Elle s'arrêta devant un bâtiment abandonné et vérifia l'adresse après avoir retiré son casque. Sur le coup de la précipitation, elle avait oublié de prendre son gilet par balle. Esposito et Ryan allaient sans doute le lui amener. Elle l'espérait et prit son arme à sa ceinture. Elle se dirigea doucement mais vivement vers une porte sur le côté du bâtiment. Elle était entrouverte et Kate tenta de voir à l'intérieur. Elle vit un 4x4 noir garé. Au moins, elle ne se trompait pas de bâtiment et attendit quelques minutes. Toujours pas de Esposito ou Ryan. Elle savait qu'avec le trafic elle arriverait bien avant eux mais les minutes s'écoulèrent contre Rick. Elle hésita à entrer seule, sans renforts ni gilet. Son cœur lui cria de foncer le sauver quelque soit le nombre d'hommes qui s'interposait entre elle et lui. Après tout, Esposito et Ryan allaient arriver et les renforts suivaient. Elle se recula et tout en tenant son arme à deux mains, elle poussa violemment la porte avec son pied et entra. Elle se cacha derrière le 4x4 et regarda autour d'elle. Elle n'entendit rien et ne vit personne. Elle contourna le véhicule doucement et évalua la situation. Hormis la voiture, l'entrepôt était vide. Au fond, elle aperçut une porte. Avant de sortir de sa cachette, elle regarda à nouveau si elle ne voyait personne. Puis, elle s'exposa en se dirigeant rapidement vers la porte du fond. Elle se plaqua dos contre le mur juste à côté de la porte et écouta attentivement. Elle entendait des voix discuter. Deux hommes parlaient s'ils devaient commander Chinois ou italien. Elle se crispa sur son arme lorsqu'elle entendit l'un d'eux poser une question.
- Et toi, Ricky ? Tu préfères Chinois ou Pizza ?
Kate tendit fortement l'oreille pour entendre sa voix. Elle voulait qu'il confirme qu'il était vivant ou toujours en état de provoquer son agresseur. Elle n'entendit aucune réponse. Il fallait intervenir. Au moment où l'un des hommes se rapprocha après avoir dit qu'il irait chercher deux pizzas, Kate quitta le mur et se plaça en face de la porte. Lorsqu'elle sut que l'homme était assez près de celle-ci, elle la défonça le plus fortement possible avec sa jambe. De l'autre côté, l'homme se la prit violemment dans le nez et était déjà au sol, assommé. Le second homme prit son arme à sa ceinture et tira un coup vers Kate. Par chance, il ne visait pas bien et Kate eut le temps de lui envoyer un coup de crosse au niveau de la tempe. Il tomba à son tour. Elle regarda autour d'elle si elle ne voyait personne d'autre. Au fond de la pièce, elle vit une silhouette, attaché par les poignets à une poutrelle en hauteur. Tout son poids était porté par ses deux articulations. Il portait les mêmes vêtements que la veille mais sa chemise blanche était tâchée de sang. Elle fonça vers lui.
- Castle !
Il avait les yeux clos mais elle l'entendit murmurer un mot.
- Kate…
Elle tenta de le soulager en le soulevant par la taille. Mais rien n'y fit, il était trop lourd pour qu'elle tienne assez longtemps. Elle regarda autour d'elle et trouva un couteau sur une table aux côtés d'autres instruments à faire froid dans le dos. Elle l'attrapa rapidement, coupa les liens et tenta de le rattraper avant qu'il ne tombe. Elle sentit qu'il s'accrochait à elle mais il pouvait tenir sur ses jambes. Il ouvrit enfin les yeux en réalisant que ses poignets étaient libres. Elle l'aida à le transporter sur l'une des chaises où l'un des deux ravisseurs était assis plus tôt. Elle lui releva légèrement la tête et posa deux doigts sur son arcade.
- Ils ont dû y aller fort pour qu'elle soit ouverte comme ça. D'autres blessures ? J'ai vu les instruments de torture. Qu'ont-ils fait ?
Il la regarda avec des petits yeux et souleva sa chemise en faisant une grimace de douleur. Elle se pencha et toucha également une coupure au niveau de son pectoral. Castle se redressa légèrement lorsqu'il sentit les doigts fins et froids de Kate.
- Je vous fais mal ?
- Non. C'est même agréable.
Il parlait enfin. Elle retira ses doigts et remit sa chemise en place.
- Ce n'est pas très profond, cela va se refermer vite.
- Tant mieux.
- Dieu merci je vous ai retrouvé en état.
Elle lui fit un sourire sincère qui réchauffa grandement Castle. Contrairement à la banque, personne ne pouvait les interrompre. Il voulut se lever pour se mettre à son niveau alors qu'elle tenta de l'en empêcher.
- Non. Ne vous levez pas. J'attends les renforts et on va à l'hôpital.
Il se mit tout de même sur ses deux jambes et Kate le tint par le bras. Il plongea son regard dans le sien et tenta de dire quelques mots.
- Merci, Kate.
Il voulait continuer mais sentit une forte douleur au torse. Il bascula en avant et Kate le rattrapa bras ouvert, l'entourant pour le tenir. Il enfouit son visage dans ses cheveux et inspira fortement.
- Castle, je vais vous aider à vous rassoir.
Elle avança doucement sans le lâcher alors qu'il recula. Il se pencha en arrière et elle lâcha prise qu'au moment où elle était sure que la chaise le soutenait assez. Il paraissait exténué lorsqu'Esposito et Ryan se firent entendre. Ils entrèrent à leur tour, arme à la main dans la pièce. Ils regardèrent les deux hommes à terre.
- C'est bon les gars. Je m'en suis chargée. Ils sont juste assommés. Emmenez-les pendant que je dépose Castle à l'hôpital.
Le brun fit un léger signe de la main à ses deux compères policiers. Esposito lui posa une question.
- Vous n'avez rien ?
- Non. Rien de grave. Mon sauveur est arrivé à temps. Comme toujours.
Il reprenait rapidement des couleurs en souriant pour rassurer ses amis.
- Ok. On y va Ryan.
Kate roula beaucoup trop loin en voulant décompresser. Elle s'était souvenue qu'elle était en moto et ne pouvait pas emmener elle-même Rick à l'hôpital. Une légère frustration l'avait énervée et elle avait fini par déléguer cela à Esposito et Ryan. Voilà pourquoi elle roulait depuis maintenant plus d'une heure. Alors, elle arrêta la bécane sur le bord de la route et retira son casque. Son portable vibrait dans sa poche et elle le sortit.
- Tout va bien Espo ?
- Oui. On ramène Castle chez lui. Le médecin lui a juste conseillé de désinfecter ses plaies et du repos. Par contre, les uniformes ont appelé et le 4x4 a disparu. Personne n'a rien vu et on ne sait pas trop comment ils ont pu récupérer leur véhicule.
- Dis-moi que quelqu'un avait noté la plaque.
- Affirmatif. On l'a même fichée. On va vite le retrouver.
- Tant mieux. Et sur les deux kidnappeurs ?
- Il faudrait interroger Castle. On n'a pas eu trop le temps. Il pourra peut-être nous en dire plus.
- Je ne suis pas loin de chez lui. J'y vais. On se rejoint au 12th.
Elle raccrocha. Elle se trouva pathétique d'avoir menti juste pour avoir une excuse d'aller lui rendre visite. Elle n'avait pas besoin d'excuse alors qu'il venait de se faire enlever. Elle enfila à nouveau son casque et démarra encore et toujours en trombe.
Elle frappa quelques coups à la porte avant que Rick lui ouvre. En voyant que c'était elle, il lui offrit son plus beau sourire. Elle dût souffler discrètement pour se reprendre en entrant dans l'appartement. Il l'invita à s'assoir et la rejoignit après avoir refermé la porte d'entrée. Il s'assit très doucement en grognant légèrement.
- Ca fait mal ?
- Non. Ca tire un peu, c'est tout. Et regardez !
Il se pencha vers elle le doigt pointé sur son sourcil. Leurs deux visages étaient si proches. Elle observa ses lèvres avant de regarder ce qu'il voulait lui montrer. Elle vit son arcade avec un fil au milieu.
- Mes premiers points !
Elle rigola en le voyant si fier de sa blessure.
- Croyez-moi. Cela vous amuse à la première blessure mais au bout d'un certain nombre de points, ce n'est plus du tout glorieux.
- Vous avez eu tant de blessures que ça ?
- Quelques unes. J'ai quelques cicatrices dans le dos surtout.
- Près de votre tatouage ?
Il avait littéralement sauté sur l'occasion. Elle sourit légèrement et changea de sujet.
- Il faut qu'on parle de vos agresseurs.
- Je peux tout vous dire sur eux. Ils ne portaient jamais de cagoules ou de masques. Je sais que c'est mauvais signe. Cela veut dire qu'ils se débarrasseront de moi quoi qu'il arrive. Alors, j'ai retardé le moment. Ils étaient quatre. Les deux que vous avez brillamment assommés ne sont que les sbires. Ils n'étaient là que pour surveiller la porte, je dirais. Le troisième homme me torturait. Enfin, il enfonçait légèrement une lame dans le torse. Il était très sûr de lui alors que le dernier homme ne me posait qu'une seule question. Toujours la même. Mais, il n'était pas rassuré et ne paraissait pas pro du tout. Je ne le prendrais pas pour un méchant dans mes livres.
- C'était quoi cette question ?
- Etes-vous Richard Castle ?
- C'est tout ?
- J'étais aussi surpris que vous. Mais c'est tout.
- Pourquoi ne pas avoir dit oui comme réponse et ils vous auraient peut-être libéré.
- Je vous suis depuis maintenant plus de trois ans, je sais quand répondre à une question ou non me sauvera la vie. Et dans ce cas, j'aurais confirmé et ils m'auraient abattu. J'ai tout vu d'eux, visage, véhicule, planque. Vous pensez réellement qu'ils m'auraient relâché ? Vous me décevez Lieutenant Beckett. Vous savez très bien qu'ils m'auraient tué.
Elle sourit légèrement. Elle le testait et il avait vite remarqué son petit jeu. Elle aimait tellement le taquiner. Dans ces rares moments, elle pouvait tout oublier et chercher simplement à le provoquer. Elle redevint vite sérieuse et enchaîna.
- En tout cas, cela parait évident qu'ils ne sont pas très doués. Ils ont laissé des empreintes sur votre Ferrari puis ils se sont fait voir sur la caméra et enfin ils sont revenus chercher leur 4x4. Si avec ça on n'arrive pas à les coincer.
Rick se gratta le menton. Il se demandait vraiment pourquoi on l'avait enlevé. Des amateurs en kidnapping avaient pris un risque fou pour lui poser une seule question. De plus, s'ils cherchaient sur Google, ils pourraient trouver facilement le visage de Richard Castle et avoir leur confirmation. Il ne comprenait pas. Kate réfléchissait également de son côté. Puis, elle remarqua un détail et demanda.
- Votre fille et votre mère ne sont pas là ?
- Non. Quand je suis rentré, je les ai rassurées puis je suis parti me coucher. J'ai dormi presque deux heures juste avant que vous arriviez. Elles étaient là à me guetter. Je ne pouvais pas les voir me regarder avec ces yeux de pitié. J'ai donc renvoyé ma fille chez une amie et ma mère à ses cours de je ne sais quoi qui pourraient faire beau sur son CV. Et… Je vous attendais.
- Vous saviez que j'allais passer ?
- Je sais que dans la situation inverse, je camperais chez vous !
- Ca, je le sais. Je m'en souviens très bien.
Elle lui sourit avec beaucoup d'affection. Elle plongea son regard dans l'immensité bleue de celui de son écrivain. Elle maudit lorsque son portable se mit encore à sonner. Elle se leva et décrocha. Elle ne passa que quelques secondes au téléphone et s'excusa auprès de Rick.
- Je dois retourner au commissariat.
- Mais, il est déjà huit heures passé. Cela ne peut pas attendre demain ?
Elle ne voulait pas non plus le quitter. Pas tout de suite du moins. Elle se rassit à ses côtés en acquiesçant que cela pouvait sans doute attendre demain.
- En parlant de demain, j'ai réussi à obtenir une entrevue avec l'adversaire du Maire. Il m'attend demain matin au QG républicain.
- Je pourrais venir ? Je meurs d'envie de vous voir secouer un politicien.
- Castle, vous avez besoin de repos. Vous venez d'être pendu par les poignets pendant plusieurs heures.
- J'ai toute la nuit pour dormir. Et, je dois simplement désinfecter les plaies. Ce n'est rien du tout. S'il vous plaît, laissez-moi venir.
- D'accord. Je passerai vous prendre demain. J'essayerai d'emprunter une autre voiture de service.
- Non. La moto me va très bien. J'ai apprécié notre ballade.
Il se revoyait la serrer contre lui alors que le vent lui sifflait dans les oreilles d'en profiter au maximum. Elle sourit au fait qu'il aimait la moto à ses côtés.
- Maintenant, vous devriez aller vous coucher. Si vous voulez venir demain, j'impose la condition de dormir le plus possible.
- Une dernière chose. J'ai un service à vous demander. Je dois bien désinfecter toutes mes plaies. Le médecin a bien insisté sur le « toutes ». Et, vu que je suis seul, il y a certaines que je ne peux pas atteindre dans le dos.
- Vous n'abusez pas un peu là ? Ce n'est pas une excuse pour que je vous caresse le dos ?
- Non. Je vous assure que je ne les atteins pas. Et, franchement, je voudrais que vous me caressiez le dos mais dans d'autres circonstances qui incluraient que vous ayez moins de vêtements que là.
Il était doué avec les mots et savait bien la charmer. Elle accepta et il l'emmena dans la salle de bain. Elle ouvrit l'armoire et en sortit un flacon de désinfectant ainsi que des tampons de coton. Pendant ce temps, il ôta son tee-shirt et attendit qu'elle se tourne vers lui. Lorsqu'elle lui fit face, un hoquet de surprise sortit de sa bouche. C'était la première fois qu'elle le voyait torse nu et cette vision lui plaisait beaucoup. Il était beaucoup plus musclé que ce qu'elle pouvait deviner sous ses chemises. Par contre, elle avait vu juste sur ses bras. Ils paraissaient si forts et protecteurs. Il sourit en la voyant le dévisager. Même dans ces conditions, il ne perdait pas sa confiance en lui.
- Je sais ce que vous vous dîtes.
- Je dois avouer que vous êtes bien fait.
- Merci Kate. Donnez moi un coton, je vais commencer par faire celles de devant.
- Non, c'est bon, au point où on en est. Je vais le faire.
Il se rapprocha d'elle et elle dût souffler une fois de plus. Elle imbiba le coton du produit et le posa doucement sur la première plaie au niveau de son pectoral. Il se redressa légèrement lorsqu'il sentit le froid du produit. Ou étais-ce le contact avec les doigts de Kate ? Il ne saurait le dire mais il ne pouvait quitter des yeux la main de sa muse qui effectuait un geste tellement doux. Le cœur du Lieutenant s'accéléra lorsqu'elle sentit qu'il avait relevé le visage et les yeux pour la regarder. Elle n'osa pas lui rendre son regard et prit soin de bien observer ce qu'elle faisait. Elle changea de plaie et caressa doucement avec le coton celle qui se trouvait au niveau de son estomac. Elle fit de même pour les deux autres plaies. Castle bénissait ses ravisseurs pour lui avoir permis de provoquer cette situation. Lorsqu'elle eut fini, elle lui demanda de se retourner. Il ne la regardait plus et cela lui permit de tenter de faire redescendre la température de son corps. Elle jeta le coton et en prit un autre pour recommencer son geste. Du fait qu'il ne pouvait la voir, elle se lâcha légèrement et caressa avec sa main gauche le bas du dos de Castle.
- Vous avez un hématome à cet endroit. Vous le saviez ?
- Le médecin l'a mentionné.
Elle continua sa caresse lentement alors que Castle avait bien senti à quel endroit était le bleu. Elle sentit le souffle de l'écrivain s'accélérer et elle retira sa main. Elle continua à désinfecter les différentes plaies.
- J'ai eu peur de vous perdre. Au moins, lors de la prise d'otage de la banque, je pouvais communiquer juste un peu avec vous. Je savais où vous étiez, j'ai pu entrer et voir de mes propres yeux que vous étiez en vie. Aujourd'hui, j'ai cru que ma tête allait exploser. Encore, c'était des débutants ces gars-là. Mais sur le coup, je ne le savais pas. J'ai joué à Richard Castle et mon imagination a ancré des images horribles dans ma tête. Oui, celle qui ne voit que les preuves matérielles a inventé des scénarios à tueurs à gage et bain de sang.
Elle ne pouvait le voir mais depuis le début de son monologue, il souriait. Elle avait eu peur pour lui, elle avait imaginé le pire et cela l'avait bien perturbée.
- Je suis là maintenant. Puis, si vous m'aviez invité à monter chez vous, je n'aurais pas été enlevé. Ou alors, juste mes vêtements.
- Castle !
A présent, son geste avait changé et elle appuya plus fortement sur une plaie.
- Aïe ! Je sais que vous aimez le SM mais pas là, s'il vous plaît.
Elle posa le coton dans la poubelle et s'éloigna de lui. Il sentit le vent tourner et se retourna. Elle lui lança un regard noir.
- Je plaisantais.
- J'étais très sérieuse. J'ai dit des choses que je pensais profondément et il faut que vous fassiez le malin.
Elle voulut sortir de la salle de bain rapidement mais il réussit à l'attraper par le bras et la tira vers lui.
- Kate. Je suis désolé. Je suis touché par ces pensées.
Elle était encore plus proche de lui et il sentait son souffle chaud de colère contre son torse. Il aurait voulu la plaquer contre le mur et la coincer pour qu'elle ne puisse plus lui échapper. Mais, il n'en fit rien et lui lâcha le bras. Elle coupa court à la conversation.
- Maintenant, au lit.
Il sourit en la regardant avec attention. Elle paraissait toujours fâchée mais il perçut dans son regard qu'elle ne lui en voulait plus. Décidemment, elle aimait diriger mais il se laissa faire et prit son tee-shirt avant de sortir de la salle de bain.
