En ce jour ensoleillé, Molly Weasley n'aurait pu être plus heureuse. Son fils aîné, son Bill chéri, avait épousé la femme de ses rêves. Si Molly n'avait pas su apprécier Fleur dès leur première rencontre, elle pouvait aujourd'hui se dire très fière d'accueillir la jeune femme dans les rangs de la grande famille Weasley.
La matriarche laissait son regard courir sur la foule, sur le plancher de danse et autour des tables. Cela l'émouvait de voir tant de beauté, tant de richesse, dans l'humble cour du Terrier. Les familles des mariés, leurs amis, leurs collègues, tous dans leurs plus beaux atours ; Ginny et Gabrielle, resplendissantes dans leurs robes dorées ; Ron et Hermione, l'air des plus heureux en tournant l'un autour de l'autre au centre du plancher de danse ; même Fred et George étaient propres et coquets dans leurs habits d'un bleu profond, leurs cheveux roux bien ordonnés.
Ses yeux se posèrent alors sur les mariés, le clou de la soirée. Son fils, les cheveux – toujours trop longs, de l'avis de sa mère – tirés en catogan, libérant son visage, beau malgré les cicatrices. Et sa belle-fille, simplement magnifique dans sa robe simple. Il émanait d'eux une aura de pur bonheur alors qu'ils se regardaient dans les yeux en dansant. Molly porta la main à sa poitrine.
Clic !
Le son fit sursauter Molly. À quelques pas d'elle, une jeune femme aux cheveux bouclés baissa l'appareil photo qu'elle tenait à ses yeux et lui sourit.
— Excusez-moi, je ne voulais pas vous surprendre, dit-elle. Mais j'adore les photos incognito, comme ça. Ce sont souvent mes meilleurs clichés.
Molly lui sourit à son tour, faisant signe qu'il n'y avait pas eu de mal, et la photographe continua sa tournée. Elle s'arrêta devant Viktor Krum entouré de cousines Delacour, devant Gabrielle qui dansait avec son père, devant Charlie qui montrait son plus récent tatouage à Ron et Harry – Barny.
Quand elle s'approcha d'une jeune femme en robe jaune fluo et souleva son appareil, Molly dut s'empêcher d'aller la rejoindre, la prendre par le bras et l'attirer vers d'autres convives. Luna avait le droit d'être prise en photo, se dit-elle, d'être immortalisée dans l'album qui commémorerait la journée. Elle avait été invitée.
Pendant que Molly la regardait, Luna se mit à danser, seule, tournoyant sur elle-même, les bras dans les airs, sa tête tellement penchée vers l'arrière que le tournesol qui ornait ses cheveux semblait sur le point de tomber. Elle semblait ignorer totalement ce qui l'entourait, que ce soit la photographe qui continuait à la mitrailler ou les autres invités qui s'éloignaient d'elle avec des rires à peine camouflés.
Molly se mordit la lèvre, à mi-chemin entre la contrariété et l'amusement. Si elle faisait quoi que ce soit pour interrompre Luna, ses enfants ne lui pardonneraient pas. Les Lovegood avaient toujours été de bons voisins, appréciés des Weasley. Elle espérait seulement que la photographe continue sa tournée. Il y avait tellement d'autres photos à prendre, de moments dont elle voudrait plus se souvenir que celui-ci.
À ce moment, Ginny s'approcha de Luna, l'observa quelques secondes, puis se joignit à la danse étrange, sa robe dorée tournoyant autour de ses jambes nues. La petite Gabrielle se joignit rapidement aux deux amies, ses mouvements enfantins donnant une certaine grâce à la routine.
Les regards amusés se mêlaient maintenant à ceux, attendris, de la famille Delacour, et aux coups d'œil admiratifs que lançaient plusieurs garçons aux formes de Ginny qui se mouvaient sous sa robe – Molly espérait qu'Arthur n'était pas là pour constater qu'on reluquait sa petite fille chérie.
Et la photographe continuait à mitrailler.
Molly sourit.
Finalement, il s'agissait d'un souvenir qu'il lui ferait plaisir de revoir, année après année.
