7.

« Invité à bord ? Merci… Mais j'aimerais qu'il y ait quelqu'un ! ».

Ayant quitté son appartement, les coursives désertes, Alguérande avança à pas lents, sur ses gardes.

- Gander, où es-tu ? Au rapport !

Mais rien ne répondit à l'oreillette du jeune homme.

« C'est quoi ce bordel ? ! Nous sommes juste avant un désorbitage ! Où sont donc ces membres d'équipage ? ! ».

- Vite, au pont d'envol 4 ! intima le second du Pharaon.

- Mais, quoi ?

- Aboule, commandant !

- Je n'aime pas ce ton ! Ton rapport ?

- Je t'attends !

- Je sens que je ne vais pas t'épargner…

Obéissant néanmoins, Alguérande parvint au pont d'envol 4, se tenant sur le qui-vive, inquiet au possible bien qu'il soit à son propre bord !

- Gander ?

La pièce plongée dans une quasi obscurité, Alguérande demeura sur le seuil, ne comprenant rien.

Puis tout s'illumina, des applaudissements retentissant, et une pièce montée sur un chariot s'avançant.

- Bon anniversaire, commandant !

- Gander !

Devant ses lieutenants qui s'avançaient, Gander qui lui étreignait amicalement l'épaule, Alguérande se détendit.

- Merci… Comment saviez-vous ?

- Nous avons ton dossier, Alguérande ? Nous connaissons donc parfaitement ton âge ! Bon anniversaire.

Recevant une part de gâteau, Alguérande sourit.

- Nous avons quand même à prendre notre envol ! Tous à son poste !

- Tu apprécies ? murmura le Mécanoïde à l'oreille du jeune homme.

- C'est une très belle surprise. Je ne m'y attendais pas, pas ici… Les miens m'ont déjà fait une belle fête, juste avant mon départ !

Tout en mangeant sa portion de gâteau, Alguérande se rendit à la passerelle du Pharaon.

- Puissance minimale, indiqua Gander.

La bouche pleine, l'assiette en plastique avec sa portion de gâteau toujours à une de ses mains, Alguérande marmonna en agitant ses doigts libres.

- Grmphf, bref, le truc habituel à ce moment !

Gander sourit !

- Poussée latérale à 200, réacteurs principaux à 800, lâche tout, Ark ! Ordre de ton commandant qui se goinfre de crème pâtissière et de sucre !

- A vos ordres, lieutenant Oxymonth ! A vos ordres, commandant Waldenheim !


Depuis son Splendide, parti depuis des jours, Norys suivit les images du départ du Pharaon.

- Te revoilà dans ce que tu appelles la mer d'étoiles, Alguérande. Tu es dans ton élément. J'espère que tu t'y sens bien, que nous pourrons nous y croiser, un jour. Je t'aime, mais je ne toucherai jamais, Algie, j'ai bien trop de respect pour toi !

Quittant le fauteuil de commandement du Splendide, Norys se dirigea vers la salle des machines du cuirassé.

- Je suis là, Locran.

Et l'Ingénieur en chef étreignit le jeune homme, lui dévorant la bouche.

- Quel coup de foudre, je ne l'espérais plus !


Caressant Truffy qui ronronnait tranquillement, Alguérande demeura tranquillement dans son canapé, l'ordinateur ouvert sur les genoux.

- Nous partons vers la mer d'étoiles, sans but, sans objectifs précis, sans adversaires désignés ! Voilà un début de mission bien paisible. Ça me change, ça fait plaisir !

- Encore du gâteau ? proposa Gander, confortablement installé dans un fauteuil.

- Non, je suis en overdose de sucre ! Mais les parts de cette pièce montée était délicieuse, je m'en suis gavé.

- Oui, j'avais remarqué. Tu vas bien ?

- Oui. J'avais très faim.

Mais le Mécanoïde se levant pour s'approcher, Alguérande se recula machinalement, inquiet, fébrile, redoutant le moindre geste de son interlocuteur.

- Ne me touche pas ! Que plus personne ne pose les doigts sur moi sans que je ne l'en aie prié ! hurla-t-il.

- Je te laisse, céda Gander en quittant l'appartement.