La journée fut longue – ce qui était plutôt rarissime, à Poudlard. Eileen avait le moral dans les chaussettes : elle ne savait plus du tout sur quel pied danser avec Severus, et elle se blâmait pour toute la complexité de cette situation.

En y repensant, le sorcier n'avait jamais fait montre de malveillance à son égard. Il était exigeant, cinglant, sarcastique, distant – mais jamais malfaisant. Au contraire, leurs accrochages passés avaient toujours eu comme fondement commun l'imprudence de la jeune femme.

Il devait bien regretter leur rapprochement, maintenant qu'elle lui avait fait une véritable scène. Eileen lança un sortilège de détection sur le chemin qui menait à l'école, tout en secouant la tête, honteuse d'elle-même : elle s'était comportée comme une gamine amourachée à qui l'on aurait brisé les rêves d'avenir.

Comment pouvait-elle rattraper le tir, désormais ? Le pouvait-elle seulement ? Il risquait de vouloir prendre ses jambes à son cou – il était presque surprenant qu'il ne lui ait pas, à l'issue de leur dispute, effacé la mémoire pour de bon.

Eileen regagna l'intérieur de l'école à 10h, afin d'assister discrètement au duel entre Severus et Viktor Krum. Ce dernier ôta sa cape avec un panache presque théâtral – et son regard, semblait mauvais.

Pourtant, Severus le mit au tapis en moins de cinq minutes. Il laissa le jeune homme lui lancer quelques sortilèges standard, qu'il évita avec adresse, puis il lui retourna un Expelliarmus et un Stupefix parfaitement impossibles à intercepter, qui firent leur office.

Tout le monde applaudit cette performance, y compris Arianna Grindelwald, qui se leva et descendit des gradins d'un air fier, allant à la rencontre des deux combattants.

Elle déclara quelque chose qui fit rire tout le monde, mais qu'Eileen n'entendit pas. Puis la jeune sorcière ressortit discrètement, reprenant machinalement son travail de vérification des sortilèges de protection du château. Maintenant qu'elle avait le sentiment de l'avoir irrémédiablement déçu, elle trouvait Severus plus attrayant que jamais. Il était puissant, brillant, prudent, réfléchi… Eileen se maudit de ne pas avoir plus longuement considéré ses qualités, avant de lui rentrer dedas. Le cœur humain était décidément bien stupide.

Elle passa tellement de temps à ruminer ses idées noires qu'elle fit au moins sept fois le tour du château, jetant des formules défensives diverses et variées – et c'est presque par hasard, qu'elle découvrit une brèche capitale, dans les défenses de l'école.

Le pont arrière, qui menait à la forêt interdite, avait visiblement été détruit puis réparé à la va-vite, et tenait grâce à un sort d'indestructibilité. Incidemment, ce même sort empêchait tout autre sortilège – y compris un sortilège de protection de l'enceinte de Poudlard – d'y être apposé.

En outre, personne ne pouvait détruire le pont – mais tout le monde pouvait le traverser pour forcer les portes-arrières de l'école. Eileen essaya de lever le sortilège d'indestructibilité, mais il lui résista. Elle vérifia que personne ne l'observait, puis remonta ses manches, se concentra, et libéra toute sa puissance, entonnant une formule destinée à libérer le pont de tout enchantement – hélas tout à coup l'image d'un petit hybride, mi-elfe, mi-oiseau, lui envahit l'esprit, et elle du tout arrêter, gémissant de souffrance.

Elle leva un regard impuissant vers le ciel, interrogeant en silence « Sérieusement ? C'est quoi le rapport entre les souvenirs cachés de mon enfance, et ce fichu pont ? ». Puis elle secoua la tête, essaya deux ou trois autres approches différentes qui échouèrent toutes, et finit par se résoudre à aller en parler au Professeur McGonagall.

Au grand soulagement d'Eileen, Minerva s'arrêta dans son occupation et se montra particulièrement attentive à cet élément d'information :

- Et vous n'avez pas réussi à lever ce sortilège d'indestructibilité ? Demanda-t-elle, surprise.

- J'ai essayé une dizaine d'approches différentes et autant d'énergie possible – en vain, avoua Eileen.

- Et Severus, qu'a-t-il dit ?

Eileen rougit légèrement :

- Je… Je lui en ai pas parlé.

- Et bien faites-le, expédia le Professeur McGonagall, comme si la solution était désormais d'une évidence déconcertante. Et qu'il résolve ce problème dans les plus brefs délais, l'enjoignit le Professeur McGonagall. Nous ne pouvons pas nous permettre un tel manquement à la sécurité, certainement pas dans le contexte actuel.

La jeune femme retint un froncement de nez. Elle aurait préféré se jeter du haut des remparts plutôt que d'aller à nouveau trouver Severus Rogue en cette journée, et surtout pas pour lui demander un service.

- Je peux peut-être demander aux autres professeurs, le Professeur Rogue a l'air… Débordé, se surprit-elle à suggérer à voix haute.

Minerva lui servit un coup d'œil par-dessus ses lunettes :

- Je tiens à ce que cela soit réglé par Severus en personne – et dès ce matin. Veillez-y, je vous prie.

Eileen faillit lui répondre « Vous, veillez-y donc ! », mais elle se contenta de lui servir un sourire approbateur, puis repartit sans mot dire, d'une démarche raide et lente. Elle se traîna laborieusement jusqu'à la salle de défense contre les forces du mal, désormais une des deux arènes principales des duels à venir, et fit demi-tour dès qu'elle le vit.

Il donnait des instructions à Rusard et Jones – par chance, il lui tournait le dos. Mais rien que sa silhouette, était déjà insoutenable à approcher. Eileen avait désormais trop honte d'elle-même et était trop mal à l'aise en sa présence, pour revenir vers lui de si tôt.

La jeune femme revint sur ses pas, puis s'arrêta et s'adossa contre un mur, tournant dans sa tête la meilleure approche possible. « Professeur Rogue, le Professeur McGonagall aimerait que vous vérifiez le pont extérieur ». Elle n'aurait qu'à repartir en vitesse pour lui signifier qu'il ne s'agissait pas là d'une tentative pour renouer le contact, mais bien d'une directive sérieuse. Elle se répéta cette phrase trois fois de suite, puis y retourna – hélas, Severus était désormais avec Arianna Grindelwald.

Cette dernière bascula la tête en riant – avait-il donc fait une blague ? Improbable. Puis elle passa le bras dans son coude et l'entraîna avec elle vers un groupe de robes bleues.

« Elle le touche », pensa Eileen, sentant une pointe de jalousie pousser à vue d'œil dans son cœur et son esprit.

La jeune sorcière expira de façon colérique puis elle retourna elle-même au pont, bien décidée à briser le sortilège toute seule. Après tout, elle n'avait besoin de personne. Elle se moquait bien de savoir qui était cette créature de son enfance, elle se moquait aussi de savoir si Grindelwald était son grand-père : tout ce qu'elle voulait, c'était libérer ce fichu pont pour pouvoir protéger l'enceinte de l'école !

Elle se concentra et attaqua violemment les planches de bois ancestrales, leur sommant de rendre leur sortilège d'origine. Elle s'entêta pendant près d'une heure – mais rien n'y fit.

A bout de forces, en sueur, la jeune femme alla se poser sur un rocher, observant le pont d'un air défaitiste qui était une grande première. Jamais encore quelque chose ne lui avait résisté à ce point. Pas même les tombeaux les plus violemment fermés d'Egypte ancienne !

L'heure du déjeuner sonna à la grande horloge, et Eileen soupira : elle n'avait plus le choix. Elle se releva, un peu vacillante, et regagna l'intérieur de l'école, à la recherche de Severus Rogue. Elle le trouva désormais au milieu d'une réunion, encerclé de robes bleues – assis aux côtés d'Arianna Grindelwald. Il obtempérait parfois, signifiant sa plus grande concentration. Eileen ferma les yeux, se maudissant de sa malchance, mais s'avança, espérant qu'il la repérerait rapidement.

Hélas, ce fut Grindelwal qui la vit la première. Les deux jeunes femmes échangèrent un long regard – qui faillit finir par faire partir Eileen – et enfin, Severus sembla se rendre compte de la connexion, car il tourna la tête vers elle.

Son regard lui envoya à la fois une certaine surprise, et une mise en garde évidente – il sembla même à Eileen déceler un soupçon d'agacement. Le sorcier reporta ensuite son attention sur Jones, qui présentait un cas concret de débordement des règles de duel, et il fit un commentaire.

Grindelwald, elle, continuait à fixer Eileen. Cette dernière se demandait comment quelqu'un pouvait ainsi soutenir le regard d'autrui aussi longtemps – elle n'avait donc aucune politesse, aucune empathie ?

McNamara resta un instant à attendre dans le couloir qu'il sorte, mais il ne le fit pas, et elle décida d'aller déjeuner : son stock d'énergie était au plus bas. Elle allait défaillir si elle ne mangeait pas quelque chose – et cela serait la pire des humiliations.

Eileen fronça le nez en voyant la silhouette du Professeur McGonagall entrer dans la même salle de restauration. Heureusement, cette dernière discutait d'un ton animé avec Viktor Krum et le nouveau Directeur de Beau-Bâton. Avec un peu de chance, elle ne lui demanderait pas de nouvelle immédiate du pont.

McNamara se trouva un coin un peu isolé, et s'assit avec un soupir fatigué. Elle venait tout juste d'attaquer son repas qu'une silhouette s'approcha d'elle. La jeune femme releva la tête et se figea.

- Je peux me joindre à vous ? Proposa Arianna Grindelwald, d'un ton tellement confiant et courtois qu'il aurait paru impossible de le lui refuser.

Eileen acquiesça en silence, sentant son estomac se nouer. La superbe créature prit place avec aisance. Sur son plateau repas : deux entrées, une large part de lasagne, plusieurs variétés de salade en accompagnement, des fromages, et deux desserts.

Eileen aurait pris cinq kilos rien qu'avec ce repas.

- Nous nous sommes déjà rencontrées ? Demanda Arianna en attaquant ses entrées avec toute la spontanéité du monde.

- Pas que je me souvienne, répondit Eileen.

C'était la réponse la plus honnête qu'elle pouvait lui servir, compte tenu de ses tendances amnésiques.

- Depuis combien de temps travaillez-vous à Poudlard ?

- Bientôt cinq mois.

- En tant que Professeur des Potions, c'est cela ? S'amusa Arianna.

- Oui.

- Et quel genre de mentor est le terrible Professeur Rogue ? Poursuivit Grindelwald d'un ton ironique. C'est probablement l'homme le moins patient et le plus tranchant de toute l'histoire de la Magie !

- Je le trouve plutôt patient, à la vérité. Il a juste tendance à réagir assez abruptement, face à l'incompétence.

Arianna, qui buvait une gorgée d'eau, lui servit un regard pétillant :

- Comme c'est habilement formulé. Je comprends que vous ayez réussi à percer sa carapace. Vous êtes toujours aussi honnête ?

- Autant que faire se peut, répondit Eileen, quoique perturbée.

- Vous ne mangez pas ?

Eileen remarqua qu'elle n'avait, en effet, pas encore touché à son plateau repas. Elle attaqua sa salade avec automatisme. Puis, au bout d'un silence qui lui parut gênant, elle se poussa à demander :

- Et vous, depuis combien de temps travaillez-vous à Dursmtang ?

- J'y ai enseigné pendant six ans sous une fausse identité. Puis j'ai décidé de révéler mes origines à Karkarov et Krum l'année passée, à la suite de quoi je me suis lancée sur un projet annexe au Ministerium. Désormais j'officie en tant qu'assistante en maléfices à l'Ecole, et conseillère en règlementation sur les arts obscurs, au Ministerium.

McNamara obtempéra pensivement. Puis Arianna reprit :

- Severus dit que vous avez un niveau en sortilèges de défense tout à fait satisfaisant. Venant de sa part, cela équivaut à une déclaration d'amour, plaisanta Arianna. J'aimerais beaucoup vous affronter, dans un duel amical. Qu'en pensez-vous ?

Eileen observa la jeune femme d'un air perdu. Puis elle dit :

- Je ne sais pas si c'est une bonne idée.

- Pourquoi cela ?

- Je… Suis terriblement mauvaise en duels. Ma spécialité, c'est les Maisons Hantées, les Sarcophages, les cités interdites… J'ai une très faible endurance. Rien que jeter les sortilèges de protection sur l'enceinte de l'école ce matin, m'a épuisée… Je crains que le combat ne soit pas à armes égales.

- Allons, la taquina Arianna. Je vous promets d'y aller doucement.

La fierté personnelle d'Eileen lui envoya un petit pic dans l'estomac, la contraignant à relever le défi :

- Alors si vous le promettez… Sourit-elle d'un air faussement rassuré.

- Haaaaa, voilà qui est parlé, s'enchanta Grindelwald. Disons demain ?

- Entendu, se força à répondre Eileen.

- Fabuleux, déclara Arianna en se levant de table. Bonne fin de déjeuner !

Puis elle repartit avec son plateau repas, encore à moitié plein, et alla s'asseoir à la table du Professeur McGonagall. Celle-ci était déjà complète, mais Arianna leur servit son plus beau sourire en attrapant une chaise annexe, qu'elle apporta avec elle – et ils durent se décaler pour lui faire place.

Eileen secoua la tête : « Quelle femme », pensa-t-elle, presque plus admirative que jalouse. Elle ne faisait, clairement, pas le poids. Elle finit tranquillement son repas léger, alla débarrasser son plateau, et ressortit.

Son ventre était désormais rempli, mais ses jambes étaient encore frêles, et elle se sentait encore un peu patraque. Pourvu qu'elle récupère rapidement des forces, sinon elle allait se faire mettre en pièces au duel du lendemain…

Elle chercha Severus, et le trouva à la bibliothèque avec Jones et une poignée de robes bleues – sans surprise. Cette fois-ci, elle s'avança avec moins d'hésitation : elle tenait à peine debout et n'avait plus ni la force, ni l'entrain de jouer au chat et à la souris. Le sorcier sembla comprendre que sa visite était sérieuse, car il se leva :

- Excusez-moi, fit-il auprès de leurs visiteurs.

Eileen attendit qu'il la rejoigne, s'adossant à une étagère :

- Je suis désolée de vous déranger, mais j'ai rencontré un problème avec le pont de l'aile Sud. J'ai renforcé les sortilèges de toute l'école, mais le pont est couvert d'un sort d'indestructibilité, qui empêche la pose d'un sort de défense aux portes de l'école. Le Professeur McGonagall aimerait que vous vous en occupiez dès que possible…

Severus l'observa d'un air indéchiffrable, et contre toute attente, il demanda:

- Vous êtes souffrante ?

La jeune femme sentit un petit nuage de chaleur se répandre dans son cœur et dans son ventre, touchée qu'il semble s'en inquiéter. « Tout n'est peut-être pas perdu », songea-t-elle. Elle lui servit une mimique un peu auto-dérisoire:

- J'étais convaincue qu'en y allant franchement, le sortilège du pont finirait par céder. Une magistrale erreur de jugement.

Le sorcier fronça légèrement les sourcils, surpris :

- C'est ce qui vous a tant affaibli ?

Eileen prit une brève inspiration et obtempéra en silence. Severus sembla encore en douter, car il soupçonna, d'un ton légèrement accusateur :

- Vous avez encore essayé de vous souvenir, n'est-ce pas ?

- Non, assura-t-elle avec douceur, un petit sourire triste sur les traits tandis qu'elle secouait lentement la tête. Enfin… Quand j'ai essayé de briser le sort du pont par une incantation un peu personnelle, des fragments de souvenirs sont revenus et ont bloqué ma magie, mais… Ce n'était pas intentionnel.

Severus sembla la croire, car il déclara :

- Nous reparlerons de ces souvenirs plus tard. Qui d'autre est au courant du défaut de protection du pont ?

- Seulement le Professeur McGonagall. Vous, et moi.

- Bien, dit le sorcier d'un ton adouci. Je vais m'en occuper.

Et il partit. Avant même qu'Eileen n'ait eu le temps d'en décider ainsi, elle lui révéla d'un ton las :

- Arianna m'a lancé un duel, pour demain.

Severus pila net, et il revint vers elle avec une expression légèrement alarmée :

- Vous avez décliné ? Demanda-t-il, d'un ton qui laissait entendre que seule cette option était envisageable.

- En premier lieu, oui, mais… (Elle grimaça) Elle a tourné ça de telle sorte qu'il a été difficile de fuir d'avantage.

Le sorcier lui attrapa l'avant-bras, avec plus de douceur que jamais, et il l'entraîna un peu plus loin dans les rayonnages, là où ils seraient désormais totalement à l'abri des regards :

- Je ne veux pas, de ce duel, déclara-t-il tout bas.

Eileen haussa des sourcils légèrement surpris, quoi que charmée de cette implication :

- Il ne m'enchante pas non plus, confessa-t-elle, de son intonation fatiguée.

- Vous voyez pourquoi elle vous a proposé cela, n'est-ce pas ? Arianna est une duelliste redoutable, elle vous poussera dans vos derniers retranchements et vous fera ficher.

- Ou alors, ironisa doucement Eileen, elle me collera une raclée encore plus rapide et spectaculaire que celle que vous avez servi à Krum ce matin.

Un éclair de satisfaction sembla traverser les prunelles de Severus, mais il se ressaisit aussitôt :

- Vous devez vous rétracter.

- Cela me parait délicat désormais… Compte tenu de son insistance, cela laisserait à penser que j'ai des choses à cacher.

Severus prit une brève inspiration tout en fixant un point dans le vide, visiblement en pleine réflexion. Puis il lui servit à nouveau un coup d'œil de mise en garde :

- C'est une mauvaise idée, insista-t-il.

- Je suis d'accord, souffla Eileen.

Le sorcier l'étudia encore un instant, puis il céda :

- Montez vous reposer. Immédiatement – je ne veux plus vous voir de la journée. Et, plus du tout, de magie, jusqu'à demain. A quelle heure est ce duel ?

- Surprise… Ironisa Eileen dans un murmure pas franchement ravi.

- Evidemment.

Un membre des Nations Magiques Unies passa soudain non loin d'eux, la mine plongée dans les ouvrages environnant.

- Je vais demander à Sibylle si elle peut me remplacer et aller placarder les règles d'accès à l'Ecole en raison des Tournois, à Pré-au-lard, et je vais aller dormir, en conclut Eileen.

- Oui, murmura Severus.

Ils échangèrent un dernier regard, et finalement, Eileen sentit à nouveau poindre leur passive mais naturelle connivence. Elle retint de justesse un petit sourire, et les deux se séparèrent.

Sybille Trelawney était une femme tout à fait remarquable. Au sens propre du terme : ses cheveux frisés blonds-roux-blancs étaient tellement touffus, qu'ils lui donnaient l'apparence d'une plante méditérannéenne - quant à ses énormes lunettes loupes, elles lui prenaient la moitié du visage. Pour ce qui était du reste, ses vêtements étaient toujours très amples, savant mélange de modes mystiques et baba-cool.

Eileen l'adorait.

Elle frappa à la porte de son bureau, et la voyante, qui avait les mains plongées dans une sorte de bouillie obscure, releva la tête dans un sursaut. Elle plissa les yeux puis dit :

- C'est vous, Eileen ?

- Hello Sybille, sourit la jeune sorcière en entrant.

- Vous êtes malade ? Demanda aussitôt Trelawney d'un ton prudent, en avisant la pâleur de son visage. Ne vous approchez pas si c'est le cas, je sors d'une grippe terrible, par la barbe de Merlin j'ai bien cru que ma dernière heure était arrivée, même Madame Pomfresh a reconnu que mon état de santé était fort peu solide !

Eileen, qui savait que Sybille se déclarait mourante à peu près deux fois par mois, lui sourit avec douceur :

- Je ne suis pas malade, je suis juste épuisée car j'ai trop forcé sur la magie ce matin. C'est pourquoi le Professeur Rogue m'envoie en repos forcé, et c'est pourquoi, je me demandais si vous pourriez me remplacer et placarder les annonces du Tournoi à Pré-au-Lard, cette après-midi ?

- Et pourquoi ne pouvez-vous pas vous en occuper vous-même et attendre ce soir pour dormir ? Demanda la voyante avec tout le naturel du monde. Ce n'est pas très fatigant, d'accrocher des papiers sur des murs ! Grimaça-t-elle ensuite, en retournant à la contemplation méditative de sa bouillabaisse.

- Arianna Grindelwald m'a lancé un duel, demain, expliqua Eileen avec un soupir fort peu enjoué.

La voyante se figea et tourna lentement la tête vers elle :

- Ha ! Cria-t-elle soudain dans un grand sourire qui illumina toute sa mine. Voilà qui va être intéressant. (Puis d'un ton à nouveau formel) Montez vous reposer, je m'occupe de ces affiches.

- Merci Sybille… S'amusa Eileen.

Et elle retourna au dortoir, s'enferma dans sa petite cabane, s'apposa un sortilège d'insonorité, et s'endormit en moins de cinq minutes.