Bouh les gens, accrochez-vous, ça continue ! Un grand merci à yukiee au passage pour son soutien et ses commentaires, allez voir ses fanfics au passage si vous avez le temps ! ;) J'espère que vous aimez toujours, et que vous continuerez d'apprécier !


Susan

La fin de la semaine passa rapidement. Le week-end a permis à Erell de récupérer de sa détention avec Rogue, ou plutôt avec Rusard, pour qui elle a dû laver tout un couloir non loin des cachots et de la Salle commune des Serpentards garni de Bombabouses. Vu les airs désolés de Fred et George ainsi que le paquet de Bulles baveuses qu'ils lui ont offerts, ils y étaient pour quelque chose… Deux Serpentardes de notre année, Vicky Swann et Ashley Neeler n'ont pas manqué de tout faire pour la déranger, mais sont parties vite fait grâce à un Mucus ad Nauseam bien placé. En fait, la retenue n'était rien par rapport à la Beuglante que Mme Donnovan a envoyé à sa fille, en plein déjeuner… Même depuis la table des Poufsouffles j'ai pu entendre les cris perçants de la petite lettre rouge, qui se résumaient à peu près à ça :

« DÈS LA PREMIÈRE SEMAINE… TON PÈRE ET MOI, NOUS ATTENDIONS MIEUX QUE CA… PRÉSENTERAS TES EXCUSES AU PROFESSEUR ROGUE… J'ESPÈRE QUE C'EST LA PREMIÈRE ET A DERNIÈRE FOIS QUE ÇA ARRIVE… ET SURTOUT, TRAVAILLE ! »

C'est pourquoi aujourd'hui, lundi matin première heure, nous avons de nouveau un face à face Rogue/Erell. De quoi bien commencer la journée, en gros. Tout ça parce qu'elle m'a demandé une racine d'aconit…

- Eh bien, je vois qu'une retenue de plus pourrait servir, Miss Donnovan… A moins que, comme le conseillait votre mère, vous ne veniez présenter vos excuses… Devant la classe, bien entendu.

On pourrait entendre un Doxy voler, et tous les regards passent du maître des Potions à Erell, qui bouillonne intérieurement. Par une extrême force de volonté, elle parvient à desserrer les mâchoires et à articuler :

- Veuillez m'excuser…

Un petit sourire se dessine sur les lèvres de Rogue.

- … de vous avoir dit la vérité, je rajoute en chuchotant.

Enfin, je crois avoir chuchoté. Vu tous les yeux braqués sur moi, je conclus que je me suis trompée. Eeeet nom d'un chien… enfin d'un Croup, pour rester dans le vocabulaire sorcier…

- Miss Smith souhaiterait-elle une détention, elle aussi ? susurre Rogue. Disons… Demain soir, à sept heures ?

Gloups. Judith, derrière moi, lève la main.

- Monsieur, c'est l'heure du dîner…

- Miss Garrow, à moins que vous ne vouliez lui tenir compagnie, je vous conseillerais de vous taire… Bien, reprenons, il ne vous reste que trois quarts d'heure pour finir votre potion.

Et tout le monde se penche sur son chaudron, y compris moi, les larmes aux yeux (plus de colère qu'autre chose), et le regard désolé de mes amies n'arrange pas grand-chose.

.

Après avoir passé tout le reste de la journée d'assez mauvaise humeur, j'évacue la pression en dégustant les muffins du dessert du soir, quand soudain une main se pose sur mon épaule. Je manque de m'étouffer de surprise, sous les rires de Judith et Djemilah. Alors que je me retourne avec un regard mitraillette vers celui ou celle qui a failli priver la Terre de mon indispensable présence, je tombe littéralement nez à nez avec deux grands sourires (voilà, je viens de prouver que cette expression ne veut strictement rien dire).

- Dis donc, Erell nous a raconté que toi aussi t'as pas été loupée par Rogue !

- Vous êtes pires que nous, en fait !

Je les dévisage avec mon super regard sourcil-gauche-qui-remonte-sourcil-droit-qui-plonge.

- C'est pas la peine de faire cette tête-là, c'est trop fort ce que t'as sorti !

- Ouais, ben tu peux aller en retenue à ma place si tu veux… dis-je d'un ton déprimé, bien que le compliment de George me rende un peu de meilleure humeur (eh oui, malgré tout ce que je peux affirmer, je suis plutôt sensible à la flatterie…)

- Finalement, contrairement à ce que je pensais, tu aurais pu avoir ta place à Gryffondor, ajoute Fred, un grand sourire aux lèvres.

- Hé, ça veut dire quoi, ça ?

- SILENCE !

La voix de Dumbledore a fusé avec une telle intensité que tout le monde s'est tu. Les jumeaux filent à leur table, pendant que le directeur se lève et se place devant son pupitre.

- Chers Poudlariens et Poudlariennes, veuillez m'excuser d'interrompre votre dégustation de muffins et discussions en tous genre, mais ce que j'ai à vous annoncer les fera certainement repartir de suite…

J'échange un regard interrogateur à mes amis, et Djemilah hausse les épaules.

- Cette année, vos professeurs (Rogue renifle) et moi-même avons décidé de faire quelque chose de spécial, en raison du mille neuf-centième anniversaire de Poudlard, qui arrivera effectivement en janvier prochain. Pour cela, nous avons décidé que chaque maison aurait un évènement particulier à préparer par saison. Poufsouffle passera en premier, en automne, puis viendra le tour des Serdaigles en hiver, ensuite des Serpentards au printemps et enfin les Gryffondors en été. Chacune des maisons aura le libre choix de l'évènement, c'est pourquoi il faudra vous concerter et vous mettre d'accord, sans parler du projet choisi aux autres maisons ! L'effet de la surprise sera ainsi ménagé, et pour eux, et pour les professeurs autres que vos directeurs de maison. Tout cela concerne particulièrement les premières années, qui ont moins de travail cette année que les autres…

- La bonne blague ! lance quelqu'un à la table des Gryffondors.

- Non Mr Weasley, je suis très sérieux, sourit Dumbledore en regardant Fred. Mais à propos de blague, j'en ai entendu une bien bonne chez Madame Rosmerta l'autre jour : c'est un gnome, un lutin et un centaure qui…

- Hum, le coupe McGonagall.

- Oh, pardon, excusez-moi Minerva. Enfin, demain soir est organisée une réunion dans la Salle commune de Poufsouffle après le repas. Je n'ai plus qu'un conseil à vous donner : passez une bonne nuit !

Il repart s'asseoir, et aussitôt le brouhaha recommence. La plupart des élèves se lève et je suis le mouvement.

- Susan, Judith et moi allons à la bibliothèque pour les Potions, tu viens ? me demande Djem'.

- Je crois que j'en assez bavé des potions pour aujourd'hui… Surtout que demain soir…

J'ai soudain un gros bug. Un énorme bug.

- Purée… Il l'a fait exprès…

- De quoi ? me demande Judith, l'air un peu inquiet pour ma santé mentale.

- C'est demain soir la réunion… et il le savait parfaitement…

Mes deux amies font la grimace.

- On te racontera, t'inquiète pas…

Puis elles partent à la bibliothèque, au moment où Erell me saute sur le dos.

- C'est génial, tu trouves pas, les projets ? Enfin quelque chose d'intéressant, plus que l'Histoire de la Magie !

- En même temps, c'est pas dur, fait remarquer une voix qui arrive. George et moi on pensait à une chasse aux Serpentards…

- … ou un concours de lancer de Gnomes, ajoute ce dernier en souriant largement. Eh, on a pensé qu'une escapade dans les couloirs serait plutôt sympa, pour vous faire oublier Rogue, ça vous dit ?

- Euh… ça me tenterait bien, mais… dis-je, un peu hésitante.

- C'était pas une question, me coupe Fred. On va du côté de la tour…

- Nord ? C'est exactement ce que j'allais dire, Fred.

- Alors en route ! s'écrie joyeusement Erell.

Parfois, je me dis que mes amis sont fous. Et que comme je les suis, je suis encore plus folle qu'eux. Mais c'est marrant ! Nous courons comme des dératés dans les couloirs (Fred manque d'ailleurs de renverser une armure), et nous arrivons enfin à la tour Nord, coin de Poudlard que… je ne connais absolument pas (et c'est pas le seul, il est vrai.). Erell échange un coup d'œil intrigué avec moi.

- Vous êtes sûrs de savoir où vous allez ?

- Mais oui mais oui ! Vas-y Fred, à toi l'honneur !

Ce dernier s'engage dans un long escalier qui paraît interminable, et on le suit, genre « la petite famille canard s'en va patauger ». En haut, il grimpe une échelle en nous faisant signe de nous taire : des ronflements proviennent d'une petite porte au bas de l'échelle.

- C'est la prof de Divination, nous chuchote George. Allez-y, montez !

Je ne me le fais pas dire deux fois, et rentre à la suite de Fred par un petite trappe qu'il a dû ouvrir à coup d'Alohomora.

- Wow, c'est quoi cette salle ? s'exclame Erell.

- La salle de Divination, répond Fred en souriant. L'une des salles les plus inutiles du château, mais c'est assez confortable.

- C'est notre frère Charlie qui nous en a parlé, il avait pris les cours en troisième année, et en fait c'était son « heure de sieste », explique George.

C'est vrai que la salle est plutôt confortable, surtout les poufs (ça ne vaut absolument pas notre super salle commune de Poufsouffle, mais bon, au moins on peut y être tous les quatre). On parle, on discute, on rit (et la salle doit être sacrément bien isolée, parce que la prof n'a pas l'air de nous entendre), tellement qu'on ne voit pas passer le temps, et qu'il est… plus de onze heures. Fred laisse échapper un long bâillement.

- Bon, c'est pas qu'on ne veut pas camper, commence-t-il, mais…

- … c'est presque ça, termine George. On y va ?

- Ouep ! je réponds dans un élan de paysannerie galloise.

- Du même avis que la paysanne, ajoute Erell avec un clin d'œil, avant de bâiller à son tour. Vous nous raccompagnez jusqu'à nos dortoirs les gars, bien entendu ?

Fred se met à rire.

- A vos ordres, Miss Donnovan ! Il ne faudrait pas qu'on s'en prenne à votre auguste personne !

Ce qui lui vaut un (léger) coup de poing sur l'épaule, mais c'est en riant que nous prenons le chemin du retour. Les cachots de Poufsouffle sont les plus près de la tour, et en plus les jumeaux veulent encore resquiller de la bouffe aux cuisines, alors c'est en essayant de faire le moins de bruit possible que nous descendons. Cependant, arrivés au deuxième étage…

- Meeeow.

Quatre têtes crispées se retournent en même temps sur… Miss Teigne (vous ne vous en étiez pas doutés, hein ?).

- Et nom d'une bouse de dragon, laisse échapper George.

On entend déjà les pas de Rusard résonner au loin.

- Vite, les toilettes au bout du couloir ! chuchote Erell.

Ni une, ni deux, nous nous précipitons dedans. Erell se tourne vers nous :

- Bon, finalement, rentrer en groupe n'est pas une si bonne idée que ça. Je…

Elle s'arrête en ouvrant de grands yeux ronds sur quelque chose à ma droite. Je tourne lentement la tête, et…

- Tiens tiens, des élèves dans les couloirs la nuit, grince une petite voix aiguë. Ça mériterait presque que j'appelle Rusard… Enfin, pour une fois que j'ai de la visite…

Oui, c'est bien un fantôme qui vient de parler. Une fille à lunettes, avec des couettes et un air un peu bizarre.

- Euh, salut, excuse-nous de te déranger, mais on aimerait se cacher… Est-ce que tu pourrais dire à Rusard que, euh…

- Que tu n'as vu personne, enchaîne Erell venant à ma rescousse. S'il te plaît, ajoute-t-elle précipitamment.

- Et pourquoi je ferais ça, d'abord ? Si vous commenciez par vous présenter, ce serait déjà une chose !

- Euh, c'est-à-dire qu'on est un peu pressés, là. Enfin, sinon, moi c'est Susan.

- Erell, enchantée de te rencontrer, euh…

- Myrtille, mais je vous autorise à m'appeler Mimi, nous sourit-elle (diaboliquement, sauf si j'ai des hallucinations) en tortillant sa couette. Et vous, Messieurs ?

- Moi c'est Fred, et lui c'est George, dit George.

Un coup de coude dans les côtes par Erell lui fait échapper un couinement.

- Roh, bon, moi c'est George et lui c'est Fred.

Ce dernier a l'air hypnotisé par Mimi.

- Eh, George… Est-ce que tu penses ce que je pense ?

George fronce les sourcils, regarde Mimi, et on croirait voir une ampoule s'allumer au-dessus de sa tête.

- Mais bien sûr ! Comment j'y ai pas pensé avant ?

- C'est toi, Mimi Geignarde ? demande Fred limite en trépignant. Le fantôme le plus déprimant de Poudlard ?

Si les regards pouvaient transpercer, Fred l'aurait été trois fois. Les joues de Mimi deviennent de plus en plus opaques et argentées, des larmes commencent à perler à ses yeux (les fantômes peuvent pleurer ?!), et au moment d'ouvrir la bouche pour visiblement crier, Erell tente de sauver la situation :

- Mais enfin, Fred, qu'est-ce que tu racontes ? Elle est super sympa et ouverte !

- Elle n'a rien à voir avec le Baron Sanglant, ça c'est clair ! j'enchaîne.

- N'empêche qu'elle vit dans des toilettes, fait remarquer intelligemment George.

- George…

- Quoi ?

- Ne fait pas attention, Mimi, ils sont un peu…

- … stupides.

- Merci, Erell, c'est exactement le mot que je cherchais !

- Pas de quoi. Dis, Mimi, est-ce que tu pourrais voir pour nous si Rusard est encore dans le couloir ?

- S'il te plaît, j'ajoute.

- A une condition.

Erell échange un rapide coup d'œil avec moi.

- Laquelle ?

- Que vous reveniez me tenir compagnie de temps en temps, mais SANS ces énergumènes. Ils ne comprennent rien à la sensibilité féminine.

Erell écrase discrètement le pied de Fred avant qu'il ne fasse une remarque.

- Merci beaucoup Mimi, je te promets qu'on reviendra !

- Si notre emploi du temps nous laisse un peu libres, murmure Erell à ma suite.

Mimi ne semble pas avoir tenu compte de cette dernière remarque et traverse la porte, pour revenir peu après.

- C'est bon, il est parti. Mais bon, vous tomberez peut-être sur Peeves ou le chat.

Génial.

- Merci beaucoup, Mimi, c'est super sympa. C'est vraiment dommage de partir si vite…, commence Erell.

- Oui, on serait bien restées plus longtemps, mais il faut retourner dans nos dortoirs !

- Ah, le dortoir des Serdaigles… Il était si douillet… Quand il n'y avait personne dedans, bien entendu… murmure Mimi.

Erell tire soudain une drôle de tête (quoi ? Cette fille, à Serdaigle ?), mais se reprend vite.

- Oui, justement, il faut que j'y retourne… Au revoir, Mimi !

- Eh attend, je voulais savoir, pourquoi on t'appelle Mimi Geignarde ? demande Fred.

Erell le tire par la manche et nous partons en courant sous les cris et lamentations du fantôme. Nous nous séparons pour rejoindre nos dortoirs respectifs, et alors que je descends les escaliers, j'entends la voix de George :

- Je crois que t'as eu ta réponse, vieux !

.

Le lendemain matin, Judith et Djemilah me regardent d'un air soupçonneux au petit déjeuner.

- Non mais, t'as fait quoi, hier soir ?

Je laisse échapper un grognement (quoi, j'ai toujours été très aimable, le matin).

- Mais encore ?

- On est allés se promener dans le château, mais on s'est perdus (ce qui n'est pas totalement faux…), voilà.

Elles continuent de me regarder sceptiquement, et je me dépêche de changer de sujet.

- Bon, euh, je pense que, euh, il est temps que nous allions nous préparer pour les cours. On y va ?

Pendant toute la journée, je n'arrête pas de penser que les sorties du soir commencent à devenir une habitude dont il faudra bientôt se défaire. Enfin, pour ce soir, c'est réglé, en ce qui me concerne. Et le soir arrive vite… Je demande morosement à Judith et Djemilah de me raconter ce qui se sera passé dans la Salle commune si elles ne sont pas endormies à mon retour, et je me dirige vers les cachots côté Serpentard.

- Ah, Miss Smith… Vous tombez bien, je viens justement de trouver à quoi vous passerez cette charmante soirée… Jusqu'à neuf heures, vous réécrirez donc tous les noms sur les bocaux d'ingrédients, ils ont la fâcheuse manie de s'effacer… Et, sans magie, bien entendu. Si par hasard, vous terminiez avant neuf heures et demie…

Aurais-je un espoir ?...

- … vous resterez quand même dans mon bureau. Vous avez des devoirs, j'imagine, rien que les Potions…

… et ben non. Ah, homme vil et cruel, vous me le paierez ! me dis-je dans un élan romanesque. Enfin, il n'y a rien à répondre, alors je me mets au travail, tant et si bien qu'il me reste un quart d'heure avant de pouvoir partir. Rogue est parti dans sa réserve. Après un long soupir, je sors un parchemin et une plume, mais j'ai la flemme de travailler (eh oui, je suis pourtant à Poufsouffle, et alors ?)… Comme ça fait un bout de temps que je n'ai pas dessiné, je laisse ma main faire. Qu'est-ce que ce sera ? Une fille. Tiens, si j'essayais de faire mon autoportrait ? Aussitôt dit, aussitôt fait, mais… elle ne me ressemble pas. Elle est beaucoup plus jolie, et son visage est beaucoup plus fin, avec de jolis yeux légèrement en amande. C'est toujours quand je devrais pas dessiner que je fais mes plus beaux dessins réalistes, c'est fou. L'ennuyeux, avec l'encre, c'est qu'on ne peut pas colorier. Ah ! Chapitre Trois des Sortilèges ! C'est le moment de l'essayer… Allez, les cheveux roux-brun :

- Partem Coloris !

Eh, ça marche du tonnerre ! Les yeux, maintenant. Verts ! J'ai toujours rêvé d'avoir les yeux verts.

- Partem Coloris !

Bon, ils ne sont pas exactement de la couleur que j'attendais, mais pas loin. Et ça rend les yeux plutôt vivant… Un grand sourire s'affiche sur mon visage.

- On s'amuse, à ce que je vois, Miss Smith ?

Ouch. Effet douche glacée, tu peux pas pire.

- Montrez-moi ça.

D'un regard défiant, je lui tends mon dessin. S'il s'imagine que je n'ai que ça à faire, de le caricaturer… Il jette un coup d'œil à mon œuvre, et soudain, je pourrais jurer qu'il blêmit. Il marmonne dans sa barbe (par ailleurs inexistante) un faible « Comment a-t-elle pu… C'est impossible… », puis reprend contenance et me demande de sa voix habituelle :

- Qui est-ce ?

Qu'est-ce que j'en sais, moi ? C'était censé être moi, à la base, la ressemblance ne saute pas aux yeux ?

- Personne en particulier, Monsieur.

Il regarde à nouveau le dessin, puis un rictus se dessine sur ses lèvres, absolument pas en harmonie avec son regard.

- Eh bien, on voit à quoi vous préférez le travail, Smith. Le Professeur Chourave serait fière de vous…

Je ne sais pas pourquoi, mais ça sonne étrangement ironiquement.

- Vous pouvez y aller, je garde ce bout de papier.

Il se retire dans le fond de la salle, et les idées un peu bousculées, je m'en vais sans demander mon reste. Je suis tirée de mes réflexions par un gargouillis de mon estomac. Je souris, car je réalise (enfin) que le truc cool en étant à Poufsouffle, c'est qu'on est à côté des cuisines. J'y fais donc un petit tour (j'ai quand même toujours du mal à voir les elfes se bousculer à mes pieds pour me faire plaisir), et alors que je m'attendais à ce que la Salle commune soit vide, je me retrouve face à tous les Poufsouffles, tous âges confondus.

- Génial, il ne nous fallait qu'une personne de plus ! lance un sixième année apparemment exaspéré.

- Sois pas de si mauvaise grâce ! Va t'asseoir, tes amies t'expliqueront tout, me dit gentiment une amie du type.

Je ne me le fais pas dire deux fois. Judith me raconte en deux mots que depuis une heure, personne ne s'est mis d'accord sur ce que Poufsouffle présentera.

- Certains ont proposé un dressage en live de dragons, d'autres qu'on fasse un gala de danse, encore d'autres un euh… Comment ils ont appelés ça déjà, Jude ?

- Un « Qui veut gagner des millions », tu sais, cette émission Moldue, mais personne n'a envie de répondre à des questions et encore moins de se cotiser pour offrir un million de Gallions, grimace Judith.

- Oui, voilà, enfin que des idées de ce genre, tu vois. Il y a même eu des propositions pour une course de natation au grand lac, ou une chasse au calamar géant !

La même fille de sixième année que tout à l'heure m'adresse la parole :

- Et toi, tu n'aurais pas une idée ?

- Brillante, si possible, soupire son ami, qui se prend direct une tape sur le crâne.

Je réfléchis à toute vitesse.

- Ben, euh… Vu qu'on doit faire un événement en automne, pourquoi on ne chercherait pas un truc sur Halloween ?

- Oui, on en a parlé à l'instant, intervient un septième année, mais on se voyait mal tous se déguiser et se goinfrer de bonbons…

- Mais euh…

Ils sont marrants, mais ils me foutent un peu la pression et les pétoches, là. Je suis en première année, les cocos !

- Un truc spécial, je sais pas, moi… Tiens, si ! Un concert d'Halloween ! je m'exclame d'un coup.

Tous ont braqués les yeux sur moi. Je me remets à bredouiller :

- Euh, vous voyez, comme ça tout le monde fait quelque chose… Les musiciens font la musique, les peintres ou dessinateurs le décor, les doués en métamorphose ou en sortilèges les effets spéciaux, ceux qui préfèrent s'occuper de l'organisation font… Enfin voilà, quoi… Ça mettrait en avant plusieurs qualités de Poufsouffle, et ça permettrait même de les partager ?

- Mais c'est génial ! s'exclame Ewan (vous vous souvenez, l'Irlandais qui est dans mon année ?). Je suis pour, et je fais musicien !

Des murmures approbateurs remuent l'assemblée, et au bout d'une heure, tout le monde rejoint son dortoir, une grande affiche avec les noms et les rôles de chacun punaisée au tableau d'affichage…