De plus en plus de revieweurs et de plus en plus de compliments, comment voulez-vous que je ne rougisse pas ensuite ? Des critiques également, mais toujours justifiées et toutes aussi appréciées !

MERCI

Je ne le dirai jamais assez.

Vous avez l'air bien sûr que Drago reviendra chercher Hermione... Qui sait ? Elle peut se débrouiller toute seule comme une grande notre révolutionnaire, non ? Non ? Bon... Si vous tenez vraiment au sauvetage héroïque, grandes romantiques que vous êtes, je ne peux que vous l'offrir avec le sourire...

ou pas.

Bonne Lecture à Vous tous !

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Chapitre 6 : Rien ne sert de courir, il faut partir à point.

La clochette retentit. Un nouveau client, donc. Cette fois était la bonne. On ne le perd pas des yeux. On patiente. On se fait toute petite. On se rapproche discrètement de la sortie. On patiente. Le client paye la marchandise. Il s'apprête à quitter les lieux. La porte s'ouvre. Trois. Deux. Un...

Maintenant.

Hermione bondit de derrière le comptoir et se mit à cavaler le plus vite possible à travers la boutique. Elle entendait déjà les cris du vendeur qui hurlait de fermer la porte, mais n'y prêta aucune attention et bouscula les quelques clients, renversa de nouvelles potions et se rua vers l'extérieur avec un sourire de victoire. Au moment où elle sentait l'air frais effleurer son visage, un sortilège l'atteignit de plein fouet et le corps de la jeune femme effectua un brusque virage sur la gauche, son dos heurtant l'étagère. Les côtes douloureuses, elle se força néanmoins à se relever et vacilla aussi loin qu'elle le put. Mais le bruit d'une porte qui claque lui assura que la sortie venait de clôturer ses espérances d'échappatoire.

C'était une nouvelle tentative, et un nouvel échec.

Une poigne acérée se referma sur son bras endolori, et le vendeur la força à retourner s'assoir sur les deux petites marches à côté du comptoir.

- Je ne vais pas m'amuser à te surveiller toute la journée ! gronda-t-il. Tiens-toi tranquille, bon sang ! Ou je me verrais dans l'obligation de t'attacher, et ce n'est pas ce que je veux !

Il se tourna ensuite vers l'autre femme esclave :

- Elena ! Ramasse-moi le verre cassé et met un peu d'ordre dans cette boutique !

La dénommée Elena s'empressa de s'exécuter, et Hermione la regarda nettoyer ses propres maladresses d'un œil sombre. Assise en tailleurs, l'ancienne Gryffondor ne bougea plus d'un centimètre et resta ainsi à cogiter jusqu'à la tombée du soir.

- Allez, on ferme ! déclara le commerçant qu'Hermione savait désormais s'appeler Salmon. Assez de dégâts pour aujourd'hui.

Alors qu'elle s'attendait à être emmenée à l'extérieur, ils se dirigèrent tous trois vers l'arrière boutique, et elle découvrit avec surprise que le vieil homme habitait là. Il la fit entrer dans une petite pièce miteuse où ne résidaient qu'un vieux lit avec sa malheureuse table de nuit, une lampe de chevet cassée posée sur celle-ci, un lavabo, un miroir et une lampe de plafond dont l'éclairage était si faible qu'il en faisait mal aux yeux. D'un coup de baguette magique, Salmon fit apparaître le long du mur de gauche un second lit, identique au premier, avec sa table de nuit.

- Voilà ta chambre, lui dit-il. Le matin, tu te laves au lavabo, et les toilettes et la douche sont sur la porte de droite. Ma chambre est juste à côté. Inutile de préciser qu'au moindre pas qui craque sur le plancher, je l'entendrai. Elena, je compte sur toi pour l'intégrer aux tâches habituelles.

L'esclave acquiesça.

- Au fait, comment t'appelles-tu ? demanda-t-il à l'adresse d'Hermione.

- Heu...Pansy, fut le premier nom qui lui vint à l'esprit.

Le vendeur quitta la pièce, tandis qu'Hermione se maudissait d'avoir choisi un nom qui la dégoûtait autant.

Sans un mot, Elena saisit le balai et se mit à dépoussiérer le parquet. Hermione alla s'asseoir sur son lit, et l'observa. Lorsqu'elle eût fini le ménage, elle ouvrit la table de nuit et en retira quelques gaillons, avant de sortir de la chambre.

- Où vas-tu ? l'interpella enfin Hermione.

Elena se retourna vers elle, surprise d'entendre le son de sa voix.

- Acheter à manger pour Salmon, répondit-elle.

- Toute seule ? s'étonna Hermione.

- Oui.

- Je peux venir ? espéra-t-elle, le moteur de son cerveau se remettant aussitôt en marche.

- Non. Pas ce soir.

- Demain soir, alors ?

- Non plus. Pas demain soir.

Hermione soupira.

- Quand pourrai-je t'accompagner ?

- Tu viendras avec moi le jour où tu auras gagner la confiance de Salmon.

Hermione lâcha un rire glacial.

- Je ne resterai jamais assez longtemps pour ça, crois-moi.

Elena tira un petit sourire attendri, le même que lui lançaient habituellement les autres esclaves lorsqu'elle déclarait avoir l'intention de s'échapper. Puis, elle partit.

Hermione s'allongea sur son lit, épuisée. Elle repensa à Drago. Elle repensa à son expression désolée, juste avant qu'il ne la laisse aux mains de Salmon. Une expression qui signifiait clairement qu'il ne pouvait plus rien pour elle.

En dépit de sa bonne raison qui lui assurait que Drago n'avait pas eu le choix, que c'était mieux pour lui d'être finalement débarrassé d'elle, Hermione ne pouvait s'empêcher de lui en vouloir un peu. Juste assez pour avoir le sentiment d'être la victime de l'histoire. Mais la vérité était là : elle s'était mise elle-même dans le pétrin, et devrait s'en sortir toute seule. Ce ne serait pas la première fois, de toute façon. Elle avait connu pire. Ce Salmon lui apparaissait bien insignifiant à côté de Lord Mayer.

A cette pensée, Hermione fut parcourue d'un violent frisson et se recroquevilla sur elle-même avant de tirer le drap au-dessus de sa tête. Il fallait qu'elle pense à autre chose.

Elle imagina Drago et Pattenrond, au chaud dans leur chaumière, et ne put s'empêcher d'être heureuse pour son animal autrefois battu.

Il avait de la chance, son chat, de se trouver dans les bras de Drago à l'heure qu'il était.

Hermione fronça les sourcils et secoua légèrement la tête ; venait-elle d'envier à son chat la présence du Serpentard ? Non, elle n'avait jamais pensé ça. Pas ainsi, pas de cette manière. Ce qu'elle se disait, c'était que Drago avait de la chance d'être avec son chat. Voilà, c'était ça. Ça avait beaucoup plus de sens, tout à coup.

Elena revint au bout d'une demi heure, amenant deux assiettes de riz et salade avec elle, ainsi que deux fourchettes. Hermione se redressa sur son lit et accueillit avec joie la nourriture qui n'était pas, comme elle l'avait redouté au début, la bouillie verte généralement servie aux esclaves. Deux minutes plus tard, elle avait tout fini.

- Je m'attendais à ce que tu refuses de te nourrir, dit alors Elena de sa voix calme, tandis qu'elle mangeait tranquillement son riz, installée sur le lit qui faisait face au sien.

- Pourquoi ça ?

- Parce que c'est habituellement ce que font les rebelles les premiers jours qui suivent leur capture.

- Je n'en suis pas à ma première expérience en tant qu'esclave, avoua Hermione. J'ai vite compris qu'ils se fichaient pas mal que l'on mange ou non, et que la famine ne désavantage que toi, finalement. De toute façon, je te l'ai dit : ce n'est qu'une question de temps avant que je ne reprenne la route, alors autant prendre des forces.

- Tu parles comme si tu faisais une pause dans ton séjour de vacances, remarqua-t-elle d'un air amusé.

- Une pause, un répit, appelle ça comme tu veux, dit Hermione en haussant les épaules. Ça reste temporaire. Je ne finirai pas mes jours ici quoi qu'il arrive, sois-en certaine.

Elena ne répondit rien, bien que son silence laissait comprendre qu'elle n'était pas convaincue.

- Et toi ? s'intéressa Hermione. Tu es là depuis combien de temps ?

- Un peu plus de deux ans.

Si Hermione avait été encore en train de manger, elle se serait étranglée.

- Quoi ? Deux ans dans ce trou à rat à servir ce vieux rabougris ?

- Salmon n'est pas un aussi mauvais maître que tu le crois.

- Il n'y a pas de maîtres plus ou moins bons, Elena, dit Hermione d'un ton sérieux. La simple appellation « maître » fait déjà de lui quelqu'un de mauvais. Pourquoi n'essaies-tu pas de t'enfuir, hein ? Si j'ai bien compris, tu as l'entière confiance de Salmon : profite-en pour déguerpir la prochaine fois qu'il t'envoie faire les courses !

Elena reposa son assiette vide sur la table de nuit, puis se lava les mains au lavabo.

- A quoi bon ? dit-elle alors. S'échapper pour finir rattrapée et tuée, ou pire, remise en cage chez un maître violent. Non merci. J'ai eu de la chance de tomber sur Salmon ; il est bon avec moi, ne me bat jamais et me nourrit bien. En ces temps sombres, n'importe où ailleurs serait pire qu'ici.

Hermione dévisagea la jeune femme sans retenue. Elle détestait ce qu'elle entendait. Elle ne supportait pas écouter ce genre de propos de la part d'un esclave, car ses espoirs de créer une révolution étaient réduits à néant. Si même les prisonniers désiraient rester prisonnier : sur qui compter, à l'avenir ?

- A t'entendre, on croirait presque que tu adhères à ta condition, maugréa sombrement Hermione en se couchant de nouveau.

- Tu ne peux pas comprendre, Pansy, lui dit-elle simplement alors qu'Hermione tirait une grimace à l'énonciation de son nouveau prénom.

- Sur ce point là, on est d'accord. Je ne comprends pas.

Ce furent les dernières paroles échangées. Une fois la lumière éteinte, les pensées de la jeune femme s'orientèrent aussitôt vers Drago Malefoy. Elle essaya d'imaginer ce qu'il était en train de faire. Pensait-il à elle ? Ou avait-il déjà tourné la page ? Une partie d'elle désirait qu'il n'oublie pas les quelques jours passés en sa présence, tandis qu'une autre voix lui assurait que c'était mieux qu'ils ne se voient plus jamais.

Tous les deux n'avaient jamais été faits pour cohabiter, et essayer de changer cette fatalité avait sûrement été une erreur qui venait de lui coûter sa liberté. Le destin venait brutalement de la ramener à la réalité : ces quelques jours de bien-être passés aux côtés d'un sentiment constant de sécurité venaient de prendre fin. Et, dès demain, le combat pour la liberté reprendrait...

oOOOoOOOoOOOo

Une fois certaine que la nuit fût assez avancée pour que toutes les paupières soient closes et les esprits lointains, Hermione osa bouger un doigt de pied. Les ronflements bruyants en provenance de la chambre voisine sonnaient à l'oreille de la jeune femme comme un doux chant de liberté, sans barrière, ni chaîne. En revanche, la parfaite immobilité de la silhouette allongée sur le lit d'en face était assez déstabilisante, et Hermione n'aurait su dire si Elena était en train de la fixer ou non.

Tant pis. Il fallait qu'elle tente le tout pour le tout.

Comme si son corps avait le poids d'une bombe qui exploserait au moindre mouvement trop brusque, elle sortit du lit une jambe après l'autre, prenant une minute entière pour chacun des gestes effectués. Ses orteils épousèrent lentement le parquet froid, puis ses talons, avant que ses bras ne prennent appui de chaque côté du lit pour soulever son corps entier. Ravie d'en être finalement parvenue à tenir debout sans dommage, Hermione autorisa de nouveau l'air à rentrer dans ses poumons jusque là oppressés.

A pas de loup, elle avança vers la porte et se mordit les joues d'appréhension, tandis que sa main saisissait la poignée pour la faire pivoter sans bruit. La porte émit un long un grincement, déclenchant une course de gouttes glacées dans le dos de la jeune femme. Angoissée, elle tendit l'oreille pendant un long moment, jusqu'à ce qu'une voix intérieure ne la traite de poule mouillée paranoïaque. Vexée, Hermione prit une grande inspiration et franchit le seuil.

Elle se retrouva dans la boutique. Et toujours en vie.

Les ronflements n'ayant pas cessé, ce fut d'un pas plus assuré qu'elle se dirigea vers la sortie sans plus attendre. La nuit était si noire qu'elle avançait à travers la pièce telle une aveugle, les bras tendus en avant à la recherche d'obstacles bons à éviter. Elle avait passé assez de temps à observer la boutique aujourd'hui pour pouvoir affirmer avec certitude qu'elle se trouvait dans le premier long couloir qui menait directement à la porte de sortie.

A moitié chemin, un faible éclat de lune se reflétant sur la vitre de la fenêtre lui permit d'apercevoir le bout de ce couloir dont la longueur semblait infinie. Impatiente de s'échapper de cet enfer, Hermione pressa le pas et se retrouva en train de courir vers la liberté.

BANG !

Elle poussa un juron de douleur. Les deux mains plaquées sur son genou dont elle aurait juré que l'os lui-même vibrait aussi violemment que la marmite en cet instant, Hermione se mordait les lèvres pour ne pas hurler sa souffrance. Elle jeta un regard noir au chaudron qu'elle avait percuté dans sa course, et croisa alors les yeux de l'objet maintenant réveillé et indigné.

- Oh non... murmura Hermione, prise de panique.

Si le bruit du métal n'avait pas été assez sonore pour réveiller Salmon, l'anti-vol, lui, allait sûrement prendre un malin plaisir à s'en charger.

- Je t'en prie, tais-toi ! supplia-t-elle la marmite.

Cette dernière resta silencieuse une fraction de seconde, avant de se mettre à jacasser d'une voix forte et si aigüe qu'il n'aurait pas été étonnant que les voisins l'entendent :

- Esclave en fuite ! Esclave en fuite !

La porte de la chambre s'ouvrit à la volée. Salmon débarqua en pyjama et bonnet de nuit violet, baguette à la main. Sans réfléchir davantage, Hermione saisit les bords de la marmite et la fit brusquement rouler au sol vers Salmon dans l'espoir de lui briser les jambes. Elle ne prit pas le temps de voir si ça avait fonctionné et se rua sur la porte de sortie.

Un champ magnétique la propulsa plusieurs mètres en arrière, et sa tête cogna violemment contre le mur. Hermione s'écroula au sol comme une poupée de chiffon, les yeux clos et l'esprit lointain.

oOOOoOOOoOOOo

- Allez, debout !

On secoua gentiment son épaule, mais Hermione se retourna de l'autre côté, le drap tiré au-dessus de la tête.

- Il faut que tu te lèves, c'est l'heure, insista la voix d'Elena. Salmon a besoin de nous à la boutique.

- Qu'il aille brûler en enfer... maugréa Hermione d'une voix enrouée.

C'est alors qu'une drôle de chaleur se dégagea du matelas, jusqu'à ce que le tissu devienne si brûlant qu'Hermione bondit du lit, la peau rougie.

- Mais qu'est-ce que c'est que ça ? s'exclama-t-elle furieusement.

- Je t'avais dit qu'il fallait se lever à temps, sourit Elena.

- Encore un objet ensorcelé, devina-t-elle, franchement agacée. C'est son truc, ça, hein ?

- Salmon était professeur de sortilèges, autrefois, expliqua Elena en faisant son lit.

Hermione la fixa un instant, avant de demander :

- Comment le sais-tu ?

Comme elle s'y attendait, Elena préféra ne pas répondre, jugeant probablement la réponse déplaisante aux oreilles d'Hermione. Et elle n'avait pas tort.

- Je n'y crois pas ! lâcha cette dernière dans un rire glacial. Vous bavardez ? Sérieusement ? Vous avez tous les deux des petites conversations amicales de maître à esclave, c'est ça ?

- Eh bien oui, ça arrive.

- C'est mignon tout plein ! ironisa Hermione. Mais, dis-moi un peu, de quoi parlez-vous exactement, a part votre passé ?

Elena lui envoya pour la première fois un regard noir. Elle semblait fâchée, ce qu'Hermione pensait impossible vu son tempérament d'habitude toujours posé. Seulement, elle non plus ne parvenait pas à se radoucir, trop bouleversée par ce qu'elle entendait, et reprit de plus bel :

- Vous parlez de la société, Elena ? Vous en parlez de ce qu'il se passe aujourd'hui ? Des maîtres riches et puissants et des esclaves pauvres et maltraités ? Non, bien sûr que non, vous n'abordez même pas le sujet. Car la vérité est gênante, n'est-ce pas ?

- Ça suffit, la coupa sèchement Elena. Tu ignores tout de moi, alors cesse de me juger.

Elle se dirigea vers la porte, puis se retourna une dernière fois :

- Il y a une chose que pourtant tu ne sais pas, miss je-sais-tout... commença-t-elle.

Hermione sentit son cœur rater un battement. Comment l'avait-elle appelée ?

- Salmon a demandé ta garde dans le seul but de te sauver la vie...

Et elle franchit la porte, laissant là une Hermione aussi confuse qu'affligée. Seulement alors, une atroce douleur au crâne se réveilla.

oOOOoOOOoOOOo

A peine entrée dans la boutique, Hermione reçut l'éclat de rire en pleine face.

- Alors, la rebelle ? Ça va, la tête ?

Salmon rigola de plus belle, ignorant le regard meurtrier de son esclave.

- Tu ne comptes toujours pas m'aider, aujourd'hui ? demanda-t-il plus sérieusement.

En guise de réponse, Hermione se laissa tomber en position assise sur les marches du comptoir, exactement comme la veille, et croisa les bras.

- Je vois, souffla Salmon. Continue de bouder, si tu en as envie. Mais, si j'étais toi, je ne me frotterais plus à mon champ d'enfermement. Arrête de vouloir t'enfuir, tu vas te faire mal, à force.

« Cause toujours, vieux chnoque», songea Hermione. « Tu regretteras bientôt de ne pas m'avoir attachée ».

Et elle jeta un œil à la porte de sortie. Comme si quelques malheureuse tentatives échouées allaient la faire renoncer ! Elle, Hermione Granger, abandonner ? Salmon n'était pas au bout de ses surprises...

- Eh, Elena ! appela-t-il. Cette Pansy ne te rappelle pas quelqu'un, par hasard ?

Il lui fit un clin d'œil et repartit travailler. Hermione interrogea la jeune indienne du regard, mais celle-ci lui tourna le dos.

Lorsque le soleil fut haut dans le ciel, annonçant aux ventres vides l'heure de se rassasier, Salmon ferma la boutique pour une heure, et donna à Hermione et Elena leurs repas. Une fois dans leur chambre, Hermione jeta un œil envieux à l'assiette de la jeune femme.

- Tu as le double de ma portion, grogna-t-elle.

- Salmon considère que je fais le double d'effort, répondit-elle, amusée. Tiens, prends-en.

Et elle lui tendit son assiette.

- Merci, mais je ne veux pas de ta pitié.

- Ce n'était pas de la pitié, assura-t-elle en haussant les épaules. Je t'offrais mon amitié, c'est tout.

Hermione ne répondit rien, et entama son repas. Elle ne s'était pas montrée très aimable avec Elena, et même si ce sentiment de dégoût vis à vis de sa façon de penser persistait, elle se résolut à faire un effort.

- De qui parlait Salmon, tout à l'heure ? interrogea-t-elle. Qui est-ce que je lui rappelle ?

Elena mit un certain temps avant de répondre.

- Moi, finit-elle par avouer.

Hermione se retint d'éclater de rire.

- Toi ? Et qu'avons-nous en commun ?

Elena soupira.

- Beaucoup plus que tu ne le crois. Je n'ai pas toujours été la fille docile et sage que tu vois.

Elle posa son assiette par terre et croisa le regard attentif d'Hermione, avant de poursuivre :

- Après la grande bataille finale, ma mère, ma petite sœur et moi-même sommes retournées en Angleterre, pensant y trouver notre ancienne vie paisible, dans un monde où les Sang de Bourbe vivraient en paix. Mais la soudaine reprise du pouvoir par les Adeptes a tout changé. La Brigade Magique a commencé la chasse, et elle a débarqué chez nous le soir où nous nous apprêtions à repartir. Ils ont tué ma mère devant mes yeux, la considérant trop vieille et donc inutile au marché. Ma petite sœur est restée cachée dans la cave, comme je le lui avais ordonné. Je me suis furieusement débattue, mais ils m'ont arraché ma baguette magique et m'ont assommée, avant de m'embarquer avec les autres esclaves. L'année qui a suivi, je l'ai passé à me rebeller, refusant toute forme d'autorité et me faisant battre à n'en plus pouvoir respirer. Mais je gardais toujours espoir, priant Merlin qu'il me mette un jour sur le chemin de la célèbre Hermione Granger.

Cette dernière avala de travers. Après avoir fortement toussé pour faire ressortir les aliments coincés, elle couina :

- Qui ça ?

- Hermione Granger ! répéta Elena avec enthousiasme. Il est impossible que tu n'aies jamais entendu parler d'elle.

- Heu, si, si... La grande amie de Harry Potter ?

- Elle est bien plus que ça à mes yeux, dit-elle d'une voix grave. Cette femme est un symbole d'espoir ! Elle a été prisonnière de Lord Mayer, enfermée dans la grande Résidence dont il est tout bonnement impossible de s'échapper. On ignore ce que deviennent les esclaves qui mettent les pieds là-bas, car aucun n'en est jamais ressorti. Aucun, sauf elle. Si je continuais de me battre avec autant d'ardeur et de volonté, c'est parce que je savais que, quelque part ailleurs, se battait également cette femme avec la même force, et ça me donnait le courage de ne pas abandonner. Car alors, je ne me sentait plus toute seule contre le monde. En échappant aux Adeptes, ils y a trois ans, elle prouvait à tous que la Confrérie n'était pas aussi forte qu'elle le laissait croire, et que la guerre était loin d'être terminée. Mais bon, tout ça, c'était avant qu'on annonce sa mort, bien sûr.

Hermione resta sans voix. Il était étrange et à la fois très flatteur de se découvrir autant de popularité auprès des esclaves. Elle savait que son escapade de chez Mayer n'était pas passée inaperçue puisque les journaux n'avaient parlé que de ça pendant un mois, mais réalisait en revanche l'impacte que cet événement avait eu sur ceux qui croyaient toujours à une liberté future. Ce sentiment de fierté ne fit que la convaincre davantage que les Sang-de-Bourbe avaient plus que jamais besoin d'elle, besoin de l'espoir qu'elle générait, et elle se promit pour la millième fois en trois ans de ne jamais baisser les bras.

- Après avoir été trainée de maîtres en maitres, poursuivait Elena, et après avoir été chaque fois jetée dehors pour mon comportement de folle, les Adeptes ont pris la décision de me supprimer. J'ai réalisé, ce jour-là, pour la première fois, que j'allais mourir pour de bon. Et j'ai eu très peur.

Elle s'interrompit, ses yeux noirs et humides revisitant un passé douloureux.

- C'est ce jour-là, sur la place du marché, que Salmon est arrivé. Il a vu que j'allais recevoir le sortilège de mort, et s'est empressé de m'acheter. Il a convaincu les Adeptes de le laisser s'occuper de moi, qu'il saurait comment s'y prendre et qu'ils feraient ainsi des économies sur l'argent investi. Il a fait ça pour me sauver la vie. Comme il a sauvé la tienne, hier.

Hermione fronça légèrement les sourcils, faisant le lien entre l'histoire d'Elena et sa propre capture de la veille. Même si elle défendait toujours le fait qu'être achetée, même pour de bonnes raisons, faisait d'elle une prisonnière de toute façon, elle devait admettre que Salmon n'avait pas le comportement habituel des mauvais maîtres.

- Si tu continues à te battre, Pansy, ajouta Elena, tu finiras tuée, comme j'ai failli l'être. Et tout ce pour quoi tu as lutté n'aura servi à rien.

- Alors, c'est quoi, ta solution ? répliqua-t-elle malgré tout. Attendre que les choses aillent mieux ? Que tout s'arrange par magie ? Ça ne fonctionne pas comme ça. Se réfugier chez un gentil maître est la solution facile, et s'il faut mourir pour que les choses changent...alors je mourrais. Mais, au moins, je m'en irais fière. Fière d'être ce que je suis : une Sang de Bourbe libre.

- Je perdu ma fierté il y a bien longtemps, souffla-t-elle.

- Alors retrouve-là ! s'obstina Hermione d'une voix forte. A deux, nous pouvons nous enfuir d'ici facilement !

La voix de Salmon s'éleva alors :

- La pause est finie, les filles ! On ouvre !

Elles s'échangèrent un regard qui signifiait qu'elles en reparleraient sûrement plus tard et retournèrent dans la boutique.

L'après-midi se passa calmement, Hermione ayant trouvé une meilleure solution que les tentatives désespérées de s'enfuir. Le soir tombé, les deux jeunes femmes se mirent au lit après avoir mangé.

Salmon dormait déjà et c'est ce moment-là qu'Hermione choisit pour montrer à Elena son nouveau plan d'évasion. Elle sortit de sous sa robe deux fioles volées de la boutique : l'une était de couleur bleue, l'autre de couleur rouge.

- Je les ai prises pendant qu'il s'occupait d'un client, expliqua Hermione avec ravissement. Les anti-vols ne se méfient plus de moi maintenant que je travaille ici.

Elena prit les fioles entre les mains et les examina avec attention :

- Une potion de Relaxation et de Durée ?

- Tu les a reconnues ? s'étonna Hermione avec un sourire.

- Ça fait deux ans que je suis ici, ne l'oublie pas. Et puis, j'ai toujours été une bonne élève, à l'école.

- Ça nous fait un autre point commun, dans ce cas ! Je vais mélanger quelques gouttes de la potion de Durée avec la bleue, et j'obtiendrai tout bêtement une potion de Sommeil capable d'endormir un Dragon ! Une fois Salmon parti au pays des rêves, je file d'ici !

- Tu oublies les anti-vols et le champ de protection, lui rappela Elena.

- En fait, je compte m'y prendre la journée, avoua-t-elle, excitée. Les objets ne se méfieront pas de moi, et le champ de protection n'est pas actif puisque les clients entrent et sortent. La seule difficulté sera de verser quelques gouttes du breuvage dans le repas de Salmon.

- Je le ferai, déclara alors Elena contre toute attente. Il a confiance en moi.

Hermione s'apprêtait à exploser de joie, mais la jeune indienne ne lui en laissa pas l'opportunité :

- Je ne viendrai pas avec toi, déclara-t-elle fermement.

- Mais...

- Non, Pansy. Je ne me sens pas prête à affronter de nouveau les horreurs de dehors, je te l'ai dit. Mais si je peux me rendre un temps soit peu utile, alors je t'aiderai à t'évader.

Comprenant qu'il était inutile d'insister, Hermione hocha tristement la tête.

- Merci.

- Tous les jeudis à midi précisément, continua-t-elle alors, Salmon se fait livrer une nouvelle cargaison de potions venues de l'étranger. Demain, donc. Le marchant arrête toujours sa charrette juste à l'entrée de la boutique, mais ne reste jamais longtemps. Tu n'auras que quelques malheureuses minutes pour voler les rennes et t'enfuir loin d'ici. Ne te retourne jamais, Pansy.

Dans un souffle faible, elle ajouta :

- C'est ma mère qui nous disait ça. Si tu dois courir, alors cours, mais ne fait que ça.

Hermione lui sourit, puis s'avança et la serra fort dans ses bras.

- Tu seras libre à nouveau, toi aussi, lui murmura alors Hermione. Je te le promets.

Elles s'enfilèrent sous leurs draps et restèrent silencieuses. Au bout d'un long moment, Elena lui demanda :

- A qui penses-tu ?

Surprise, Hermione tourna la tête vers elle et tenta de discerner ses traits malgré l'obscurité.

- Qu'est-ce qui te dit que je pense à quelqu'un ?

- On pense tous à une personne. Moi, tous les soirs, je prie pour que ma sœur s'en soit sortie et ait un destin meilleur que le mien.

Hermione hésita, puis finit par avouer :

- Tu sais, l'Adepte qui était avec moi, le jour où je me suis faite prendre à voler ? Eh bien, ce n'était pas vraiment mon maître. C'était...un ami. Ou plutôt, une vieille connaissance que je me suis surprise à apprécier. Salmon ne m'a pas vraiment sauvée ; je n'étais pas en danger avec lui, au contraire.

Elena ne répondit rien, et Hermione ne sut si elle l'écoutait vraiment mais eut tout de même envie de poursuivre :

- C'était probablement la dernière fois que je le voyais. Je me demande parfois s'il lui arrive encore de penser à moi, à ce que je deviens.

- Il reviendra te chercher, entendit-elle alors Elena souffler d'une voix endormie.

- Non, il a des choses beaucoup plus importantes à faire et, à part des ennuis, il ne tirerait aucun avantage à me sauver. Et puis, s'il avait voulu le faire, il l'aurait déjà fait depuis longtemps.

- Tu m'as dit que c'était un ami, non ? Alors il reviendra.

Hermione tira un petit sourire fatigué.

- J'aimerais que tu ais raison, crois-moi, mais ce n'est pas le genre de personne à voler à ton secours. De ce côté-là, j'ai déjà utilisé tous mes jokers. Non, j'ai fait parti de son passé à la seconde où il s'est décrété impuissant à me sauver, et je ne fais pas non plus parti de son avenir. Il me l'a fait comprendre assez souvent.

Elle entendit la respiration régulière d'Elena qui lui signifia que la jeune femme dormait paisiblement. Hermione ferma les yeux à son tour, espérant elle aussi rejoindre le monde des rêves, là où les distinctions entre les sangs n'existaient pas, là où il n'y avaient ni maître, ni Confrérie, ni esclave. Un monde qui permettait de rendre réels ses désirs en un claquement de doigt.

Un monde imaginaire où il était possible que les Drago Malefoy et les Hermione Granger vivent en harmonie...

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Le lendemain, Hermione sauta du lit avant que celui-ci ne se mette à flamber, et c'est avec bonne humeur qu'elle se passa un coup d'eau sur le visage. Aujourd'hui était le grand jour ! Son dernier dans ce magasin pourri, du moins.

En attendant midi, l'ancienne Gryffondor se montra d'une courtoisie exemplaire, aidant même Salmon au rangement des potions des plus dangereuses au moins néfastes.

- Tu t'es enfin fait une raison, on dirait ? lui sourit Salmon. Je suis content qu'on puisse désormais s'entendre, toi et moi.

Hermione lui adressa un sourire plein de malice, et fut la première dans la chambre à la seconde où l'aiguille indiquait midi.

- Dépêche-toi ! la pressa Elena, juste derrière elle.

Hermione enfouit son bras sous le matelas et en ressorti la potion violette, avant de la donner à sa complice.

- Alors, ce repas ? appela Salmon d'une voix pressée. J'attends une livraison, fais-vite !

- Il arrive ! répondit Elena.

Elle versa quelques gouttes de Sommeil dans les haricots tandis qu'Hermione s'inquiétait :

- Ça ne va pas t'attirer des ennuis après mon départ ?

Elena se contenta de lui faire un clin d'œil.

- N'oublie pas, lui souffla-t-elle, ne regarde pas en arrière.

Et elle emporta l'assiette chez Salmon. Hermione sortit dans la boutique, essayant de calmer les battements de tambour qui martelaient son cœur. Elena la rejoint quelques minutes plus tard.

- Il dort comme un bébé, assura-t-elle avec un sourire.

- Parfait. Il ne manque plus que...

Les bruits d'un chariot interrompirent sa phrase. Le marchant venait d'arriver. Comme prévu, Elena alla l'accueillir.

- Mon maître vous attends à l'arrière-boutique pour régler les frais une fois que vous aurez tout déchargé, dit-elle poliment, les yeux tournés vers le sol comme chaque fois qu'elle s'adressait à un Sang Pur.

- Il se prend pour qui, ce vieux Salmon ? bougonna l'homme. C'est pas parce qu'on est en affaire depuis longtemps qu'il doit me laisser tout le boulot !

Hermione et Elena s'échangèrent un regard appréhensif. Heureusement, le marchant finit tout de même par décharger les caisses à l'intérieur, ce qui rendrait la charrette beaucoup plus légère et donc plus rapide. Une fois terminé, il se dirigea comme indiqué vers l'arrière-boutique.

- Bonne chance, lui souffla Elena alors qu'elle accompagnait le marchand.

N'ayant plus une seule seconde à perdre, Hermione se mit à courir vers la sortie et franchit enfin la fameuse porte.

De l'air !

Elle sauta sur la charrette, saisit les rennes et les secoua d'un mouvement sec. Les Sombrals hennirent, puis s'élancèrent.

Libre ! Elle était libre !

Le vent contre son visage était la caresse même de la délivrance, et le crissement des roues sur les gravier était le chant de l'indépendance !

- Ma charrette ! Arrêtez-là !

En entendant les cris de détresse du marchand, Hermione se força à ne pas se retourner et secoua de nouveau les rennes pour gagner de la vitesse. Son cœur se mit à battre avec ardeur ; elle n'était pas encore hors de danger. Le peu de villageois encore dans les rues à cette heure de midi s'empressèrent de lui lancer des stupéfix dans l'espoir d'arrêter sa course.

- Plus vite, plus vite ! supplia-t-elle les Sombrals, empêchant du mieux qu'elle pouvait la panique de reprendre le dessus.

Mais les éclairs rouges se faisaient de plus en plus nombreux, et l'un d'entre eux toucha la roue arrière droite, provoquant une explosion de bois qui paniqua les chevaux. Ces derniers cabrèrent et Hermione dégringola du chariot. Tombée dans un nuage de poussière, elle se mit à ramper malgré sa jambe étrangement douloureuse et immobile.

Elle n'avait pas fait un mètre qu'elle se retrouva le nez collé à une paire de chaussure noires : le marchand venait de transplaner. Il lui saisit les cheveux et Hermione émit un cri de douleur déchirant lorsqu'il la força à tenir sur sa jambe blessée. Il transplana avec elle et, à l'arrivée, Hermione s'écroula sur un sol qu'elle ne connaissait que trop bien.

L'espoir était fini. Elle avait échoué, et retournait maintenant à la case départ, si ce n'était plus en arrière.

- Où est Salmon ! gronda le marchand, hors de lui. J'ai deux mots à lui dire à propos de son esclave !

- Que s'est-il passé ? s'éleva une voix qu'Hermione ne connaissait pas.

En levant légèrement le regard, elle crut d'abord voir Salmon. Elle réalisa ensuite que, en dépit d'une ressemblance frappante, l'homme était beaucoup plus jeune, bien que tout aussi laid avec son visage écrasé à la façon d'un poisson.

- Qui t'es, toi ? aboya le marchand.

- Je suis son fils, expliqua-t-il. Il se trouve que mon père est indisponible pour le moment, mais je peux vous dédommager moi-même.

Le marchand le regarda de haut en bas avec un œil mauvais, puis réclama le double du prix convenu pour la livraison, ce que le fils de Salmon accepta sans protester. Une fois payé, l'homme cracha par terre, près de la tête d'Hermione, et sortit en claquant la porte. La jeune femme se mordit les lèvres pour ne pas pleurer de souffrance, se tenant la jambe droite de ses deux mains. Son drap blanc était tâché de sang et de terre, et elle toussa bruyamment pour rejeter la poussière avalée.

- C'est une nouvelle esclave ?

Hermione comprit qu'il s'adressait à Elena, mais n'entendit pas cette dernière répondre. Salmon junior s'agenouilla près d'elle et lui releva le menton pour mieux l'observer. Hermione lui offrit le visage le plus hargneux possible et fut prise au dépourvu quand il répondit à cette haine par un sourire amusé.

- Mon père a toujours très bon goût en matière de jeune esclave, à ce que je vois.

Hermione dégagea sa tête de ses doigts et tenta de se relever. Aussitôt, elle sentit les mains d'Elena lui venir en aide.

- Il faut la soigner ! supplia presque l'indienne.

- Pas avant qu'elle ait réanimé mon père, répondit-il d'un ton ferme. Que lui a-t-elle fait ?

Elena allait répondre, mais Hermione prit la parole avant elle :

- Comment voulez-vous qu'elle le sache ? C'est moi qui ait tenté de m'évader. Je n'ai utilisé qu'une simple potion de Sommeil, rien de grave.

Le jeune homme la fixa un instant, probablement pour y déceler un éventuel piège, puis ordonna ensuite à Elena de prendre soin d'elle.

- Mais elle a besoin d'aide ! protesta cette dernière.

Salmon fils haussa les sourcils.

- Ce n'est pas une blessure magique, à ce que je sache. Et puis, elle s'est mise dans cette situation toute seule, non ? Elle mérite donc de guérir toute seule, comme une grande.

Il partit rejoindre son père. Hermione se laissa aider jusque dans la chambre, et regarda Elena décoller le drap de la blessure, révélant une profonde entaille faite par une écharde de bois de la taille d'un piquet. Tandis qu'elle nettoyait la plaie avec ce qu'elle avait sous la main, autrement dit de l'eau et un vieux torchon, Elena ne cessait de froncer les sourcils, comme angoissée.

- Contrairement à ton cher maître, tu n'as pas l'air d'aimer beaucoup le rejeton, on dirait ? devina Hermione.

Elena cessa ses gestes un instant, puis la regarda droit dans les yeux.

- C'est cet homme qui m'a volé ma fierté, déclara-t-elle d'une voix froide, presque dénuée d'émotion.

Hermione grimaça de dégoût, mais ne dit rien.

- Jamais aucun homme n'était parvenu à m'approcher, avant, marmonnait Elena. Je ne me laissais jamais faire par aucun des maîtres. Mais accorder ma confiance à Salmon a été le prix à payer pour rester en sécurité.

- Quoi ? s'étrangla Hermione. Tu veux dire que Salmon...

- Non, la coupa-t-elle. Salmon n'est au courant de rien. Il ne sait pas qu'à chaque fois que son fils vient lui rendre visite, il vient également me dire bonne nuit.

- Mais enfin, pourquoi ne lui dis-tu pas ?

- Parce que Salmon ne le supporterait pas, et qu'il déciderait d'y mettre un terme. Seulement, entre son fils et moi, son choix est tout fait. Je serais celle qui sortirait de sa vie, et Yann le sait.

Hermione gémit de douleur, et Elena banda sa jambe.

- Ça devrait tenir au moins pour cette nuit, déclara-t-elle en se relevant.

Cette phrase ramena Hermione à la réalité : elle passerait une nouvelle nuit ici. Le désespoir, l'abattement et la colère s'emparèrent d'elle dans une même vague, et l'ancienne Gryffondor sortit de la pièce en vitesse avant qu'Elena ne puisse apercevoir ses yeux humides. Hermione entra dans la salle de bain, tenta en vain de fermer à clef bien qu'elle savait le verrou cassé, et se déshabilla tout entière avant d'entrer dans la douche. Elle fit couler sur sa peau sale l'eau brûlante, et se laissa doucement glisser le long du mur froid, noyant ses larmes aux gouttes d'eau.

Elle resta ainsi pendant une heure entière, recroquevillée dans la douche qui commençait à tirer sur le froid, et pleura les noms d'Harry et Ron.

Pour la première fois, Hermione se dit que, peut-être, elle ne sortirait jamais d'ici.

oOOOoOOOoOOOo

Si elle fut privée de repas ce soir-là, Hermione trouva du réconfort dans l'idée que le pauvre niveau de magie de Yann ne lui avait même pas permis de réveiller son père. Les Sang de Bourbe ayant la stricte interdiction de tenir une baguette magique, les deux femmes ne lui furent d'aucune aide, refusant catégoriquement de parler.

- Tiens, prend mon repas, insista Elena pour la dixième fois.

Hermione hocha la tête et ne prit pas la peine de lui répéter qu'elle n'avait de toute façon pas faim. Les yeux dans le vague, elle n'écoutait qu'à moitié les paroles réconfortantes de son amie, se contentant de l'interrompre chaque fois que celle-ci commençait à se proclamer coupable de son échec.

- J'aurais dû le retenir, disait-elle. Quand il a entendu ses chevaux partir, j'aurais dû l'assommer, mais j'ai eu la frousse.

- L'assommer ? répétait Hermione d'une voix éteinte. Pour finir punie par la Brigade Magique elle-même ? Arrête, Elena. Je te serai à jamais reconnaissante de ton aide. Le plan a échoué, c'est tout.

Plus aucune parole ne fut échangée, après ça. Hermione avait la gorge trop nouée pour dire quoi que ce soit, et n'avait de toute façon pas envie de parler.

- Fais attention à toi, cette nuit, lui dit tout de même Elena. Il se pourrait que Yann s'intéresse à la petite nouvelle, cette fois.

- Ne t'en fais pas pour moi, répliqua-t-elle d'un ton morne. Je me défendrai.

- Ça ne sera pas assez contre sa magie. Je suis très sérieuse, Pansy. Moi, il m'a déjà salie, mais il est hors de question qu'il t'inflige la même chose. Je t'en prie, sois prudente.

Hermione soupira, avant de prendre la petite lampe de chevet cassée et de la dissimuler sous la couette.

- Rassurée comme ça ? dit-elle. Qu'il approche un peu sa tête de hareng et j'en fais des sushis.

Le rire d'Elena agit comme une vague de chaleur et Hermione s'enfonça un peu plus sous la couette, se trouvant heureuse de ne pas traverser ça toute seule.

Elle laissa ensuite ses pensées dériver quelques années en arrière, et remplaça le décor maussade de la chambre par celle de la Salle Commune des Gryffondor. Elle n'était pas allongée sur son lit, mais sur le canapé central, sa tête reposant sur les genoux de Ron qui passait distraitement ses doigts dans ses cheveux bruns. Elle entendait la voix de Ginny raconter comment elle avait mis un but d'enfer au Quidditch, et regardait Harry qui riait aux éclats avec Seamus.

- Tu as vu la tête de Rogue quand il a reçu le hiboux de Fred et Georges pour Noël ? ricanait-il.

- Je ne comprends pas pourquoi il n'a pas apprécié, plaisanta Lavande. Les Soins Magiques de Visage contiennent une crème anti-rides qui coûte extrêmement chère ! Il aurait dû être flatté !

- Hermione n'aurait sûrement pas approuvé la blague ! dit alors Neville.

Cette dernière s'apprêta à répliquer qu'elle trouvait en fait ce genre de plaisanterie amusante malgré l'évidente puérilité, quand Ron prit la parole à sa place.

- Qui ça ?

Hermione releva la tête vers lui, étonnée. Il ne lui caressait plus les cheveux, ne semblait même pas la voir.

- Bah Hermione, répéta Neville.

Celle-ci vit Harry froncer les sourcils, comme pour tenter de se rappeler.

- De qui est-ce que tu parles ? demanda-t-il à son tour.

- Mais enfin ! s'exclama Hermione en se redressant. Harry, c'est moi !

Ce dernier ne l'entendit pas, ne la regarda même pas et Hermione assista soudain à un spectacle dont elle ne faisait pas partie. Les conversations reprirent, leurs éclats de rire résonnant de plus en plus lointains.

- Pansy ! Pansy !

La jeune femme se redressa d'un seul coup dans son lit, la respiration courte. Les murs n'étaient plus rouges et joyeux, et le feu de cheminée avait disparu.

- Pansy ! répéta Elena dans un murmure paniqué.

- Oui, je suis réveillée, la rassura-t-elle en se recouchant. J'ai juste fait un cauchemar, ne t'en fais...

- Non, ce n'est pas ça ! la coupa-t-elle. Écoute !

Soudain inquiète par l'attitude de sa voisine, Hermione tendit l'oreille.

Des bruits de pas se rapprochaient de la chambre. Aussitôt, Hermione resserra ses doigts autour de la lampe.

- C'est lui ! pleurait Elena. C'est Yann !

- Calme-toi, ça va aller ! lui chuchota Hermione tout en essayant de s'en convaincre elle-même. Quoi qu'il arrive, tu ne bouges pas et tu fais semblant de dormir !

La poignet pivota dans un déclic. Hermione ferma les yeux, laissant échapper une larme de peur. Le cœur battant à tout rompre, elle cessa de respirer, tandis qu'elle écoutait les pas de l'intrus rentrer dans la chambre. Comme l'avait prédit Elena, elle sentit Yann se rapprocher du lit dans lequel elle dormait et se pencher au-dessus d'elle. La main fermement refermée autour de la lampe de chevet au point d'en avoir mal aux jointures, Hermione attendait le premier contact dans un silence angoissant.

C'est alors qu'une main étrangère vint se refermer sur sa bouche, l'empêchant ainsi de crier. Les yeux exorbités de panique, Hermione commença à se débattre furieusement mais l'homme parvint à la maintenir immobile.

- Bon sang, Granger, du calme ! C'est moi...

Cette dernière, qui s'apprêtait à mordre, se figea en reconnaissant la voix qu'elle croyait ne plus jamais entendre.

- Malefoy ? murmura-t-elle timidement.

Une fois sûr qu'elle ne crierait pas de surprise, Drago retira sa main pour lui permettre de parler à nouveau. Hermione se remettait à peine de sa surprise lorsqu'elle aperçut avec horreur Elena, juste derrière, tenant sa propre lampe de chevet et visiblement prête à assommer le nouveau venu.

- Non ! s'exclama Hermione en poussant Drago de sa trajectoire.

Elena abattit la lampe de chevet dans le vide, et Drago eut le réflex de retenir l'objet dans son élan avant qu'il ne se brise contre le lit. Il dévisagea l'indienne après lui avoir soigneusement ôter son arme assassine des mains.

- Ce n'est pas Yann ! expliqua Hermione qui avait du mal à retenir sa joie. C'est l'Adepte de l'autre jour, l'ami dont je t'ai parlé !

- Oh... lâcha-t-elle, confuse.

Hermione se retourna vers lui, le sourire aux lèvres. C'était bien la première fois qu'elle tirait un vrai sourire depuis sa capture.

- Tu es venu ? dit-elle sans y croire.

- Je te l'ai dit, Granger, répondit-il, si l'un de nous deux doit un jour déclarer forfait, ce sera toi. Te débarrasser de moi serait te faire une bien trop jolie fleur, tu ne crois pas ?

Sans réfléchir, Hermione lui sauta au cou. Cependant, Drago se recula à temps et lui retint ses poignets.

- Je t'ai déjà dit ce que je pensais de tes élans soudains d'affection, il me semble ?

- Heu, oui, désolée, rougit-elle en se sentant plus ridicule que jamais.

Elle récupéra ses mains et sauta du lit, emportée d'une nouvelle vague d'énergie. Retrouvant très vite les vieilles coutumes, elle reprocha à Malefoy d'avoir pris tout son temps avant de venir à son secours.

- Il valait mieux que je me fasse tout petit pendant quelques jours, expliqua-t-il. Le temps que le vendeur baisse assez sa garde pour retirer le champ de protection. Je suppose que tu avais également deviné qu'il en poserait un pour t'empêcher de t'évader ?

Hermione bredouilla une sorte de « oui, bien sûr », ignorant le ricanement d'Elena.

- Ne perdons pas de temps, dit-il. J'ai déjà eu du mal à désactiver le sort qui verrouillait la porte d'entrée.

- Sortons de cet enfer, renchérit Hermione en prenant la main d'Elena pour suivre Drago jusqu'à la porte.

Mais la jeune indienne laissa sa main glisser hors de celle d'Hermione, et resta immobile.

- Qu'est-ce que tu attends ? pressa alors la Gryffondor. Attends, tu comptes venir avec nous, n'est-ce pas ?

Elena semblait hésiter, regardant autour d'elle comme pour juger si ça en valait la peine.

- Il faut y aller, répéta Drago d'une voix grave.

- Pas sans elle, déclara fermement Hermione. Allez, je t'en prie, Elena !

- Il t'a appelée Granger ? demanda alors cette dernière d'un air distrait.

Hermione baissa les yeux, puis souffla un faible « oui ». Elle s'attendait à ce qu'elle s'énerve, à ce qu'elle lui en veuille de lui avoir menti, mais Elena étira un immense sourire.

- Tu es en vie... murmura-t-elle, ravie. Je le savais ! Merlin avait entendu mes prières.

- Peut-être bien que c'était dans le but de te redonner du courage, justement. Tu voulais combattre à mes côtés ? Eh bien voilà, je suis là, et je t'emmène avec moi. Tu as croupi ici assez longtemps ; il est temps pour toi de redevenir la révolutionnaire que tu étais.

Et Hermione lui tendit sa main, l'air déterminé. A son grand soulagement, Elena l'accepta et se fit aussitôt entraînée à l'extérieur.

oOOOoOOOoOOOo

Drago avançait à grands pas à travers la boutique, et reprocha à Hermione de marcher trop lentement. Ce fut seulement lorsqu'un faisceau de lune éclaira sa jambe qu'il remarqua un bandage imbibé de sang.

- Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ? s'alarma-t-il en revenant vers elle.

- Rien de grave, assura-t-elle.

- C'est le vendeur, c'est ça ? dit-il en contractant les mâchoires pour maitriser la colère qu'il sentait monter. Tu sais quoi ? Je crois que je vais aller le tuer.

Hermione sentit Elena lui agripper la manche pour lui transmettre son refus de faire du mal à Salmon.

- Il plaisante ! la rassura Hermione avec un sourire forcé. N'est-ce pas, Malefoy ?

Le ton de la question invitait clairement le jeune homme à répondre positivement, et il finit par ranger sa baguette.

- Ne trainons pas ici, se contenta-t-il de répondre. J'ai laissé la charrette à quelques pas de la boutique, pour éviter de se faire remarquer. Comme tu ne peux pas marcher, je vais aller la chercher. Vous deux restez ici.

- Je suis capable de boiter à la vitesse supérieure, rétorqua Hermione qui n'aimait pas le sentiment d'être un poids ralentisseur.

Mais Drago avait déjà disparu à l'extérieur de la boutique.

- Je ne supporte pas de rester encore ici alors que la sortie est à portée de main, râla Hermione en s'emparant au passage de l'élixir de Longue Vie. Commençons à avancer.

- Mais il a dit que...

- Malefoy dit beaucoup de choses, la coupa-t-elle. Il ne faut en écouter que la moitié à chaque fois, crois-moi.

Plus déterminée que jamais à s'échapper de cette maudite boutique dont l'odeur désormais familière lui donnait la nausée, elle poussa la porte et sortit respirer l'air frais de la nuit. Debout dans l'encadrement de la porte, Elena admirait l'extérieur avec des yeux pétillants d'émotion.

- Allez, viens, l'encouragea doucement Hermione qui sentait son hésitation. Ne regarde pas en arrière, c'est toi qui me l'a appris.

Elena sourit, puis s'avança. C'est alors que la voix de Yann s'éleva, quelques mètres derrière elle :

- Comment peux-tu t'enfuir ainsi ?

La belle indienne se retourna, les traits du visage étonnement détendus.

- Après tout ce que mon père a fait pour toi, dit-il. C'est ainsi que tu le remercies ?

- J'ai passé deux années entières à lui prouver ma gratitude, répondit-elle de sa voix douce. Il est temps pour moi de retrouver ma dignité.

- Si tu t'en vas, ce sont les ennuis que tu vas retrouver. La Brigade te traquera jusqu'à la mort, et tu regretteras le confort de la boutique.

Elena baissa les yeux, avant de les tourner vers Hermione. Celle-ci devinait que le dernier argument de Yann était un gros poids dans la balance, et elle écarta alors les bras en grand, désignant le ciel et la lune.

- Ton confort n'est que physique, lui dit-elle. Au plus profond de toi, tu es prisonnière. Moi, je suis libre. Et ça vaut tout le confort du monde. Tu ne leur dois absolument rien, Elena. Je t'en supplie, viens avec moi.

- Ne l'écoute pas, répliqua Yann. Si tu restes ici, je ne signalerais pas la fuite de ton amie. Elle ne semble apporter que des problèmes. Mais si tu pars, sache que je vais prévenir la Brigade Magique, et ce n'est pas ce que je veux.

- Ces paroles me rappellent celle de ton père, se moqua Hermione. « Ce n'est pas ce que je veux ». Ton papa t'a bien entrainé à amadouer les esclaves par les sentiments, on dirait ?

- La ferme ! Espèce de...

- Elle a raison, le coupa Elena, soudain pensive. Vous ne cessez de prétendre qu'il est mieux pour moi de rester à la boutique, que tous ce que vous faites, vous le faite pour mon bien. Et le pire, c'est que j'ai fini par y croire moi-même. Je réalise maintenant que ce n'était qu'une façon de me garder prisonnière. Mais c'est fini. Dorénavant...

Elena se tourna vers la sortie, puis franchit le seuil et posa ses pieds nus sur le chemin de traverse.

- … je suis une Sang de Bourbe libre, acheva-t-elle avec un sourire.

La charrette arriva enfin, et Drago descendit les rejoindre. Mais Yann, qui ne semblait pas l'entendre de cette façon, sortit sa baguette et stupéfixia Elena qui tomba raide dans les bras d'Hermione. La seconde d'après, Drago avait désarmé le jeune homme et lui plantait à présent la baguette sous le menton.

- Un homme qui a besoin de la magie pour garder une femme auprès de lui, je trouve ça assez lamentable.

Yann le regarda d'un air mauvais, perturbé par la cape d'Adepte que portait Drago. Ce dernier le stupéfixia à son tour, avant de libérer Elena du sortilège :

- Enervatum.

Hermione aida la jeune femme à reprendre ses esprits, et après s'être assurée qu'elle allait bien, toutes deux montèrent à l'arrière de la charrette qui, par chance, était faite pour les esclaves. Construite à la façon d'un vieux carrosse rectangulaire, il y avait deux portes de bois qui permettraient de les dissimuler facilement.

- Tu n'as plus ta vieille charrette volée à Mr Zoah ? s'étonna-t-elle.

- Je change tous les quatre jours, dit-il. J'ai laissé l'ancienne à la place.

Et il referma les deux battants, avant de monter à l'avant et de s'assurer que sa cagoule lui cachait bien le visage. Hermione s'assit en face d'Elena, et elles se laissèrent ainsi transportées, affichant un sourire qu'aucune d'elles n'avaient envie d'effacer.

- Tu crois que Yann va prévenir la Brigade ? s'inquiéta alors Hermione.

- Je suppose, oui. C'est ce qu'il faisait à chaque fois que je m'échappais, au début.

- Tu t'échappais ? Je croyais que tu étais reconnaissante à Salmon de t'avoir sauvée ?

- C'est vrai. Mais je ne voyais pas les choses de cette manière les premiers jours. Comme toi, je refusais de me soumettre et j'ai tenté quelques évasions. Sans succès. Ce n'est qu'après que je me suis faite une raison.

Les Sombrals hennirent et la charrette s'arrêta. Elena voulut ouvrir les portes, mais Hermione lui fit signe de ne pas bouger.

- On s'arrête beaucoup trop tôt, lui chuchota-t-elle, les sourcils froncés.

Soudain, des aboiements retentirent à quelques mètres seulement. Hermione fondit littéralement sur place, la panique s'emparant d'elle une fois de plus.

- Pansy ? s'inquiéta Elena. Je veux dire, Hermione ! Qu'est-ce qu'il t'arrive ?

Les membres paralysés, les yeux exorbités de peur, Hermione se mit à trembler de tout son être, et souffla d'une voix à peine audible :

- Ce sont eux... C'est la Brigade Magique.

En effet, la voix familière de Kerry, celui qui avait traité la mère de Drago de traitre à son sang, s'éleva :

- Bonsoir, confrère. Où vas-tu ?

- Je rentre au manoir, entendit-elle Drago répondre, tout en modifiant sa voix du mieux qu'il pouvait. Que fait la Brigade ici ?

- On nous a signalé deux esclaves échappés, il y a quelques minutes. Une indienne et une brune aux cheveux touffus. Tu n'as rien vu ?

Hermione et Elena s'échangèrent un regard affolé. Yann n'avait pas perdu de temps ! Son père avait dû le libérer du sortilège de stupéfixion, après être lui-même sorti de son sommeil profond.

- Non, répondit Drago. Elles ne doivent pas être bien loin, si vous voulez mon avis.

- Effectivement, on a bon espoir de les retrouver rapidement avec les loups. Nous sommes une dizaine à fouiller le quartier, en ce moment, mais toute aide est la bienvenue. Descends-donc nous filer un coup de main, il n'y en a pas pour longtemps.

Hermione entendit malheureusement Drago obéir et descendre de la charrette. Il n'aurait pas pu refuser, de toute façon : la Brigade Magique était hiérarchiquement supérieure aux Adeptes, et se trouvait aux ordres directes de ceux qui contrôlaient le Manoir, dont elle savait uniquement le nom de l'un d'entre eux : Valarias Malefoy, l'oncle de Drago. Mais Hermione dissipa rapidement ses pensées et revint à la réalité effrayante ; le chemin de traverse grouillait actuellement d'Adeptes, et toutes les deux se trouvaient en leur centre, retenant leur respiration dont le moindre souffle pourrait alerter les loups.

Heureusement, elles entendirent les animaux s'éloigner aux côtés de leurs maîtres, ces derniers chevauchant les Sombrals qui s'engouffraient dans toutes les rues possibles. Drago devaient sûrement être à leurs côtés, et reviendrait vers elles lorsque la Brigade abandonnerait les recherches.

Hermione, qui tremblait toujours, se força à se maitriser quant Elena lui prit silencieusement les mains. Quelle image donnait-elle ? Elena n'avait sûrement pas imaginer la célèbre Hermione Granger aussi froussarde, mais la peur d'être trouvée par la Brigade Magique déclenchait en elle une panique toujours aussi incontrôlable.

Car s'ils mettaient la main sur elle, Hermione n'avait aucun doute quant à l'endroit où elle serait envoyée, et plutôt mourir que d'y remettre les pieds un jour...

Comme si elle avait lu dans ses pensées, Elena lui murmura tout bas :

- Tu n'y retourneras pas, ne t'en fais pas.

- Comment peux-tu en être si sûre ?

- Tu as un destin bien plus grand qui t'attend, Hermione Granger.

Celle-ci n'eut pas le temps d'assimiler cette drôle de phrase, car les aboiements s'élevèrent de nouveau, tout près, cette fois. Hermione pria pour que Drago se trouve parmi le groupe d'Adeptes qui revenait, mais ce fut deux voix étrangères qui prirent la parole :

- Tu as trouvé quelque chose ?

- Non, rien. Elles sont forcément planquées quelque part, elles n'ont pas pu courir bien loin.

- Un magasin vide, peut-être ?

- Ça m'étonnerait, les commerçants ont la ferme obligation de tout fermer, la nuit. Je miserais plutôt sur une allée reculée puisque...

Il fut coupé par les glapissements soudains du loup.

- Tu sens enfin quelque chose, toi ? dit-il en s'adressant à l'animal. Suivons-le.

L'instant d'après, Hermione distinguait l'ombre des deux homme désormais postés juste devant les portes de la charrette. Le cœur battant la chamade, elle sentait la fin approcher. Ce qui allait suivre était tout simplement inévitable. Le loup aux yeux jaunes continuait d'aboyer, sentant probablement leur odeur.

- Regarde, il désigne la charrette.

- Oh, ce n'est rien d'autre que les vieilles odeurs de Sang-de-Bourbe qui sont transportés là-dedans toute la journée.

Hermione s'apprêtait à remercier Merlin, mais elle voulut souffler de soulagement bien trop vite, car l'Adepte insista pour jeter un coup d'œil. Elles étaient fichues.

Hermione sentit les mains d'Elena presser les siennes avec forces.

- N'abandonne jamais le combat, Hermione, lui souffla-t-elle alors. D'autres comme moi auront besoin de ton aide.

- Qu...quoi ? bégaya-t-elle sans comprendre.

- Tu m'as rendue ma liberté, ainsi que ma fierté et mon honneur, poursuivait-elle avec un grand sourire. Je t'en serai à jamais reconnaissante.

Au moment même où Hermione commençait à saisir la raison de telles paroles, il était trop tard. Elle n'eut pas le temps de la retenir qu'Elena ouvrait déjà les portes à la volée et bondissait à l'extérieur, poussant les deux hommes sur son passage.

- Là ! s'écrièrent-ils en se lançant à sa poursuite.

Ils montèrent leurs chevaux et galopèrent derrière la jeune femme qui n'avait pas cessé de courir, accompagnés du loup qui détalait à la vitesse d'un chien de chasse, infatigable.

Hermione sauta de la charrette à son tour, prête à secourir Elena de quelque manière que ce soit. Mais une main la retint aussitôt. C'était Drago qui venait de transplaner derrière elle.

- Il faut en profiter pour se tirer d'ici, dit-il.

- Lâche-moi ! s'énerva Hermione en essayant de récupérer son bras. Il faut aller l'aider !

- C'est trop tard ! répondit-il sur le même ton. Et ça le sera aussi pour nous si on ne fiche pas le camp tout de suite !

Elle ne quitta pas Elena des yeux malgré la distance. Elle courait encore, et si vite.

Pas assez, toutefois. Un éclair vert illumina l'horizon le temps d'une seconde, et Hermione aperçut la silhouette d'un corps s'effondrer dans sa course.

Elle voulut crier, mais Drago l'attira aussitôt contre lui, et le hurlement d'horreur qu'elle poussa fut étouffé dans la poitrine du jeune homme. Elle se débattit de tout son être pour aller rejoindre Elena, cependant Drago la tenait bien trop fermement.

- Ça ne sert à rien ! disait-il avec force. C'est fini pour elle. Allez, viens.

C'est alors qu'Hermione s'écroula dans ses bras, évanouie par une émotion trop abrupte que le temps manquant ne lui permettait pas d'extérioriser.

Remerciant Merlin de lui faciliter ainsi la tâche, Drago souleva le corps inerte de la Gryffondor et la déposa dans la charrette. Sans perdre une seconde de plus, il monta à l'avant et secoua les rennes.

Une centaine de mètres derrière, une jeune indienne faisait office de butin pour les heureux Adeptes qui annonçaient aux autres avec fierté la capture de l'esclave échappée.

Une esclave libre qui, vers la délivrance de la mort, avait couru sans jamais se retourner.

oOOOoOOOoOOOo

Voilà un chapitre que j'ai adoré écrire, j'espère que vous avez aimé le lire. J'attends vos impressions avec beaucoup d'impatience, positives ou négatives, comme d'habitude.

Merci d'autant de fidélité dans les reviews, j'apprécie réellement.

Bonne Semaine à tous,

A bientôt,

MalefoyHeartless