Chapitre 7 : Existence.
Les rayons matinaux vinrent caresser le visage endormi de Shirley. Elle commençait à se réveiller. Bientôt elle ouvrit les paupières et laissa le temps à sa vision de s'adapter à la lueur du jour. Elle regarda l'heure affichée sur le réveil de la table de chevet. Il indiquait presque huit heures. Elle se retourna de l'autre côté du matelas et vit un brun jeune homme endormi.
Depuis qu'elle avait emménagé ici, elle n'avait jamais passé une seule nuit entière dans sa chambre. Tous les soirs, elle commençait par s'endormir dans son lit, mais un cauchemar venait toujours perturber son sommeil. Alors, elle se réveillait, bien trop effrayer pour se rendormir. Depuis sa première nuit ici, Suzaku avait pris pour habitude de laisser sa porte ouverte, comme pour dire qu'elle était la bienvenue. Parfois elle le retrouvait réveillé en train de lire, d'autres fois il était déjà assoupi un livre en main. Elle se demandait quelques fois s'il ne l'attendait pas. Alors, elle se glissait dans les draps, elle lisait un peu pour se changer les idées, puis elle tombait doucement dans les bras de Morphée. C'était une habitude qui calmait ses rêves agités.
Elle observa le visage apaisé de son ami. Il n'avait pas beaucoup changé depuis sa vie antérieure. Il avait juste l'air un peu moins dynamique qu'avant et ses traits un peu plus tirés par la fatigue ou par des soucis qui lui étaient inconnus. Elle savait que lui aussi connaissait une grande solitude et avait perdu des êtres chers. Cependant, il n'en parlait jamais et elle avait du mal à déterminer l'ampleur de son mal être. Elle ne le lui avait jamais demandé, c'était difficile à aborder. De plus, elle se doutait qu'il éviterait la question pour ne pas l'inquiéter. Pourtant, elle était persuadée qu'elle comprendrait ses tourments. Après tout, ils se ressemblaient : il étaient deux êtres qui avaient perdu leur bien aimé, qui avaient vécu seuls entre la vie et la mort pendant quelques années, et qui devaient cacher leur vraie identité au reste du monde.
Après un moment, elle se décida à se lever. Aujourd'hui encore elle devait s'appliquer aux tâches ménagères qui étaient les conditions de son emménagement ici.
Elle commençait toujours par préparer le petit déjeuner. Suzaku et elle le prenaient ensemble. Puis, elle s'appliquait à nettoyer, tandis qu'il allait à la salle de sport de l'édifice. Elle commençait à comprendre pourquoi l'immeuble devait être inhabité ; il ne faudrait pas que quelqu'un le voie se balader dans les couloirs alors qu'il est censé être mort. Puis, lorsqu'il rentrait et allait prendre sa douche, elle préparait le déjeuner qu'ils mangeaient en regardant les actualités du midi à la télévision. Ensuite, dans l'après midi, elle faisait la lessive s'il y en avait besoin, et elle allait parfois faire les courses à l'épicerie du coin pour les repas suivants. Si elle n'avait plus rien à faire, elle tenait souvent compagnie à Suzaku dans son bureau en prenant un bouquin. Pour le dîner, elle n'avait souvent plus qu'à réchauffer les restes du midi.
Ce schéma se répétait depuis deux semaines déjà. Bien qu'elle ne sût toujours pas quoi faire de sa vie, elle ne s'était jamais sentie aussi bien depuis qu'elle s'était retrouvée dans ce corps. Entre autres, elle n'était pas obligée d'être quelqu'un d'autre lorsqu'elle était ici. Peut-être qu'elle n'avait pas besoin de se reconstruire. Être la femme de ménage de cet appartement était probablement sa seule façon de trouver un peu de répit et de bonheur. Malheureusement, elle se rappelait amèrement que cette cohabitation se devait d'être temporaire.
Ce soir-là, ils s'étaient décidés à regarder la télévision. Shirley était assise dans le sofa et elle attendait qu'il lance le film. Elle avait acheté du pop-corn pour l'occasion, et elle tenait le bol dans ses deux mains.
Quand la première note du générique résonna, Suzaku vint s'installer. Il se plaça proche d'elle pour être à proximité du pop-corn.
Ils se plongèrent tous les deux dans les premières minutes du film. Puis lentement, Shirley sentit la fatigue planer sur elle. Se réveiller avant huit heures étaient peut-être trop matinale pour une personne qui ne dormait pas la moitié de la nuit.
Ses paupières, lourdes, ne tardèrent pas à se fermer. Son corps ensommeillé se pencha vers Suzaku. Presque naturellement, sa tête se retrouva sur l'épaule du jeune homme.
Cependant, le contact ne tarda pas à faire réveiller brusquement la brune. Elle reprit sa posture, et souffla un gêné « Désolé ».
Soudain, elle vit le bras de Suzaku passer derrière son épaule. Celui-ci la ramena doucement vers lui. De nouveau, sa tête atterrit sur l'omoplate de son ami. Il l'enlaçait presque.
Le regard tourné vers elle, il lui dit affectueusement : « Tu peux dormir »
Elle ne dit pas mot. Le bruit de fond du film et la douce et étroite proximité de son ami suffit à la bercer. Quelque part dans son sommeil, elle se sentit bien, en sécurité, et peut-être bien aimé pour qui elle était pour la première fois depuis longtemps.
Suzaku se laissait envahir par la douce chaleur de la jeune femme. Il se rapprocha d'elle et resserra son étreinte.
Quand le film vint à se terminer, il réveilla délicatement l'endormie. Il se leva et éteignit la télévision. Shirley regretta la séparation. Elle n'aimait pas cette sensation de froid.
Elle se mit elle aussi debout avec réticence. Il était malheureusement l'heure d'aller se coucher. Elle se dirigea vers sa chambre en traînant des pieds. Elle imaginait déjà les cauchemars qui l'attendaient dans cette sombre pièce.
Soudain, elle sentit qu'on lui saisissait les doigts. Elle se retourna et vit Suzaku. Il lui relâcha la main.
« Si tu veux venir maintenant... » commença-t-il par dire en indiquant sa chambre, « ça ne me dérange pas ».
C'était la première fois qu'il l'invitait à dormir dans sa chambre avant même qu'elle ait eu un cauchemar. Elle n'hésita pas et acquiesça. Elle eut espoir que lui aussi avait besoin d'elle. Elle le suivit jusqu'à son lit et s'enfouit dans les draps. Suzaku aussi s'y glissa avant d'éteindre les lumières.
Pendant un moment, personne ne parla.
« Tu dors ? » demanda doucement Shirley.
« Pas encore » répondit le jeune homme en se tournant de son côté.
Dans la pénombre, il croisa le regard de la brune et y resta accroché.
« Je me demandais comment je pouvais te remercier Suzaku », dit-elle dans un souffle.
« Pour ? »
« Pour tout ce que tu fais pour moi », répondit-elle en comparant son pauvre état antérieur à celui actuel.
Il faillit répondre mais elle l'interrompit. « Les tâches ménagères ne sont pas assez pour compenser » déclara-t-elle. « N'y a-t-il pas quelque chose que je puisse faire en échange ? Quelque chose pour t'aider ou te soulager ? ».
Elle espérait qu'il se livre un peu à elle, comme elle l'avait fait.
Le jeune homme réfléchit. Puis, il proposa: « Juste pour ce soir, est-ce qu'on pourrait dormir en se tenant la main ? »
Surprise, elle l'observa un instant. Elle lut dans ses yeux qu'il était sérieux. Sa main alla alors chercher la sienne sous la couverture, et leurs doigts s'entremêlèrent timidement. Suzaku ferma les yeux et laissa la sensation du toucher le parcourir.
« Ce n'est pas avec ça que je compense quoi que ce soit », souffla-t-elle en gardant leurs mains liés. Elle avait l'impression que c'était plus pour elle que pour lui qu'il avait demandé cela. La plaçait-il toujours devant ses problèmes ?
« Si tu savais » pensa-t-il.
La présence de l'un, son regard, son toucher, sa chaleur, rappelaient à l'autre, d'une manière rassurante, qu'il n'était pas seul et que oui, il existait.
Oui oui, un nouveau chapitre rien que pour vous ce week end ! Hé hé !
Comme d'habitude, merci à ceux qui postent des reviews, ceux qui me suivent, ceux qui me lisent et qui sont arrivés jusqu'à 7e chapitre. Vous êtes géniaux !
La suite est pour bientôt
Tchouss~
