10 janvier 845, District de Nedlay, 05 :03
Le vent dans sa vague d'incertitude abandonna derrière lui ce bruit apportant l'impression que toutes les âmes hélas perdues hurlaient à l'infini. La lumière était pâle, feutrée, agréable à regarder et ne crevait pas les yeux, douce et froide à la fois, presque impénétrable. Tout embellissait le visage et la peau à l'infini, sublimait les traits et la moindre beauté. Les cieux étaient recouverts de cette teinte pastelle, et en leur milieu, un allo blanc de nuages bleutés se dessinait, alors le corps était happé par la grâce des draps et il était presque impossible de s'en délivrer.
Giulia se réveilla lentement, percevant au premier abord le bord de ses cils s'heurtant à la lumière qui protégeait son corps en toute quiétude. Elle s'appuya alors délicatement sur ses coudes en jetant sensuellement son visage en arrière pour laisser sa chevelure se perdre dans son dos. Ses paupières se refermèrent un court instant juste avant que ses deux prunelles ne se posent sur le corps de Livaï presque entièrement dévêtu, son visage faussement détendu. Une de ses mains était déposée contre le corps encore chaud et capiteux de la brune, du bout des doigts, sur sa hanche avant de dévaler ses courbes jusque sur le drap.
La jeune femme se mordilla délicatement la lèvre, regardant le beau jeune homme à ses côtés, assez tristement, une lueur mélancolique ornant son visage. Un léger soupire s'évada prestement d'entre ses lèvres à peine rosies avant qu'un sourire indescriptible de tendresse ne vienne les recouvrir. Elle porta sa main gauche jusque son visage, l'effleurant à sa joue puis se pencha, son visage dès lors au dessus du sien. Il détenait toujours sur lui cette odeur fraiche, procurée par la douche qu'ils s'étaient tout deux permis de prendre une heure plus tôt, après avoir terminé leurs ébats vers les quatre heures du matin. Ses yeux clos elle déposa de doux baisers sur sa mâchoire en laissant ses fins doigts parcourir sa peau et longer assidument son cou.
— Dors… Repose toi encore, la journée va être rude alors fais attention à toi et reviens moi entier…, souffla-t-elle d'un murmure à peine audible.
Mais elle le savait dormir de la meilleure des façons. Son corps était encore nu sous ces quelques tissus. Dès lors elle s'était imaginée l'utopie, la chimère de ses rêves, l'apothéose de son cœur, en d'autre terme s'éveiller comme s'endormir, au chaud, enveloppée sous ses bras forts, dans l'étreinte de Livaï.
S'y étant refusée, la belle brune ne pouvait que l'admirer avant de finalement se lever, difficilement, lourdement et sans envie. Les visions pâles qu'enfantait l'ombre lui frayaient un chemin pour se lever. Alors elle abandonna son corps là, sans rien de plus, le recouvrant juste des draps et d'un ultime baiser.
Tout semblait terne loin de lui, il n'y avait plus cette chaleur filant le tissu qui réchauffait son cœur, ni ses caresses douces en apesanteur, encore moins se goût de thé contre ses lèvres et ses paroles males placées au contraire de son odeur. Désormais debout face au miroir, elle regardait son corps vêtu de ses sous vêtements et mélodieusement accordé avec son maquillage encore coulé.
La belle brune se maquilla rondement après avoir fait sa toilette, du noir aux yeux comme à son habitude après avoir retiré celui de la veille, traçant une couche épaisse d'immortel souvenir, le tout surmonté d'un léger fruiter aux lèvres et d'un voile de poudre.
Elle devait faire vite avant qu'il ne se réveille également, dès lors elle attrapa un pantalon noir à lisière qui remontait jusqu'à sa taille, une chemise blanche crème coincée à l'intérieur et béante au dessus, faite de laine douce avant de n'accrocher son poignard et d'enfiler sa ceinture. Arrivant à son bureau en enfilant ses longues bottes brunes semblables à celle de l'équipement de l'uniforme.
Attrapant un papier, elle y fit l'ébauche de quelques paroles à l'aide d'une plume et d'encre noir avant de prendre possession de cette lettre qu'elle apporta avec elle. Le jour n'était pas encore levée, Giulia regarda le noiraud puis l'extérieur avant de laisser sa cape chevaucher son avant bras et d'attraper le dossier que le Major lui avait la veille promptement demandé d'apporter au tribunal.
Elle ferma plus doucement la porte, ne voulant pas le réveiller, après tout, tout s'était déroulé assez rapidement, alors au levée il ne la verrait pas et ne saurait pas, tous ces mots doux et friands qu'elle lui vouait amoureusement. Son corps était arrêté à l'encadrement de la porte, le regard perdu et culpabilisant, mais elle s'en alla, passant par la cuisine pour y déposer sa lettre, le nom de son destinataire brodé au dos par sa fine écriture.
Il faisait encore nuit dehors, le ciel était noir tendant vers le bleu supplicier et les oiseaux s'agitaient à tout va, rendant l'atmosphère incertaine et oppressante. Il y avait pour seul bruit celui des feuillages parentés du vent qui laissait entendre le moindre bruit suspect, même celui de la cloche qui au loin annonçait la demie passée.
La jeune femme arriva face à son destrier et posa sa main sur son flanc pour attirer son attention. Quelques minutes plus tard le cheval était scellé et près à partir. Vérifiant dans un premier temps que personne ne rodait dans les écuries à cette heure-ci, la brune attendu un instant avant de ne donner le départ.
— On y va, clama-t-elle à voix basse en rabattant sa capuche sur son visage.
Sa monture partie au galop à toute vitesse, s'approchant dangereusement de la forêt avant de s'y engouffrer. La belle brune arpentait alors les chemins de terres qui montaient et descendaient à en offrir un accablant tournis, passant entre les arbres et les sentiers volumineux, à s'en perdre dans cette superficie.
Une légère brise s'envola tandis qu'elle essayait de reprendre son souffle, les sueurs froides dévalaient son dos à chaque fois qu'elle osait poser ses prunelles sur la sacoche retenant le dossier, elle s'était enfuit avec le poids du secret, sans rien en dire ni sans prévenir, l'arrachant à leur confiance et trahissant sa parole. Pendant encore plusieurs heures elle devrait affronter le charme profond de la forêt à s'en casser le dos sans pouvoir revenir en arrière, prenant sur elle pour supporter ce froid vigoureux.
Les paupières la plupart du temps closent, la brune avançait en mordant fiévreusement sa lèvre inférieure, songeant sans cesse à ce qu'il penserait, à ce qu'il en penserait, s'il comprendrait, s'il lui pardonnerait de ne rien lui avoir dit, de lui avoir mentit. Sa poigne se resserra sur la hanse guidant son cheval, loupant de tomber à force de refuser de regarder en face ce qui l'attendait, la souffrance menée par sa foi désemparée.
10 janvier 845, District de Nedlay, 06 :12
A peine une heure plus tard il était l'heure pour les caporaux de préparer leur troupe, d'encourager ou non leurs escouades mais surtout de réviser les bombonnes de gaz et les équipements une dernière fois avant le grand saut. Le Major avait insisté, il fallait partir à la première heure, quand le soleil venait à peine de se lever, les titans seraient ainsi moins dangereux étant donné que leur action ne se déroulait pas durant le jour mais au matin, ainsi, les risques seraient moins important d'après lui.
Livaï se réveilla alors lui aussi, ses paupières étaient lourdes mais il ne regrettait rien de la nuit passée, pas une seconde qu'il avait daigné lui offrir. Il savait que ce serait plus compliqué pour lui, mais il tenait encore à pouvoir s'offrir ce peu de vie auquel il avait droit. Il s'attendait à la voir là, endormie auprès de lui ou dans ses bras, pouvoir dans les derniers instants humer sa senteur et ressentir sa présence, mais la chambre semblait bien vide, le drap à côté de lui n'avait plus l'ombre d'un pli ni d'un peu de chaleur.
L'éphèbe passa sa main dans sa douce chevelure qui retomba immédiatement d'elle-même, il était intrigué mais il n'était pas pour autant un cœur qui fuyait la vérité, se contentant de soupirer il se leva, le drap glissa sur le sommier et son corps bien bâti et parfaitement membré apparu à la lumière du jour.
En allant dans la salle de bain il regarda bien si elle n'était pas là, mais rien. Dès lors il décida de faire sa toilette et de s'habiller de l'uniforme en cachant la petite trace que la jeune femme lui avait faite avec précaution dans le bas du cou pour que personne ne la voie. La porte de sa chambre s'ouvrit brusquement, le jeune homme fronça légèrement ses sourcils pour montrer son mécontentement, il fit alors le tour en remettant en place le col de sa veste.
— Giul…, commença-t-il, Tch Hanji, qu'est-ce que tu me veux ?, lâcha-t-il dans l'acrimonie.
— Erwin nous attend près des écuries, on part dans dix minutes !, rétorqua-t-elle avec un air satisfait avant de claquer la porte pour partir.
Son regard se posa quelques secondes sur sa collège, il semblait visiblement irrité et ce pour tout le reste de la journée. Le brun se pressa alors et enfila son foulard et sa cape avant de sortir et de se diriger vers l'endroit que lui avait désigné la grande brunette à lunette, le même que d'habitude.
Dans la cour du quartier général s'activaient tout les soldats et ceux attribués aux ravitaillements avaient prit un peu de retard. L'éphèbe les regardait d'un mauvais œil, faisant sans le savoir dos à son escouade. Il semblait plutôt pessimiste et les conditions climatiques ne l'affranchissait pas non plus, le temps était frais et les nuages un peu trop blancs à son goût. Une jeune femme rousse se pressa près de lui, accourant avec un plan à la main.
— Caporal, voici le schéma de la formation et des déplace- , se fit-elle couper de suite.
— Je sais, je sais, c'est bon, laissa-t-il comme seul réponse avant de prendre le papier de ses mains.
Après avoir étudié une ultime fois la manière dont l'expédition menant à essayer de capturer un titan allait se faire, le noiraud se dirigea vers son destrier pour le monter rapidement et rejoindre le rang à côté de Mike. Un bref échange entre les deux hommes fit entendre le fait que le Major avait agit bizarrement le matin même, mais qu'il ne fallait pas s'attarder là-dessus.
L'expédition se montrait périlleuse par sa complexité et l'ambigüité que la tâche d'attraper un titan présentait. A environ sept heures du matin, la cloche s'était mise à retentir tel les métaux inconnus des bijoux perdus et l'expédition fut lancée, certains pensant qu'elle serait la dernière et priant pour ne pas y laisser la vie.
Edge était de la partie, déterminé à revenir vivant et entier, saint et sauf de cette expédition, auprès des autres, et lui aussi pour honorer, ses anciens camarades des brigades spéciales qu'il avait abandonnés.
10 janvier 845, District de Nedley, Forêt Der Weg, 11 :21
Après avoir emprunté tout les chemins infâmes et parcouru la moitié de la ville, Giulia avait dû traverser tout la forêt Der Weg ouverte sur les songes les plus funèbres. Elle n'était plus sûre de ce qu'elle faisait, même commanditée cette affaire restait risquée, et même si on lui avait dit qu'il n'y avait aucun risque, elle craignait pour sa vie. Elle qui demeurait parée ne voulait pas montrer sa lâcheté, sa peur et ses horizons tempétueux. Elle avançait, jusqu'à arriver là, l'endroit précis que l'on lui avait donné pour lieu de rendez-vous. Tout semblait effrayant et satanique, infernal et ironique, les arbres cachaient la lumière, tout était sombre et criait l'effroi de cette vérité.
La belle brune s'arrêta alors, restant près de son cheval pour se rassurer, elle n'avait pas le cœur réglé pour ça, non, elle n'était tout simplement pas faite pour trahir et poigner de mille coups la confiance des autres. C'était même grotesque de se dire, qu'un bout de femme pourrait irrémédiablement changer la donne.
Sa gorge était nouée par l'impitoyable plaie qui subsistait en sa douleur et tout son abdomen se bloquait et se contractait sous le stresse. Des bruits de pas arrivaient vers elle, un frisson la parcouru et tout son corps se mit à défaillir, elle souffla légèrement, elle devait être plus forte que ça. Elle se tourna.
— Bonjour, clama-t-elle en essayant de paraitre sûre d'elle.
— Elle manque pas de culot la demoiselle, venir seule dans un endroit si éloigné sans personne, ça cache rien j'espère !, affirma l'un des quatre hommes qui étaient venus.
— Nous pouvons procéder à l'échange, prononça-t-elle sèchement.
— Vas-y file nous le dossier ma beauté, on te donnera le justificatif signé juste après.
Ils étaient quatre grands hommes, costauds et à l'air robuste et perfide. Giulia le savait, montrer le moindre signe de faiblesse maintenant équivaudrait à signer son arrêt de mort, alors c'était l'air froid et impassible qu'elle attrapa le dossier dans sa sacoche, prenant bien soin de garder son capuchon rabattu sur le visage.
— Tenez !, laissa-t-elle en suspens en tendant la multitude de feuilles.
Leurs rires grossiers sonnaient comme un signal d'alerte, malgré tout, ils lui avaient donné en main propre le justificatif affirmant avoir reçu la déposition inculpant les bataillons d'exploration et non les brigades spéciales dans cette affaire, une sorte d'auto dénonciation de leur part. Après la vérification faite que la signature du Major Erwin avait bien signé les papiers et tamponné de l'insigne des bataillons la dernière feuille, l'un des hommes s'avança vers la belle brune.
— Ca te dit de t'amuser un peu avec nous maintenant ?, demanda-t-il en souriant.
Du revers de sa main il fit tomber la capuche qui recouvrait le visage de Giulia. La jeune femme recula légèrement en approchant sa main de sa cuisse pour attraper son poignard dans le cas où la situation virerait à l'extrême. Elle réfléchissait à ce que Livaï aurait pût faire dans ce cas précis. Contre quatre hommes il n'aurait eu besoin que de peu d'effort, mais elle, même munie d'un poignard risquait que le coup se retourne contre elle.
— Reculer, je ne suis pas venue pour ça, conclu-t-elle le plus calmement possible.
La trahison coutait le prix du sang et de l'eternel cicatrice. Dès qu'elle recula, les quatre hommes qui se tenaient face à elle ne semblaient plus rire autant qu'avant, devenant même agressifs en voyant l'objet convoité refuser leur avance. Quand la belle brune heurta l'arbre qui se trouvait juste derrière elle, elle comprit que elle qui fut le plaisir et la gloire secrète de l'homme le plus fort de l'humanité pouvait finir en l'espace d'un court moment morte et sans échappatoire.
La brune déglutit, sentant une vague de chaleur l'envahir toute entière et l'arrière de son crâne la tirer. L'un d'eux avait repérer le poignard fixer à sa cuisse et semblait s'en amuser.
— Oh… Je vois, la jolie demoiselle veut jouer à ça alors, cracha-t-il amusé en sortant son poignard. Sache que moi, je n'hésiterais pas à le dégainer.
— Faites donc…, souffla-t-elle par fierté.
Pour commencer, celui qui était le plus grand d'entre eux lui asséna un coup en plein abdomen qui lui paru être mille lames de verre la traversant et la parcourant en son intégralité, la brisant en son âme et conscience. Elle s'écroula. Avachi au sol. Pliée comme une vulgaire feuille.
Elle avait si froid et si mal, avec ce goût amère dans sa bouche qui ne s'en allait pas. Celui-ci se libéra finalement par l'intermédiaire de ses lèvres. Le liquide vermeille semblait aussi rouge qu'un pétale de rose épineuse et meurtrissant, qui serait venu vulgairement lanciner son être pour s'échouer au sol dans un filet implosé d'acidité meurtrière.
Giulia regardait, les yeux mi-clos et se tenant le ventre les hommes face à elle. Sa chevelure s'était gracieusement étalée parmi les feuilles sur le sol tapis de vert et de brun, de teintes insolites délivrées par la nature. Elle avait pourtant si mal à s'en tenir le ventre de toutes ses forces.
Le même homme s'avança, poignard à la main, fixement encré sur ses idées et sûrement prêt à l'achever d'un coup sec en pleine trachée. Ses pas effleuraient les feuilles sèchent dans un bruit incommensurablement stressant, frottant en son avancée la sécheresse du sol.
La belle brune comprit alors pourquoi ses paroles avait été si souvent prononcées par Livaï, il fallait se méfier autant des hommes que des titans, car la similitude frappante entre certain d'entre eux engendrait la confusion la plus infâme et la plus abjecte, la plus écœurante et la plus chère . Se tromper d'ennemis pouvait bien se montrer fatale, alors elle ferma les yeux en attendant son sort. C'en était fini d'elle, semblait-il se dire en elle.
