Et voici le chapitre 6 qui arrive enfin !

Désolée du retard, mais je... euh non, en fait, je n'ai aucune excuse XD

Toujours un grand merci à ma bêta Charliflex (qui est enfin rentrée de vacances, j'ai cru qu'elle m'avait abandonnée)

Bref, ce chapitre introduit un nouveau personnage qui a une assez grande importance dans cette fiction. Il n'y a toujours pas énormément d'action, mais ça viendra dans les prochains chapitres, pas d'inquiétude. En parlant des prochains chapitres, je ne les ai toujours pas encore écrits et en plus les cours reprennent (malédiction !) donc il va falloir que j'arrête d'écrire des fictions en cours si je veux avoir une chance d'obtenir mon bac... C'est pourquoi les délais de publications risquent d'être un peu plus longs que d'habitude.

Merci à Sugarbrown, Angico et Abandonneuse pour leur review et merci aussi aux followers, favoriteurs et aux lecteurs fantômes (je ne vous vois peut-être pas, mais je sais que vous êtes là ;)

Voilà voilà : bonne rentrée et bonne lecture :)

Réponses aux reviews :

_ Sugarbrown : Salut,

La suite est arrivée ;)

Et oui, Remus n'est pas toujours aussi innocent que ce qu'il y paraît, c'est un Maraudeur après tout, donc bien sûr que James et Sirius ont un peu déteint sur lui XD

_ Angico : Salut,

Alors oui, je te confirme qu'ils auront des moments rien qu'à eux (même si leurs amis s'incrustent un peu beaucoup XD)

Ahh, les pleines Lunes ! J'ai prévu tout un programme, mais je ne dirais rien pour le moment ;)

_ Abandonneuse : Salut,

Alors, comme je l'ai dit plus haut, je n'écris pas mes chapitres à l'avance, l'histoire évolue à son rythme, mais (normalement) cette fiction ne devrait pas dépasser les 15 chapitres.

Et contente que ma fic te plaise ;)

Chapitre 6

Âmes-sœurs

Je suis plantée tel un piqué devant la porte de l'appart de mon frère depuis près de dix minutes. Je n'ose pas frapper, encore moins sonner à la porte. De toute manière, il n'entendrait probablement pas, trop occupé à boire tout en écoutant ses vieux vinyles de rock. Je garde les yeux vissés à l'œil de bœuf, m'attendant à tout moment à voir apparaître ses yeux bleu électrique, si semblables aux miens, mais injectés de sang, signe de la drogue ingérée. J'appréhende, comme à chaque fois que je vois cette porte s'ouvrir. J'ai peur de ce que je vais découvrir à l'intérieur. Mon frère est imprévisible. Ou bipolaire. Ou peut-être juste désespéré.

C'est le regard indécent du vicieux de voisin qui me dissuade de stationner dans le couloir une ou deux heures de plus.

Aller, un peu de courage, Anastasia ! Trois, deux, un. J'inspire une grande bouffée d'air puis frappe trois coups distincts contre la porte en bois où la peinture commence à s'effriter sur les bords. J'ai juste le temps de remarquer les tâches de rouille qui maculent la poignée avant que celle-ci ne s'abaisse. Mon frère apparaît dans l'embrasure de la porte. Et j'en reste sans voix.

- Ana ?

- Oui…euh…salut, Andrew, je lui réponds en le fuyant légèrement du regard.

- Je t'en prie entre, dit-il en se décalant pour me laisser passer.

Je franchis le seuil. Contrairement à la dernière fois que je l'aie vu, il n'a pas l'air d'un drogué en manque de came, ni d'un alcoolique. Ça change du tout au tout. Il a vraiment l'air plus serein. Plus calme et apaisé. Et il a l'air plus jeune aussi. Il a changé à tel point que je ne suis plus sûre d'avoir frappé à la bonne porte.

- Tu vas bien ? me demande-t-il.

Je penche la tête sur le côté, un air d'incompréhension scotché au visage. Cette question, il ne me l'a plus posée depuis vraiment, vraiment, très longtemps. Depuis qu'il est devenu un abruti camé, en fait. Voyant que je ne réponds pas, il s'approche et retente :

- Ana ? Ça va ?

- Je… heu… je

Tandis que je me perds dans mes bégaiements, il franchit les quelques pas qui nous séparaient encore et me prend délicatement, timidement et tendrement dans ses grands bras toujours aussi musclés.

Sa chemise est propre, repassée et sent un espèce de mélange entre la camomille et l'orange. Fini les vieux sweats qui sentent le renfermé et le tabac.

Il a changé. J'ai l'impression d'avoir retrouvé mon frère. Le vrai, l'authentique. Celui qui me protégeait envers et contre tout.

Après m'être remise de l'effet de surprise, je passe mes bras autour de sa taille et ressers notre étreinte en posant ma tête contre son torse, laissant ses battements de cœur résonner dans un rythme régulier et sécurisant tout contre mon oreille.

- Tu m'as manqué, je souffle, les larmes aux yeux, débordante d'émotion.

- Toi aussi, me répond-il si bas que me demande si je n'ai pas rêvé.

Il enfouit son visage dans ma chevelure presque blanche et s'enivre de mon odeur, tout comme je m'enivre de la sienne, qui n'est pour une fois plus souillée par l'odeur âcre du Whisky Pur Feu ou autres cochonneries Moldues. Il glisse sa main sur mon crâne et caresse du bout des doigts ma fine nuque, tandis que j'entortille une de ses mèches rousses autour de mon index. Il s'est laissé pousser les cheveux sans pour autant ressembler à un fauve. J'ai retrouvé mon frère. J'ai enfin retrouvé mon frère !

Je crois pouvoir affirmer que je n'aie pas été aussi heureuse depuis longtemps. Aussi entière et comblée. Je me détache légèrement de lui. Juste assez pour pouvoir lever la tête et plonger mes pupilles bleu électrique dans les siennes.

- Andrew ?! retentit une voix féminine dans mon dos.

Nous nous séparons d'un bond, comme pris en faute. Je me retourne pour découvrir une grande brune perchée sur des talons de huit centimètres, qui nous regarde d'un mauvais œil, le pied tapant le rythme contre le vieux parquet.

- Andrew, qui est-ce ?! Qui est cette fille ? Enfin, qui est cette pouffe décolorée que tu as ramené à la maison ?! explose-t-elle, en balançant ses cheveux châtains dans tous les sens.

Avant que mon frère n'ait le temps de se remettre du choc de la surprise, je réplique d'un ton parfaitement calme et mesuré, même si je suis complètement déboussolée de l'intérieur :

- Je ne suis pas une pouffe.

Non, mais pour qui se prend-elle pour m'insulter ainsi ? Me traiter de pouffe ! Comme Catherine, la peste du dortoir ! Beurk ! Qui est-elle pour me juger ?!

- Ah bon ? Et qui es-tu dans ce cas ? Une p…

- C'est ma sœur ! Pas une pouffe ! s'exclame Andrew, sentant la situation lui échapper.

La jeune femme en reste bouche bée. Et bim, dans tes dents !

- Ah…euh, je… commence-t-elle.

Un simple haussement de sourcils de ma part d'interrompt sur sa lancée. Peut-être suis-je plus impressionnante qu'il n'y paraît ?

Mon frère lui lance un regard lourd de sens, puis m'enlace par la taille pour me mener à ce qui est, si ma mémoire est intacte, le salon. Sans attendre d'y être invitée, je me laisse tomber sur l'un des petits canapés. J'étais ici chez moi pendant assez longtemps, je crois.

Ne sachant pas trop comment aborder la situation, Andrew lance :

- J'ai cru que tu n'arriverais jamais ! Ça fait deux jours déjà que je guette ton retour.

Alors, ça… je ne m'y attendais pas du tout…

Il est vrai que je n'ai pas pris la peine d'informer mon frère de mon déménagement. En même temps, il n'aurait jamais accepté de recevoir un quelconque courrier d'un hibou. Moi qui pensais retrouver un frère qui se rappelait à peine de mon existence, vivant comme un fantôme dans cet appart Moldu vide de tout signe d'habitation, en dehors des cadavres de bouteilles d'alcool, quelle n'est pas ma surprise de découvrir un Andrew Prewett flambant neuf, le visage enfin serein et dénué de toute trace de substances illicites.

- Euh oui, à propos de ça, je ne vais pas rester longtemps. En fait, je viens juste récupérer mes affaires, je lance sur le ton de la conversation, comme si nous parlions du temps qu'il fait.

- Comment ça « récupérer tes affaires » ? demande-t-il, un peu perdu.

- Je vais déménager. J'ai trouvé un appart avec un coloc'.

- Mais enfin pourquoi ? Tu peux très bien rester habiter à la maison !

- Andrew, ça n'est pas ici ma maison. Ça ne l'a jamais été et ne le sera jamais. Je suis désolée mais ma décision est prise, j'ai eu mes dix-sept ans, je suis majeure et libre de mes choix.

Il semble déconcerté, il ne s'attendait sans doute pas à cela. Une multitude d'émotions se succèdent sur son beau visage, mais c'est finalement de la tristesse que je lis dans son regard électrique.

- Ana, j'ai changé. J'ai vraiment changé. C'est grâce à toi et à Ali que j'y suis parvenu. C'est pour vous que je l'ai fait. Tu ne peux pas partir. Pas maintenant que je suis enfin redevenu moi. J'ai envie que nous redevenions comme avant tous les deux. Aussi complices et proches qu'avant. J'en ai besoin, sœurette. J'ai besoin de toi.

J'ai toutes les peines du monde à soutenir son regard si intense. Je ressens la même chose, mais je ne suis plus convaincue d'avoir confiance en lui. Je l'aime, c'est indéniable. Il est ma seule famille. Mais je crois que cette fois je vais juste suivre mon instinct qui me dit de tracer mon propre chemin.

- J'ai pris ma décision, Andrew, je tranche, avec le regard le plus tendre qui puisse exister.

Il hoche la tête, comprenant que rien ni personne ne pourrait me faire revenir sur ma décision. Je lui offre un sourire, celui d'une personne heureuse. Il me fixe intensément un long moment, comme s'il cherchait à graver mon visage dans sa mémoire puis, finalement, un sourire vient fleurir ses lèvres et il reprend d'un ton plus léger :

- T'as bien le temps de rester pour le déjeuner ?

- Je suppose, oui, j'acquiesce.

- J'ai récemment appris à faire des lasagnes, tu m'en diras des nouvelles, p'tite sœur !

- Hâte de voir ça ! je commente.

Il faut l'avouer dans notre famille, la cuisine n'est pas vraiment un de nos talents. Autant nous sommes plutôt doués pour tout ce qui touche aux chaudrons, autant nous sommes vraiment misérables en ce qui concerne les casseroles. Pourtant, ça revient pratiquement au même. Ne cherchez pas la logique, il n'y en a tout simplement aucune.

Tandis qu'il s'éclipse dans la petite cuisine, à l'autre bout du couloir, sa copine (enfin je suppose vu la scène qu'elle lui a faite) s'approche et s'assoit gracieusement sur le fauteuil face à moi. Elle se triture nerveusement les mains quelques secondes, puis prend la parole, hésitante quand à ma réaction :

- A propos de tout à l'heure, je suis vraiment désolée, je vous ai jugé trop vite et à tort. Je suis Alicia, se présente-t-elle en me tendant la main en une tentative de paix.

- Anastasia, je réponds en lui serrant brièvement la main.

- Andrew fait de très bonnes lasagnes.

- Ah bon ?

Elle ne répond pas puis détourne le regard. Elle ne connait pas mon frère autant que moi je le connais, c'est une chose sûre. Mais si Andrew a changé pour nous, c'est qu'elle doit, elle aussi, être une personne spéciale pour mon frère. C'est pourquoi je décide de passer l'éponge sur sa petite crise de jalousie. Ça prouve qu'elle tient à lui, après tout.

- Je ne vous en veux pas, je lui dis dans un sourire.

Elle soupire, soulagée, puis relève la tête pour plonger ses prunelles marrons dans les miennes.

- Ce n'était pas une très bonne idée d'insulter ma belle-sœur, je dois l'avouer.

Je lâche un rire puis elle enchaîne, débutant une réelle conversation, civilisée en plus de ça :

- Ça fait presque six mois que j'ai rencontré ton frère, commence-t-elle l'esprit ailleurs. Je ne te cache pas qu'au début il était une véritable épave, rit-elle. C'était dans une boîte de nuit assez connue, le Serpent de je sais plus quoi. Ce n'est habituellement pas le style d'endroit que je fréquente mais j'avais eu une promotion et mes amies m'y avaient entraînée sans vraiment me laisser le choix.

Elle fait une courte pause, les yeux posés sur moi sans réellement me voir. J'aimerais lui dire de continuer, je veux savoir comment mon frère a autant pu changer en si peu de temps, mais je n'ose pas la brusquer.

- Il était accoudé au bar, un cocktail orangé posé devant lui. La lumière des boules discos se reflétait dans ses cheveux roux comme la Lune sur l'océan. Ses yeux électriques, les mêmes que les tiens en fait, étaient perdus dans le liquidé ambré de son verre, plongé dans un univers que lui seul pouvait voir. J'ai attendu toute la soirée assise sur le tabouret à trois places lui, dans l'espoir qu'il vienne me voir, me parler, ou au moins faire quelque chose. Mais il n'a rien fait. Il s'est contenté de rester assis à la même place toute la soirée, commandant shot sur shot. Je ne sais pas ce qui m'obsédait tant chez lui. Je savais juste que je ne pouvais pas le quitter des yeux plus de cinq minutes d'affilées et lorsqu'un autre homme s'approchait pour m'aborder, c'est son visage à lui que voyais sur les traits de l'inconnu. J'avais l'impression de le connaitre sans même lui avoir adressé un mot.

Elle redresse la tête et sourit sans vraiment que je ne sache pourquoi puis continue :

- Puis, il est parti, sans un regard pour quiconque, sans un regard pour moi. Dès lors, je me suis mis en tête l'idée de le revoir. Je suis retournée dans cette boîte un, deux, trois, quatre soirs, mais rien. Absolument rien. J'ai dû patienter plus de deux semaines avant de le revoir. Cette fois ci, ce fut dans un supermarché. Un supermarché, vous imaginez ? J'ai faillis ne pas le reconnaître. Je n'en croyais pas mes yeux. Sans attendre un instant de plus, je me suis précipitée sur lui, traînant mon sac de courses derrière moi. Je m'en rappelle comme si c'était hier. Je l'ai abordé entre deux rayons de produits laitiers. J'étais en jupe et j'avais super froid, je claquais presque des dents, mais je ne voulais pas le laisser partir donc j'ai fait avec et je l'ai embarqué dans une conversation. Il faut dire qu'il était un peu rouillé, il me regardait comme on regarde un alien venu d'une autre galaxie. Puis moi j'étais hypnotisée par ses yeux, je n'arrivais pas à aligner plus de trois mots et j'avais vraiment l'air idiote. Mais bon, il n'était pas mieux et me répondait uniquement par monosyllabe, les sourcils plus froncés que jamais. Nous avions l'air de deux constipés sentimentaux et en plus, nous nous faisions charrier par les passants, puisque nous bouchions l'allée. Alors j'ai fait la seule chose qui m'est passée par l'esprit j'ai attrapé le stylo avec lequel j'organisais ma liste de courses et je lui ai inscris mon numéro de téléphone sur sa paume, à même la peau.

Trouvant son silence un peu trop long pour satisfaire sa curiosité, je la presse un peu :

- Et ? Que s'est-il passé après ? Je vois mal mon frère vous courir après dans un supermarché Mol… euh dans un supermarché, je me rattrape.

- Non, en effet. Je ne suis même pas sûre qu'il se serait servi de mon numéro. Du coup j'ai délaissé mes courses et je l'ai suivi ici. Vous devez me prendre pour une folle psychotique, je ne suis pas non plus très sûre d'être totalement saine d'esprit après l'avoir ainsi poursuivi. Mais il m'attirait d'une façon indéniable. Je ne connaissais rien de lui, pas même son nom, mais j'avais assez confiance en lui pour l'attendre devant le pas de sa porte.

Je fronce les sourcils. Cette définition c'est exactement celle que je peine tant à trouver pour décrire ma relation avec Hestia. Des âmes-sœurs.

- Ensuite il est arrivé, j'étais toujours accroupie sur son paillasson, dans le noir le plus total, en attente qu'il revienne. Et il est revenu, tard, ou tôt, question de point de vue. J'ai compris qu'il était complètement stone ou ivre, vu sa démarche hésitante, comme quelqu'un qui serait privé de tous ses sens. Il m'a laissé entrer, ou plutôt je me suis invité toute seule. Je ne lui ai pas laissé le choix, en tous cas.

- Il était comment ? je la coupe.

- Mal. Vraiment mal. Il avait l'air au bout du rouleau. Cet appart sentait le refermé et le moisi. On ne voyait même plus le parquet sous les cadavres de bouteilles vides. Mais ça tu dois déjà le savoir, tu vivais ici, non ?

- Oui, en effet. J'y ai vécu un petit bout de temps, j'acquiesce sans entrer dans les détails puis je lui demande : t'es au courant de… enfin de …

- De la mort de tes parents ? finit-elle à ma place, d'une voix douce. Oui, Andrew me l'a dit. Il a mis un peu de temps, mais il a fini par me le dire.

- Oh.

Un petit silence s'en suit, ponctué par les fracas des casseroles dans la pièce d'à côté, puis elle s'apprête à me questionner –du moins, je suppose- quand la voix de mon frère retentit de l'autre côté de la cloison, la freinant sur sa lancée :

- Les filles, au lieu de commérer, vous pourriez vous rendre utiles en mettant le couvert, rit-il.

- Bien sûr mon chaton, ronronne Alicia, se moquant de lui au passage.

On voit qui porte la culotte dans leur couple.

Il n'empêche que j'aimerais bien connaitre le fin mot de l'histoire de leur rencontre. Je me promets de questionner Alicia dès qu'Andrew sera hors de vue.

Je suis sur le point de dégainer ma baguette pour effectuer les tâches ingrates lorsque je me rappelle que mon frère a renié la sorcellerie et qu'il vit donc comme un simple Moldu. Et je suppose donc qu'Alicia est elle aussi une simple Moldue, malgré son caractère bien trempé… Donc il n'y a pas trente-six mille solutions.

Poussant le soupire du condamné, je me dirige à pas lents vers le vaisselier, accompagnée de la brunette et de sa moue boudeuse.

Elle me passe les assiettes tandis qu'elle se charge des verres et des couverts. A deux, ça va vite, en un rien de temps la table est mise, et nous attendons impatiemment les lasagnes de mon frère. Je dois avouer que c'est surtout moi qui suis impatiente. D'aussi loin que je me souvienne, je n'ai jamais dégusté un seul plat de mon frère. Du moins pas un seul plat passable. On a déjà expérimenté les gratins aux macaronis complètement carbonisés, les petits pois transformés en soupe, les œufs brouillés parsemés de coquille d'œuf, et j'en passe des meilleures. En conclusion l'ancien Andrew était un véritable désastre culinaire (bon, pas qu'en cuisine, mais principalement) et quand nous en avions assez des pizzas, nous mangions des espèces de repas vraiment très dégueulasses. Bref, cette époque ne me manque pas vraiment.

Andrew et sa chevelure flamboyante s'extirpent de la petite pièce, brandissant devant lui le plat de lasagnes faites maison, comme si c'était la huitième merveille du monde.

Son enthousiasme et sa fierté quant à son exploit m'arrache un petit rire alors qu'un immense sourire remplit de fierté vient étirer mes lèvres jusqu'à mes oreilles.

- Goûte moi ça p'tite sœur ! C'est une tuerie, tu vas voir !

Devant son empressement, je me dépêche d'ingurgiter le contenu de la fourchette qu'il balade devant mon nez avant qu'il ne me la reverse sur mon pantalon. Et puis bon, j'aimerais mieux éviter de me tacher avec de la sauce tomate, surtout que je n'aie toujours pas apprivoisé le lave-linge…

Tout en mastiquant, un peu gênée par tous les regards tournés vers moi, je me rends compte que mon frère a peut-être vraiment un talent caché.

- Waouh, je lâche.

C'est vraiment le seul mot qui me vienne à l'esprit à cet instant précis. Cette explosion de saveur, c'est juste … waouh quoi.

- C'est vraiment… J'adore ! je m'exclame en lui tendant mon assiette pour qu'il me serve une grande part.

- Parle-moi un peu de toi, exige Alicia alors que je dévore mes lasagnes sans aucune pitié, tout en pensant à respirer entre deux bouchées.

- Il n'y a pas grand-chose à dire, je réplique après avoir déglutis.

- Il y a toujours des choses à dire, me contre-t-elle. Parle-moi de ton école, par exemple.

- Mon… école ? je demande, ma voix partant dans les aigües à cause du stress.

Elle acquiesce, alors je pose ma fourchette et commence après avoir brièvement réfléchis à ma réponse :

- C'est une école mixte en Écosse.

- Si loin ?

- Oui, notre père était originaire d'Écosse et il avait insisté pour qu'Andrew et moi fassions nos études dans la même école que lui et maman, je clarifie en racontant la stricte vérité.

- Et où habites-tu ? Je ne t'avais jamais vue jusqu'ici. Pas même lors des vacances scolaires.

- Euh, il se trouve que c'est aussi un pensionnat. Je ne rentre que pendant les grandes vacances.

- Tu restes très vague, me reproche-t-elle. Donne-moi plus de détails, j'aimerais me l'imaginer. Je ne suis jamais sortie de l'Angleterre, me confie-t-elle.

Je l'observe un court instant cherchant à lire dans ses yeux pourquoi elle montre tant d'insistance.

- C'est une très grande école, elle s'apparente un peu à un château médiéval, elle comporte un parc, un lac et même un terrain de Quid… de… de football. Les élèves et les professeurs vivent sur place, tout comme le directeur, un vieux fou barbu secrètement appelé Dudu par tout le monde. Plusieurs matières fondamentales y sont étudiées, telles que la botanique, l'histoire, la métam… enfin bref, il y a beaucoup de cours et encore plus d'options qui sont proposées. Puis il y a les activités extra-scolaires, mais je n'en connais pas un rayon, vu que je passe le plus clair de mon temps libre à la bibliothèque.

- Tu es toujours aussi proche d'Hestia ? m'interrompt mon frère.

- Encore plus, même, j'acquiesce en souriant de toutes mes dents, touchée qu'il se rappelle d'elle.

- Et tu as un petit ami ? demande Alicia, pleine d'audace.

Andrew recrache sa gorgée d'eau puis tousse pendant deux bonnes minutes avant de se reprendre et de me regarder en attente d'une réponse satisfaisante.

- Pas vraiment, non. Je considère que les études ont plus d'importance que les garçons, je déclare, récoltant au passage un grand sourire satisfait de mon frère.

- Ça je ne le crois pas. Les garçons sont-ils donc aveugles à ce point ? Tu es tout ce qu'ils rêveraient d'avoir. Un bel esprit, du moins de ce que ton frère m'en a raconté, dans un corps svelte somptueux.

- Merci, je dis en rougissant jusqu'à la pointe de mes cheveux.

- Et où habites-tu maintenant ? J'ai cru comprendre que tu passais chercher tes affaires, continue-t-elle.

- Euh, oui. J'ai loué un appart' avec un ami.

- Qu'entends-tu par « UN ami » ? me questionne Andrew, les yeux révulsés par la panique.

- C'est un garçon. Mais n'en fais pas tout un chaudron, par Merlin ! Nous sommes juste amis. Je t'assure, je lui dis en baissant d'un ton.

- Ça reste un garçon. Et les garçons sont tous les mêmes.

- Non. Tu ne me croiras sans doute pas, mais lui il est différent.

Il me regarde en plissant les paupières, mécontentant puis s'avance sur sa chaise dans le but de commencer un interrogatoire.

- Comment s'appelle-t-il ?

- Remus. Remus Lupin. Et avant qu'il ne puisse rouvrir la bouche, je lui murmure à l'oreille, c'est un sang-mêlé de Gryffondor, ami proche des Potter. C'est quelqu'un de bien, je conclue.

Il me regarde, plus sérieusement que jamais et se lève pour m'attirer dans ses bras, avant de me murmurer contre l'oreille :

- J'ai confiance en toi mais j'espère que tu sais ce que tu fais, sœurette.

- T'inquiète pas pour ça, grand frère.

oOo

Je rejoins mon appartement dans les alentours de 17 h 30, toutes les affaires que j'ai récupérées dans un carton sous mon bras, je suis partie de chez mon frère vers le milieu d'après-midi, le temps de faire les courses pour avoir de quoi préparer un bon dîner. Enfin, aussi bon que possible, du moins, vu mes talents de cuisinière. J'espère que Remus se débrouille un peu mieux.

Ce dernier est déjà là à mon retour, assis sur le canapé en lisant un de mes livres favoris. Je me suis rapidement habituée à sa présence ici. Plus rapidement que ce à ce que je m'attendais, en réalité.

Lorsqu'il me voit franchir le pas de la porte, il lève les yeux du bouquin et laisse filtrer un petit sourire dans ma direction.

- Comment s'est passée ta journée ?

Je me détourne de lui deux petites secondes pour déposer mon carton sur mon lit puis viens m'installer à ses côtés.

- Génialement bien. Pour être honnête, ça fait longtemps que je ne m'étais pas sentie aussi bien. Ma famille m'avait manqué plus que je ne le croyais. Et toi alors ?

- Oh, comme à chaque fois que je leur rends visite, tu sais. Ma mère a décrété que j'étais trop maigre et a préparé à manger pour toute une armée, rit-il.

- Ça doit être génial d'avoir une mère cuisinière, je dis d'un ton rêveur. Ce n'est pas trop dur pour elle ? je demande.

Il hausse un sourcil interrogateur puis je m'explique :

- Avec sa maladie.

Devant son air ahuri et légèrement perdu, j'ajoute plus doucement :

- Je suis au courant. En fait, presque tout Poudlard est au courant. Avec tes absences systématiques chaque mois, il ne pouvait en être autrement, tu dois bien t'en douter.

Il paraît soudainement nerveux et joue mécaniquement avec le coin de la page qu'il était en train de lire avant que je ne l'interrompe dans son activité.

- Elle fait avec. Elle n'a pas d'autre choix, souffle-t-il.

Le voir aussi triste et perdu remue quelque chose au plus profond de moi. Je le comprends, je le comprends parfaitement.

J'hésite un très court instant, pèse le pour et le contre, puis emprisonne sa main libre dans les miennes. La chaleur de ses doigts réchauffe mes paumes glacées, tandis que mon rythme cardiaque accélère sensiblement.

Nos regards se fuient malgré notre proximité. Je ne sais pas vraiment pourquoi je suis dans cet état-là juste en tenant la main d'un garçon. Je n'ai jamais ressenti ça auparavant. Est-ce de l'attirance ? C'est en tout cas le même sentiment que celui que j'ai ressenti à son égard lors de notre sortie à Pré-au-Lard.

Reprenant ses esprits, il dégage sa main de la poigne des miennes puis se dirige d'un pas pressé vers la cuisine en lançant par-dessus son épaule :

- J'espère que t'as faim ! J'ai prévu de faire des pâtes bolognaises, t'aimes ?

- Euh… je dirais que tant que c'est mangeable, ça me va très bien ! je m'exclame en suivant ses pas, un peu troublée.

oOo

Finalement Remus est encore pire que moi en cuisine. Ce qui est un véritable exploit vu mon niveau désastreux en la matière. La cuisine ne ressemble plus à une cuisine. Seul le placard à cookies a été épargné –par une volonté commune- mais tout le reste est un vrai bazar. Un tas de foutoir géant. Bref, cette pièce n'est plus digne de s'appeler cuisine. Et tout cela c'est de la faute à Remus. Et un tout petit peu de la mienne aussi, je dois l'avouer. J'ai d'ailleurs un peu cassé le four, en trébuchant sur l'escarbot qui soutenait le bol de concombres, qui s'est écrasé sur mes pieds, me faisant ainsi tomber sur Remus et donc, par la même occasion, sur le four, qui s'est à moitié aplatît contre le mur. Et donc voilà en moins d'une semaine on doit déjà des dettes au propriétaire de l'immeuble.

On est finalement partis acheter des pizzas au coin de la rue, dans la pizzeria où Remus a décroché un job de livreur pour l'été. Puis, pizzas ou pâtes bolognaises, ça revient au même, non ? J'ai envie de dire que du moment que c'est mangeable, on ne va pas faire la fine bouche. Mais il faut que je me note de rajouter « bon cuisinier » pour la prochaine annonce, si toute fois je retente cette expérience.

A part ça tout est cool, la vie est belle et n'oubliez pas d'acheter du papier absorbant.

- Anastasia ? m'appelle Remus depuis le salon, me sortant de mes drôles de pensées.

- Oui ?

- Euh, j'ai une question à te poser, avoue-t-il d'une voix gênée.

- Je t'écoute.

- Je… Mes parents aimeraient te rencontrer, lâche-t-il soudainement.

- Moi ? je demande bêtement.

Il acquiesce d'un hochement de tête.

- Mais pourquoi ? Enfin je veux dire … que …

- Ils voudraient te rencontrer pour savoir avec qui je vis, clarifie-t-il. Enfin, si tu es d'accord, évidemment.

- Euh, bah je suppose que oui. Je n'y vois aucun inconvénient.

- Je ne voudrais pas qu'ils te mettent mal à l'aise. J'adore mes parents, mais ils sont parfois assez curieux et ont toujours un avis sur tout, tu vois ce que je veux dire ?

- Pas vraiment, mais ce n'est pas grave. Tu veux les inviter chez nous ?

Un grand sourire vient illuminer son visage lorsque je lui fais cette proposition.

- Samedi ? je demande alors.

- Va pour samedi, me sourit-il.