Bonjour! Petit chapitre un peu plus court cette semaine, question de vous aider à patienter pour la suite! :)

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CHAPITRE 7

Le ciel commençait à s'éclaircir quand ils dénichèrent un motel de camionneurs donnant sur la route. Ignis se gara en refermant le toit et se retourna vers eux.

- Restez cachés ici, je vais louer une chambre. Je ne veux pas que vous attiriez l'attention.

Noctis regarda les deux autres. Gladio avait une coupure à la naissance de ses cheveux et le côté droit de son visage était rouge de sang séché, alors que Prompto était toujours recouvert de poussière de la tête aux pieds. Il était convaincu que lui-même ne devait pas avoir l'air plus présentable.

Il ne discuta donc pas et attendit avec les autres patiemment. L'idée d'un vrai lit le rendait fou d'enthousiasme, même s'il était trop épuisé pour l'exprimer.

- Je prends ma douche en premier, déclara Gladio.

- Quoi? Pourquoi?, répondit Prompto. C'est moi qui suis le plus sale à ce que je sache.

- C'est moi qui ai le plus sué, répondit le colosse d'un sourire moqueur. Toi, tu ne faisais que gambader en tirant ici et là.

- Va te faire foutre, je t'ai sauvé la peau au moins cinquante fois cette nuit!

Gladio passa le torse entre les deux sièges en levant le bras. Son aisselle se retrouva à vingt centimètres du visage de Prompto.

- Sens ça!, fit Gladio. Ça, c'est l'odeur du travail bien fait!

- Ah putain, mais tu schlingues c'est pas possible!

Le tireur s'écrasa les deux mains sur le nez et repoussa le colosse du pied en s'enfonçant dans son siège.

- Alors c'est décidé, c'est moi qui prend ma douche en premier, fit Gladio en retournant à sa place.

- Putain, c'est inhumain cette odeur…

Malgré sa fatigue, Noctis éclata de rire.

Ignis revint peu après avec une clé et il déplaça la voiture à la porte de leur chambre. Il l'avait stratégiquement choisie pour sa position cachée derrière des arbres et éloignée de la route.

Après presque un mois à avoir passé des nuits dans des caravanes miteuses ou dans la tente sur des matelas de camping inconfortables, cette chambre était absolument fabuleuse. Elle n'avait rien d'exceptionnelle avec ses murs à la peinture défraîchie et son mobilier en mélaminé simplet, mais elle possédait deux larges lits. Deux vrais lits. Avec de vrais matelas. Noctis avait envie de pleurer de joie.

Il se dirigeait vers le premier avec l'intention manifeste se laisser tomber dessus quand Gladio et Prompto se ruèrent soudainement sur la porte de la salle de bain en même temps. Le bouclier fut plus rapide et l'atteignit en premier. Pour faire bonne mesure, il se retourna et écrasa sa large main dans le visage du blond pour le pousser brusquement, avant de refermer la porte. Prompto atterrit brutalement sur les fesses.

- Merdeeeeee Gladio! Tu fais chieeeerrrr!

Noctis se demanda sérieusement comment ces deux-là pouvaient avoir autant d'énergie. Il avait du mal à mettre un pied devant l'autre.

Il se retourna pour jeter son dévolu sur le lit quand il s'arrêta, pensant soudainement que s'il s'étendrait maintenant, il ne serait plus capable de se relever. Avant d'avoir le droit au sommeil, il devait prendre une douche et soigner ses blessures… Le lit était clairement un piège dans lequel il était trop facile de tomber.

Il s'assit donc dans l'une des chaises aux côtés de la fenêtre et attendit impatiemment. Le sifflement dans ses oreilles s'était légèrement apaisé depuis, mais il continuait de jouer sa note aigüe de façon continue. Sa jambe ne saignait plus, mais elle le faisait toujours atrocement souffrir et sa blessure au flanc le démangeait terriblement. Sans compter tous ses muscles qui se plaignaient. Il se demanda brièvement s'il y avait même une seule partie de son corps qui était exempte de douleur.

Après une quinzaine de minutes, Gladio sortit de la salle de bain et le blond prit précipitamment sa place. Noctis soupira. Il n'en pouvait déjà plus d'attendre. La patience n'était décidément pas son truc.

Il attrapa la télécommande sur la table de chevet et alluma la télévision. Il l'écouta d'une oreille distraite en se frottant les tempes sans même regarder l'écran et il sentit sous ses doigts les grains de terre encore collés à sa peau. Putain qu'il rêvait d'une douche.

- Gladio, es-tu blessé?, demanda Ignis.

- Rien de grave. De petites éraflures ici et là…

Noctis leva la tête vers lui et vit que la coupure à son front recommençait à couler, le liquide rouge se diluant sur son visage toujours humide.

- Tu demanderas à Prom de voir à cette coupure, fit le conseiller.

Visiblement, Prompto était devenu le médecin en chef de l'équipe : il avait réalisé tous les bandages de Gladio et Noctis depuis la fuite d'Insomnia. Le jeune roi réalisa qu'il était peut-être venu le temps qu'il apprenne à se prodiguer des soins par lui-même… Le moindre contact avec les mains du blond lui faisait perdre tous ses moyens.

Et il venait d'obtenir une toute nouvelle blessure à la jambe qui allait naturellement nécessiter un bandage.

Il imagina pendant une seconde Prompto agenouillé devant lui en train de le soigner à la cuisse et la température dans ses joues grimpa instantanément. Il se racla la gorge et rapporta son attention à la télévision.

Après une publicité complètement ridicule de trois mecs déguisés en cactus dansant sur une partition de ukulélé en buvant du Ebony, « la boisson caféinée pour vos matins occupés! », le générique du bulletin télévisé prit les ondes. Ignis se leva et éteignit l'appareil.

- Hey, ça fait presque un mois que je n'ai pas pu regarder la télé, tu permets?, fit Noctis.

- Il faudrait dormir. Notre nuit a été très courte.

- Ouais, mais il faut que je reste éveillé jusqu'à ce que Prom sorte de la douche, ce qui pourrait prendre au moins un milliard d'années minimum.

Noctis reprit la télécommande et alluma la télé de nouveau.

À l'écran, le présentateur était assit derrière un massif pupitre, feuilles à la main.

« … autre journée de violences dans plusieurs régions-»

Ignis avait éteint la télévision et Noctis s'était redressé sur son siège. Des violences? Quelles violences?

Il ralluma pour une troisième fois l'appareil et lorsqu'il vit Ignis étirer le bras pour l'éteindre à nouveau, il sauta sur ses pieds et l'agrippa par la manche.

- Putain! C'est quoi ton problè-

Il s'interrompit en voyant les images à l'écran. Elles montraient de violentes émeutes, dont les participants, qui avaient pour la plupart le visage caché par des foulards, hurlaient en levant les poings. Des soldats impériaux formaient une ligne droite devant eux, les visant de leurs armes. Certains civils lançaient des cocktails molotov, d'autres, des pierres. Un Niflhe abattit à bout portant un jeune homme encapuchonné, le claquement de la détonation résonnant étrangement à travers les haut-parleurs de la télévision. Un soldat impérial reçu une bouteille qui éclata sur son épaule et le liquide enflammé se répandit sur son torse.

Le journaliste narrait par-dessus les images :

« Pour la vingt-cinquième journée consécutive, la grogne contre l'empire du Niflheim a continué sa montée hier soir dans plusieurs villes occupées, alors que des rebelles s'en sont, encore une fois, pris aux forces impériales… »

Les images secouées montraient maintenant des manifestants accroupis derrière un mur de brique, tentant de sauver leur ami étendu au sol et couvert de sang. Des colonnes de fumées noires au-dessus d'une grande ville, des sons secs de coups de feu claquant au loin. Un barrage improvisé bloquant une route, formé de pneus brûlants et de débris de toutes sortes. Un jeune homme roulé en boule au sol, battu à coups de bâtons par des soldats enragés.

« Hier, des daemons ont été relâchés pour maîtriser les foules, entre autres à Lestallum et Altissia, où les émeutes sont les plus virulentes. », continua le journaliste. Pour appuyer ses propos, des images de daemons fonçant vers une foule dont les gens prenaient la fuite dans tous les sens apparurent à l'écran. Une bête gigantesque à l'allure d'un aigle noir attrapa une jeune femme qui courait, la souleva et la laissa tomber à plusieurs mètres de hauteur. La caméra ne filma pas son atterrissage.

« L'empire n'exclut pas la possibilité d'utiliser ces armes contre les émeutiers dans les autres villes si les manifestations ne sont pas maîtrisées à court terme. Elle rappelle que le couvre-feu est toujours en vigueur dans toutes les régions et que toute personne à l'extérieur de chez soi après 20 heures sera arrêtée… »

Noctis avait écrasé la main sur sa bouche, les yeux écarquillés. Il n'arrivait pas à croire ce qui défilait à l'écran. Il regarda Gladio qui semblait aussi horrifié que lui, puis Ignis, qui n'affichait pas la même surprise.

Dès qu'il comprit, le jeune roi sentit une colère bouillante se déverser dans ses veines.

- Tu le savais.

Ce n'était pas une question. Il avait parlé d'un ton sec alors qu'il fixait son conseiller d'un dur regard. Celui-ci se retourna vers lui en soupirant, mais ne parla pas.

Bien sûr qu'Ignis le savait. Il était le seul, parmi les quatre, qui s'était rendu régulièrement en ville pour faire les achats nécessaires à leur survie en nature. Évidemment qu'il devait s'être renseigné à chaque voyage auprès de différents médias. Il avait toujours été à l'affût des nouvelles, même avant l'invasion d'Insomnia.

Il savait tout ce temps et il n'avait rien dit.

- Comment as-tu pu me faire ça, Ignis, fit Noctis d'une voix froide.

- Noct… Écoute-moi.

- NON! Putain j'y crois pas! Pendant que nous, on se cachait comme des pauvres cons, le reste du Eos se battait contre le Niflheim!

- Je savais que si je t'en parlais, tu te serais précipité tête première dans la ville la plus proche pour te battre sans même que tes blessures ne soient guéries! Tu serais mort en moins de deux, Noct!

Noctis n'en croyait pas ses oreilles. Son sang bouillait à présent et ses poings étaient si serrés que ses ongles se plantaient douloureusement dans ses paumes.

- Et pourquoi ma vie vaudrait plus que celles de tous ces gens qui sont en train de crever dans les rues?!, cria-t-il en pointant la télévision.

- Tu es le roi!

- Je suis le roi de quoi putain?! Il n'y a plus de Lucis!

Il hurlait à pleins poumons maintenant.

- Je ne suis pas un roi! Je ne suis plus qu'un sale lâche, qui laisse des pauvres civils livrés à eux-mêmes! Forcés de se battre seuls contre l'empire, parce qu'il n'y a plus personne pour les défendre! PUTAIN DE MERDE!

Il lança la télécommande sur le mur et le plastique éclata dans un bruit cassant. Gladio sursauta et Ignis fit un pas vers l'arrière en levant les deux mains.

À l'écran, le présentateur réapparut.

« Le roi du Lucis, Noctis Caelum, est toujours recherché par les autorités pour répondre à de nombreuses accusations. » Ils montrèrent à l'écran une photo officielle de Noctis qui avait été prise il y avait plusieurs mois, portant son habit royal. « Caelum est toujours en fuite après avoir provoqué la mort de plusieurs civils à Lestallum… »

À l'écran s'affichait maintenant une vidéo amateur, filmée d'un cellulaire, où on voyait, dans le chaos de la bataille, Noctis se téléporter dans une lueur bleutée derrière trois daemons qui l'encerclaient. Il s'enfuit à la course en contournant des soldats et des citoyens en train de se battre et puis, il tourna précipitamment dans un escalier et disparut de l'angle de vue de la caméra.

« Toute personne qui aurait des informations peut communiquer au numéro suivant… »

Le jeune roi serrait les dents tellement fort qu'elles auraient pu exploser et ses veines vibraient de colère. Il se rappelait très bien de ce moment; c'était juste après qu'il ait donné la fillette aux deux femmes qui étaient perchées à la fenêtre. Évidemment, ils ne montraient que sa fuite. Comme s'il n'était qu'un dégonflé qui filait alors que les autres se battaient.

Il se sentait trembler de rage. Il se mit le visage entre les mains et prit de grandes respirations dans un effort pour contenir sa colère. Ça ne fonctionnait pas très bien.

Après quelques secondes, Ignis parla d'une voix calme, gardant toujours ses bras levés dans une tentative de calmer le jeune roi.

- Noctis… Écoute-moi, s'il te plaît. Tu es le seul qui peut résister à l'empire, mais il faut que tu le fasses intelligemment. Attaquer trop tôt t'aurait mené à une défaite assurée.

Le jeune roi avait relevé vivement la tête et le regardait fixement. La fureur dans ses yeux était manifeste.

- Ça fait des semaines que tous les matins, je te supplie de passer à l'action. Tous. les. foutus. matins, Ignis! Mais non, il fallait se cacher, ne rien faire, s'enfuir… Et pendant ce temps, même le plus simple des citoyens avait comprit qu'il fallait prendre les armes!

- Ce n'est pas si facile. Nous ne sommes que quatre.

- NON! NOUS NE SOMMES PLUS QUE TROIS!, hurla Noctis en pointant un doigt accusateur vers son conseiller. TOI, TU N'ES PAS AVEC NOUS! TU N'ES QU'UN SALE TRAÎTRE, PUTAIN!

- Noct!, s'exclama Gladio d'une voix outrée.

Noctis sentit qu'il fallait absolument qu'il quitte la pièce au plus vite ou sinon, il allait démolir la gueule de quelqu'un. La sortie derrière Ignis et Gladio étant inaccessible, il se retourna vers la porte de la salle de bain d'un mouvement rageur où Prompto se tenait dans l'encadrement, ses cheveux blonds trempés collés à son front et un air éberlué sur le visage.

- Dégage, Prom, grogna le jeune roi, les dents serrées.

Prompto le regarda, confus, sans bouger. À bout de nerfs, Noctis le prit par le bras et le tira brusquement pour l'enlever de son chemin. Il entra dans la salle de bain et claqua la porte le plus férocement qu'il le pouvait. Il entendit un cadre dans la chambre tomber du mur.

Les images qu'il venait de voir à la télévision défilaient dans son esprit. Tous ces innocents en train de se battre avec le peu de moyens dont ils disposaient, pendant que Noctis fuyait comme un lâche. Combien de personnes avaient été tuées, après plus de vingt-cinq jours de violences ininterrompues? Le jeune roi poussa un cri de rage et renversa les bouteilles de produits de bain qui traînaient sur le comptoir.

Et Ignis. Il ne pouvait croire qu'il lui ait caché ça.

Toute sa vie, il avait voué une confiance aveugle en lui. Il était à ses côtés depuis qu'ils étaient tous les deux des enfants et était devenu son conseiller dès l'adolescence. Pour toutes les décisions importantes que Noctis avait dû prendre dans sa vie entière, Ignis avait été là pour le guider. Il n'aurait jamais cru qu'il était capable d'un si grand mensonge. Il se sentait trahi.

- SALOPPERIE!

Des pensées s'entrechoquaient dans son crâne. Il se sentait minable. Il se détestait. Il détestait Ignis. Il détestait par-dessus tout Niflheim.

Il posa ses deux mains sur le comptoir au-dessus du lavabo et regarda son reflet dans la glace. Il faisait peur à voir. Il découvrit qu'il avait une ecchymose violette qui commençait à se former sous son oeil droit et le blanc de celui-ci était rouge de sang. Ses cheveux étaient en pagaille et couverts de poussière grise; poussière qui recouvrait aussi une large surface de son visage et de son corps en entier.

Soupirant, il tourna les robinets devant lui et se lança de l'eau au visage. La porcelaine blanche devint brune de saleté, mais lorsqu'il releva la tête pour se regarder de nouveau dans le miroir, il n'avait pas vraiment amélioré son cas.

Dans son esprit, il visionna à nouveau les images des émeutes. Il aurait dû y être. Il aurait dû se battre aux côtés des rebelles.

Soupirant bruyamment une nouvelle fois, il se retourna et activa la douche. Il grimaça de douleur quand il enleva ses vêtements, sa jambe lui rappelant avec intensité qu'elle avait été transpercée par la lance d'Aranea, mais il ne regarda même pas la plaie et se plaça sous le jet froid.

Il y resta un long moment et sa colère se refroidit peu à peu. Il étira le bras au-delà du rideau pour ramasser les bouteilles de shampoing et de revitalisant qui étaient toujours sur le sol, puis se récura à fond la tête, la peau et les ongles. Il évita de frotter ses blessures.

Quand il ressortit de la douche il se sentait mieux, même si sa rancune envers Ignis ne l'avait toujours pas quitté. Il enroula une serviette autour de sa taille et s'assit sur le couvercle de la cuvette, la tête renversée vers l'arrière. Il n'avait aucune envie de sortir de sa cachette. Il commençait même à s'assoupir, quand on cogna à la porte. Il se redressa vivement.

- Noct?

C'était la voix de Prompto. Noctis ne répondit pas.

- Noct? Heu… Peux-tu juste me donner mes vêtements?

Le jeune roi baissa son regard et découvrit les vêtements du blond formant une boule sur le plancher, dans le coin de la pièce. Il ne les avait même pas remarqués.

Soupirant, il se leva et ouvrit la porte. Il ne regarda même pas le tireur quand il lui dit d'une voix ferme :

- Entre chercher tes trucs et fous-moi le camp.

Prompto ne se le fit pas répéter deux fois. Il pénétra dans la salle précipitamment et attrapa ses vêtements. Quand il se retourna, il s'arrêta devant Noctis qui tenait toujours la poignée. Ses joues parsemées de taches de rousseur prirent une teinte légèrement colorée.

- Tu… tu es blessé?, demanda-t-il.

Noctis regarda sa jambe. Le sang avait tracé une ligne rouge de sa cuisse à sa cheville. Il releva les yeux.

- T'as tout ce qu'il te faut? C'est bon?, demanda-t-il d'une voix cassante.

- Laisse-moi au moins te donner la trousse de premiers soins…

Il ressortit et Noctis remarqua que dans la chambre, les deux autres étaient assis chacun sur un lit, se tenant dos à dos, les bras croisés, comme s'ils s'étaient engueulés. Le jeune roi ferma la porte et tourna les talons, mais Prompto la rouvrit aussitôt.

- Qu'est-ce que tu veux, encore?!

- Je voulais simplement te donner ça, répondit le blond calmement en lui tendant la trousse.

Noctis soupira et attrapa la petite boîte. Il allait dire au tireur de dégager quand il prit conscience que celui-ci ne portait toujours qu'une courte serviette blanche qui était enroulée très bas autour de ses hanches.

Très, très bas.

Le jeune roi devint écarlate instantanément.

Putain de merde. Il ne se rappelait plus quand était la dernière fois qu'il avait vu son ami torse nu; peut-être même que ça datait de l'époque où ils étaient dans la même classe de gym à l'école. Ce qui était certain, c'était qu'il ne ressemblait plus du tout au garçon chétif qu'il avait connu alors. L'entraînement avait prodigué à son mince corps une musculature sculptée, une rangée d'abdominaux bien définie et un ventre plat encadré par deux lignes en V dont la pointe disparaissait sous la serviette.

Noctis eut l'impression que la température dans la salle de bain avait grimpé de deux cents degrés.

Mais il ne s'agissait pas de la seule chose qui avait fait figer le jeune roi stupidement. Le côté droit du torse devant lui était couvert d'une large masse d'ecchymoses violettes et bleues et d'éraflures rouges qui montaient jusqu'à ses pectoraux. Ça avait l'air horriblement douloureux. Noctis se sentit coupable de ne pas l'avoir remarqué plus tôt.

- Heu… Toi, ça va?, demanda-t-il finalement d'une voix plus calme.

- Ouais… Ça ne fait pas trop mal…

Il réalisa qu'il avait été peut-être un peu trop dur avec le blond. Après tout, rien de ce qui s'était produit n'était de sa faute. Il fit un effort pour contrôler sa voix quand il lui demanda :

- Tu as besoin de quelque chose? Dans la trousse?

- Non, je ne suis déjà occupé des bobos de tout le monde… Veux-tu que je jette un coup d'oeil à ta blessure?

Le visage de Noctis reprit sa couleur écrevisse. Non, il ne voulait absolument pas que Prompto se penche sur sa cuisse alors que tous les deux étaient presque à poil. Il balbutia.

- N-Non, je m'en occupe.

Prompto n'insista pas et Noctis put enfin respirer quand il referma la porte.

Il mit ses caleçons et se soigna en tentant de se rappeler les techniques qu'il avait vues le blond utiliser; puis, quand il eut fini, sorti de la salle de bain et se rendit directement dans un des lits sans regarder personne, se cachant la tête sous les couvertures. Ignorant les yeux qui devaient probablement le regarder, il s'endormit, non pas sans avoir préalablement eu une pensée pour un garçon blond à la serviette portée trop basse.

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Lorsqu'il se réveilla quelques heures plus tard, sa jambe le lançait affreusement. Il se retourna sur le dos et regarda le plafond : il était baigné dans un soleil tamisé par le rideau orangé. À côté de lui, Gladio ronflait. Les respirations lentes de ses deux autres camarades lui firent comprendre qu'ils devaient toujours dormir, eux aussi.

Il se leva avec précaution et s'habilla silencieusement. Il ramassa quelques gils qui traînaient sur le bureau auprès des clés et du portefeuille d'Ignis et sortit. Il avait besoin d'un peu de temps seul.

Le motel était situé sur une route assez isolée et aucun autre édifice n'était visible autour de lui. En dépit d'une autre option, Noctis se rendit donc au petit bâtiment central qui abritait la réception.

Une cloche tinta quand il ouvrit la porte. Derrière le comptoir en bois synthétique, un gaillard dans la cinquantaine, un peu rondelet, le salua d'un geste du menton, avant de reporter son attention à un petit téléviseur qui diffusait un match de foot. Le soleil s'infiltrait à travers les stores fermés, apportant avec lui une chaleur étouffante. Les fenêtres étaient ouvertes, mais elles ne permettaient pas à l'air d'entrer; elles ne faisaient que laisser passer les chants stridents des cigales qui sifflaient à l'extérieur.

Dans le fond de la petite pièce, il y avait deux minuscules tables avec quelques chaises dépareillées et une machine distributrice. Noctis y acheta une canette de Ebony et s'assit. Sa jambe était douloureuse et tous ses muscles étaient courbaturés.

- Auriez-vous de l'aspirine?, demanda Noctis.

L'homme lâcha son écran des yeux pour regarder les produits qu'il vendait sur la tablette derrière lui.

- Oui, bien sûr, attendez…

Il attrapa une petite boîte jaune et Noctis se leva pour lui tendre un billet. Ce dernier ouvrit la bouteille avant même que le type lui remette son change et avala deux cachets à sec.

- Dure journée?, lui demanda l'homme.

- Vous n'avez pas idée.

Il aperçut un journal sur le comptoir.

- Je peux?, demanda-t-il en le pointant.

- Oui oui, bien sûr!

Le titre à la première page indiquait en grandes lettres grasses : « Niflheim largue ses daemons sur des manifestants », accompagné d'une photo de pauvres gens fuyant une gigantesque bête enfumée. Il retourna à sa table et ouvrit le document. Il y avait au moins une douzaine de pages qui couvraient les événements liés aux émeutes. Visiblement, pas une ville ni un village n'en était épargnés, mais les violences étaient plus virulentes dans les capitales. C'était dans ces dernières que les daemons avaient été relâchés. On comptait une quarantaine de morts et une soixantaine de blessés, seulement dans la journée d'hier.

Noctis avala sa salive avec difficulté. C'était énorme. Et c'était sans compter les vingt-quatre jours précédents.

À la page dix, il tomba sur une photo de lui — la même qui était apparue dans le journal télévisé de la veille — avec le titre : « Le roi du Lucis toujours recherché ». Noctis sentit une tension dans son estomac et releva vivement la tête vers le type derrière le comptoir en se demandant s'il y avait un risque qu'il soit reconnu. Mais l'attention de l'homme était complètement engloutie par le match, qu'il regardait les bras croisés sur sa poitrine.

L'article accusait le roi d'avoir résisté à son arrestation, puis d'avoir provoqué les événements à Lestallum pour ensuite prendre la fuite. La description qu'il faisait de lui le faisait passer pour un perdant qui avait prit ses jambes à son cou à la première occasion. Il ressentit une boule de colère gronder dans ses tripes.

Alors qu'il lisait les détails sur sa fuite, il ressentit une étrange vibration sous ses semelles. Peu à peu, le tremblement devint de plus en plus fort et Noctis leva les yeux vers l'homme bedonnant, mais celui-ci n'avait pas bougé. Bien vite, les vibrations devinrent si intenses que les bouteilles de verres sur les tablettes derrière le comptoir se mirent à s'entrechoquer bruyamment et la lampe suspendue au-dessus de sa tête commença à tanguer dangereusement. Un ronronnement assourdissant emplit la pièce, puis, peu à peu, tout redevint calme aussi rapidement. Le type derrière le comptoir n'avait même pas levé les yeux de sa partie.

- Putain, c'était quoi, ça?, demanda Noctis.

- Ce sont des vaisseaux nifs, répondit l'homme d'une voix anodine. Ils passent par ici au moins dix fois par jour. Je ne les entends même plus.

- Sérieux?

Noctis se demanda s'il devait s'inquiéter, mais le type avait l'air si décontracté qu'après un moment de réflexion, il retourna à la lecture de son journal.

Quelques minutes plus tard, la porte s'ouvrit d'un coup sec dans un tintement de clochette.

- Oh seigneurs!, fit Ignis. Dieux merci tu es là.

Puis, il lança à quelqu'un à l'extérieur :

- C'est bon, il est ici!

Quand il se retourna vers Noctis, ce dernier lui lançait un regard colérique. Il ne lui avait toujours pas pardonné.

- T'as l'air surpris de me trouver ici, fit le jeune roi d'une voix tranchante.

Ignis se passa nerveusement la main sur la nuque. Noctis l'avait rarement vu aussi tendu.

- Je croyais que… Après ce qui s'est passé hier… Je croyais que tu aurais filé pour… pour, tu sais, t'en prendre au Niflheim.

- Ouais, bah c'est effectivement ce que je compte faire.

Il refusa de lui donner la moindre attention de plus et il retourna à sa lecture. Il perçut le son des pieds d'Ignis qui piétinaient sur place, puis l'entendit se diriger vers la machine distributrice et y acheter quelque chose. La canette d'Ebony apparut sur la table alors que le conseiller s'y assoyait.

- Noct, écoute…, commença Ignis après un temps de silence.

Il avait l'air extrêmement mal à l'aise et Noctis pensa que c'était bien fait pour lui.

- Je sais que vous êtes en colère contre moi et vous avez complètement raison. Mais Gladio et toi étiez tous les deux sérieusement blessés et je m'inquiétais pour votre sécurité. J'étais convaincu que si je vous disais ce qui se déroulait, vous seriez allé directement vers les émeutes et auriez risqué vos vies stupidement, alors que vous n'étiez pas en état de vous battre.

La main de Noctis retomba bruyamment sur la table. Celui-ci fixa son conseiller d'un regard furieux.

- Ignis, fit-il d'une voix froide. Sais-tu combien de personnes sont mortes hier?

Il ne répondit pas.

- Quarante-deux.

Le conseiller abaissa le regard, mais resta silencieux.

- Quarante-deux, répéta Noctis. Quarante-deux morts, seulement dans la journée d'hier! Putain, Ignis! Multiplie ce chiffre par vingt-cinq jours!

Le conseiller se pinça l'arrête du nez avant de relever ses lunettes.

- Je comprends…, commença-t-il.

- Non, tu ne comprends pas, justement!, l'interrompit Noctis.

Le calme dans sa voix était en train de flancher.

- Tu crois sérieusement que c'est acceptable que des citoyens munis de bâtons doivent se défendre seuls contre toute une armée, alors que nous, nous avons les armes et les capacités pour se battre et nous ne faisons rien?!

Il prit le journal et le lança à plat sur la table devant son conseiller.

- Tiens, lis ça!, commanda-t-il. L'empire a lâché des daemons sur les civils, putain! Comment veux-tu que des types avec des pierres et des cocktails molotov puissent gagner contre ça!

- Je… Je ne croyais pas qu'ils iraient jusque là.

Noctis le regarda d'un air scandalisé, mais les yeux d'Ignis l'évitaient.

- Tu déconnes, j'espère?! Étais-tu à Lestallum, oui ou non, merde?!

- J'y étais, mais je croyais que c'était l'histoire d'une seule fois. L'empire s'était excusé en prétendant une erreur, et…

- Et tu as cru à ça?!

Ignis soupira.

- J'espérais que ce soit vrai.

Noctis se frotta le visage de ses deux mains. Il n'aurait jamais cru Ignis capable de tant de naïveté.

- Je vais me battre, Iggy, fit-il après un moment de silence.

- Je sais.

- Ce soir, je me rends à Lestallum. Toi et les gars, vous n'avez pas à me suivre.

- Nous te suivrons.

Noctis le regarda.

- Je croyais que tu t'opposerais plus que ça.

- Je suis toujours convaincu que ce n'est pas la meilleure façon de combattre l'empire. Mais j'ai juré que je serai toujours à tes côtés, Noct. Et je compte honorer mon serment jusqu'au bout.

Le jeune roi ne répondit pas. La vérité, c'était que malgré sa voix assurée, il était emplit de doutes et se demandait si aller à Lestallum était vraiment une bonne idée. Il avait l'impression d'emmener ses amis vers une mort assurée. D'un autre côté, il refusait de rester les bras croisés un jour de plus.

Alors qu'il prenait une gorgée d'Ebony, perdu dans ses pensées, la vibration sous ses pieds reprit.

- Qu'est-ce que…., commença Ignis.

- Des vaisseaux impériaux, fit Noctis. On m'a dit qu'ils passaient souvent par ici.

Les yeux du conseiller s'écarquillèrent et il se leva d'un coup pour se ruer à l'extérieur. Noctis le suivit. Dehors, Gladio et Prompto étaient dans le stationnement et regardaient un gigantesque transporteur passer au-dessus de leurs têtes en faisant valser la terre poussiéreuse autour d'eux. L'engin les survola dans un bruit assourdissant, puis passa son chemin sans s'arrêter.

- Qu'est-ce que c'était que ce truc?!, demanda Prompto.

- Un transporteur nif… Qu'est-ce qu'il faisait ici?, répondit Gladio

- Le type à la réception m'a dit qu'ils passaient par ici au moins dix fois par jour, expliqua Noctis.

- Il était très bas… Comme s'il se préparait à atterrir, dit Ignis, pensant à voix haute. Et tu dis qu'ils passent souvent par ici?

Noctis confirma d'un hochement de la tête.

- Qu'est-ce que tu crois que ça veut dire?, demanda Gladio.

- Que le Niflheim doit avoir quelque chose d'intéressant pas très loin d'ici…, répondit Ignis. Comme une base militaire, par exemple.

- Une base militaire secrète?, fit Noctis.

Son sourire s'illumina. Ça tombait vraiment bien. Attaquer le Niflheim directement à l'une de leur base était certainement mille fois plus efficace que de perdre son temps dans une émeute. Ils avaient enfin la chance de livrer bataille à l'empire directement dans leur cour.

- Et bien, je sais ce qu'on va faire ce soir!, fit-il d'une voix joyeuse.

Les trois autres se retournèrent vers lui.

- On va botter le cul de l'empire!

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Le prochain chapitre sera plus long et beaucoup plus excitant, promis!

Comme toujours, merci beaucoup pour votre soutien! :)