Chapitre 7

Une heure plus tard, Rhys et Ianto remontèrent dans la salle principale et le Gallois demanda à ses collègues de les rejoindre dans le bureau de Jack. Une fois installés, ils attendirent que Rhys prenne la parole ainsi qu'il en avait décidé devant le corps de sa femme.

– Jack, dit-il, je crois que c'est la meilleure solution. Je peux remplacer Ianto pour la réception et s'il y a autre chose en plus, je n'y vois pas d'inconvénient. Je peux apprendre. Je vais simplement donner ma démission, donc, si ta proposition tient toujours, j'aimerais venir bosser avec vous.

– Ok, je pense effectivement que c'est le meilleur choix. Veux-tu que Ianto s'occupe des papiers ?

– Oui, je vais simplement prévenir la famille de Gwen et ses amis. Par contre, pour mon boulot, je dois voir quel délai m'est imposé pour les lâcher.

– On peut également arranger ça, lui dit le Capitaine. On peut évoquer ton deuil et le besoin de partir rapidement.

– D'accord, mais avant de venir ici, je voudrais prendre quelques jours afin de voir les parents de Gwen.

– Bien, alors, bienvenue dans l'équipe. Je sais que ton arrivée ne se fait pas dans les meilleures conditions, mais bienvenue quand même.

Chacun serra la main du nouveau membre, Tosh le pressa contre elle chaleureusement. Elle savait qu'il n'aurait aucun problème à s'intégrer.

– Tosh, pourrais-tu faire le nécessaire pour qu'il ait les accès et un pass. Rhys, elle va te remettre ce qu'il te faut pour lorsque tu voudras venir nous rejoindre.

– Viens Rhys, dit-elle en lui prenant le bras.

Ils se rendirent au poste de Tosh, suivis par Owen qui n'était pas convaincu du bien-fondé de cette embauche. Mais ce n'était pas lui le patron !

– Tu as eu une bonne idée, dit Jack à Ianto avant qu'il ne quitte le bureau.

– Je pense que c'était ce qu'il y avait de mieux à faire.

– Au fait, Ianto, tu restes ce soir ? demanda le Capitaine.

Le Gallois s'arrêta et le regarda quelques instants.

– Non, je rentre chez moi, répondit-il. Mais tu peux venir me rejoindre, continua-t-il en voyant la mine dépitée de son amant.

– Voilà une invitation comme je les aime, répondit Jack avec un grand sourire. Ok, disons vers 20 h !

– Pas de souci, voilà la clé, dit Ianto en lui lançant l'objet, fais comme chez toi !

Il quitta la pièce pour aller nourrir les pensionnaires. Il ne voulait pas rentrer trop tard, il voulait cuisiner. Lorsqu'il eut fait le tour de toutes les cellules, il monta voir Myfanwy et resta près d'elle un long moment. Il appréciait ce moment de calme avec le ptérodactyle à qui il devait tant. Finalement, il retourna dans la salle centrale et mit les ordinateurs en veille avant d'aller voir Jack.

– Je m'en vais, lui dit-il.

– Ok, répondit le Capitaine en s'approchant. À tout à l'heure.

Puis il déposa un baiser sur les lèvres du Gallois. La perspective de passer la soirée avec lui, chez lui, l'enchantait au plus haut point.

Après un dernier regard, Ianto quitta la base et s'arrêta acheter un rôti d'agneau Saltmarsh, puis rentra chez lui. Cela faisait longtemps qu'il avait délaissé son appartement et il apprécia le calme et le silence de l'endroit.

Il s'occupa du repas, s'il voulait que le plat soit prêt pour 20 h, il fallait le mettre au four dès maintenant. Il prépara donc la viande avec le romarin et l'ail et le mit à cuire. Il rajouterait les légumes en seconde partie de cuisson, ainsi ils pourraient s'imprégner du jus de la viande. Lorsqu'il eut terminé, il nettoya la cuisine et alla prendre une douche.

Il s'habilla et se fit un café qu'il but adossé à la baie vitrée, les yeux perdus dans la contemplation de la baie. Il se sentait fatigué, comme si les épreuves qu'il venait de subir l'avaient vidé de toutes ses forces. Il alla s'installer sur le canapé et finit par s'endormir.

Un peu avant 20 h, le Capitaine franchit la porte de l'appartement. Un peu inquiet, il tira son arme, les lumières étaient éteintes et il n'entendait rien, pourtant, Ianto devait l'attendre. Il s'approcha avec précaution et trouva le Gallois endormi sur le canapé. Avec un sourire, il se pencha pour allumer la lampe et rangea son arme. Réveillé par la lumière, le jeune homme ouvrit les yeux à ce moment-là et eut un sursaut de surprise.

– Eh ! lui dit le Capitaine, tout va bien.

– Désolé, je me suis endormi, dit-il en se levant.

– Je ne voulais pas te faire peur, mais quand je suis entré, les lumières étaient éteintes. Je me suis inquiété. Tu vas bien ? lui demanda-t-il voyant sa mine fatiguée.

– Je suis crevé, je n'arrive pas à me reposer.

– Tu aurais dû me le dire, on aurait reporté la soirée.

– Non, dit précipitamment Ianto, j'avais envie que tu viennes, je ne voulais pas me retrouver seul après ces semaines passées au Hub.

– Ok, veux-tu un coup de main ? En tout cas, je peux te dire que ça sent divinement bon ! lança-t-il avec un sourire.

– Non, ça ira, tout est prêt, je n'ai plus qu'à mettre l'accompagnement dans le plat pour qu'il cuise le temps que nous prenions l'apéritif, répondit le Gallois en entrant dans la cuisine.

Jack le suivit et le prit dans ses bras. Il voulait le réconforter, Ianto se laissa aller contre le torse de son compagnon et ferma les yeux quelques instants, puis il s'écarta pour prendre les verres.

– Tu viens ? demanda-t-il en retournant vers le salon.

Ils s'assirent et un silence pesant s'installa. Le Capitaine regardait son amant, il avait les traits tirés et semblait lutter contre le sommeil.

– Ianto, ne crois-tu pas que tu devrais plutôt aller te coucher ?

– Non, Jack, répondit le Gallois en levant vers lui un regard désespéré. Je ne veux pas rester seul.

– Ok, je reste, mais j'insiste, tu devrais aller te coucher.

– D'accord, dès que nous aurons mangé, dit-il en se levant. Tout est prêt sur la terrasse, va t'installer, j'arrive.

Jack le regarda partir, ce n'était pas dans les habitudes du Gallois d'accepter aussi facilement d'écourter une soirée, il devait vraiment être mal pour obéir sans rechigner.

Ianto revint avec le plat, le servit et il apprécia le fondant de la viande, vraiment, il cuisinait aussi bien qu'il faisait le café, un vrai cordon bleu !

Le repas terminé, ils burent un café, puis le Gallois débarrassa et alla dans sa chambre. Jack prit une douche et fut rejoint par Ianto qui se blottit dans ses bras.

– Owen avait raison, dit le Capitaine, tu avais besoin de plus de repos.

– Non, j'ai juste besoin de toi, répondit le jeune homme en levant les yeux.

Jack l'embrassa délicatement et Ianto répondit au baiser, serrant son amant avec la détresse d'un homme qui se noie.

– Viens, lui dit l'immortel en saisissant la serviette et en commençant à l'essuyer. N'attrape pas froid.

Le Gallois se lassa faire, comme déconnecté de la réalité. Puis il regarda à nouveau son amant, les larmes aux yeux.

– Un jour aussi, je partirai, dit-il doucement.

– Pourquoi dis-tu ça ?

– Parce que c'est vrai, regarde Gwen !

– Mon Dieu, Ianto, pourquoi pense-tu à des choses pareilles ?

– Je ne suis pas immortel comme toi.

– Non, c'est vrai, mais on va tout faire pour que tu me quittes le plus tard possible. Je serais là pour te protéger.

– Tu ne pourras pas toujours. Regarde, si tu n'avais pas été avec moi dans ce parking, je serais déjà mort.

Jack le serra contre lui, Ianto subissait un choc post-traumatique consécutif à ses blessures, mais cela faisait des semaines que ça s'était passé. Il ne savait pas quoi faire. Il en parlerait à Owen le lendemain. Pour le moment, le plus important était que le Gallois se repose et passe une bonne nuit. Il le dirigea vers le lit et l'incita à se coucher, puis le couvrit et vint s'allonger près de lui. Ianto se lova contre lui et s'endormit.

Le Capitaine passa une partie de la nuit à veiller sur lui, puis il finit par s'assoupir. Quand il s'éveilla au matin, il était seul dans le lit et se leva rapidement, un peu inquiet. Il trouva Ianto dans la cuisine, occupé à préparer le café.

– Tu as bien dormi ? demanda-t-il en s'approchant.

– Oui, répondit-il avec un sourire.

Il semblait plus reposé et son visage était radieux. Il lui tendit sa tasse et l'embrassa rapidement avant d'aller dans le salon.

– Désolé pour hier, dit-il en buvant son café, je ne sais pas ce qu'il m'est arrivé. J'avais vraiment du mal à garder les yeux ouverts.

– Ne t'en fais pas pour ça. Nous étions ensemble et c'est bien ce qui compte, tu ne crois pas ?

– Oui, tout à fait, répondit Ianto avec un petit sourire.

– Ianto, je voudrais que tu vois Owen tout à l'heure.

– Pourquoi, je vais bien !

– Hier, tu m'as inquiété, je voudrais m'assurer que tout est rentré dans l'ordre, de plus, il pourrait te donner ce qu'il faut pour que tu te sentes mieux, moins fatigué, je dirais.

– Si tu y tiens, mais je n'en vois pas l'intérêt !

Une fois de plus, le Gallois acceptait sans rien dire. Jack le dévisagea quelques secondes, puis se leva pour aller s'habiller. Pendant que Ianto finissait de se préparer, le Capitaine passa un coup de téléphone à Owen pour lui expliquer ce qu'il s'était passé. Le médecin l'écouta avec attention.

– Qu'en penses-tu ? lui demanda Jack.

– Effectivement, sa réaction est assez significative, il a dû nous cacher son mal-être pendant tout ce temps. Tu remarqueras qu'il est assez doué pour ce genre de chose.

– Oui, mais justement, on aurait dû se méfier. Bon, je dois te laisser, à tout à l'heure, dit-il en raccrochant.

– Un problème ? demanda Ianto.

– Non, rien en particulier.

– Bien, je suis prêt, si tu veux qu'on y aille.

Jack mit son manteau et quitta l'appartement, suivi par le jeune homme qui ferma la porte à clé. Ils traversèrent la place en direction du Hub, profitant des premiers rayons de soleil de la journée qui s'annonçait agréable. En arrivant à l'office, ils constatèrent que Rhys était déjà à son poste, il avait décidé de reporter sa visite chez les parents de Gwen, ils le saluèrent puis s'engagèrent dans le passage pour descendre dans la base.

Quand ils passèrent le sas, Jack monta dans son bureau et Ianto continua jusqu'à la cuisine où il fut rejoint par Owen.

– Ianto, je crois qu'il est temps de te faire un bilan pour savoir si tout va bien.

– Je vais bien, répondit-il un peu sur la défensive, pourquoi tout le monde croit que ce n'est pas le cas !

– Rassure-toi, c'est la procédure normale après le genre de blessure que tu as subi. Pour que tu puisses retourner sur le terrain à titre d'agent actif, tu dois passer des examens.

– Mais je suis déjà allé sur le terrain depuis ma blessure !

– Oui, mais tu n'as pas participé, tu n'étais là qu'en soutien. Maintenant, je te donne le choix, soit tu passes les examens, soit je te suspens.

– Tu ne peux pas faire ça, tu n'en as pas le droit, répondit le Gallois en s'emportant.

Jack descendit rapidement en entendant les éclats de voix, Ianto, d'habitude si calme, semblait au bord de l'explosion. Le Capitaine le prit contre lui et tenta de le rassurer.

– Ianto, Owen a raison, c'est la procédure. Je ne peux rien faire, s'il décide que tu ne peux pas assurer ton poste, je n'aurais rien à dire, alors je t'en prie, laisse-le faire son boulot.

– J'en ai marre des aiguilles, des tests et de tout ce baratin. Je veux que l'on me foute la paix, dit-il en se dirigeant rapidement vers le sas.

Tosh tenta de lui parler, mais il continua son chemin, il étouffait, il avait besoin de sortir. Jack et Owen se regardèrent, ils ne s'étaient pas attendus à pareille réaction. Le Capitaine allait s'élancer derrière le jeune homme, lorsque le médecin le retint.

– Laisse-le un peu seul, je pense que ça ne lui fera pas de mal. Il a besoin de faire le point, sa blessure, la mort de Gwen, tout ça fait beaucoup en peu de temps.

– Ok, Tosh, peux-tu le suivre sur les caméras ?

– Oui, bien sûr tant qu'il restera dans le champ ! Nous avons des yeux dans toute la ville, mais il ne faudrait pas qu'il décide de se cacher, dans ce cas, je ne pourrais rien faire.

– Bien, alors fais ce que tu peux, mais si tu le perds, préviens-moi !

– Ok, Jack je te tiens au courant.

La jeune femme s'activa sur son clavier et les caméras affichèrent leurs images sur tous les écrans disponibles. Owen vint l'aider à trouver le Gallois, une fois repéré, ils le suivirent dans ses déambulations. Il avait l'air complètement désemparé et Tosh eut peur pour son ami.

– On ne peut vraiment rien faire ? demanda-t-elle au médecin.

– Pour le moment, non, mais quand il se sera calmé, je pense qu'il rentrera chez lui, il nous suffira le rejoindre pour nous assurer que tout va bien.

Durant la journée, Tosh ne quitta pas ses écrans des yeux, voyant Ianto se promener sans but précis. Vers la fin de l'après-midi, il retourna vers le Hub. Il avait bien réfléchi, ses amis avaient raison, il avait besoin d'aide et il voulait retrouver la sécurité des bras de son Capitaine. Quand il passa la porte de l'office, Rhys se préparait à rentrer chez lui. Ianto lui souhaita une bonne soirée et ferma la porte derrière lui, puis il descendit dans la base. En passant le sas, il vit Tosh et Owen le regarder et leur fit un petit signe auquel la jeune femme répondit par un sourire, puis il monta voir le Capitaine. Jack l'avait vu arriver par l'écran de contrôle et attendait patiemment qu'il vienne le rejoindre. Arrivé devant la porte du bureau, Ianto tapa discrètement et attendit que son amant lui fasse signe d'entrer. Sur son écran, Tosh reçut un message et s'empressa d'aller voir Owen.

– Il faut partir, lui dit-elle, Jack veut rester seul avec Ianto. Allez viens, laissons-les.

Elle récupéra son blouson et elle quitta la base avec le médecin, lançant un Au revoir et à demain, du bas de l'escalier.

– Assieds-toi Ianto.

Le Gallois prit un fauteuil et s'installa face à son Capitaine. Jack l'observa quelques instants. Il comprenait la réaction qu'il avait eue, mais il fallait qu'il accepte d'être aidé afin de passer ce cap douloureux.

– Je m'excuse pour tout à l'heure… commença Ianto.

– Tu n'as pas à le faire, j'ai parfaitement compris, mais Owen a raison, tu as subi beaucoup d'épreuves en peu de temps, mais nous sommes là pour t'aider. Je n'ai pas l'intention de te laisser te détruire.

Ianto leva les yeux et se plongea dans le regard azur qui le détaillait. Il n'avait pas le choix, s'il ne voulait pas être suspendu de ses fonctions, il devait accepter.

– C'est d'accord, dit-il doucement. Je vais faire ce que me demande Owen.

– Bien, donc nous verrons cela demain avec lui, répondit Jack en se levant pour s'approcher du jeune homme.

Il le regarda venir près de lui et leva les yeux lorsqu'il lui prit la main et le tira à lui pour l'enlacer. Il se retrouva blotti dans ses bras et l'immortel déposa un baiser sur ses cheveux.

– Mon Dieu Ianto, pourquoi ne m'as-tu pas parlé avant d'en arriver là ? Tu sais bien que j'aurais pu t'aider.

– Je pensais y arriver seul. Quand j'ai été blessé, j'ai eu peur de te perdre et lorsque Gwen est morte, je me suis rendu compte qu'un jour aussi je mourais et que rien de ce que je pourrais faire n'y changerait quelque chose.

– Mais je suis toujours là, répondit le Capitaine, et je n'ai pas l'intention de te laisser me quitter. Je ferais tout pour ça. Bon, écoute, nous en reparlerons demain avec Owen, en attendant, que dirais-tu d'aller manger quelque part ?

– D'accord, dit Ianto en s'écartant pour déposer un baiser sur ses lèvres.

Ils quittèrent la base pour se rendre à la Bayside Brasserie, sur les quais. Ils aimaient beaucoup cet endroit qui s'ouvrait sur la baie. Ils passèrent une bonne soirée à discuter de tout et de rien, le Gallois confiant ses craintes, mais aussi ses espoirs. Le Capitaine l'écoutait, enregistrant le maximum d'informations qu'il transmettrait à Owen le lendemain et qui pourrait les aider à soulager le jeune homme.

Lorsqu'ils sortirent du restaurant, ils se promenèrent un moment le long de la baie, appréciant le calme de la nuit, puis ils remontèrent en voiture et Jack le déposa chez lui.

– Tu ne restes pas ? demanda Ianto.

– Je crois que ce soir, tu as surtout besoin de repos, ce ne serait pas sage.

– Ne me laisse pas tout seul, s'il te plait, je ne veux rien de plus que ta présence, dit-il suppliant.

Le Capitaine le regarda longuement, il voulait rester avec lui, mais pourrait-il résister à son corps attirant. D'un autre côté, il avait promis à son amant d'être toujours là pour lui et il honorait toujours ses promesses.

– Très bien, dit-il en lui souriant et en en coupant le moteur. Je te tiendrais compagnie.

À suivre…