Chapitre 7 : Thérapie.
Alex se tortillait sur sa chaise depuis environ 20 minutes. Elle avait tenu à arriver en avance pour son premier rendez-vous avec sa thérapeute. Le temps de réfléchir à ce qu'elle allait dire. Mais pour le moment la seule chose à quoi cette initiative avait servie été de lui créer des angoisses. Elle observa la salle d'attente de ce cabinet. Elle était plutôt sobre. Le mur était peint en blanc mais des tableaux d'art contemporain y étaient accrochés. L'un d'eux représentait un mélange curieux de couleurs.
« Beaucoup de patients croient que ce tableau est un test de Rorschach mais je vous promet que non ». Alex sursauta et se rendit compte qu'elle fixait bêtement le tableau devant elle depuis un moment maintenant. Elle n'avait même pas entendu la porte s'ouvrir. En redressant la tête elle tomba sur le visage d'une jeune femme d'environ 30 ans. Elle imaginait une femme de 50 ans au moins, les cheveux grisonnant en tailleur. A la place de cela elle se trouvait face à une jeune femme brune très souriante d'environ 1 maitre 70, 60 kilos, vêtu d'un chemisier bleu marine disparaissant dans un jeans bleu clair scellé d'une ceinture noire en cuire. Alex se leva alors que la jeune femme s'approcha d'elle en lui tendant la main, « Sophia Brown ». Le substitut se figeât un instant. Le seul contact physique qu'elle acceptait depuis l'agression était celui d'Olivia. La psychologue remarqua son malaise et n'insista pas « Vous êtes Alexandra Cabot ? », « Oui, euh… appelez-moi Alex », « Très bien Alex, allez-y » lui répondit la jeune brune en lui indiquant le chemin de la main.
Alex traversa un couloir dans lequel était disposait un grand nombre d'étagères, toutes surchargées de livres. Elle put lire quelques titres au passage : « DSM V » ou « Treating Psychological Trauma & PTSD » de John P. Wilson, Matthew J. Friedman, Jacob D. Lindy. Arrivées au bout du couloir elles entrèrent dans un bureau plutôt joliment aménagé. Un bureau de bois vernis recouvert de cuir marron foncée séparait les sièges des patients de celui de la thérapeute. Deux autres étagères design en métal gris étaient fixées au mur sur sa droite. Mme Brown invita Alex à s'asseoir.
Alex la regarda sortir quelques feuilles vierges et inscrire son nom et la date sur la première. En appelant lundi, la thérapeute lui avait dit qu'elle avait trois mois d'attente pour un rendez-vous, celle qu'elle avait appelé juste avant lui avait dit ne plus prendre de patients tellement son agenda était complet. Heureusement, Mme Brown l'avait rappelé en fin de journée pour lui dire qu'un patient c'était désisté ce vendredi et lui proposer un rendez-vous de dernière minute. Olivia avait voulu l'accompagner en salle d'attente mais elle avait refusé, elle voulait faire cette démarche seule, bien qu'elle ait tout de même accepté qu'elle l'accompagne jusqu'à la porte de l'immeuble et qu'elle vienne la rechercher après.
« Alex ? … Alex ? », l'intéressée releva la tête, elle s'était de nouveau perdue dans ces pensées. « Excusez-moi. », « Est-ce que ça va ? », « Oui, oui, tout va bien » répondit Alex avec précipitation. « Bien. Vous êtes prête ? On commence ? » Demanda la psychologue toujours souriante, « Oui, bien sûr ! …Euh, est-ce qu'il faut que je vous parle de mon enfance, quelque chose comme ça ? Je suis désolée, c'est la première fois que je … et bien que je consulte et je ne sais pas vraiment comment cela marche », Sophia Brown rit doucement et posa son stylo avant de baisser la tête pour capter le regard un peu paniqué d'Alex figé sur la feuille de papier blanche, « Alex, ne vous en faites pas, je vais guider l'entretient et vous poser quelques questions pour apprendre un peu à vous connaitre, savoir ce qui vous a poussé jusqu'ici et voir si je peux vous suivre par la suite où s'il est préférable que je vous oriente vers quelqu'un de plus compétent.», Alex accepta de soutenir son regard quelques secondes mais fini par le baisser de nouveau, embarrassée, « D'accord ». « Alors dîtes moi Alex, qui êtes-vous ? ». Celle-ci sourit à la question. « Euh… et bien je suis substitut au bureau du procureur de Manhattan, je travaille aux crimes sexuels. Enfin, Jusqu'ici. » fini-t-elle dans un murmure en détournant le regard vers les étagères de livres. La thérapeute nota quelques informations sur sa feuille. « Vous faites ce travail depuis longtemps ? », « Plusieurs années, j'ai dû arrêter parce que… j'ai dû partir quelques temps à cause d'une affaire. », « Que s'est-il passé ? », « Un homme coupable de viols et meurtre et bien intégré dans le monde de la pègre a demandé à un de ces hommes de main de m'abattre. Quand je me suis réveillé à l'hôpital, on m'a offert la protection des témoins… mais j'en suis sortie et je suis de retour à New York maintenant. », « Est-ce que cette homme a réussi à vous toucher ? », « Oui, une balle, à l'épaule » murmura Alex en frottant automatiquement sa cicatrice », « D'accord, est-ce pour cela que vous avez voulu venir ici ? », Alex se renferma, son regard se posa sur ses cuisses, elle baissa la tête et entoura ses bras autour d'elle « …Non, non, c'est de l'histoire ancienne ». Mme Brown prit en compte sa réaction et changea de sujet pour la mettre à l'aise. « Parlez-moi de ce que vous aimez, vous faites des activités particulières ? Vous avez des passions ? ». Alex resta silencieuse quelques minutes « J'aime lire, courir dans le parc, jouer du piano. », « Vous êtes musicienne. Depuis longtemps ? », « Depuis toujours je crois » répondit Alex en souriant, « Mes parents m'ont fait prendre des cours de piano depuis que j'ai su rester assise ! », La thérapeute rit à la blague. « Que jouait vous ? », « Du jazz, du blues quand le moral et au plus bas. J'aime aussi le classique, ça me transporte dans un autre monde, m'aide à réfléchir… Mais, mais j'ai dû arrêter pour l'instant. Mon piano est chez moi et je n'y suis pas allée depuis longtemps, alors… », « Vous ne vivez plus chez vous ? », « Non, je reste chez mon amie pour l'instant », « D'accord, vous avez décidez d'emménager avec lui ? ». Alex ressentit de la gêne pendant un instant, « Euh… c'est une femme, à vrai dire », « Oh, excusez-moi », « Ce n'est rien », sourit timidement Alex. « Je reste chez elle parce que, je ne me sens pas capable de retourner à l'endroit où… Je ne peux pas y retourner pour l'instant. » une larme coula sur le visage d'Alex et elle l'essuya rapidement. « C'est à cause de ce qui s'est passé là-bas que vous êtes venue ? », « Oui. », « Que s'est-il passé Alex ? ». Alex se recroquevilla de nouveau. « J'ai perdu le procès d'un monstre qui avait violé et mutilé 7 femmes. J'ai perdu le procès. Il est ressortit libre et… Il est entré dans mon appartement et… », Les larmes coulaient désormais abondamment sur les joues d'Alex. Sophia lui tendit une boite de mouchoirs mais ne l'interrompit pas. « Il m'a violé, chez moi. », La jeune femme brune laissa passer quelques secondes au cas où Alex aurait voulu rajouter quelque chose. « D'accord. Est-ce que vous voulez parler de ce procès ? ». Alex s'enferma dans un mutisme quelques minutes. « Alex ? Ce n'est pas grave, on verra plus tard pour cela. Vous voulez me parler de votre amie ? Ou de votre famille ? ». Le substitut avait du mal à réguler sa respiration qui s'était emballée. « Ok, essayez de me regarder Alex, on va faire un exercice. Inspirer sur trois temps par le nez et soufflez sur six par la bouche. » Alex tenta de mettre en place la consigne. A sa grande surprise, cela fut plutôt efficace, elle comptait les temps dans sa tête. Cela lui rappela le métronome que son professeur de piano mettait en route à chaque cours quand elle était petite, la raideur de cet homme l'avait exaspéré pendant des années, mais elle comprit un jour quelle était la différence entre être raide et être rigoureux. C'est probablement grâce à cet homme et l'éducation que lui avaient inculqué ces parents qu'elle avait réussi et en était là aujourd'hui. Elle se calma en quelque minute et s'excusa. « Il n'y a pas de problème. C'est un symptôme normal ! Ça arrive souvent ? », « Parfois oui, quand je fais des cauchemars ou que j'ai ses images dans la tête. Mais il arrive que ce soit pire dans certains cas. Je n'entends plus ce que me dit mon amie, je suis recroquevillée et je ne vois que lui et… ce qu'il s'est passé. », « C'est une attaque de panique. Il faut que vous sachiez que les crises d'angoisses et les attaques de paniques peuvent être travaillées en thérapie, pour minimiser leurs fréquences et surtout les contrôler au maximum quand leurs symptômes se font sentir. », « Oui, ça serait bien qu'elles diminuent. J'aimerais contrôler tout cela avant… », « Oui ? », « avant sa naissance » murmura Alex. « sa naissance ? », « oui, celle de mon bébé », « Vous êtes enceinte ? », « Oui, de cet homme. ». Alex tenta d'expliquer de son mieux pourquoi elle désirait cet enfant et pourquoi il lui était incapable d'avorter. Elle se rendit compte au fils de son monologue que la seule personne qu'elle cherchait à convaincre était elle-même. Après quelque minute de conversation Alex fut ravis de constater qu'elle se sentait en accord avec son choix. Malgré qu'elle fût terrorisée, elle avait confiance en elle pour quelque chose pour la première fois depuis l'agression. Après quelque secondes de silence elle entendit « On va s'arrêter là ? », elle fut surprise de voir que cela faisait déjà une heure qu'elle était là. «Euh… Oui. », « D'accord. Alors, je vais vous suivre en thérapie, si vous souhaitait toujours venir. On travaillera sur l'agression pour qu'elle prenne de moins en moins de place dans votre vie et nous ferons en sorte que celle-ci redevienne le plus normal possible. ». Alex sourit en relevant la fin de la phrase « le plus normal possible » et elle apprécia la sincérité de la psychologue. « Ça va ? », « Oui, merci. Je crois que je suis heureuse d'être venue. La décision de consulter a été dure à prendre. Ce qui est dotant plus ironique qu'avant tout cela, je conseillais aux victimes de le faire. », « C'est toujours compliqué quand cela nous touche personnellement mais ce qui compte surtout, c'est que la démarche vienne bien de vous. ».
A la sortie du cabinet, la thérapeute tendit par habitude la main à Alex. Celle-ci hésitât comme au début du rendez-vous. « Ne vous en faites pas, cela viendra ». Alex acquiesça, « disons que c'est un objectif du suivi thérapeutique. », « Exactement ! ».
Olivia récupéra Alex en bas de l'immeuble, comme prévu. Elle était très inquiétée et se questionnait sur l'état dans lequel elle allait retrouver son amie. A sa grande surprise, Celle-ci passa la porte du bâtiment avec un léger sourire sur les lèvres. Alex lui demanda tout de même si elles pouvaient rentrer tout de suite. Elle semblait éreintée. Éreintée mais plus calme qu'elle ne l'avait été ces derniers jours.
Une fois à leur appartement Alex tendit une bière à Olivia qui l'attendait dans le canapé et se servi un verre de jus de fruits. Olivia remarqua ce détail mais ne dit rien, elle se demanda s'il fallait y voir un indice par rapport à sa décision de stopper ou continuer sa grossesse.
Alex lui prit la main un peu nerveuse mais souriante et répondit à cette question muette. « Olivia, j'ai réfléchi. Ce rendez-vous fait réfléchir et il a confirmé ma première décision. Je veux prendre mes responsabilités, je me sens prête pour cela. » Olivia semblait un peu perdue « Je ne comprends pas, Alex. », « Je vais garder ce bébé. Il est vrai que cette décision me fait très peur, peur de ne pas être à la hauteur surtout, mais je n'ai pas de doute sur mon désir de garder mon enfant. Et… » Alex hésita, « Oui ? », « ça va peut-être très vite mais j'aimerais que tu ais une place importante dans sa vie, j'aimerais qu'il ait la chance de t'avoir auprès de lui. », « Alex, je ne veux pas être dans sa vie, je veux être dans la vôtre à tous les deux ! Et s'il le faut je serais derrière cet enfant à chacun de ses pas ! ». Alex sourit « Je n'en demandais pas tant ! », Olivia rit doucement et prie Alex dans ses bras.
