Chapitre 7

Edward

Nous voilà tous dans la plus épaisse des mouises. Le « Jerry Show ».

Tu parles d'un engagement logique et propre à notre sécurité. J'entends par sécurité, le fait que cette émission, risquer de faire chuter notre côte au près du public, et pour moi, je me sentais si bas sur l'échelle médiatique, que je ne voyais pas le mal que ça pourrait me faire, en plus, ou pire. Après tout, si Mayfield ne nous l'imposait pas, je crois qu'aucun d'entre nous ne serait là. Un vrai suicide médiatique.

Comme nous nous y attendions, Jerry nous reçut avant l'émission. Il salua l'ensemble de l'équipe, fit des compliments à Alice et me rappela comme il est important de prendre avec humour les propos qu'il avançait dans ses « représentations ».

« - c'est pour satisfaire aux attentes du public, vous comprenez, mon cher Edward. »

Il nous assura du respect des règles, voulant dire par là, qu'il avait bien lu les différentes demandes de chacun, de ne pas amener la conversation sur tel ou tel sujet. Mais, comme vous vous en douter, rien ne fut respecter et nous passâmes le pire des moments.

Nous étions assis, sur une banquette démesurément grande. J'étais à droite, contre l'accoudoir, Alice près de moi, puis les membres de notre équipe, Hanna, Greg, Emma et enfin, Tanya et son jules.

- Alice, nous avons eu la chance de vous voir dans le plus simple appareil, aurons-nous une chance supplémentaire, de vous revoir dans cette tenue.

- non Jerry, répondit la demoiselle.

Il avait lancé les hostilités et une nouvelle fois, Al' en faisait les frais. Au début, je la voyais partir en pleure, mais avec le temps et après bien des caresses de Jasper, elle avait fini par comprendre que quoi qu'il arrive, seul ses proches comptaient et maintenant, c'était sa ligne de conduite.

- quel dommage. Mais au moins, vous savez dans quel secteur du septième art vous pourrez vous tourner si vous ne trouvez pas de nouveau contrat.

- ah oui, demanda Alice, et dans quel secteur ?

A cet instant, nous le regardions tous, médusés. Ce connard comptait nous en faire baver. Et son premier choix ne lui laisserait pas la possibilité de la descendre. Je pressais ma main dans le dos de mon amie. Ce con allait être surpris, mais je ne me leurrais pas, je savais que tous, nous y passerions.

- où voulez-vous en venir, mon cher Jerry, pensez-vous que mon jeu soit si mauvais que je devrais penser à me recycler dans un domaine propre aux femmes de mon genre ?

- comme vous y allez Alice !

Elle lui souriait, attendant qu'il lâche des propos compromettants.

- Et pourquoi pas d'intégrer des productions dans lesquelles les textes se réduisent à des cris gutturaux ?

- aurais-je touché un point difficile Alice, vous m'en voyez bien triste.

- c'est étrange, je n'ai pas l'impression que votre soyez triste des propos outrageux que vous déversez sur vos « invités ».

- il faut bien que tous vos fans soient informés de . . .

- ne me parlez pas de mais Fans.

Elle se tourne vers le public.

- Y-a-t-il avec nous, ce soir, des membres de mon Fan club.

Le public se redresse en l'applaudissant à tout rompre, elle est ovationnée. Elle se lève, s'avance vers eux. Pendant plusieurs minutes elle est acclamée. Elle les salut et continue.

- je sais que beaucoup d'entre vous, avez appréciés ces photos, mais dites-moi, quand vous allez sur mon blog, ou ma page Facebook, vous ne préférez pas savoir où je serais, qu'elles sont les nouveautés dans ma vie, ma carrière, voir mes amours ?

Un OUI général, fait échos à ses paroles. Elle les remercie et retourne à sa place. Pendant quelques minutes, la foule frappe dans ses mains, en rythme, puis lentement le calme revient et Al' en profite pour reprendre la parole.

- vous devez avoir une vie qui ne vous satisfait pas, Jerry.

- elle est pourtant parfaite !

- que vous dites, ajouta Alice.

Il regarda à cet instant mon amie, ne sachant quoi ajouter.

- mais oui, mon cher Jerry. Quand je vois à quel type de spectacle, vous êtes obligé de vous donner pour avoir un peu d'audience, je ne comprends pas l'utilité que vous faites de votre diplôme de journaliste et je ne vous parle pas de votre licence de littérature anglaise.

Il rit.

- vous vous êtes renseigné, à ce que je vois.

- je ne fais que prendre exemple sur vous. Et pour votre information, je vais fait toujours mes devoirs quand je dois passer un oral !

Sans suit, des phrases inutiles, des mots creux et des paroles limités, de la part du cloporte qui nous reçoit. Une page de pub arrive et nous permet de souffler. Mais le programme reprend, et mon tour arrive. Youpi, joie intense.

- Edward, comment allez-vous.

- bien et vous ?

- ma foi, après avoir eu l'occasion de parler avec Alice, je dirais . . . bien.

Il me sourit, je lui réponds de manière tendu. Avant même qu'il ne me parle, je sais que ça va être ma fête.

- je suis content de voir que vous êtes à nouveau en bon terme avec mademoiselle Denali.

Et voilà, il fallait que je m'en doute, ce mec n'a aucune subtilité, je ne sais vraiment pas comment on peut créditer son émission, c'est aberrant.

- il faut savoir être professionnel, dis-je.

- c'est sûre, mais quand même, vous aviez l'air heureux, puis il y a eu cette fâcheuse histoire, avec Éléazar . . .

- le passé, ajoutai-je, faignant un je m'enfoutisme que j'étais loin de ressentir, reste le passé et aujourd'hui je suis heureux.

- oui, c'est vrai que nous avons eu l'occasion de vous voir aux bras d'une nouvelle conquête.

Je souris à nouveau, m'attendant au coup de poignard.

- Bella, c'est ça, ajoute-t-il.

- si vous le dites.

- je ne sais pas, si je me trompe, dites me le !

- que voulez-vous savoir Jerry ?

Je perds patience et je ne compte pas lui faciliter la tâche.

- oh, rien de grave, mais j'ai eu comme information que vous avez renoué avec Tanya.

- à titre professionnel, comme je vous le disais.

- donc vous avez renoué, c'est bien.

- nous n'avons et cela restera le cas, simplement des échanges professionnels.

Il se tourne vers la dite Tanya, qui lui souriait, heureuse d'être le centre d'attention, même détourné.

- Tanya, ou en est votre relation avec Edward.

- heu, eh ben, Jerry, je pense que je peux reconnaitre que nous ne sommes plus aussi proches, mais je ne baisse pas les bras.

- ah oui.

- oui, je sais que j'ai fait les mauvais choix mais voilà, il faut avancer dans la vie.

- je vois que vous êtes motivée par de grandes ambitions.

Elle se tourne vers moi et je n'ai qu'une envie, me lever et partir. Mais quand je repense à Alice qui a su résister à ce que ce con lui lançait, je me dis que je peux faire l'effort de tenir plus longtemps. Mon amie a l'air de comprendre mon trouble et me sert la main. Je lui souris. Notre échange ne passe malheureusement pas inaperçu.

- comme c'est touchant de voir la complicité qui lie votre groupe, déclare Jerry.

Personne ne lui répond. Nous ne sommes pas les invités de marques qu'il aurait souhaités. L'audimat ne montera pas en pointe ce soir.

- bien, parlons un peu de la promotion de votre film.

- j'ai cru que cela n'arriverait jamais ! lâche-Hanna.

- je suis d'accord avec toi, complète Greg. Et dire que nous pensions être dans une émission de choix.

- je regrette d'avoir lancé mon lecteur de DVD, un disque de foutu ! plaisante-Emma.

- je vous avais prévenu, les sermonne-Alice.

Ils éclatent tous de rire, suivi par le reste de notre groupe. Le public, silencieux depuis le début de notre calvaire, nous suit dans notre « délire ».

- je vois que tout le monde à l'air de passer un bon moment, nous coupe un Jerry mal à l'aise.

- oui, dis-je, c'est la première fois depuis que j'ai passé les portes des studios, que j'ai le sourire et pas un masque lui ressemblant.

- oh . . .

- et oui, mon cher Jerry, nous sommes venus pour Crazy Night. Parler de nos personnages, de l'impact qu'ils ont eu dans nos vies, de la manière dont le public a reçu ce long métrage.

- b . . .

Je ne lui laisse pas le temps de répondre, je me lève, lui prenant le micro qui est près de lui. Je tape sur l'appareil, pour voir s'il fonctionne et me tourne face au public.

- 1, 2, vous m'entendez ?

Le public répond en cœur.

- OUIIIIIIII !

- bien ! Vu que Jerry a décidé de ne pas faire son travail, je vous propose de lever la main si vous avez des questions à nous poser.

Des dizaines de mains se lèvent, mais des cris se font entendre.

- oh, oh, oh, on se calme et on fait ça gentiment. Vous en rouge, dis-je en montrant une femme de la main.

Elle me regarde, se montre du bout des doigts et se lève d'un bond, en hurlant . . .

- Ouiiiiii !

- comment vous appelez-vous ?

- Maryline.

- bien Maryline, que voulez-vous savoir et à qui souhaitez-vous parler.

- à-vous ? A Alice aussi ?

- posez votre question, nous vous écoutons, dis-je, en retournant m'assoir à ma place et en ignorant totalement Jerry qui sort du plateau.

- voilà, euh, Alice . . .

- oui, réponds la personne concernée.

- je sais que vous devez en avoir marre que l'on vous parle de ces fameuses photos.

- un peu, je l'avoue.

- alors pourquoi les avoir faites ?

- au départ, dis-Alice, je ne souhaitais pas les faires. Mais la personne qui les a prise, que je croyais être un ami, a réussi à me convaincre.

- oui, mais pourquoi les faires paraitre ?

- Maryline ? Avez-vous déjà été amoureuse ?

- euh, oui !

- alors vous comprendrez, je pense, que parfois on puisse se laisser abusé.

Un silence fait place à sa déclaration. Alice n'a jamais pu se défendre, lors de la parution de ses photos et aujourd'hui est l'occasion de remettre les compteurs à zéro.

- Je n'ai jamais voulu la parution de ses images qui étaient à la base, faites pour le cadre personnel, intime. Puis, j'ai été contacté par ce sympathique monsieur, me demandant un dédommagement pour ne pas faire paraitre les dites photos. Suis-je vraiment la méchante dans l'histoire.

- je ne l'ai jamais pensé Alice.

- bien, dis-je pour mettre un terme à leur échange. Avez- une question pour un autre membre de notre troupe.

- non, merci.

Maryline se rassoit, sans même m'avoir posé de questions. Je ne m'en formalise pas. Je regarde une jeune femme au premier rang et lui fis signe de parler.

- bonjour, je m'appelle Jill, j'ai 20 ans et je viens du Massachusetts.

- bienvenue parmi nous, dit l'ensemble de notre groupe, suscitant des rires de notre auditoire.

- je voulais savoir s'il y aurait une suite à Crazy Night ?

- nous ne le savons pas encore ! Vous avez apprécié ?

- j'ai vraiment adoré le film, et puis le personnage d'Arthur est flippant au départ, mais à la fin, alors qu'il sert contre lui Anna, on comprend que sa folie cachait un vrai mal être, mais aussi un manque de confiance en soi, un manque d'amour aussi.

- oui, sans doute, dis-je.

- cette violence cache au départ, les raisons de son total manque de pitié ou de tout autre sentiment de compassion. Il n'a jamais reçu de tendresse. Jamais reçu de gestes d'amour.

- je crois que tu as une vrai Fan, la coupe- Alice en me poussant de la main.

La jeune femme nous regarde. Elle a les joues rouges et le souffle court.

- continuez, ne l'écoutez pas.

Elle me sourit et reprend.

- J'ai adoré votre interprétation, de la violence à la folie passionnelle, les cheveux longs au départ et la tête complètement rasée à la fin, j'ai eu l'impression, en vous voyant évoluer à chaque instant des 112 minutes du film, que vous vous ouvriez à un nouveau monde, que de l'enfer vous marchiez vers le paradis, mais à la fin, alors que John . . .

Elle montre Eléazar du doigt.

- alors que John vous apporte une preuve de la trahison d'Anna, un mensonge si bien ficelé, on vous voit redescendre vers le bas. Vous avez été magnifique ! Vraiment !

Un tonnerre d'applaudissement suit ses propos et je me lève, pour les remercier d'une révérence.

- merci, dis-je. Je vois que j'ai enfin à faire à quelqu'un qui a vu le film, mille mercis Gill.

- c'est moi qui vous remercie.

- bon, à qui le tour.

Un homme sur la droite attire mon attention. Je regarde Alice et le reste de notre groupe, évitant je l'avoue de regarder trop loin, pour ne pas que l'autre détraquée me parle, etc. Alice me prend le micro.

- le monsieur en jaune. Bonjour, comment vous appelez-vous ?

- Steve.

- bonjour, lui dit mon amie et une partie de mes compagnons.

- je voulais savoir comment se sent Tanya.

- bien, dit-celle-ci.

- bien, répète-t-il. Bien, c'est tout ce que vous voyez à me répondre, vous êtes pathétique !

- s'il vous plait de le croire, ajoute-t-elle froidement.

- vous êtes une salope, une arriviste.

Je me lève, reprenant le micro des mains de mon amie et m'approche du bord de la scène.

- Steve, quelle que soit l'opinion que vous avez de ma collègue, je vous demanderais de garder votre calme et de ne pas lui manquer de respect.

- Mec, comment tu peux prendre sa défense, t'es le premier à avoir souffert de son égocentrisme.

- c'est vrai, je vous remercie de l'intérêt que vous portez à mes souffrances mais nous sommes là pour le film ! D'accord.

- t'es un gars bien, ok, je ne veux pas te mettre mal à l'aise. Mais sérieux, moi, à ta place, je lui aurais collé une baffe et j'aurais cassé la gueule à l'autre connard.

Il montre Eléazar du doigt.

- s'il vous plait ? Steve.

- ok, c'est toi qui vois.

Mon nouveau meilleur ami se rassoit à sa place et tant mieux. Je regarde le prompteur, et je peux y lire que l'émission arrive à son terme.

- bon messieurs dames, Jerry est toujours absent, on m'informe que le spectacle arrive à sa fin, je propose qu'une autre personne nous face part de ses questions, mais je vous demanderais de ne pas parler d'autre chose que du film, merci.

Un nouveau silence, puis une petite fille lève la main.

- oui !

- je m'appelle Sarah et j'ai douze ans.

- bonjour Sarah !

Elle rosit et baisse les yeux. Elle les relève rapidement.

- je voudrais savoir si tu as une chérie.

J'éclate de rire.

- oui, mais comme je le disais, je ne répondrais pas à d'autres questions de ce genre, une autre personne ?

Un jeune garçon lève la main. Je lui fais signe.

- je m'appelle Tom, je voudrais savoir ce qu'il faut faire pour devenir comme vous ?

Je le regarde, je suis surpris.

- comme moi, ou comme nous tous, tu peux me préciser ta question.

- je voudrais être acteur, comment pensez-vous que je puisse le devenir à mon tour ?

Je me tourne vers mes compagnons. Eléazar se lève à son tour. Je me rembrunis, mécontent de le voir intervenir. Je lui tends le micro et retourne à ma place ?

- à mon avis, Tom, je te conseillerais de t'inscrire dans le club de théâtre de ton école.

- oui, mais j'ai peur qu'on se moque de moi.

- alors tourne toi en dérision et fais rire ton public.

- mais . . .

Eléazar descend les marches qui mènent aux gradins.

- tu sais, la première fois que j'ai joué, c'était dans une pièce de théâtre de mon école. J'avais le rôle d'un arbre, je peux t'assurer, que mon texte était court.

Le jeune garçon l'écoute avec attention.

- je devais imiter la brise légère du printemps . . . dans les branches de . . . enfin dans mes branches et je t'avoue que je n'étais pas motivé.

- et vous avez fait quoi ?

- je me suis promis que la prochaine fois, j'aurais le meilleur rôle.

- et vous l'avez eu.

Eléazar éclate de rire.

- loin de là, j'ai eu un plus grand rôle, mais pas celui que je voulais.

- et alors ?

Eléazar lui caresse la tête.

- j'ai persévéré.

- oui mais vous n'êtes pas le rôle principal, lui dit l'enfant.

- c'est vrai, mais quand tu as vu le film, est-ce que tu as aimé ma façon de jouer, as-tu cru en mon personnage.

- oh oui, un vrai méchant.

- alors tu vois, je ne demande pas plus. Si tu as aimé c'est le principal.

Il lui passe une nouvelle fois la main dans les cheveux.

- garde confiance et joue toujours avec ton cœur.

Eléazar se détourne de l'enfant et remonte sur la scène. Il s'approche de moi et me tend le micro. Je le regarde, le lui prends et souhaite une bonne soirée au spectateur. Nous sortons de scène. Les uns, après les autres, sous la clameur du public. Jerry n'est pas revenu. Nous retrouvons nos loges. Bella est là, assise devant la télé qui lui retransmettait le direct.

- tu as été merveilleux, mon ange.

- merci.

Nous nous embrassons. Puis notre groupe se retrouve, marchant vers la sortie. Nous avons peu parlé du film, mais nous avons pu mettre à plat les problèmes d'Alice, expliqués ce qu'il en est de moi et de . . . enfin. J'ai pu me rendre compte que malgré tout, Eléazar est un mec bien, il nous l'a à tous démontré.