- Elle arrive, murmura Gisana en regardant par la fenêtre. C'est trop tôt, ajouta-t-elle.

Le docteur se tourna vers cette dernière.

- Qui arrive?

- C'est trop tôt, répéta Gisana en quittant la pièce.

- Vous l'avez dit vous aussi quand vous étiez en transe, reprit le seigneur du temps à Rodrich. Qui arrive?

Rodrich lança au docteur un regard perdu.

- J'ignore de quoi vous voulez parler.

Le docteur regarda fixement le malade droit dans les yeux.

- Vous l'ignorez, en effet, constata-t-il. Ce n'est pas vous, c'est elle. C'est lié à votre femme, murmura-t-il. Comment l'avez-vous rencontrée?

Le malade semblait chercher dans sa mémoire.

- C'était il y a longtemps… tout était différent. Métropolis était différente.

Pendant un instant, l'image d'une ville aux tours immenses où bourdonnait une activité intense se superposa au château moyenâgeux du seigneur Untess pour s'imprimer dans l'esprit du seigneur du temps. Puis, elle s'évanouit aussi subitement qu'elle était apparue.

- Je n'arrive pas à me rappeler. Il me semble qu'elle travaillait pour moi.

Une Gisana plus jeune, tout aussi froide, mais vêtu de façon futuriste et travaillant sur un ordinateur, sembla venir de nulle part et disparaître.

- Je suis désolé, dit finalement Rodrich Untess. C'est trop confus.

- Ça ne fait rien, répondit le docteur un tantinet désappointé. J'ai l'impression que tout cela est lié. Ce château, votre maladie, Gisana et cette mystérieuse personne qui arrive. Je dois trouver la solution.

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- Vous savez bien qu'il n'y a pas d'autres solutions, insista Price, toujours au chevet du comateux.

L'assistante du maire de Métropolis semblait bouleversée.

- Mais nous ne pouvons pas faire ça.

- Nous ne pouvons continuer de gérer Métropolis de cette façon. Son cerveau est mort. Il n'est plus là. Mais tant que son corps reste vivant, Métropolis n'a pas de maire.

L'assistante se choqua.

- Les maires ne devraient pas être élus à vie, ce n'est pas… démocratique.

- Vous savez bien ce que la vieille démocratie a coûté à l'ancien empire. Quand l'humanité n'était cantonnée qu'à une planète, changer de dirigeant à tous les quatre ans était suffisant, mais avec toutes les colonies, toutes les autres planètes, milles milliards d'êtres humains dispersés dans trois galaxies… C'est trop coûteux! Des élections trop fréquentes ont poussé l'ancien empire à la ruine.

- Je sais très bien tout cela, coupa la jeune femme! Mais tous les maires de Métropolis s'endorment ainsi depuis au moins un siècle. Nous organisons des élections à tous les dix ans maintenant. C'est beaucoup trop. Métropolis croule sous sa dette électorale. Au moins, ajouta-t-elle, nous ne devrions pas le débrancher sans trouver la cause de ce mal qui ronge nos dirigeants. Sinon, dans quelques années, nous en serons au même point.

Price se leva et fixa la jeune femme.

- Madame Buttlerice, cette société à des règles. Vous ne pouvez pas diriger à la place du maire, vous n'en avez pas le droit.

- Arrêtez vos grands airs. Je sais très bien que vous voulez vous présenter. Ne croyez-vous pas que votre place sera un jour dans ce lit si vous êtes élus ?

Price tourna un regard hautain vers la jeune femme, puis, alors qu'il marchait vers la porte, il se tourna une dernière fois vers elle.

- Un jour quelqu'un brisera cette malédiction. En attendant, faites ce que vous avez à faire, si vous ne voulez pas que j'alerte les médias.