Héhé !
Je suis encore en avance, je m'étais dit que je publierais plutôt le mercredi, à la base, mais...j'ai renoncé. Le mardi, c'est un bon jour, aussi, non ?
Bon, j'ai pas grand-chose à dire, mis à part que...Rhubarbe m'a encore aidé sur ce chapitre. Merci à elle ! Sans déconner, c'est vachement mieux de s'y mettre à plusieurs. J'espère que tu seras encore là pour mon huitième chapitre. Il est très...étrange, je te préviens !
Merci à tous ceux qui prennent la peine de commenter ; c'est vraiment chouette, j'apprécie.
En espèrant que vous aimerez ce chapitre.
Chapitre 7 : La vie, c'est comme une bicyclette, il faut avancer pour ne pas perdre l'équilibre.
- A quoi est-ce que tu penses ?
Il plante soudain son regard dans le mien, déterminé. Un frisson me parcourt.
- Oh, à des choses et d'autres.
Sa réponse a le don de m'agacer. Profondément. Je fronce les sourcils.
- Tu peux être plus précis ?
Il a parfaitement le droit de ne pas me répondre, mais l'impression qu'il fait exprès d'aiguiser ma curiosité ne me quitte pas, et ça a le don de m'énerver. Il rougit derechef. Je le trouve soudain adorable, à rougir aussi facilement.
- Je pense à notre district, à ma famille –je tique-…
Devenue soudainement plus attentive, je remarque qu'il m'observe avec ardeur. Ces souvenirs m'intéressent. Je me prends à souhaiter qu'il me raconte sa vie, chez lui, avec sa famille. Comment cela se passe-t-il, pour eux ? Mange-t-il toujours à sa faim ? Quelles sont ses relations avec ses frères ? Et avec ses parents ? L'aiment-ils ? Et lui ? Aime-t-il ses parents ? Je suis certaine que oui.
- A to…
Et c'est à ce moment qu'un cri interrompt soudain Peeta et mes réflexions par la même occasion. Je me retourne rapidement vers l'origine de ce cri. Cato, la brute du Deux, est en train de poursuivre un garçon, celui du Sept, à en juger par son dossard. Celui-ci ne semble pas comprendre ce qui arrive à Cato et court, court comme si sa vie en dépendait. Cependant, il trébuche sur une corde et se retrouve bien vite le nez dans la poussière. Cato se jette sur lui, j'en lâche ma corde. Une horde de Pacificateurs en uniforme blanc agrippe Cato : ils s'y mettent à trois, pour lui faire lâcher la gorge du pauvre garçon. Je suis certaine que Cato n'aurait pas hésité à le tuer, pour l'exemple. Je secoue la tête. Et dire que tout ça n'est dû qu'à une histoire de couteau volé…Me retournant vers Peeta, je constate que celui-ci est sans voix. La frayeur se lit aisément sur son visage.
- Tu penses à beaucoup de choses, alors.
Bien que ce soit la cohue autour de nous, je ne suis pas prête à laisser s'évaporer le sujet qui me tient à cœur. Il évite mon regard, de nouveau hésitant. Serais-je la raison de cette gêne permanente qui existe entre nous ? Il hoche finalement la tête, encore silencieux. Une sonnerie stridente retentit, nous annonçant la fin de la matinée. Je commence à avoir faim, même si cette petite bagarre entre tributs m'a quelque peu…perturbée. Un rien suffirait à énerver les carrières, je viens de m'en rendre compte. Me rappelant du conseil d'Haymitch de nous présenter comme deux amis, je me tourne vers Peeta, encore assis sur son rondin de bois. Il se débat avec sa corde, qui est emmêlée entre ses doigts. Je tourne la tête, déjà debout, vers l'attroupement de tributs qui s'est formé devant l'entrée de ce que je suppose être le réfectoire. Je m'apprête à m'y rendre, seule, quand une petite voix se demande si je ne devrais pas sortir Peeta du pétrin. Ce n'est pas ce que sont censé faire les amis ? Je n'en ai aucune idée, n'ayant jamais eu d'ami. Je fronce les sourcils, me demandant ce que ferait Peeta dans ma situation. Il m'aiderait, à n'en point douter. Je soupire.
- Laisse, je vais t'aider.
Un sourire aux lèvres, je m'accroupis face à un Peeta quelque peu déconcerté et lui attrape doucement les mains. J'aperçois ses sourcils qui se rapprochent, formant une ride entre ses deux yeux bleus. Mon contact le rebute-t-il ? Il me semble que non, pourtant, car il laisse ses mains entre les miennes et ne les quittent pas du regard. Mes doigts fins défont rapidement les nœuds de sa corde, que je finis par lui tendre, victorieuse. Il me remercie chaudement –ce n'est qu'une corde…- et m'invite à rejoindre le réfectoire. Nous saisissant d'un plateau, nous choisissons une table vide, à l'écart du centre de la pièce, où braillent déjà les carrières, jouant avec la nourriture. Me plongeant dans l'analyse de mon plateau, assise face à Peeta, je remarque que nous ne disposons pas de couteau. Tant mieux pour les carrières. Qui sait ce que j'en aurai fait ? La nourriture est donc prédécoupée. Nous mangeons en silence alors que les carrières continuent de piailler. J'arbore une moue dégoûtée.
- Ca ne te plaît pas ?
La voix chaude de Peeta prend un ton légèrement alarmé.
- Quoi ?
Je dois rétorquer un peu sèchement car il se renfrogne, mettant en pièces son morceau de pain.
- Le repas. Il ne te plaît pas ?
Je fronce les sourcils. Peeta s'inquiète de savoir si le repas me convient alors que je rêve de massacres. Nous ne pensons vraiment pas aux mêmes choses.
- C'est l'attitude des carrières qui ne me plaît pas ! Non, mais regardes-moi ce gâchis !
Je pivote sur mon siège, pointant du doigt la demi-tonne de nourriture qui git aux pieds des tributs du Un, du Deux et du Quatre.
- Katniss, tu parles…
Me retournant vers Peeta, je l'observe alors qu'il prend un air inquiet.
- Tu te rends compte ? Alors que nous autres n'avons même pas de quoi survivre !
Trahissant mon sentiment de colère, je crie presque. Cette dernière m'aveugle et je n'écoute plus Peeta qui parle un ton plus bas, maintenant. C'est alors qu'un raclement de chaise retentit, suivi de bruits de pas. Peeta arbore un air contrit, que je ne comprends pas, fixant un point derrière moi. Etant dos à la table des carrières, je ne comprends pas assez vite que j'ai parlé trop fort et attiré lesdits carrières. Me retournant le plus lentement du monde, espérant que je ne fais qu'un mauvais rêve, je me retrouve bientôt nez à nez –ou à torse- avec le tribut du Deux. Je me maudis intérieurement et déglutis avec difficulté.
- Alors comme ça on gâche la nourriture, district Douze ?
Désagréable au possible, Cato me crache presque au visage. J'hésite. Les autres se retournent vers nous, arrêtant de manger, certains quittant rapidement la salle, d'autres nous scrutant avec inquiétude. J'observe les Pacificateurs, postés à chaque coin de la pièce. Ils n'agiront pas tant que Cato ne m'aura pas au moins giflée. J'observe Peeta du coin de l'œil : ses deux sourcils forment à présent une unique ligne, signifiant son mécontentement. Je décide d'y aller au culot. Quitte à ce qu'il me frappe, autant écourter le suspense.
- Ouais, vous gâchez la nourriture.
Et dans un ultime espoir de défense, je croise les bras sur ma poitrine. Me relevant pour me mettre à sa hauteur, Cato ne cesse pas pour autant de me regarder de haut : il fait bien dix centimètres de plus que moi. La bataille va être rude. Cato hausse les sourcils. Serais-je la première à oser le défier ? Sa petite troupe prend un air outré et certains commencent même à s'avancer vers moi. Cato les arrête d'un geste du bras et ces derniers reculent de quelques pas. Je serre les dents, attendant un coup qui ne vient pas. Cato fait mieux : s'approchant de moi à pas lents, il tend le bras et attrape mon plateau. Je perçois son parfum : fort, il pique mon nez, me donnant envie d'éternuer. Il retourne le plateau sur la table, envoyant valser la nourriture, renversant mon verre d'eau qui vient éclabousser mes vêtements, brisant l'assiette en plastique. La fourchette en acier tourne sur la table pendant quelques secondes avant de se stopper : je l'observe. Peeta est resté stoïque, n'ayant nullement changé d'expression. Il regarde maintenant ma fourchette et nos regards se croisent durant quelques secondes. Il arbore un air choqué quand il comprend mon intention. Alors que la meute de Cato rit aux éclats, congratulant le mâle alpha, je saisis la fourchette et la cache dans mon dos. Qui aurait cru que je chercherais à me défendre avec une fourchette quand je sais me servir d'un arc ? Qui aurait cru que je me défendrais tout court ? Attendant mon heure, je sens Peeta s'agiter, derrière moi. Quelques secondes plus tard, il est à mes côtés. Cato se retourne vers nous, ne nous donnant pas l'occasion de discuter.
- Bah alors, on n'a plus rien à dire ?
S'approchant de moi, il affiche un air victorieux sur son visage. Ses yeux gris se plantent dans les miens. Je ne les lâche pas. Approche, Cato, approche. Il fait un pas de plus, n'appréciant pas du tout que je ne baisse pas le regard. Il regarde la table, maintenant, derrière moi et plisse les yeux. A-t-il remarqué l'absence de la fourchette ? J'en doute. Je m'écarte, lui laissant le passage libre jusqu'à ladite table. Un sourire victorieux fend son visage. Il apprécie mon geste. Peeta m'observe toujours, n'ayant que faire de Cato. Il secoue la tête, doucement, discrètement. Je m'en moque et alors que Cato tend le bras vers la pomme, sur la table, je brandis ma fourchette et lui plante dans la main. C'est à ce moment seulement que les Pacificateurs quittent leurs postes, faisant rugir leurs sifflets, accourant vers nous. C'est la cohue. Cato hurle et attrape sa main meurtrie, s'écroulant sur ma chaise, Clove se jette sur moi, tirant sur mes cheveux, Peeta l'attrape par la taille, tentant de la décoller, Marvel lui envoie son poing dans la figure, le faisant reculer. Je colle une gifle à Clove qui ne me lâche pas pour autant et continue de m'arracher les cheveux pendant que les fesses de Marvel rencontrent durement le sol. Les Pacificateurs ont du mal à ne pas se prendre une baffe perdue et semblent totalement dépassés. Cato crie toujours, arrachant ma fourchette et envoyant valser Clove, nous séparant brutalement. Sous le choc, je finis au sol. Cato s'approche, sa main pleine de sang s'avançant vers moi. D'instinct, je recule. Alors qu'il s'apprête à m'attraper par le col, une masse se jette sur lui et l'entraîne dans sa chute.
Paniquée, j'ouvre de grands yeux : Peeta vient d'envoyer promener Cato. Ils se trouvent maintenant tout deux au sol. Je ne donne pas cher de sa peau. En effet, il a le temps de se prendre deux, trois coups de poings avant qu'une horde de Pacificateurs n'entre dans le réfectoire. Clove tente une seconde fois de se jeter sur moi mais un Pacificateur a la bonne idée de l'arrêter. Après dix minutes de cris, de coups, d'insultes et de sang qui gicle, le calme –tout est relatif- revient. Un des Pacificateurs : sûrement le chef, sort un étrange appareil de sa poche : une sorte de boitier rouge, qu'il ouvre. Un hologramme apparaît : un autre homme. Il commence à raconter toute l'histoire, faisant de grands gestes, tournant l'appareil vers nous, de temps à autre, pendant que les subalternes empêchent encore Clove de m'arracher les yeux. Étrangement, Cato ne dit rien : il continue de regarder sa main d'un air désespéré. Bah, je suis persuadée que le Capitole a une pommade capable de résoudre ça. D'ici à quelques heures, son problème devrait être réglé. Les miens, par contre, ne font que commencer. En effet, quelques minutes plus tard, un homme habillé d'une toge de couleur pourpre s'avance vers nous au pas de course. Plissant le front, je m'attends au pire. Je me tourne vers Peeta, à côté de moi, qui l'observe avec un air étrange. Il me regarde enfin. Ses yeux bleus pâles trahissent son stress et je me demande s'il va être puni, tout comme moi. Haymitch ne va pas être content d'apprendre ce qu'il s'est passé. S'il n'est pas déjà au courant. Le Haut Juge comme on l'appelle, arrive à moitié essoufflé et nous regarde tous, ses yeux s'écarquillant à la vue de la main de Cato et du désastre régnant dans la pièce. Il s'adresse à nous :
- Mais enfin, que s'est-il passé ici ?! Vous avez jugé utile de commencer à vous battre avant l'arrivée dans l'arène ? C'est totalement proscrit, je vous rappelle !
Rapidement, le brouhaha reprend, chacun voulant expliquer sa version des faits. On me pointe d'un doigt accusateur, crie, me crache presque à la figure. Je reste silencieuse. A quoi bon tenter de mentir, de toute façon ? Je suis la seule et l'unique responsable. Je regarde à nouveau la main de Cato et ne peux m'empêcher de sourire. Ma foi, c'est bien fait pour lui ! Je suis assez fière de mon action : il se tiendra à l'écart, désormais. Enfin, au moins lors de l'entraînement.
- Ola ! Calmez-vous ! Un seul à la fois ! Toi, là, le petit blond, vas-y, explique moi.
Il pointe Peeta du doigt. Ce dernier est aussi silencieux que moi et baisse maintenant les yeux sur le lino gris. Je note dans mon esprit de le remercier, pour m'avoir sauvé la mise, quelques minutes plus tôt. S'il n'avait pas été là… Il soupire, relève la tête et commence :
- C'est de ma faute. C'est moi qui les ai provoqués.
Ouch. J'avale de travers et manque de m'étouffer. Il se moque de moi ? Hors de question que je le laisse me protéger de la sorte ! Je ne suis pas une de ces faibles qu'il faut absolument protéger. Je ne suis pas une enfant. J'assume mes actions. Peeta est obligé d'interrompre son récit pour m'aider à respirer un peu plus convenablement, me frottant le dos avec douceur. Il me sourit presque, profitant d'un moment d'inattention de la part des Pacificateurs pour mettre un de ses doigts sur sa bouche. Je fronce les sourcils. Pourquoi ? Je le regarde d'un œil alors que j'entends Clove pouffer. Elle aborde Cato et lui chuchote dans l'oreille. Je ne parviens pas à comprendre ce qu'elle dit, mais elle met rapidement fin à mes questionnements, claironnant :
- Bah alors, Joli Cœur, on protège sa petite amie ? Comme c'est mignon ! Vraiment, c'est adorable. Ca me donne pas mal d'idées, pour quand on sera dans l'arène. Je pourrais la tuer en première, histoire de t'achever moralement. Et je m'en prendrais ensuite à toi et...
Marvel se met à rire d'un rire gras et commence, donnant un coup de coude à la blonde, qui se met à rire également :
- C'est clair ! C'est ce que t'appelle une technique de drague, District Douze ? A voir la tête de ta copine, je doute que ça ai fonctionné.
Peeta sert les poings, profondément énervé, maintenant. Mettant fin à ces élucubrations ridicules, je reprends, les fusillant tous du regard :
- C'est faux ! C'est moi et uniquement moi qui les ai provoqués.
Blême, je suis toujours tournée vers Peeta qui fronce les sourcils, mécontent. A quoi joue-t-il, bon sang ? Il veut se faire tuer ? Ne jamais revoir sa famille fait partie de son projet de vie ? Si on peut parler d'un projet de vie…mon partenaire serre les poings.
- Allons, mettez-vous d'accord, les enfants ! On ne va pas y passer la nuit.
Je ne laisse pas le temps à Peeta de commencer que je réponds déjà :
- C'est ma faute.
- Parfait, c'est réglé, alors ! Les Juges en seront informés et je te conseille de te tenir à carreaux jusqu'à ce que la punition soit prononcée.
Là-dessus, le Haut Juge embarque Cato, qui se tient toujours la main et ordonne aux Pacificateurs de nous ramener dans nos appartements. Je baisse la tête, soulagée d'avoir pu faire comprendre au Haut Juge que Peeta n'avait rien à voir là-dedans, et quelque peu troublée. Je vais être punie. Quelle punition réserve-t-on aux gens comme moi ? A ceux qui enfreignent les lois du Capitole. Vais-je me faire décapiter ? Non, ils ont encore besoin d'un tribut féminin pour le Douze. Je suppose alors qu'ils me le feront payer dans l'arène. Je jette un coup d'œil à Peeta, silencieux, dans l'ascenseur. Ce dernier a le rose aux joues, sert encore et toujours les poings et ne m'adresse pas le moindre regard, bien que je cherche le sien. Pire, il détourne la tête, ne me laissant voir que l'arrière de son crâne. J'aimerai lui demander ce qu'il lui a pris, de s'accuser de cette façon, mais un Pacificateur se trouvant avec nous, j'estime que ce n'est pas vraiment le moment de nous étaler à ce sujet. Tant pis, je lui demanderai plus tard. Le ding retentit et Peeta sort en trombe de la cabine, se dirigeant à grands pas vers sa chambre, la mâchoire crispée, ne prêtant pas attention à Haymitch, assis dans un canapé le verre à la main qui le –nous- regarde d'un œil mauvais. Je sors à pas lents de l'ascenseur et m'approche de lui. La porte de Peeta claque. Ce serait plutôt à moi, d'être en colère ! Peeta vient de me prendre pour une faible, pour une petite fille qui fait un caprice et qu'on doit protéger à la moindre bêtise.
- Mais enfin, Katniss ! Qu'est-ce qui vous a pris ?! Provoquer une bagarre ? Avec les Carrières, en plus ! Tu es devenue folle ? Tu ne comprends pas le sens de « se tenir à carreaux » ? Serais-tu bête au point de signer ton arrêt de mort avant même d'avoir tenté de te battre ?
Je soupire et m'écroule dans le canapé, face à lui, les yeux dans le vague. Il me regarde, complètement désespéré. J'inspire profondément et commence, ne m'arrêtant à aucun moment :
- C'est moi qui ai provoqué les Carrières. Ils gâchaient la nourriture. Vous vivez dans le même district que le nôtre, Haymitch, non ? Vous savez combien c'est dur, pour ceux de la Veine, pour les gens comme moi, de se procurer ne serait-ce qu'un quart de ce qu'ils ont. Je me suis énervée. Et ça a mal tourné, voilà. Vous savez ce que l'on me réserve ?
Haymitch pose son verre et prends soudain un air très sérieux.
- Je comprends ta réaction, Katniss. Mais ce n'était pas une chose à faire. Qui sait ce que les Juges peuvent te réserver, maintenant ? Tu pourrais très bien te faire dévorer par des mutations, te faire écraser par un rocher, te noyer dans une inondation soudaine, brûler vive dans un feu de forêt…-je prends un air dégoûté, réalisant ce qui m'attend-…comme tu pourrais gagner.
Je relève la tête et arrête de caresser le tissu du canapé. Est-il sérieux ?
- Les Juges veulent des tributs avec du caractère. Te battre avec les Carrières, alors que tu viens du Douze, le district le moins reluisant, et blesser le tribut mâle du Deux, juste avec une fourchette, ça t'a fait passer pour une combattante. Ce que tu es peut-être, ma foi.
Il me fait un clin d'œil, soudain rassurant.
- Bah et puis…s'ils avaient vraiment voulu te punir, ne devraient-ils pas déjà être là ?
Exaspérée, j'hausse les épaules alors qu'il s'adosse à son fauteuil, reprenant son verre, jouant avec les glaçons. Je les observe se rencontrer et glisser, provoquant un joli tintement. De mémoire d'habitante de Panem, je n'ai jamais vu de tribut se faire punir autrement que dans l'arène, de toute façon. Que pourrais-t-on me faire, ici ? Me priver de dessert ? Cette discussion avec Haymitch m'a ragaillardie : il sait ce qu'il dit. Si les Juges savaient comment me punir, la sentence serait déjà tombée. Or, ce n'est pas le cas. Peut-être hésitent-ils encore ? Un bruit de couverts que l'on installe se fait entendre et je me retourne, tout comme Haymitch, vers la table de la salle à manger, qui, comme par magie, est pleine à craquer de nourritures. Je n'ai même pas entendu le moindre froissement de tissu.
- A table ! A table !
Malgré notre conversation on ne peut plus déprimante, Haymitch, visiblement affamé, se frotte le ventre et me fait signe de venir m'asseoir. Je décline l'invitation, désireuse de me nettoyer avant. Il hausse les épaules et reporte son attention sur les victuailles, marmonnant. Je me dirige vers ma chambre à pas lents. Arrivée devant ma porte, j'hésite, un œil sur la poignée de la chambre de Peeta. Je soupire. Devrais-je aller m'expliquer ? Non, pourquoi faire ? Cette mini-bataille n'était que la mienne. Il n'a rien à voir là-dedans. Et quand bien même serait-il autant impliqué que moi, je vois mal l'intérêt de passer du temps avec Peeta. Certes, l'intention d'en faire mon allié ne me quitte pas : Peeta est fort, aimable, gentil et très intelligent. Mieux vaut l'avoir dans mon camp que de le voir dans le camp ennemi. Mais est-ce vraiment la seule raison qui me pousse à vouloir faire confiance à Peeta ? Un grand bruit retentit, dans sa chambre et je sursaute, vexée de réfléchir sur des choses aussi peu…utiles, dans mon cas. Je fixe le bois sombre de ladite porte, à mi chemin. Devrais-je entrer ? Voir ce qu'il se passe ? Les sens aux aguets, j'écoute : du verre qui se brise, un objet lourd tombe au sol, du tissu que l'on déchire, un nouveau bruit de verre…Un énorme craquement se fait entendre, suivi d'un cri de rage : ce dernier ressemble plutôt à un grognement de bête, comme celle que j'aperçois, parfois, dans mes bois. A peine en aperçois-je une que je fais demi-tour : ces monstres font bien deux mètres, une fois dressés sur leurs pattes arrières, ont des yeux sombres, un pelage noir et chaud, et des griffes aussi grandes que mes doigts. D'instinct, je recule, dos à ma porte. Je tente de me faire aussi discrète que possible en ouvrant cette dernière et en la refermant. Une fois seule, dans ma chambre, j'inspire profondément. Mon partenaire ne m'a pas l'air d'excellente humeur. Serais-ce de ma faute ? La bagarre que j'ai provoquée ne doit pas plaire aux sponsors de Peeta. J'ai peut-être, sans vraiment y réfléchir, mis des bâtons dans les roues du boulanger. Je fronce les sourcils, entrant dans ma douche. Mes réflexions m'empêchent de vraiment profiter de l'eau chaude et revigorante. Exaspérée, je secoue la tête, refusant de penser une seconde de plus à ses absurdités. Advienne que pourra ! Je vais agir de manière naturelle et tout se passera…comme cela se passera.
Enfilant des vêtements propres, je constate qu'il est près de 20h. Le repas doit déjà avoir commencé. Sortant dans le couloir, je tends l'oreille, guettant un bruit, un mouvement, une respiration…mais rien ne me parvient. J'espère qu'il n'a pas fait de bêtises…cela contrarierait mes plans. L'oreille quasiment collée à la porte, je ne vois pas le coup venir : la porte s'ouvre rapidement, me faisant bondir en arrière. Peeta, dans l'embrasure de la porte me sonde, une main sur la poignée, imperturbable. Gênée, je détourne le regard vers l'intérieur de sa chambre : une tornade semble y être passée, tout est sans dessus-dessous, les lampes sont à terre, des éclats de verre gisent de ça, de là, la fenêtre est grande ouverte, agitant les rideaux oranges, seuls parcelles de la pièce que mon partenaire ne semble pas avoir touchée. J'agrandis mes yeux. Peeta toussote et ferme la porte, m'empêchant d'admirer quelques secondes de plus le carnage. Peeta qui s'énerve…ce doit être…assez effrayant. Soudain, l'envie d'en faire mon allié se fait plus pressante : qui sait ce qu'il pourrait me faire, s'il me tombait dessus, à moitié affamé et déshydraté ? Je repense immédiatement à l'image de la bête de ma forêt. Peeta y ressemble plus que ce qu'il y paraît. Je sais, pour l'avoir déjà vu, que ces animaux sont très calmes, lorsqu'ils sont seuls ou accompagnés de leurs petits. J'ai même eu à de nombreuses reprises, dans ces moments-là, l'envie de glisser mes doigts dans leur fourrure brillante.
- Qu'est-ce que tu faisais ?
Sa voix chaude et douce contraste avec le désastre que je viens d'apercevoir dans sa chambre. J'hésite. Pas question de lui dire que je le croyais mort.
- Je voulais savoir si tu venais manger.
Il hausse les sourcils, visiblement peu convaincu, mais ses yeux semblent s'éclairer. Je mens très mal, c'est un fait.
- Oui, je viens manger.
Souriant doucement, il me scrute. Je lui souris à mon tour, le plus sincèrement possible. Il me fait un signe du bras, m'indiquant le signal du départ. Nous nous avançons donc, silencieusement, dans le couloir, avant d'arriver dans la salle à manger déjà en effervescence. Effie parle toujours aussi fort, ravie de nous voir enfin, Haymitch s'empiffre tout en essayant de communiquer, Cinna et Portia se tournent à peine vers nous, trop occupés à dessiner sur la nappe d'un blanc autrefois immaculé. Je me demande ce qui presse autant qu'on n'ai pas le temps de demander une feuille de papier pour l'écrire. Peeta s'avance, s'assoit et commence à parler chiffon avec un Cinna visiblement ravi. Discrète, je m'assoie à ma place, me sers et mange tranquillement. Effie ne me jetant pas de regards assassins, n'ayant pas hurlé à la mort en m'apercevant, j'en déduis qu'elle ne doit pas être au courant de ma petite incartade. Tant mieux, j'en aurais entendu parler pendant des jours, sinon. Haymitch sirote un verre d'alcool alors que je déchiquète un morceau de pain, le mangeant consciencieusement, jusqu'à la dernière miette. Peeta me jette quelques regards, de temps en temps, quand il ne regarde pas en direction de l'ascenseur. Pense-t-il que les Juges vont débarquer ici pour me faire la morale ? J'en doute. Ils n'ont tenu informé que notre mentor, cela doit vouloir dire qu'ils ne veulent pas ébruiter l'affaire. Tant mieux. Quoiqu'ils me fassent, ce sera forcément dans l'arène : ils ne prendraient pas le risque de m'amocher salement avant que je ne passe à l'écran. Haymitch se lève soudain, mettant fin à mes pensées. Annonçant qu'il est « grand temps pour les enfants d'aller se coucher », il nous met quasiment à la porte. Y aurait-il quelque chose que nous ne devrions pas entendre ? J'espère qu'il n'a pas l'intention de leur parler de ma conduite lors de l'entraînement…
- Tu viens ?
Je lève les yeux vers un Peeta tout sourire. J'ai du mal à croire que l'homme que j'ai en face de moi puisse mettre à sac sa chambre avec autant de virulence. A sa manière d'agir, je devine qu'il ne sait pas que je l'ai entendu hurler de rage, un peu plus tôt. Je me demande soudain ce qui a pu provoquer une telle fureur, chez un jeune homme d'apparence aussi calme. Peeta patientant toujours pour ma réponse, j'hoche la tête, la gorge sèche. Je lui demanderai bien, mais mon instinct semble penser que je ne devrais pas. Je ne devrais pas me mêler de ce qui ne me regarde pas. Et, de toute évidence, les états d'âme de Peeta ne me concernent pas. Il attend que je fasse un pas dans le couloir sombre pour s'avancer à son tour. Dans le silence qui règne, nous n'entendons quasiment pas le bruit de nos pas, étouffés par la moquette épaisse. C'est donc dans ce silence de mort que je rejoins ma chambre, après que Peeta, poli mais désireux de ne pas rompre le calme ambiant, m'ai adressé un bonne nuit discret. Je lui souris gentiment et lui souhaite de passer une nuit calme. Il attend que je sois entrée dans ma chambre avant d'ouvrir sa porte, ne voulant sûrement pas étaler le désastre qui y règne. Quoique je doute qu'il y ai encore quelconque désordre. Un Muet, un de ces serviteurs à notre disposition, a dû passer pour nettoyer ce massacre. Une fois changée, je me glisse sous les draps, exténuée. Cette journée a été catastrophique : je suis arrivée en retard, j'ai provoqué une dispute phénoménale et Peeta s'est accusé à ma place sans même sourciller. Comme si c'était totalement normal. D'où vient ce soudain dévouement ? Me retournant pour la énième fois, je cogite, mon esprit tourmenté par un milliard de questions sans réponses : Pourquoi s'être accusé ? Pourquoi m'avoir couverte ? Pourquoi est-il aussi gentil ? A-t-il le même projet que moi ? Celui de s'allier à moi ? Et surtout, qu'est-ce qui a bien pu énerver le doux Peeta au point d'envoyer valser son bureau ?
Que de questions, que de questions, Katniss.
J'espère qu'elle ne vous aura pas trop soûlé avec ses questions à deux balles.
N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez !
Oh et...le chapitre suivant n'est même pas encore prêt. Quelle honte.
Non, mais histoire de raconter ma vie, j'ai regardé Detention, récemment -merci, PeetaPower, pour l'idée- et...je trouve ça vachement bien ! Bon, d'accord, le thème est complètement délirant -vous avez déjà vu Cendrillon tuer des ados ? Non ?- et improbable, mais...j'aime beaucoup.
