A/N : Bonjour !

On se retrouve pour un nouveau chapitre, comme à chaque fois. Que vous dire... Ce qui est embêtant avec les histoires longues, c'est qu'à chaque chapitre, j'ai peur de faire un OOC. Donc, j'espère toujours rester fidèle aux personnages, et que ce soit toujours un plaisir pour vous de lire un nouveau chapitre ! J'espère aussi éviter les incohérences. (Mais quelque chose peut toujours m'échapper. C'est pas comme si j'avais une vraie trame...) Oh, et éviter de perdre trop de lecteurs au fur et à mesure, ce serait pas trop mal. ;)

En tout cas, bonne lecture !

Edit : Au fait, petite erreur de ma part. Merci à Ehdansgal de me l'avoir fait remarqué. J'ai écrit la fin du chapitre 6 après le 7, ce qui fait que la fin du 6 se passe après le 7, ce qui entre nous n'a strictement aucun sens. Donc, je suis absolument désolée pour cette erreur (je blâmerai mon inspiration qui ne voulait pas finir le chapitre 6), et j'ai modifié la fin du précédent chapitre pour plus de cohérence. Vous voyez, ça sert à ça les reviews ! Pourquoi personne ne m'a dit que cet évènement sortait de nulle part ? En même temps, je suis trop bête de pas avoir remarqué... Enfin, je m'excuse mille fois, et j'espère ne pas en faire d'aussi grosses à l'avenir. (Et peut-être replacer cette conversation téléphonique quelque part... Où, ça va être le problème.)


On pouvait difficilement faire pire comme horaires de réunion… Quelle idée son père avait-il eu de convoquer tout le monde si tard le soir ?

Asami devait avouer qu'il y avait des circonstances atténuantes : Hiroshi partait en voyage d'affaire urgent le lendemain, et ils devaient absolument éclaircir quelques points quant aux contrats précédemment mis en place avec leurs associés ; certaines de leurs voitures disparaissaient.

Il était vrai qu'ils avaient donné à leurs partenaires le droit de faire des réductions à leurs employés. Cependant, que des voitures vraiment chères et vraiment neuves, devant donc rapporter une somme d'argent conséquente à l'entreprise, soient vendues à si bas prix, ou même parfois données, était inacceptable. Surtout quand cela commençait à leur poser des problèmes au niveau du financement des nouveaux projets. C'était bien évidemment impardonnable.

Il était donc temps de fixer des quotas avec leurs partenaires commerciaux afin qu'il y ait un équilibre entre la vente réelle, et la vente réduite.

Pourquoi Asami avait besoin d'être présente ? Elle n'en savait trop rien. Enfin, si, réellement, elle savait qu'elle devait expliquer à quel point les recherches menées pour développer les nouveaux designs, les nouveaux moteurs et les nouvelles fonctionnalités étaient ardues, et donc que les voitures toutes neuves ne pouvaient pas se vendre en un claquement de doigts au premier venu. S'il y avait un certain prix, il y avait une raison. Et c'était cette raison qu'elle devait expliciter. Sauf que le moment ne pouvait pas plus mal tomber.

Il y avait deux bonhommes avec son père et elle-même dans le bureau du PDG. Cela faisait bien trente minutes qu'ils discutaient des pours et contres d'une telle entreprise, quand elle sentit son téléphone personnel vibrer.

Elle ne mettait jamais de son parce qu'elle ne voulait pas donner une mauvaise impression au travail, mais elle savait qu'au fond, la seule personne qui pouvait la contacter était Korra. Donc, elle préférait pouvoir savoir si quelque chose n'allait pas, ou si elle avait juste besoin de la contacter.

Étant quand même professionnelle, Asami ignora la vibration dans la poche droite arrière de son pantalon. Du moins, elle essaya, car son téléphone vibra énormément, et au bout de quelques minutes, elle sut qu'il y avait un truc qui n'allait pas et elle commença à s'inquiéter énormément.

Elle essaya de se convaincre que Korra était simplement vraiment excitée grâce à une bonne nouvelle, mais elle avait un peu du mal à s'en persuader. Surtout à cette heure-ci… Et cette foutue réunion qui n'en finissait pas !

Il fallait absolument qu'elle jette un coup d'œil à son portable, qu'elle parle avec Korra cinq minutes. Ça lui brulait l'intérieur, la démangeait comme une folle, mais elle avait les mains liées, et impossible de se gratter ! Un des deux hommes la fixait d'un regard intensément ardent, pesant sur elle. Il avait dû entendre le son, et attendait qu'elle fasse une erreur, comme pour la surprendre en plein délit. Son regard de jugement la dissuada de décrocher.

Elle fut comme un lion en cage pendant de longues minutes. Elle arrivait à peine à se concentrer sur ce pour quoi elle était là, au lieu de sur le 'comment sortir possiblement de cette salle sans se faire remarquer ?'.

Mais ils étaient quatre… Ses chances de pouvoir partir sans être remarquée avoisinaient zéro.

Du coup elle changea d'optique. Elle passa à 'quelle possible excuse pourrais-je inventer ?'. Il était évident que ce n'était pas possible qu'elle dise qu'elle allait aider une amie. Parce qu'après tout… ce n'était vraiment pas professionnel. À moins qu'il n'y ait un gros accident. Et encore, quand on était avec des collaborateurs aussi influents… ça passait moyennement, surtout qu'elle n'était pas une simple employée, mais bien la fille du directeur et l'ingénieure en chef. Ça sentait le roussi quoi.

Et ce temps qui continuait à passer ! Ce qui était à la fois une bonne chose et une mauvaise chose : plus le temps passait, plus l'heure de fin de réunion s'approchait ; et plus le temps passait, plus Korra restait seule et sans nouvelles. Une solution ! C'est tout ce qu'il lui fallait.

« …, Miss Sato ?

- Hein ? répondit-elle toute confuse. »

Elle ne s'était même pas rendue compte qu'on lui parlait. Quelle était la question ?

« Est-ce que ça va, Asami ? lui demanda Hiroshi. J'ai l'impression que tu n'es pas totalement avec nous depuis un certain temps…

- Oh… Hum… C'est que… ce n'est rien. Vous disiez donc ?

- À partir de combien de Satomobiles nouvelles génération vendues pensez-vous que nous pourrons les vendre à prix réduits à nos employés.

- Tout dépend du modèle… Le dernier en date… a vraiment demandé beaucoup de… »

Elle s'interrompit alors que son téléphone vibrait. Son sang se glaça et elle grinça des dents.

« Asami ? » l'appela Hiroshi.

Elle regarda son père, lui souriant très légèrement, mais ses yeux étaient tristes, même s'ils ne laissaient pas passer toute la frustration qu'il y avait en elle. Elle respira un bon coup et continua son explication.

« Donc, oui, il a demandé beaucoup de recherches. Honnêtement, je ne suis même pas sûre qu'une centaine de voitures serait suffisante. Surtout que vous leur faites une remise qui est même plus basse que l'achat des pièces seulement… Vous ne pensez pas que c'est un peu excessif ? »

Le téléphone s'arrêta de vibrer, et Asami soupira très légèrement, sa poitrine comme secouée d'un sanglot. Cependant, alors que l'homme en face se défendait, il recommença à vibrer, et Hiroshi surprit son regard inquiet et paniqué. Il laissa l'homme finir son explication, avant de parler :

« Asami, dis-moi chérie, tu ne devais pas te rendre quelque part ? »

Sa fille fut tellement surprise par sa demande, émergeant quelque peu de son état d'angoisse prenante, qu'elle balbutia une sorte de « non », alors qu'elle devait bel et bien aller quelque part. Voyant que la porte de sortie qu'il venait de lui offrir était grillée, Hiroshi essaya de lui en donner une deuxième :

« Bon… En tout cas, s'il y a une urgence… tu sais qu'il faut toujours privilégier les gens auxquels on tient. Donc, je ne sais pas… si tu recevais un coup de fil important… peut-être devrais-tu décrocher… Je ne veux pas que tu fasses comme moi, le soir où ta mère nous a quitté… »

Hiroshi laissa un regard peiné traverser son visage au souvenir de cet évènement tragique.

« Bien entendu », affirma-t-elle.

Son père mentionnait tellement peu sa mère qu'Asami se doutait qu'il essayait de lui faire passer un message important : « fuis dès que tu peux ; va l'aider ». Parfois, Asami se disait qu'elle avait le père le plus exceptionnel qu'il était possible d'avoir.

Puis, à nouveau, le temps s'écoula. Et plus vraiment de nouvelles de Korra. Et ça tombait vraiment mal, parce que maintenant qu'Asami avait l'accord de son paternel, elle n'attendait qu'un signe de celle-ci pour quitter la salle. Mais peut-être avait-elle réglé son problème, ou calmé son hypothétique, et rêvée, excitation.

Puis, enfin, son téléphone vibra : un message. Asami sortit discrètement son portable, et effectivement, quelque chose n'allait pas. Seize appels manqués en moins d'une heure, c'était très alarmant. Surtout quand on considérait que Korra avait envoyé plus de cent SMS, sur cette même période. La jeune ingénieure grimaça. Elle aurait tellement voulu partir avant !

« Je dois y aller, dit-elle avec assurance.

- Une urgence ? demanda un des deux hommes.

- Absolument.

- Votre père doit sentir les choses, Miss Sato. Voilà pourquoi il est si bon en affaires ! »

Elle offrit un rire fort peu sincère, et présenta ses excuses en se préparant pour partir.

« Et peut-on savoir quelle est cette urgence en plein milieu de la nuit ? » demanda l'autre homme, celui qu'elle avait accusé d'être déraisonnable.

Décidément, il avait décidé de l'embêter jusqu'au bout celui-ci !

« Un incident, répondit-elle rapidement en espérant se débarrasser de la question.

- Quel genre d'incident ? demanda-t-il, semblant vouloir la retenir autant qu'il lui était possible.

- Je serais ravie de tout vous expliquer, mais c'est qu'elle m'attend…

- Qui ça ? »

C'était le fameux moment où elle ne pouvait pas répondre « mon amie », ou peut-être que si…

Cependant, avant qu'elle ne formule une réponse digne de ce nom, son père la devança :

« Sa femme. »

Ma quoi ? pensa Asami clignant plusieurs fois des yeux pour assimiler ce que ces oreilles venaient d'entendre.

Dans son souvenir, elle n'était mariée à personne. Elle essaya de rester impassible, même si elle avait peur d'avoir un peu pâli face à la réponse de son père, et d'avoir l'air surprise.

« Oh, nous ne savions pas que vous étiez mariée ! » reprit l'autre homme.

Moi non plus, pensa Asami.

Et c'est ce que sa bouche prononça malencontreusement.

« Je… Je veux dire, on est fiancées ! » reprit-elle, rougissant légèrement.

Fiancée à Korra… Quelle idée. Quelle drôle d'idée. Et surtout une idée étrangement trop agréable. Ce qui lui déclenchait une douce chaleur de se propager dans sa poitrine.

« Mon père va parfois un peu vite en besogne, mais comme vous le disiez, c'est peut-être sa façon de toujours prévoir les choses qui lui permet d'être un visionnaire en matière de nouvelles technologies… »

Elle jeta un regard à son père qui lui disait « mais dans quoi est-ce que tu m'as fourrée ? » et il lui répondit d'un sourire amusé. Un bref rire lui échappa.

« C'est bien ma fille ça ! Fiancées, mariées, c'est du pareil au même ! Allez, file, je m'occupe de ces deux messieurs.

- Merci, papa, répondit-elle à moitié sincère et à moitié ironique. »

Elle alla vers la porte, et au moment où elle était en train de la refermer, l'homme qui semblait tout mettre en œuvre pour l'empêcher de partir déclara :

« C'est étrange, vous ne portez pas votre bague de fiançailles… »

Zut ! Fallait-il vraiment qu'il remarque une chose pareille ? C'était le moment de mentir.

« Nous tenions à garder notre vie privée, répondit-elle avec défiance. Mais il a fallu que mon père vende la mèche. Sur ce, je vous laisse, ma… fiancée m'attend. »

Elle ferma la porte criant presque victoire. Comment était-ce possible que s'échapper d'une réunion soit si compliqué ? Jusqu'à dire qu'elle était mariée… Son père aurait pu faire plus fin… Elle espérait simplement que ce petit… gros mensonge n'aurait pas répercussions.

Elle n'avait de toute façon pas le temps de s'en soucier : Korra l'attendait. En descendant à sa voiture, elle lui envoya un bref message : « j'arrive », pour lequel elle n'eut aucune réponse. Elle craignit le pire. Pourtant, elle tâcha de se concentrer sur sa conduite, dépassant très légèrement, ou d'un peu plus, les différentes limites de vitesse, avec une évidente prudence, pour arriver le plus vite possible.

Elle gara sa voiture négligemment, et en fut sortie dans la seconde qui suivait son arrivée à la vitesse éclair. Comme d'habitude, sa Satomobile était garée en face de la maison de Korra, et elle traversa la rue, enfonçant presque la porte, mais se forçant à l'ouvrir simplement.

« Korra ? » l'appela-t-elle, désirant de tout cœur trouver son amie.

Elle passa rapidement le couloir et débarqua dans le salon. Korra était là, penchée sur la petite table basse, en train de se servir à boire.

« Korra ! s'exclama Asami, quelque peu soulagée.

- T'en as mis du temps, grogna celle-ci continuant à se servir sa boisson, la voix dure et fluctuante.

- Korra, est-ce que ça va ? »

Asami se rapprocha de son amie, inquiète de ces paroles brutales, et de son intonation changeante.

Elle vit alors que Korra était en train de boire une bouteille de whisky, déjà très bien entamée, deux bouteilles de bière déjà présentes sur la table basse. Elle avait le regard vague, les joues rouges, les gestes imprécis et brusques : elle était soule.

« Oh, Korra… Ne me dis pas que tu as bu tout ça, s'attrista Asami.

- Et si ! Puisqu't'étais pas là, la bouteille a souhaité me tenir compagnie ! »

Une vague de culpabilité submergea la jeune ingénieure : comment avait-elle pu laisser ça arriver ? Tout ça à cause d'une stupide réunion !

Elle ignora bien vite toutes ces réflexions ; Korra était en train de boire son verre et allait sans aucun doute s'en servir un autre : elle devait l'arrêter.

Elle s'assit à côté de la jeune femme aux yeux bleus, la dépossédant de son verre et le posant sur la table.

« Asamiiiiiii, couina-t-elle sans pour autant lutter.

- Je suis désolée, Korra, d'être arrivée si tard… Mais s'il te plait, ne fais pas ça. Ne noie pas ta peine dans l'alcool. Nuit et jour, je serai toujours là pour toi. J'ai eu un empêchement… mais ça n'arrivera plus. »

Korra laissa tomber sa tête sur l'épaule d'Asami avant de répondre.

« Pourquoi tout est aussi simple ? dit-elle plus pour elle-même que pour quiconque.

- Quoi donc ? demanda Asami déconcertée.

- Toi. Pourquoi tu serais prête à faire ça pour moi ? »

Korra se positionna face à Asami, plongeant ses yeux bleus dans les verts.

« Pourquoi tu ne peux pas me laisser boire ? Comme ça, tu serais débarrassée de moi, et Mako aussi…

- Korra, mon père a bu après la mort de ma mère, et crois-moi, ça s'est très mal passé. Il est hors de question que je te laisse faire ça. Et puis, personne n'essaie de se débarrasser de toi. Si Mako a dit quelque chose comme ça, il ne le pensait surement pas.

- Il le pensait… »

Sentant qu'elle n'arriverait pas à mettre en déroute les pensées de Korra, elle changea de stratégie.

« Je ne le pense pas, insista-t-elle. D'accord ? Tu es importante pour moi, Korra. J'ai besoin de toi et je… »

Elle ne put finir sa phrase, alors que deux lèvres chaudes se collèrent aux siennes, dans un baiser aussi improvisé qu'alcoolisé.

Asami ne bougea pas, son corps était comme figé. Elle n'en aurait de toute façon pas eu le temps, car bientôt c'était fini, et elle ne sut trop quoi dire, ou faire. Puis, elle reprit un peu ses sens, même s'ils ne savaient pas trop où s'orienter.

« Korra », soupira-t-elle, mais elle ne savait pas elle-même si c'était parce que les lèvres de l'autre femme s'étaient trop vite échappées ou si c'était parce qu'elles avaient commis un instant le sacrilège de toucher les siennes.

L'interpelée la regarda avec curiosité, attendant une fin de phrase.

« Korra, répéta-t-elle, pourquoi as-tu fait ça ?

- Tu as aimé ?

- Quoi ? répliqua Asami, étonnée et ne comprenant plus rien à rien.

- Le baiser, tu as aimé ?

- Ce n'est pas la question, Korra…

- C'est ma question ! Et je ne répondrais pas à la tienne tant que tu n'auras pas répondu à la mienne ! Correctement. »

Asami grogna. Décidément, quand Korra s'y mettait ! Qu'est-ce qu'elle était censée répondre de toute façon ?

« Quelle est la bonne réponse ? demanda Asami, à la fois avec frustration et amusement.

- Non, répondit Korra. La bonne réponse est non.

- Oh ? Pourquoi donc ?

- Comme ça je peux t'en donner un mieux. »

Asami rit un peu. Et bien qu'une partie d'elle voulait répondre non pour à nouveau gouter à ses lèvres, elle savait ce qu'elle devait vraiment répondre, parce que Mako semblait aimer Korra (même si ça semblait très discutable par moment), etque Korra aimait Mako ; elle était juste sous l'emprise de l'alcool, rien de plus. Absolument pas une histoire de sentiments !

« Alors oui, Korra, j'ai aimé ton baiser, dit Asami.

- Tu en mérites bien un autre alors ! s'exclama-t-elle en s'élançant vers le visage de l'autre femme.

- Attends, Korra, non ! »

Mais c'était trop tard. Asami mit ses mains sur les épaules de Korra pour pouvoir la tenir à bonne distance, mais ses lèvres étaient à nouveau sur les siennes, et cette fois s'acharnaient à y rester.

Elles traversèrent les montagnes de sang fermement, essayant d'obtenir une réponse de leur adversaire, trouvant un nouvel angle d'attaque. Et il sembla que l'offensive porta ses fruits, alors que la volonté d'Asami mourut sur le champ ; doucement, ses yeux se fermèrent, comme un endormissement de son état de conscience, et ses lèvres se mirent à bouger en harmonie avec celle de l'autre femme, alors qu'une douce chaleur prenait naissance en leur sein et se propageait dans tout son corps, sourd des cris sifflants de sa moralité qui lui hurlait d'arrêter.

Alors ces mains, qui étaient censées la repousser, l'attirèrent plus près, comme un automatisme, comme un mouvement qu'elle avait déjà pratiqué cent fois. Elles passèrent dans les cheveux bruns à la fois avec délicatesse et emportement. Et Korra s'agrippa à sa taille, n'étant elle-même plus maitre de ce qu'elle avait initié. Aucune des deux ne l'était.

Quelque part, leur baiser s'enflamma, s'approfondit, leurs bouches en manque de l'une de l'autre alors même qu'elles étaient connectées. Quelque part, Korra manqua d'air et ses lèvres se déconnectèrent pour moins d'une seconde. Un air frais passa alors sur la bouche d'Asami tandis qu'elle attaquait à nouveau sa proie.

Mais cette seconde fut suffisante pour que l'ingénieure retrouve un peu ses sens endormis, et elle se détacha tendrement de Korra, baissant un peu la tête. Elle essayait de comprendre ce qui lui avait pris. Elle savait pourtant. Elle savait qu'elle ne devait pas faire ça. En même temps, elle ne l'aurait pas fait si Korra n'avait pas commencé. Mais cet emportement ? Ça ne lui ressemblait pas.

« Korra, commença-t-elle avec hésitation ne regardant pas la concernée, qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce que tu fais ? Qu'est-ce que nous faisons ?

- Mmmm, je pensais qu'on s'embrassait, sauf erreur de ma part.

- Et sauf erreur de ma part, tu es amoureuse de Mako, alors pourquoi tu fais ça, Korra ? Quel est le but ?

- On ne peut pas l'oublier un instant, gémit la femme aux yeux bleus.

- Non, on ne peut pas ! Il est le premier concerné par… ce qui se passe. Peu importe ce que c'est. Je croyais que tu l'aimais ?

- Oui… C'est vrai. Mais je t'aime aussi beaucoup, toi. La seule chose qui arrive dans ma relation avec Mako, c'est des problèmes, des problèmes qui finissent par s'endormir dans tes bras à toi. Tu penses pas qu'il y a quelque chose qui cloche ?

- Je suis ton amie, Korra. C'est normal que je sois là quand tu as besoin.

- Oh, et c'est aussi normal que tu m'embrasses comme ça ? Tu as des sentiments pour moi, Asami.

- Je… »

Elle ne pouvait pas dire non, parce qu'elle savait qu'il y avait effectivement quelque chose d'un peu trop intense quelque part dans leur amitié. Mais c'était la limite d'Asami : l'amitié. Elle avait catégoriquement refusé de voir plus loin que ça, parce que Korra était en couple. Sauf qu'actuellement, son couple battait de l'aile, et plus rien n'avait de sens.

Comment pouvait-elle avoir des réflexions pareilles quand elle était soule au juste ?

« Tu m'as embrassée, Korra, répondit-elle.

- Et tu aurais pu me gifler, mais tu ne l'as pas fait.

- Korra, ne sois pas stupide. Ne donne pas raison à Mako. Ne le trompe pas. Surtout pas avec moi.

- Je t'ai juste embrassée, qui a dit que ça allait aller plus loin ? ironisa-t-elle avec un sourire narquois. »

Moi, je pense que ça aurait pu aller plus loin, pensa Asami. J'aurais pu aller plus loin… Attends, quoi ? Non ! Ce baiser n'aurait déjà jamais dû arriver ! Catastrophe…

« Personne n'a dit ça », répondit Asami en vitesse.

Korra leva un sourcil.

« Dans ce cas, quel est le problème ?

- Le problème… Le problème, c'est que tu devrais même pas penser à faire ça ! et que tu es complètement soule. Donc, tu sais quoi ? On parlera demain quand tu seras sobre.

- Bon, du coup, je peux finir ma bouteille, répondit-elle sereinement en reprenant la bouteille de whisky.

- Absolument pas ! »

Asami saisit la bouteille.

« On va se coucher », déclara-t-elle, n'acceptant pas une quelconque résistance.

Elle prit la main de Korra et la mena jusqu'à sa chambre.

« Habille-toi et dors, ordonna la femme sobre.

- Tu ne viens pas avec moi ?

- Non, je prends le canapé.

- Mako ne revient pas demain.

- Ce n'est pas à propos de Mako… Attends, comment ça « il ne revient pas demain » ?

- Il a dit « appelle-moi quand ta petite amie se sera barrée de chez moi ». Donc, tu peux venir, personne nous dérangera. »

Asami se massa le front. Des fois, elle se demandait comment ça se faisait que Korra était encore avec Mako alors que leur relation lui paraissait sincèrement malsaine. Comment pouvait-il faire des crises de jalousie pareilles ? En même temps, qu'est-ce qui avait pris à Korra de l'embrasser ? Elle grogna.

« Peu importe. Je ne vais pas dormir avec toi, Korra. »

C'était mieux ainsi. Si elle devait rester l'amie, et seulement l'amie de Korra, il était temps de poser des limites. Et ça, c'était une des limites, parce qu'il n'était absolument pas normal qu'elles se sentent tellement bien quand elles dormaient ensemble. C'était une habitude dont il fallait se débarrasser.

Korra gémit, mais la femme aux yeux verts ferma la porte de sa chambre, et se dirigea vers le canapé. Elle débarrassa la table des différents contenants d'alcool, puis s'apprêta à s'endormir. Elle n'avait que des coussins et sa tenue de travail qu'elle avait porté toute la journée. Elle se débarrassa au moins de ses hauts talons, et fut contrainte de garder le reste. Elle regarda le plafond, et aurait aimé que le sommeil la saisisse instantanément. Au lieu de cela, elle médita sur la situation.

Elle explora d'abord la relation de Korra et Mako, se demandant ce qui avait bien pu se passer pour que ça en arrive à ce point-là. Étrangement, elle sentait que Korra était plutôt du genre à garder son mal plutôt qu'à essayer de le noyer. C'est ce qu'elle avait fait pendant un bout de temps, après tout. Donc, la situation devait se présenter assez mal. Pourtant, elles en avaient parlé ! Elles avaient essayé de trouver des solutions. Mais même avec ça, il semblait que ce soit vraiment complexe de ne pas faire couler le bateau.

Ensuite, elle essaya tout de même de trouver des solutions, mais aucune ne lui venait à l'esprit. Elle avait beau chercher, essayer de comprendre l'essence de leur relation, elle ne comprenait pas comment leur couple avait tenu aussi longtemps.

Peut-être n'avait-ce pas toujours été comme ça ? Dans ce cas, qu'est-ce qui avait tant changé ? Le seul fait de vivre ensemble ne pouvait pas apporter tant de problèmes, n'est-ce pas ?

Plus elle réfléchissait, moins elle comprenait. Après plusieurs minutes à se creuser la tête, elle en vint même à se demander si ça en valait la peine. Ça se trouve aucun des deux ne voulaient faire d'efforts. Et même s'ils en faisaient, c'était à quel prix ? Elle avait plutôt l'impression qu'en ce moment, ils faisaient un concours à qui ferait le plus d'âneries.

Ils se hurlaient dessus tous les deux. Et entre Mako qui faisait des crises de jalousie, lesquelles commençaient à lui paraitre justifiées d'ailleurs, et Korra qui l'embrassait, rien n'allait.

Et elle n'arrêtait pas de se demander « pourquoi ? ». Pourquoi maintenant ? Pourquoi tout court ? Est-ce que Korra avait des sentiments pour elle ou faisait-elle cela juste pour embêter Mako ? Pour s'amuser peut-être ? À cause de l'alcool ?

Elle craignait que ce soit un mélange de tous ces éléments.

Elle sentait encore l'alcool parfumer ses lèvres rouge sang, la douce pression mortelle qui y avait été apposée, son envie brulante et enivrante de la retourner, avec une férocité légère et nouvelle, et la chaleur. La chaleur de son corps, de celui de Korra, de leurs deux êtres liés.

Tout en repensant à cela, Asami passa inconsciemment sa langue sur ses lèvres, comme voulant récupérer une ancienne saveur céleste qui lui avait été autrefois offerte.

Et de là, elle pensa à sa propre relation avec Korra. Qu'est-ce qu'elle était en train de faire au juste ?

Mais avant qu'une tornade de questions ne vienne ravager son esprit, elle entendit Korra gémir :

« Asamiiiiiiiiii, je peux pas dormir sans toi !

- Tu n'as même pas essayé ! cria celle-ci en tant que réponse.

- Ça fait vingt minutes que j'essaie ! S'il te plaiiiiiiiit. »

Asami grogna. Elle savait qu'elle avait un mal fou à résister au petit ton plaintif de Korra, mais elle devait essayer.

« Dors, Korra ! Je serai là demain.

- Peut-être pas. Peut-être que tu dis ça pour te débarrasser de moi. Je ne te vois pas, après tout.

- Korra, il faut que je te le dise combien de fois ? Je n'essaie pas de me débarrasser de toi !

- Pourquoi tu me rejettes alors ?

- Je ne te rejette pas.

- Alors pourquoi tu ne viens pas avec moi ? J'me sens seule sans toi, Asami… »

Et elle se sentait seule aussi, maintenant qu'elle y pensait : allongée sur ce canapé, entourée de meubles immobiles et de murs la regardant de haut.

« S'il te plait, Asami. Je te promets que je ne t'embrasserai pas… »

Et ce fut suffisant pour finir de la convaincre. Elle soupira légèrement alors qu'elle se levait et se dirigea vers la chambre de Korra. Elle ouvrit la porte, mais s'adossa à l'encadrement pendant plusieurs secondes. Les yeux bleus la fixèrent, le questionnement visible en leur sein.

« Est-ce que tu viens ? demanda leur propriétaire.

- Fais-moi une place, ordonna Asami. »

Korra sautilla joyeusement vers un côté du lit pour laisser une place à Asami. La femme aux cheveux de jais s'installa à côté de Korra. Elles se couchèrent toutes les deux sur le côté, se regardant face à face.

« Tu sais, je pense toujours que c'est une mauvaise idée. »

Korra fredonna en réponse, et Asami soupira.

« Asami, c'est bon, on ne fait rien de mal. »

Elle fixa les yeux bleus, et ne put y voir que sincérité. Sans même s'en rendre compte, sa main était sur le visage de Korra, en train de caresser sa joue avec douceur. Korra tourna légèrement la tête pour embrasser la main à la peau pale, et Asami sentit son bras s'enflammer comme jamais auparavant,son cœur s'accélérer propulsant cette chaleur mortelle dans le reste de son corps.

Rien de mal, hein. Elles ne faisaient rien de mal.

La seconde d'après, Korra était contre elle, ses mains autour de sa taille, et Asami caressait ses cheveux.

Puis, rapidement, elles s'endormirent dans le calme et la tranquillité qu'elles n'arrivaient à acquérir que lorsqu'elles étaient ensemble ; leur sommeil était toujours plus paisible quand leurs cœurs battaient ensemble l'harmonie et que leurs souffles se murmuraient leur affection.


A/N : Merci pour la lecture !

Une petite review ? Ça motive ! J'espérais être bientôt à la fin de cette histoire mais je prends toujours des détours inattendus en écrivant. Donc, j'espère qu'elle continuera à vous plaire ! Mais on va y arriver un jour. Au point où j'en suis, on va au moins jusqu'au douzième chapitre, voire plus. C'est qu'à la base, ça ne devait faire qu'un chapitre. On voit où ça nous a mené tout ça !

En tout cas, je suis dispo pour tout commentaire, des questions même, des plaintes, tout ce que vous voulez ! Je trouve que c'est une chance quand même de pouvoir dialoguer (enfin façon de parler) avec l'auteur d'un texte. Oui, je radote surement.

C'est pour ça que je vais vous dire : à plus !

Lion