Orellia: Et oui, faudrait écrire un manuel sur la vie des playboys trop friqués x)

Chapitre 6 : Talons aiguilles

Je me réveillai avec un affreux mal au crâne, chose qui me donna dès lors envie de m'arracher la tête. Grognant, je remuai dans ma couverture, avant de rouler sur le côté. Et de tout simplement tomber entre ma table et mon canapé, sur un coin de moquette. Fronçant les sourcils, la vision encore trouble, je finis par comprendre que je ne m'étais pas endormie dans ma chambre, mais à l'endroit exact où Rufus Shinra m'avait abandonné la veille. Sur mon canapé, une tasse de thé vide posée sur ma table, encore vêtue. Avec l'impression désagréable de me réveiller d'une sacré cuite, alors que je digérais juste un méchant coup de froid.

Lentement, et avec une grâce phénoménale, je me redressai en titubant, une main sur la tête, les yeux mis clos. Saisissant ma tasse de thé d'un air plus que maussade, je trottinai jusqu'à la cuisine pour la poser dans l'évier. Avant que mes yeux ne manquent de sortir de leurs orbites pour rouler par terre en voyant l'heure qu'il était. Ma pendule me décrocha la mâchoire, et même les bras. Il était plus de 10h. Et j'embauchai tellement plus tôt que je déglutis violemment en réalisant mon immense retard. Et la tête qu'il devait tirer, tous, au bureau. Cela ne m'arrivait jamais. A aucun moment je n'avais eu ne serait ce qu'une seule minute de retard. Et là, boum, des heures entières.

Sans attendre une seconde de plus, je me jetai dans le couloir avant d'agresser mon armoire pour en tirer des vêtements. Me ruant par la suite dans la salle de bain, je me peignai en quatrième vitesse, tout en me brossant les dents et me lavant le visage. Je ressemblais d'ailleurs vaguement à un déterré. Enfin, pour le charisme, je reverrais. Je n'avais en aucun cas le temps de me faire une beauté complète. Et puis, de toute façon, je n'allais pas non plus me déhancher en gala, j'allais juste bosser. Et puis, comme ça, cela ferait peut être ravaler son envie de m'approcher à Rufus Shinra. Rufus dont l'intervention de la veille m'avait néanmoins laissé sceptique. Alors, je ne savais plus vraiment s'il devait remonter dans mon estime. Peut être un petit peu.

La minute d'après, je sautai dans ma voiture, stoppant tout conflit intérieur naissant, avant de rouler comme une dingue jusqu'à mon entreprise. Jamais le chemin ne m'avait semblé aussi long, pas même la veille. Et malgré toute la volonté que j'y mettais, je ne parvenais pas à pousser plus loin cette fichue pédale d'accélération. C'est donc avec une joie immense que je vis apparaître devant moi l'immense bâtiment Shinra. Sans plus attendre, je me garai à ma place d'employée, avant de descendre de ma voiture pour prendre l'ascenseur. Là, je pris le temps de réajuster ma chemise et ma veste. L'ascenseur était complètement vide, chose relativement rare. Je ne fus ennuyée par personne sur tout le long de mon trajet. Et je n'allais pas m'en plaindre. La dernière fois que j'avais eu de la visite dans cette ascenseur, je l'avais maudit durant tout le trajet.

Finalement, j'atteignis mon étage sans encombre, et je pus enfin poser le pied sur la moquette moelleuse de nos quartiers. Avant de croiser le regard surpris de Tseng. Esquissant un petit sourire gêné, je fis quelques pas avant d'atteindre son bureau.

- Je croyais vraiment que tu ne viendrai pas aujourd'hui, commença-t-il, égal à lui même.

- Non, ça ne me ressemble pas, soupirai-je en me tortillant les mains. Mais, je ne me suis pas vraiment réveillée, ce matin, à cause de mon coup de froid d'hier, et...

Le regard de mon chef soudain posé sur moi me stoppa dans mon élan.

- Elena, lâcha-t-il. Ne t'en fais pas pour ça, et va t'asseoir. La patron ne devrait plus tarder.

Alors que je me dirigeai vers mon bureau, je fronçai les sourcils en entendant la dernière phrase de Tseng. Le patron ? Mais pourquoi diable devait il passer nous voir ? Après ce que nous avions fait la veille, il était plus qu'ingrat de nous confier une autre mission fatigante et désagréable, même si cela ennuyait sa majesté.

- Il voulait te voir, s'expliqua enfin Tseng en voyant que je ne bougeais plus.

- Quoi, dès le matin ?ne pus-je m'empêcher de m'écrier.

Tseng haussa les épaules avec un petit sourire désolé. Du genre, navré, mais ce sont les ordres, et je n'y peux rien. C'est donc en râlant bien comme il faut que j'entrai dans mon bureau, dans lequel Reno s'adonnait déjà à l'une de ses activités favorites. A savoir, boire du café en faisant une tour avec ses stylos, le tout sans jeter un seul regard à sa pile de dossier à traiter. Pile de dossier tellement plus petite que la mienne que j'aurais dû en être malade. Mais en fin de compte, j'étais plus habituée qu'autre chose.

- Non de dieu !s'exclama le rouquin en me voyant m'écrouler sur ma chaise. T'es vivante !

Il écarta les bras exagérément pour accentuer son enthousiasme, chose qui me fit sourire. Reno éclata de rire et se leva pour me serrer dans ses bras, manquant de m'étouffer sur ma propre chaise. Je crus un instant qu'il n'allait pas me lâcher.

- Alors, raconte, pourquoi t'es en retard ?me demanda-t-il enfin, en regagnant sa chaise.

Je me mordis la lèvre. Je n'aimais tellement pas être en retard qu'en expliquer la raison me gênait affreusement.

- Et bien, hier soir, Rufus m'a ramené, et je me suis endormie sur mon canapé, trop loin de mon réveil, alors, je l'ai pas entendu, marmonnai-je finalement.

- Oh je vois, madame n'a pas été raisonnable, me charia le rouquin. Je croyais que les promos canapé c'était pas ton genre ?

Je manquai de m'étrangler lorsqu'il finit sa phrase, un sourire jusqu'aux oreilles. Je relevai vers lui un regard ahuri, tremblante. Il venait réellement d'insinuer que je m'étais fait mon patron sur mon canapé ? De un, je respectais trop mon canapé pour ça, et de deux, il s'agissait de Rufus Shinra. Il m'avait fait du thé, et je ne me donnais pas pour une simple tasse de thé. Pourtant, la simple idée de Rufus étendu sur mon canapé me fit rougir jusqu'à la racine des cheveux, me réchauffant le ventre. Cet homme était déjà beau avec des vêtements, alors je n'imaginais que trop bien ce qu'il devait être quand il les retirait.

- Mais enfin, pas du tout !bredouillai-je en me dirigeant d'un pas mal assuré vers la machine à café.

- Toi, t'as imaginé des trucs pas très mignons, chantonna Reno en me voyant rougir de plus en plus.

Je tournai vers lui mon regard le plus noir, alors que mon café coulait lentement dans le minuscule gobelet tombé. Je ne pouvais pas lui donner raison, bien qu'il ait raison.

- Eli, tu es verte de désir, railla le rouquin en portant sa tasse de café à ses lèvres.

Une chaleur brûlante me parcouru le dos, avant que plusieurs frissons de la rejoigne. Je sentis mon visage viré au rouge vif, avant d'enfin parvenir à secouer la tête. Décidément, depuis hier, une force obscure semblait avoir payé cette entreprise pour que j'y laisse ma peau. Au sens propre comme au figuré, vu les rougissements qui me piquaient de plus en plus le visage.

- Reno, boucle là, articulai-je péniblement en m'asseyant de nouveau à mon bureau.

Le rouquin s'esclaffa, les pieds sur ses dossiers de la journée, alors que je me penchais vers les miens, terriblement agacée. Et honteuse.

Je bouclai le premier en moins de dix minutes, chose qui me fit un bien fou. Peut être allais-je pouvoir souffler un peu en fin de journée malgré mon retard accumulé. Je m'attaquai au deuxième sans attendre, plus motivée que jamais. D'une certaine manière, cela me permettait de ne plus penser à ce que Reno avait osé dire. Ni plus ni moins que la vérité, se plaisait à me glisser la petite partie obscure de mon esprit, que je souhaitais actuellement noyer dans mon café.

Café qui manqua de finir par terre lorsque la porte de notre bureau s'ouvrit violemment, me faisant sursauter. Puis rougir, en apercevant la cause de tout mes malheurs dans l'entre bâillement. Je priais le ciel pour qu'il ne le remarque pas, sinon, j'avais plutôt intérêt à me jeter de cet immeuble. Rufus Shinra, toujours aussi impeccable.

- Elena, c'est toi que je veux voir, attaqua-t-il directement en me gratifiant d'un sourire à se damner.

J'étouffai un juron, alors que Reno me lançait un regard trop complice.

- J'ai une mission très importante à te confier, reprit mon patron, en posant sur mon bureau un gros paquet.

J'ouvris de grands yeux, avant de lui lancer un regard interrogateur.

- De quoi s'agit il ?demandai-je aussi sérieusement que possible.

Rufus sourit avant de rejeter ses cheveux en arrière d'un léger mouvement de tête.

- Demain soir, je dois me rendre à une fichus soirée mondaine, m'expliqua-t-il. Et, tout le monde ne m'appréciant pas dans cette ville, j'ai besoin d'un garde du corps.

Avant que je n'ai le temps de dire quoi que ce soit, il me montra du doigt en plantant son regard dans le mien. Je me sentais presque fusillée.

- Mais, pourquoi moi ?finis-je par articuler.

- Reno sera là avec un autre Turk, mais relativement loin de moi, planqué dans un coin, si tu préfères, comme d'habitude, soupira Rufus. Mais toi, tu seras ma garde rapprochée.

Il se passa un doigt contre les lèvres en me dévisageant d'un air prédateur. Pour autant, je ne me laissais pas déstabiliser. Enfin, disons que j'essayais de ne pas tomber morte sur la moquette.

- Et pourquoi toi ?marmonna mon patron en levant les yeux vers le plafond. Disons juste que tu portes un peu mieux la robe et les talons hauts qu'eux.

Ma mâchoire manqua de se décrocher à l'entente de cette dernière phrase. J'allais devoir porter une robe. Une longue robe de gala, des talons démesurés, et me battre avec cet accoutrement si la situation tournait au vinaigre. C'était une chose à laquelle on ne m'avait pas préparé. Et je ne portais jamais de robe. Je n'en avais pas une seule. Ni talons hauts, d'ailleurs.

- Je n'ai pas de robe, et encore moins de talons hauts, finis-je par dire en haussant les sourcils.

Cela te fera les pieds, Rufus Shinra. Sauf que je n'avais pas prévu qu'il me désigne son gros paquet en souriant comme un bienheureux. Et merde. Lentement, je l'ouvris en priant tous les dieux que ce qu'il y avait dedans ne m'aille pas.

- Pourquoi ne pas emmener une de vos secrétaires, je suis sûre qu'elles présentent beaucoup mieux que moi, grognai-je à voix basse en découvrant peu à peu une parcelle de tissu rouge.

- Je n'ai pas de compte à te rendre Elena, rétorqua Rufus en souriant. Et puis, si je t'offre une robe de luxe c'est parce que je tiens réellement à ta présence, pas à celle de mes secrétaires.

Je me sentis frémir. Il n'avait même pas insisté sur le fait que je savais me battre, contrairement aux autres femmes de ce bâtiment. Il avait simplement souligné le fait qu'il me voulait moi à ses côtés. Moi et personne d'autre.

Je me décomposai presque en tirant enfin la robe de son emballage. Bustier, longue, fendue sur une jambe, d'un rouge carmin éclatant. Dans le coin de la pièce, je vis même Reno entre ouvrir la bouche avant de la refermer. Je ne savais vraiment pas comment j'allais pouvoir porter une telle chose. Cela ne me ressemblait pas.

- Vas l'essayer je te pris, histoire que l'on ait le temps de faire d'éventuelles retouches, m'ordonna Rufus.

Tout de suite, votre honneur. Grognant plusieurs jurons silencieux, je partis m'isoler dans un bureau vide, ma robe sous le bras. Mon monde ne tournait plus rond. Voilà que j'étais payée à essayer des robes ! N'importe quoi. J'avais les idées sans dessus dessous, alors que j'ôtais mes vêtements le plus calmement possible. J'étais mal à l'aise. Tellement mal à l'aise que j'en tremblais en enfilant cette robe luxueuse. Je n'osais même pas imaginer le prix qu'avait mis ce gosse de riche pour un tel bout de tissu. Bout de tissu que je me retrouvais incapable d'attacher. J'avais beau gigoter dans tous les sens, je ne parvenais pas à serrer le fichu corset de ce bustier. Ma situation cocasse fut entrecouper de plusieurs coups portés à la porte, qui me figèrent sur place. Et avant même que je n'ai pu répondre quoi que ce soit, elle s'ouvrit sur mon patron, pas gêné pour un sous.

- La couleur te va bien, commenta-t-il.

- Oui, et bien si je pouvais l'attacher, elle m'irait encore mieux, grognai-je en serrant les bras contre la robe qui menaçait de tomber.

Rufus regarda un instant les deux rubans que je m'acharnais à serrer, avant de lâcher un soupir.

- Tourne toi, m'ordonna-t-il.

J'ouvris de grands yeux, prête à protester, mais une fois de plus, il ne m'en laissa pas le temps. M'attrapant le bras, il me retourna comme un poupée, avant de saisir les deux morceaux de ruban qui pendait le long de mon dos. Il me poussa doucement vers le mur, et j'y posai les mains pour ne pas m'écraser, la situation devenant de plus en plus gênante. Rougissante, je bénis mon visage tourné vers le mur, à l'abri de tout regard. Je crus m'étouffer en sentant un genou se poser sur le bas de mon dos, et les mains chaudes de mon patron effleurer mon dos pour attraper plus de ruban. J'en tremblais, de ces mains qui finirent par serrer violemment mon bustier.

- Et voilà, marmonna Rufus en décollant son genou de mon dos, me laissant l'espace nécessaire pour me retourner.

J'inspirai calmement durant plusieurs secondes avant de lui faire face, priant pour que mes rougeurs aient disparu. Je le vis loucher non pas sur la robe en elle même, mais sur ma poitrine, chose qui me donna une envie monstre de lui en coller une. Avant de moi même réaliser ce qu'il regardait vraiment. La robe était trop grande, à cet endroit là. Ma poitrine ne la comblait pas.

- C'est curieux, je les imaginais plus gros, lâcha mon patron avec un petit sourire en coin.

Je crus m'étouffer, avant de me retenir de toutes mes forces de lui faire avaler sa foutue robe. Finalement, cet homme restait égal à lui même. Un grand connard bourré de fric.

- Enfin, il faut avouer que je n'ai pas encore eu l'occasion d'en prendre des mesures précises, susurra-t-il en posant une main sur la poignée de la porte.

Mes joues devaient être décomposées, alors que je me faisais violence pour ne pas lui hurler dessus. Et le pire, c'est qu'il quitta la pièce comme si de rien n'était, me laissant là, patientant tout simplement que je lui redonne cette robe pour qu'il la fasse retoucher. Maudit soit il.