l'embrasure de la porte.

Clary avait géré de vider salon, cuisine et dressing de la présence d'Izzy, il pouvait bien l'aider pour cette pièce. A deux, ça serait moins douloureux que seule.

La jeune femme arriva avec une boîte en plastique.

_Volontiers.

Mettant une playlist de chansons profondément joyeuses et entraînantes, ils se mirent à faire place nette. Riant devant certains produits dont ils ne connaissaient pas l'utilité, s'attardant émus sur le parfum capiteux d'Izzy, se chamaillant en s'envoyant de l'eau.

C'est ce que devait être ce moment, léger au lieu de désespérément lourd. Clary en avait besoin et Jace aussi.

(-)

Ils arrivèrent à la caserne, de bonne humeur pour leur garde du soir.

_Vous vous êtes envoyé en l'air avant de venir, je suis sûr !, s'exclama Jordan.

_C'était peut-être une des activités de l'après-midi, éluda Jace avec un clin d'œil.

Une fois tous habillés de leur uniforme, ils se retrouvèrent dans la salle de repos en attente d'une mission. Jace avait amené les dossiers liés à son grade de lieutenant avec lui, voulant rester avec son équipe. Il aimait être entouré, à la différence d'Alec. Le bruit et l'agitation le stimulait, il y était coutumier.

_Tu bosses dur, lieutenant, lança Aline en se posant à ses côtés.

_C'est là que je comprends pourquoi Alec devait parfois partir bien après nous, dit Jace avec un petit sourire.

_Personne ne pouvait prendre sa place de lieutenant avant toi. Tu l'as tant regardé agir, quand tu nous commandes, j'ai l'impression de voir Alec. Tu as imprimé sa façon de diriger, c'est agréable pour nous. Tu es un super lieutenant, dit Aline en lui tapotant l'épaule.

Entendre ça d'un de ses collègues fit un bien énorme à Jace. Le penser était une chose, l'entendre une autre. Il se foutait qu'on le compare à Alec. Oui quand il commandait, il pensait à comment Alec aurait agi. Qu'on remarque qu'il y avait un certain mimétisme ne le choquait pas, c'était naturel.

_Tu veux un coup de main?, proposa Raj.

Jace fut surpris par cette proposition. Les deux hommes avaient l'habitude de s'engueuler ou de s'ignorer. Mais Raj avait l'air changé, comme apaisé d'un poids. L'éternel pli soucieux qui barrait son front avait disparu.

Et Raj étant lieutenant, il pouvait l'aider dans cette dense tâche administrative.

_ Pas de refus, accepta Jace en tendant une liasse de papiers au basané qui s'assit en face de lui. En fait, joli coup pour Underhill, dit le blond d'un ton appréciateur.

_J'aurais pu faire mieux. Mais ma femme n'aurait sans doute pas apprécier, répliqua Raj avec un haussement d'épaule. Et tu apprendras peut-être un jour qu'il ne faut pas contrarier une femme enceinte.

_ Mon dieu, le plus tard possible, réfuta Jace dans un rire.

Le portable de Jace sonna soudain notifiant un sms. Le numéro de Magnus était affiché et Raj l'aperçut.

« Alec va mieux. »

Jace retint un sourire mutin. Forcément son meilleur ami allait mieux, Magnus était à ses côtés. Ce dernier avait un étrange pouvoir sur Alec. Et le pompier appréciait ce fait, Alec avait besoin de cela, il avait besoin de Magnus. Pour l'instant, Jace le savait, son meilleur ami était dépendant de Magnus, plus que d'aucun autre.

_Magnus va bien ?, demanda Raj.

Il aimait bien le médecin.

_Ouais. Et Alec aussi selon ses dires.

_Ils ont sauté le pas ?

Jace le regarda, bêtement. Raj qui agressait Alec à propos de son homosexualité, lui demandait des nouvelles de sa vie sentimentale.

_Quoi ?!, lança le basané, rieur. C'était difficile d'éviter leurs regards enflammés.

_Aux dernières nouvelles, tu n'étais pas vraiment très conciliant sur la sexualité d'Alec, riposta Jace, méfiant.

_Son homosexualité n'était pas le problème profond mais ça serait trop long à expliquer.

«Merci de me rassurer, faiseur de miracles. » Tapota le pompier, répondant à Magnus avant de reporter son regard sur Raj.

_De ce que j'en sais, oui, dévoila Jace du bout des lèvres. On a des tonnes de papiers à remplir, ça va être ennuyant à mourir. Explique-moi, ça passera le temps.

Raj hésita avant de se lancer. Les deux hommes continuaient à remplir la paperasse, tout en discutant paisiblement.

Clary regarda Jace au loin. Ils parlaient à bâtons rompus avec Raj, ce qui était surprenant mais il était aussi plus souriant et détendu. Jace était à nouveau en accord avec lui-même.


Et un nouveau chapitre de fini. Et une fiction qui approche de plus en plus de sa fin.

N'hésitez pas à nous laisser votre avis.

Bisous et à bientôt !