Chapitre 7 : Butae

Ils avaient à peine parcouru 30 mètres que Rosette se dégageait brusquement de son étreinte. Chrno se retourna avec méfiance, s'attendant au pire et observa la jeune femme qui lui servait son sourire le plus angélique. Une telle aura de sainteté entourait la blonde qu'il eut un instant peur d'être découvert.

- Dis-moi, sommes-nous suivis ? » Marie Madeleine réincarnée. La bonté et l'innocence à l'état pur. Mais le démon la connaissait trop bien. J'ai intérêt à faire attention à ce que je dis… Se méfiant de ses propres mots comme de la peste, Chrno choisit la prudence et répondit d'un simple « Non. »

Perdu.

Ni une, ni deux, la sainte lui assena un monstrueux direct du droit dans l'estomac que le démon eut la décence de ne pas esquiver. Secouant sa main, apparemment endolorie, sous le regard coupable du démon, Rosette l'engueulait vertement. Chrno l'écoutait distraitement, prenant soin d'arborer une mine coupable. Les griefs de la sainte, il les connaissait et il savait aussi que s'il devait recommencer pour assurer sa sécurité, il le ferait, engueulade à la clef ou non. Le comte était parfaitement conscient d'avoir eu le rôle le plus agréable à jouer dans la comédie qu'il venait de présenter au baron. Ça devait être frustrant pour elle…

- Ne me refait plus jamais un coup pareil, c'est clair ? » Acheva la sainte, à bout de souffle et le rouge aux joues.

Chrno soupira. Il allait en prendre pour son grade, mais malheureusement, il leur faudrait tenir ces rôles au moins durant la traversée des cercles inférieurs… Prenant son courage à deux mains, le démon entreprit d'expliquer la situation à sa compagne.

- Je ne peux rien te promettre. » La sainte eut l'air surpris. « J'ai été trop optimiste.» Alors qu'il parlait, le démon prenait lui-même conscience du poids de ses mots. « Mon aura ne suffira pas à te dissimuler parfaitement. » Chaque phrase lui semblait peser une tonne et le rapprochait de la conclusion qu'il abhorrait tant. « Le baron n'est qu'un simple mineur et pourtant il a bien saisi que tu n'étais pas une damnée. En cherchant un petit peu, il aura tôt fait de comprendre ce que tu es, et si ce n'est pas lui, ce sera un autre. » L'expression de la jeune femme se faisait de plus en plus consterner alors qu'elle cherchait à comprendre où ce raisonnement les menait. « Nous n'avons pas le choix. » Chrno était horrifié alors qu'il commençait lui-même à concevoir la portée de ce qu'il déclarait. « Si nous voulons passer inaperçu, notre seule chance est de… il faut que… » Il n'y arrivait pas. Il n'arrivait pas à prononcer les mots fatidiques. Si j'étais plus fort, nous n'aurions pas à nous inquiéter de ça ! Chrno serrait les dents. Cette mascarade le répugnait. Rosette ne le supportera pas. Je ne le supporterais pas. C'est immonde. Je ne peux pas…

- Il faut que tu me fasses passer pour un damné, c'est ça ? » Lâcha la sainte d'une voix peu assurée.

- C'est ça… » Marmonna le comte, déconfit.

- Une damnée… » Articula péniblement la sainte.

Chrno ne répondit pas. Il n'en était pas capable, se contentant de la supplier du regard. La supplier de comprendre que cette situation le rendait malade.

- Dis-moi exactement ce que cela implique.

- C'est une mascarade. Je n'aurais même pas dû l'évoquer.

- Dis-moi, exactement, ce que cela implique. » Articula-t-elle fermement, plantant son regard de braise dans celui du démon.

- Être reconnue comme un damné signifie que tu seras considéré comme un être dont la valeur est inférieure à celle d'un chien. Un esclave en somme. Les démons te croisant ne t'accorderont pas un regard, ou, s'ils le font, cela sera pour les pires raisons que tu puisses imaginer… voir pires encore. Cependant, si je… » Chrno buta, fermant les yeux et semblant rassembler son courage, il reprit « si je te revendique comme ma propriété, nous devrions passer inaperçu… et tu seras relativement en sécurité. »

La jeune femme tourna sur elle-même. Elle avisa un muret de pierre saillant de la ruine où ils s'étaient abrités. Éperdue, elle s'y appuya, mesurant les nombreuses implications de ces simples mots. Ce fut son tour de prendre le temps de la réflexion.

Prenant sur elle, Rosette posa le regard sur son amant. La vision qu'elle eut alors de lui, entièrement suspendue à sa décision, affirma sa résolution.

- Je vois… enfin, je crois que je comprends. » Murmura-t-elle. « Tu dois m'apposer le même sceau que celui des damnés le long de l'Achéron c'est ça ? »

- Plus ou moins. C'est une combinaison entre le sceau inactif des damnés… et ma propre marque. Le sceau des esclaves, en fait… de mes esclaves… murmura-t-il en réponse.

Se redressant de toute sa hauteur, fière et résolue, elle ajouta « Juste une question, alors. » Le comte inclina la tête, signe qu'elle avait toute son attention. « Es-tu capable d'annuler ce sceau à ton gré ? »

- Je le suis. Mais, Rosette, tu ne devrais pas…

La Sainte le coupa dans son élan. Elle savait bien qu'il allait essayer de l'en dissuader. Son démon manquait cruellement de confiance en soi. Mais moi j'ai confiance en toi, Chrno. Il avait besoin d'être rassuré, de se convaincre que c'était elle qui contrôlerait la levée du sceau… comme pour la montre. S'il ne pouvait avoir confiance en lui-même, elle le ferait pour lui. Tu es quelqu'un de bien, Chrno. Si seulement tu pouvais t'en rendre compte.

- Très bien, alors voici le contrat que je te propose. » À l'entente du mot contrat, Chrno sourit, il venait de comprendre que le destin de la jeune femme ne reposerait pas entièrement entre ses mains. Elle s'assurait une voie de sortie. Si un contrat peut te rassurer, soit. À ces pensées, Rosette fut prise d'une bouffée d'affection pour son compagnon, son regard ce faisant plus tendre. « J'accepte que tu m'apposes le sceau des damnés et me revendique comme étant tienne. En l'échange, j'exige que tu m'ôtes ce sceau à l'instant même où je déciderai que le porter n'est plus dans mon intérêt. Voilà. C'est tout. » Conclut-elle le sourire aux lèvres. Rien de bien extraordinaire, mais c'était suffisant pour débarrasser Chrno de l'excès de culpabilité qui pesait sur lui et le rassurer un tant soit peu.

Chrno regarda sa compagne dans les yeux. Il n'y voyait que sincérité et tendresse. Chrno n'était plus tout jeune, et avec l'âge, venait une certaine perspicacité. Il savait très bien que Rosette ne lui proposait ce marché que pour le rassurer. Les termes du contrat étaient simples, pleins de failles, mais suffisants. Suffisant, car, s'il y avait une chose qu'il savait sur lui-même, c'est qu'il n'avait jamais brisé un contrat. Jamais.

- Ainsi soit-il. » Lâcha Chrno saisissant la main de Rosette dans la sienne en portant ses doigts à ses lèvres. « Le marché est conclu. »

Le flux d'énergie généré par le contrat passa en eux, s'enroulant autour de leurs mains jointes. À son expression, il sut que la jeune femme l'avait senti aussi. Il se demanda alors à quel point elle pourrait apprendre à maitriser son aura. Mais c'était une question qui pouvait attendre.

- Ne perdons pas de temps. Il sera bientôt midi. Je vais t'apposer le sceau immédiatement. »Fronçant les sourcils, il ajouta, « ça va brûler… »

- Je ne suis pas en sucre ! » Râla Rosette exaspérée, en levant les yeux au ciel.

Sans plus attendre, le démon recula d'un pas et commença à réciter l'antique formule en vieux infernal. Même s'il maîtrisait plutôt bien cette langue, le sort restait complexe. Ne l'avoir pratiquée qu'une ou deux fois en 387 ans ne l'aidait d'ailleurs pas.

Se plaçant derrière Rosette, concentré au maximum, le démon accumula son énergie au bout de son index et, tout en récitant les mots ancestraux, traça lentement un cercle sur son omoplate droite. Il la sentit se tendre, la brulure devait se faire sentir au travers du tissu de ces vêtements, il ne pouvait malheureusement rien y faire à part en finir au plus vite. Il acheva le sceau en ajoutant les trois losanges de son propre blason à l'intérieur du cercle tandis qu'il récitait les derniers mots de la formule « Assan dassin ut së ». Ainsi es-tu damné, traduisit-il pour lui-même, jamais il n'aurait pensé avoir à prononcer ces mots pour la sainte qu'était sa compagne.

Il contourna la jeune femme pour s'assurer qu'elle allait bien. Elle n'avait pas prononcé un mot. Les poings serrés à s'en faire blanchir les jointures, Rosette avait la tête baissée, « Ca va ? » lui demanda-t-il, anxieux, en lui relevant doucement la tête. L'horreur le frappa lorsqu'il vit son visage. Ses yeux embués de larmes de douleurs. Le filet de sang dégoulinant de sa bouche alors qu'elle se mordait la lèvre pour ne pas laisser échapper le moindre gémissement de douleur.

- Ça va très bien. » Répondit-elle du tac au tac, le défiant du regard d'oser la contredire.

Chrno se mordit la joue pour ne rien ajouter. Il respectait sa volonté. Il se contenta de soutenir son regard digne. Tentant par là de lui prouvez toute la fierté et la force qu'elle lui inspirait. Ils se regardèrent ainsi longuement. La main posée sur sa joue, dans le seul geste de réconfort qu'il s'autorisa. Attendant tous deux que passe la douleur.

Soudain la sainte s'écarta de lui. « Je ne suis pas en sucre… » Lâcha-t-elle en s'essuyant rageusement les yeux avec la manche de sa cape.

- Je sais.

- On devrait y aller.

- Allons-y. Remets ta capuche. » Fit-il en passant la sienne et en sortant des ruines.

Il l'attendit à la sortie des décombres. Rosette le rejoignit 6 minutes et 47 secondes plus tard et lui emboita le pas au travers des rues immondes de la cité du passeur sans ajouter un mot.

- Shû ! Montre-toi, vieillard ! » Lança-t-il à la cantonade en entrant dans le Haut Temple Noir, les bras écartés, le sourire provocant, le pas conquérant.

À peine avait-il parcourus trois mètres dans la nef centrale qu'une aura écrasante lui tomba dessus. Il brandit immédiatement sa lame prête à parer n'importe quel coup venant d'en haut. Juste à temps, il perçut un éclair blanc fonçant droit sur son cœur. Il plaça sa main dans la trajectoire de la lame qui s'apprêtait à le tuer. Le couteau s'arrêta à quelques millimètres de sa tunique immaculée. Levant sa main transpercée devant son visage, il se mit à rire à gorge déployée tandis que son sang dégoulinait sur le carrelage noir du temple.

- Toujours aussi sournois à ce que je vois, Ashûra-Ho !

- Hum, je préfère ça. » Lança, l'œil rieur, l'homme qui sortait d'un halo d'ombre devant lui.

- Comment cela ? Tu n'aimes plus ton si vieux surnom, Shû ?

- Cesse donc de te foutre de moi, Charon. Ça fait 90 ans que tu n'étais plus venu. Qu'est-ce qui t'a fait quitter la barque qui te sert de navire pour venir me voir ?

- Comme d'habitude… des nouvelles intéressantes.

Ashûra s'avança et arracha sa lame de la main de Charon, l'essuyant lentement avant de la remettre au fourreau, l'air intrigué. Le passeur le connaissait bien. Il faisait partie de ces anciens qui souhaitaient tout savoir de ce qu'il se passait dans chacune des 3 sphères. C'est pourquoi ils s'étaient toujours si bien entendus. Savoir c'est pouvoir.

- Viens, allons discuter.

Shû l'emmena dans l'une des pièces attenantes qu'il utilisait pour son usage personnel. Il s'installa sur l'un des immenses sofas qui ornaient la pièce tandis que Charon faisait de même. Le prêtre noir tourna la tête en direction de la bibliothèque, si Charon s'en souvenait bien, et appela.

- Gamin !

Pas de réponse.

- Gamin !

Charon ne savait pas qui il appelait, mais sa curiosité était piquée.

- Miikelian ! » Menaça-t-il, « Cesse immédiatement de m'ignorer ! »

- Je n'oserai jamais vous ignorer, Ashûra-Ho. Mais, vous savez à quel point j'ai des difficultés à comprendre lorsqu'on s'adresse à moi sans utiliser mon nom… À mon grand malheur, ma bêtise n'a d'égale que ma volonté de vous servir.

Ohhhh il l'aimait déjà ce gosse, se dit Charon en tournant la tête dans la direction de la voix. Ce n'est pas souvent qu'on trouvait des jeunes qui osaient provoquer Shû de la sorte. Tandis que le gosse apparaissait dans l'embrasure de la porte, il fut littéralement stupéfait. Et le gosse aussi. Il le regardait, les yeux écarquillés.

Charon se tourna vers son ami de toujours, sidéré.

Ashûra lui adressa un sourire en coin. « Ah ! Mais quel imbécile je fais ! Je ne te l'avais pas encore présenté ? Charon, voici Miikelian. Mon apprenti. Mais, je crois que vous vous connaissez déjà… »

Le passeur fut pris d'un nouveau fou rire.

Le destin était devenu fou.

Le couple arriva devant l'arène de Butae à midi précis. Chrno se souvenait maintenant pourquoi le mot « Butae » lui avait dit quelque chose. C'était le nom du baron en fonction lorsqu'il était venu avec Aïon. Un stupide gros porc obsédé. Néanmoins nettement plus puissant que son successeur.

Si les souvenirs de Chrno avaient ressurgi subitement, ce n'était pas pour rien. Butae était en face de lui. Rosette cramponnée au bras du démon du temps. Pourtant, elle avait eu son compte de vision d'horreur. Mais il devait bien avouer qu'il n'avait pas vu un carnage pareil depuis une éternité.

L'arène était gigantesque. Mais ce n'était pas la taille de l'amphithéâtre qui avait ébahi les deux amants, ni même le fait qu'il s'agissait sans doute de l'un des derniers vestiges attestant la splendeur qu'avait un jour revêtue la cité du passeur. Non. C'était ce qui se trouvait au-dessus du portique d'entrée. Surplombant la foule de badauds, Butae se trouvait là, crucifié vivant à l'arcade. À la limite de l'œuvre d'art pensa fugacement Chrno. Il avait beau tenter de trouver ça horrifiant, sa nature de démon l'en empêchait. Il n'avait jamais aimé ce type, impossible de compatir. Et il n'était pas le seul, il se souvenait encore d'une conversation avec le gamin de pandémonium...

Fasciné, le démon l'observa de plus près. D'énormes rivets de fer le maintenaient crucifié par les poignets, nu, sa mâchoire brisée laissait entrevoir sa langue à moitié arrachée. La peau de son torse, et sans aucun de doute de son dos, lui avait été arrachée, quant à son bas ventre, ça se passait de commentaire. Aucune blessure n'était mortelle. Le comte dut chercher plus loin pour comprendre pourquoi le porc ne se régénérait pas et ne se débâtait pas. Projetant son aura, le démon du temps comprit instantanément. Trois sceaux étaient actifs, le premier était une entrave d'une puissance peu commune. Le second empêchait la régénération des blessures que lui avait infligées son tortionnaire. Quant au troisième, c'était une merveille, il ignorait même qu'un démon puisse lancer ce sort : un sceau des damnés actif. Son tortionnaire l'avait bonnement et simplement condamné à souffrir pour l'éternité et y avait ajouté le plaisir de l'humiliation publique… D'ailleurs, au-dessus du torturé, trônait une inscription superbement calligraphiée en langue commune et en vieux infernal. « Amusez-vous démons. Ignorez la pitié, car celui qui abrégera ses souffrances prendra sa place. » Flippant, pensa le comte, je ne voudrais pas être l'ennemi de celui qui lui a fait ça.

Réajustant son capuchon, il s'empara de la main de Rosette et s'approcha de la foule afin d'entrer dans l'arène. Tandis qu'il accédait au portique, la sainte resserrant son emprise sur sa main, il s'aperçut qu'un bizness s'était monté autour de ce qui restait de Butae. Un Elémentaire faisait payer le droit de le torturer. Ces blessures-là se régénéraient immédiatement… celui qui avait créé ces sceaux était un véritable virtuose de la torture. Chrno ne voulait vraiment pas le connaître.

- Dit moi, Elémentaire » lança-t-il, hautain, à celui qui empochait l'argent, « Qui a fait ça ? Et quand ? »

Le démon le jaugea un instant, cherchant à quel genre de démon il avait à faire. Semblant juger que celui en face de lui méritait au moins une réponse polie, le « commerçant » s'inclina puis répondit :

- C'était il y a un bail, étranger. » Sentant à l'aura de son interlocuteur que sa réponse avait manqué de précision, il s'empressa d'ajouter « Je dirais une quarantaine d'années. »

- Je t'ai demandé « Qui » ?

- Ah, oui… euh c'était… on sait pas vraiment en fait. C'était un mec qui portait une capuche dans le genre de la vôtre… mon seigneur. » Il fit une pause espérant que sa flatterie suffirait à le débarrasser de cet encombrant démon majeur. Ce n'était pas le cas. Chrno attendit silencieusement que le minable face à lui stresse suffisamment pour lui en dire plus. Ce qui ne manqua pas. « Mhhh… euh… il a débarqué en ville tout d'un coup. Une aura monstrueuse. On dit… j'en sais rien, hein, c'est que des rumeurs… Bref, on dit qu'il a marché peinard jusque chez Butae, qu'il l'a rétamé en deux ou trois coups puis qu'il est venu le clouer là. J'ai entendu dire qu'il s'était assis en face pendant des heures pour le regarder se débattre en se marrant. Y'en a qui disent qu'il revient de temps en temps pour le narguer. Moi je l'ai jamais vu, mais j'ai pas que ça à foutre de mater les allers et venus d'un Infernal. Je tiens à ma vie.

Un seigneur Infernal ? C'était plus que probable selon Chrno à la vue de la complexité des sceaux… Que pouvait bien vouloir un Infernal à ce minable de Butae ? Encore quelque chose qu'il ne saurait jamais. Sentant Rosette s'agiter anxieusement à ses côtés, Chrno reprit sa route sans rien ajouter.

Dire que Rosette était terrifiée était un euphémisme. Cela faisait à peine une demi-journée qu'ils étaient là et ils passaient d'une horreur à une autre. Les ailes de Chrno, le sceau dans son dos, et maintenant un démon torturé en public. Ça faisait beaucoup. Normal. Un démon crucifié et torturé devant mes yeux, absolument normal… L'esprit de la sainte tournait à toute vitesse, tentant de maintenir le fragile équilibre qui était le sien. En enfer, c'est normal. Elle avait voulu venir, elle y était. Maintenant, assume ma vielle ! Tu ne peux pas dire qu'il ne t'avait pas prévenu ! Cependant, quand elle y pensait, vu la réaction de Chrno, ça ne devait pas être si fréquent comme situation. Enfin, le comte avait plutôt l'air fasciné qu'horrifié. En voyant son air effaré, il s'était empressé de lui expliquer quel genre de type était ce Butae… Mais quand même. C'était dur de rester sans rien faire. De sentir que tout le monde autour d'elle approuvait la situation.

Lorsqu'elle sortit de ses pensées, elle et Chrno se trouvaient au milieu du sable rouge de l'arène. Chrno lui tendant le long poignard tandis que dans les gradins pleins à craquer, les démons vociféraient.

Ils avaient retrouvé Naegi, le baron, à l'entrée des combattants. Il les attendait pour conclure le contrat : dix combats gagnants minimums contre le droit de conserver les armes et 1 pour cent des gains générés par les paris. Rosette avait failli s'esclaffer en voyant sa mine déconfite tandis qu'il passait le contrat avec Chrno. Le mineur comprenant enfin qu'il ne pourrait pas l'arnaquer, le contrat était bétonné par l'énergie de Chrno même si l'utilisation d'un faux nom l'affaiblissait légèrement. Il avait alors tenté sa chance en proposant de « s'occuper» d'elle en l'absence de son maître. La jeune femme avait littéralement fulminé sous son capuchon tandis que Chrno, alias Saturnus, lui adressait son sourire le plus glacial en lui jurant que ce n'était pas nécessaire. La menace plus qu'explicite avait largement refroidi ce minable de Naegi et lui et ces acolytes avaient gracieusement battu en retraite.

Voilà comment elle s'était retrouvée là, au milieu du sang et du sable de l'amphithéâtre, à écouter Chrno lui dire de tuer sans aucune hésitation. Lui dire d'ôter sa cape pour dégager son champ de vision et tant pis si tous ces minables la voyaient. Lui dire qu'il tuerait tous ceux qui oseraient l'approcher. Ressentir l'infime plaisir que cette dernière phrase lui procurait. Oui, Rosette pouvait supporter qu'il tue pour elle, comme elle pourrait supporter de tuer pour lui.

Le fil de ses pensées prit fin tandis qu'un rejeton fonçait sur eux en hurlant, toutes griffes dehors, sa ridicule aura complètement déployé. Rien qu'à sa vue, Chrno s'était enragé, il ne les supportait vraiment pas ceux-là. Le minable n'eut même pas le temps de les atteindre qu'il mourait écrasé sous la simple pression de l'énergie de Chrno, son sang se mêlant à celui qui imbibait déjà le sol de l'arène. Un court silence suivit la minable mort du rejeton. Puis la foule se déchaina, hurlant sa satisfaction.

Le second combattant ne se fit pas prier. Fini les rejetons. Ceux-là devaient avoir compris qu'ils n'avaient pas la moindre chance, c'était un élémentaire. Pour Chrno cela ne faisait aucune différence, il ne jouait simplement pas dans la même cour. L'approche de celui-là était vaguement plus prudente, il courait droit sur eux en projetant son aura devant lui pour s'en servir de bouclier. Elle vit Chrno sourire. Elle vit Chrno claquer des doigts. Elle vit le démon décapité s'effondrer au sol. La même stupeur frappa la foule, puis la même ferveur. Sans se déplacer d'un seul pas, Chrno acheva les sept combats suivants, que les démons l'attaquent seuls ou en groupes. Il semblait prendre plaisir à les tuer d'une manière différente à chaque fois. Sa manière à lui de menacer plus clairement Naegi supposa la Sainte. Il l'avait vraiment mis hors de lui avec ses insinuations… Assis dans la tribune, il pâlissait à chaque combat achevé.

Le dernier combattant eut le mérite de changer de stratégie. Au lieu de foncer sur Chrno, il fonça sur Rosette. Celle-ci fit comprendre à Chrno qu'elle souhaitait s'en charger elle-même. Autant terroriser ce petit baron jusqu'au bout… elle n'était pas une chose fragile à la portée de n'importe qui. Chrno ajusta légèrement sa position pour pouvoir agir en cas de problème, mais Rosette fut flattée de constater qu'il avait l'air relativement confiant. Après tout, c'est vrai, je suis Rosette Christopher et je ne suis pas un boulet ! Rosette c'était reprise. Ignorant cependant comment se servir de l'étrange arme à feu que Chrno lui avait lancée 3 rounds auparavant, la sainte empoigna fermement le poignard et se mit en garde, dans une position que le père Remington lui avait enseignée, sous le regard approbateur du démon du temps.

Le démon entrait à peine dans son périmètre que Rosette déployait son bras tel un fouet et tranchait la main de l'élémentaire. Elle se rendit immédiatement compte de son erreur. Trop tôt, j'ai manqué la tête ! Pivotant sur la droite pour éviter les dents et les griffes acérées qui lui sautaient dessus malgré la main perdue, elle abattit son bras vers le bas avec toute la force qu'elle pouvait. La lame acérée du poignard d'argent entama durement les vertèbres de son ennemi, le jetant au sol, incapable de bouger. Rosette frappa avant que Chrno ne l'achève à sa place. Elle avait pris des résolutions en débarquant ici. Elle s'y tiendrait. De toute manière, ce n'est ni le premier, ni le dernier démon que je tue. Chrno n'est pas le seul qui se salira les mains.

Chrno la regarda un instant, son expression indéchiffrable. Elle resta tout aussi neutre. Il n'y avait rien à dire, leurs actes parlaient pour eux. Nous survivrons, quoi qu'il en coute.

Sans laisser le temps à d'autres adversaires de s'avancer, le couple sortit de l'arène sous les huées de la foule qui espérait les voir combattre à nouveau. Bien que la sainte eu plutôt opté pour le terme de massacre. Ils se dirigèrent droit vers la tribune de Naegi, pressé de récupérer leur due.

C'est de mauvaise grâce que le baron leur remit les 26 myths qu'ils avaient gagnés. Apparemment, c'était une somme importante, les paris avaient été bon train. Il les pria, peu poliment, de déguerpir de sa loge et accessoirement de sa cité aussi vite que possible tandis que Chrno prenait délibérément tout son temps pour recompter la somme qu'on lui avait remise.

- Bien, le compte y est. » Lâcha Chrno arborant un sourire narquois. « Ravi d'avoir fait affaire avec toi, Naegi. Ce fut un plaisir ! » Dit-il en prenant la porte.

Une fois seuls, Rosette, les sourcils levés, ne put s'empêcher de rayer son compagnon habituellement si prudent.

- Je croyais qu'on devait faire profil bas ?

- Mmmh, oui, mais il était vraiment trop arrogant. Désolé.

Rosette pouffa face à l'absence totale de remords de son amant. C'est fou ce qu'elle pouvait l'aimer.

- Allons acheter des vivres, Chrno, je suis absolument affamée ! » Acheva-t-elle, étayant ses propos du grondement réprobateur de son estomac.

- Tu as raison, quittons cette ville au plus vite.

Wouhou ! Alléluia, fin du chapitre ! Sérieusement j'ai vraiment cru que je ne l'écrirais jamais et tout d'un coup, ça coulait de source ! Dur, dur la vie d'artiste… Non je déconne, désolé à cette heure-ci (1h du mat') mon cerveau part en live dès qu'il a fini de se concentrer.

Bref, bref, bref, désolée pour les postes plus qu'aléatoires, mais voilà, j'ai découvert (ceci étant ma première fic) qu'écrire ça ne se commande pas vraiment… une semaine à plancher dessus sans résultat et puis après des semaines (que dis-je, des mois…) d'inactivité, paf ! il s'écrit tout seul, bref, allez comprendre.

Plus sérieusement, je pense à passer l'histoire en M puisqu'il semblerait que j'ai l'esprit gravement tordu. C'est peut-être un peu too much ? Enfin, ce ne sera pas comme ça tout le temps non plus. Je suppose que Chrno et Rosette virent un peu OC mais bon j'essaie de limiter tout en les laissant évoluer.

Ce chapitre était le dernier de septième cercle, qu'en pensez-vous ? Mais qui donc a rencontré Charon ? Mystère et boule de gomme !

Comme d'habitude, aucun des personnages de Chrno Crusade ne m'appartient.

A+ et encore merci pour les reviews ça fait plus que plaisir ! (Quand j'ai atteint les 10 j'étais à la limite d'ouvrir le champagne ! si, si, je vous jure ^^)